Damien Chazelle retrouve Ryan Gosling pour un biopic bipolaire: First Man est à la fois un drame intime et un ballet spatial. Immersif dans les étoiles et intériorisé sur terre, le film démontre une ambition cinématographique à l'écart du formatage hollywoodien.



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La révolution silencieuse (Das schweigende Klassenzimmer)


Allemagne / 2018

02.05.2018
 



UNE JEUNESSE ALLEMANDE





«- Tu veux que je dénonce mon meilleur ami ? »

Le cinéma allemand semble avoir une pudeur artistique sur son histoire. Qu’on se comprenne bien : louons le fait que les cinéastes explorent les zones d’ombre de l’Allemagne depuis la montée du Nazisme jusqu’à la chute du mur de Berlin, en passant par la Shoah, le régime communiste de l’Allemagne de l’Est ou encore les différents procès post-seconde guerre mondiale. Cela a donné des films parfois brillants ou originaux comme les « récents » Good bye Lenin ! et La vie des autres.

Cependant, on constate aussi un formalisme assez académique dans la plupart des cas: de la direction artistique assez uniforme à la construction des récits souvent convenues. Cela ne signifie pas que ces films manquent de charme ou d’intérêt (pédagogique en premier lieu : les jeunes devraient se précipiter pour voir ces « romans illustrés » avec leur professeur d’histoire).

C’est le cas de La révolution silencieuse, histoire vraie racontée dans une autobiographie d’un des protagonistes, et ici romancée. Lars Kraume, après avoir réalisé une sorte de course-poursuite entre l’Etat allemand et un procureur intègre (Fritz Bauer, assez classique) élève son cinéma vers une odyssée collective sur la jeunesse est-allemande d’après guerre.

Le cercle des idéalistes disparus

Si on peut y voir des similitudes avec Le Cercle des poètes disparus, le film trace son propre sillon à travers cette chorale lycéenne qui traduit (et trahit) les contradictions d’un régime et surtout de leurs parents. A l’époque aucun mur ne séparait encore Berlin. Mais l’évasion vers l’Ouest ne s’avère pas moins périlleuse. A partir du printemps hongrois, et sous l’oppression d’un régime communiste tyrannisant les insoumis, on suit un groupe de jeunes gens qui aspirent à vivre dans un monde libre et surtout défait de ses mensonges.

Il faut se replacer dans le contexte : la fin de la guerre est encore tiède. Les adultes ont donc été embrigadés d’un côté (nazisme) ou de l’autre (communisme), portant leur lot de méfaits et de honte. Dans un monde où la propagande (fake news à gogo officielles) est un dogme, la protestation par le silence de ces lycéens est inacceptable pour le régime. Cette résistance non violente produit une leçon d’histoire et de politique bien construite, et passionnante à suivre.

Une minute de silence peut en effet s’avérer une graine d’anarchisme dans un Etat paranoïaque. Lars Kraume, scénariste et réalisateur, ne lésine pas sur le parallèle entre les méthodes de la Gestapo et celles du Parti Communiste. L’idéal socialiste en prend un coup alors que fascisme et nazisme ont laissé des plaies béantes et pas encore cicatrisées. De la délation à la terreur en passant par la manipulation et le mensonge, toutes les lâchetés humaines contrecarrent la bravoure et l’audace de la jeunesse.

Serious Teen Movie

Interprété avec justesse par des comédiens talentueux, quel que soit le rôle, ce drame kafkaïen aux allures de sitcom dramatique pour ados, ne souffre d’aucun temps mort et réussit à nous captiver dans cet étau qui se resserre au fil des semaines qui passent et des tourments de chacun. La révolution silencieuse est une œuvre romanesque sensible, épique et dénonciatrice.

Aussi, on regrette que Lars Kraume, avec autant d’atouts - son sujet, ses comédiens, son scénario – se concentre sur le découpage – réussi – plutôt que sur une mise en scène – qui ici manque un peu d’ambition. L’Allemagne fouille dans son passé à travers ce cinéma calibré pour le grand public mais les cinéastes ne parviennent pas à prendre de la distance par rapport à la période, restant ainsi assez premier degré (ce qui explique le manque total d’humour et le simplisme des relations amoureuses). De cette histoire subversive, il est assez paradoxal de la restituer sous la forme d’un film plutôt conformiste.

Cependant, outre le plaisir à regarder La révolution silencieuse, il faut au moins souligner la belle précision (mécanique) des rapports entre parents et enfants : les fautes passées des adultes, qui les rendent responsables d’un présent sans avenir, produisent les plus belles scènes car elles nuancent les monstres qu’ils semblent être, les craintes qui les animent, et la dureté de leurs actes. S’ils se désolent que leurs progénitures ne suivent pas le « bon chemin », le plus sécure, ils savent qu’ils sont responsables de cette désobéissance civile. C’est grâce à ces liaisons filiales que le film, efficace de bout en bout, tire les larmes sur son épilogue : le choix de chacun s’avère d’autant plus cruel que l’on ne peut pas juger les fautes des parents sans en comprendre le contexte. Tout comme les parents ne peuvent pas punir leurs enfants de choisir une autre vie que la leur.
 
vincy

 
 
 
 

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