Ma première fois : une expérience banale

Posté par Morgane, le 18 janvier 2012

" - Comment tu fais pour toujours tout contrôler?
- Je contrôle pas, j'anticipe. Sinon, tu te laisses surprendre et c'est là que les problèmes commencent."

L'histoire: Sarah, en classe de terminale, première de la classe, contrôle sa vie en tout point sans laisser la moindre chance au hasard. Zach, 20 ans, passe de lycée en lycée dans lesquels il collectionne les renvois plutôt que les bonnes notes. Tout semble donc les opposer, et pourtant...

Notre avis: Pour son premier long métrage, Marie-Castille Mention-Schaar a choisi de prendre deux acteurs inconnus du grand écran (Esther Comar et Martin Cannavo) pour incarner une histoire aux tons autobiographiques. Productrice, puis scénariste (Ma première étoile), et désormais réalisatrice, elle prend la caméra pour filmer une histoire d'amour entre deux adolescents pensionnaires dans les environs de Paris. Mais étrangement, cette histoire aux allures de conte de fée qui devrait être passionnée et passionnelle, n'en ressort que très lisse et sans profondeur. À la fois ancrée dans une certaine réalité tout en paraissant totalement irréaliste, l'histoire ne permet pas au spectateur de s'identifier aux personnages. On reste alors très très loin de Zach et Sarah et de cet amour sublime qui semble les unir.

Rempli de très nombreux clichés (le baiser sous pluie, une lecture dans la neige entourée de bougies, une première fois des plus romantiques...), le film en devient presque drôle, comme si la réalisatrice s'était trompée de registre. Pris au second degré l'effet aurait fonctionné, mais le ton est bien trop sérieux pour qu'on s'aventure sur ce terrain. Du coup, on oscille, on hésite entre rire nerveux et rire franc; quoiqu'il en soit, ce n'est pas du tout l'effet recherché. Tout est appuyé, surligné, ne laissant aucune place à l'interprétation. Même les plans manquent de subtilité.

Cependant, hormis cette histoire d'amour plutôt bancale, certaines scènes restent plaisantes. Notamment celles avec Vincent Pérez, plutôt sympa dans son rôle de beau-père poule, ou encore celles où Zach pète un plomb en compagnie de sa soeur. Mais elles n'empêchent pas le film de s'enliser dans un amour (trop) plein de bons sentiments où les grandes phrases pseudo-philosophiques alternent avec des scènes au romantisme peu crédible. Trop c'est trop, on n'y croit pas un instant. Quand un film à priori romantique en devient drôle, c'est plutôt mauvais signe...

Intouchables : un film « raciste », « réactionnaire », « sarkozyste » élu événement culturel de l’année

Posté par redaction, le 24 décembre 2011

Avec bientôt 15 millions de spectateurs, Intouchables est devenu cette semaine le 3e plus gros succès français depuis 1945, le 5e toutes nationalités confondues, battant Avatar, au passage. Un phénomène qui, logiquement, a été choisi comme l'événement culturel le plus marquant de l'année 2011 (sondage BVA/FNAC/Le Parisien/Europe 1 auprès de 1003 personnes). 52% des Français interrogés l'ont plébiscité.

Il est donc loin devant The Artist, Harry Potter, les Césars pour Des Hommes et des Dieux et Polisse. Le cinéma squatte une bonne moitié des dix premières réponses, laissant un peu de place à la musique, aux expos et reléguant les livres en queue de peloton.

Évidemment, tout phénomène amène une série d'analyses plus ou moins sérieuses, cherchant les causees de cette irrationalité qui dépasse les esprits les plus cartésiens. D'un point de vue cinématographie, on peut y voir une bonne comédie, bien écrite, bien interprétée, mise en scène avec efficacité, sans être médiocre. Intouchables est plus proche de Trois hommes et un couffin que des Visiteurs ou Bienvenue chez les Ch'tis.

Acte 1 : Marcela Iacub accuse le film d'être sarkozyste

Libération a publié deux textes voulant absolument rendre le film abject. Le raisonnement peut tenir, l'équation ne convainc pas. Ainsi Marcela Iacub (lire le texte intégral), qui a décidément un problème dès qu'elle analyse la culture après avoir attaqué prétentieusement l'exposition de Lilian Thuram au Musée du Quai Branly, qualifie le film de "propagande voilée des politiques sociales de Nicolas Sarkozy." Rien que ça. "Le succès de ce film montre à quel point la société française lui reste fidèle sur le fond et pourrait annoncer, mieux que d’autres enquêtes d’opinion, celui de l’actuel président dans les urnes de 2012. Car on sait que si jamais le chef de l’Etat était amené à faire un second mandat, son but sera de rendre chaque œuf volé au lieu d’ouvrir de grands débats afin de savoir qui devrait être considéré comme leur véritable propriétaire." Elle reproche en effet que Philippe/François Cluzet veuille récupérer l'oeuf de Fabergé que lui a volé Driss/Omar Sy. Le vol est certainement pardonnable,le personnage de Cluzet aurait pu en effet transmettre cette valeur à celui de Sy, comme une sorte de redistribution des richesses. Mais aux dernières nouvelles, l'handicapé ne porte pas plainte contre le noir, et ne fait que récupérer un objet qui lui rappelle sa défunte épouse. L'attachement sentimental n'a donc aucune valeur?

Acte 2 : Intouchables, un conte à la Cendrillon réactionnaire

Dans un autre texte (lire le texte intégral), le quotidien dit de gauche, le professeur de philosophie en classes préparatoires (c'est un métier honorable, mais à quand la tribune d'une maîtresse en cours préparatoire?) Jean-Jacques Delfour trouve Intouchables "parfaitement réactionnaire". Pour lui il s'agit de l'histoire de deux saints, "le saint crucifié par sa tétraplégie et l’autre saint qui le sert, crucifié par son milieu de naissance et sa peau, forment un couple sacré, intouchable. Leur rencontre et leur amour sont une rédemption qui les lave de tous leurs péchés : l’arrogance et la hauteur sociale pour l’un, la délinquance et la déchéance pour l’autre. Un film religieux, sans autre Dieu que la richesse qui a permis cette rencontre."

Pour lui, ce film doit son succès public, entre autres, au conte revisité de Cendrillon. "Ce conte misogyne enseigne comment changer sa vie lorsqu’on est une pauvre fillette exploitée. La beauté de cette souillon ne peut suffire : il lui faut une jolie robe, de jolies chaussures, une belle bagnole avec de beaux canassons. Mais cela ne suffit toujours pas, il lui faut de la chance : un prince riche et puissant qui daigne la trouver ravissante et ne point s’émouvoir de sa basse extraction. Le message du conte est simple : l’instruction, la culture, le désir d’émancipation, la révolte sont inutiles ; la beauté cosmétique et le hasard ont seuls quelque puissance."

Nous aurions tendance à le conforter dans son analyse, en ajoutant une donnée : si ce film est bien tel qu'il le décrit, alors il s'agit d'une comédie réaliste. Elle reflète en tous points l'Etat de notre société, la valeur de l'humain dans une civilisation consumériste et matérialiste. On peut s'en désoler, mais c'est ainsi. On taxe la culture à 7% et non pas comme un bien de première nécessité, et ça ne choque personne. On préfère le cinéma aux livres, le people à la critique, la propagande à la réflexion. Intouchables est bien un film symptomatique de notre époque, avec, en bonus, un morale basée sur la confiance en l'autre et la transgressions des barrières sociales. Mieux, Intouchables est un film sur deux minorités qui s'unissent pour retrouver une liberté, une "normalité". Il brise le tabou des handicapés, isolés, et des immigrés de deuxième génération, parqués en banlieue, sans espoir d'ascenseur social, rejetés.

Iacub a tort en expliquant qu'il n'y a pas de redistribution des richesses : le personnage d'Omar Sy trouve un job grâce à un riche un peu illuminé. Delfour n'a pas plus raison. Le personnage d'Omar Sy se met à peindre - c'est bien de la culture, non? - et grâce à son patron, se fait un beau pactole, après avoir vendu une de ses toiles à un avocat méprisable et payant certainement l'ISF.

Acte 3 : Variety n'y voit que des stéréotypes raciaux et sociaux

Avant d'en arriver à notre conclusion, on doit aussi relever la critique du magazine professionnel américain Variety. Son auteur, Jay Weyssberg, estime que Driss  (Omar Sy) est "traité comme un singe de compagnie qui apprend au blanc coincé à s'amuser, en remplaçant Vivaldi par Boogie Wonderland, et en lui montrant comment on bouge sur la piste de danse".  Le journaliste trouve qu'il est "pénible de voir Omar Sy, un acteur joyeusement charismatique, dans un rôle qui se détache à peine de l'époque de l'esclavage, dans lequel il divertit le maître blanc, en endossant tous les stéréotypes raciaux, et de classe."

Intouchables raciste. En plus d'être sarkozyste et réactionnaire. N'en jetez plus.

Intouchables est adapté d'une autobiographie, une histoire vraie. En écoutant les témoignages des deux véritables protagonistes de cette histoire, on se dit que leur vie est incompréhensible pour ceux qui la jugent. Pas l'impression de voir Driss/Abdel Sellou/Omar Sy maltraité et malheureux, même encore aujourd'hui. La fin est d'autant plus ouverte que le personnage d'Omar Sy a la vie devant lui, de l'argent, et s'est sorti de la spirale infernale des Cités sans emploi.

Au delà de tout ce pataquès philosophico-intellectuel, le film est davantage une histoire d'amitié, certes un peu misogyne, qu'un manifeste politique.

Finalement ce n est pas Intouchables qui est raciste reactionnaire et sarkozyste mais bien la France. Le film insuffle en plus un peu d'espoir, de générosité et d'altruisme, pour nous faire croire que ce n'est pas une fatalite.

Grandpuits et petites victoires : le triomphe de l’humain

Posté par MpM, le 24 novembre 2011

L’histoire : En octobre 2010, en plein conflit social sur la réforme des retraites, le feu des projecteurs s’est tourné vers la raffinerie de Grandpuits, située en Seine et Marne, où une formidable mobilisation s’est organisée sur plusieurs semaines. Olivier Azam s’est rendu sur place pour rencontrer les grévistes et observer de l’intérieur une situation aussi exemplaire en termes de lutte sociale que de riposte du pouvoir.

Notre avis : Documentaire engagé et militant qui s’assume comme tel (de toute manière, Total a refusé de rencontrer le réalisateur), Grandpuits et petites victoires propose une immersion captivante et bouleversante au cœur d’un conflit social représentatif de notre époque. Pour Olivier Azam, c’est ainsi l’occasion de resituer la mobilisation contre la réforme des retraites dans un contexte historique global, mais également de décortiquer les mécanismes utilisés par le pouvoir pour museler une contestation qui dérange (notamment l’intervention de l’état pour venir en aide à une société et des intérêts purement privés). Au passage, il tacle les journalistes qui ont choisi leur camp (incroyable Claire Chazal pour qui les ouvriers ont "heureusement" repris le travail), et n’hésitent pas à s’arranger avec les faits (en annonçant par exemple la fin de la grève avant qu’elle n’ait réellement été votée).

Mais surtout, le film donne la parole aux acteurs de la mobilisation, prenant le temps de comprendre leurs motivations et  leurs aspirations. Il s’attache à l’ambiance qui règne sur le piquet de grève, de la minute de silence organisée en mémoire de la démocratie à la charge des CRS contre les "mutins", en passant par les assemblées de grévistes et les réactions à chaud de chacun. Et ce qui ressort de ces rencontres, c’est avant tout un immense sentiment de solidarité et d’entraide. Entre les ouvriers d’abord qui, malgré leurs dissensions inévitables, se serrent les coudes, mais aussi avec la France entière qui envoie messages de soutien, dons alimentaires et même financiers pour soutenir le mouvement. En tout, la caisse de grève de Grandpuits a reçu plus de 200 000 euros ! Dans la séquence où les grévistes dépouillent le courrier du matin, se lisant les uns aux autres les lettres d’encouragement reçues, leur émotion est si perceptible qu’elle est communicative.

Alors, d’accord, le documentaire n’est pas formellement parfait. La voix-off, notamment, peut finir par déranger, de même que l’aspect extrêmement pédagogique du propos. Mais ce qu’il raconte est si édifiant, l’instantané qu’il livre de la France d’octobre 2010 si saisissant, que l’on reste suspendu à ce foisonnement d’informations, de visages et de faits d’où, paradoxalement, ressort un immense espoir. On comprend alors mieux la tonalité optimiste du titre, mettant en évidence la victoire plutôt que la défaite. Certes, les revendications des ouvriers n’ont pas été entendues. Mais ce qui a triomphé en ce mois d’octobre 2011 est peut-être plus important qu’une avancée sociale spécifique. Car ce qu’on retiendra de cette formidable aventure humaine, ce sont l’engagement et la solidarité, la foi en une action collective, et la persistance de l’espoir qu’il est possible de changer les choses.

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Grandpuits et petites victoires d'Olivier Azam
Au cinéma depuis le 23 novembre

Produit par les mutins de Pangée
Distribué par Les films des deux rives
Découvrir l'histoire du film

À la Une du New York Times : Déclin et fin de l’Empire romain

Posté par vincy, le 23 novembre 2011

N'hésitez pas une seconde et courez en salle : A la une du NY times est un documentaire exceptionnel, par sa qualité et son propos. « Déclin et fin de l'Empire romain » c'est ainsi qu'aurait pu se sous-titrer ce film. Au lieu de cela, le réalisateur Andrew Rossi choisit la devise du journal, depuis 1896 : « Toutes les informations qui se doivent d'être imprimées. » Et effectivement, le New York Times connaîtra-t-il un jour une fin ? Depuis le temps que des Cassandre prédisent sa mort....

Le documentaire se plonge pendant un an dans la rédaction du plus célèbre journal des États-Unis, et disons-le tout net, du monde. S'appuyant sur une généalogie prestigieuse, une histoire hallucinante de profondeur et d'implication sociale, le film soulève à peine un coin du rideau recouvrant cette statue monumentale, à l'heure où Internet vient bouleverser la donne. Andrew Rossi est un habitué des sujets polémiques : Al Jazeera, mariage gay, etc.. mais il s'attaque ici à un sujet aussi vaste qu'un continent : la douloureuse mutation d'un géant de l'information, à l'heure où tout va très vite, et au-delà, la notion-même de pouvoir dans l'information.

Les protagonistes du documentaire semblent des personnages, tant ils sont incroyables : David Carr, ex-junkie, plume brillante et estimée ; Tim Arango, jeune chien fou en partance pour Bagdad ; Brian Stelter, petit jeune gros et chauve, tête pensante majeure de la blogosphère, et Bruce Headlam, chargé de gérer cette crew. On se croirait presque dans le tiers des douze salopards.

Au-dessus de cette brigade, l'ombre tutélaire du journal, qui pèse lourd au moment où les ventes s'étiolent. Comment se placer face à un marché qui se délite ?  Commet réagir face à Wikileaks, qui déverse un flot continu d'informations gratuites, explosives, brûlantes ?  Comment continuer à exercer un métier primordial et fascinant quand la bataille s'est déplacée de la vérité vers la survie ? On reste scotché face à de telles interrogations, liées, on le sent, à des problématiques de premier plan. On retrouve le respect éprouvé devant les équipes d'investigation, de n'importe quel journal,, telles qu'elles sont dépeintes dans Les Hommes du président ou Zodiac. Un très grand film, passionnant sur le IVe pouvoir. Un miroir qui peut prolonger notre fantasme du journalisme. Ou nous renvoyer le reflet d'une époque qui a, plus que jamais, besoin de contre-pouvoirs.

The Black Power Mixtape 1967-1975 : mémoires d’indignés

Posté par kristofy, le 16 novembre 2011

Le film The Black Power Mixtape 1967-1975 est un documentaire construit avec des images d’archives inédites qui ont été retrouvées dans les archives d’une télévision de Suède. Le réalisateur suédois Göran Hugo Olsson est à l’origine du montage de ce film, coproduit par Danny Glover et présenté aux Festivals de Sundance, Berlin et Deauville.

Le mouvement 'Black Power' aux Etats-Unis pourrait se résumer rapidement par la lutte des noirs américains contre le racisme (accès aux bus, au logement, à l'université, au travail...) porté par des leaders comme Martin Luther King et Malcolm X. Les principales images de l’époque des télévisions américaines sont plus orientées vers une dénonciation d’activistes provocateurs… Ici, ces images de journalistes suédois font découvrir les revendications 'Black Power' telles qu’elles étaient exprimées durant ces années 70, ce sont des témoignages de ces années troubles. Ces archives ont été compilées dans un montage en 9 chapitres (pour chaque année entre 1967 et 1975), avec, parfois, un commentaire contemporain par certains artistes afro-américains sensibles eux-aussi au 'Black Power' (Erykah Badu, Talib Kweli, Questlove, Melvin Van Peebles).

Le montage chronologique de The Black Power Mixtape 1967-1975 permet de saisir l’évolution d’un mouvement : La lutte pour les droits civiques des noirs est aussi liée à la contestation de la guerre américaine au Vietnam, et aux assassinats de Martin Luther King (et celui de Robert Kenndy) en 1968. Martin Luther King (appelé Dr King) préférait la non-violence d’un mouvement pacifique, Malcom X déplorait que le gouvernement ait trop attendus pour engager des réformes sociales en faveur des plus pauvres, Stokely Carmichael à lui écrit un manifeste du Black Power (il a popularisé l’expression) et le Black Power Party fut le plus radical en vantant le droit de se défendre (avec des armes) face à la violence du racisme…

Le documentaire est riche de plusieurs séquences mémorables qui font entendre les paroles de ces militants. Ainsi Angela Davis est interviewée en prison sur la légitimité d’une organisation armée, et sa réponse <i>« lorsque quelqu'un me demande mon avis sur la violence, je trouve cela incroyable car cela signifie que la personne qui pose cette question n'a aucune idée de ce que le peuple noir a subi »</i> lui fait raconter le quotidien de son quartier en Alabama où des blancs racistes tuaient avec des bombes des familles noires… The Black Power Mixtape 1967-1975 s’intéresse d’ailleurs surtout à Angela Davis et à Stokely Carmichael : ce sont les personnes qui ont été le plus rencontrées par les journalistes suédois. Stokely Carmichael a voyagé en Europe, en France et en Suède, pour propager de ses idées. On apprendra d’ailleurs que le gouvernement américain n’appréciait guère que ces reporters suédois donnent une image positive des activistes -  les médias américains conservateurs évoquaient davantage des troubles et des violences- au point de geler les relations diplomatiques entre les deux pays.

La force de ce documentaire est de réussir à cerner plusieurs années de luttes idéologiques pour la liberté et l’égalité. Les images et les propos sont bien évidement plutôt à charge contre les Etats-Unis (en particulier le gouvernement du Président Nixon).  The Black Power Mixtape 1967-1975 est avant tout un document historique.

Les aventures de Tintin : Spielberg se trouve un nouveau héros

Posté par vincy, le 12 octobre 2011

Un générique qui rappelle Catch me if you can (et une musique aux accents jazzys qui pourraient lui faire écho). Des clins d'oeil à Hitchcock, aux Dents de la mer et même à 1941. Des séquences d'action qui cousinent avec les Indiana Jones. Steven Spielberg, amoureux de Tintin depuis sa plus tendre enfance, n'a pas eu besoin d'aller très loin pour puiser dans les BD d'Hergé tout ce qu'il aime dans le cinéma de divertissement, quitte à démontrer en creux, et cruellement, l'absence de second degré dans l'oeuvre de l'auteur belge.

Les aventures de Tintin - Le secret de la licorne est un divertissement de grande qualité : l'animation est maîtrisée, le motion picture est réussi, les personnages n'ont pas perdu leur personnalité dans la machine formatée d'Hollywood, et ça ne manque pas d'action. Si le premier tiers est porté sur une enquête, si on devine assez bien le scénario,  le film file à toute trombe vers un enchaînement d'action, de poursuites, de confrontations, à défaut de réel suspens.

Cette fantaisie frénétique trouve son summum dans la scène qui commence au Palais de Ben Salaad et qui finit au port. Une fuite en avant qu'il faudra réexaminer en détail : le découpage, typiquement "spielbergien", est une prouesse technologique et renvoie à la fois aux grads films d'actions et aux comédies de l'âge d'or hollywoodien, où on poussait le "gag" toujours plus loin.

Ne serait-ce que pour ces quelques moments, ce Tintin est assez épatant. Même s'il souffre peut-être de sa trop grande fidélité au ton d'Hergé, même si on aurait aimé une lecture plus moderne de ces aventures.

Born to be wild 3D : plus familial que sauvage

Posté par MpM, le 12 octobre 2011

L'histoire : A Bornéo, le Dr. Biruté Mary Galdikas recueille des bébés orangs-outangs orphelins dans un centre spécialisé où ils sont élevés puis lentement réhabitués à la vie sauvage, afin de retourner dans leur habitat naturel. A plusieurs milliers de kilomètres de là, dans la savane kényane, le Dr. Dame Daphne Sheldrick effectue le même travail de sauvetage auprès de jeunes éléphanteaux dont les parents ont été tués par les braconniers.

Notre avis : En choisissant un format volontairement court et spectaculaire (l'Imax permet une image dix fois plus grande que le 35mm traditionnel), les réalisateurs Drew Fellman et David Lickley ont choisi de raconter l'histoire édifiante de Biruté Galdikas et Daphne Sheldrick comme un conte de fées moderne. Exit tout ce qui pourrait choquer un public familial (la réalité sanglante du braconnage, les horreurs de la déforestation, l'avenir incertain des animaux relâchés qui risquent de devenir à leur tour la proie des braconniers...), et place à des bébés animaux forcément adorables, dont tout est fait pour souligner la similitude avec l'être humain.

De ce fait, on est mi enthousiaste, mi frustré par ce documentaire certes pédagogique mais surtout assez biaisé. Enthousiaste, parce que le destin des animaux que l'on suit est touchant. Il faut voir les gardiens s'affairer autour d'eux, tentant de reconstituer toutes les conditions de la vie sauvage. A Bornéo, de jeunes femmes portent des bébés orangs-outangs sur leur dos et les emmènent ainsi d'un endroit à un autre. Au Kenya, les jeunes hommes qui s'occupent des éléphants dorment avec eux pour les rassurer, et enduisent leurs larges oreilles de crème solaire. Pour le spectateur, l'anthropomorphisme est inévitable.

La frustration vient du fait qu'en ciblant les plus jeunes spectateurs, le film fait l'impasse sur les réalités quotidiennes du combat des deux femmes pour faire reconnaître les droits de leurs protégés. On aimerait en savoir plus sur la manière dont les animaux s'acclimatent à leur cohabitation avec l'homme et surtout sur leur retour à la vie sauvage. Le film évite également le sujet des conditions de vie réelle dans la foret indonésienne et dans la savane kényane, et ne dit mot des actions concrètes menées parallèlement au recueillement des orphelins. Alors que Born to be wild aurait pu être l'occasion rêvée pour sensibiliser le public (notamment sur le scandale des plantations de palmiers qui déforestent lentement mais sûrement toutes les surfaces boisées de la planète, pour produire notamment une huile jugée dangereuse pour la santé), il donne l'impression de manipuler son sujet de manière à n'en garder que le rêve et la magie.

C'est donc au spectateur lui-même de mettre à profit cette expérience visuelle et humaine pour se poser les bonnes questions et entamer une réflexion pédagogique sur le rôle de chacun dans le véritable drame vécu par les éléphants, les orang-outangs et tant d'autres espèces menacées. Pour que le formidable combat mené par les deux héroïnes du film puisse un jour s'arrêter de lui-même, faute d'animaux menacés.

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Born to be wild de Drew Fellman et David Lickley
Sortie le 12 octobre 2011
En exclusivité à La Géode

One Piece Strong World : le 10e film débarque enfin dans les salles françaises (les autres en DVD)

Posté par vincy, le 23 août 2011

Plus de 63 tomes à date. Un peu moins en français (le prochain, le N°58 sort en septembre). One Piece est l'un des mangas les plus populaires du monde : 220 millions d'exemplaires selon son éditeurs, dont 6 millions rien qu'en France ; les derniers volumes se vendent à 50 000 exemplaires à chaque sortie. Outre une série TV de plus de 500 épisodes, il a donné lieu à dix films en salles, tous des succès majeurs. One Piece Strong World, le 10e de la série, est le premier à sortir dans les salles françaises ce mercredi 24 août. Il avait attiré 3,6 millions de spectateurs au Japon (53 millions de $ au box office nippon, un record pour la franchise). Pour la première fois, l'auteur du manga, Eiichiro Oda, a participé à ce dixième film anniversaire, comme scénariste.

Le film avait été présenté au Festival du cinéma d'animation d'Annecy en 2010. Les neuf autres films vont être diffusés en DVD et Blu-Ray. One Piece : le film sort ce même 24 août. L'aventure de l'île de l'horloge est prévu en novembre, Le Royaume des Chopper, l'île des bêtes étranges en mars 2012, L'aventure sans issue en juillet 2012, La malédiction de l'épée sacrée en novembre 2012, Baron Omatsuri et l'île aux secrets en mars 2013, Le Mecha Géant du Château Karakuri en juillet 2013, Episode d'Alabasta : les pirates et la princesse du désert en novembre 2013, et enfin Episode de Chopper : le miracle des cerisiers en hiver en mars 2014. Un onzième film, Mugiwara Chase, en 3D, est sorti au Japon en mars dernier.

Et d'ailleurs ce film, que vaut-il? Que la farce soit avec toi!

Ce n'est pas du Miyazaki (malgré de fortes influences dans les décors). Le dessin est imprécis, certains figurants lointains sont à peine esquissés, parfois figés... l'aspect artistique est plus proche d'un manga pour la télévision que d'un film d'animation pour le cinéma. Mais il y a au moins le sens du spectacle. Cet univers fantastique et bariolé, avec ses drôles d'animaux et ses personnages très typés, en font une aventure délirante et inventive. Entre jeu vidéo (on frôle les Pokémons côté histoire) et véritable univers de genre (les films de pirates, sans la noirceur d'Albator), avec une musique idéale pour des consoles Nintendo, et un humour grotesque très nippon, le film d'aventures mue - malgré lui? - en une farce où chacun rivalise de grimaces démoniaques ou burlesques. C'est imaginatif (par exemple ces escargophones vidéos autopropulsés), drôle ("Tu ne mérites pas qu'on te tue") et simpliste (des gentils immortels et invulnérables contre un vilain méchant qui veut régner sur le monde).

Tout est exagéré. Les pirates ont plutôt des airs de Yakuzas (notamment dans les batailles finales façon Kill Bill). L'hommage au Mime Marceau ajoute une bonne intention aux créateurs. Ce grand n'importe quoi est cinématographiquement pauvre, mais cela ne retire pas l'éventuel plaisir régressif que l'on peut éprouver. Il manque quand même le perfectionnisme d'un auteur, une vision artistique ambitieuse pour que One Piece Strong World, malgré quelques séquences d'action pas mal foutues, se différencie d'une production vidéo ou télévisuelle.

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Synopsis : « East Blue menacé de destruction ? » Alors que l'équipage au chapeau de paille continue son voyage, les pirates apprennent une nouvelle des plus surprenantes. Devant la menace qui plane sur leurs îles natales respectives, Luffy et ses compagnons décident d'interrompre leur aventure pour revenir vers East Blue, « la mer de l'Est ». C'est à ce moment qu'apparaît dans le ciel un mystérieux bateau pirate. Aux commandes de cet étrange navire qui peut voler, un pirate qui a mangé un fruit du Démon : le légendaire
« Shiki le lion d'or » ! Il est le seul prisonnier à être parvenu à s'évader d'Impel Down, le pénitencier sous-marin. Sa renommée s'élève sans problème au rang de celle de Barbe Blanche ou encore de Gold Roger, l'ancien Roi des Pirates. Shiki attire nos amis dans un piège : Il enlève Nami et disperse le reste de l'équipage sur l'archipel volant qui lui sert de refuge.Sur ces îles, la loi du plus fort règne en maître ! Les pirates y croisent les animaux les plus féroces qu'ils aient jamais croisés. Nami, ravalant ses larmes, doit supplier Shiki de l'accepter dans l'équipage du lion d'or... Et ces animaux gigantesques qui ont connu une évolution totalement hors-normes... Mais qu'arrive-t-il à l'équipage au chapeau de paille ? Quelles sont les véritables ambitions de Shiki ? C'est le début d'une formidable aventure qui décidera du sort de l'équipage au chapeau de paille.
Bande annonce du film

Festival Paris-Cinéma 2011 : Voltiges de Lisa Aschan en compétition

Posté par kristofy, le 3 août 2011

C’est le film de Valérie Donzelli La guerre est déclarée qui a gagné la plupart des prix du Festival Paris-Cinéma, mais Voltiges est l’autre film qui a marqué la compétition. Ce premier film de la suédoise Lisa Aschan qui avait déjà reçu une mention spécial lors du Festival de Berlin, le Prix du meilleur scénario du Festival Tribeca et a été meilleur film du festival de Göteborg sort maintenant sur nos écrans.

L'histoire : Emma et Cassandra se rencontrent dans un centre de voltige équestre. S’instaure une relation de pouvoir mêlée de séduction entre les deux adolescentes au mimétisme déroutant...

Notre avis : On pourrait résumer ce film par l’éveil à la sensualité de deux Suédoises, une expression qui déjà sème le trouble. Il s’agit bien d’une relation particulière qui se noue entre deux adolescentes qui se découvrent à l’entraînement de voltige, mais une autre jeune fille va elle-aussi connaître de nouvelles expériences. Car s'il y a deux héroïnes, ce sont l’adolescente du centre équestre et sa petite sœur qui est encore une fillette. Ces deux sœurs qui ont plusieurs années d’écart vont en parallèle faire l’apprentissage de leur pouvoir de séduction.

Dans Voltiges, il y a beaucoup de dualités qui s’opposent tout en étant complémentaires. L’adolescente sait dresser son chien mais elle ne maîtrise pas complètement le cheval, elle se laisse séduire par une autre fille et aussi par un garçon. Pendant ce temps la petite sœur joue comme une enfant avec ses jouets tout en voulant s’habiller comme une grande, elle est la chérie de son papa mais cherche à devenir celle de son cousin. La réalisatrice Lisa Aschan parvient à faire se suivre de petits moments de vie (entendre ‘je t’aime’ pour la grande, se voir avec un haut de bikini qui couvre une poitrine encore inexistante pour la petite) durant lesquels un déclic se produit en déclenchant une résonance particulière. Bien sûr, ces événements plus ou moins importants auront différentes conséquences…

Le film se déroule comme une suite de petits apprentissages de ce que serait la féminité pour les deux sœurs. Quand la petite cherche à éprouver son pouvoir de séduction, la grande sœur se sent perdue avec le pouvoir de sa sexualité. De nombreuses scènes sont accompagnées d’une musique qui remplace alors les dialogues absents, par petites touches le spectateurs est invité à deviner ce que ressentent ces filles. En ce sens, Voltiges se rapprochent un peu de La naissance des pieuvres de Céline Sciamma : la caméra s’approche au plus près de jeunes filles confrontés à leur désir tout en restant assez floue sur la nature de ces bouleversements.

La suédoise Lisa Aschan réussit de manière très subtile à suggérer de possibles dérives. La pédophilie n’est pas du tout abordée mais tout de même approchée avec ambiguïté, le viol n’est pas abordé non plus mais quand même approché sans agressivité. Tout le film Voltiges repose en équilibre sur une certaine notion du pouvoir. Les personnages du film sont pris dans des rapports dominant/passivité et aussi des rapports dressage/soumission. Rarement les premiers émois d’adolescentes ont été représentés de manière aussi subjuguante.

Harry Potter : toute la saga, du meilleur au moins bon

Posté par vincy, le 13 juillet 2011

8 films. 8 notes. Ecran Noir a parfois été emballé, parfois déçu par les épisodes de la série Harry Potter. Passage en revue, du meilleur au pire.

La Coupe de feu. Le grand saut. ****
"Candeur à la séduction, magique inexpérience amoureuse, chocs culturels, lâchers de bonne conscience avec ce délicieux bal de Noël qui finira underground… Maturation, clashs, pression/décompression de nos personnages, direction d'acteurs millimétrée, toujours en mouvements."

Le Prisonnier d'Azkaban. Harry mage solide. ***
"Un cinéaste peut faire la différence. Ce troisième Harry Potter possède la touche de magie nécessaire pour être un cran au dessus des autres : plus court, plus adulte, plus dynamique."

Les Reliques de la mort, 2e partie. Vol de morts. ***
"Apocalypse pas joyeuse, où chacun doit choisir son camps à l’aube d’un nouveau monde. Pour ceux qui n’ont vu aucun des épisodes précédents, cet ultime opus serait incompréhensible, et apparaîtra comme une énorme production, très soignée, vide de sens. (Mais c')est tout autant nerveux que spectaculaire, fidèle au livre et ça conclut joliment l'épopée cinématographique."

L'Ordre du Phénix. L'armée des ombres. ***
"L'épisode de la transition qui traduit aussi bien l'évolution intime des personnages que la mise en place d'un monde bipolaire dans lequel chacun doit choisir son camp. (...) Moins en lien avec l'imaginaire (peu de magie et d'effets spéciaux), plus ancré dans le réel (au travers notamment de la ville de Londres et des codes vestimentaires contemporains), il gagne en profondeur ce qu'il perd en pur divertissement."

Les Reliques de la mort, 1e partie. Le sacre du Prince Harry attendra. ***
"La tonalité finale est morbide et inquiétante, mais manque de panache. L’achèvement de cette première partie n’a aucun élan et repose juste sur un suspens, dont on peut rester à l’écart tant cette aventure s’étire."

L'Ecole des Sorciers. C'est pas sorcier. ***
"La force de l'illusion et le poids des images retraitées numériquement font de Harry Potter, le film, une oeuvre dans l'air du temps, passe-partout, habile, mais sans génie."

Le Prince de sang-mêlé. Mon sorcier bien-aimé ***
"Si le film répond à peu de questions et donne l’impression qu’il ne se passe pas grand-chose de spectaculaire, ce serait pourtant une erreur d’y voir une simple parenthèse entre deux combats. Car, bien que moins profond et plus divertissant que les précédents opus, (il) pose avant tout les bases du dénouement final."

La Chambre des secrets. Harry cantonné. **
"Du spectacle consommable qui ne dégage pas une magie suffisante pour faire oublier le pouvoir évocateur de l'œuvre littéraire d'origine. La tâche mériterait sans aucun doute un réalisateur un peu plus audacieux…"