Oscars 2020 : Joker de Todd Phillips domine (légèrement) les nominations

Posté par wyzman, le 13 janvier 2020

Netflix domine les nominations, avec 24 citations, même si on ajoute Fox Searchlight à Disney (17+6). C'est une razzia pour la plateforme de streaming qui place plusieurs de ses films dans les catégories reines. C'est aussi un bouleversement qu'il faut suivre, tant cela bouscule les stratégies actuelles de "branding" des majors. A l'inverse, l'indépendant "hype" A24 est complètement absent. On notera par ailleurs la belle performance des studios classiques: Sony avec 20 nominations, Warner Bros avec 12 et Universal avec 13 si on prend en compte les 2 pour Focus Features.

C'est le retour des auteurs. Scorsese, Mendès, Tarantino avec 10 nominations chacune pour des films très personnels, auxquels ont peut ajouter les quatre fois six nommés : Jojo Rabbit, Les filles du docteur March, Marriage Story et Parasite. On regrettera l'absence de réalisatrice dans la catégorie du meilleur réalisateur. Et dans la catégorie du meilleur film, seule une productrice émerge. Mais il est clair que, loin du box office, les votants aux Oscars, de plus en plus divers (sexe, nationalité, âge, ...), préfèrent toujours les films non issus de franchises et aux tons personnels, les sagas romanesques et les œuvres aux soustexte politique et solcial aux divertissements purs.

Bataille ouverte avec 4 films plus de 10 fois nommés, dont le Joker, 11 fois cité.Le Lion d'or de Venise fait la course en légère tête et pourrait être le premier film basé sur un comics à remporter l'Oscar. L'enjeu est complexe puisque The Irishman vaudrait aussi à Netflix son premier Oscar du meilleur film et Once upon a Time in Hollywood le premier couronnement de Tarantino. Par défaut, 1917, Golden Globe du meilleur film dramatique, pourrait emporter la mise. Les quatre ont, en plus, l'avantage, d'avoir été des succès en salles. Avec la Palme d'or, Parasite et le Tarantino, en plus des Misérables, Douleur et Gloire (deux fois cité) et J'ai perdu mon corps, le Festival de Cannes s'offre une belle représentation aux Oscars cette année.

Il y a peu de chance qu'un film fasse une razzia cette année. Une grande partie des principaux nommés repartira avec au moins une statuette. Scarlett Johansson sera à la fois la grande gagnante et la grande perdante. Peu de chances qu'elle reparte avec un Oscar alors qu'elle rentre dans le club select des double nommés la même année (actrice et second-rôle féminin) avec deux films d'auteurs formellement différents. On peut reprocher le manque de visibilité des minorités dans cette liste (une seule actrice noire, un seul acteur latino, un réalisateur asiatique et un autre d'origine maori), mais il est clair que la globalisation continue. De la Nouvelle-Zélande au Royaume-Uni, de la France, avec 5 nominations (musique, film international, film d'animation, court métrage animé, court métrage de fiction) à l'Espagne, de la Corée du sud à la Syrie, les Oscars veulent représenter un certain cinéma mondial, qui pour l'instant a toujours son plafond de verre dans les catégories reines.

Ce manque de visibilité, on le constate notamment parmi les snobés, ces favoris primés dans divers palmarès et évincés de la liste: Jennifer Lopez, Awkwafina, Danny Glover, Lupita Nyong'o, Alfre Woodward, Jamie Foxx, Eddie Murphy, Kang-Ho Song... Mais c'est aussi le cas de Taron Egerton, pourtant Golden Globe du meilleur acteur dans une comédie/musical, Adam Sandler, plébiscité par la critique, George McKay, ou d'habitué des Oscars, Robert De Niro, Christian Bale, Matt Damon, Saoirse Ronan... Les électeurs ont préféré surprendre avec Antonio Banderas, Jonathan Pryce, Anthony Hopkins, Kathy Bates, Cynthia Erivo ou Florence Pugh. Les deux plus grosses surprises restent du côté de Disney avec l'absence de La Reine des neiges 2 (en film d'animation) et de Spirit, la chanson de Beyoncé dans Le Roi Lion. Elton John est quand même représenté avec Rocketman, film finalement assez snobé, tout comme et Ad Astra de James Gray et The Lighthouse de Robert Eggers (une citation chacun). Sans parler d'Uncut Gems des frères Safdie, L'adieu de Lulu Wang, The Last Black Man in San Francisco de Joe Talbot, complètement ignorés. Et on pourrait en citer une dizaine d'autres, de Portrait de la jeune fille en feu à Waves, de Clemency à Booksmart, d'Une vie cachée à Wild Rose, d'Her Smell à Apollo 11. Et bien entendu d'Atlantique.

Le cinéma indépendant, la narration non conformiste et les films de femmes sont finalement les grands perdants de cette sélection pourtant très classe.

Résultat des courses le 9 février.

Voici la liste complète des nominations:

Meilleur film

Ford v Ferrari
The Irishman
Jojo Rabbit
Joker
Little Women
Marriage Story
1917
Once Upon a Time in Hollywood
Parasite


Meilleur réalisateur

Martin Scorsese, The Irishman
Todd Phillips, Joker
Sam Mendes, 1917
Quentin Tarantino, Once Upon a Time in Hollywood
Bong Joon Ho, Parasite

Meilleur acteur

Antonio Banderas, Pain and Glory
Leonardo DiCaprio, Once Upon a Time in Hollywood
Adam Driver, Marriage Story
Joaquin Phoenix, Joker
Jonathan Pryce, The Two Popes


Meilleure actrice

Cynthia Erivo, Harriet
Scarlett Johansson, Marriage Story
Saoirse Ronan, Little Women
Charlize Theron, Bombshell
Renee Zellweger, Judy

Meilleur acteur dans un second rôle

Tom Hanks, A Beautiful Day in the Neighborhood
Anthony Hopkins, The Two Popes
Al Pacino, The Irishman
Joe Pesci, The Irishman
Brad Pitt, Once Upon a Time in Hollywood

Meilleure actrice dans un second rôle

Kathy Bates, Richard Jewell
Laura Dern, Marriage Story
Scarlett Johansson, Jojo Rabbit
Florence Pugh, Little Women
Margot Robbie, Bombshell

Meilleur scénario original

Knives Out, Rian Johnson
Marriage Story, Noah Baumbach
1917, Sam Mendes and Krysty Wilson-Cairns
Once Upon a Time in Hollywood, Quentin Tarantino
Parasite, Bong Joon-ho, Jin Won Han

Meilleur scénario adapté

The Irishman, Steven Zaillian
Jojo Rabbit, Taika Waititi
Joker, Todd Phillips, Scott Silver
Little Women, Greta Gerwig
The Two Popes, Anthony McCarten

Meilleurs décors (et direction artistique)

The Irishman, Bob Shaw and Regina Graves
Jojo Rabbit, Ra Vincent and Nora Sopkova
1917, Dennis Gassner and Lee Sandales
Once Upon a Time in Hollywood, Barbara Ling and Nancy Haigh
Parasite, Lee Ha-Jun and Cho Won Woo, Han Ga Ram, and Cho Hee

Meilleurs costumes

The Irishman, Sandy Powell, Christopher Peterson
Jojo Rabbit, Mayes C. Rubeo
Joker, Mark Bridges
Little Women, Jacqueline Durran
Once Upon a Time in Hollywood, Arianne Phillips

Meilleurs maquillages et coiffures

Bombshell
Joker
Judy
Maleficent: Mistress of Evil
1917

Meilleure photographie

The Irishman, Rodrigo Prieto
Joker, Lawrence Sher
The Lighthouse, Jarin Blaschke
1917, Roger Deakins
Once Upon a Time in Hollywood, Robert Richardson

Meilleur montage

Ford v Ferrari, Michael McCusker, Andrew Buckland
The Irishman, Thelma Schoonmaker
Jojo Rabbit, Tom Eagles
Joker, Jeff Groth
Parasite, Jinmo Yang

Meilleur montage son

Ford v Ferrari, Don Sylvester
Joker, Alan Robert Murray
1917, Oliver Tarney, Rachel Tate
Once Upon a Time in Hollywood, Wylie Stateman
Star Wars: The Rise of SkyWalker, Matthew Wood, David Acord

Meilleur mixage de son

Ad Astra
Ford v Ferrari
Joker
1917
Once Upon a Time in Hollywood

Meilleurs effets visuels

Avengers Endgame
The Irishman
1917
The Lion King
Star Wars: The Rise of Skywalker

Meilleure chanson originale

“I Can’t Let You Throw Yourself Away”, Toy Story 4
“I’m Gonna Love Me Again”, Rocketman
“I’m Standing With You”, Breakthrough
“Into the Unknown”, Frozen 2
“Stand Up”, Harriet

Meilleure musique de film

Joker, Hildur Guðnadóttir
Little Women, Alexandre Desplat
Marriage Story, Randy Newman
1917, Thomas Newman
Star Wars: The Rise of Skywalker, John Williams*The King, Nicholas Britell

Meilleur film en langue étrangère

Corpus Christi, Jan Komasa
Honeyland, Tamara Kotevska, Ljubo Stefanov
Les Miserables, Ladj Ly
Pain and Glory, Pedro Almodovar
Parasite, Bong Joon Ho

Meilleur film d’animation

How to Train Your Dragon: The Hidden World, Dean DeBlois
I Lost My Body, Jeremy Clapin
Klaus, Sergio Pablos
Missing Link, Chris Butler
Toy Story 4, Josh Cooley

Meilleur film documentaire

American Factory, Julia Rieichert, Steven Bognar
The Cave, Feras Fayyad
The Edge of Democracy, Petra Costa
For Sama, Waad Al-Kateab, Edward Watts
Honeyland, Tamara Kotevska, Ljubo Stefanov

Meilleur court-métrage de fiction

Brotherhood, Meryam Joobeur
Nefta Football Club, Yves Piat
The Neighbors’ Window, Marshall Curry
Saria, Bryan Buckley
A Sister, Delphine Girard

Meilleur court-métrage d’animation

Dcera, Daria Kashcheeva
Hair Love, Matthew A. Cherry
Kitbull, Rosana Sullivan
Memorable, Bruno Collet
Sister, Siqi Song

Meilleur court-métrage documentaire

In the Absence, Yi Seung-Jun and Gary Byung-Seok Kam
Learning to Skateboard in a Warzone, Carol Dysinger
Life Overtakes Me, Kristine Samuelson and John Haptas
St. Louis Superman, Smriti Mundhra and Sami Khan
Walk Run Cha-Cha, Laura Nix

Golden Globes 2020 : 1917 et Once Upon a Time… in Hollywood gagnent gros

Posté par wyzman, le 6 janvier 2020

Comme annoncé début décembre, Netflix était cette année le grand vainqueur des nominations pour les Golden Globes. En effet, côté cinéma, Mariage Story décrochait à ce moment-là 6 nominations et The Irishman 5. Parmi les autres projets très attendus lors de la 77e cérémonie des Golden Globes présentée par Ricky Gervais, on retrouvait sans surprise Once Upon A Time… in Hollywood (5 mentions), Joker et The Two Popes (4 mentions). Si la catégorie meilleur film en langue étrangère accueillait de belles surprises (Parasite et Douleur et Gloire), c’est avec un certain chauvinisme que nous avions accueilli les nominations de Portrait de la jeune fille en feu et Les Misérables. Côté série, Chernobyl (5 nominations ; HBO) était le seul programme capable de faire de l'ombre aux produits de Netflix (The Crown et Unbelievable ayant décroché 4 nominations chacune).

De cette édition 2020, on retiendra sans le sacre de 1917 de Sam Mendes (meilleur film dramatique et meilleur réalisateur) et la razzia de Once Upon a Time... in Hollywood (meilleur film comique, meilleur acteur dans un second rôle pour Brad Pitt et meilleur scénario). Pour le petit écran, difficile de trouver un grand gagnant puisque Fleabag et Succession repartent toutes deux avec deux prix.

Pour rappel, l'an dernier coté cinéma, Bohemian Rhapsody a été sacré meilleur film dramatique, Green Book meilleur film comique, Roma meilleur film en langue étrangère, Spider-Man: Into the Spider-Verse meilleur film d'animation, The Americans meilleure série dramatique et The Kominsky Method meilleure série comique et The Assassination of Gianni Versace meilleure mini-série.

Cinéma

Meilleur film dramatique

  • 1917
  • Les Deux Papes (The Two Popes)
  • The Irishman
  • Joker
  • Marriage Story

Meilleur film musical ou comédie

Meilleur réalisateur

  • Bong Joon-ho pour Parasite
  • Sam Mendes pour 1917
  • Todd Phillips pour Joker
  • Martin Scorsese pour The Irishman
  • Quentin Tarantino pour Once Upon a Time… in Hollywood

Meilleur acteur dans un film dramatique

  • Christian Bale pour le rôle de Ken Miles dans Le Mans 66 (Ford v. Ferrari)
  • Antonio Banderas pour le rôle de Salvador Mallo dans Douleur et gloire (Dolor Y Gloria)
  • Adam Driver pour le rôle de Charlie Barber dans Marriage Story
  • Joaquin Phoenix pour le rôle d'Arthur Fleck / Le Joker dans Joker
  • Jonathan Pryce pour le rôle du cardinal Jorge Mario Bergoglio dans Les Deux Papes

Meilleure actrice dans un film dramatique

  • Cynthia Erivo pour le rôle de Harriet Tubman dans Harriet
  • Scarlett Johansson pour le rôle de Nicole Barber dans Marriage Story
  • Saoirse Ronan pour le rôle de Joséphine « Jo » March dans Les Filles du docteur March (Little Women)
  • Charlize Theron pour le rôle de Megyn Kelly dans Scandale (Bombshell)
  • Renée Zellweger pour le rôle de Judy Garland dans Judy

Meilleur acteur dans un film musical ou une comédie

  • Daniel Craig pour le rôle de Benoît Blanc dans À couteaux tirés
  • Roman Griffin Davis pour le rôle de Jojo « Rabbit » Betzler dans Jojo Rabbit
  • Leonardo DiCaprio pour le rôle de Rick Dalton dans Once Upon a Time… in Hollywood
  • Taron Egerton pour le rôle d'Elton John dans Rocketman
  • Eddie Murphy pour le rôle de Rudy Ray Moore dans Dolemite Is My Name

Meilleure actrice dans un film musical ou une comédie

  • Ana de Armas pour le rôle de Marta Cabrera dans À couteaux tirés
  • Awkwafina pour le rôle de Billi Wang dans The Farewell
  • Cate Blanchett pour le rôle de Bernadette Fox dans Bernadette a disparu (Where'd You Go, Bernadette)
  • Beanie Feldstein pour le rôle de Molly Davidson dans Booksmart
  • Emma Thompson pour le rôle de Katherine Newbury dans Late Night

Meilleur acteur dans un second rôle

  • Tom Hanks pour le rôle de Fred Rogers dans Un ami extraordinaire (A Beautiful Day in the Neighborhood)
  • Anthony Hopkins pour le rôle du pape Benoît XVI dans Les Deux Papes
  • Al Pacino pour le rôle de James Riddle « Jimmy » Hoffa dans The Irishman
  • Joe Pesci pour le rôle de Russell Bufalino dans The Irishman
  • Brad Pitt pour le rôle de Cliff Booth dans Once Upon a Time… in Hollywood

Meilleure actrice dans un second rôle

  • Kathy Bates pour le rôle de Bobi Jewell dans Le Cas Richard Jewell (Richard Jewell)
  • Annette Bening pour le rôle de Dianne Feinstein dans The Report
  • Laura Dern pour le rôle de Nora Fanshaw dans Marriage Story
  • Jennifer Lopez pour le rôle de Ramona Vega dans Queens (Hustlers)
  • Margot Robbie pour le rôle de Kayla Pospisil dans Scandale

Meilleur scénario

  • Les Deux Papes - Anthony McCarten
  • The Irishman - Steven Zaillian
  • Marriage Story - Noah Baumbach
  • Once Upon a Time… in Hollywood - Quentin Tarantino
  • Parasite - Bong Joon-ho

Meilleure chanson originale

  • Beautiful Ghosts dans Cats - Taylor Swift et Andrew Lloyd Weber
  • (I'm Gonna) Love Me Again dans Rocketman - Elton John et Bernie Taupin
  • Into the Unknown dans La Reine des neiges 2 (Frozen II) - Kristen Anderson-Lopez et Robert Lopez
  • Spirit dans Le Roi Lion (The Lion King) - Beyoncé, Ilya Salmandazeh et Labrinth
  • Stand Up dans Harriet - Cynthia Erivo et Joshuah Brian Campbell

Meilleure musique de film

  • 1917 - Thomas Newman
  • Brooklyn Affairs (Motherless Brooklyn) - Daniel Pemberton
  • Les Filles du docteur March - Alexandre Desplat
  • Joker - Hildur Guðnadóttir
  • Marriage Story - Randy Newman

Meilleur film en langue étrangère

  • L'Adieu (The Farewell) de Lulu Wang
  • Douleur et gloire de Pedro Almodovar
  • Les Misérables de Ladj Ly
  • Parasite de Bong Joon-ho
  • Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma

Meilleur film d'animation

Télévision

Meilleure série dramatique

  • Big Little Lies
  • The Crown
  • Killing Eve
  • The Morning Show
  • Succession

Meilleure série musicale ou comique

  • Barry
  • Fleabag
  • La Méthode Kominsky (The Kominsky Method)
  • Mme Maisel, femme fabuleuse (The Marvelous Mrs. Maisel)
  • The Politician

Meilleure mini-série ou meilleur téléfilm

  • Catch-22
  • Chernobyl
  • Fosse/Verdon
  • The Loudest Voice
  • Unbelievable

Meilleur acteur dans une série dramatique

  • Brian Cox pour le rôle de Logan Roy dans Succession
  • Kit Harington pour le rôle de Jon Snow dans Game of Thrones
  • Rami Malek pour le rôle d'Elliot Alderson dans Mr. Robot
  • Tobias Menzies pour le rôle de Philip Mountbatten dans The Crown
  • Billy Porter pour le rôle de Pray Tell dans Pose

Meilleure actrice dans une série dramatique

  • Jennifer Aniston pour le rôle d'Alex Levy dans The Morning Show
  • Olivia Colman pour le rôle de la reine Élisabeth II dans The Crown
  • Jodie Comer pour le rôle de Villanelle / Oksana Astankova dans Killing Eve
  • Nicole Kidman pour le rôle de Céleste Wright dans Big Little Lies
  • Reese Witherspoon pour le rôle de Bradley Jackson dans The Morning Show

Meilleur acteur dans une série musicale ou comique

  • Michael Douglas pour le rôle de Sandy Kominsky dans La Méthode Kominsky (The Kominsky Method)
  • Bill Hader pour le rôle de Barry Berkman / Barry Block dans Barry
  • Ben Platt pour le rôle de Payton Hobart dans The Politician
  • Paul Rudd pour le rôle de Miles Elliot dans Living with Yourself
  • Ramy Youssef pour le rôle de Ramy Hassan dans Ramy

Meilleure actrice dans une série musicale ou comique

  • Christina Applegate pour le rôle de Jen Harding dans Dead to Me
  • Rachel Brosnahan pour le rôle de Miriam Maisel dans Mme Maisel, femme fabuleuse (The Marvelous Mrs. Maisel)
  • Kirsten Dunst pour le rôle de Krystal Stubbs dans On Becoming a God in Central Florida
  • Natasha Lyonne pour le rôle de Nadia Vulvokov dans Poupée russe (Russian Doll)
  • Phoebe Waller-Bridge pour le rôle de Fleabag dans Fleabag

Meilleur acteur dans une mini-série ou un téléfilm

  • Christopher Abbott pour le rôle de John Yossarian dans Catch-22
  • Sacha Baron Cohen pour le rôle de Eli Cohen / Kamel Amin Thaabet dans The Spy
  • Russell Crowe pour le rôle de Roger Ailes dans The Loudest Voice
  • Jared Harris pour le rôle de Valeri Legassov dans Chernobyl
  • Sam Rockwell pour le rôle de Bob Fosse dans Fosse/Verdon

Meilleure actrice dans une mini-série ou un téléfilm

  • Kaitlyn Dever pour le rôle de Marie Adler dans Unbelievable
  • Joey King pour le rôle de Gypsy Blanchard dans The Act
  • Helen Mirren pour le rôle de Catherine II dans Catherine the Great
  • Merritt Wever pour le rôle de Karen Duvall dans Unbelievable
  • Michelle Williams pour le rôle de Gwen Verdon dans Fosse/Verdon

Meilleur acteur dans un second rôle dans une série, une mini-série ou un téléfilm

  • Alan Arkin pour le rôle de Norman Newlander dans La Méthode Kominsky (The Kominsky Method)
  • Kieran Culkin pour le rôle de Roman Roy dans Succession
  • Andrew Scott pour le rôle du Prêtre dans Fleabag
  • Stellan Skarsgård pour le rôle de Boris Chtcherbina dans Chernobyl
  • Henry Winkler pour le rôle de Gene Cousineau dans Barry

Meilleure actrice dans un second rôle dans une série, une mini-série ou un téléfilm

  • Patricia Arquette pour le rôle de Dee Dee Blanchard dans The Act
  • Helena Bonham Carter pour le rôle de la princesse Margaret dans The Crown
  • Toni Collette pour le rôle de Grace Rasmussen dans Unbelievable
  • Meryl Streep pour le rôle de Mary Louise Wright dans Big Little Lies
  • Emily Watson pour le rôle d'Ulana Khomyuk dans Chernobyl

[2019 dans le rétro] Le cinéma de genre en quête d’un nouveau souffle

Posté par kristofy, le 4 janvier 2020
C’était quoi le cinéma de genre en 2019 ?

L'année dernière parmi une production pléthorique au niveau international, il y avait tout de même eu une dizaine de films français notables (dont Revenge de Coralie Fargeat, La nuit a dévoré le monde de Dominique Rocher, La Femme la plus assassinée du monde de Franck Ribière...). Les surprises les plus fortes de 2018 en films de genre, de la SF à l'horreur, nous étaient venues en fait des plus grands cinéastes : Guillermo del Toro avec La Forme de l'eau, Steven Spielberg avec Ready player one, Lars von Trier avec The House that Jack built, la version en 3D de Détective Dee: la légende des Rois Célestes de Tsui Hark, et Ghostland du français Pascal Laugier.

Une fois ce souvenir ravivé, force est de constater que pour ce qui est des films sortis en salles en 2019, il y a toujours une belle diversité, mais beaucoup moins de succès populaire qui séduit au delà des spectateurs aficionados de sensations fortes, sauf à quelques exceptions.

Le genre sacré dans les festivals

Le succès d'estime de l'année avec un bouche-à-oreille de la part de ceux qui l'ont vu est sans doute le cauchemardesque Midsommar de Ari Aster. Même si, avec autant de buzz, on s'attendait à un succès bien plus large. Sans doute un excès de vanité et un culte peut-être trop prématuré (le film a été ressenti comme très flippant pour beaucoup, et trop long et navrant pour d'autres).

Bien évidemment on peut toujours compter sur les films coréens à sous-texte politique comme Le Gangster, le flic et l'assassin de Lee Won-tae (passé par le Festival de Cannes), billard à trois bandes efficace. L'année 2019 aura d'ailleurs été marquée par un autre succès plus extraordinaire lié au cinéma de genre mais qui dépasse ce type même de cinéma, un succès d'autant plus extraordinaire puisqu'il a déjoué n'importe quelle prédiction : il s'agit de Parasite de Bong Joon-ho qui a reçu la Palme d'or et attiré en salles par plus de 1,6 million de spectateurs en France (devenant le film à Palme d'or le plus vu depuis 15 ans et le film coréen le plus populaire de l'histoire). Tellement fédérateur, qu'il figure dans le top des favoris de l'année de tout le monde,  avec peut-être bientôt l'Oscar du meilleur film international... A cette Palme d'or, Venise a répondu par un Lion d'or à un autre film "de genre", et le sempiternel combat du Bien contre le Mal si américain, avec Joker de Todd Phillips, qui a su renouveler le film de super-héros.

Le cinéma de genre français se (re)cherche...
Il ne faut pas se le cacher: ce type de film représente un risque financier (un peu moins s'il est en langue anglaise), d'autant plus s'il est soumis à l'interdiction aux moins de 16 ans qui fait peur aux distributeurs et aux exploitants. Pourtant le public est bel et bien là comme le prouve les gros succès de certains films américains prémâchés et formatés (Ça - chapitre 2, Annabelle 3, Simetierre...).

L'embellie de l'année dernière est passée et malheureusement, en 2019, le cinéma de genre français dans les salles était quasiment invisible. Girls with balls de Olivier Afonso a connu une regrettable difficulté avec son distributeur initial et a dû être diffusé sur la plateforme Netflix. En fait, le seul film a être sorti discrètement en salles aura été Tout les dieux du ciel de Quarxx. Pour se consoler il y a eu tout de même une poignée d'autres films qui en s'approchant de certains éléments du genre sont à saluer : le sous-marin en guerre de Le Chant du Loup de Antonin Baudry, efficace, le rite vaudou de Zombi Child de Bertrand Bonello, délirant, et différentes folies meurtrières jouissives dans Le Daim de Quentin Dupieux (avec Jean Dujardin) ou dans Furie de Olivier Abbou, sans oublier le plutôt drôle Rebelles de Allan Mauduit (avec Cécile De France). On en voudrait plus... Pour se regonfler notre égo on peut se dire que le meilleur film de genre de 2018 avait été Ghostland réalisé par le français Pascal Laugier, qui a cartonné à l'international. Et il en est de même encore en 2019 (là encore tourné en langue anglaise) avec le "survival" dans une maison inondée en plein ouragan face à des alligators de Crawl de Alexandre Aja. Cela pourrait changer dans les années qui viennent depuis que le CNC a mis à disposition une aide spécifique aux films de genre. Mais il reste toujours le problème de la diffusion.

Le cinéma de genre américain capitalise ses recettes...
Au global les plus gros succès aux Etats-Unis en millions de dollars sont, comme d'habitude, des suites avec des super-héros. Le cinéma de genre est donc aussi inclus dans cette exploitation d'un univers déjà connu avec diverses suites : Godzilla 2: Roi des monstres, Retour à Zombieland, Happy Birthdead 2 You, et bien sûr Star Wars, épisode IX: l'ascension de Skywalker. Et quand on ne fait pas de suite alors on produit un reboot d'une histoire bien connue mais avec un autre acteur comme le nouveau (et raté) Hellboy de Neil Marshall, et l'ambitieux Alita: Battle Angel de Robert Rodriguez, qui espérait en faire une trilogie. Parfois le plaisir (coupable) est bien là, mais souvent bien que le spectacle soit plaisant la déception s'invite aussi.

Les grands noms ne font plus recette...
Il y a quelques années certains noms sur une affiche étaient suffisamment vendeur pour remplir les salles, un succès précédent était la promesse d'un nouveau succès, mais ce n'est clairement plus le cas. Il y a eu plusieurs résultats (à divers degrés) très en dessous des espérances des distributeurs, et surtout de celles du spectateurs. C'est le cas pour Gemini Man de Ang Lee avec Will Smith, malgré ses prouesses techniques, Glass de M. Night Shyamalan avec Bruce Willis, alors que le film remplissait son contrat, Ad Astra de James Gray avec Brad Pitt, sans doute trop métaphysique, et The Dead don't die de Jim Jarmusch avec Bill Murray, trop léger. Cette année on a frôlé l'overdose de nouvelles adaptations d'histoires de Stephen King : Doctor Sleep (la suite de Shining), Simetierre (le remake), Ça: chapitre 2 (la suite du remake). Mais King reste une valeur sûre en salles si on en croit le box office des deux derniers.

A noter toutefois que c'est avec le cinéma de genre que l'actrice noire Lupita Nyong'o regagne en popularité depuis son Oscar pour 12 Years a Slave en 2013. Après avoir reçu peu de propositions, elle a su rebondir sur le carton de Black Panther l'année dernière. Cette année, elle était l'héroïne principale de deux films fantastiques, à se battre contre des zombies dans Little monsters (récompensé du Corbeau d'or au BIFFF) et contre son double maléfique dans Us de de Jordan Peele.

Les surprises les plus rafraîchissantes...
Si les gros films, pour généraliser, n'ont pas été cette année à la hauteur des attentes, il y a eu d'autres films plus modestes qui ont été des bonnes surprises (comme chaque année d'ailleurs). Captive State de Rupert Wyat ayant connu un échec aux Etats-Unis est sorti presque inaperçu courant avril tout comme la comédie-phnéomène cultissime Ne coupez pas! du japonais Shin'ichirô Ueda, sortie très discrète aussi de Brightburn: l’enfant du mal de David Yarovesky.

C'est clairement le cinéma nordique qui renouvelle le plus le cinéma de genre, même si il est relativement ignoré, faute d'un manque de diffusion des films : Cutterhead du danois Rasmus Kloster Bro, The Quake du norvégien John Andreas Andersen, The Unthinkable du collectif suedois Crazy Pictures (sorti en dvd), et Border en Suède par le danois Ali Abbasi sorti en salles début janvier 2019 (après une récompense au Festival de Cannes 2018). N'oublions pas le norvégien André Øvredal, qui a réalisé aux Etats-Unis Scary Stories (co-scénarisé par Guillermo Del Toro).

Pour conclure, finissons sur un espoir pour l'année à venir. La nouvelle actrice qui peut prétendre au titre de la 'Screaming Queen' de 2019 est Samara Weaving dans l'attrayant Wedding Nightmare...

Golden Globes 2020: Netflix domine les nominations

Posté par vincy, le 9 décembre 2019

6 nominations pour Marriage Story, 5 pour The Irishman (et 4 pour les séries The Crown et Unbelievable): les Golden Globes ont fait de Netflix le grand gagnant de leurs nominations. Au total, 17 pour le cinéma et 17 pour la télévision, la plateforme cumule 34 citations!!! Parmi cette razzia, soulignons la présence de The Two Popes et de Dolemite is My Name, avec respectivement 4 et 2 nominations.

Once Upon a Time in Hollywood de Quentin Tarantino est le seul autre film capable de rivaliser avec 5 nominations. Sony est d'ailleurs le 2e studio en nombre de nominations (10 dont 8 pour sony Pictures). Le groupe Disney (avec la Fox) a aussi récolté 10 nominations. Joker n'a été cité "que" 4 fois. Côté série, HBO réussit à être à jeu égal avec Chernobyl (4 nominations). Signalons quand même la belle performance de Parasite avec 3 nominations (film étranger, réalisateur, scénario) et celle de Douleur et Gloire (film étranger, acteur dans un drame). Les Misérables et Portrait de la jeune fille en feu sont aussi en lice pour le GG du meilleur film étranger.

Parmi les surprises, les nouveaux films de Clint Eastwood, Greta Gerwig, Sam Mendès et Cats n'ont reçu que une ou deux mentions. Ont été oubliés Robert De Niro dans The Irishman, Adam Sandler (et plus généralement Uncut Gems), Noah Baumbach en réalisateur, et les réalisatrices en général, Lupita Nyong'o et Us, et J'ai perdu mon corps, jusque là favori un peu partout aux Etats-Unis en animation.

Meilleur film - Drame
The Irishman (Netflix)
Marriage Story (Netflix)
1917 (Universal)
Joker (Warner Bros.)
The Two Popes (Netflix)

Meilleur film - Musical ou comédie
Once Upon a Time in Hollywood (Sony)
Jojo Rabbit (Fox Searchlight)
Knives Out (Lionsgate)
Rocketman (Paramount)
Dolemite Is My Name (Netflix)

Meilleur réalisateur
Bong Joon-ho (Parasite)
Sam Mendes (1917)
Todd Phillips (Joker)
Martin Scorsese (The Irishman)
Quentin Tarantino (Once Upon a Time in Hollywood)

Meilleure actrice - Drame
Cynthia Erivo (Harriet)
Scarlett Johansson (Marriage Story)
Saoirse Ronan (Little Women)
Charlize Theron (Bombshell)
Renée Zellweger (Judy)

Meilleure actrice - Musical ou comédie
Awkwafina (The Farewell)
Ana de Armas (Knives Out)
Cate Blanchett (Where’d You Go, Bernadette)
Beanie Feldstein (Booksmart)
Emma Thompson (Late Night)

Meilleur acteur - Drame
Christian Bale (Ford v Ferrari)
Antonio Banderas (Douleur et gloire)
Adam Driver (Marriage Story)
Joaquin Phoenix (Joker)
Jonathan Pryce (The Two Popes)

Meilleur acteur - Musical ou comédie
Daniel Craig (Knives Out)
Roman Griffin Davis (Jojo Rabbit)
Leonardo DiCaprio (Once Upon a Time in Hollywood)
Taron Egerton (Rocketman)
Eddie Murphy (Dolemite Is My Name)

Meilleur second-rôle féminin
Kathy Bates (Richard Jewell)
Annette Bening (The Report)
Laura Dern (Marriage Story)
Jennifer Lopez (Hustlers)
Margot Robbie (Bombshell)

Meilleur second-rôle masculin
Tom Hanks (A Beautiful Day in the Neighborhood)
Anthony Hopkins (The Two Popes)
Al Pacino (The Irishman)
Joe Pesci (The Irishman)
Brad Pitt (Once Upon a Time in Hollywood)

Mailleur film d'animation
La Reindes neiges 1 (Disney)
Dragons 3 (Universal)
Monsieur Link (United Artists Releasing)
Toy Story 4 (Disney)
Le Roi Lion (Disney)

Meilleur film étranger
The Farewell (A24)
Pain and Glory (Sony)
Portrait de la jeune fille en feu (Pyramide Films)
Parasite (CJ Entertainment)
Les Misérables (BAC Films, Amazon)

Meilleur scénario
Noah Baumbach (Marriage Story)
Bong Joon-ho et Han Jin-won (Parasite)
Anthony McCarten (The Two Popes)
Quentin Tarantino (Once Upon a Time in Hollywood)
Steven Zaillian (The Irishman”)

Meilleure musique
Daniel Pemberton (Brooklyn Affairs)
Alexandre Desplat (Little Women)
Hildur Guðnadóttir (Joker)
Thomas Newman (1917)
Randy Newman (Marriage Story)

Meilleure chanson originale
“Beautiful Ghosts” (Cats)
“(I’m Gonna) Love Me Again” (Rocketman)
“Into the Unknown” (La reine des neiges 2)
“Spirit” (Le Roi Lion)
“Stand Up” (Harriet)

Venise 2019 : des films sur le désespoir du monde, portés par des personnages désenchantés

Posté par kristofy, le 8 septembre 2019

Cette 76e édition du Festival de Venise a été brillante du côté de son tapis rouge : Kore-eda Hirokazu, Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Pedro Almodovar, James Gray, Brad Pitt, Liv Tyler, Noah Baumbach, Scarlett Johansson, Jean Dujardin, Emmanuelle Seigner, Louis Garrel, Kristen Stewart, Todd Philipps, Joaquin Phoenix, Costa-Gavras, Pablo Larrain, Vincent Lacoste, Meryl Streep, Gary Oldman, Olivier Assayas, Penelope Cruz, Gael Garcia Bernal, Jude Law, John Malkovich, Spike Lee, Nate Parker, David Michôd, Timothée Chalamet, Lily-Rose Deep, Julie Andrews, Luca Marinelli, Roy Anderson, Atom Egoyan, Tsai Ming-liang, Terry Gilliam, Lou Ye, Gong Li, Chiarra Ferragni, Robert Guédiguian, Andrea Riseborough, Dane Dehaan, Johnny Deep, Mark Rylance, Roger Waters... Venise a été glam-rock cette année.

C'est un panel assez éclectique et pailleté du cinéma actuel qui a fait le voyage. Même Brad Pitt a pris le temps de faire des dizaines de selfies avec ses fans. Deux gros films américains étaient très attendus Ad Astra de James Gray avec Brad Pitt et Joker de Todd Philipps avec Joaquin Phoenix, qui s'est imposé parmi les films en compétition jusqu'à recevoir le Lion d'or, succédant à Roma et La forme de l'eau, tous deux oscarisés quelques mois plus tard.

Le palmarès de la 76e Mostra de Venise

Les 21 films de la compétition internationale ont rythmé le Festival. The Perfect Candidate de Haifaa Al-Mansour (le plus féministe), Marriage Story de Noah Baumbach, Ad Astra de James Gray, Waiting For The Barbarians de Ciro Guerra (le plus politique), The Painted Bird de Vaclav Marhoul ont été appréciés et débattus, mais ignorés au palmarès. Avec le triomphe du Joker de Todd Phillips et de J'accuse de Roman Polanski qui faisaient figure de grands favoris de la presse, le jury présidé par Lucrecia Martel a privilégié des films politiques, l'un réalisé par un réalisateur jusque là connu pour ses comédies, l'autre, vétéran archi-primé depuis 50 ans, au cœur d'une bataille médiatique et polémique.

Poker Face

J'accuse rappelle que Roman Polanski est bien encore et toujours un cinéaste important aux yeux de la profession (il a aussi remporté le Prix Fripresci de la critique internationale). Il aurait même pu recevoir la plus haute récompense si il n'y avait pas eu ce noir et scorsesien Joker. La Warner peut s'ennogueillir d'avoir un film prestigieux de plus à son catalogue, tout en montrant qu'il y a une alternative aux productions Marvel du côté des super-héros. En valorisant un personnage de DC Comics, parmi les plus connus et les plus populaires de la BD américaine, à travers une vision plus dramatique que spectaculaire, le studio américain impose sa propre vision de l'exploitation des comics au cinéma. Venise a-t-il consacré avec facilité un film de super-héros, rois du box-office ? Non. Car justement Joker est presque l'antithèse de l'exubérance des super-héros du moment : c'est avant tout l'histoire d'un homme victime de lui-même... Ce Lion d'or attribué à Joker est une première étape qui valide l'objectif des Oscars. Venise a récompensé par le passé Le Secret de Brokeback Mountain de Ang Lee, La Forme de l'eau de Guillermo del Toro et Roma de Alfonso Cuarón. Ses palmarès ont aussi été annonciateurs de statuettes hollywoodiennes avec des films comme La Favorite de Yorgos Lanthimos, Three Billboards de Martin McDonagh, La La Land de Damien Chazelle...

Durant le Festival il était évident que Joaquin Phoenix, trois fois nommé aux Oscars et jamais gagnant, méritait le prix de meilleur acteur. Déjà primé à Venise en 2012 pour The Master de Paul Thomas Anderson, ainsi qu'à Cannes avec A Beautoful Day en 2017, la Coupe Volpi pouvait lui échapper à une seule condition : un Lion d'or pour le film, qui, règlementairement n'est pas compatible avec un autre prix. Samedi soir, c'est donc Todd Phillips accompagné de Joaquin Phoenix qui étaient ensemble sur scène pour recevoir le trophée.

Pour le Lion d'argent attribué à J'accuse, Roman Polanski a appris la nouvelle sur scène au Festival américain de Deauville. C'est sa compagne et actrice dans J'accuse Emmanuelle Seignier qui a reçu en son nom le Lion d'argent. Il est intéressant de constater que les deux films, puissants chacun dans leur style, reposent sur des "victimes" de la société, d'un système, et même sur un malentendu: le Joker est devenu un méchant par la faute d'une société impitoyable pour les faibles et Dreyfus a été emprisonné à cause d'une élite antisémite. La mise à l'écart des deux personnages, au ban de la société, et l'écrasante domination des décideurs, en font deux films sur l'injustice, sociale ou politique.

Surprises

La liste des prix de Venise intègre aussi les deux films de la compétition proposant un genre différent. Soit le documentaire sur la mafia qui reçoit donc un Prix Spécial du jury et  le film d'animation qui obtient le Prix du scénario. Venise a ainsi ouvert un peu plus le 7e art à ces formes narratives souvent oubliées au moment de la remise des prix. Par ailleurs, aucun des deux films de la plateforme Netflix (Marriage Story de Noah Baumbach et The Laundromat de Steven Soderbergh) n'est au palmarès. C'est regrettable pour le Baumbach, qui devrait malgré tout se retrouver aux Oscars.

Un film en particulier était à la fois espéré et redouté pour une récompense : The Painted bird de Vaclav Marhoul. En noir et blanc, cette œuvre est une succession de divers sévices subis ou vus par un enfant durant la seconde guerre mondiale. Trop long avec ses 169 minutes, jusqu'à faire sortir de la salle plusieurs spectateurs rebutés par ce qui se passaient à l'écran, le film est autant une épreuve à voir qu'un tour de force visuel. Vaclav Marhoul semblait désigné pour le Prix de meilleur réalisateur. A la surprise générale, le jury a préféré un contre-pied total en choisissant l'ex-Lion d'or Roy Andersson avec About Endlessness: une suite de courtes scènettes en plan-fixe, sans autre lien entre elles, que des personnages tristement dépressifs ou perdus. Rien de neuf dans l'univers légèrement misanthrope du cinéaste suédois.

Pour l'interprétation, le jury a choisi, côté masculin, Luca Marinelli que les amateurs de cinéma italiens connaissent déjà avec Riccordi? sorti cet été et qui a été révélé dans La solitude des nombres premiers et Chaque jour que Dieu fait, confirmé dans on l'appelle Jeeg robot et Mauvaise graine. En incarnant le héros de Jack London, Martin Eden, il séduit et démontre que le cinéma italien peut compter sur une nouvelle génération de grands comédiens. Le film italien de Pietro Marcello a reçu de nombreux prix parallèles.

L'étonnante surprise du palmarès était du côté féminin. Nous voilà ravis de voir Ariane Ascaride distinguée par un grand prix international Gloria Mundi de Robert Guédiguian. C'est la douzième actrice française à recevoir la Coupe Volpi vénitienne, la première depuis 2008. Césarisée en 1998 (et trois fois nommée depuis), prix de la meilleure actrice à Rome en 2006, la muse-épouse du réalisateur marseillais réussit à décrocher le prix (sans doute pour récompenser indirectement le film et son réalisateur) avec une œuvre chorale de sept personnages. Mariana Di Girolamo, qui porte presque tout le film Ema de Pablo Larrain, a finalement été boudée. La récompense de la révélation semblait promise à un des membres du casting de Babyteeth de Shannon Murphy: ça a été le cas: plutôt que de primer l'actrice Eliza Scanlen, c'est l'acteur Toby Wallace (dix ans de carrière quand même) qui est reparti avec un trophée.

Des histoires vraies remaniées par la fiction

A côté de la compétition officielle, d'autres films hors-compétition ont été marquants comme Seberg de Benedict Andrews avec Kristen Stewart et Adults in the room de Costa-Gavras, tout comme Irreversible - Inversion Intégrale de Gaspar Noé. Les autres sections de Venise ont elles aussi vibré avec quelques titres forts comme American Skin de Nate ParkerNevia de Nunzia De Stefano, Moffie de Oliver Hermanus, Balloon de Pema Tseden, Madre de Rodrigo Sorogoyen.

Le cinéma français s'en sort très bien cette année. Outre le Grand prix pour Polanski, le prix de la meilleure actrice pour Ascaride, le comédien Sami Bouajila (dans Bik Eneich (Un Fils) de Mehdi M. Barsaoui) a été choisi comme meilleur acteur dans la sélection Orizzonti et, dans la même sélection, le trio Jessica Palud, Philippe Lioret, Diastème repart avec le prix du scénario pour Revenir, d'après le roman de Serge Joncour.

Toutes sections confondues, on observe une importance grandissante de films qui s'inspirent d'une histoire vraie  comme autant de variations de biopics : l'actrice Jean Seberg et ses liens avec Hakim Abdullah Jamal des Black Panthers (Seberg avec Kristen Stewart), le colonel Picquart qui veut innocenter Dreyfus (J'accuse de Roman Polanski), le premier ministre Yánis Varoufákis contre les instances européennes à propos de la dette grecque (Adults in the room de Costa-Gavras), des espions cubains aux États-Unis (Wasp Network de Olivier Assayas), le roi Henry V en guerre contre le royaume de France (The King avec Timothée Chalamet), Corinne Sombrun qui découvre les transes chamaniques en Mongolie (Un monde plus grand avec Cécile De France). On pourra s'amuser de cet accroissement de films avec des personnes existantes ou ayant réellement existé, qui nourrissent des œuvres de fiction. Comme si l'histoire authentique avait son importance pour créer un film dramatique. Le nombre de reconstitutions historiques ou de films zoomant sur un morceau d'Histoire est, à ce titre, imposant dans la compétition. En revanche, la diversité des propositions en matière de narration ou d'audaces formelles, a été plutôt rares.

Ce qui explique sans doute pourquoi le Lion d'or a été remis au Joker : de la pure fiction enrobée dans un style qui rend hommage à un cinéma des seventies presque oublié aujourd'hui. Ironiquement, ce factice Joker de BD est devenu, grâce à Todd Phillips, un individu du nom d'Arthur Fleck, presque réhabilité par le cinéma. Il symbolisait finalement tout ce que le jury a aimé dans cette compétition: une vision désespérée du monde, avec des personnages victimes, névrosés, démissionnaires, désenchantés, que ce soit aujourd'hui ou hier. Venise pouvait afficher de grands et beaux sourires sur son tapis rouge: le cinéma ramenait le spectateur à une réalité en lui tendant un miroir qui révèlait l'horreur de la condition humaine.

Venise 2019: le Lion d’or pour le Joker

Posté par redaction, le 7 septembre 2019

Roman Polanski, Lion d'argent (Grand prix du jury) avec J'accuse, Ariane Ascaride, Coupe Volpi (la douzième pour une actrice française), Sami Bouajila, le trio Jessica Palud, Philippe Lioret, Diastème dans la section Orrizonti: le cinéma français a été honoré à la Mostra de Venise cette année. Mais c'est bien le Joker qui rafle le Lion d'or dans un palmarès éclaté... Même les super-héros peuvent gagner un grand prix prestigieux international, en plus de triompher au box office.

Palmarès Compétition
Lion d'or: Joker de Todd Phillips
Grand prix du jury: J'accuse de Roman Polanski
Meilleur réalisateur: Roy Andersson pour About Endlessness
Meilleure actrice: Ariane Ascaride pour Gloria Mundi de Robert Guédiguian
Meilleur acteur: Luca Marinelli pour Martin Eden de Pietro Marcello
Meilleur scénario: Yonfan pour Ji yuan tai qi hao (No. 7 Cherry Lane)
Prix spécial du jury: La mafia non è più quella di una volta de Franco Maresco
Prix Marcello Mastroianni (espoir): Toby Wallace dans Babyteeth

Palmarès Orrizonti
Meilleur film : Atlantis de Valentyn Vasyanovych
Meilleur réalisateur : Théo Court pour Blanco en Blanco
Prix spécial du jury: Verdict de Raymund Ribay Gutierrez
Meilleure actrice: Marta Nieto dans Madre de Rodrigo Sorogoyen
Meilleur acteur: Sami Bouajila dans Bik Eneich (Un Fils) de Mehdi M. Barsaoui
Meilleur scénario : Jessica Palud, Philippe Lioret, Diastème pour Revenir de Jessica Palud
Meilleur court-métrage: Darling de Saim Sadiq

Prix Luigi De Laurentiis du meilleur premier film (toutes sélections confondues)
You Will Die At 20 de Amjad Abu Alala

Réalité virtuelle
Grand prix du jury: The Key de Céline Tricart
Meilleur contenu interactif: A Linha de Ricardo Laganaro
Meilleure histoire: Daughters of Chibok de Joel Kachi Benson

Venezia Classici
Meilleur film restauré: Extase de Gustav Machatý
Meilleur documentaire sur le cinéma: Parou de Barbára Paz

Venice Days
Prix du public: Un divan à Tunis de Manele Labidi
Label Europa Cinemas: Boze Cialo de Jan Komasa
Prix Edipo Re Inclusion: Boze Cialo de Jan Komasa
Prix Venice Different Smile: My Brother Chases Dinosaurs de Stefano Cipani

Venise 2019 : Joker, J’accuse et Marriage Story favoris de la presse

Posté par kristofy, le 7 septembre 2019

Ce 76e Festival de Venise se dirige vers sa clôture avec en point de mire la traditionnelle "cerimonia di premiazione" soit l’annonce du palmarès et du Lion d’or qui succèdera à deux films mexicains, La forme de l'eau en 2017 et Roma en 2018. Les membres du jury présidé par Lucrécia Martel vont devoir défendre leurs films préférés et convaincre les autres, car aucun titre n’est favori pour l'unanimité.

La compétition était riche de 21 films dont un film d’animation, un documentaire, deux longs réalisés par une femme et deux films diffusés uniquement sur Netflix.

On y a vu un mélange de grands noms connus  (Hirokazu Kore-eda, James Gray, Noah Baumbach, Roman Polanski, Pablo Larrain, Todd Philipps, Olivier Assayas, Steven Soderberg, Roy Anderson, Atom Egoyan, Lou Ye, Ciro Guerra...)  et de talents émergeants. Certains films sont handicapés par une durée beaucoup trop longue qui n’était pas assez justifiée par leur histoire comme l’animation No 7 Cherry Lane de Yonfan (125 minutes), A herdade (Le Domaine) de Tiago Guedes (164 minutes), The painted bird de Vaclav Marhoul (169 minutes)… Surtout il va falloir départager un grand nombre de films reconstituant l'Histoire (la seconde guerre mondiale reste inspirante pour les cinéastes).

Chaque jour, à la Mostra, comme à Cannes et à Berlin, une publication fait état d’un tableau des étoiles qui synthétise une moyenne de notes par un panel de la presse italienne et internationale,  avec une notation sur 5.

Pour les journalistes italiens seuls deux films ont été très largement appréciés avec un 4/5: Joker de Todd Philipps et J’accuse de Roman Polanski. Marriage Story de Noah Baumbach suit de près avec 3,5/5.

Pour la presse internationale Marriage Story de Noah Baumbach a séduit aussi avec un 4/5, devançant J’accuse (3,7/5) et Joker (3,4/5). Il en ressort que Wasp Network de Olivier Assayas a été plutôt froidement accueilli (injustement ?) avec une note parmi les plus basses, et que Ad Astra de James Gray ne fait pas consensus (3,3/5 pour l’international, 2,7/5 pour les italiens).

De manière générale seul un tiers des films présenté en compétition ont une note moyenne tirée vers le haut, le tout restant assez disparate. Tout le monde s’accorde pour trouver Joker très réussi (et c’est le cas), et pour apprécier J’accuse sans tenir compte du passé judiciaire de Polanski (et c’est tant mieux). Toutefois tout ceci n’est pas vraiment un indicateur: le palmarès est très ouvert et il y aura donc des surprises, surtout avec un jury aussi éclectique et technique: Lucrétia Martel, cinéaste argentine plutôt radicale, Piers Handling (critique et historien canadien), Mary Harron (réalisatrice), Stacy Martin (actrice franco-britannique), Rodrigo Prieto (directeur de la photographie mexicain), Shinya Tsukamoto (réalisateur japonais), et Paolo Virzi (réalisateur italien).

Quelques films séduisent par leur forme, d’autres plutôt par la portée politique de leur histoire. Et puis il y a ceux qui marquent pour les personnages, leur incarnation et donc les acteurs qui les interprètent. Pour les prix d’interprétation, il y a des noms qui se détachent de manière assez évidente : Mariana Di Girolamo dans Ema de Pablo Larrain, Eliza Scanlen et Toby Wallace dans Babyteeth de Shannon Murphy, Mark Rylance dans Waiting for the Barbarians de Ciro Guerra et évidemment Joaquin Phoenix dans Joker et Catherine Deneuve dans La vérité, tous deux chouchous de la critique anglo-saxonne.

Joker de Todd Philipps est bel et bien un des grands favoris, et il est aussi probable que le palmarès va compter avec La vérité de Hirokazu Kore-eda,  The Painted bird de Vaclav Marhoul, Martin Eden de Pietro Marcello, et The Perfect candidate de Haifaa Al-Mansour dans cette édition ouverte, mais décevante. Car, pour la plus haute récompense, le Lion d’or, bien malin celui qui devinera le vainqueur.

Venise 2019 : Joker, de Todd Phillips, avec Joaquin Phoenix

Posté par kristofy, le 1 septembre 2019

Qui est le Joker ? Ce personnage de bande-dessinée Batman est d'abord apparu en 1940, avec un visage et des couleurs de costume qui sont souvent restées dans les films. Les diverses adaptations de l'univers du milliardaire qui se prend pour une chauve-souris au cinéma en ont fait un méchant particulièrement iconique : visage de clown blanc avec un inquiétant et trop large sourire rouge, parfois des cheveux verts, et un costume flamboyant. Après Cesar Romero dans le Batman de 1966 (oublié), c'est cet ennemi qui est choisi pour faire face au héros dans sa résurrection cinématographique, le Batman de Tim Burton en 1989 (qui a d'ailleurs relancé la production de films de super-héros jusqu'à la cadence industrielle que l'on connait aujourd'hui). Le Joker a donc été un gangster défiguré par de l'acide avec un excessif Jack Nicholson. Puis il est devenu un habile voleur de banque avec Heath Ledger en 2008 (The Dark Knight de Christopher Nolan), dont la subtilité et le génie formaient une combinaison parfaite. Il y eut ensuite l'outrance de Jared Leto dans Suicide Squad de David Ayer (symptomatique de la regrettable tendance au cross-over avec différents personnages en même temps). On pourrait ajouter le personnage Lego dans les films d'animation. C'est le méchant idéal qu'on adore.

Aucun de ces films n'ont fait du Joker le héros principal. Un tel personnage iconique méritait probablement d'avoir un film qui lui soit uniquement consacré. C'est ce que propose ce nouveau film de Todd Philipps, cinéaste habituellement porté sur la comédie : une nouvelle histoire du Joker, comme vous ne l'avez encore jamais vu... Un "Very Bad trip" noir et anxiogène.

Le pitch: Le film, qui relate une histoire originale inédite sur grand écran, se focalise sur la figure emblématique du Joker. Il brosse le portrait d’Arthur Fleck, un homme méprisé par la société...

Dans Joker, il ne sera jamais question de Batman, qui n'existe pas encore. L'histoire semble se dérouler dans un New-York des années 70, assez familier: celui de Taxi Driver, dont les similitudes sont frappantes. Un homme habillé en clown tient une pancarte publicitaire sur un trottoir pour que des passants entrent dans une boutique de la rue. C’est un job plutôt nul, surtout quand il se fait rouer de coups par des jeunes lui ayant piqué sa pancarte. C'est ça la vie d'Arthur Fleck : se déguiser en clown pour quelques dollars, il vit avec sa mère malade dans un petit appartement ; parfois, il rigole tout seul en écrivant des trucs bizarres dans un cahier ; il s'imagine devenir comédien de stand-up à raconter des blagues mais il est seul et sans ami...

Dès ses premières images, le film scrute le visage de Arthur Fleck devant un miroir en train de se maquiller. On voit cet homme comme quelqu'un de fragile qui se donne une autre image de lui même. Il dissimule son étrangeté derrière une autre apparence. On découvrira qu'il est est marqué par le mantra de sa mère 'put on a happy face': il faut se montrer joyeux même si c’est avec un sourire de façade... Arthur Fleck va souvent voir une psychologue même si elle ne l’écoute pas vraiment. Cela lui sert pour avoir ses médicaments. Arthur est un homme dépressif depuis longtemps. Sa vie comme cette ville ne peuvent que (le) déprimer. La seule chose distrayante, c’est une émission de télévision avec un animateur dont il est fan: il s’imagine bien y être invité un jour, même si personne ne le trouve drôle. Un bien sombre tableau où l’on découvre au fur et à mesure plusieurs aspects de la personnalité de cet Arthur Fleck, toujours inquiet et instable en gardant son désespoir et sa colère en lui, tant qu’il peut... Trois hommes imbéciles avec leurs costumes de banquier vont provoquer une nouvelle humiliation qui va faire basculer Arthur Fleck avec son allure de clown dans un geste particulièrement violent. Le fait-divers fait la une des journaux et de la télévision on réprouve cet acte d’un mystérieux clown. Arthur Fleck commence alors à basculer de plus en plus vers son alter-ego de Joker… Comme une révolte "Anonymous" à l'humiliation de la finance sur le peuple. Joker est un gilet jaune à sa manière.

L'ombre de Scorsese et de Rousseau

La seule concession du film à l’univers des comics c'est Gotham, le nom de sa métropole,un hôpital du nom de Arkham, et un riche Thomas Wayne qui se présente aux élections de la mairie. Joker n’incorpore aucun élément qui relève d’un univers extravagant de super-héros. Au contraire il s’attache à montrer au plus juste une ville en crise un peu comme l’ambiance de Taxi Driver (avec Robert De Niro, ici en animateur de télé qui rappelle un autre film de Scorsese, La valse des Pantins).

La puissance de Joker est justement d’ancrer son récit dans la réalité, dans une réalité proche d’ailleurs de celle que l’on connait encore aujourd’hui dans les périphéries de New-York : beaucoup de pauvreté, un peu de violence, des coupes de budget dans les services publics, les mouvements de protestation des 99%... C’est là que réside l’impact du film: il n’a rien d’une histoire pour adolescents puisqu'il s’agit bien d’un parcours de vie proprement dramatique, une spirale infernale vers la psychose. C'est du Rousseau: "Qu’il sache que l’homme est naturellement bon, qu’il le sente, qu’il juge de son prochain par lui-même ; mais qu’il voie comment la société déprave et pervertit les hommes ; qu’il trouve dans leurs préjugés la source de tous leurs vices ; qu’il soit porté à estimer chaque individu, mais qu’il méprise la multitude ; qu’il voie que tous les hommes portent à peu près le même masque, mais qu’il sache aussi qu’il y a des visages plus beaux que le masque qui les couvre."

Arthur Fleck a un passé tragique, il va faire de son présent une farce macabre en devenant le Joker. Joaquin Phoenix utilise son corps avec une démarche tantôt claudicante ou dansante selon la tristesse ou la frénésie du moment, et surtout son visage et ses yeux qui traduisent, en plus de ses dialogues, un langage décryptant sa folie. L'acteur a confessé à Venise vouloir interpréter un personnage "indéfinissable". C'est prodigieusement réussi. Avec Joker Joaquin Phoenix a probablement déjà son siège réservé pour une prochaine nomination à un Oscar…

Joker est prévu le 9 octobre dans les salles françaises.