Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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The Ghost-Writer


France / 2010

03.03.2010
 



LE FANTOME ET LA FEMME FATALE





«- Il ruine les bonnes histoires avec trop de recherche. »

Voilà un thriller politique bien foutu. The Ghost-Writer est sans aucun doute le meilleur film de Roman Polanski depuis Le locataire (1976). Il renoue avec les profondeurs noires de personnages ambivalents et retrouve le rythme et l’intensité de ses productions américaines des années 70. Il n’y a là ni les digressions altérantes de Frantic, ni le baroque spiritualiste de La neuvième porte. Par son fond comme par sa forme, le film du cinéaste franco-polonais se révèle malin et intelligent, efficace et cynique, et pour tout dire puissant avec ses déflagrations finales qui déstabilisent toutes nos certitudes et nous obligent à construire mentalement la suite de l’ultime séquence.

La lecture la plus simple est évidemment celle de l’écho à l’actualité encore si présente, à la réalité politique des années 1990-2000, avec l’axe Bush-Blair notamment. Une guerre en Irak, jugée illégale, qui fait plonger un Premier Ministre britannique dans une spirale infernale : procès au Tribunal Pénal de La Haye, combat médiatique pour sauver l’honneur d’un ancien élu jeté aux chiens, business d’un milieu éditorial influencé par ses commanditaires.

Un polar froid plus que noir

Deux hommes et une femme (splendide Olivia Williams) créent les ressors principaux de l’intrigue. Un accusé, un candide et une épouse infidèle. Les relations sont glaciales, même dans l’effusion. Comme toujours chez Polanski, la femme est ambiguë, soupçonnable, traîtresse en puissance. Un zest d’Hitchock s’entremêle dans une mise en scène inspirée, aussi aidée par son décor. Une grande partie du film se déroule en huis-clos, dans un cul-de-sac du monde. Il a toujours aimé les histoires d’enfermement, que celui-ci soit mental ou physique (Repulsion ou Rosemary’s Baby, entre autres, sont une bonne synthèse des deux). Cette île au-delà du brouillard est comme un entre deux mondes, entre réel et illusion, entre la vie et l’enfer. Là s’érige, en plus, une villa contemporaine qui accentue, par son architecture et sa scénographie minérale incroyablement cinétique, la froideur et la rigidité d’un système qui va broyer ses habitants. Ils sont tous prisonniers : de leurs certitudes, de leur image, ou encore de leur passé.

Polanski ajoute à cela quelques ingrédients plus rares dans son cinéma. Des touches d’humour par exemple. Réflexions sarcastiques, clins d’œil au cinéma contemporain, séquences cocaces qui n’empêchent pas le mystère de s’épaissir. De tendre le spectateur vers un final qui aurait pu , comme souvent dans les films du réalisateur, être rocambolesque, et qui se dévoile progressivement comme terrifiant. L’image ne montre rien d’horrible et laisse le spectateur découvir l’effroyable vérité, glaçante et fatale, crashant toute innocence et laissant la porte ouverte à un système impitoyable.

C’est l’autre lecture, plus troublante, de ce film, qui tend un miroir à la vie actuelle du réalisateur. Un miroir cruel à une actualité plus brûlante et plus personnelle. On ne peut être que stupéfait de constater que l’artiste a eu l’envie d’un film qui racontait ce qui allait lui arriver après le tournage : une persécution médiatique, des accusations de crimes dignes d’un lynchage, un destin de prisonnier. Le Premier Ministre (Brosnan, sobre et crédible) pourrait être Polanski. Ce qu’il traverse lui ressemble. Cette correspondance fascine.

Final en trois temps

Et il n’y aura personne pour le(s) sauver. Il dresse donc un réquisitoire implacable sur une machine sans pilote prête à ne servir que son intérêt particulier, sans souci de justice. Le biographe a beau se transformer en enquêteur doué (Ewan McGregor dans son meilleur rôle depuis 2003), il pêche par naïveté et ruine les espoirs du spectateur.

Le film devient dans son dernier quart très noir. Après un électrochoc qui fait passer The Ghost-Writer du suspens qui captive au compte-à-rebours qui stresse, le cinéaste s’octroie un final en trois temps, dont le gagnant n’est pas celui que l’on croit. Avec une grande maîtrise du découpage, il nous achève en donnant à son thriller un tempo diabolique, pas effréné et sans effets particuliers. Un sens de l’image où il s’autorise un plan séquence saisissant, avec un petit bout de papier qui circule à travers un public dense pour rejoindre son destinataire, et coupable. Et lorsque l’on croit tout cela terminé, il nous assome avec une séquence hors-cadre qui assassine toute morale et tout happy-end.

Polanski n’a besoin de rien dire – les dix dernières minutes sont quasiment muettes . Il a tout monté. Nous a bluffé parallèlement. Et nous cloue sur notre fauteuil avec son réquisitoire en faveur d’une société plus transparente mais mesurée et moins instantanée. Il n’a cédé à aucune mode, revenant même à ses classiques. Prenant son temps pour étayer son argumentaire, saisissant.
 
vincy

 
 
 
 

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