Ne croyez pas que je hurle est le joyau tant attendu de l'année. Film expérimental et sentimental, audace narrative et visuelle, cette expérience signée Frank Beauvais est aussi délicate que mélancolique, curieuse que hypnotique.



Betty Marcusfeld
Cervin, la montagne du monde
Chambre 212
Donne-moi des ailes
Jacob et les chiens qui parlent
Joker
La fameuse invasion des ours en Sicile
La grande cavale
Nos défaites
On va tout péter
Papicha
Pour Sama
Quelle folie
Soeurs d'armes
Tout est possible



Parasite
Le Roi Lion
Une Fille facile
Viendra le feu
Deux moi
Un jour de pluie à New York
Bacurau
Ne croyez surtout pas que je hurle
Alice et le Maire
Les mondes imaginaires de Jean-François Laguionie



L'œuvre sans auteur
Comme des bêtes 2
Fast and Furious: Hobbs and Shaw
Le Gangster, le Flic et l’Assassin
Once Upon a Time... in Hollywood
Perdrix
Playmobil, le film
Une grande fille
Roubaix, une lumière
Thalasso
Les Baronnes
Late Night
Hauts perchés
Frankie
La vie scolaire
Fête de famille
Les hirondelles de Kaboul
Liberté
Jeanne
Music of My Life
The Bra
Tu mérites un amour
De sable et de feu
Ad Astra
Trois jours et une vie
Portrait de la jeune fille en feu
Au nom de la terre
Downton Abbey
Port Authority
Atlantique
Gemini Man






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Les faussaires de Manhattan (Can You Ever Forgive Me ?)


USA / 2018

31.07.2019
 



ASSOCIATION DE MALFAITEURS





« Tu pourras être odieuse quand tu seras célèbre. »

Les faussaires de Manhattan n’a rien d’un biopic. Ce ne serait pas une histoire vraie, on pourrait difficilement croire à cet incroyable récit de contrefaçon épistolaire sous la forme d’une arnaque amatrice bluffante.

Mais le film ne se contente pas de raconter une escroquerie aux correspondances entre célébrités défuntes, qui mêlent une écrivaine au fond du trou, un homo dealer et des revendeurs de manuscrits et lettres originales ayant pignon sur rue.

C’est avant tout un portrait admirable et bouleversant d’une femme hors-normes. Une écrivaine rejetée par son milieu, fauchée, dormant au-dessus de crottes félines, préférant d’ailleurs la compagnie des chats à celle des humains, lesbienne solitaire, alcoolique, méfiante. Elle vit presque recluse. Elle se cache surtout du regard des autres, avec plusieurs carapaces sous le gilet, et comme seules armes, l’écrit et l’esprit. Car elle est caustique, doté d’un humour noir, et plutôt lucide. C’est une nostalgique et le film de Marielle Heller a d’ailleurs toutes les couleurs et le parfum d’une époque révolue, avec ces machines à écrire, ce papier omniprésent, ces livres reliés un peu poussiéreux, ces bars enfumés, ces vêtements laineux, cette époque où déjà la qualité littéraire s’évaporait au profit des best-sellers…

Souffrant d’un très mauvais karma, Lee Israel trouve la martingale pour mettre du paté dans la gamelle du chat et continuer à verser du whisky sur les glaçons. Son duo avec Jack Hock « big cock » est savoureux. Il n’y a plus vraiment de place pour cette amoureuse de Fanny Brice et de Dorothy Parker, et ce vieux dandy qui rêve de retrouver sa vingtaine. « Sache que je suis une meilleure Dorothy Parker que Dorothy Parker ».
Avec contrefaçon, elle est mieux qu’un garçon d’ailleurs cette Lee, c’est une garce assumée et qui s’en prévaut. Ce qu’elle imagine est une porte vers un monde qui respectait encore l’écrit. Tout est dit.

Bien sûr, on imagine bien que tout cela finira mal. Mais ce n’est pas le sujet. D’ailleurs la séquence au tribunal substitue les plaidoiries par une confession détonante qui résume le film. Les faussaires de Manhattan est un hommage à une femme malheureuse (à ses faiblesses comme à ses talents), incarnée avec justesse et sensibilité par une Melissa McCarthy parfaite dans le rôle.

C’est d’ailleurs elle qu’on retient : elle habite tellement le personnage qu’elle n’a pas besoin d’aller dans les excès ou le grimage, contrairement à de nombreux films biographiques. C’est sans doute pour cela que le film répond à la question de son titre d’origine (Can you ever forgive me ?, Pourras-tu un jour me pardonner ?). Le personnage est tout à fait pardonnable grâce à l’humanité que l’actrice parvient à faire exister. L’histoire vraie s’estompe, laissant la place à une fiction sur une société cynique où les agents comme les revendeurs assument parfaitement l’escroquerie intellectuelle, tandis que la faussaire paye pour un crime aussi anodin que brillant. Il y a chez Lee Israel une forme de panache à défier cette Amérique déshumanisée où seuls les dollars ont de la valeur.
 
vincy

 
 
 
 

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