Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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People mountain, People Sea (Ren Shan Ren Hai)


Chine / 2012

19.06.2013
 



IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE





"Je veux juste savoir si je dois le rechercher."

Plan fixe. Une route, un homme qui marche. Puis un meurtre, sordide, gratuit, qui mêle brutalité et insensibilité. La séquence d’ouverture de People mountain, people sea entre immédiatement au panthéon des ouvertures d’anthologie, juste à côté de celle d’A touch of sin de Jia Zhang-ke découvert à Cannes (et tourné après). Dans les deux cas, la violence fait irruption presque par surprise, avec la sécheresse du fait divers banal et terne.

C’est pourtant cette explosion de violence qui conditionne tout le reste du film, chasse à l’homme épurée et fragmentée, qui élève l’ellipse et le mutisme au rang de règles absolues. Il faudra donc accompagner sans a priori cette plongée exaspérée dans les confins de la société chinoise actuelle, où la modernité s’inscrit comme elle peut dans le dénuement le plus complet. Aux côtés du personnage principal, plus obsédé par l’argent de la prime que par une quelconque nécessité de justice, on découvre ainsi tour à tour les campagnes miséreuses, les villes paupérisées, et même une mine clandestine organisée comme un camp de prisonniers.

Réalité sans fard d’un pays qui part à la dérive, et où le ras-le-bol grandissant brouille les frontières morales. Puisque l’on ne peut compter ni sur la justice, ni sur l’amitié, et encore moins sur l’amour, il ne reste aux êtres qu’à compter sur eux-mêmes. Tous les mécanismes de la tragédie traditionnelle sont ainsi enclenchés, sans explication superflue, et parfois dans une confusion totale (dans la dernière partie, on finit par ne plus reconnaître les personnages qui se mélangent tous sous la noirceur universelle du charbon). Il ne reste qu’à se raccrocher à l’implacabilité d’une mise en scène qui favorise la profondeur de champ, les panoramiques et les cadres dans le cadre, comme pour guider le regard du spectateur vers les personnages ou les éléments importants de l’image.

Cet esthétisme absolu du film, précis, parfois étiré, jamais frénétique, le place sur le plan de l’allégorie, presque de la parabole. Cai Shangjun imagine d’ailleurs les différents lieux traversés par son personnage principal comme autant d’enfers, en référence aux cercles de l’enfer de Dante. Comme un voyage initiatique d’aujourd’hui qui donnerait de la réalité une représentation large et dramatique. Un portrait vespéral de la "multitude" (le titre chinois original) que représente le grand peuple des hommes.
 
MpM

 
 
 
 

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