Festival Un état du monde : Mohammad Rasoulof et Pablo Larrain invités d’honneur

Posté par MpM, le 17 novembre 2017

Créé par le Forum des images, le festival Un état du monde qui commence ce soir cherche à interroger les évolutions actuelles de la société en confrontant questions géopolitiques et cinéma contemporain. Il réunit ainsi, en présence de nombreux invités, des films récents sur ces questions actuelles, sociales, géopolitiques, culturelles et éminemment humaines.

Pour sa 9e édition, le Festival invite donc deux grands réalisateurs dont le travail s'inscrit évidemment avec beaucoup d'acuité dans la thématique : Pablo Larain, qui présentera notamment No, El Club et Tony Manero, et Mohammad Rasoulof (Au revoir, La vie sur l’eau) qui ne pourra être présent puisqu'il est retenu en Iran par les autorités qui lui ont confisqué son passeport. La soirée d'ouverture, qui propose en avant-première Un homme intègre (prix Un Certain regard au dernier festival de Cannes), sera donc également une soirée de soutien à son égard.

Au programme, de nombreux films en avant-première (Jusqu’à la garde de Xavier Legrand, La Lune de Jupiter de Kornél Mundruczó, L’Insulte de Ziad Doueiri, Western de Valeska Grisebach, Mariana de Marcela Saïd...), des rétrospectives autour du cinéma libanais et de la représentation de la communauté noire dans le cinéma, une carte blanche à Ariane Ascaride et un coup de projecteur sur le duo Xavier Beauvois / Nathalie Baye, avec notamment la projection de leur dernier film, Les gardiennes.

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Un état du monde
9e édition
Du 17 au 26 novembre 2017
Informations et programme sur le site du Forum des images

Edito: Embouteillage dans l’univers Star Wars

Posté par wyzman, le 16 novembre 2017

La nouvelle est tombée le 9 novembre dernier. Dans un billet publié sur le site officiel, les cadres de Star Wars et Lucasfilm ont annoncé que le réalisateur des Derniers Jedi, Rian Johnson, va écrire et réaliser une nouvelle trilogie. Mais pour rassurer les fans anxieux à l'idée de s'emmêler les pinceaux entre la trilogie pilotée par J.J. Abrams et les films standalone tels que Rogue One et Solo, le communiqué précise bien qu'en "guidant cette nouvelle trilogie, qui est distincte de la saga épisodique des Skywalker, Johnson présentera de nouveaux personnages d'un coin de la galaxie que la tradition Star Wars n'a jamais explorée."

Panne d'inspiration

Êtes-vous rassurés ? Pas nous. Si la nouvelle tombe à pic pour Disney puisque son chiffre d'affaires au quatrième trimestre est légèrement inférieur à celui enregistré un an plus tôt et qu'elle aimerait racheter la Fox, cette décision a de quoi rebuter n'importe quel fan de la saga. En effet, le deuxième volet de la trilogie de J.J. Abrams sort le 13 décembre et le premier épisode, Le Réveil de la Force, n'a pas convaincu tout le monde. Les fans de la première heure étaient ravis de retrouver les interprètes de Han Solo, Princesse Leia et dans une moindre mesure Luke Skywalker. Cette nostalgie bien buzzée a permis au film d'exploser le box-office en 2015 mais le récit ne faisait clairement pas dans l'originalité (hormis la révélation de deux comédiens). C'était encore plus frappant lorsque le mieux réussi Rogue One est sorti. Car les effets spéciaux ne font pas d'immenses progrès ces dernières années, et un film aussi spectaculaire et divertissant ne peut compter que sur de bons personnages et une bonne histoire.

Plus encore, l'ajout de trois nouveaux films a de quoi perturber. Et cela notamment parce que la trilogie de Rian Johnson, la quatrième donc, pourrait s'intéresser à des événements survenus sous l'Ancienne République et donc faire suite à La Revanche des Sith. Une véritable prise de risque lorsque l'on sait que Rogue One s'intéressait déjà à un épisode clé pour l'Alliance rebelle se déroulant entre La Revanche des Sith et Un nouvel espoir et que 19 années seulement séparent l'action des deux films. Vous l'aurez donc compris, au moment où Disney tient à capitaliser encore et toujours plus sur une franchise acquise pour plus de 4 milliards de dollars, c'est un véritable casse-tête chronologique que Rian Johnson va devoir gérer.

Un défi de taille

Aucune date de début de production ou de sortie n'a été annoncée mais parce que Solo sort le 23 mai 2018 et que l'Episode IX est déjà programmé pour le 18 décembre 2019, il y a fort à parier que Rian Johnson a peu de temps devant lui avant de devoir se mettre au travail. Porté aux nues depuis la sortie de Looper, le réalisateur aura donc la lourde tâche de faire aussi bien que J.J. Abrams, voire de prouver qu'il est tout aussi légitime que le fan ultime de la saga.

Bien qu'il ait déjà été applaudi par Kathleen Kennedy pour le travail qu'il a accompli sur Les Derniers Jedi, nous pouvons tout de même émettre quelques doutes sur la capacité de Rian Johnson à porter un tel projet en solo. Il ne serait d'ailleurs pas le premier à quitter le navire en cours de route. Pour rappel, Colin Trevorrow, le réalisateur de Jurassic World, a abandonné la réalisation de l'Episode IX en septembre dernier, quelques mois seulement après le départ de Phil Lord et Christopher Miller qui devaient piloter Solo. La vraie réalisatrice c'est bien la productrice Kathleen Kennedy.

L'appel du streaming

A l'heure où Disney pousse à fond son intégration verticale et cherche à créer un Empire mondial, l'ajout d'une série Star Wars en live action et disponible sur sa plateforme de streaming à venir (pour ne pas à dépendre de Netflix) ne peut être que synonyme de contraintes narratives. Eh oui, pour s'assurer du succès de cette série, l'entreprise ne devrait pas manquer de tenter des cross-overs entre les films et la série. Une stratégie qu'elle a déjà tenté avec les séries Marvel (toutes disponibles sur Netflix à l'exception de Agents of S.H.I.E.L.D.) et ses Avengers. Sans grand succès puisque seuls les personnages secondaires des séries sont apparus (en tant que personnages secondaires) dans les films…

En d'autres termes, face aux 3 milliards de dollars amassés par Le Réveil de la Force et Rogue One, grâce aux milliards que lui rapportent les produits dérivés et attractions autour de la saga, parce que toute nouvelle production sera un produit d'appel sur a chaîne SVàD, Disney joue la carte de la sécurité avec cette franchise. Il ne nous reste plus qu'à voir combien de temps le public sera réceptif à cette dose annuelle de batailles intergalactiques, en plus de celle des comics et des films animés, et s'il ne sera pas épuisé au terme des 4 films déjà attendus. Outre Les Derniers Jedi, Solo et l'Episode IX, un spin-off centré sur Obi-Wan Kenobi a en effet été annoncé cet été. Comme pour l'or ou l'or noir, tout filon s'éteint à force de l'exploiter. Des genres comme le Western et le Péplum en sont morts.

Jean-Jacques Annaud piégé par les « Paradise Papers »

Posté par vincy, le 8 novembre 2017

Un an et demi après les Panama Papers qui avait démontré l'évasion fiscale des frères Almodovar (malgré eux), les Paradise Papers ont révélé ce mercredi 8 novembre que le réalisateur français Jean-Jacques Annaud avait utilisé durant vingt ans un processus d'optimisation fiscale en plaçant plus d'1,2 million d'euros dans divers pays (des îles anglo-normandes à Hong Kong en passant par les Caraïbes). La situation serait régularisée depuis un mois, au moment où les médias se sont ouvertement intéressés à son cas, avant la révélation publique de ce dossier international qui touche aussi bien Shakira que la Reine d'Angleterre, un proche de Justin Trudeau qu'un ministre de Donald Trump, Bono de U2 que des multinationales comme Apple ou Nike.

"Contacté début octobre pour répondre aux interrogations du Monde et de Radio France, le cinéaste a rapidement demandé à ses nouveaux avocats fiscalistes de régulariser sa situation : les avoirs, qui ont fait le tour du monde, auraient finalement été déclarés au fisc français le 12 octobre, « afin d’éviter toute discussion et d’être dans la plus totale transparence ». Les avocats plaident la méconnaissance de leur client vis-à-vis de la fiscalité, sans nier que Jean-Jacques Annaud était informé du montage et de ses conséquences fiscales" expliquent les deux médias. Maître Eric Delloye résume: "Jean-Jacques Annaud est un bon cinéaste mais ce n'est pas un fiscaliste."

"Les Paradise Papers sont une nouvelle enquête menée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) et ses 96 médias partenaires, dont Le Monde. Ces révélations s’appuient sur une fuite de documents initialement transmis, en 2016, au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung par une source anonyme. Cette nouvelle enquête permet de lever le voile sur les mécanismes sophistiqués d’optimisation fiscale dont profitent les multinationales et les grandes fortunes mondiales" soit 13,5 millions de documents du cabinet international d’avocats Appleby, basé aux Bermudes, 566 000 documents internes du cabinet Asiaciti Trust, installé à Singapour et 6,2 millions de documents issus des registres confidentiels des sociétés de dix-neuf paradis fiscaux aux Caraïbes, à Malte, au Liban et dans les îles de l'Océan Pacifique.

Il faut remonter à 1997. Ecran Noir était né depuis un an. Jean-Jacques Annaud avenait de tourner Sept ans au Tibet, avec Brad Pitt, en Argentine. Le 30 septembre de cette année-là, le réalisateur, dix jours avant la sortie américaine du film, créé  un trust discrétionnaire baptisé Los Condores Trust, sur l’île anglo-normande de Guernesey. Le nom provient de l'unique hôtel de la ville argentine où se tournait la super-production.

Le salaire du cinéaste non imposé

Cette structure, très opaque et "ouverte par la Royal Bank of Scotland", "abrite une société écran nommée Uspallata Limited". "La singulière concordance des noms et des dates laisse à penser que l’argent du trust provient de la rémunération du réalisateur. Ses avocats ont bien affirmé que l’argent « a été versé sur ce compte (…) non pas à l’initiative de M. Annaud, mais à l’initiative du studio de cinéma »" détaille le quotidien français. À France Inter, l'avocat se fait plus précis. "À partir des années 1995, Monsieur Annaud a été lié à un studio de cinéma qui dépend du Groupe Sony, et notamment de Columbia. Ce studio lui a versé une rémunération, en lui indiquant qu'il devait la percevoir à travers une structure montée par l'avocat-conseil du studio. L'argent a donc été versé sur ce compte détenu par l'intermédiaire d'un trust, qui n'était donc pas créé à l'initiative de Monsieur Annaud, mais à la demande du studio, qui souhaitait le rémunérer de cette manière. Je ne pense pas qu'il y ait eu d'autres rémunérations, je n'ai pas d'informations précises sur ce point."

En 2003, la société Uspallata se délocalise aux îles Vierges britanniqueset son compte en banque est transféré à Ansbacher, banque privée située aux Bahamas. Le trust Los Condores se délocalise aux îles Caïmans en juillet 2007. "La firme Appleby en prend alors la gestion" précise Le Monde. Soit 1,2 million d’euros dans le portefeuille.

Alors qu'il tourne Le dernier Loup en Chine, avec des coproducteurs chinois, Jean-Jacques Annaud ouvre en 2014 une nouvelle société à Hongkong, Rising Dragon, qui sera renommée plus tard Ginkgo Holdings Limited. "Un an plus tard, le trust Los Condores est dissous ; puis c’est au tour de la société Uspallata, en février 2017".

La peur d'être pris en flagrant délit

Le cinéaste a, entre temps, vidé le compte en banque et transféré 1,15 million d'euros vers le compte hongkongais de la société Ginkgo Holdings. "Le reste des fonds atterrit sur les comptes de Calico Entertainment LLC, une société californienne de Jean-Jacques Annaud, succursale d’une autre société installée dans l’Etat américain du Delaware, connu pour ses largesses fiscales" révèle l'enquête.

Pour le quotidien français, cette réorganisation du patrimoine coïncide "avec l’avalanche des scandales offshore qui déferlent sur la place publique (« Offshore Leaks », « SwissLeaks »…)" et par la mise en place "d’un échange automatique des données entre les banques et les Etats pour lutter contre l’évasion fiscale". Autrement dit, les gestionnaires prennent peur.

Car avec le courrier du Monde et de France Inter, le réalisateur, qui tourne actuellement l'adaptation de L'affaire Harry Québert au Canada, demande une régularisation. "Saisi de votre courrier, Monsieur Annaud a souhaité que nous étudiions précisément ses obligations fiscales, afin de vérifier la conformité de sa situation fiscale vis-à-vis de l'administration fiscale française. Afin d'éviter toute discussion, nous avons, au cours du mois d'octobre 2017, transmis l'ensemble des informations à l'administration fiscale. Nous leur avons dit que nous étions en train de procéder à un audit de la situation fiscale de Monsieur Annaud, et que nous voulions, en toute transparence, signaler l'existence de ces structures et de ce compte bancaire détenu à l'étranger" avoue son avocat.

Il le défend en renvoyant la balle dans le camp des banquiers qui "géraient ses comptes qui, ne voulant pas avoir la moindre responsabilité, ont préféré transférer ses avoirs" vers des juridictions plus conciliantes avec l'optimisation fiscale. Une forme d'aveu: responsable mais pas coupable.

La « House of Cards » de Kevin Spacey s’effondre

Posté par wyzman, le 4 novembre 2017

Plus rien ne va chez Netflix depuis le lundi 30 octobre. Dans la foulée des révélations de harcèlement sexuel liées à Harvey Weinstein, l'acteur Anthony Rapp a déclaré avoir été agressé sexuellement par Kevin Spacey. Les faits remonteraient à 1986, alors que l'acteur actuellement au casting de Star Trek Discovery n'avait que 14 ans et Kevin Spacey 26.

Révélations choc

Anthony Rapp aurait rencontré celui qui allait l'agresser lors d'une soirée organisée par les producteurs de Precious Sons (la pièce de théâtre pour laquelle Rapp était très applaudi) et de Long Day's Journey Into Night (le téléfilm qui venait de faire exploser Spacey). Quelques jours plus tard, Rapp aurait été invité à l'appartement de Spacey qui organisait une soirée uniquement en présence d'adultes.

Pris d'ennui, Rapp aurait préféré passer la soirée dans la chambre de l'acteur à regarder la télévision passé minuit. Après avoir salué tous ses convives, Spacey se serait tenu dans l'entrée de sa chambre, ivre, alors que Rapp était toujours à l'intérieur. L'acteur aujourd'hui âgé de 58 ans aurait alors attrapé l'adolescent, placé sur son lit, serait monté sur lui en tenant ses bras. Rapp aurait réussi à se soustraire à Spacey pour foncer dans la salle de bains, y aurait vu une photo de son hôte entourant un autre homme de ses bras et aurait directement quitté les lieux. Sur le pas de la porte, Spacey aurait tenté de le faire changer d'avis, en vain. Tout cela est au conditionnel. Les faits sont lointains et une enquête est en cours.

Coup de théâtre

Quatre-vingt huit minutes précisément après la publication de l'article de BuzzFeed News relatant les faits, Kevin Spacey y a répondu dans un communiqué publié simultanément sur Facebook, Twitter et Instagram. Dans celui-ci, il écrit : "J'ai beaucoup de respect et d'admiration pour Anthony Rapp en tant qu'acteur. Je suis bien plus que terrifié d'entendre cette histoire. Sincèrement, je ne me souviens pas de cette rencontre, elle aurait eu lieu il y a plus de 30 ans. Mais si j'ai agi comme il le décrit, je lui dois mes excuses les plus sincères pour ce qui aurait été une attitude d'ivrogne profondément inappropriée et je suis désolé pour les émotions qu'il a dû porter avec lui toutes ces années."

Il poursuit : "Cette histoire m'a encouragé à évoquer d'autres aspects de ma vie. Je sais qu'il y a des histoires ici et là à propos de moi et que certaines ont été nourries par le fait que j'ai été très protecteur vis-à-vis de ma vie privée. Comme mon entourage le sait, j'ai eu des relations avec des hommes et des femmes au cours de ma vie. J'ai aimé et eu des rapports amoureux avec des hommes tout au long de ma vie, et je choisis désormais de vivre en tant qu'homme gay. Je veux gérer cela de manière honnête et cela commence par revoir mon propre comportement."

Très peu appréciés par la communauté LGBT+, les propos de Kevin Spacey sont "du pain béni pour les homophobes" qui pourraient voir ici l'affirmation que les homosexuels sont des prédateurs (et des pédophiles). Du côté de Hollywood, les réactions des people sont allées du refus de la formulation "choisir de vivre en tant qu'homme gay" à la moquerie liée à la création par Kevin Spacey d'un "mauvais moment pour faire son coming out". Vous l'aurez compris, depuis que les vannes se sont ouvertes avec l'affaire Harvey Weinstein, le 5 octobre dernier, il ne fait pas bon de soutenir quiconque serait accusé de harcèlement ou d'agression sexuelle, qu'il soit ministre ou artiste. Une situation qui fait doucement rire lorsque l'on sait que l'an dernier, Casey Affleck, pourtant accusé de harcèlement sexuel par deux femmes, s'est vu remettre l'Oscar du meilleur acteur pour son rôle dans Manchester by the Sea.

Netflix passe la 3ème

Si les propos d'Antony Rapp ont donné le courage à plusieurs hommes d'évoquer des cas similaires de harcèlement, d'agression sexuels mais également de viol, la réaction de Netflix a été instantanée. Le géant du streaming a pris son courage à deux mains et a annoncé ce que tous les fans redoutaient depuis un an : l'annulation de House of Cards à l'issue de la sixième saison. La décision avait été prise cet été. Première création originale, la série créée par Beau Willimon était le fer de lance de Netflix. Passées les trois premières saisons, le programme, très coûteux (Robin Wright empoche quand même 9M$ pour sa performance en Claire Underwood) s'est mis à rapporter moins de nouveaux abonnés mais est parvenu à ramener de multiples prix et nominations, un gage de qualité dont Netflix ne pouvait se passer jusqu'à récemment.

Tournage suspendu, star virée

Les dernières révélations dans cette affaire, dont des accusations portées par des membres de l'équipe de tournage de House Of Cards, ont forcé l'entreprise américaine à interrompre indéfiniment le tournage de cette saison 6, le temps de trouver une solution. Netflix réfléchissait déjà à la suite: un film, une série spin-off sur un des personnages secondaires...

Ce qu'ils pouvaient étouffer au fil des tournages (Kevin Spacey a semble-t-il la main et la blague salace faciles) n'est plus possible. Cependant, il faut quand même sauver cette 6e saison, contractualisée avec des centaines de personnes employées sur le tournage qui, eux, n'ont rien à voir dans l'histoire. Très vite, les producteurs de la série ont envisagé (et officiellement) de tuer le personnage campé par Kevin Spacey, Frank Underwood. Scénaristiquement, les fans de la série savent que cette option serait cohérente au vu du final de la saison 5 puisque cela permettrait de mettre Claire (Robin Wright) sur le devant de la scène - qu'elle mérite pleinement ("C'est mon tour" lançait-elle en conclusion). C'est sans aucun doute l'option qui risque d'être retenue. La suspension du tournage a conduit les producteurs à réécrire la saison. Mais cela reste sans doute le cadet des soucis de Kevin Spacey qui vient d'être officiellement viré par Netflix vendredi 3 novembre.

Fin d'un règne

L'image de Kevin Spacey est écornée à jamais. C'est un fait. Mais l'affaire atteint aujourd'hui un nouveau sommet puisque la campagne de promotion de sa performance dans All the Money in the World vient d'être stoppée net. En effet, dans le prochain film de Ridley Scott, la star de House of Cards incarne le roi du pétrole J. Paul Getty et pouvait jusque-là prétendre à une nomination dans la catégorie meilleur acteur. Malheureusement, celle-ci ne devrait jamais avoir lieu bien que la sortie du film soit toujours prévue pour le 22 décembre.

Tandis que l'Emmy Award d'honneur qu'il devait recevoir a été tout simplement annulé, Kevin Spacey fait aujourd'hui profil bas. Lâché par son agent, c'est sans aucun doute entouré de ses avocats et conseillers qu'on le reverra dans les jours qui viennent. Une chose est sûre : les prochaines semaines seront ponctuées de scandales sexuels puisque l'acteur des Goonies Corey Feldman a déclaré être prêt à communiquer le nom de l'homme qui l'a agressé et vouloir démanteler un réseau de pédophiles sévissant dans l'usine à rêves depuis des années.

N'importe quel prédateur sexuel devien ainsi un "usual suspects" qui n'a plus sa place dans la beauté américaine.

Edito: Petits paysans et grands films

Posté par redaction, le 26 octobre 2017

Depuis quelques mois, l'agriculture et l'alimentation se retrouvent à la une de l'actualité et au coeur de nos préoccupations. Il faut dire qu'on frôle le désastre. Le progrès économique n'est pas vraiment bon pour la santé. Entre le saumon intoxiqué, le glysophate répandu partout, la pénurie de beurre, le bio trop cher voire pas vraiment bio, les œufs empoisonnés, on se demande quoi manger. Depuis la vache folle, l'Homme est déboussolé. Les OGM nous pourrissent le corps et le gluten est devenu une phobie. À l'autre bout du spectre, un humain sur neuf, soit 800 millions de personnes, souffre de la faim.

Et en amont de la chaîne, ça ne va pas mieux. Ce n'est pas vraiment l'amour est dans le pré (émission qui a au moins l'avantage d'éclairer sous un autre jour le boulot d'agriculteur). Un agriculteur se suicide en France tous deux jours. En moyenne, toujours en France, un agriculteur gagne à peine le Smic mensuellement.

Le cinéma français en fait de plus en plus un sujet de préoccupation. Il y a 11 ans, Isabelle Mergault avait connu un beau succès public avec Je vous trouve très beau, portrait d'un agriculteur qui cherchait une épouse en Europe de l'Est faute de temps et de volontaires dans le voisinage. On oublie pas que Raymond Depardon avait défriché le terrain avec sa série documentaire pour le grand écran Profils paysans et par la suite avec La vie moderne. Dans les deux cas, malgré le grand écart formel entre les deux cinéastes, on observait la détresse d'un monde oublié par les citadins, pour ne pas dire ignoré.

Parfois tout est dans le titre

Depuis, le monde agricole a attiré de plus en plus d'auteurs: Samuel Collardey pour L'apprenti, Sylvestre Chatenay pour Yvette bon Dieu!, Jean-Paul Jaud pour Nos enfants nous accuseront et Tous cobayes?, Emmanuel Caussé et Eric Martin pour No Pasaran, Coline Serreau avec Solutions locales pour un désordre global, Marie-Dominique Dhelsing pour Pierre Rabhi: Au nom de la terre, Christian Rouaud pour Tous au Larzac, Edouard Bergeon pour Les fils de la terre...

Même dans le registre de la fiction, le paysan n'est plus personna non grata. La famille Bélier, Médecins de campagne, Rester vertical, Le p'tit Quinquin, etc... sont autant de variations autour du monde rural. Cette année marque sans doute un tournant puisque le 7e art explore le monde du vin chez Cédric Klapish dans Ce qui nous lie, part à la découverte des campagnes avec Agnès Varda dans Visages, Villages, révèle le quotidien d'un éleveur de vaches avec Hubert Charuel dans Petit paysan, ou montre le fossé gigantesque qui se creuse entre le monde paysan et le monde globalisé avec Christophe Agou dans Sans adieu, qui sort cette semaine.

Le monde agricole trouve ainsi sa place dans l'imaginaire comme dans le documentaire. Après avoir été longtemps snobé ou fantasmé, le paysan redevient un personnage de premier plan. Parce que nous n'avons jamais été aussi informés sur les crises agricoles et alimentaires, parce que nous avons conscience que ça touche à notre bien-être et notre corps, l'homo sapiens modernus comprend qu'il bouffe de la merde, comme disait feu Jean-Pierre Coffe. Le cinéma trouve ici un rôle de salubrité publique en se faisant le reflet d'une profession qui a besoin de soutien et de reconnaissance pour muer vers le monde de demain, qui, espérons-le, fera la part belle aux circuits courts, aux aliments sains et à une production raisonnée et éthique.

Le réalisateur James Toback accusé de harcèlement sexuel

Posté par vincy, le 23 octobre 2017

Une enquête du Los Angeles Times a recueilli une trentaine de témoignages d'actrices accusant le scénariste et réalisateur James Toback d'harcèlement sexuel. Ce grand déballage est la conséquence d'une parole qui s'est libérée du côté des femmes, mais aussi des gays, après la révélation de l'affaire Weinstein.

Nommé aux Oscars, récompensé à Cannes

Au total, le quotidien de la métropole californienne a enregistré la plainte de 38 femmes contre le réalisateur. James Toback a scénarisé des films comme Le flambeur de Karel Reisz et Bugsy de Barry Levinson, et réalisé 9 longs-métrages (dont le dernier The Private Life of a Modern Woman, avec Sienna Miller et Alec Baldwin, présenté à Venise en septembre). Plusieurs stars ont tourné pour lui: Robert Downey Jr, Ben Stiller, Sarah Michelle Gellar, Harvey Keitel, Nastassja Kinski, Jared Leto... Il a également réalisé trois documentaires, dont Tyson sur le sulfureux boxeur Mike Tyson et Seduced and Abandoned présentés tous deux à Cannes respectivement en 2008 et 2013. Bugsy lui avait valu une nomination aux Oscars et aux Golden Globes comme meilleur scénariste. Tyson avait été récompensé sur la Croisette d'un Prix «KO du certain regard».

Ejaculation sous le caleçon

Selon le journal, James Toback, 72 ans, a abusé de son statut pour draguer des actrices lors de rendez-vous et d'auditions. Le cinéaste a nié toutes les accusations. Selon lui, il n'a même jamais vu 31 des 38 femmes qui l'accusent et rappelle que son diabète et ses problèmes cardiaques l'empêchent d'avoir un tel comportement.

Selon elles, le scénario était similaire dans tous les cas. Il aimait utilisé un langage ouvertement sexuel pour décrire les rôles avant de commencer une séance de masturbation sous son pantalon, jusqu'à l'éjaculation.

Cette situation répétitive a amené certaines actrices à inventer une expression: "You got Toback-ed".

"Il justifiait ses actes, comme si c'était quelque chose de normal", raconte ainsi Adrienne LaValley (Quantico). Elle raconte qu'en 2008, dans une chambre d'hôtel, le réalisateur a tenté de frotter son entrejambe contre sa jambe, avant d'éjaculer dans son pantalon lorsqu'elle l'a repoussé. "Je me suis sentie comme une prostituée, une immense déception pour moi, pour mes parents, pour mes amis. Et je ne méritais pas de le raconter à quiconque", confie l'actrice.

Aucune actrice n'a porté l'affaire en justice jusqu'à présent.

En 1989, pourtant, le magazine Spy dans son édition de mars, avait déjà révélé le comportement scandaleux de ce membre de la Director's Guild of America et du Club Harvard de New York. Le mensuel avait recensé 12 cas, qui expliquaient en détail les situations qu'elles avaient vécues!

James Gunn dénonce son comportement de prédateur sexuel

Le réalisateur des Gardiens de la Galaxie, James Gunn, a avoué avoir rencontré au "moins quinze femmes, probablement plus, qui ont été accostées par lui à New York", dans une déclaration publiée sur les réseaux sociaux ce week-end. "Il l'a fait avec trois de mes copines, deux de mes proches amies et un membre de famille, deux fois" précise-t-il. "La prédation sexuelle se répand à Hollywood. Mais elle se répand aussi partout" en rappelant que des gérants de restaurants aux vendeurs de voitures d'occasion en passant par les prêtres, ce mal avait contaminé la société. "Ils sont partout, et ils nous tuent".

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Edito: Le Rouge et le Noir

Posté par redaction, le 19 octobre 2017

On peut voir rouge. L'affaire Weinstein est contagieuse: au Canada, au Royaume Uni, en attendant la France, les langues se délient et certaines personnalités médiatico-culturelles voient en quelques heures leur réputation anéantie. Si on ajoute la une de très mauvais goût, et de très grand cynisme, des Inrocks sur Bertrand Cantat, on pourrait facilement dire que la morale part en couilles à cause de mecs qui croient en avoir en tapant du poing ou en exhibant leur bide (on peut remplacer le d par un t).

Est-ce que cela suffira? Certes, les consciences sont réveillés. Les hashtags sur les réseaux montrent l'étendue de ce crime globalisé et si bien passé sous silence grâce à la domination masculine sur le système. Nul besoin de parler de porc - non pas parce qu'on est spéciste, mais les cochons ont un comportement moins bestial que ces humains -, un "me too" suffit pour quantifier l'ampleur de ce "mal" condamnable. Préférons la victimisation à l'insulte. Préférons aussi la nuance: tous les hommes ne sont pas des sales types libidineux (heureusement) et il est bon de rappeler que des hommes ont aussi été victimes de harcèlement ou d'agression sexuelle (homos ou hétéros).

Rien n'est simple dans cette histoire. Le mâle dominant se voit attaquer sur son talon d'Achille, situé dans le slip: le pénis, son second cerveau. Cela amène certains à faire des commentaires beaufs, en oubliant la souffrance des femmes qui ont du les subir. Cela provoque des réactions indignées ou des incompréhensions méprisantes, en oubliant que la dignité est du côté des victimes qui ont du se taire et ravaler leur colère. Il n'empêche: s'il est salutaire que tout le monde parle, peu importe le milieu professionnel, le pays, la grandeur du traumatisme, attention à ne pas franchir le pas entre dénonciation et délation, à ne pas amalgamer les véritables témoignages des règlements de compte hors-sujet. Cependant le cas monstrueux de Weinstein n'est que la pointe visible de l'iceberg.

De ce scandale, découle d'autres enjeux: une question d'inégalité (salariale pour commencer) entre sexes. Une question d'éducation (où les adultes ont leur part de responsabilité). Une question de société (à commencer par les médias régulièrement sexistes).

Et Le cinéma? Cette machine à fantasmes et reflet du réel, doit aussi réfléchir à la manière dont il fabrique notre vision du monde. Il est capable de militer contre la peine de mort, pour les droits des minorités, mais que fait-il pour les femmes?

De Potiche à Wonder Woman

Les responsabilités et les accès aux postes de réalisation et du scénario sont surtout concentrés dans le cinéma art et essai. Les films d'auteur sont d'ailleurs souvent plus intéressants dans le traitement du féminin (Numéro une, terriblement d'actualité, Jusqu'à la garde, Jeune femme) et affichent frontalement les problèmes d'une société machiste ou misogyne, ainsi que les abus divers, de la violence conjugale aux comportements dominateurs sexistes ou sexuels.

Mais qu'en est-il des blockbusters et des comédies, bref de ces films populaires qui impriment, marquent les consciences collectives? Jean-Pierre Bacri a récemment expliqué, sur France Inter, qu'il a du revoir le scénario du Sens de la fête, et demander aux auteurs de remplacer des personnages masculins par des rôles pour des femmes. Force est de constater que la femme reste, généralement, un second rôle, une potiche, un faire-valoir. Elle doit séduire avant tout. L'homme reste le héros. Il y a bien sur des exceptions et on peut souligner les efforts de Disney et de la littérature jeunesse (Divergente, Hunger Games, Harry Potter) qui impriment dans le cerveau des spectateurs l'image d'une femme puissante, libre, émancipée, et capable de se battre.

C'est donc une bataille culturelle qui s'engage, comme le rappelle La SRF (société des réalisateurs de films) qui trouve là "l'occasion inespérée de lever le voile sur une histoire souterraine que chacun a intégré comme étant légendaire, immémoriale. Une histoire d'inégalité entre les hommes et les femmes, entre les hommes blancs et les autres, les hétéro-normés et les autres, qui mène à des pratiques systémiques jusqu'à présent tolérées et qui sont en train de sombrer avec une certaine idée éculée de la masculinité. Une idée qui altère la communauté des hommes et leur nuit profondément. Nous savons aussi que cette histoire s’inscrit à l’intérieur de celle plus large encore des rapports de pouvoir." Elle ajoute : "Abus de pouvoir, centralisation du pouvoir dans les mains des mêmes, dérives sexuelles s'appuyant sur la part affective à l'œuvre dans le processus de fabrication des films, font de l'industrie du cinéma, qui est loin d'être la seule concernée, une vitrine éloquente de ces abus. La bataille culturelle qui s'annonce ne s'arrêtera pas à quelques têtes qui tombent, satisfaction trouble et temporaire à laquelle nous ne prenons pas plaisir. Elle se mènera sur le terrain de la redéfinition des postes de pouvoir, leur redistribution, leur diversification."

Du citoyen à l'Etat

Mais pas seulement. Car si l'on voit rouge, il ne faudrait pas que l'on broie du noir. Il est essentiel que la dénonciation ne se traduise pas en justice virtuelle populaire. La parole se libère. La souffrance se partage. Mais il est indispensable de passer à l'étape suivante. Du clavier et du #, cette vague doit mener aux tribunaux. La justice doit faire son travail et condamner les agresseurs et harceleurs. Ce n'est pas si simple: aider, accompagner, soutenir les victimes est un chemin de croix pour ne pas dire un calvaire. Il faut former la police, améliorer le suivi psychologique, et surtout faire évoluer les Lois (notamment les délais de prescription). Et cela ne suffira pas tant il est compliqué de "prouver" certains gestes, certains actes, tant nos sociétés et nos esprits sont imprégnés d'une culture patriarcale. Pas simple de passer du malsain au mâle sain.

La SACD a raison de rappeler que "le machisme, le sexisme et la violence ordinaire à l’encontre des femmes dépassent tous les clivages et traversent tous les secteurs professionnels et les milieux sociaux. Ils se déploient au cœur de notre société, dès l’école, dans l’univers professionnel et la sphère publique, dans les quartiers riches comme dans les cités sensibles, dans la rue comme dans l’intimité." Selon la société des auteurs, "La réponse ne peut être qu’éducative, politique et globale pour faire évoluer les mœurs et la société et mieux ancrer la lutte contre le sexisme et les agressions sexuelles au cœur de l’action publique."

En fait, la réponse est en chacun de nous. Nous ne devons plus être les témoins passifs de ce genre de comportements.

Harvey Weinstein : anatomie d’une sale affaire

Posté par wyzman, le 17 octobre 2017


C'est le scandale qui agite Hollywood (et donc la planète entière) depuis près de deux semaines. L'autrefois intouchable producteur Harvey Weinstein est accusé de harcèlement et d'agression sexuels. Comme nous, les médias américains sont d'avis que cette affaire est synonyme de clap de fin pour le nabab, co-fondateur de Miramax et de The Weinstein Company - avant un retour.

La magie d'Hollywood et des avocats surpayés aidant, le producteur de Pulp Fiction, Sin City ou encore Happiness Therapy pourrait en effet réatterrir sur ses pattes sans même passer par la case prison. Mais tout cela sera pour un autre épisode, tout aussi tumultueux.

Pour l'instant, concentrons-nous sur l'un des plus grands scandales qui ait jamais touché l'industrie du cinéma (ce n'est pas le premier).

Les victimes

Le 5 octobre dernier, Jodi Kantor et Megan Twohey publient un article dans le New York Times dans lequel elles accusent Harvey Weinstein de faits de harcèlement sexuel sur des actrices. L'article est porté par les témoignages d'Ashley Judd et Rose McGowan, ainsi que par les commentaires de victimes dont l'identité n'est pas révélée. Quelques jours plus tard, The New Yorker donne le coup de grâce au producteur : Lucia Evans, Asia Argento, Rose McGowan, Lysette Anthony et une cinquième femme (dont l'identité n'est pas révélée) l'accusent de viol.

Plus les jours passent, plus The New York Times, The New Yorker et même The Guardian dévoilent des témoignages de femmes qui ont eu le malheur de croiser la route d'un Harvey Weinstein en rut, avec ou sans peignoir. Parmi ces femmes, on trouve ainsi les actrices Rosanna Arquette, Kate Beckinsale, Emma de Caunes, Cara Delevingne, Judith Godrèche, Romola Garai, Heather Graham, Claire Forlani, Eva Green, Jessica Hynes, Florence Darel, Mira Sorvino, Ashley Judd, Angelina Jolie, Minka Kelly, Gwyneth Paltrow, Sarah Polley, Mia Kirshner, Léa Seydoux. Et la liste ne s'arrête pas là ! Asia Argento s'est ouverte au public en racontant son triste passé de femme violée, harcelée et abusée.

Ceux qui l'avaient dit

Les récents articles des médias cités plus haut l'attestent tous : le petit monde hollywoodien était au courant des pratiques de Harvey Weinstein. Mais entre ceux qui l'ont aidé à payer, soudoyer, faire taire ses victimes, ceux qui avaient peur de lui et ceux qui assurent n'avoir eu vent que de "rumeurs", il est possible de comprendre comment un tel monstre a pu récidiver sur plusieurs décennies. Courtney Love avait déjà laissé entendre que le comportement d'Harvey Weinstein laissait à désirer avec les jeunes actrices dès 2005. Des blagues irrévérencieuses, notamment celle de Seth McFarlane lors de la cérémonie des Oscars 2013 trouvent aujourd'hui un drôle d'écho, sans oublier le personnage de Harvey Weingard dans Entourage, décrit comme agressif, harceleur et vulgaire.

Dans 30 Rock, le personnage de Jenna Maroney (Jane Krakowski) balance quand même: "Oh arrête, je n’ai peur de personne dans le show-business. J’ai refusé des rapports sexuels avec Harvey Weinstein à trois occasions différentes… sur cinq."

Cependant, Gwyneth Paltrow assure s'être confiée à Brad Pitt, son petit ami de l'époque qui aurait exigé de Harvey Weinstein qu'il ne touche plus l'actrice. Par la suite, le producteur aurait demandé à Paltrow de ne plus jamais évoquer le sujet avec qui que ce soit. De son côté, Angelina Jolie aurait été harcelée pendant la promotion de La Carte du cœur. Le film était distribué par Miramax et Harvey Weinstein l'aurait approchée dangereusement dans une chambre d'hôtel. Résultat : l'actrice a fait de son mieux pour ne plus croiser sa route et aurait "prévenu les autres d'en faire de même".

Au micro de la BBC, la partenaire de Bob Weinstein, Kathy DeClesis, a reconnu que ce que faisait Harvey "n'était pas un secret pour le cercle fermé". Quand le prédateur n'agressait pas ses employées, il faisait appel à elles pour qu'elles organisent des rendez-vous dans des chambres d'hôtel avec de jeunes actrices. De temps à autre, les employées l'accompagnaient comme l'assure Léa Seydoux, avant de disparaître et de laisser les actrices livrées à elle-même.

Autrefois employée par TWC, Lauren O'Connor aurait envoyé une note à ses cadres pour décrire ce que les femmes devaient supporter au sein de l'entreprise, elle y compris. Tout cela après avoir découvert que sa collègue Emily Nestor avait été contrainte de masser Harvey Weinstein. Et Harvey Weinstein avait jusque-là de si grandes connexions qu'il se murmure même qu'une chaîne comme NBC a préféré fermer les yeux sur les accusations portées par plus d'une trentaine de femmes.

Au cours de l'émission "Hardtalk" de BBC World, la grande amie de Harvey Weinstein, Jane Fonda a avoué avoir eu vent des accusations de harcèlement sexuel l'an dernier mais ne pas l'avoir dénoncé pour ne pas avoir à révéler l'identité de celles qui l'accusaient. "J'aurais dû être plus courageuse et je pense qu'à partir de maintenant je le serai quand j'entendrai de telles histoires", a-t-elle déclaré.

Les conséquences pour la société

The Weinstein Company a beau employer 180 personnes, ce ne sera pas le cas encore longtemps. En effet, si Robert "Bob" Weinstein assurait le week-end dernier qu'il souhaitait sauver la société, cela passera nécessairement par de nouveaux investisseurs (via le fonds d'investissement Colony Capital, en négociations depuis hier pour acquérir une grande partie du capital, et donc du catalogue, de la société), un changement de nom, une restructuration et donc des licenciements. Déjà Hachette Books US a fermé jeudi dernier la filiale Weinstein Books. Une fois n'est pas coutume, le scandale sexuel entourant un seul homme pourrait mener à la perte de leur emploi pour des dizaines d'autres.

Si les films produits et distribués par The Weinstein Company et Miramax ont récolté plus de 300 nominations aux Oscars, cette page de l'histoire devra bientôt être tournée. A l'origine prévu pour une sortie le 24 novembre prochain, The Current War pourrait être décalé à 2018 afin d'éviter de faire un bide au box-office. Le film est en effet un drame historique avec Benedict Cumberbatch, Michael Shannon, Nicholas Hoult, Katherine Waterston et Tom Holland dont l'exploitation collait parfaitement à l'Awards season mais qui est malheureusement distribué par TWC.

Les réactions

Depuis les révélations du New York Times et du New Yorker, plus personne ne tient en place. Les 54 membres du conseil de direction de l'Académie des Oscars ont ainsi exclu Harvey Weinstein. Cette décision aurait d'ailleurs été votée "bien au-delà de la majorité requise des deux tiers" précise le communiqué de presse.

Et parce que les langues se sont largement déliées ces derniers jours, politiques et organisateurs de festivals prennent petit à petit conscience de l'ampleur du scandale. Le Président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé qu'il souhaitait retirer la Légion d'honneur à Weinstein, une décision saluée (en français) par Rose McGowan.  Et pendant que Deauville efface le nom de Harvey Weinstein des Planches, le Festival de Cannes, par les voix de Pierre Lescure et Thierry Fremeaux dénoncent "un comportement impardonnable qui ne peut susciter qu'une condamnation". Dans Quotidien (TMC), hier soir, les producteurs Marc Missionnier et Charles Gillibert, ont appelé à cessé ces pratiques et encouragé la libération de la parole.

Quentin Tarantino, qui lui doit beaucoup, a été obligé de prendre ses distances: "Ces dernières semaines, j'ai été abasourdi et j'ai eu le cœur brisé par les révélations faites sur mon ami de 25 ans, Harvey Weinstein. J'ai besoin de quelque jours de plus pour gérer ma peine, mes émotions, ma colère et mes souvenirs, et ensuite, je prendrai publiquement la parole."

Du du côté des réseaux sociaux, la fermeture temporaire du compte Twitter de Rose McGowan a suscité la colère des internautes. Certaines femmes ont décidé de boycotter la plateforme, rappelant au passage que le compte de Donald Trump est toujours opérationnel et qu'il menace quotidiennement de déclencher une guerre nucléaire. D'autres femmes (et quelques hommes) ont décidé de donner de la voix en lançant #BalanceTonPorc, un hashtag sous lequel ils racontent leurs expériences de harcèlement sexuel.

Aux Etats-Unis c'est l'actrice de Charmed Alyssa Milano qui s'est emparée du réseau social à l'oiseau bleu pour #MeToo, le pendant anglophone de #BalanceTonPorc. Le hashtag a d'ores et déjà été relayé par les actrices Debra Messing (Will & Grace), Anna Paquin (True Blood), Pauley Perrette (NCIS), Rosario Dawson (Daredevil), Evan Rachel Wood (Westworld) ou encore Gabrielle Union (Being Mary Jane).

C'est un feuilleton qui n'est pas terminé. Mais une chose est certaine: dans le marché sans foi ni loi hollywoodien, machine à broyer par excellence, l'industrie a décidé de se réguler et de jouer la transparence. La sale affaire pourrait amener d'autres cas. Les hommes et des femmes de pouvoir, qui ont harcelé actrices, acteurs, mannequins, employé(e)s, peuvent désormais craindre pour leur avenir. Le patron d'Amazon Studios, Roy Price, accusé de harcèlement en fin de semaine dernière, a d'ailleurs été évincé.

Game Over?

Une pétition pour soutenir le cinéaste Mohammad Rasoulof

Posté par vincy, le 16 octobre 2017

Le cinéaste iranien Mohammad Rasoulof, Prix Un Certain Regard Cannes 2017 pour son film Un homme intègre (sortie en salles le 6 décembre chez ARP Sélection), a été privé de sa liberté de circuler et de travailler comme nous vous en informions le 20 septembre dernier.

Une pétition a été lancée pour qu'il puisse à nouveau s'exprimer et circuler librement. Le distributeur français du film ARP Sélection a lancé cette pétition, qui cumule déjà 1860 signatures en quelques jours.

Rappelons que son passeport a été confisqué dès son arrivée à l’aéroport de Téhéran le 16 septembre dernier. Il a ensuite été soumis à un long interrogatoire par les Renseignements des Gardiens de la Révolution. "Les interrogatoires se poursuivront dans les semaines à venir. Deux chefs d’accusation lourds de conséquences pèsent contre lui, assortis de six années d’emprisonnement" signale le texte.

Un Airbnb pour se croire chez Wes Anderson

Posté par vincy, le 14 octobre 2017

Sur la route de Montréal à Toronto, il y a la (méconnue) presqu'île du Prince Edouard, un peu perdue au bord du Lac Ontario. Là, à Picton, Dayna a imaginé une maison à louer avec un décor qui sera familier aux fans de Wes Anderson. "J'ai toujours voulu être Tenenbaum. Chaque pièce de cette maison est inspirée d'un film du répertoire du réalisateur Wes Anderson, certaines plus subtilement que d'autres" explique la propriétaire.

Dans cette vieille résidence centenaire, on reconnaîtra ainsi l'univers du cinéaste: tableaux, objets, lits, meubles, livres, ... toute la décoration vous rappelle Moonrise Kingdom (beaucoup), La Vie aquatique, La Famille Tenenbaum, Fantastic Mr. Fox et A bord du Darjeeling Limited.

Toutes les infos et plus de photos sur la page Airbnb de Mr. Anderson's House.

Notons sinon que le prochain film du réalisateur, le film d’animation Isle of Dogs, avec les voix américaines de F. Murray Abraham, Bryan Cranston, Greta Gerwig, Jeff Goldblum, Akira Ito, Scarlett Johansson, Harvey Keitel, Bill Murray, Kunichi Nomura, Edward Norton, Yoko Ono, Liev Schreiber, Tilda Swinton et Akira Takayama, sera sur les écrans le 11 avril 2018. Il s'agit de l’histoire d’un enfant au Japon qui part à la recherche de son chien.