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1917 est une prouesse visuelle épatante avec ce faux plan séquence permanent qui suit deux jeunes soldats sur le front entre tranchées et snipers. Succès inattendu, le film de Sam Mendès est aussi parmi les favoris aux Oscars depuis son Golden Globe.



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Lola


Philippines / 2009

05.05.2010
 



MAMMY FAIT DE LA RESISTANCE





Lola serait-elle l'œuvre la plus aboutie (à ce jour) de Brillante Mendoza, réalisateur philippin prolifique et talentueux qui s'est rendu célèbre pour ses mises en scènes virtuoses (Kinatay, prix de la mise en scène à Cannes en 2009) et ses images choc (mini-scandale autour de Serbis à Cannes en 2008) ?

Si l'on a cette impression, c'est peut-être parce que le cinéaste parvient pour la première fois à faire coïncider le rythme de son récit (traditionnellement lent) avec son sujet (le combat patient de deux vieilles dames épuisées), sans perdre le spectateur en route. Dans Kinatay, l'admirable séquence de la voiture, étirée à l'infini, tenait du pari jusqu'au boutiste. Serbis semblait ne mener nulle part. Slingshot manquait légèrement de cohésion. Le masseur se perdait dans ses effets de style... et ainsi de suite. Tandis que Lola prend aux tripes et ne nous lâche plus. Quel que soit le degré de lecture que l'on choisisse, il nous parle : de l'amour inconditionnel que portent ces deux grands-mères à leur petit-fils respectif à l'observation aiguë d'une société où l'argent et la violence se répondent, en passant par les rituels nécessaires du travail de deuil ou la critique voilée du système judiciaire.

Non sans cynisme, mais sans jamais donner dans la leçon de morale, Brillante Mendoza préfère décrire les maux de sa société (où chacun, une fois de plus, essaye simplement de s'en sortir) plutôt que de juger ses personnages. Pour ce faire, il trouve la bonne distance. Les deux grands-mères sont ainsi à égalité face à la douleur et à la misère. Aucune ne prend le pas sur l'autre en terme de dignité ou de légitimité. Toutes deux mènent un combat juste, et d'ailleurs, dans des circonstances différentes, elles auraient pu devenir amies.

Il est classique de dire que la frontière entre bien et mal est floue. Chez Mendoza, c'est surtout que ces deux valeurs ne suffisent pas à définir les individus et leurs actes. Au fond, il n'existe rien d'autre que des êtres confrontés à des choix impossibles. Comment juger cette femme prête à toutes les concessions pour sauver son petit-fils ? Et sa jumelle de coeur qui, elle, doit renoncer à toute justice pour ne pas condamner les siens à une misère encore plus noire ? Deux démarches qui auraient pu être méprisables (un marchandage de douleur, en quelque sorte) et qui, devant la caméra sensible du Philippin, deviennent tout simplement humaines.

Là n'est pas le moindre tour de force du cinéaste que de transformer la révolte ressentie par le spectateur devant l'indécence d'une société où tout a un prix, en compassion, voire en bienveillance. Et si l'on est si profondément touché par la rencontre de ces deux destins, c'est que l'on sent une véritable tendresse dans le regard que Brillante Mendoza porte à ses deux personnages.

Toutefois, si cette douceur rejaillit sur la manière dont s'enchaîne le récit, elle ne crée aucune mièvrerie dans son traitement. Rien n'est jamais facile pour les deux héroïnes qui doivent aussi bien lutter contre la fatalité (la mort d'un proche) et les éléments naturels (des pluies torrentielles qui transforment les rues en canaux), que contre l'injustice sociale, la pauvreté et les inégalités. On retrouve ici le motif du personnage simple confronté aux pires réalités de son pays, et entraîné malgré lui par un système qu'il ne cautionne pas, thématique qui court dans toute l'œuvre de Mendoza, et y fait office de véritable fil directeur.

De film en film se dessine ainsi la personnalité de ce réalisateur dont la maîtrise technique et esthétique est toujours au service d'un sujet fort et prégnant dans la société philippine actuelle. Si Kinatay en a symbolisé en son temps la noirceur et la confusion, Lola en montre un versant plus positif mais aussi plus complexe qui, paradoxalement, trouve une résonance accrue dans nos propres existences. Car en montrant cette grand-mère capable, malgré son chagrin, de préférer les vivants aux morts, et de renoncer à toute velléité de vengeance, le film donne (quoique sans angélisme, c'est là tout l'enjeu) une exemplaire leçon de droiture.
 
MpM

 
 
 
 

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