Entre les frontières: les infiltrés prennent la parole

Posté par vincy, le 11 janvier 2017

Les murs se construisent partout: en Inde, aux Etats-Unis, en Hongrie, au Maroc, au Brésil, en Turquie, en Iran... Et en Israël. Avi Mograbi signe un documentaire percutant sur les immigrés clandestins venus d'Afrique, attendant d'avoir le statut de réfugiés en Israël. Ils sont parqués dans des camps (un comble quand on y pense de la part de l'Etat israélien), entassés en plein désert par centaines. Israël veut les renvoyer chez eux, dans leurs dictateurs ou pays en guerre. Finalement, Entre les frontières pourrait être filmé dans de nombreux pays. Le camp de Holot regroupe des "infiltrés" installés depuiz plusieurs années. Ils ont le droit de travailler, de se déplacer hors-les-murs, mais doivent revenir à chacun des trois appels de la journée.

"L’idée du film m’est venue lorsque j’ai entendu parler de l’histoire d’un groupe de vingt-et-un Érythréens, attrapés à la frontière, et qui avait été refoulés dans le désert égyptien, à l’exception de deux femmes et d’un adolescent qui avaient pu entrer en Israël", se souvient le réalisateur. "Cela m’a particulièrement choqué, parce que je me suis souvenu qu’à l’école, on m’avait appris, comme à tous les petits Israéliens, la façon dont la Suisse avait traité les Juifs arrivant d’Allemagne ou de France. On ne leur a pas accordé l’asile au prétexte que la persécution pour des motifs raciaux ou religieux n’était pas, alors, reconnue. Que ceux qui ont survécu à un tel rejet avant de fonder Israël rejettent aujourd’hui des humains comme leurs parents ou leurs grands-parents ont été rejetés me paraît incroyable".

Sa caméra s'installe ainsi au plus près de ces hommes, désespérés, incompris, mais résolus à ne pas revenir dans leur pays d'origine. "A Tel Aviv, il y a des gens qui disent "on ne veut pas de noirs"" explique l'un d'entre eux. Le cinéaste donne la parole aux exclus. Une seule fois, le réalisateur ose un doute :" des blancs seraient-ils traités pareil en Erythrée?"

Théâtre de l'opprimé

Un texte vient nous appeler les moyens déployés par Israël pour s'en débarrasser: l'objectif notamment législatif est d'inciter ces immigrants à partir d'eux-mêmes puisqu'ils ne sont pas expulsables selon les conventions internationales. Ils s'habituent, parfois se révoltent, vivent leur quotidien. Mais ici, rappelons-le, ce camp se situe dans une démocratie. Certes habitée par des racistes, des hypocrites, des populistes. Mais cela n'explique pas et ne justifie pas les conditions imposées à ces Africains fuyant l'horreur ou la famine.

Pour le film, Avi Mograbi a reproduit le Théâtre de l'opprimé, créé par le Brésilien Augusto Boal dans les années 1970. Avec Chen Alon, ils ont repris cette démarche où une troupe de marginaux ou d'opprimés interprète leur vie. Plutôt que de filmer leur longue migration et leurs multiples privations, le théâtre improvisé entre amateurs devient alors une réplique de leur parcours et de leur calvaire, depuis leur pays d'origine jusque dans les camps. Ces séquences donnent de la vie et de la poésie dans un film essentiellement basé sur le témoignage.

Entre les frontières est un joli réquisitoire contre ces No Man's Land choquants que des pays libres construisent pour mettre à l'écart des êtres. Un No Man's Land peuplé de parias. Le documentaire peut réveiller des consciences assoupies, révolter des humanistes incrédules, interpeller des spectateurs ignorants. C'est déjà ça. Il faudra quand même s'interroger sur cette époque où les capitaux et les armes circulent si facilement d'un pays à l'autre pendant que des Hommes voulant échapper à la mort ou à la misère sont jetés aux oubliettes ou traités comme un bétail en quarantaine.

Edito: 2017, année de l’esthète?

Posté par redaction, le 5 janvier 2017

Une nouvelle année commence. Même si la plupart des films qui sortent en salles ont été tournés l'an dernier, ont déjà été vus dans des festivals ces douze derniers mois, ont déjà bénéficié d'avant première en 2016, on remet les compteurs à zéro.

2017 s'annonce riche en respectables ou vénérables signatures. Scorsese, Kaurismäki, Haneke, Coppola (fille), Villeneuve, Lelouch, Gray, Payne, Dolan, Desplechin, etc... Il y aura aussi la dose de blockbusters, des Marvel aux DC Comics, de Transformers à World War Z, de Ghost in the Shell à l'épisode VIII de Star Wars. Sans oublier les suites de Alien et Blade Runner.

Une année prometteuse, d'autant qu'on découvrira aussi des nouveaux talents inattendus, des propositions cinématographiques audacieuses et des coups de cœur qui marqueront nos esprits. Plus de 700 films sont sortis l'an dernier en France. Autant dire que le choix sera vaste, sans doute trop vaste. Qu'il y en aura pour tous les goûts (même si une écrasante majorité ira voir à peu près les mêmes films que les autres).

Spotlight

Si la critique a de moins en moins d'impact comparé au marketing publicitaire, elle a encore son importance pour des films art et essai. La bonne visibilité du cinéma dans les médias en France contribue sans doute au succès public de films comme ceux de Dolan, Loach, Farhadi ou Almodovar.

On peut mépriser la critique, parce qu'elle ne va pas dans le sens du goût populaire, parce qu'elle est parfois trop radicale ou exigeante. Néanmoins, elle est avant tout là pour éclairer le spectateur. Elle décrypte une œuvre, tente de départager les grands films des bons films. Elle n'est pas si méchante que ça même avec des films dits populaires (Deadpool, Zootopie ont été plutôt très apprécié). Mais le travail de la critique cinématographique, musicale ou littéraire c'est de défendre un film bien, davantage que de descendre un film médiocre.

Mais comme chaque année, on veut y croire, on a l'espoir, on a même la foi de découvrir des films enthousiasmants. On veut être éblouis, séduits, stupéfaits. L'art doit déranger. Il n'y a pas de recettes: un film peut transporter chaque spectateur par son récit, son émotion, son esthétique. C'est une expérience unique. C'est ça le cinéma: une religion, qui relie les gens, où il faut garder les yeux ouverts, et s'éloigner de l'esprit de chapelles.

Le film que j’attends le plus en 2017 : Moonlight de Barry Jenkins

Posté par wyzman, le 29 décembre 2016

Bien que Moonlight dispose d'un confortable mini-buzz depuis plusieurs mois, c'est finalement le chapô d'un article du Huffington Post qui m'a contraint à m'intéresser pleinement au deuxième film de Barry Jenkins. "Le film n'explore pas seulement ce que cela signifie d'être un homme noir et gay, mais d'être un homme." A un moment où les polémiques autour de la diversité s'enchaînent à une vitesse ahurissante, dire que je suis impatient de découvrir Moonlight (ou l'histoire du passage à l'âge adulte d'un jeune homme noir et gay) serait un bel euphémisme.

L'une des premières raisons, c'est son caractère unique. Eh oui, à mieux y regarder, il n'existe à ce jour aucun film traitant principalement des problèmes d'un homme noir et gay sur plusieurs années. Cela peut paraître anodin, mais après une belle année 2016 en ce qui concerne la cause LGBT et 8 années de présidence Obama, 2017 ne pourrait pas mieux commencer à mes yeux qu'avec la sortie de Moonlight. Parce que l'homosexualité a déjà été régulièrement été traitée au cinéma par le biais de personnages blancs, Moonlight me rend également très réticent. Quand on sait que la recherche Google gay+black+movie ne mène qu'à des articles sur Moonlight ou des sites pornographiques, qui ne le serait pas ?

La violence y sera-t-elle gratuite ? Les personnages noirs secondaires seront-ils des stéréotypes ? Les prix me sembleront-ils mérités ? Moonlight sera-t-il à la hauteur de mes attentes ? Parviendrai-je à m'identifier à un quelconque personnage ? Serai-je touché par cette histoire ? Autant de questions que je me pose depuis plusieurs semaines et qui resteront certainement sans réponse jusqu'au 1er février, date de sortie du film en France. Cela étant dit, la question que je me pose le plus souvent est la suivante : à un moment où tous mes amis (queer et/ou blancs) sont capables de citer des personnages qui leur ont servi de modèles et au moins un film qui leur a ouvert les yeux, Moonlight et son héros Chiron auront-ils cet effet sur mois ?

Encensé par la critique, Moonlight est de toutes les cérémonies : Hollywood Film Awards, Gotham Awards, New York Film Critics Circle, British Independent Film Awards, Los Angeles Film Critics Association, American Film Institute, Boston Online Film Critics Association, Boston Society of Film Critics, Critics Choice Awards, Chicago Film Critics Association, etc. A l'heure actuelle, le seul film capable de barrer la route de Moonlight aux Oscars 2017 s'appelle... La La Land !

Sausage Party gagne une manche contre ses attaquants

Posté par vincy, le 14 décembre 2016

Le film d'animation Sausage Party, jugé pornographique par des activistes religieux, restera interdit aux moins de 12 ans. Les plaignants souhaitaient qu'il soit interdit aux moins de 16 ans: C'est rapé. Le film ne sera pas retiré de l'affiche.

Le tribunal a estimé que "le film ne diffusait pas un message à caractère violent et que les scènes à caractère sexuel ne visaient pas à corrompre les mineurs". Dans l'ordonnance, il est affirmé que "la protection de l'enfance et de la jeunesse" n'est pas négligée, puisque "compte tenu notamment de la dimension humoristique du film, l’absence d’interdiction aux jeunes adolescents ne méconnaissait pas l’exigence de protection de l’enfance et de la jeunesse." "L'interdiction de la diffusion aux moins de douze ans, le titre, l’affiche et la bande annonce du film mettent suffisamment en relief son caractère subversif et l'omniprésence des connotations sexuelles", est-il indiqué, confirmant ainsi que "les visas accordés n’avaient pas à être complétés par un avertissement."

L'affaire étant en référé, la requête n'a pas été jugée sur le fond et peut faire l'objet d'une suite dans le cadre d'une procédure judiciaire.

L'audience au tribunal hier avait quand même quelque chose de comique. L'AFP en a fait un florilège hilarant:
"- Maître, sauf erreur, la bande-annonce contient la scène très violente d'épluchage de légumes que vous venez d'évoquer.
- Oui, mais pas celle de la partouze finale
".

Déjà pris en grippe par La Manif pour Tous, le film d'animation, très cru reconnaissons-le, a provoqué la colère outrancière et bien calculée de l'association proche des catholiques traditionalistes Promouvoir (qui adore attaquer le cinéma, avec souvent quelques victoires en faveur d'une censure plus stricte) et d'Action pour la dignité humaine. Les deux associations considéraient que ce film (à peine 60000 spectateurs à date), était "susceptible de créer un trouble chez le jeune public".

"La poire vaginale cherche à tout prix un cul"

Le ridicule ne tue pas si on lit les arguments de leur avocat, Me Bonnet: "Il s'agit d'une entreprise délibérée de toucher les plus jeunes, avec des images et des concepts qui ne sont pas adaptés à eux", allant jusqu'à parler d'une "question de civilisation et de protection de l'ensemble de la société". Il n'a sans doute jamais joué au docteur ou à la poupée.

S'enfonçant un peu plus il ose: "Oui, vous mettez en scène des légumes. Que peut-on reprocher à des légumes? Et après,vous aurez très vite des films d'animation avec des scènes pornographiques". Ça existe déjà, il faut le prévenir. Mais apparemment, il n'a pas supporté la scène finale d'orgie: "une orgie sidérante entre scènes de fellation, de sodomisation (...) où l'on voit un paquet de corn-flakes - un objet assez corpulent - assénant des mouvements de va-et-vient brutaux et demandant tu aimes ça salope?" .

Et de citer d'autres extraits qui donnent envie de voir le film: "La poire vaginale cherche à tout prix un cul, car, nous dit-on, elle est faite pour ça", "Qu'est-ce que ça doit être bon de glisser la saucisse dans le pain!". Avec ou sans moutarde, oignons, cornichons?

La défense, assurée par Me Molinié, évoque "la volonté de censure" de ses contradicteurs "à l'égard d'un film qui est un peu libertaire": "L'un des buts du film est de critiquer sur un mode humoristique la société de consommation, la religion aussi en prend pour son grade, mais il ne s'agit pas d'inciter à la violence".

Il précise qu'il "n'y a pas de représentation de sexe, juste une activité sexuelle" sur le ton "du grotesque" : "tout ce qui est montré n'est pas réaliste".

En Europe, derrière la caméra, on est encore très loin de la parité

Posté par vincy, le 13 décembre 2016

A l’occasion du Festival de cinéma européen des Arcs, une étude sur l’émergence d’une nouvelle génération de réalisatrices européennes, coréalisée avec le soutien de France Télévisions, la Fondation Sisley et le CNC a été publiée alors que le Festival met à l’honneur ces mêmes jeunes réalisatrices. La compétition est d’ailleurs paritaire. Jérémy Zelnik, Responsable des événements professionnels du festival, veut, par cette étude, « faire bouger les choses ». Et c’est en effet nécessaire. « On est très loin de la parité » insiste-t-il.

Le constat est douloureux : sur quatre ans, de 2012 à 2015, dans 30 pays, seuls 19,4% des films sont réalisés par des femmes. Même dans les pays les plus « féminisés » comme la Norvège ou la Suède, la proportion ne dépasse par un film sur trois. Les cinémas italiens et britanniques sont en queue de peloton, tandis que le cinéma français atteint les 25%, se situant ainsi au dessus du niveau moyen européen. Cette étude recoupe les chiffres d'une autre étude de l'European Women's Audiovisual Network, "Rapport sur l'égalité des genres au sein de l'industrie cinématographique européenne", parue au moment du Festival de Cannes où 21% des films dans les 7 pays étudiés était réalisés par une femme.

La parité n’est pas forcément souhaitable. Pour Jérémy Zelnik, « l’importance c’est l’égalité des chances. Les femmes n’ont pas moins de talents que les hommes ». Dans des pays où la production n’est pas très importante, la parité n’est pas l’objectif principal. Par ailleurs, la politique de quotas peut s’avérer contre-productive et doit s’adapter au temps nécessaire de la création. L’an dernier les femmes étaient majoritaires aux Work in Progress des Arcs, cette année, elles sont minoritaires. "La parité est plus intéressante à imposer dans les comités de décision ou les écoles de cinéma" selon lui. Mais Jérémy Zelnik confirme qu’il faut constamment porter une attention particulière pour que les femmes ne soient pas oubliées. C’est l’idée de ce focus aux nouvelles femmes réalisatrices européennes, accompagné de deux tables rondes : mettre en lumière ces nouveaux talents.

Car le renouvellement des générations est l’autre grand axe de l’Etude, et l’autre problème dans une grande partie des pays. Une fois de plus, le cinéma italien se fait remarqué par l’âge de ses réalisatrices : avec la moyenne la plus élevée, il s’agit du cinéma qui se renouvelle le moins. Face à ce cinéma le plus ancien, on peut opposer des cinémas « plus jeunes » comme ceux de Lettonie, Bulgarie, Slovénie, Belgique, Slovaquie, Irlande ou Norvège. « En Europe, les hommes qui ont réalisé un film entre 2012 et 2015, en sont à leur 3,7ème film, tandis que pour la même période les femmes en sont à leur 2,7ème film. Le cinéma européen féminin est en moyenne plus jeune d’une génération par rapport au cinéma européen masculin » explique l’étude.

Encore une fois, l’Italie est en tête de file, avec 5,7 films réalisés en moyenne par les hommes et 3,06 par les femmes. En Suède, de la même façon, on passe de 4,19 films réalisés par les hommes à 1,93 films réalisés par les femmes. En France, ce sont 2,53 films pour les femmes contre 4,07 films pour les hommes.

Il y a quand même une évolution. Ainsi, si 19,4% des films ont été réalisés par des femmes en France, 22,44% des premiers et deuxièmes films sont l’œuvre d’une cinéaste. Pour les premiers et deuxièmes films, la proportion atteint même plus de 35% pour la Suède et la Norvège. En France, le chiffre est à 28,2% mais si « l’évolution transgénérationnelle française existe », elle reste « progressive ». En revanche, au Royaume Uni, en Turquie comme en Italie, on reste en dessous des 15%. « Si les chiffres du Royaume-Uni sont donc bas et, en plus de cela, ne présentent aucune évolution transgénérationnelle » ceux de « L’Italie, au contraire, bien qu’elle se situe en bas de l’échelle en termes de proportion de femmes réalisatrices, gagne des échelons dans les jeunes générations. »

Globalement, la présence des femmes derrière la caméra est en hausse dans de nombreux pays, à quelques exceptions. Grâce à des politiques dédiées, la Norvège, la Suède et la Suisse font figure de bons élèves. La France, l’Allemagne et la Slovaquie, sans avoir de politiques spécifiques concernant le cinéma au féminin, sont au dessus de la moyenne et continuent de miser sur de nouveaux talents féminins. Des pays comme la Roumanie, la Russie, l’Italie, la Pologne, la Turquie et le Portugal connaissent des évolutions et révolutions culturelles « qui vont mettre un peu de temps à s’installer » souligne l’étude. Et puis il y a les cancres comme le Royaume Uni et la Grèce, tous deux très en retard.

Edito: Oiseaux de bons et mauvais augure

Posté par redaction, le 1 décembre 2016

En Inde, les cinémas vont devoir diffuser l'hymne national avant chaque film et le public devra aussi se lever. La Cour suprême en a décidé ainsi mercredi 30 novembre, afin de stimuler le «patriotisme» (gasp). Cette décision a évidemment déclenché une polémique au nom de la liberté individuelle.

Certes, de nombreux cinémas diffusent déjà le «Jana Gana Mana», composé par le poète bengali Rabindranath Tagore au début du XXe siècle. Tout cela intervient alors que les incidents se multiplient autour de Bollywood. Le mois dernier, un homme handicapé en fauteuil roulant avait affirmé avoir été agressé dans un cinéma de Goa pour ne pas s'être levé pendant l'hymne national. Mais au-delà de cette politique nationaliste, les conflits religieux et ethniques se multiplient. Ainsi le film Ae dil hai mushkil a subit le contre coup d'une attaque d'insurgés pakistanais qui ont tué une vingtaine de soldats indiens dans une caserne au Cachemire. L’Armée de renaissance du Maharashtra (MNS), un parti régionaliste d’extrême droite de Mumbay, a menacé d’attaquer tous les cinémas qui s’aventureraient à le projeter. Le réalisateur a du
verser l’équivalent de 690 000 euros à une fondation de soutien à l’armée indienne, pour sauver la sortie de son film, qui est devenu un carton au box office.

Mais depuis, une violente polémique s'en suit et les artistes pakistanais ne sont plus le bienvenue à Bollywood. Les fondamentalistes Hindous du MNS ne veulent plus du Pakistan dans le cinéma. Ils prônent un repli politique sur des valeurs religieuses et souverainistes - et se félicitent du Brexit comme de l'élection de Donald Trump. Sous la pression du MNS, les productions ont décidé de bannir les acteurs pakistanais, y compris les stars les plus populaires en Inde.

Si un vent mauvais souffle d'Inde, finissons sur une note plus optimiste. L'hymne national avant chaque projection ne nous semble pas vraiment pertinent. En revanche, on continue de militer la diffusion de courts métrages à l'instar de Disney qui a proposé le très mignon Piper (une histoire d'oiseaux) avant Le Monde de Dory et une déclinaison de Vice-Versa avec Raison, Déraison avant Vaiana. Dans les deux cas, il s'agit d'une histoire d'émancipation, d'audace et de prises de risques vers le monde extérieur. Et ces temps-ci, ce genre de message, même un peu superficiel, est salutaire.

Sausage Party: La manif pour tous phobique des saucisses

Posté par cynthia, le 1 décembre 2016

En salles depuis hier, le délire animé Sausage Party s'est invité dans les réseaux et le débat idéologique sur les bonnes mœurs. La raison: le film est considéré comme pornographique alors qu'il n'est interdit qu'au moins de 12 ans en France. Bien évidemment derrière cette assaut médiatique, il y a La manif pour tous! En effet le collectif qui se dit défenseur des droits de la famille vient de s'attaquer au film de Conrad Vernon et Greg Tiernan, en le qualifiant "partouze géante à voir en famille"! Alors tout cela mérite réflexion.

Gare aux SPOILERS

Tout d'abord il faut savoir que la scène de fin est effectivement une partouze entre aliments (je ne pensais pas dire ça un jour): on y voit une tomate faire une fellation à un radis (j'ai envie de rigoler en écrivant ça), des crackers se faire violer par une brioche, un bagel se faire sodomiser par une crêpe. Bref, ce n'est pas pour les enfants. Du coup le collectif La manif pour tous que l'on pourrait comparer au personnage d'Eleonor Lovejoy dans Les Simpsons (constamment à juger les autres et à hurler "pensez à nos enfants!!!!!") s'est empressé de noyer leur page Twitter en instaurant le Sausage Party bashing avec le hashtag SOS tout en faisant un lien entre la sortie du film et les campagnes anti-VIH menées par le gouvernement. Il faut savoir aussi que ce tweet a été vite effacé par la suite (rire jaune).

Donc concrètement La manif pour tous pense à quoi exactement? Qu'un père va emmener son fils de 5 ans voir Sausage Party à l'heure du goûter (alors que la jolie Vaiana lui tend les bras)? "Allez Timmy on va voir une saucisse défoncer du pain, tu vas voir tu vas kiffer et après on ira manger un hot dog dans un bar à pute!" Pense-t-il qu'après la vue du film, les spectateurs vont s'empresser de faire une soirée échangiste chez eux? Ou que les enfants de moins de 16 ans vont tenter de "pécho" une carotte? Il est vrai que le cinéma peut influencer les plus sensibles... Après Cinquante Nuances de Grey, toutes les femmes ont sans doute exigé de se faire battre par leurs compagnons et de se prendre un bout de gingembre dans le c.. (c'est du sarcasme hein). Bien sûr enfants, nous avons tous essayé de voler sur un balai en direction de Poudlard tout en fonçant dans le mur de la garde du Nord (double sarcasme).

Pourtant le plus dingue n'est pas l’engouement de l'affaire ou le coup de pub incroyable que cela a engendré pour le film animé imaginé par Seth Rogen. Non, le plus incroyable est de comparer une "partouze" alimentaire à une affiche de campagne contre le VIH où (on vous le rappelle) on y voit deux hommes enlacés (ils ont leurs vêtements hein!)  et un message de prévention contre la maladie. Rappel: nous sommes le 1er décembre, journée internationale de la lutte contre le SIDA (protégez-vous!). Une affiche préventive d'une maladie qui touche de nombreuses personnes serait-elle une incitation à la débauche? Un film déluré serait-il une incitation à la débauche?

Le VIH existe et que l'on enlève les affiches ou non il existera toujours et fera toujours des victimes (peut-être moins si nous laissons les affiches). Les films X existent, et avec Internet il est plus facile de s'en procurer que de commander une pizza, alors est-ce vraiment ça le problème? N'est-ce pas plutôt un problème de communication ou une simple explication rationnelle entre les enfants et leurs parents comme par exemple: "je ne préfère pas que tu ailles voir ce film il pourrait te mettre mal à l'aise!" ?

Oui Sausage Party n'est pas pour les enfants mais en faire un bashing n'est-ce pas une forme de "on doit réagir cela nous fera un coup de pub"? Manque de pot (de moutarde) vous avez fait un coup de pub au film alors qu'en expliquant aux enfants que les parents peuvent voir Sausage Party et qu'eux peuvent voir Vaiana à la place, ça aurait été plus simple, non? Hormis une volonté claire et nette d'imposer votre vision de la vie aux citoyens (le principe même de l'intégrisme), il n'y a aucune raison sensée de s'en prendre à un film animé ouvertement "pour adultes".

Edito: D’après une histoire vraie

Posté par vincy, le 24 novembre 2016

Delphine de Vigan dans son dernier roman, le si bien nommé D'après une histoire vraie (Lattès), mettait en exergue cette fascination pour les œuvres artistiques dont l'origine était le réel.

"[Les gens] ont leur dose de fables et de personnages, ils sont gavés de péripéties, de rebondissements. Les gens en ont assez des intrigues bien huilées, de leurs accroches habiles et de leurs dénouements. Les gens en ont assez des marchands de sable ou de soupe, qui multiplient les histoires comme des petits pains pour leur vendre des livres, des voitures ou des yaourts. Des histoires produites en nombre et déclinables à l'infini (...). Ils attendent du Vrai, de l'authentique, ils veulent qu'on leur raconte la vie."

Est-ce pour cela que le cinéma, après avoir adapté deslivres, des opéras, des comédies musicales, des séries télévisées et des jeux vidéos, s'empare avec gourmandise de films tirés d'une "histoire vraie", inspirés "de faits réels" ou "très autobiographiques" comme l'énumère De Vigan.

"Une forme de curiosité"

Dans son roman, l'écrivaine explique dans un exercice dialectique que "Cette simple étiquette suffit à susciter de ta part une attention différente, une forme de curiosité que nous avons tous (...) pour le fait divers? (...) Le réel, si tant est qu'il existe, qu'il soit possible de le restituer, le réel (...) a besoin d'être incarné, d'être transformé, d'être interprété. Sans regard, sans point de vue, au mieux, c'est chiant à mourir, au pire, c'est totalement anxiogène. Et ce travail-là, quel que soit le matériau de départ, est toujours une forme de fiction."

La fille de Brest est typique de ce qu'évoque De Vigan: un matériau d'origine chiant (une enquête médicale sur un médicament) mais très utile transformé en enquête / thriller où David/une pneumologue affronte Goliath/les Laboratoires Servier. Seul dans Berlin prend racine dans un roman sur le quotidien de Berlinois pendant la guerre, lui-même inspiré par la véritable histoire d'un couple de résistants pacifique. Même le très factice d'Alliés est inspiré d'une histoire vraie (que le scénariste a très fortement romancé).

Le temps raccourci

Le cinéma ne cherche même plus à attendre: Snowden, Argo, Les saveurs du Palais, Erin Brockovitch, Intouchables, The Social Network... les protagonistes sont encore en vie. Des biopics aux histoires extraordinaires. Aux Oscars cette année, Spotlight, The Revenant, The Big Short et The Room étaient tous issus du "réel". Même le cinéma français s'y met, d'Ilan Halimi aux moines de Tibhirine, l'actualité récente n'est plus tabou.

Le box office donne raison à De Vigan. Ces films séduisent et une dizaine d'entre eux se classe régulièrement chaque année parmi les films ayant attiré plus de 500000 spectateurs.

Comme en littérature, le documentaire et la fiction se mélangent. La fiction reste le genre majeur. Mais la base documentaire semble de plus en plus prégnante. Parfois pour réhabiliter un individu, pour rétablir des faits, pour propager un message disons politique, pour expliquer un scandale ou même réparer une erreur de jugement.

A l'image de Sully, où Eastwood n'hésite pas à reconstituer un crash sous toutes ses coutures techniques, ou de La fille de Brest où Bercot fait un exercice peu évident de pédagogie sanitaire. Mais dans les deux cas, ce qui est intéressant c'est bien l'aspect romanesque, la dimension psychologique du pilote de l'avion ou de la pneumologue qui en font un film de cinéma et une œuvre parfaitement intégrée dans la filmographie des deux cinéastes.

Le cinéaste iranien Keywan Karimi en prison

Posté par vincy, le 24 novembre 2016

On se focalise à juste titre sur la Turquie qui emprisonne journalistes, écrivains et enseignants. Il ne faut pas oublier la situation en Iran, avec un Jafar Panahi toujours "séquestré" par décision judiciaire. L'Iran a encore frappé hier : le cinéaste iranien Keywan Karimi a été arrêté et incarcéré mercredi 23 novembre dans son pays, a annoncé à l'AFP son producteur français François d'Artemare. En appel, au printemps dernier, il avait été condamné à 223 coups de fouet, une amende de 600 euros et un an de prison ferme pour un film sur les graffitis à Téhéran. Le premier jugement, il y a un an, l'avait condamné à six ans de prison et 223 coups de fouet.

"Le cinéaste iranien indépendant Keywan Karimi a commencé mercredi 23 novembre à purger sa peine d'un an de prison à la prison d'Evin", a indiqué la société de production de François d'Artemare, Les Films de l'Après-midi, dans un communiqué. Son dernier film, et premier long métrage, Drum, a été présenté à la Semaine de la critique à Venise en septembre dernier et doit sortir prochainement en France.

Keywan Karimi, musulman sunnite originaire du Kurdistan iranien, a été condamné pour avoir réalisé un documentaire sur les graffitis politiques des murs de Téhéran, Writing on the City, réalisé en 2012. Le documentaire est présenté depuis quelques mois dans des festivals internationaux. Il a notamment reçu une mention spéciale au Festival du film documentaire de Navarre à Punto de Vista (Espagne).

Keywan Karimi a aussi réalisé un court métrage de fiction, Zan va shohar Karegar (The Adventures of a Married Couple) en 2013 et un court métrage documentaire, Marze Shekaste (Broken Border) en 2011.

Le légendaire Dune prêt à renaître?

Posté par vincy, le 22 novembre 2016

Legendary Entertainment a acquis les droits du roman culte de Frank Herbert, Dune, paru en 1970. Le contrat prévoit aussi bien un film qu'une série télévisée.

Pour beaucoup de cinéphiles, Dune c'est évidemment le film de David Lynch en 1984, avec Kyle MacLachlan, José Ferreret Virginia Madsen. S'il est aujourd'hui une référence dans le genre, le film avait été un gros fiasco financier aux Etats-Unis (31M$ au box office pour un budget de 40 millions de $ de l'époque) mais un joli succès en France (2,3 millions d'entrées).

Pour Hollywood comme pour beaucoup de producteurs, Dune a tout du livre maudit. Un monument littéraire impossible à adapter.

Alejandro Jodorowsky s'y était essayé, en vain. De cet échec, le cinéaste Frank Pavich avait réalisé un documentaire, Jodorowsky's Dune, où l'on voyait l'artiste chilien chercher ses millions de dollars en vain auprès d'Hollywood. Le docu avait reçu de nombreux prix, dont le Grand prix du jury aux Utopiales. Pour ce Dune, Jodorowsky avait enrôlé les Pink Floyd et magma à la musique, Jean Giraud aka Mœbius pour les aspects visuels, David Carradine, Salvador Dali, Orson Welles, Mick Jagger et même Amanda Lear pour les acteurs. A noter que Blaq Out va sortir le 5 décembre le DVD et le coffret DVD/Blu-Ray (avec notamment un livre exclusif comprenant des documents d'archive, des textes d'Alejandro Jodorowsky et de H.R. Giger et des dessins de 20 artistes internationaux conçus spécialement pour cette édition).

Ridley Scott avait aussi été intéressé par le projet avant de se consacrer à Blade Runner au début des années 1980. Plus tard, la Paramount avait enrôlé différents réalisateurs avant d'abandonner le projet en 2011. Une mini-série TV a quand même vu le jour en 2000.

Cette fois-ci serait-elle la bonne? Vu la complexité du roman, qui mélange politique, religion, écologie, le besoin en bons effets spéciaux et la nécessite d'un récit clair sans être simpliste autour du héros, le studio aura surtout besoin d'un bon scénariste et d'un bon metteur en scène pour conjurer le mauvais sort qui entoure cette énième tentative d'adaptation.