Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Jojo Rabbit


USA / 2019

29.01.2020
 



RIRE ET TERREUR





«- C’est le moment de brûler des livres ! »

Taika Waititi chez les Nazis. Plutôt du côté de Mel Brooks, Charlie Chaplin et de Roberto Benigni sur la tonalité : une satire sympathique ou une fable caustique, selon l’humour de chacun. Car ici l’humour est noir, parfois outrancier, dans un décor de carte postale d’Europe centrale (à la Wes Anderson).

Certains s’offusqueront : comment peut-on rire de ces atrocités et même d’Hitler, devenu ici super-héros d’un gamin qui veut absolument devenir le petit nazi modèle? Certains trouveront l’exercice (de style) limité : tout cela est bien naïf, voire un peu didactique, avec ce même gamin qui va sauver son Anne Frank. Et puis il y a ce nazi gay et doté d’une conscience, preuve que tous n’étaient pas des ordures.

On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui. Jojo Rabbit divise forcément ceux qui y voient une farce et les autres qui trouveront ça déplacé. Pourtant, dans la veine des Producteurs et de To be or not to be, du Dictateur et de La vita è bella, ce drôle de Jojo réjouit. Dans une époque où la parole est de plus en plus surveillée, le politiquement correct tyrannique, cela fait du bien de voir une proposition stylistique et scénaristique qui sort un peu des sentiers battus.

D’autant qu’on sent Taika Waititi inspiré en se moquant d’Hitler, coach ridicule, en caricaturant la Gestapo, en délirant sur les jeunesses hitlériennes, sortes de scouts sans neurones. En usant aussi d’une musique anachronique (les Beatles et Bowie), en faisant d’Adolf H. une rock star qu’on affiche dans sa chambre, le cinéaste s’amuse à parodier l’horreur. S’il convainc moins à montrer l’absurdité de la guerre et l’idéologie épouvantable du IIIe Reich, il touche juste dès qu’il s’agit de combattre l’antisémitisme. Ça fourmille de petits détails et de belles idées.

Farce pas trop féroce

Pour cela il s’appuie sur un duo de jeune gens, un pré-ado aveuglé par le dogme hitlérien et une jeune fille juive, planquée dans sa maison. Quelques adultes, secondaires gravitent : la mère, résistante et protectrice, désespérée face au fanatisme de son fils (Scarlett Johansson, irréprochable) est la seule à être calme dans ce monde de fous. Ce qui n’est pas le cas du capitaine nazi, queer et bienveillant (Sam Rockwell, s’amusant comme un petit fou), de la nazie furieuse et belliqueuse (Rebel Wilson, jouissive), ou même du Führer (Taika Waititi lui-même)… Tous excellent dans leur personnage stéréotypé, dans leurs scènes loufoques comme celles plus tendues, voire dramatiques.

Car ce qui séduit dans Jojo Rabbit c’est bien cette variété de tons et de rythme dans le récit. En jouant avec les codes de différents genres – de la comédie à l’horreur, du mélo au suspens – le cinéaste zyeute davantage du côté de 1941 de Steven Spielberg. Si bien que ce divertissement pas vraiment léger sur le fond, se teinte progressivement d’une couleur mélancolique, à l’image de notre jeune héros qui perd son innocence et commence à comprendre l’enfer dans lequel on l’a plongé. Affrontant la terreur, il devient un lapin dans une chasse à cour, affolé, effrayé, cherchant un terreau où se cacher. C’est d’ailleurs la beauté et l’amitié d’une Alice merveilleuse qui vont le sauver.

La carte postale pastel se mue alors en cité dévastée. L’amour maternel a disparu. Les rires même grinçant se sont crispés. Ici, aucun inglorious basterds pour rendre l’histoire plus belle. Mais au moins, Waititi a signé un film singulier et touchant, presque sentimental. Et malheureusement toujours utile quand on constate la montée des actes antisémites en Occident et la progression de l’ignorance de la Shoah.
 
vincy

 
 
 
 

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