Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.

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Les faussaires de Manhattan (Can You Ever Forgive Me ?)


USA / 2018

31.07.2019
 



ASSOCIATION DE MALFAITEURS





« Tu pourras être odieuse quand tu seras célèbre. »

Les faussaires de Manhattan n’a rien d’un biopic. Ce ne serait pas une histoire vraie, on pourrait difficilement croire à cet incroyable récit de contrefaçon épistolaire sous la forme d’une arnaque amatrice bluffante.

Mais le film ne se contente pas de raconter une escroquerie aux correspondances entre célébrités défuntes, qui mêlent une écrivaine au fond du trou, un homo dealer et des revendeurs de manuscrits et lettres originales ayant pignon sur rue.

C’est avant tout un portrait admirable et bouleversant d’une femme hors-normes. Une écrivaine rejetée par son milieu, fauchée, dormant au-dessus de crottes félines, préférant d’ailleurs la compagnie des chats à celle des humains, lesbienne solitaire, alcoolique, méfiante. Elle vit presque recluse. Elle se cache surtout du regard des autres, avec plusieurs carapaces sous le gilet, et comme seules armes, l’écrit et l’esprit. Car elle est caustique, doté d’un humour noir, et plutôt lucide. C’est une nostalgique et le film de Marielle Heller a d’ailleurs toutes les couleurs et le parfum d’une époque révolue, avec ces machines à écrire, ce papier omniprésent, ces livres reliés un peu poussiéreux, ces bars enfumés, ces vêtements laineux, cette époque où déjà la qualité littéraire s’évaporait au profit des best-sellers…

Souffrant d’un très mauvais karma, Lee Israel trouve la martingale pour mettre du paté dans la gamelle du chat et continuer à verser du whisky sur les glaçons. Son duo avec Jack Hock « big cock » est savoureux. Il n’y a plus vraiment de place pour cette amoureuse de Fanny Brice et de Dorothy Parker, et ce vieux dandy qui rêve de retrouver sa vingtaine. « Sache que je suis une meilleure Dorothy Parker que Dorothy Parker ».
Avec contrefaçon, elle est mieux qu’un garçon d’ailleurs cette Lee, c’est une garce assumée et qui s’en prévaut. Ce qu’elle imagine est une porte vers un monde qui respectait encore l’écrit. Tout est dit.

Bien sûr, on imagine bien que tout cela finira mal. Mais ce n’est pas le sujet. D’ailleurs la séquence au tribunal substitue les plaidoiries par une confession détonante qui résume le film. Les faussaires de Manhattan est un hommage à une femme malheureuse (à ses faiblesses comme à ses talents), incarnée avec justesse et sensibilité par une Melissa McCarthy parfaite dans le rôle.

C’est d’ailleurs elle qu’on retient : elle habite tellement le personnage qu’elle n’a pas besoin d’aller dans les excès ou le grimage, contrairement à de nombreux films biographiques. C’est sans doute pour cela que le film répond à la question de son titre d’origine (Can you ever forgive me ?, Pourras-tu un jour me pardonner ?). Le personnage est tout à fait pardonnable grâce à l’humanité que l’actrice parvient à faire exister. L’histoire vraie s’estompe, laissant la place à une fiction sur une société cynique où les agents comme les revendeurs assument parfaitement l’escroquerie intellectuelle, tandis que la faussaire paye pour un crime aussi anodin que brillant. Il y a chez Lee Israel une forme de panache à défier cette Amérique déshumanisée où seuls les dollars ont de la valeur.
 
vincy

 
 
 
 

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