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Nuits magiques (Notti Magiche)


Italie / 2019

14.08.2019
 



LES INNOCENTS





« Les jeunes écrivent une merde et ils se prennent pour Rossellini ! »

Coïncidence ? Tandis que Quentin Tarantino signe une ode nostalgique à Los Angeles, avant que tout ne bascule dans la parenthèse du Nouvel Hollywood et l’ère des blockbusters, Paolo Virzi s’embarque dans un hommage tout aussi mélancolique d’un cinéma italien disparu, convoquant ses fantômes les plus célèbres, à une époque où tout va basculer vers la télévision, où les stars du grand écran vont être remplacées par des bimbos refaites sur le petit écran.

Il y a, dans les deux cas, la volonté de faire revivre une période mythique (en se débarrassant de la politique, les deux films paraissent même en faire une période idyllique), qu’ils n’ont pas vraiment connu. Paoli Virzi s’est transporté dans son adolescence, à la fin des années 1970, pour filmer le bouillonnement du cinéma italien, entre vieux maestros et jeunes espoirs.

Trois petits cochons et les grands méchants loups

Nuits magiques, qui suit trois jeunes gens au talent prometteur, découvrant le monde pas toujours rose du cinéma, se veut ainsi initiatique, portraitiste et légèrement policier. En effet, tout commence avec une défaite de l’Italie en Coupe du monde et une voiture plongeant dans le Tibre, avec un producteur à son volant. Avec une garde à vue des trois protagonistes – deux provinciaux prêts à quitter cette Babylone et une jeune fille de l’élite -, le film se lance alors dans un flash-back sur leurs « vacances romaines ». Ils sont parmi les derniers à avoir croisé cette éminence pourrie du 7e art, déjà prêt à pactiser avec la TV pour se refaire une fortune.

Par gourmandise, ou incapable de faire des concessions à son récit, le cinéaste surcharge beaucoup trop son film, ne choisissant jamais son genre : l’aspect policier, qui créerait la tension nécessaire pour tenir deux heures, le tableau d’une époque et d’un microcosme, à la Scola, qui aurait alors mérité une écriture plus resserrée, ou, l’observation d’une jeunesse qui file vers le désenchantement, à la manière d’un Bertolucci.

Les anciens monstres

Néanmoins, Paolo Virzi démontre une belle générosité en nous faisant naviguer, des bureaux aux plateaux, dans ce 7e art italien à l’ancienne, où la « famille » - avec ses rancoeurs, ses haines, ses drames et ses passions – ne sait pas encore qu’elle va vers son extinction. De multiples références et petits détails en guise d’anecdotes combleront les cinéphiles. En faisant un clin d’oeil aux Zeffirelli et autres Comencini, sans oublier Fellini, il trouve là une matière à fantasmes séduisante.

Mais Nuits Magiques, malgré sa tonalité aussi vivante que virevoltante, parfois cocasse, s’enlise souvent dans les affres d’un scénario boursoufflé et d’un rythme inégal. La jeunesse camée, névrosée, paumée, dépravée, paraît beaucoup trop sage par rapport aux excès racontés ou effleurés par la caméra. Son trio – les trois talentueux jeunes acteurs sont à suivre par ailleurs – est un peu stéréotypé (le plouc intello, le dragueur et l’aristocrate), se différenciant juste par leurs addictions (assez banales). Ce drôle de trouple – qui découvre un nouveau monde, de nouvelles moeurs, et de nouvelles émotions - plombe un peu la satire tout en lui amenant une émotion évidemment touchante. C’est de décalage, un peu bancal, qui déséquilibre toujours le film. D’un côté, un producteur capable d’imaginer Mickey Rourke en Caravage dans un biopic sur un peintre sicilien d’un autre siècle, de l’autre trois aspirants scénaristes qui sont entourés d’obsédés, qui eux mêmes ont les hormones en folie, et dont on ne voit jamais la queue d’un.

Monde de Pinocchios

Dans ce conte où trois jeunes agneaux vont se faire dévorés par une meute de loups, la folie, chère au cinéma de Virzi, est plutôt du côté des figures (monstrueuses et menteuses) du cinéma : les anciens (de l’avocate aux cinéastes en passant par les acteurs) sont tous barrés. C’est un peu Billy Wilder chez Antonioni. Et c’est aussi dans un discours quasi critique du cinéma que Paolo Virzi s’épanouit le mieux. Certes, il est parfois didactique. Entre la frénésie d’un monde et de ses tyrans qui se regardent le nombril et se méfient des jeunes générations prêtes à les remplacer, et la lucidité d’un regard sur un art qui ne peut pas se permettre d’être conservateur, il réalise un film presque meta sur le cinéma.

Aussi, la rencontre entre trois candides, un pourri et des ogres aurait pu donner un délire altmanien sur le sujet. Au lieu de cela, Paolo Virzi ne parvient pas à gérer tous ses thèmes, et enlise son film dans une narration trop touffue et pas assez palpitante parfois pour nous embarquer dans ce voyage. Le film est victime de son surplus de bonnes idées (la coupe du monde qui sert de ligne de temps en est une) et de trop de didactisme (le machisme de cette profession). Le spectateur est parfois un peu oublié. Dans les leçons qu’il assène, le film, pourtant, n’oublie pas de rappeler que le scénariste ne doit jamais perdre le spectateur. Ironique.

Pas beaux Miroirs

Avec cette histoire de rêves brisés, dans un univers où l’illusion et la réalité se confondent, Paolo Virzi inflige finalement une série d’humiliations à tout le monde, ne permettant pas au spectateur de s’attacher à quiconque. On en vient même à ne plus aimer personne, entre ceux qui se vouent une détestation stérile et les jeunes dont on attend vainement que leurs crocs poussent.

La révélation du coupable de ce crime (qui sert de fil conducteur au récit) est une forme de leçon professorale aux trois aspirants scénaristes. Trop naïfs, n’évoluant pas beaucoup au fil de l’histoire, ils croient encore au cinéma en tant qu’art, et se laissent bouffer crûment par leurs pygmalions.

Comme si le réalisateur italien hésitait lui-même sur la finalité de son projet, au point de faire des concessions. Nuits magiques souffre de cette schizophrénie entre un film osant une narration allégorique et une dramaturgie vieille comme l’Antique. Ce film désenchanté et parfois drôle réussi cependant à faire partager l’amertume de son auteur, sans doute déprimé de voir que le grand cinéma italien a disparu.
 
vincy

 
 
 
 

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