5 raisons de ne pas aller voir Going to Brazil

Posté par redaction, le 23 mars 2017

Going to Brazil est un film signé Patrick mille, en salles depuis hier. A la vue du film, ona préféré ne pas perdre trop de temps. Le pitch est digne, comme souvent ces derniers temps, d'un article de magazine féminin, mixé avec le concept désormais très recherché du Very Bad Trip: "La folle aventure de trois copines invitées au mariage de leur meilleure amie au Brésil (hello Babysitting 2, non mais franchement on a combien d'amis qui ont les moyens de faire leur mariage au Brésil?!, ndlr). À peine arrivées à Rio, elles tuent accidentellement un jeune homme trop insistant (oh le méchant autochtone! Le harcèlement mérite-t-il une peine capitale?!, ndlr). Dès lors, tout s'emballe...!"

Bon déjà dans le dossier de presse, on avait un peu peur. Le comédien - cinéaste Patrick Mille, qu'on aime plutôt bien, se justifiait à coup de clichés: "Je voulais tourner à l’étranger, et je suis fou de Rio et du Brésil, qui me fascine depuis que je suis petit. J’aime les Brésiliens, leur musique, leur cinéma, leur Histoire, bien sûr leur football donc je suis allé trouver Dimitri Rassam, et je lui ai dit : c’est une comédie avec des filles, il leur arrive des bricoles , et c’est au Brésil. C’est comme ça que j’ai vendu mon film". Petite pensée aux scénaristes qui triment pour vendre leur belle histoire au fin fond du Cotentin.

Il choisit donc un casting sexy, plus jeune que dans la première version du script. Vanessa Guide, Alison Wheeler, Margot Bancilhon et Philippine Stindel ont l'avantage d'être très jolies, drôles, et pas chères.

Cependant, comme on vous l'a promis, on a décidé de vous dire pourquoi ce film ne mérite guère qu'on s'y attarde. On peut toujours y voir du énième degré dans certains gags ou certaines séquences: l'ensemble laisse un arrière-goût désagréable pour les 5 raisons suivantes.

1. Cette manie de mal jouer sur les clichés. Les Brésiliens aiment la chirurgie et l'Amérique du Sud est connue pour ses histoires de corruption. Le film ne va pas plus loin que ça et joue avec des stéréotypes datés en espérant que ça va rendre le scénario un peu plus crédible. Sauf qu'au final, on se dit que ça se passe certes au Brésil mais que l'histoire aurait pu être transposée n'importe où ailleurs, tant qu'il y a une plage, des jeunes gens beaux et riches et de la corruption !

2. Les personnes principaux sont des femmes mais c'est sexiste et misogyne. Le film explique que : 1) si tu te fais larguer, c'est forcément de ta faute (si tu es une femme) ; 2) pour être épanouie, il faut que tu baises et donc que tu sois baisée par un mec (le sexe lesbien n'étant apparemment pas une option) ; 3) les Françaises sont des cochonnes donc on peut tout faire avec elles, elles seront toujours partantes — même dans le cas d'un viol ; 4) si un mec te largue c'est sans doute parce que tu baisais mal ; 5) en cas de grossesse, ton corps est avant tout un réceptacle qui n'est plus tien mais appartient au père de l'enfant (surtout s'il est riche).

3. C'est souvent raciste. Oh ce racisme est légèrement et bien dissimulé. Mais nous n'avons pas manqué les multiples blagues raciales qui ne sont pas forcément drôles et les rares filles de couleur dans le film sont réduites à des rôles de pseudo militaires qui sont aussi des esclaves sexuelles.

4. La scène musicale est mal introduite, mal jouée et mal mise en scène. La bande de filles arrive dans une maison pleine de monde et leur hôte se lance dans un grand numéro de transformisme qui amène à une scène pro-partouze. Et comme si ça ne suffisait pas, le playback de la scène est absolument dégueulasse !

5. Il y a un mauvais traitement des corps. Les femmes sont nues pour signifier du désir sexuel, la nécessité de se reproduire ou d'arriver à la jouissance (du côté de l'homme) alors que les rares hommes nus le sont juste pour évoquer une forme d'état naturel, de retour à un mode de vie simple.

Berlin 2017: Les insoumis d’Aki Kaurismäki

Posté par vincy, le 14 février 2017

Deuxième volet de sa trilogie sur les ports et de l'immigration, après Le Havre, L'autre coté de l'espoir (The Other Side of Hope) signe le retour du plus singulier des cinéastes contemporains, Aki Kaurismäki. Le film est en compétition à la 67e Berlinale.

Dans le port d'Helsinki, un cargo livre du charbon, d'où sort un réfugié syrien, clandestin. Cette même nuit, un VRP qui vend des chemises fait sa valise, pose son alliance et ses clefs devant sa femme, en bigoudis, médusée et s'en va. On se doute bien que leur itinéraire va un jour se croiser...

Evidemment, le style du cinéaste finlandais n'a pas bougé d'un iota. Il se permet de mixer le burlesque et le drame, le conte tragique et une ironie cocasse, le désenchantement et l'espérance, le social et l'humain. Son film est un concentré d'humanisme brut où l'on rit, où l'on chante (du blues, comme une incantation), où l'on a aussi des abrutis de racistes qui ne sont pas tendres.

Mais ce ne serait pas juste de résumer cette œuvre bienveillante et touchante à ces quelques qualificatifs. Car, comme pour Le Havre, le film est profondément engagé. Il cherche à ouvrir les esprits. Mais il veut surtout montrer, sans être démonstratif, qu'il ne faut pas être résigné face aux montées de nationalisme, xénophobie, populisme et autres replis sur soi.

L'autre coté de l'espoir est un acte de résistance par la solidarité. Des gens s'entraident malgré les pourris (suprémacistes bêtes et méchants, bureaucrates aveugles, patrons voyous, ...). Ils contournent les lois, ne demandent rien en échange, font leur petit business entre eux, à l'écart du chaos du monde et des règles absurdes. L'humain reprend le dessus, avec une simplicité désarmante. Les anti-héros de Kaurismäki sont des insoumis à leur manière. Ils payent leurs impôts, cherchent à bien faire leur boulot, mais rechignent à devenir des salauds au service de puissants qui ont débranché leur cœur.

Avouons que ça fait un bien fou, même si le film est teinté d'une mélancolie tendre plus que l'émotion ne nous étreint. On peut trouver ça naïf. On peut admirer une fois de plus cette direction artistique vacillant entre nostalgie des fifties-sixties américaines et réalisme coloré d'une époque sans joie. Mais le talent du réalisateur est de nous rendre ces "losers" attachants comme jamais. Il se moque de l'époque, s'amuse avec nos travers, nous fait rire avec des dialogues gratinés, nous enchante avec son style à la Jacques Tati. Et pourtant il nous parle de la guerre en Syrie, de ces gens fuyant les guerres, traversant les frontières, seuls au monde, de la nécessité à rencontrer l'autre.

Alors oui, c'est une autre facette de l'espoir, celle des rêveurs. Et comme dans tous les rêves, le film se déroule selon un principe classique: le récit est attendu mais chaque séquence est inattendue. Aki Kaurismäki propose ainsi des scènes de la vie ordinaire qui ne se déroulent jamais comme le cinéma les imagine, comme le réel les construit. Non, chez lui, rien ne se passe vraiment comme prévu. C'est le plus malin qui domine le plus fort. C'est le plus fragile qui s'en sort. C'est toujours la bonté qui l'emporte sur l'égoïsme. C'est l'âme et les actes qui remplacent la morale et les lois.

Si on aime indiscutablement les mises en scène du réalisateur, on reconnaît qu'on succombe indéniablement à ses propos. Il y a quelque chose de Robin des bois dans son cinéma. Il pend les riches pour sauver les pauvres...

Berlin 2017: La splendeur et l’obsession selon James Gray

Posté par vincy, le 14 février 2017

On ignore pourquoi The Lost City of Z n'est pas en compétition à la Berlinale. Un manque de confiance des producteurs? Ou la volonté de Dieter Kosslick, le directeur du Festival, de ne pas écraser la concurrence avec cette œuvre épique et magnifique?

Changements de casting

Hors compétition, l'adaptation du livre de David Grann arrive enfin sur les écrans. Sept ans que le projet serpentait. En 2010, Brad Pitt confirmait qu'il allait s'embarquer dans cette aventure. Trois ans plus tard, sa société de production, Plan B, qui possède les droits d'adaptation, annonçait un changement d'acteur : Benedict Cumberbatch était désormais chargé d'incarner l'explorateur Percy Fawcett. La production se lance en fin en 2015, mais Cumberbatch n'est plus disponible, occupé à jouer les Doctor Strange. Charlie Hunnam le remplace.

Il est frappant de voir à quel point l'acteur ressemble à Brad Pitt dans ses premiers films (Et au milieu coule une rivière, Sept ans au Tibet). Même blondeur, même charme, même candeur, même fêlure.

A l'ombre des Maîtres

James Gray lui aussi a mis ses pas dans ceux de ses pairs. David Lean, Stanley Kubrick, John Huston... A chaque plan, sublimé par Darius Khondji (Fincher, Jeunet, Haneke, Allen, ...), un de leurs vieux films nous revient en mémoire. On ne boudera pas ce plaisir cinéphilique mais cela resterait un film à références plutôt qu'un film de référence.

Hors, si le cinéaste nous éblouit avec cette histoire qui mêle le portrait d'une caste anglaise, l'horreur de la première guerre mondiale et l'aventure exploratrice en terre inconnue, avec ce qu'il faut d'action, de périls mais aussi d'anthropologie et d'ouverture aux autres, c'est parce qu'il transcende d'autres confrères qui ont essayé ce genre de film. Citons Bob Rafelson avec Aux sources du Nil ou Roland Joffé avec son Mission. Plus proche de nous, on pourrait évoquer Martin Scorsese et son Silence, où une certaine pesanteur et surtout un discours unilatéral plutôt en faveur des Jésuites occidentaux nous conduisaient à avoir des réserves. James Gray a su bien mieux manier les séquences intimistes et d'autres plus contemplatives, la longue durée des multiples voyages et le sens du spectacle.

Vingt ans de quête

On se doit alors de trouver une autre filiation: le cinéaste britannique Hugh Hudson. Car avec Greystoke (1984) et Altamira (2016), plusieurs thèmes similaires (jusqu'aux débats houleux entre savants sur ces ethnies "primitives" qu'on déclassaient de l'échelle de la civilisation) se croisent dans The Lost City of Z. Là où Hudson échouait à chaque fois à flirter avec une grande œuvre faisant dialoguer la nature et l'Homme, les différences et les ressemblances, l'esprit de curiosité et le désir de conquête, James Gray y parvient.

Le spectateur pourra toujours se laisser envoûter par les décors somptueux, se laisser séduire par ce personnage hors-du-commun, prêt à tous les sacrifices pour atteindre son rêve, se laisser porter par ce récit sur vingt ans où la mort, l'amour et la vie s'entremêlent. The Lost City of Z est bien plus que cela.

Existentiel

L'obsession presque égoïste de Percy Fawcett, motivée par sa capacité à comprendre la jungle et à être humble devant ses habitants d'un autre temps, révèle à quel point un désir peut mener à une forme de folie qui faut mériter de vivre. Peu importe l'issue, c'est bien le parcours qui compte. Faire un film, peindre un tableau, composer une musique, écrire un livre suffit à rendre l'existence plus intense, et ce, même si le résultat n'est pas à la hauteur des attentes ou ne vaut aucune reconnaissance.

Le film est ainsi une glorification de l'ethnologie et de l'anthropologie, avec sa part de mystère et de mystique, où l'homme est seul face à lui-même, préférant risquer sa vie à avoir vu l'invisible plutôt que de se laisser vivre dans le confort du vécu. L'homme est pareil, partout, qu'il soit Indien ou Anglais, géographe ou soldat, pourri par les honneurs, les richesses ou sincère dans sa quête illuminatrice.

Jungle Fever

James Gray a du expurger de la violence pour des questions de classification américaine. Il a retiré du scénario les conséquences de la dernière expédition des Fawcett. Il nous laisse dans la brume tropicale de cette jungle (avec ce formidable plan de son épouse sortant de la Royal Geographical Society, par une serre, où les plantes rappellent la jungle).

Le cinéaste avait demandé à Francis Ford Coppola des conseils pour tourner dans la jungle (si le film se déroule entre la Bolivie et le Brésil, le tournage a eu lieu en Colombie): "N'y vas pas" lui a répondu le réalisateur d'Apocalypse Now, répétant ainsi le conseil que lui avait donné Roger Corman.

On ne peut-être qu'heureux de voir que Gray, comme son héros Fawcett, a désobéi. Sans doute poussé par un rêve obsessionnel et splendide qui le dépassait et dont il a su retranscrire toute la démesure. La cité d'or et de maïs est perdue, mais le réalisateur y a trouvé son plus joyau: l'inspiration.

« Lumière ! L’aventure commence »: les premiers pas passionnants du cinéma

Posté par vincy, le 25 janvier 2017

Ce n'est pas seulement un documentaire que Thierry Frémaux nous propose avec Lumière ! L'aventure commence. C'est bien plus que ça. Le délégué général du Festival de Cannes nous invite à un voyage passionnant qui couvre les dix premières années du 7e art, de 1895 à 1905. A travers 108 petits films (restaurés) qui s'enchaînent, accompagnés d'un texte aux intentions pédagogiques et de la musique de Camille Saint-Saëns, l'aventure nous fait découvrir les premiers films, ceux des frères Lumière. Ce n'est même pas un dixième de leur œuvre, et ça suffit déjà à nous enthousiasmer.

Tout commence avec une sortie d'usine. On croit la connaître. Mais, facétieux, Frémaux nous montre que "le premier geste du cinéma" a eu plusieurs versions. L'invention du remake. La troisième version est mise en scène avec une foule en beaux habits. Car finalement, le premier personnage du 7e art, "c'est la foule, c'est le peuple."

La voix posée de Thierry Frémaux se lance alors une belle leçon de cinéma. Car les Lumière n'ont pas seulement inventé le moyen technique de filmer, ils ont créé la mise en scène. Tout n'est que mise en scène d'ailleurs. Leurs films, des séquences de famille aux reportages au bout du monde, sont écrits, donc scénarisés. La caméra est plantée à un endroit fixe qui offre le bon angle ou qui créé le bon mouvement. Cela donne la première comédie, L'arroseur arrosé, ou le premier film spectaculaire, le premier chef d'œuvre?, L'arrivée du train en gare de La Ciotat. Deux blockbusters noir et blanc, muets et courts. Le temps d'une pellicule de 50 secondes.

Lumière! est fascinant. Pas seulement parce qu'il exhume les premiers films, comme on admire les fresques rupestres de la Grotte Chauvet. La compilation révèle comment les deux frères ont posé les base d'un art nouveau, s'inspirant des tableaux de Cézanne, Degas ou Renoir ou innovant avec le film à l'envers. Ces "sorciers de l'image" compose ainsi le vocabulaire et la grammaire d'un nouveau langage.

Mais au-delà de cette étude quasi "anthropologique" du cinéma, Thierry Frémaux, en chapitrant son montage avec des thématiques, offre au spectateur une vision ethnologique de la France au tournant du XXe siècle. Des métiers disparus, des travailleurs, des enfants qui jouent, des bourgeois qui s'amusent... Tout cela témoigne d'une époque, comme une chronique d'un pays en mutation. Ce cinéma du réel, sans reconstitution, n'empêche pas ces plans séquences d'avoir le cadrage soigné, les perspectives sublimes, les travellings verticaux (dans l'ascenseur de la Tour Eiffel), les profondeurs de champs bluffantes, les seconds-rôles comiques, les regards caméra furtifs....

Et puis c'est aussi un voyage. A Lyon, évidemment, leur ville, mais aussi à Paris, avec le Trocadéro comme vous ne l'avez vu qu'en photo, Marseille, Biarritz, Jérusalem, New York, Londres, Chicago, ou encore en Turquie, en Suisse, en Italie, en Espagne, en Allemagne, en Russie, en Azerbaïdjan, au Mexique, au Japon et au Vietnam, avec cette petite fille qui court vers la caméra. Le monde d'alors. le monde comme on l'imaginait, comme on ne l'a pas forcément vu.

Lumière! L'aventure commence est un formidable travail de composition, où une centaine de petites histoires couvre tout le spectre de ce qui sera le cinéma, d'une catastrophe industrielle "surnaturelle" au film réaliste. "Un sujet, un traitement, un point de vue". Les Lumière ont fondé cet art qui déplace les foules du monde entier depuis plus de 120 ans. D'Eisenstein à Ford, de Kurosawa à Ozu, de Visconti à Laurel et Hardy, de W.C. Griffith à Chaplin, le sélectionneur de Cannes rappelle comment les deux français avaient déjà créé tel plan ou tel cadre, bien avant que les grands maîtres n'en fassent leur style.

Avec ce film, Frémaux prouve qu'ils ont été les premiers cinéastes. Son film est un anoblissement en images ludique et jubilatoire.

Edito: 2017, année de l’esthète?

Posté par redaction, le 5 janvier 2017

Une nouvelle année commence. Même si la plupart des films qui sortent en salles ont été tournés l'an dernier, ont déjà été vus dans des festivals ces douze derniers mois, ont déjà bénéficié d'avant première en 2016, on remet les compteurs à zéro.

2017 s'annonce riche en respectables ou vénérables signatures. Scorsese, Kaurismäki, Haneke, Coppola (fille), Villeneuve, Lelouch, Gray, Payne, Dolan, Desplechin, etc... Il y aura aussi la dose de blockbusters, des Marvel aux DC Comics, de Transformers à World War Z, de Ghost in the Shell à l'épisode VIII de Star Wars. Sans oublier les suites de Alien et Blade Runner.

Une année prometteuse, d'autant qu'on découvrira aussi des nouveaux talents inattendus, des propositions cinématographiques audacieuses et des coups de cœur qui marqueront nos esprits. Plus de 700 films sont sortis l'an dernier en France. Autant dire que le choix sera vaste, sans doute trop vaste. Qu'il y en aura pour tous les goûts (même si une écrasante majorité ira voir à peu près les mêmes films que les autres).

Spotlight

Si la critique a de moins en moins d'impact comparé au marketing publicitaire, elle a encore son importance pour des films art et essai. La bonne visibilité du cinéma dans les médias en France contribue sans doute au succès public de films comme ceux de Dolan, Loach, Farhadi ou Almodovar.

On peut mépriser la critique, parce qu'elle ne va pas dans le sens du goût populaire, parce qu'elle est parfois trop radicale ou exigeante. Néanmoins, elle est avant tout là pour éclairer le spectateur. Elle décrypte une œuvre, tente de départager les grands films des bons films. Elle n'est pas si méchante que ça même avec des films dits populaires (Deadpool, Zootopie ont été plutôt très apprécié). Mais le travail de la critique cinématographique, musicale ou littéraire c'est de défendre un film bien, davantage que de descendre un film médiocre.

Mais comme chaque année, on veut y croire, on a l'espoir, on a même la foi de découvrir des films enthousiasmants. On veut être éblouis, séduits, stupéfaits. L'art doit déranger. Il n'y a pas de recettes: un film peut transporter chaque spectateur par son récit, son émotion, son esthétique. C'est une expérience unique. C'est ça le cinéma: une religion, qui relie les gens, où il faut garder les yeux ouverts, et s'éloigner de l'esprit de chapelles.

13 courts animés inspirés des poèmes de Guillaume Apollinaire en salles

Posté par vincy, le 28 septembre 2016

13 films d'animation, des courts métrages de trois minutes, sont regroupés dans un programme qui sort en salles ce mercredi 28 septembre. Distribué par Gebeka Films, Apollinaire, 13 films-poèmes, est la troisième série de la collection "En sortant de l'école..." diffusée sur France 3. Le poète Guillaume Apollinaire succède à Jacques Prévert et Robert Desnos.

La particularité de cette collection est de confier l'animation à des jeunes diplômés d'écoles comme Les Gobelins, l'EMCA ou La Poudrière. L'éclectisme visuel provient de cette variété de talents, qui utilisent des décors en papier ou en 3D, du stop motion ou de la craie.

La diversité est aussi dans le choix des poèmes. Certains abordent la guerre, d'autres l'amour ou la vie. L'ensemble s'avère assez doux, mélancolique, et néanmoins, guilleret. On comprendra que le programme vise avant tous les élèves de l'école primaire, ceux qui apprennent Apollinaire.

Parmi ces treize courts animés, souvent épurés, il y a forcément des poèmes qui nous séduisent plus que d'autres. A l'instar du modèle indépassable du genre, dans le domaine musical, Fantasia.

Si on devait en garder trois, ce serait Automne de Hugo de Faucompret, où des créatures à la Miyazaki se mélangent à un trait presque impressionniste ; A toutes les dégotes et à tous les dingos, d'Augustin Guichot, habile mélange d'argot qui "slamme" et de comédie musicale jazzy qui ferait écho aux Triplettes de Belleville (c'est aussi le seul film où le personnage s'exprime) ; Ville et cœur d'Anne-Sophie Raimond, tourbillon absurde et un poil déjanté qui évoque l'univers de Jacques Tati, et qui réussit une transposition moderne du poème.

Notre préféré reste Carte postale de Fabienne Wagenaar, en papier découpé et stop motion. L'inventivité et la singularité de l'animation est proprement cinétique, à la fois sobre et ludique, sublime et juste, s'appuyant sur une écriture visuelle ingénieuse.

Mais les neuf autres courts méritent aussi le détour: du naïf et allégorique Pont Mirabeau au pictural Bestiaire (Dali n'est pas loin), en passant par les objets de Je me souviens ou de l'onirique Oiseau qui chante. Histoires sans paroles, mais accompagnées des belles voix de Yolande Moreau, Pascal Greggory, Thibault Vinçon et Sylvain Despretz, ces films-poèmes peuvent nous replonger en enfance mais surtout ils offrent un regard nouveau sur des textes que l'on a plus récité que compris. C'est la force de l'animation et de la poésie: il n'y a aucune limite à l'imaginaire. Et les deux combinés permettent de donner un nouveau sens au poèmes et de révéler des futurs talents de l'animation.

Lettre à Xavier Dolan

Posté par wyzman, le 21 septembre 2016

Cher Xavier,

Avec toi, c'est toujours la même chose. A chaque passage à Cannes, tu fais un malheur. Certains t'adorent, d'autres te détestent. Mais rares sont ceux qui, après avoir vu l'un de tes films, se disent "Mouais… Bof… Ça passe !" Il y a deux ans, Mommy faisait le job comme personne. Je m'en souviens comme si c'était hier. Tu étais partout, tout le monde te citait, tu allais gagner. Jusqu'à la dernière minute, tout le monde te voyait remporter la Palme d'or… Et puis finalement non. Ce n'est pas grave. Ton nouveau bébé, Juste la fin du monde, est la preuve que ton meilleur film (à ce jour !) allait sortir deux ans plus tard.

Alors oui, nombreux sont ceux qui t'ont reproché et vont continuer à te reprocher la mise-en-scène de cette adaptation de la pièce de Jean-Luc Lagarce. Mais on s'en fiche. Comme tout metteur en scène, tu t'es approprié l'oeuvre de J.-L. L., quitte à la modifier légèrement. C'est tant mieux. En modernisant un peu le tout, tu m'as donné envie de découvrir le travail de ce dramaturge. Et ce n'était pas gagné d'avance. Comme avec Tom à la ferme à l'époque, il est évident que ton nouveau film va diviser et déranger. N'est-ce pas ce que les grands artistes sont censés faire ? En n'allant là où tu n'étais pas franchement attendu, tu nous as prouvé (si c'était nécessaire) que tu étais seul maître de ta carrière. Et je ne te remercierai jamais assez pour cela.

Dramatique au possible et sincèrement prenant, Juste la fin du monde m'a réconcilié avec ma famille (j'y reviendrai plus tard) et avec cette belle et grande famille du cinéma français. Parce que cela mérite d'être dit : ton casting cinq étoiles est une merveille. Oui, l'interprétation de Léa Seydoux risque d'en agacer certains. Oui, Nathalie Baye aurait dû forcer encore un petit peu le trait. Mais en face, impossible de résister au jeu de Gaspard Ulliel (un bonheur qui mérite une nomination aux César), de Marion Cotillard (plus juste que la justesse elle-même) et de Vincent Cassel (parfait au possible).

Parce que tous tes acteurs sont incroyables, je suis d'autant plus content que tu n'aies pas lésiné sur les gros plans. Si pour certains spectateurs et internautes, ce n'est que du cadrage, pour moi, cela a fait toute la différence. Et ne me lance même pas sur ces regards qu'Ulliel et Cotillard s'échangent ou sur tes ralentis ! En mettant en scène et de manière brillante mais osée une pièce de théâtre essentiellement basée sur les non-dits, tu as réussi un véritable exploit. Et au cas où tu ne le saurais pas, tu es officiellement l'un des meilleurs réalisateurs de cette décennie et de notre génération.

Mais assez parlé de ton excellent travail (tu méritais plus qu'un Grand Prix, ça reste entre nous), parlons maintenant de moi et de toutes les personnes qui vont aller voir ou revoir ton film dès aujourd'hui. Évoquons brièvement tous ceux qui vont être pris par les tripes, songer à leur famille pendant de longues minutes et se baisser sur leur siège de cinéma pour pleurer discrètement. Car oui, Juste la fin du monde est d'une telle beauté que j'en ai pleuré. Bon d'accord, j'ai pleuré devant chacun de tes films, mais celui-ci m'a vraiment laissé en PLS pendant plusieurs heures. D'ailleurs, je ne m'en suis toujours pas remis. D'où cette lettre.

Après avoir vu Juste la fin du monde, j'ai presque changé d'avis sur les repas de famille. Presque. Je les déteste toujours autant parce que tout le monde semble y être en pleine représentation, mais je les tolère davantage. J'y communique et y partage également plus. Avec la puissance d'un électrochoc, ton nouveau film m'a fait comprendre que ce sont ces petits moments passés autour d'une table qui font les familles et pas juste les liens du sang.

Alors merci. Merci pour ces 95 minutes absolument flamboyantes. Merci d'être toujours toi-même (talentueux, franc, sensible et parfois mal compris). Merci de partager ton regard sur le monde et ta maturité avec le public (même les purs haters). Mais plus encore, merci de ne jamais avoir cédé sous la pression des critiques.

[69, année érotique] Cannes 2016: The Brown Bunny en 2003

Posté par vincy, le 17 mai 2016

Plus les années avancent, et plus le public semble anesthésié à Cannes. Il y a bien quelques huées à la fin de certains films. Quelques accrédités qui quittent la salle. Mais les scandales sont devenus très rares. Quand Vincent Gallo est sélectionné en compétition au Festival en 2003, il ne se doute pas encore que son film sera rejeté par les festivaliers.

Il faut dire que The Brown Bunny n'était pas terminé. Certains l'ont quand même assassiné en lui décernant le titre de pire film de l'année. Depuis Gallo est devenu rare sur les grands écrans. Mais son actrice, Chloë Sevigny, est encore sur la Croisette cette année. Pourtant elle a pris cher. Elle aura offert à nos regards (forcément voyeurs) la pie inattendue de l'année avec un réalisateur-acteur exhib et bien monté. Certains voudront défendre cette scène pornographique en clamant que ce n'est qu'une prothèse pénienne. Mais Gallo et Sevigny ont démenti, toujours. Ceci est bien une vraie pipe.

Summum de la scène, la jeune fille avale bruyamment le sperme de son partenaire. Rien que pour son ça, l'actrice fut virée par son agent.

Le plus désolant dans cette histoire fut sans doute que le film n'était pas prêt et que le cinéaste a du refaire son montage. Les critiques furent meilleures, mais l'échec retentissant. Une fellation même non simulée ça n'est pas un argument de vente.

Festival 2 Valenciennes : Leena Yadav triomphe, Mia Hansen-Løve déçoit et Emma Watson épate

Posté par wyzman, le 18 mars 2016

Alors que la compétition côté fictions bat désormais son plein au festival 2 Valenciennes, certains films commencent à sérieusement se distinguer. On pense notamment à l'exceptionnel La Saison des femmes qui a ravi public et critiques hier soir.

Introduit par Linda Hardy et en présence de sa réalisatrice (Leena Yaday), le film n'a pas manqué de marquer les esprits. En effet, La Saison des femmes raconte comment, dans un petit village indien, quatre femmes tentent de s'opposer aux hommes et aux traditions qui les asservissent. Film féministe certes, c'est avant tout un film engagé que l'on vous recommande vivement (confirmant d'ailleurs l'émergence d'un cinéma indien "mainstream" hors Bollywood). Dur et parfois tragique, le résultat final a plus que conquis notre cœur - sans même parler de celui des centaines de spectateurs présents. Parce que les personnages veulent changer la donne et être libres, La Saison des femmes a tout de l'ode à l'espoir. Et bon sang c'que ça fait du bien ! Pour rappel, le film sort le 20 avril dans nos salles et ce sera à ne surtout pas manquer !

Un peu comme Tout pour être heureux dont nous vous parlions hier et qui n'a pas manqué de faire son petit effet auprès du public valenciennois ! Son réalisateur, Cyril Gelblat, s'est même livré à quelques confidences savoureuses mais nous y reviendrons plus tard. A l'inverse, le nouveau film de Mia Hansen-Løve, L'Avenir, a peiné à convaincre. Et cela, qu'il s'agisse du public comme de la critique. Oui, le film est porté par une Isabelle Huppert formidable. Oui, le film a la chance d'être sublimé de manière quasi érotique par Romain Kolinka. Mais ça s'arrête là. En narrant les péripéties d'une prof de philosophie proche de la retraite, la réalisatrice d'Eden - prix de la mise en scène à la dernière Berlinale - surprend autant qu'elle ennuie. En ressortent tout de même des plans magnifiques et l'envie de partir dans le Vercors, à l'instar du duo principal.

Et en parlant de duo, force est de reconnaître que l'association Emma "Hermione" Watson/Daniel Brühl fonctionne à merveille dans le Colonia de Florian Gallenberger. On en redemanderait aussitôt le film terminé. Dans le Chili de Pinochet, le couple tente de mettre un terme aux agissements d'une secte et de son gourou, incarné par le magnétique Michael Nyqvist. Match il y a et c'est un véritable bonheur. Ce thriller historique n'a pas encore de date de sortie, mais il ne fait aucun doute qu'après son passage aux Festival 2 Valenciennes, ce petit contretemps devrait se résoudre. C'est tout ce qu'on peut lui souhaiter !

Spectre: les raisons de la déception

Posté par geoffroy, le 14 décembre 2015

daniel craig james bond 007 spectre
Mais pourquoi Spectre n’a pas réédité le succès de Skyfall aux USA ?

Le choix de faire du neuf avec du vieux n’est sans doute pas étranger à la petite déception du dernier Bond au box-office américain. Malgré les efforts consentis pour nous redessiner les contours du personnage créé par Ian Fleming, l’influence du personnage historique reste la plus forte pour emporter avec lui toute idée d’aggiornamento. Explications.

Spectre, en salles depuis le 06 novembre aux USA, n’aura donc pas réédité l’exploit de Skyfall au box-office américain (304M$). Néanmoins, ce quatrième opus « bondien » incarné par Daniel Craig ne déshonore pas la franchise puisqu’il peut espérer atteindre, voire dépasser, les 200 millions de dollars en fin de carrière. Ce qui placerait le film dans la moyenne des Bond depuis l’installation de Pierce Brosnan, inflation prise en compte (Goldeneye, 1995). Bref, pas de quoi s’inquiéter pour la suite – avec ou sans Craig d’ailleurs. Surtout que le long-métrage de Sam Mendès cartonne un peu partout dans le monde. En effet, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, le film a engrangé 630M$ à l’international, scellant par là-même son indéniable succès. Si la chute de ses entrées s’avère rapide, les 800 millions de dollars sont d’ores et déjà atteints. En comparaison, la cinquième aventure d’Ethan Hunt au cinéma (Mission: Impossible - Rogue Nation) a terminé sa course mondiale aux alentours des 680M$. Dans le domaine du film d’action dit réaliste, et en dehors de Skyfall évidemment, seul le dernier épisode de la franchise Fast and Furious sortit cette même année a fait mieux (351M$ aux USA pour un total de 1,5 milliard de dollars dans le monde).

Avant d’explorer plus avant les causes de ce « succès » perçu comme décevant au vu des attentes, égrenons rapidement les quelques paramètres susceptibles d’en éclairer les raisons.

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-       Proximité scénaristique avec M:I-Rogue Nation

-       Daniel Craig vieillissant

-       Ombre de Star Wars 7 qui semble brûler chaque sortie depuis début novembre

-       Difficulté de succéder à Skyfall

Ce dernier point est essentiel puisqu’il interroge directement l’aspect cinématographique des James Bond et de leur orientation future.

Spectre fait du Bond sans trop y croire

Le film est un succès. Ce constat, purement factuel, est inattaquable. Mais, au-delà de cet aspect chiffré, le film ne peut supporter la comparaison vis-à-vis d’un prédécesseur qui, fait unique dans la saga, clôturait l’idée, plutôt habile, d’une relecture complète d’un anti-héros mythique – donc intouchable – vieux de 50 ans. À la différence de Skyfall, Spectre ne conclut rien et relance même l’antienne du complot mondialisé auquel va se heurter notre agent secret préféré malgré son récent lifting. Ainsi Bond nous refait du Bond. Mais sans trop y croire de peur de perdre l’essence d’un dernier opus si peu « bondien » dans sa mise en forme.

007 traîne alors sa dégaine dans le grand bain des habitudes, dont les recettes scénaristiques connues restent toujours très courues malgré le temps qui passe. Si celles-ci se structurent parfois de façon intéressante, le nœud relationnel malhabile, psychologisant jusqu’à l’overdose les affres de Bond, place Spectre a contrario de Skyfall dans l’émancipation narrative recherchée. En ne lâchant pas la bride, Mendès époumone son héros déjà englué dans un trauma lourdingue qui, d’une façon ou d’une autre, nuit à la dynamique romanesque d’une icône cinématographique proche de la sacralisation. Une question demeure tout de même. En effet, ne manque-t-il pas à Spectre un ton différent, autre, plus affirmé, plus mature, plus puissant ou plus léger qui sait, que celui des bons mots et autres pics d’ironie afin de conjurer l’aspect parfois étrangement impavide, monolithique et téléguidé de tout film « bondien » qui se respecte ?

Les quelques pistes esquissées, comme celle qui invite à remettre en cause la dimension humaine des services secrets, alors remplacés par des drones, ne sont que des « updates » inopérants incapables de modifier la structure narrative d’un Bond qui fonctionne à reculons par effet de contextualisation historique. Ce qui veut dire que Spectre ne capitalise pas assez son énergie sur une « tétralogie » ayant permis son renouveau. À croire que les efforts consentis pour relancer la franchise n’auront été qu’un feu de paille ou, faute de mieux, une courte parenthèse qualitative d’une saga divertissante mais peu innovante (nous pensons, par exemple, au choix judicieux de Craig, Bond blond aux yeux acier, sec comme coup de trique). Ce que Skyfall aura réussi à travers l’approche psychologique d’un homme torturé par son passé (enfance), Spectre échoue à trop vouloir tirer sur la corde, artificielle dans cet opus, d’une telle sensibilité.

Néanmoins l’essai de mise en conformité qui ne demande qu’à engloutir définitivement ce dinosaure issu de la guerre froide ne peut laisser complètement indifférent.

Un pas en avant, deux pas en arrière

Dès lors, nous avons la sensation, un peu désagréable il est vrai, d’assister à un retour aux sources sans génie d’un agent agissant au gré d’une nomenclature préétablie depuis des décennies. Le temps change, la figure du commandeur, non. Pas de surprise, donc, pour les puristes se réclamant d’un Bond « old school » nous recyclant les vieilles recettes jusqu’à l’utilisation de gadgets les plus éculés. La gravité de Skyfall, si nécessaire pour donner du volume à ce corps déterminé dans sa mécanique de réaction, n’est plus. Tout comme le mythe qui cédait sa place à l’homme. Et l’artificiel, lui, rompait enfin face à l’originel dans une idée de « réincarnation storyboardée » faisant de Bond un agent en proie aux doutes les plus légitimes. Mais que penser, alors, du trauma de plus en plus rocambolesque qu’on étire comme une longue agonie depuis quatre films ? Qu’il nous détourne sans détours de cette nouvelle réappropriation mort-née afin de nous servir un personnage re-codifié selon la norme « bondienne » mais sur lequel subsiste encore des points d’interrogation. Si le marqueur « bondien » se refuse à la simplicité, il embrigade celui-ci dans et en dehors d’un « temps-monde » globalisé.

L’aspect formel d’une telle orientation brouille la lecture d’une franchise intemporelle. Spectre en porte les stigmates puisque le film ne sait pas comment s’affranchir d’un passé cinématographique toujours aussi archétypal qui a fait sa renommée (les références nombreuses aux films de la franchise de Dr No à Permis de tuer ne font qu’accentuer la mise en représentation de l’agent secret à travers son smoking impeccable, le bad guy mégalo ou encore l’assouvissement de la gente féminine). La dichotomie entre ce que traverse Bond et l’image qu’il continue de véhiculer est flagrante. Elle crée un sentiment de vide, sorte de no man’s land identitaire niant l’idée d’accaparation par peur du lendemain. En somme, on refuse à Bond le principe de modernité pourtant esquissé en quelques occasions, et ce malgré la technologie invoquée dans une confrontation d’époques, de conception du monde, d’identités.

L’échec (très) relatif de Spectre par rapport à Skyfall questionne sur la capacité des futurs films à entretenir un développement périphérique capable d’aller au-delà de la simple représentation, fut-elle brillante, du modèle (je rappelle qu’en valeur absolue Spectre est un vrai succès). Dévitaliser à ce point James Bond après l’avoir redéfini n’est pas, à mon sens, un gage d’optimisme. Et changer d’acteur n’y suffira pas.