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L'Adieu de Lulu Wang est à la fois un portrait de famille et un portrait de la Chine contemporaine qui refuse de reconnaître ses faiblesses. Un voyage initiatique sensible et touchant, porté par une mise en scène qui oscille entre le burlesque et le documentaire.



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 (c) Ecran Noir 96 - 20


  



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Proxima


France / 2019

27.11.2019
 



OXYGENE





« C’est pas comme un voyage d’affaires. Tu vas quitter la terre. »

Ad Astra. Vers les étoiles. Pourtant Proxima ne quitte pas la terre. Alice Winocour réalise ici un drame touchant sur une femme qui ne parvient pas à quitter le sol, et surtout sa fille, et qui rêve depuis toute petite d’aller dans le cosmos.

Un paradoxe. L’astronaute (spationaute puisqu’elle est française) maîtrise l’apesanteur mais semble clouée sur terre à cause de la gravité. Double sens ici, puisque la gravité est aussi lisible sur son visage tant la mission est périlleuse et sa fille fragile.

La belle intensité de Proxima provient aussi de sa méticulosité jusque dans le son et les décors. Le souci du détail. On y parle quatre langues, puisqu’il s’agit de missions internationales. Chaque évènement, même le plus improbable (celui qui pourrait tout compromettre et que l’on pourrait croire purement romanesque) est inspiré d’une aventure réelle. On croise même Thomas Pesquet en guise d’expert/caution. Cette précision documentaire se voit aussi dans la manière dont Winocour aborde le problème du féminin dans un univers qui n’a connu qu’une dizaine de femmes envoyées dans l’espace (et une seule française).

Comme dans ses films où la femme doit (encore) prouver qu’elle est l’égale de l’homme (allez, au hasard, GI Jane), la réalisatrice filme Eva Green se transformant en machine. Le mouvement est à la fois humain, fascinant, et robotique, dépassant les limites physiques. Lors de la visite médicale, on pose la question des règles. Et ce point de vue non-masculin s’affirme encore plus dans sa relation maternelle. L’actrice campe ainsi une femme émouvante, intériorisant ses souffrances, incapable de séparer de sa chair, tout en étant obsédée par sa chance d’aller un an sur la station internationale.

« L’astronaute n’ira pas très loin en pensant à sa sécurité personnelle. »

On passe ainsi d’un reportage, fortement fictionnel, avec sa dose de dramaturgie, sur la préparation de cette femme d’exception à sa routine de maman protectrice. Proxima use autant du point de vue de la mère (qui doit assumer sa part d’égoïsme et de liberté individuelle) que celui de la fille (qui se sent abandonnée et craint de ne plus la revoir). C’est d’ailleurs la force de ce récit : une femme n’est pas qu’une mère. Et jamais personne ne la juge pour ça.

On pourrait regretter que la cinéaste ne montre que des hommes indifférents au sort de leurs enfants. Cela ne plaide pas vraiment pour cette égalité des sexes promue dans le film. Il n’y a aucune raison que seule la femme éprouve des sentiments coupables et lâche quelques larmes en allant là-haut, loin de sa gamine.

Mais le scénario est suffisamment solide pour nous accompagner vers sa destination. L’enjeu est dramatique mais l’issue est pacifique. Le film est initiatique, et doit amener ses personnages à accepter une part d’abandon de soi et de l’autre. C’est ce qui rend Proxima beau, sans oser être déchirant. Eva Green est au diapason : dans une forme de retenue, mais toujours juste.

« ça n’existe pas l’astronaute parfait. Et la mère parfaite n’existe pas non plus. »

La dureté du programme préparatoire, que l’on ressent, est une mise à l’épreuve physique qui n’a rien à envier au défi psychologique d’être hors-sphère durant douze mois. Ce qui fonctionne dans Proxima c’est ce mélange entre une narration déjà vue (il y a évidemment ce quart d’heure où elle a un mauvais karma) et une vision singulière. Cette observation se traduit par des personnages relativement bienveillants, et francs. Il n’y a pas de salauds. Il y a des conflits (légers). Mais c’est aussi parce que Alice Winocour montre les coulisses et l’intime que Proxima séduit. Une immersion banale mais intéressante. En ce sens, elle flirte avec First Man.

Si la mission spatiale est un ballet, alors e film n’en montre que les répétitions et les douleurs qui vont avec, jusqu’au moment où les danseurs s’élancent sur la scène. C’est le sacrifice qui est palpable par tous, alors que l’héroïsme de se propulser dans l’univers est réservé à quelques-uns. C’est sans doute pour cela qu’on se sent proche de cette femme, prête à décoller vers son rêve ultime, quel que soit le risque.

Tout le mérite de Wincour est de laisser son film à terre. De nous faire regarder ces chevaux vagabondant dans les plaines kazakhs. De démontrer que la liberté a son prix, mais qu’elle est indispensable pour être soi.
 
vincy

 
 
 
 

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