Oscars : le co-réalisateur d’Ajami lance une nouvelle polémique

Posté par vincy, le 7 mars 2010

ajami oscarsDécidément, ces Oscars ne se préparent pas dans la sérénité. Après l’exclusion de la cérémonie du producteur français de Démineurs, c’est l’un des réalisateurs du film Ajami, en course pour l’Oscar du  meilleur film en langue étrangère, qui a fait parler de lui. Scandar Copti (à droite sur la photo) a déclaré à une télévision israélienne, Channel 2, qu’il ne veut pas représenter Israël à cette cérémonie. “Je ne peux pas représenter un pays qui ne me représente pas“. “Il y a un cinéaste palestinien et des acteurs palestiniens et des acteurs israéliens. Techniquement, il représente israël, mais je ne représent epas Israël.

Scandar Copti est membre de la communauté arabe israélienne, tandis que son co-réalisateur, Yaron Shani (à gauche sur la photo), est de confession juive. Les Arabes israéliens (1,5 millions) ont les mêmes droits que les Juifs mais nombreux accusent Israël de pratiquer des discriminations à leur égard.

Ajami est justement le reflet de ce quotidien entre Arabes et Juifs à Tel Aviv.

Les propos de Copti ont déclenché un tollé en Israël, où l’on a vite fait de mélanger la politique, la passion religieuse et les enjeux cinématographiques. Yaron Shani n’est lui-même pas d’accord avec son partenaire. “C’est un film israélien, il représente ce pays, il parle “israélien” et évoque des problèmes en rapport avec Israël. La question de la représentation est justement au coeur des enjeux politiques et de la perspective à donner aux relations entre les deux communautés, problèmes qui ont besoin de solution.”

Selon un communiqué, la ministre de la Culture, Limor Livnat, a rappelé que le réalisateur devait sa présence à Hollywood uniquement grâce aux fonds publics israéliens : “Sans le support financier de l’Etat d’Israël, Copti ne se tiendrait pas dimanche soir sur le tapis rouge“.

Ce film a mis sept ans à se faire. La plupart des scènes ont été improvisées avec des acteurs tous amateurs. Mention spciéale pour la Caméra d’or à Cannes, il a gagné 5 “Oscars” du cinéma israélien, dont le meilleur film. Shani et Copti ont aussi ramené chez eux les prix des meilleurs réalisateurs, scénaristes et monteurs.

Jafar Panahi arrêté pour avoir préparé un film “hostile au régime”

Posté par MpM, le 3 mars 2010

Deux sites internet iraniens (Rehesabz.net, proche de l’opposition, et Tabnak, favorable aux conservateurs) ont levé le mystère sur le “délit” qui a valu une nouvelle arrestation à Jafar Panahi et à plusieurs de ses proches. D’après ces sources, reprises par l’AFP, le réalisateur préparait en effet un film sur les manifestations post-électorales en Iran, ce qui a été jugé  “hostile au régime“.

Contrairement à ce qu’affirmait le procureur de Téhéran, Jafar Panahi a donc bien été arrêté pour des raisons politiques, parce qu’il est un artiste tentant de se faire entendre dans un pays qui ne supporte aucune critique. En cherchant à réduire au silence celui qui rêvait d’ “être la voix de l’Iran dans le monde”, les autorités iraniennes envoient un message fort : personne n’est intouchable, pas même un réalisateur à la renommée internationale.

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Voir aussi actualité du 2 mars 2010

Nouvelle arrestation du cinéaste iranien Jafar Panahi

Posté par MpM, le 2 mars 2010

jafar panahiLe procureur général de Téhéran a confirmé l’arrestation du cinéaste iranien Jafar Panahi lundi soir, alors qu’il était en compagnie de sa femme, de sa fille et de plusieurs invités. C’est le fils du réalisateur qui a donné l’alerte, précisant qu’une perquisition et des saisies ont eu lieu suite à cette arrestation. Toutefois, selon le procureur, “Jafar Panahi n’a pas été arrêté parce que c’est un artiste ou pour des raisons politiques. Il a commis un délit et a été arrêté sur ordre du juge en compagnie d’une autre personne.” Une enquête serait en cours, mais on ignore encore ce qui lui est officiellement reproché.

Jafar Panahi, chef de file de la Nouvelle vague iranienne et récompensé dans tous les grands festivals internationaux (Caméra d’or à Cannes, Lion d’or à Venise, Ours d’argent à Berlin…), est un soutien fidèle de l’opposition au régime du président Ahmadinejad. Il avait notamment soutenu Mir Hossein Moussavi lors de la présidentielle, et s’est fait brièvement arrêter à l’été 2009 pour avoir assisté à une cérémonie à la mémoire de Neda, jeune manifestante tuée lors des manifestations de protestations contre la réélection d’Ahmadinejad.

Depuis sa participation au Festival de Montréal, où il avait réaffirmé sa solidarité avec l’opposition en arborant la couleur verte des manifestants, Jafar Panahi s’est vu interdire de quitter le territoire iranien. Il n’a ainsi pu assister ni au festival de Vesoul, qui lui remettait un Cyclo d’honneur pour son engagement en faveur de la liberté, ni à celui de Berlin (voir actualité du 16 février 2010) , dont il était pourtant l’invité d’honneur.

En cette période de forte répression, l’arrestation de Jafar Panahi trahit l’intransigeance du régime iranien, bien décidé à ne pas céder un pouce de terrain à ses opposants, et provoque une nouvelle fois l’inquiétude et la colère des défenseurs des droits de l’homme.

Berlin 2010 : Shah Rukh Khan plus fort que les extrêmistes

Posté par vincy, le 19 février 2010

my name is khanHors-compétition, la Berlinale présentait un film bollywoodien pas comme les autres. My Name is Khan, de Karan Johar, met en vedette la superstar indienne Shah Rukh Khan (ou Sha Rukh Khan ou Shahrukh Kha), après quasiment une année de disette pour ses fans. Surtout, son sujet était éminemment politique puisqu’il traite de la discrimination subie par les musulmans aux Etats-Unis après les attentats terroristes du 11 septembre 2001, tout en prêchant un retour à la tolérance.

Mais le film n’est sorti que dans quelques salles à Mumbay (Bombay) car les exploitants ont du céder aux pressions du Shiv Sena, parti d’extrême droite local.  Le parti voulait que l’on boycotte cette production coûteuse. Les producteurs ont alors réclamé auprès de la police que l’on garantisse la sécurité des spectateurs à l’entrée et à la sortie des cinémas. De quoi plomber un démarrage.

Car ne plaisantons pas, les membres de ce parti sont extrêmement violents. Ils avaient attaqué des salles, brûlé des affiches et encerclé la résidence de l’acteur dans les jours qui précédaient la sortie du film la semaine dernière. Au total, la police a arrêté 1 800 extrêmistes.

Mais qu’on ne se méprenne pas : leur colère n’est pas à l’égard du film mais de l’acteur. Shah Rukh Khan a en effet osé dire publiquement qu’il regrettait qu’aucun joueur pakistanais n’était dans la sélection de la Ligue de cricket indienne! Outrage patriotique! Quant au parti xénophobe Shiv sena, il a de moins en moins de crédit et cherche ainsi à rebondir médiatiquement.

Manque de chance, leur calcul s’est avéré faux. Quelque soit leur communauté, les habitants de la métropole sont venus manifestés, se mobilisent pour pacifier la ville et sont allés voir le film en masse. Le film a effectué le plus gros démarrage pour une production indienne en trois jours, avec au niveau mondial des recettes s’élevant à 18 millions de $, dont 2 millions de $ dans les 120 cinémas d’Inde. Aux USA, il a rapporté 2,5 millions de $ le même week-end, lui permettant, en étant 13e du box office, de devenirle plus gros succès bollywoodien en Amérique.

De là à dire que les extrêmistes lui ont fait sa pub…

Berlin 2010 : vous reprendrez bien un peu de polémique nazie ?

Posté par MpM, le 19 février 2010

judsuss.jpgQue serait un festival sans polémique ? Mérité, recherché ou fabriqué de toute pièce, le scandale permet d’entretenir le buzz, de provoquer la curiosité et surtout de faire parler. C’est bon pour l’image comme pour le business, même si la plupart du temps “l’affaire” retombe d’elle-même comme un soufflé en moins de 48h. Que voulez-vous : un film chasse l’autre.

Deux jours avant la remise de l’Ours d’or, et alors qu’il ne reste que trois films en compétition à découvrir, la Berlinale a donc connu sa première mini-polémique 2010, forcément politique. Comme cela arrive souvent ici, la cause en est un film traitant de l’époque nazie. Jud Süss (Film ohne Gewissen) d’Oskar Roehler (Les particules élémentaires) raconte la genèse du film de propagande nazie “Le juif Süss” commandé par Goebbels dans le but de renforcer la haine des Allemands envers le peuple juif. Cette œuvre, qui fut à l’époque montrée à plus de 20 millions de personnes, met en scène un marchand juif censé personnifier la lâcheté, la duplicité et la perversité dans la Prusse du 18e siècle. Elle est aujourd’hui encore interdite en Allemagne.

Le plus grand scandale provient probablement de sa mise en scène outrée et grandiloquente

Ce qui a le plus choqué les journalistes présents à la séance de presse (et qui ont sifflé le film, pratique bien plus rare à Berlin qu’à Cannes), c’est la liberté prise par Oskar Roehler et son scénariste Klaus Richter avec la vérité historique. L’épouse de Ferdinand Marian (l’acteur qui jouait Süss) devient ainsi juive pour les facilités du scénario (plus de compassion, moins de réflexion). Le film oublie aussi de préciser que le comédien continua sa carrière après le succès de Süss, donnant l’impression qu’il n’est qu’une malheureuse victime de Goebbels. Ces “évolutions arbitraires” revendiquées par le réalisateur ôtent à Jud Süss (Film ohne Gewissen) toute caution documentaire, ou au moins historique.

Privé de cela, il ne lui reste plus grand chose tant il est artistiquement raté. Le plus grand scandale provient probablement de sa mise en scène outrée et grandiloquente… mais d’une courte tête seulement devant son scénario si mal ficelé qu’il oublie la moitié des enjeux en route. Ne parlons pas des personnages qui sont au-delà de la caricature, réduits au degré zéro de la psychologie (alcoolique, neurasthénique, fanatique…).

Le sujet, malgré tout, éveille une nouvelle fois la mauvaise conscience et le sentiment de culpabilité des Allemands. D’où la réaction épidermique de certains, et l’ambiance gênée durant la projection. Probablement afin d’éviter tout débordement, la conférence de presse avec l’équipe du film a quant à elle été particulièrement bordée. Le modérateur a très largement monopolisé la parole en interrogeant longuement (et de manière purement inoffensive) les différents intervenants. Ensuite, les autres questions ont surtout porté sur des points de détail concernant les différences entre fiction et réalité.

Pas de quoi lancer une vraie polémique, mais suffisant pour souligner le malaise qui, aujourd’hui encore, accompagne systématiquement toute œuvre touchant au nazisme. Etant Allemand lui-même, Oskar Roehler savait à quoi s’en tenir en choisissant précisément la forme du mélodrame flamboyant et approximatif pour un sujet pareil. De là à penser que les sifflements et la menace de scandale faisaient partie de ses calculs, ou de ceux du Festival de Berlin…

Berlin 2010 : Adoption, Ours d’or symbolique en 1975

Posté par vincy, le 17 février 2010

La Berlinale a longtemps subit la Guerre Froide. Créée par le camp occidental à Berlin-Ouest, le mur avait figé les rapports avec les pays de l’Est de l’Europe. Un dégel s’opère dans les années 70, alors que le festival se tenait encore au début de l’été. Seuls le cinéma yougoslave (pays non aligné officiellement) avait droit de présence, et avait d’ailleurs récolté un Ours d’or en 1969. En 1974, un film russe est invité. En 1975, la compétition propose des films polonais, roumain, est-allemand, tchécoslovaque et russe. Une invasion. Y compris au palmarès : un acteur slovène, un réalisateur soviétique, un court métrage tchèque remportent chacun un Ours d’argent. Et pour couronner l’événement, le jury de l’actrice Sylvia Syms décerne l’Ours d’or du meilleur film à Adoption, de la hongroise Marta Meszaros (qui gagne aussi trois autres prix parallèles).

Adoption, l’histoire d’une ouvrière qui veut absolument un enfant avec son amant, un homme marié, sera une grande habituée du Festival, sélectionnée quatre fois, primée quasiment à chaque voyage,  et récompensée par une Caméra d’honneur en 2007. Cannes lui remettra un Grand prix du jury en 1984. Elle aura été aussi membre du jury en 1976.

Après cette date charnière, le festival se transforme en”ambassade” du cinéma du bloc communiste. Un Ours d’or sera remis à un film soviétique en 1977, L’ascension, de Larisa Shepitko, à une oeuvre est-allemande en 1985, quatre avant la chute du Mur, Die Frau und der Fremde, de Rainer Simon, et de nouveau à un film soviétique en 1987, Le thème, de Gleb Panfilov.

Car la fine fleur du cinéma venu de l’autre côté du rideau de fer a l’autorisation de présenter leurs oeuvres dans le camp ennemi. Par propagande évidemment. Car pendant ce temps là, si Sokourov, Sandor, Szabo, Wajda sont projetés, ils ne sont pas forcément visibles dnas leur propre pays…

Berlin 2010 : Central do Brasil, premier Ours latino-américain

Posté par vincy, le 15 février 2010

En 1998, Berlin ne découvre pas le cinéma latino-américain, mais le prime pour la première fois de son histoire. Walter Salles émeut le jury, et le public, avec Central do Brasil. Il remportera aussi le prix d’interprétation féminine, le prix du jury eucuménique, avant de cartonner dans différents palmarès internationaux. Ce sera aussi le début d’une histoire d’amour entre le cinéma de ce continent et la Berlinale puiqu’en 2008 avec Tropa de Elite (Brésil) et en 2009 avec Fausta (Pérou) recevront la prestigieuse récompense, à chaque fois en surprenant les journalistes.

Pour le documentariste Walter Salles, cela va le propulser immédiatement dans la grande planète du cinéma d’auteur “à festival”. Venise le sélectionnera trois ans plus tard avec Avril désespéré et Cannes attendra 2004 pour lui apporter une reconnaissance justifiée, avec Carnets de Voyage. A l’origine, le film retraçant les années de jeunesse du Che devait être l’un des événements du Festival de Berlin. Mais Cannes, comme ce sera de plus en plus souvent le cas dans les années 2000, fait un forcing auprès des producteurs et se le “réserve”.

Comme souvent, Berlin ne parvient pas à “fidéliser” ses primés, ce qui l’oblige aussi à aller chercher de nouveaux talents, constamment. Quand Central do Brasil arrive dans la capitale allemande, il est face à des mastodontes : Quentin Tarantino, Gus Van Sant, Pupi Avati, Alain Resnais, les Frères Coen, Jim Sheridan, Neil Jordan, Stanley Kwan, qui signent tous l’un de leur meilleur film cette année-là.

Le jury de Ben Kingley récompense alors un réalisateur en devenir, mais déjà très talentueux. Mais personne n’a pu succomber l’histoire d’une femme d’âge mûr, assez cynique et pas très aimable, confrontée à un garçon de neuf ans cherchant son père dans un Brésil très pauvre et très religieux. Ce voyage au bout de soi-même et l’apprivoisement de l’Autre bouleversent les plus insensibles. Ce sera d’ailleurs l’un des rares Ours couronnant un film qui joue sur le registre du mélo social dans l’histoire d’un palmarès davantage politique. Mais quelques années après la chute du Mur, le Festival s’ouvrait au monde, et allait se transformer avec la construction d’un complexe à Potsdamer Platz qui allait devenir le coeur battant de la manifestation.

Berlin 2010 : Rainman, symbole hollywoodien, Ours d’or

Posté par vincy, le 13 février 2010

En 1989, Rainman remporte l’Ours d’or. Tout un symbole. Car si le film fut marquant cette année-là, notamment grâce à ses Oscars et la “performance” de Dustin Hoffman, il est surtout le représentant d’un cinéma hollywoodien : un blockbuster dans une sélection très inégale. Jusqu’au milieu des années 90, les studios américains bénéficiaient d’un passe-droit pour placer leurs films “à Oscars”, sortis en fin d’année aux USA et prêts à envahir l’Europe. Berlin servait de tête de pont idéale.

En 89, la sélection offrait ainsi un Jonathan Kaplan (The Accused), un Oliver Stone (Talk Radio) et un Alan Parker (Missippi Burning) face à Nuytten (Camille Claudel), Yamada (Dauntaun hirozu), Rivette (La bande des quatre), Saura (La noce oscura),  Greengrass (Resurrected), entre autres. Etonnant que le Levinson, le plus formaté de tous, fut le gagnant (sans doute consensuel), alors que le palmarès couronna aussi bien Adjani, que le réalisateur Dusan Hanak ou le film de Ziniu Wu. Les Américains repartirent avec le prix spécial du scénario (Eric Bogosian), le prix d’interprétation masculine (Gene Hackman) et un Ours d’honneur pour… Dustin Hoffman.

Ce sera le chant du cygne pour le cinéma américain au palmarès de Berlin. Le pays détenteur de six Ours d’or, très variés, en moins de 39 édition, en récoltera encore quelques uns, mais seulement trois de cinéastes américains, et aucun depuis 2001.

La Berlinale fut créée pour des raisons de propagande anti-communiste en 1951 par les Américains, et dans une moindre mesure par les Anglais. L’influence anglo-saxonne va se réduire comme peau de chagrin après la chute du Mur, et de plus en plus de films indépendants prendront la place de studios qui sortent les films désormais simultanément en Amérique et en Europe.

Rainman est à ce titre symbolique. Dernière machine hollywoodienne efficace et mémorable a recevoir autant d’honneur, ce sera aussi l’ultime gros succès public et mondial de l’histoire des Ours d’or, en dehors du Miyazaki (Le voyage de Chihiro).

Dorénavant, ces films aux budgets marketing imposants se retrouvent hors-compétition pour des soirées de galas et assurer le parterre de stars sur le tapis rouge. Et les Ours d’or vont être décernés à des talents prometteurs plutôt qu’à des cinéastes confirmés. D’ailleurs Levinson, jamais sélectionné à Cannes ou Venise, y a ses plus beaux souvenirs. Bugsy et Toys furent sélectionnés (on se demande pourquoi) mais malchanceux tandis que Wag the Dog est reparti avec prix spécial du jury.

Mais là au moins c’était cohérent avec l’orientation historique du Festival : la politique. Ironiquement, c’est aussi un réquisitoire contre la puissance américaine et le pouvoir des images fabriquées par Hollywood.

Berlin 2010 : La résurrection de Metropolis

Posté par vincy, le 13 février 2010

metropolis_berlin10.jpgIl avait beau faire froid, la neige imprégnant son humidité à travers les semelles, un bon millier de Berlinois et d’étrangers sont venus découvrir un film vieux de… 83 ans en plein air. Métropolis, de Fritz Lang. La toile blanche couvrait la Porte de Brandebourg. Cinéma de plein-air monumental, avec les invités de l’Ambassade de France (au chaud), aux premières loges. Jeunes ou vieux, attentifs ou l’esprit bon enfant, l’événement fera date dans la Berlinale, qui avait organisé cet happening, en plus des traditionnelles projections de presse et de gala (où l’orchestre interprétait en direct la partition d’origine composée par Gottfried Huppertz. La Berlinale recréait ainsi les conditions de la première mondiale du film, le 10 janvier 1927 à Berlin (au cinéma berlinois Ufa-Palast am Zoo).

Vendredi 11 février à 20h, le projecteur éphémère lançait sa première “bobine” tandis que le son enregistré par ‘orchestre symphonique de la Radio de Berlin, jouait la partition qui accompagne le film muet de 1927, réalisé par l’immense Fritz Lang. Outre qu’il s’agit d’un chef d’oeuvre épique, Metropolis est une somptueuse synthèse allégorique où le progrès se confronte aux dogmes et à l’espérance des Hommes. Sa narration, très ambitieuse pour un film de l’époque, lui donne encore un aspect “moderne” et en fait une oeuvre atemporelle. Surtout,il fut le premier grand film de science-fiction de l’histoire du cinéma (si l’on excepte les Méliès).

L’événement n’était pas seulement de voir ce film dans un cadre aussi singulier. Il s’agissait surtout de la renaissance d’un film grâce à la découverte de 26 minutes de pellicules qu’on croyait disparues. La quasi-totalité des scènes manquantes ont été retrouvées en juin 2008 en Argentine. Lorsque la fondation Friedrich Wilhelm Murnau, propriétaire des droits du film a annoncé que “presque toutes les scènes qui manquaient jusqu’à présent ont été retrouvées dont deux grandes scènes importantes” . Une pellicule 16 millimètres a été découverte chez un particulier par des collaborateurs du musée du cinéma de Buenos Aires.  “Grâce à cette découverte sensationnelle” et en dépit de la mauvaise qualité des images, le film pouvait retrouver sa durée originelle. Paramount, producteur du film avait en effet, par la suite, largement amputé l’oeuvre, afin d’en simplifier l’histoire. Le studio avait retiré un quart de sa durée par un nouveau montage qui en obscurcissait l’intrigue. En fait cette mutilation (le film fait 4 189 mètres de longueur) était due à un énorme flop. Quatre mois de présence dans une salle sans succès. On le raccourcit alors à 3 241 mètres pour la sortie nationale.

Metropolis avait été assassiné par la critique (et par H.G. Wells, au passage) et boudé par le public. Oeuvre incomprise, devenue culte et source d’inspiration de Kubrick, Lucas, Scott et Cameron, il a été le premier film à avoir été inscrit sur le Registre de la Mémoire du monde de l’UNESCO, dans sa version transformée. On considérait que les scènes manquantes avaient été disparues. En 2002 une version numériquement remastérisée (et reconnue comme l’une des meilleures restauration cinématographique de la décennie) avait été réalisée, accompagnée de fiches résumant aux spectateurs les scènes manquantes.Un DVD de cette version intégrale (145 minutes) va être prochainement disponible. metropolis2_berlin10.jpg

C’est donc un véritable miracle cinématographique qui eut lieu lorsqu’on retrouva les négatifs manquants.  On a pu admirer hier l’imposant travail de Fritz Lang (quatre ans avant M le Maudit). Incroyable production qui dura deux ans et employa jusqu’à 37 000 figurants, elle coûta 5 millions de marks (150 millions d’euros actuels) de l’époque dans une Allemagne qui ne parvenait pas à se remettre de la première guerre mondiale.

Ecran Noir vous offre quelques courts films pour revivre la soirée du 12 février. Pardon pour les tremblements (le froid) de l’image. Si vous passez à Berlin, ne manquez pas, en plus, l’exposition “The Complete Metropolis” au Musée du cinéma et de la Télévision, jusqu’au 25 avril, avec 200 objets (caméras, pages du scénario, décors en trompe-l’oeil, extraits de la partition de la musique du film …)

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Ecran Noir, en direct de la Porte de Brandebourg

Extrait 1

Extrait 2

3 autres extraits à venir durant le week-end…

Berlin 2010 : Le fantôme de Polanski entre ombre et lumière

Posté par vincy, le 12 février 2010

ghostwriter-mcgregor.jpgThe Ghost Writer devait ouvrir le Festival de Berlin, mais les organisateurs ont préféré ne pas obstruer le premier jour du 60e anniversaire avec une polémique potentielle et des gros titres sur l’affaire juridique qui cloître le réalisateur Roman Polanski en Suisse.”Nous ne voulions pas qu’il y ait une interprétation comme quoi la Berlinale prenait position dans cette histoire privée.” C’est donc sans son réalisateur que l’importante production internationale a été montrée ce vendredi, dans un Berlin enneigé jusqu’aux mollets.

Ironiquement, le thriller, efficace et non dénué d’humour, doté d’un final triplement tragique (et plein de surprises), fait écho, malgré tout, à la situation du réalisateur. En effet, Pierce Brosnan incarne Adam Lang un ex-premier ministre britannique (aux forts accents blairistes) victime d’une accusation qu’il estime infondée et qui doit le trainer devant la Cour de justice internationale de La Haye pour crime contre l’humanité.  Lang estime que c’est absurde et qu’il est le centre d’un procès en sorcellerie alors que ses décisions avaient été prise au nom de l’intérêt général dans la lutte contre le terrorisme. Les médias y sont filmés comme des vautours en quête d’une proie sensationnelle. Les activistes en colère sont dépeints comme des hystériques. L’ex-PM est obligé de résider dans un pays étranger pour échapper à la justice de son pays… Troublante coïncidence. Le discours de Lang sonne comme un réquisitoire contre le mode binaire et simpliste dans lequel on tente de caser tout raisonnement même complexe.

Polanski dresse un portait attendrissant de ces personnages humiliés publiquement ou menacés. Mais conservant toujours le sourire et sauvant la face dès qu’une caméra apparaît…

Il ne pouvait y avoir de film plus symbolique dans l’oeuvre du cinéaste pour le représenter en son absence. Ses acteurs lui ont rendu hommage. Ewan McGregor qui signe sa meilleure performance depuis des lustres affirme qu’”il est très respecté parce que c’est un cinéaste extraordinaire. Il a une maîtrise du plateau, je n’avais jamais vu ça. C’est un grand maître, très exigeant avec l’équipe. Nous avons tourné une fois 22 heures d’affilée et bon, il a quand même 76 ans!“. Brosnan en rajoute une couche : “Son énergie est féroce. Il a une façon de régner sur le tournage qui oblige tout le monde à assurer“.

Polanski a un belle histoire avec le Festival puisqu’il a été sélectionné trois fois : en 1965 avec Repulsion (Prix de la crtique et Prix spécial du jury), en 1966 avec Cul-de-Sac, Ours d’or, et en 1972 avec Afternoon of a Champion (Mention spéciale).