Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Biggie and Tupac (Biggie & Tupac)


/ 2002

26.03.03
 



RAPPEURS DE FORCE





"- Mon caméraman est nerveux, il doit rêver d'une île tropicale dans un monde meilleur…"

Sans vouloir faire de l'anti-américanisme primaire, il faut avouer qu'en cette période conflictuelle, alors que l'ensemble du globe subit la véhémence d'une administration Bush prompt à vouloir évangéliser, avec une suffisance qui laisse interdit, les nations non converties au modèle démocratique de l'Oncle Sam ; on ne pourra que se réjouir de voir se profiler sur les écrans un nouveau documentaire remettant en question la véritable vertu des valeurs d'un système américain auto prétendu incontournable et incontestable de par son impérialisme.
L'opération salubre n'est pas une première, Biggie & Tupac se classera dans la catégorie des contre-enquêtes destinées à faire la lumière sur des grosses lacunes de l'appareil judiciaire américain. Rayon méthodologie, on est ici, à première vue, plus proche de la démarche d'un Michael Moore que d'une investigation semblable à celle qu'avait menée Solveig Anspach sur la peine de mort expéditive dans son très objectif Made in the USA. Nick Broomfield emprunte pourtant un peu aux deux. Si le reporter anglais bénéficie d'un certain recul sur les événements sortis désormais de l'actualité, son omniprésence physique à l'image n'est pas plus liée au fait du hasard que celle du troublion de Bowling for Columbine. Sans peur et sans reproche, il aborde tous les protagonistes susceptibles de faire progresser avec une candeur désarmante (mais un toupet moins flagrant et opportuniste que Moore) et un déploiement de moyens réduit à son strict minimum. Force est de constater, que sa technique de travail des plus modeste (le monsieur s'acquitte de la prise de son, brandissant devant lui sa perche tel un bricolo de première) lui permet de franchir bon nombre de barrières de conventions sociales mais aussi de méfiance liée à des consciences ne baignant pas nécessairement dans la tranquillité… (là ou un journaliste apprêté de CNN se casserait probablement les dents en déplaçant l'artillerie lourde, mais indispensable selon la déontologie maison à la crédibilité de la couverture). Armé de sa seule détermination, de son flaire professionnel ainsi que d'un bon carnet d'adresse Broomfield remontera patiemment la piste qui l'amènera à briser la devanture hâtivement arrangée d'une vérité tronquée. Les protagonistes ne dépareilleraient pas dans n'importe quelle production hollywoodienne (certains témoins paraissent même se complaire dans des attitudes empruntées au film de genre), l'intrigue est finalement classique. Les victimes : des jeunes gars pas plus mauvais que d'autres - d'après les dire de leur tendre maman-, un peu arrivistes, qui se brûlent les ailes à jouer les Corleone du showbiz, nourris au clichés de réussite facile, de matérialisme valorisant et d'une bonne dose d'égocentrisme machiste. On ajoutera les producteurs roublards et dénués de tout sens moral pour finir sur la touche finale : la police. Cette dernière représentée par l'honnête officier incorruptible, trop intègre pour ne pas se retrouver relégué sur la touche et ses confrères moins portés sur l'éthique et plus intéressés par la poudre aux yeux et au nez, les partouzes et autres avantages en nature. Tout ce petit monde se meut en une danse fatale, incarnant une dégénérescence du rêve américain portée dans ses derniers retranchements hypocrites. Consommer la vie en s'en donnant les moyens et en y mettant le prix au sens littéral du terme sans soucis d'économie de principes ni de concessions.
Antithèse de 8 Mile et de sa version de la réussite sociale salvatrice dans le secteur du hip hop, Biggie & Tupac n'interpellera pas seulement les fans des deux rappeurs, mais aussi les amateurs de reportages rondement menés, par la grâce de sa construction et de sa maîtrise exemplaire. Une œuvre forte qui semblerait montrer que la bonne foi d'un journaliste porté à mouiller sa chemise pourrait venir à bout des pires mensonges engendrés par le cynisme d'une société salement barrée dans ses névroses...
 
petsss

 
 
 
 

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