Senses est un film en cinq parties, comme "une série de cinéma". Et c'est à ne pas manquer pour deux raisons: le film est un brillant portrait du Japon et des femmes japonaises. Et cela permet de découvrir Ryusuke Hamaguchi, qui sera à Cannes avec son nouveau film, Asako.



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Jusqu'à la garde


France / 2017

07.02.2018
 



AU MOMENT DE TOUT PERDRE





Dès la séquence d’ouverture, l’audition par une juge aux affaires familiales d’un couple qui se dispute la garde de son fils, le film expose à la fois la situation (la femme s’est enfuie avec les enfants, le mari est soupçonné de violences conjugales) et les arguments des uns et des autres. En laissant planer le doute sur le passé des personnages, Xavier Legrand place ainsi le spectateur dans la situation de la juge, qui doute et ne sait qui croire. C’est aussi une manière de rappeler que, trop souvent, la justice est désinvolte face aux suspicions de violences familiales, et n’applique aucun principe de précaution susceptible de protéger les victimes potentielles.

Toutefois, pour les spectateurs qui ont vu Avant que de tout perdre, le court métrage qui a fait connaître Xavier Legrand, aucun doute n’est possible. Jusqu’à la garde est en effet la suite de ce film particulièrement remarqué à sa sortie en 2013 dans lequel une femme mettait tout en œuvre pour fuir, avec ses deux enfants, un mari violent. Entre le documentaire brut et le thriller haletant, cette suite qui a reçu deux lions d'argent à Venise (meilleur réalisateur et meilleur premier film) est une plongée sans concession dans l'univers de la violence conjugale : manipulation, contrition, menaces, utilisation des enfants pour atteindre la mère, propension à se faire passer pour une victime...

On a ainsi l'impression d'assister à une lente et irrépressible montée en puissance de la haine et de la colère, sans temps morts ni moments de répit, jusqu'à l'explosion finale qui consiste en une longue et intransigeante séquence d'assaut dans laquelle le simple travail sur les sons (une sonnette qui résonne dans la nuit, puis le silence déroutant, l’ascenseur qui arrive, les coups frappés à la porte...) suffit à générer une angoisse difficilement supportable. Xavier Legrand s’approprie les codes du thriller, mais sans suspense malsain, avec le plus de distance possible. Contrairement aux films de genre dont c’est la finalité principale, ici, rien n’est ajouté artificiellement pour générer de l’angoisse. Par exemple, le personnage féminin écoute précisément les consignes du policier qu’elle a au téléphone, ne fait pas d’erreur, ne crée aucun suspense délétère ou inutile. La situation se suffit à elle-même : une femme et un enfant enfermés dans un appartement dans lequel un homme armé essaye de pénétrer.

Le film dans son entier bénéficie de cette approche à la fois réaliste et sobre, notamment dans l’absence de musique (la seule présence des voix, et donc des silences, renforcent peu à peu le sentiment d’oppression) et l’utilisation d’un montage précis enchaînant les scènes brèves et sèches. Pourtant, tout dans les différentes situations évoque inéluctablement des références de fiction, qu’il s’agisse de films ou de romans. Cela renvoie alors le spectateur à la sensation d’une situation fictionnelle qui s’incarne brutalement dans la vie de tous les jours. Comme une manière de forcer celui qui regarde le film à toucher du doigt l’horreur d’une situation éminemment réelle tout en l’empêchant de se protéger avec l’idée qu’il s’agit juste de cinéma. Cette expérience presque inclusive, qui renvoie chacun à son propre vécu, fait beaucoup dans la force colossale que dégage le film.

Léa Drucker et Denis Ménochet (qui reprennent les rôles qu’ils tenaient dans Avant que de tout perdre) sont quant à eux d'une justesse irréprochable (de même que les acteurs jouant leurs enfants), parvenant, malgré les enjeux, à rester dans la retenue, la subtilité et le minimalisme. Il n’y a pas d’un côté la victime archétypale et de l’autre le salaud, mais des personnages de chair et de sang, admirablement incarnés. Ils sont si proches de nous, filmés dans une telle « normalité », qu’ils rappellent douloureusement que cette situation d’extrême violence conjugale est malheureusement encore très fréquente. L’horreur, lorsqu’elle est banale, n’en est que plus insupportable.
 
MpM

 
 
 
 

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