M, primé à Locarno, Namur et séville, est le documentaire choc du moment. Yolande Zauberman réussit à allier bienveillance et effroi, scandale pédosexuel chez les juifs ultra-orthodoxes et parcours d'hommes fragiles et touchants.



Comprame un revolver
Dernier amour
Du miel plein la tête
Entre les roseaux
L'homme qui a surpris tout le monde
Le corps sauvage
Le rêve de Sam et autres courts
Leur souffle
M
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Résistantes
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Sunset
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Walter



Roma
Les invisibles
Green Book: sur les routes du sud
Le château de Cagliostro
Un grand voyage vers la nuit
Sorry to Bother You
Tout ce qu'il me reste de la révolution
Une intime conviction
La Favorite
La chute de l'empire américain
Les funérailles des roses
Nice girls don't stay for breakfast
Les étendues imaginaires
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Le garçon qui dompta le vent
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Pentagon Papers (The Post)


USA / 2017

24.01.2018
 



MENSONGES D’ETAT





« - Je peux le rendre jeudi.
- Et imagines que tu ne sois pas romancier mais journaliste.
»

Steven Spielberg a réalisé à son insu un mash-up, c’est à dire un film engagé et politique (Lincoln), un thriller vintage (Le pont des espions) et un divertissement aux allures légères (Attrape-moi si tu peux). Pentagon Papers est à la fois grave et aérien, smart et précis, un plaisir de cinéma et une œuvre militante.

Il faut tout le savoir-faire du cinéaste pour rendre l’ensemble aussi aérien et gracieux qu’un ballet. Ce qui étonne toujours chez Spielberg c’est sa facilité à s’adapter à un sujet et même à un genre. C’est un peu comme Roger Federer : il joue sur tous les terrains avec la même élégance. Il suffit de voir le prologue dans le bourbier du Vietnam et on retrouve l’immersion d’Il faut sauver le soldat Ryan et la tension de Jurassic Park.

Si Pentagon Papers se met en haut de la pile des bons films du cinéaste, ce n’est pas seulement pour ses qualités de mise en scène classieuse et en apparence classique, sa musique séduisante, son image haut de gamme ou son découpage et son montage fluides.

Balance ton puissant

Non, le film interpelle pour trois raisons : la collusion entre le pouvoir et les médias, la domination masculine dans ces pouvoirs, la vulnérabilité de la démocratie et de la presse. Pour faire plus simple, Pentagon Papers est le film idéal en pleine ère des « fake news » et en pleine affaire « me too ». Le film est autant un hommage au travail de journaliste (et de leurs risques) qu’une ode aux femmes.

Il suffit donc de déraciner cette histoire qui date de 1971 pour trouver un sujet qui fait écho à notre actualité. Un journal de province qui manque de liquidités et doit rentrer en bourse. Une patronne invisible, complexée, infantilisée qui doit résoudre des dilemmes dans un milieu de mâles arrogants. Des documents classifiés qui sortent des coffres grâce à un « lanceur d’alerte » (40 ans avant que le terme ne devienne répandu) pour être publiés et qui entachent toutes les présidences américaines depuis vingt ans. Et enfin un jugement de la Cour suprême qui fera date où s’affrontent un Etat soucieux de ses secrets inavouables et deux journaux qui, au nom de la liberté d’expression veulent publier librement.

« Je maintiens mas décision et je vais me coucher. »

De fait, c’est un film qui ménage le suspens habilement, qui fait confiance à sa dramaturgie, et surtout qui sait créer des personnages suffisamment passionnants, y compris les seconds-rôles pour qu’on les suive avec intérêt. C’est un film de caractère et de « characters ».

En effet, Pentagon papers est avant tout une histoire de relations humaines, de dominants et de dominés, de puissants et de petites mains, d’amitié et d’argent. Meryl Streep rayonne en femme presque timide, parfois involontairement drôle, cherchant sa place, ne voulant jamais fâcher personne, préférant être mère que directrice, pas forcément à l’aise avec le rôle de patronne. C’est un portrait de femme coincée subtil, dont les atermoiements enrichissent le débat et dévoilent le cheminement de son émancipation. Tom Hanks hérite d’un personnage plus charismatique, qui rappelle celui de Charlie Wilson, mais parvient à l’habiter pleinement et à faire passer ses doutes et des subtilités dignes de son talent. Ensemble, ils sont les moteurs de ce film aux allures de thriller.

Car, pour ce drame palpitant qui héroïse le journalisme et qui glamourise l’âge d’or de ce métier, Spielberg insuffle un rythme haletant, une théâtralisation moderne et un point de vue contemporain. La séparation des sexes et des pouvoirs et la frontière entre éthique et déontologie produisent suffisamment de matière pour faire avancer le récit. Mais ce qui épate le plus c’est que le scénario s’écarte d’une narration classique qui tendrait vers la décision de la Cour suprême devant départager le New York Times et le Washington Post versus l’Administration Nixon.

Citizen Katharine

Ici, Spielberg n’en fait qu’un déclencheur d’une mécanique qui commence avec une photocopieuse cinq ans plus tôt. L’acmé du film est ailleurs : dans la fabrication du numéro qui va changer la dimension du Washington Post : de la décision émancipatrice de la directrice, après une grande hésitation et un long débat contradictoire, à la diffusion dans les rues, loin du star-système des Hommes du Président.

La séquence est en plus superbe et valorise chaque métier, chaque machine nécessaire au journal. L’impression devient une sorte de soulagement après une grande tension dramatique. C’est aussi la revanche d’une femme sur les hommes qui l’entourent et la réduisent à une potiche.

Grâce à ces Pentagon Papers, le 4e pouvoir naît. Spielberg en fait finalement l’enjeu de son film comme il a décrypté le vote abolissant l’esclavage dans Lincoln. Il fonde son récit sur des dialogues et des débats, des enquêtes et des interrogatoires et interrogations, comme dans la plupart de ses films. Il y a une quête de vérité qui traverse sa filmographie depuis Rencontre du troisième type (dont on fête les 40 ans cette année). Il y a aussi cette volonté de rendre hommage aux femmes qui portent la culotte (depuis Sugarland Express) quitte à bousculer l’ordre établi. Il y a enfin cette volonté de décoder l’Amérique, ses tares comme ses gloires, et de croire qu’un monde meilleur est possible si on a la conviction de pouvoir le changer.

Si ce film a priori dramatique emballe c’est parce qu’il touche, évidemment, à une actualité brûlante. Parce qu’il est réussi et engagé, intelligent et malin. Mais peut-être que ce que nous retenons de ce « Post-it » filmographique filmé dans l’urgence c’est aussi cette mignardise en guise d’épilogue, à la manière d’un blockbuster faisant croire à une franchise, et qui est fortement lié à l’histoire du Washington post comme des lanceurs d’alerte (ou des gorges profondes) : Spielberg sait toujours amuser le public même dans un contexte qui ne devrait pas nous faire sourire. Car oui on peut se désoler que près de 50 ans plus tard, la presse comme les femmes soient aussi malmenées qu’à l’époque.
 
vincy

 
 
 
 

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