Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.

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Edge of Tomorrow


USA / 2014

04.06.2014
 



LA RECETTE DU RESET





Doug Liman a déjà prouvé par le passé que son cinéma était avant tout fondé sur la notion de stress. Ses films reposent autant sur des scénarios alambiqués que sur des prouesses de montage. Cela peut créer un style largement plagié depuis (La mémoire dans la peau), revisiter un genre (Mr & Mrs Smith, de loin son plus réussi), devenir artificiel (Jumper) ou manquer complètement son objectif (Fair Game). Edge of Tomorrow s’avère un divertissement de science-fiction de haute volée, entraînant, tendu, mais trop mécanique pour s’émanciper de son concept.

L’histoire mixe une allégorie du débarquement de la Seconde guerre mondiale, avec des Aliens sur les plages normandes en guise de nazis et des hélicos militaires qui se substituent aux navires, et Un jour sans fin, la merveilleuse comédie avec Bill Murray. On suppose que cela a été présenté comme ça aux producteurs pour « vendre » le pitch. De ce point de vue là, tout fonctionne. Le récit ne souffre d’aucun temps morts. Et on regrettera, amèrement, l’épilogue heureux, inutile et « abracadabrantesque », qui gâche l’aspect tragique des destins de Cage et Rita.

Pour le reste, Liman maîtrise parfaitement son récit, qui revient constamment au même point : lorsque Cage se réveille dans la base, en tant que simple soldat déserteur, la veille du débarquement. Le film est construit comme un jeu vidéo – c’est à la mode : Deux jours, une nuit des frères Dardenne suit le même principe – où le « héros », à chaque fois qu’il meurt revient au niveau de départ. Il recommence jusqu’à avancer progressivement vers l’objectif final (tuer le cerveau de l’ennemi et donc gagner la guerre). Chaque jour, il s’améliore (physiquement, militairement), apprend à contourner sa dernière erreur fatale, et passe une étape supplémentaire.

Les ellipses malignes permettent au réalisateur de ne jamais perdre le spectateur. Evidemment, cela reste un bulldozer : l’histoire ne s’approfondit pas au delà (la romance est même risible par certains moments) et ne s’échappe jamais de ce mécanisme temporel. Il faut que Liman déploie tout son talent pour nous captiver avec un final aléatoire, qui, sans nous scotcher, nous accroche. Mais derrière tous ces effets formels de narration, quid ?

Car au fur et à mesure que l’histoire progresse vers son but ultime – si on oublie la fin moralisatrice et béatement triomphale – on constate que les deux personnages principaux sont bloqués et n’évoluent plus vraiment. Un contre-sens terrible qui empêche Edge of Tomorrow d’explorer les possibilités de son pitch. Emily Blunt est ainsi figée dans son rôle de Rambo / Lara Croft dont le panel d’émotions est si faible qu’elle devient en effet l’égal de ces machos à gros biscotos du cinéma des années 80. Pourtant, Blunt, bonne comédienne et crédible dans le costume, a de la réserve. Mais elle est inexploitée. C’est d’autant plus dommageable que cela faisait plaisir de voir qu’une femme pouvait sauver l’humanité grâce à ses talents militaires.

Mais voilà, la sauveuse doit, à un moment donné, laisser la place à un sauveur. Tom Cruise est la star. Il se refuse à jouer les hommes galants, à sacrifier son statut. A 52 ans, l’acteur veut encore croire qu’il peut incarner un héros hollywoodien à l’ancienne. Ce syndrome Dorian Gray atteint déjà sa limite dans les Mission Impossible, et dans à peu près tous les films de Cruise depuis quelques années. En ne cherchant que des projets ciblant les spectateurs mâles de moins de 30 ans, à base de SF, de cascades ou d’autres exploits musculaires, il empêche un film comme Edge of Tomorrow d’avoir une dimension romanesque et chorale. Cela devient basiquement un exercice égocentrique et solitaire. Là encore, on ne peut qu’être déçu. Car, dans le premier tiers du film, son personnage est réjouissant : un peu lâche, un peu faible, ne manquant pas d’humour. Et Cruise excelle dans la peau de ce soldat malgré lui, entre panique et pétoche. Dès qu’il se mue en excellent combattant, il perd toute dérision, tout relief même, tant il devient linéaire.

Mais que cela ne vous empêche pas de vous embarquer dans l’aventure, qui reste un des « blockbusters » les mieux produits de ces derniers mois. Le spectacle est généreux. L’envie de nous épater est évidente. À défaut d’être un film qui marque un nouveau style de cinéma (comme on aurait pu s’y attendre), Edge of Tomorrow surclasse pas mal de films du genre du moment.
 
vincy

 
 
 
 

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