Premier film "américain" de Mélanie Laurent, Galveston est un mélo noir, où l'humanité l'emporte sur la violence, où la nature est dominante et où la justice est défaillante. Mérite le détour.



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 (c) Ecran Noir 96 - 18


  



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Mary Shelley


Royaume Uni / 2017

08.08.2018
 



PASSION ET PRÉJUGÉS





« Les gens aimaient ces romans gothiques. »

Six ans après Wadjda, la cinéaste saoudienne Haifaa Al Mansour poursuit son exploration de l’émancipation féminine avec ce « biopic » sur la jeunesse de l’écrivaine Mary Shelley. L’auteure de Frankenstein, écrit bien avant les romans fantastiques de Robert Louis Stevenson, H.G. Wells et Bram Stoker, a été la première romancière populaire britannique avec les sœurs Brontë. De quoi intriguer.

Avec pédagogie, la réalisatrice nous explique toutes les facettes de sa personnalité. En soi, c’est un film : une mère, décédée, icône féministe engagée avant l’heure, un père, intellectuel et amoureux des Lettres, une demi sœur fusionnelle, un imaginaire débordant, une passion immorale pour un poète connu (qui deviendra son mari et son nom : Shelley), un bébé perdu à la naissance. Rebelle aux conventions, éprise de liberté, aspirant à l’égalité, Mary Shelley ne manquait pas d’obstacles entre le mâle dominant (nombre d’éditeurs n’ont pas voulu croire qu’elle avait écrit Frankenstein) et les mœurs coincés de son pays.

A l’instar d’un Kubrick qui aimait dépeindre autant le cadre qui étouffait les gens que les sentiments qui les habitaient, Haifaa Al Mansour réalise un film d’époque aussi bien critique sur la société que révélateur des carcans qui étouffaient les émotions. Mais c’est davantage Jane Auster qui respire dans ce film avec la relation mouvementée entre Mary et son « mari », le poète Percy Bisshe Shelley. La (dé)raison, les sentiments, l’orgueil et les préjugés se mélangent ainsi dans une liaison dramatique et sincère, avant-gardiste et naturelle.

« On devrait vivre et aimer comme on le désire »

Elle Fanning et Douglas Booth forment le couple parfait pour le film, jeunes, beaux et crédibles. Ils contrastent avec la mocheté environnante et la médiocrité des gens. Malgré leurs failles, parfois béantes, malgré parfois la trop grande pudeur du film, le romantisme de cette période est parfaitement incarné par ce duo prêt à la marginalité et aux excès.

La musique est parfois trop présente, le rythme souffre de temps en temps du manque d’élan nécessaire, le dynamisme du récit est parfois sacrifié sur l’autel de fulgurances esthétiques, mais l’histoire se suffit presque à elle-même. Hommage à la lecture et à l’imagination, combat contre les illusions et le conformisme, les deux scandaleux et idéalistes démontrent qu’il faut parfois résister aux pressions collectives pour s’envoler.

De drames ancrés à jamais en bonheurs éphémères, leur itinéraire de libertins et libertaires séduit. Mais surtout Haifaa Al Mansour réussit là où de nombreux cinéastes échouent : la construction de la création. C’est bien dans chaque épisode de la vie de Mary Shelley, dans ce qu’elle voit ou ce qu’elle ressent, que réside les ingrédients qui la mèneront à Frankenstein. En filmant en creux les inspirations de l’écrivaine, la réalisatrice révèle ce qui fait de ce roman une œuvre si forte dans la littérature, et pas seulement une histoire de « monstre ».

Ce Prométhée moderne devient alors la parabole d’une humanité ni bonne ni mauvaise, mais malheureuse et maladroite, le portrait d’une femme qui manquait d’amour et devient ainsi une créature incomprise. Mary Shelley est un film classique qui veut prouver que l’amour a de multiples vérités, tolérant aussi bien les déviants que les anticonformistes. En cela, il est résolument moderne et toujours d’actualité.
 
vincy

 
 
 
 

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