Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.

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Marriage Story


USA / 2019

06.12.2019
 



MATCH POINT





Marriage Story est sans aucun doute le meilleur film de Noah Baumbach, avec Les Berkman se séparent (2005), deux films qui pourraient d’ailleurs être vus comme un diptyque sur le divorce (l’un vu par les enfants, l’autre du point de vue des adultes). Brillant scénariste, le réalisateur réussit ici à mettre en scène cette déchirure qui va aller jusqu’à la fracture du couple. Ainsi, la scène où le lourd portail en bois nécessite que les deux le poussent de part et d’autre. Une croix qu’ils portent. Mais surtout un cercueil qu’ils scellent ensemble. C’est l’amour qui s’achève. C’est la fermeture définitive de leur lien. L’amour est scellé dans ce beau plan, proprement déchirant. Marriage Story est un récit sur le deuil de l’amour.

Durant deux heures vingt Noah Baumbach ausculte l’effondrement d’une famille. Inspiré par sa propre histoire avec l’actrice Jennifer Jason Leigh, le cinéaste ne ménage ni un camp ni l’autre. Deux artistes fusionnels qui vont devenir deux individus étrangers. En mélangeant les genres, le réalisateur ose une histoire universelle polyphonique et polymorphe. On croise ainsi le « musical », le film noir, le film de genre (avec amusement), tout en étant sous l’influence de Woody Allen (Annie Hall) et Ingmar Bergman.

Ce qui le singularise c’est sa façon habile de mélanger le grand amour et les petites rancœurs, la séparation sentimentale et la guerre juridique. Les petits détails du quotidien qui compliquent tant le détachement du cœur et des corps ont autant d’importance que le décryptage d’un système légal broyeur d’émotions. C’est ce qui rend Marriage Story bien plus cruel et juste que Kramer contre Kramer, aussi intense qu’un Boyhood de Richard Linklater.

La guerre des Barber

Cette justesse de ton est aussi à porter au crédit des acteurs. Autant Adam Driver que Scarlett Johansson, qui retrouve (enfin) un très grand rôle. Il suffit de s’enfermer avec eux dans l’appartement pour un règlement de compte à la violence verbale et psychologique inouïe pour que le spectateur subisse cette destruction de l’amour et du couple, en victime collatérale.

Car si Marriage Story a les allures d’un film modeste, il ne se prive pas d’être spectaculaire. Comme une pièce de théâtre alternant l’intimisme et l’épate, l’enfermement et l’évasion. Ce n’est pas seulement la dense New York contre la spacieuse Los Angeles. Il s’agit ici d’exposer l’écart grandissant qui sépare les deux piliers du couple.

Ce qui aurait pu être une sonate mélancolique et funèbre s’avère alors un opéra de chambre tragique. Noah Baumbach filme les deux points de vue à parts égales. On commence avec l’éloge de chacun. Mais au fil du récit, pour ne pas avoir à prendre partie, le spectateur se retrouve confronter aux failles des deux. Nicole et Charlie sont deux adultes responsables de leur propre malheur, deux victimes de leur amour. Elle a étouffé, et on le comprend parfaitement. Il n’a pas été assez attentionné, et on le saisit très rapidement. Mais elle brise aussi leur contrat moral en l’attaquant en justice. Et lui se débat comme il peut pour ne pas se faire casser en mille morceaux.

La firme de la séparation

C’est là qu’intervient un quintet de seconds-rôles fabuleux. L’avocate de Nicole, une flamboyante Laura Dern aussi doucereuse que dangereuse, requin au sourire californien, qui ne sait que gagner avec quelques coups bas et une forte compassion féminine. Les deux avocats de Charlie – le trop tendre mais si humain et touchant Alan Alda, le brutal et maestro maffieux du barreau Ray Liotta – sont aussi le reflet parfait de l’évolution psychologique de leur client, tour à tour passif puis agressif. Le réalisateur insère alors la mère (Julie Hagerty) et la sœur (Merritt Weaver) de Nicole, qui vénèrent Charlie pour finalement rallier le camp de Nicole, et l’effacer complètement du paysage familial. Il suffit d’observer les photos sur le mur… Se mélangent alors sous nos yeux les univers de Lynch, Allen, Scorsese, Zucker-Abahams-Zucker, Unbelievable…

Ainsi, ce lent et long film parvient à nous fasciner par sa capacité à nous intégrer dans ce méli-mélodrame familial, ponctué d’une offensive pour la garde du fils, d’une guerre d’égos ou d’une confrontation narcissique, au rythme de rebondissements professionnels, juridiques, sentimentaux. On souffre pour elle, qui cherche à renaître. On souffre pour lui, abandonné comme un malpropre.

Everything she/he wants

De petits défauts mignons liés à la routine aux grands combats pour leur survie individuelle, les époux Barber nous semblent familier. On sait déjà qu’il n’y aura pas de retour. Tout juste faut-il savoir signer la paix. On reste stupéfaits devant une justice incendiaire soufflant sur les braises d’un amour consumé pour le cramer jusqu’au bout. Mais c’est bien cette horreur légaliste qui permet aussi de passer avec autant de facilité, d’harmonie de la destruction à l’apaisement, de la brûlure à la guérison. Même si la blessure reste.

C’est aussi là que prend tout le double-sens du mot match en anglais : un affrontement sportif et un accord parfait, avec ses arbitres, ses règles, son jeu et ses je. Et au centre, l’argent, nerf de la guerre, le fils, leur bataille, les querelles, artistiques et personnelles. Cette dispute puissance cinématographique se transforme en carnage universel. Où l’on compatit avec les deux, ni perdants ni gagnants, coupables de ne pas avoir su maintenir leur amour en vie. C’est l’histoire d’un mariage qui se désagrège, d’une prise de conscience trop tardive pour que l’on puisse le sauver. Poignant et splendide.
 
vincy

 
 
 
 

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