Laissez bronzer les cadavres est à la frontière du western, du polar et du giallo italien, avec geysers de sang, imagerie érotique, attente lourde et séquences solaires et moites. Et rien que pour ça, il faut aller le voir!



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Detroit


USA / 2016

11.10.2017
 



BLACK LIVES MATTER





"C'est pire que 1943 !"

Cinq après i>Zero Dark Thirty<, Kathryn Bigelow est enfin de retour derrière la caméra. Cette fois, elle s'intéresse à une sombre affaire de 1967, lorsque trois Noirs américains non-armés ont été retrouvés morts dans un motel après un interrogatoire un peu trop musclé. Pesant et exténuant, le destin de Detroit pendant l'awards season qui débute pourrait presque le rendre indispensable.

Nuit d'horreur

Eté 1967. Les Etats-Unis connaissent une vague d'émeutes sans précédent. A Detroit, alors que le climat insurrectionnel dure depuis deux jours, des coups de feu sont entendus en pleine nuit à proximité d'une base de la Garde nationale. Les forces de l'ordre encerclent l'Algiers Motel d'où semblent provenir les détonations. Bafouant toute procédure, les policiers soumettent une poignée de clients de l'hôtel à un interrogatoire sadique. Le bilan : trois hommes, non armés, seront abattus à bout portant et plusieurs autre blessés…

Pendant 2h23, Kathryn Bigelow a donc la lourde tâche de rendre ce fait divers crédible et émouvant, au-delà de sa dimension tragique apparente. Avec l'aide du scénariste Mark Boal, la réalisatrice de Démineurs pénètre dans les arcanes des forces de l'ordre, où racisme et impunité cohabitent. Avec son savoir-faire si particulier, elle filme le destin de ses personnages avec minutie et reconstitue une nuit où les nerfs ont lâché sous la pression, où les bavures s'enchaînent et où toute une communauté se voit de nouveau violentée.

Car c'est bien de cela qu'il s'agit dans Detroit : la petite histoire dans la grande histoire. Ou plutôt la place d'un fait divers dans une lutte qui dure depuis des décennies. Consciente de ses privilèges de femme blanche élevée par l'élite, Kathryn Bigelow tente d'apporter sa pierre à l'édifice, quitte à s'aliéner certaines critiques trop concentrées sur sa légitimité de cinéaste blanche que sur le récit qui est fait ici.

Une colère grandissante

Cinquante ans après les événements de l'Algiers Motel, Kathryn Bigelow s'empare de cette histoire pour tenter de mieux la comprendre. Comment un groupe d'hommes censé protéger les civils vient à causer la mort de trois d'entre eux ? Et surtout, comment cinquante ans plus tard, le climat de cette nuit-là peut se transposer à celui d'aujourd'hui ? Persuadée que l'on peut faire des liens, Kathryn Bigelow retrace minutieusement le parcours de Larry Reed, leader des Dramatics, et protagoniste de cette nuit où tout a basculé.

Inspiré de faits réels, Detroit s'autorise en parallèle une lecture contemporaine de cette affaire sans explicitement offrir aux spectateurs des coupables tout désignés. L'officier de police Krauss figure certes dans la it-list des personnages les plus malfaisants de cette année mais comme le démontre Detroit, son racisme est davantage lié à un système qui malmène les Noirs américains depuis des décennies qu'à une simple haine tournée vers ceux qui ne lui ressemblent pas.

A de rares occasion, Krauss semble même moins cruel qu'il n'y paraît, comme lorsqu'il fait croire aux individus interpelés dans le motel que s'ils ne coopèrent pas, ils finiront par être tués. A la fois ange de la mort et flic en roue libre, le film parvient difficilement à en faire un véritable monstre. Et en agent de terrain brute et détestable, le jeune Will Poulter parvient à livrer une performance qui n'est pas sans rappeler celle de Michael Fassbender dans 12 Years A Slave. Face à lui, John Boyega, la star de la nouvelle trilogie Star Wars et qui campe ici le seul membre des forces de l'ordre noir, parvient à briller. Et cela notamment parce que le personnage qu'il campe, Melvin Dismukes, est l'un des rares à être riche, complexe et ambivalent. Son silence face aux méthodes de ses collègues blancs l'empêche d'être attachant tandis que sa couleur de peau en fait un excellent point d'attache.

Plus encore, Detroit défait les idée préconçues sur le rôle des femmes blanches à l'époque. Malmenées et humiliées, Julie Hysell et Karen Malloy doivent faire face au comportement irrationnel et dangereux d'hommes qui sont "dans leur camp" mais en qui elles ne peuvent avoir confiance. Car pour expliquer leur présence en compagnie d'hommes noirs, il va sans dire qu'elles doivent nécessairement être des prostituées. Une vision réductrice et biaisée que l'homme blanc de l'époque a d'une relation femme blanche/homme noir. Très vite, il devient clair qu'en l'absence de vision commune de ce qui s'est véritablement ici, aucun happy end n'est envisageable.

Film autoréflexif

Plus qu'un simple biopic, Detroit intéresse par le caractère racial de l'œuvre. Véritable concurrent dans la course aux Oscars, le film de Kathryn Bigelow joue avec les nerfs du spectateur, lui impose de longues minutes de torture psychologique et d'avalanche de haine. Mais bien qu'il soit en partie tourné comme un huis-clos à l'intérieur de ce motel, Detroit épuise par sa tension dramatique et son manque certain de mise en scène. La caméra filme certes très précisément les faits et gestes des acteurs, il est difficile d'y voir une suite logique.

Ajoutons à cela le fait que, trop occupés à faire un film qui pourrait devenir un grand film, Kathryn Bigelow et Mark Boal ont visiblement oublié d'étoffer au maximum leurs personnages. Rapidement, les acteurs qui leur donnent vie se retrouvent à court de matériau et se rattachent à une dichotomie vieille comme le monde : il y a les gentils d'un côté et les méchants de l'autre.

Particulièrement lent, Detroit marque finalement l'esprit par son absence de pendant européen ou ne serait-ce que français. Le film s'attarde sur un fait divers qui redonne du crédit au label Motown mais n'apporte rien de plus que deux performances stellaires de la part d'acteurs cités plus haut.
 
wyzman

 
 
 
 

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