3 raisons d’aller voir Une famille syrienne

Posté par wyzman, le 7 septembre 2017

Huit ans après Le Jour où Dieu est parti en voyage, le chef-op Philippe Van Leeuw repasse derrière la caméra. Pendant 1h26, il nous présente dans un huis-clos suffocant le quotidien d'une famille devenue atypique, confirmant la bonne forme du cinéma belge. Le film a reçu le Prix du public et le Prix Label Europa Cinémas à Berlin, où il était dans la sélection Panorama. A Angoulême, Une famille Syrienne est reparti avec le Valois de la mise en scène, le Valois du public et le Valois de la meilleure actrice pour Hiam Abbbass et Diamand Abou Abboud.

1. La guerre est invisible mais omniprésente. Dans la Syrie en guerre, une mère, ses enfants et leur grand-père tiennent bon, cachés dans leur appartement. Par solidarité, ils accueillent un couple et leur nouveau-né et tentent de garder espoir. Voilà pour le pitch. Si le film frappe c'est parce qu'avec précision, Philippe Van Leeuw montre la lourdeur d'un conflit. Les personnages attendent, tentent de se contenir et de se soutenir durant cette page de l'histoire qui dure. Intelligemment, le réalisateur belge laisse les soldats et les milices de l'autre côté de la porte, pour nous faire ressentir une promiscuité touchante et terrible à la fois.

2. Le scénario est en béton. On ne le dira jamais assez mais sans un bon scénario, un film ne peut pas être bon. Et avec Une famille syrienne, on frôle la perfection. En effet, si le synopsis du film peut faire redouter un projet dramatique et particulièrement difficile à regarder, il n'en est rien. Une famille syrienne est un drame qui s'intéresse frontalement et honnêtement au calvaire de ceux qui refusent ou ne peuvent pas fuir plutôt qu'aux tenants et aboutissants d'un conflit qui dure depuis maintenant 6 ans. Les dialogues sont justes et les rebondissements bien placés en plus d'être presque toujours imprévisibles.

3. La pédagogie d'Une famille syrienne réconforte. Très réaliste, le second long-métrage du Belge profite d'un véritable créneau : rares sont les films de fiction et européens qui traitent de ceux qui vivent au quotidien la guerre en Syrie. En ne montrant qu'à de petits moments ce qu'est l'enfer de la guerre et en se focalisant sur les épreuves que subissent les civils, Philippe Van Leeuw propose une œuvre didactique et prenante. Happé par cette histoire qu'il finit par s'approprier, le spectateur attend un rebondissement, un signe annonçant une quelconque résolution. Une famille syrienne ne fait jamais dans le larmoyant mais tire son épingle du jeu  par l'efficacité de l'ensemble. Une belle réussite.

Bilan 2016: Grosse fatigue du cinéma français à l’export

Posté par vincy, le 15 janvier 2017

Ce fut une très belle année pour la fréquentation des salles en France. A l'inverse, 2016 a été désastreuse pour le cinéma français dans le monde. Seulement 34 millions de spectateurs sont venus voir des films français à l'étranger (soit 230 millions d'euros de recettes, et donc une chute de 62% des revenus). On est très loin des 111 millions d'entrées à l'international en 2015 ou des 120 millions en 2014, deux années où le nombre d'entrées à l'étranger était supérieur à celui des spectateurs en France pour des films français.

Le phénomène est global, touchant tous les genres et tous les pays. Du jamais vu depuis plus de dix ans. En effet, c'est la première fois que l'on passe sous le cap des 50 millions d'entrées depuis 2007.

Il faut dire que 2016 a souffert de l'absence d'une comédie porteuse comme Intouchables ou de productions anglophones d'Europacorp comme Taken ou Le Transporteur (2017 devrait ainsi être largement meilleure grâce à Valérian de Luc Besson). Mais ceci n'explique pas tout.

Car en 2016, les films en langue française n'ont séduit que 22 millions de spectateurs dans le monde: c'est une chute de 52% par rapport à 2015. Par voie de conséquence, Unifrance, qui publie les chiffres, constate que "Les 5 plus grands succès français de l’année 2016 ne représentent que 28,3% des entrées globales du cinéma français dans les salles étrangères, contre 70,5% en 2015. Autre conséquence notable, les films en langue française réalisent 22 millions d’entrées en 2016, soit près de 64% des entrées totales sur la période, une proportion record depuis plus de 15 ans, bien supérieure à la moyenne de 43,6% constatée sur les 10 dernières années."

On s'interroge cependant: sans Le Petit Prince, déjà un beau carton en 2015, qu'est-ce-que ça aurait été? "Après une année 2015 exceptionnelle à plus de 15 millions d’entrées, [il] continue de rayonner hors de nos frontières pour sa 2e année d’exploitation. Avec plus de 3 millions de spectateurs supplémentaires rassemblés sur une quarantaine de territoires, il devient le plus grand succès de l’année 2016 pour une production franc?aise et le film d’animation le plus vu à l’international."

Derrière Le Petit Prince et ses 92M€ de recettes cumulées, on retrouve un modeste succès d'EuropaCorp, Oppression de Farren Blackburn (1,8 million d'entrées, dont près de la moitié en Amérique du nord), puis Le goût des merveilles d'Éric Besnard (900000, essentiellement en Allemagne où il fait deux fois mieux qu'en France), Les nouvelles aventures d'Aladin d'Arthur Benzaquen (800000, dont les trois quarts en Chine), Un homme à la hauteur de Laurent Tirard (700000, qui a bien fonctionné en Pologne et en Russie), Les saisons de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud (700000 grâce au Japon), Mustang de Deniz Gamze Ergüven (700000), L'étudiante et Monsieur Henri d'Ivan Calbérac (600000), Chocolat de Roschdy Zem (600000) et Elle de Paul Verhoeven (500000), qui n'a largement pas terminé sa carrière internationale. Médecin de campagne, 11e, approche des 500000 entrées et des films comme Les innocentes et L'avenir ont dépassé les 400000 entrées. En revanche, de Radin! avec Dany Boon aux Visiteurs 3 en passant par L'odyssée et Cézanne et moi, les flops ont été nombreux, ne réalisant pas les scores attendus dans des marchés captifs (Belgique et Suisse pour les comédies, Royaume Uni et USA pour les biopics).

Unifrance constate aussi le retour du leadership de l'Europe occidentale comme marché principal, repassant devant l'Amérique du nord, de très loin. Aux Etats-Unis et au Canada anglophone (-61%), seuls Elle et Les innocentes ont dépassé le million de dollars de recettes. Mais ce territoire reste le plus important pour l'export français.
L'Asie s'affiche aussi en baisse, notamment en Chine où le recul est de 93%! Les Saisons a été le film le plus vu au Japon, 2e marché de la zone, avec 421 000 entrées.
En Espagne, ça chute de 46%, en Allemagne (où la fréquentation globale est en fort recul), de 30%, en Italie (2e marché après les USA, sauvé grâce au Petit Prince), de 15% et en Belgique et Luxembourg de 13%, pour ne prendre que les cinq plus gros marchés.
Au Québec on enregistre 676 000 entrées pour le cinéma français (11% de parts de marché), grâce notamment aux 86 000 entrées du Petit Prince, mais aussi aux très jolis scores de Demain et de La Vache, qui viennent compléter le podium.

Les cinémas d’Utopolis et d’EuropaCorp changent de propriétaires

Posté par vincy, le 5 octobre 2016

Kinepolis a finalement pu reprendre neuf cinémas du groupe Utopolis en cédant quatre multiplexes belges à UGC (Aarschot, Lommel, Malines et Turnhout ) pour satisfaire l'autorité de la concurrence. Kinepolis a ainsi racheté cinq multiplexes aux Pays-Bas (Almere, Den Helder, Oss, Zoetermeer, Emmen), trois au Luxembourg (Luxembourg et Esch-sur-Alzette) et un en France, à Longwy. Kinepolis se renforce ainsi dans le Benelux et dans une moindre mesure dans l'Est de la France. Avec ce rachat, le groupe possède 47 complexes, dont 14 aux Pays-Bas, 12 en Belgique et 10 en France. L'acquisition d'Utopolis lui permet d'ajouter une cinquantaine de salles à son réseau. Pour UGC c'est aussi une bonne opération. Avec trois cinémas dans le pays (deux à Bruxelles, un à Anvers), le réseau était un peu sous dimensionné face à ... Kinepolis. UGC dispose donc désormais 7 multiplexes en Belgique.

Autre bouleversement dans l'exploitation, celui des cinémas d'EuropaCorp, la société de Luc Besson, qui va céder au réseau Gaumont-Pathé son multiplexe d'Aéroville près de l'aéroport Charles-de-Gaulles en région parisienne ainsi que son projet à La Joliette à Marseille. Ouvert en 2013, le complexe d'Aéroville se voulait novateur dans un centre commercial ambitieux (et le 3e en france par sa superficie). EuropaCorp souhaite depuis quelques temps se concentrer sur ses métiers de base (production, distribution). Avec 2500 places dans 12 salles (dont deux salles lounge avec bar privatif, deux avec son immersif, etc..), le complexe avait séduit un large public. La fréquentation est en hausse avec 700000 entrées en 2015 contre 500000 en 2014.

Pour les cinémas Gaumont-Pathé ce sera le premier complexe dans le nord de Paris (et le premier dans le département du Val d'Oise). Sa seule vraie concurrence est l'UGC Cine Cite O'Parinor dans le centre-commercial d'Aulnay-sous-bois. Le projet de Marseille, dans la zone Euroméditerranée, pas loin du Mucem, complètera l'offre du groupe déjà situé à Plan de Campagne, sur la route d'Aix-en-Provence, et dans le 4e arrondissement de la ville.

Le transmedia va se doter d’un institut

Posté par vincy, le 26 août 2016

Quelques années que le transmédia émerge. Tout comme la Réalité virtuelle, ce sera sans doute l'une des grosses révolutions à venir dans la narration ludique. La ville de Charleroi en Belgique va se doter d'un Institut transmédia, le R/O Institute, partenariat public-privé entre la société Média-Participations (plus gros éditeur de BD franco-belge avec Dargaud, Le Lombard et Dupuis et producteur de séries animées déclinées de son catalogue), la région wallone et des boîtes de prod audiovisuelles et multimédias.

L'Institut, qui sera situé dans un bâtiment relifté sur les quais, accueillera ses premiers projets au début 2017. Il s'agira de développer des contenus dans un domaine qui en manque cruellement. Les lunettes pour la Réalité Virtuelle sont performantes, mais il y a peu de projets pour les rendre utiles. Du scénario au marketing, du graphismes aux outils techniques, l'Institut veut offrir un espace où les créateurs peuvent se libérer des contraintes.

Un premier appel à projets avait été lancé à Cannes. Une première salve de 40 dossiers devraient être retenus avant qu'une dizaine d'entre eux soient sélectionnés pour la première session, dans un environnement où le plus gros défi est juridique (droit d'auteur, propriété intellectuelle).

Derrière ces bonnes intentions, le R/O Institute et le R/O Lab ont aussi vocation à développer des projets dérivés des héros de la BD franco-belge afin d'en faire des héros "transmédia".

Le dernier film des frères Dardenne raccourci de sept minutes

Posté par vincy, le 28 juin 2016

La fille inconnue ouvrira le 31e Festival international du film francophone de Namur qui se déroulera du 30 septembre au 6 octobre. Le film des frères Dardenne, en compétition au dernier Festival de Cannes, est la 11e production belge a recevoir cet honneur depuis 2004.

Le festival annonce cependant que le film sera présenté dans "une nouvelle version", a priori raccourcie de "sept minutes" selon Le Film français.

Les frères Dardenne font partie des grands habitués du FIFF. Après tout leur ville de Liège est à moins de trois quart d'heure de voiture de Namur. En 1988, ils y présentaient déjà leur court métrage Il court…il court le monde. Ils sont de retour à Namur en 1992 avec leur long métrage Je pense à vous qui récolte le Prix du Public. En 1996, La Promesse remporte le Bayard d’Or du meilleur film, le Bayard d’Or du meilleur comédien pour Olivier Gourmet et le Prix du Public. Et quatre ans plus tard, à l’occasion des 15 ans du FIFF, le film remporte le Bayard des Bayards.

En 2002, le festival présente Le Fils. L’année suivante, les frères Dardenne reviennent à Namur en tant que producteurs de trois films : Stormy Weather de la regrettée Solveig Anspach, Le Soleil assassiné de Abdelkrim Bahloul et Le Monde vivant d’Eugène Green. Lors des 30 ans du FIFF, le documentaire que leur consacrent Luc Jabon et Alain Marcoen, L’âge de raison, le cinéma des frères Dardenne, est présenté à Namur, ainsi que leur précédent film Deux jours, une nuit.

Namur prévoit un programme chargé de 150 films venus de 80 pays ou provinces francophones. Exceptionnellement, la manifestation "se clôturera exceptionnellement le jeudi 6 octobre au lieu du "traditionnel" vendredi, en raison de la grève nationale annoncée le 7 octobre prochain."

Ecrans noirs à Bruxelles

Posté par vincy, le 22 mars 2016

Avec au moins 30 morts, le double attentat suicide revendiqué par l'EI qui a visé l'aéroport de Bruxelles et une station de métro dans le centre ville est l'un des plus importants survenus en Europe ces dernières années. Comme pour les attentats de Paris le 13 novembre dernier, la capitale belge s'est placé dans un état d'urgence, à un niveau d'alerte 4 selon la nomenclature du pays.

Les conséquences sont à peu près les mêmes : commerces fermés ou vides, transports bloqués, événements culturels annulés. Les cinémas ont suivi. Le multiplexe Kinepolis de Bruxelles baissé le rideau pour la journée, tout comme les deux complexes UGC. Les cinémas Galeries et Aventure ont aussi décidé de ne pas ouvrir malgré le festival du film documentaire Millenium qui s'y tient cette semaine.

Le BIFFF - Festival international du Film Fantastique de Bruxelles - qui doit se lancer la semaine prochaine n'a pas encore communiqué ses intentions. Tout comme les salles de cinéma bruxelloises, il faudra attendre les décisions de sécurité prises au niveau national et local pour savoir si ces mesures sont maintenues dans les jours qui suivent.

Les prix Magritte sacrent Le tout nouveau testament

Posté par vincy, le 8 février 2016

Le tout nouveau testament de Jaco Van Dormael n'a pas fait de quartier. Certes, il faisait la course en tête avec dix nominations. Les Magritte du cinéma, les César belges, lui ont décerné quatre trophées: meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario et meilleure musique. Dieu est décidément partout. Jaco Van Dormael continue sa moisson dorée au fil des films. Le cinéaste avait déjà remporté tout au long de sa carrière une Caméra d'or à Cannes, plusieurs Prix Jsoeph Plateau (qui n'existe plus), un César du meilleur film étranger, un prix du public aux European Film Awards, et déjà trois Magritte (film, réalisateur, scénario pour Mr. Nobody en 2011, date de la création du prix).

Présidée par Marie Gillain, la cérémonie a aussi récompensé un peu tout le monde: Tous les chats sont gris (meilleur premier film, meilleur second rôle féminin pour Anne Coesens), D'Ardennen (meilleur film flamand), La famille bélier (meilleur film étranger en coproduction), Un début prometteur (Veerle Baetens, meilleur actrice), Je suis mort mais j'ai des amis (Wim Willaert, meilleur acteur), L'enquête (Laurent Capelluto, meilleur second rôle masculin), Melody (meilleur espoir féminin pour Lucie Debay), Être (meilleur espoir masculin pour Benjamin Ramon), Alleluia (meilleure image, meilleur son, meilleurs décors, meilleur montage), La dame dans l'auto (meilleurs costumes), L'homme qui répare les femmes (meilleur documentaire).

On notera que ce sont deux acteurs flamands qui ont remporté les prix d'interprétation alors que la plupart des films distingués sont francophones. Alleluia est reparti avec 4 prix sur 8 nominations mais Préjudice, nommé 6 fois a fini bredouille.

Enfin, Vincent Lindon a été honoré, succédant à Pierre Richard, Emir Kusturica, Costa-Gavras et Nathalie Baye.

Prix Magritte 2016 : 10 nominations pour « Le tout nouveau testament » de Jaco van Dormael

Posté par kristofy, le 15 janvier 2016

Avant les César en France, la 6ème cérémonie des Magritte du cinéma se déroulera à Bruxelles le 6 février : c’est le rendez-vous des récompenses pour les films belges francophones. Cette année la soirée se déroulera sous la présidence de Marie Gillain.

L’ensemble des nominations  en catégories artistiques et techniques distinguent déjà 6 favoris :
- 4 nominations pour Melody de Bernard Bellefroid (avec Lucie Debay, aussi dans la liste des révélations pour un César, sorti en France le 6 mai)
- 6 nominations pour Préjudice d’Antoine Cuypers (avec Nathalie Baye, sortie en France à venir ce 3 février)
- 7 nominations pour Je suis mort mais j’ai des amis de Stéphane et Guillaume Malandrin (avec Bouli Lanners et Wim Willaert, sorti en France le 22 juillet)
- 8 nominations pour Alleluia de Fabrice Du Welz (une petite bizarrerie calendaire après avoir été découvert à La Quinzaine des Réalisateurs de Cannes en 2014, sorti en France en novembre 2014),
- 9 nominations Tous les chats sont gris de Savina Dellicour (avec le duo Bouli Lanners et Anne Coesens)
- 10 nominations Le tout nouveau testament de Jaco van Dormael (à La Quinzaine des Réalisateurs de Cannes 2015, sorti en France le 2 septembre). Le film est aussi le plus gros succès belge en France avec plus de 800000 entrées.

Lors de l'édition 2011, Jaco van Dormael avec reçu la plupart des Magritte pour son Mr. Nobody (meilleur film, réalisateur, scénario, image, montage, musique), mais cette année il devra partager quelques statuettes avec d'autres... Pour mémoire, les années suivantes les meilleurs films/réalisateurs ont été en 2012 Les géants de Bouli Lanners (film, réalisateur, second rôle féminin, image, musique); en 2013 A perdre la raison de Joachim Lafosse (film, réalisateur, actrice); en 2014 c'était le film animé Ernest et Célestine de Stéphane Aubier, Vincent Patar et Benjamin Renner (film, réalisateur); et l'année dernière Deux jours, une nuit de Jean-Pierre et Luc Dardenne (film, réalisateur, actrice, acteur).

Pour ce qui est de la catégorie meilleure actrice, les nominées figurent à l’affiche d’œuvres qui curieusement ne sont pas en catégorie meilleur film : Annie Cordy pour son rôle dans Les souvenirs, Veerle Baetens dans Un début prometteur, Yolande Moreau pour Le voyage en Chine (qui est aussi dans la catégorie second rôle pour Le tout nouveau testament), et Christelle Cornil pour Jacques a vu. Pour le meilleur acteur on retrouve Jérémie Renier pour Ni le ciel ni la terre, François Damiens pour La famille Bélier, Bouli Lanners pour Tous les chats sont gris et Wim Willaert pour Je suis mort mais j’ai des amis. On note que Benoît Poelvoorde est paradoxalement oublié...

Voici les principales catégories et leurs nominations :

Meilleur film : Je suis mort mais j'ai des amis de Guillaume Malandrin & Stéphane Malandrin, Le tout nouveau testament de Jaco Van Dormael, Melody de Bernard Bellefroid, Préjudice de Antoine Cuypers, Tous les chats sont gris de Savina Dellicour
Meilleur premier film : L'année prochaine de Vania Leturcq, Préjudice de Antoine Cuypers, Tous les chats sont gris de Savina Dellicour
Meilleur réalisateur : Fabrice Du Welz (Alleluia),  Jaco Van Dormael (Le tout nouveau testament), Bernard Bellefroid (Melody), Savina Dellicour (Tous les chats sont gris)

Meilleur film étranger en coproduction :
La famille Bélier de Eric Lartigau, Le chant de la mer de Tomm Moore, Marguerite de Xavier Giannoli, Ni le ciel ni la terre de Clément Cogitore
Meilleur film flamand: Brabançonne de Vincent Bal, Cafard de Jan Bultheel, D'Ardennen de Robin Pront, Waste Land de Pieter Van Hees
Meilleur scénario original ou adaptation : Alleluia, Je suis mort mais j'ai des amis, Le tout nouveau testament, Préjudice

Meilleure actrice : Christelle Cornil, Yolande Moreau, Annie Cordy, Veerle Baetens
Meilleur acteur : Wim Willaert, François Damiens, Jérémie Renier, Bouli Lanners
Meilleure actrice dans un second rôle : Helena Noguerra, Yolande Moreau,  Anne Coesens, Babetida Sadjo
Meilleur acteur dans un second rôle : Marc Zinga, Laurent Capelluto, David Murgia, Arno Hintjens
Meilleur espoir féminin : Stéphanie Van Vyve, Pili Groyne, Lucie Debay, Manon Capelle
Meilleur espoir masculin : David Thielemans, Benjamin Ramon, Romain Gelin, Arthur Bols

Meilleure image: Alleluia, Le tout nouveau testament, Préjudice : Frédéric Noirhomme
Meilleur son: Alleluia, Je suis mort mais j'ai des amis, Le tout nouveau testament
Meilleurs décors: Alleluia, Je suis mort mais j'ai des amis, Tous les chats sont gris
Meilleurs costumes: Je suis mort mais j'ai des amis, La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil, Tous les chats sont gris
Meilleure musique: Alleluia, Le tout nouveau testament, Melody
Meilleur montage: Alleluia, Je suis mort mais j'ai des amis, Tous les chats sont gris
Meilleur documentaire: Bureau de chômage de Anne Schitz et Charlotte Grégoire, I don't belong anywhere - Le cinéma de Chantal Akerman de Marianne Lambert, L'himme qui répare les femmes de Thierry Michel, La nef des fous de Patrick Lemy et Eric D'Agostino
Meilleur court métrage de fiction : Jay parmi les hommes de Zeno Graton, L'ours noir de Méryl Fortunat-Rossi & Xavier Seron (le premier long-métrage de Xavier Séron Je me tue à le dire avec Jean-Jacques Rausin vient d'ailleurs d'être primé au festival de Palm Springs, sortie courant 2016), Tout va bien de Laurent Scheid

Chantal Akerman (1950-2015) déménage là-bas…

Posté par vincy, le 6 octobre 2015

Libération a annoncé ce mardi 6 octobre le décès de la cinéaste belge Chantal Akerman à l'âge de 65 ans. Elle a mis fin à ses jours.

Réalisatrice prolifique, mélangeant humour décalé, écriture du nouveau roman, cadrage épuré et art plastique, Chantal Ackerman filmait avec rigueur et exigence des histoires cérébrales et tendres. Souffrant d'une sale réputation, on la disait soupe au lait et arrogante, elle refusait la langue de bois, se méfiait de la diplomatie et de la courtoisie hypocrite. Froide? sans doute. Chaleureuse aussi. Au point souvent de se sentir trahie quand la fidélité et l'amitié étaient blessées sur l'autel des compromis.

Issue d'une famille de juifs originaires d'Europe centrale venue s'installer en Belgique dans les années 30 (sa mère a survécu aux camps de concentration), Chantal Akerman a réalisé près de 50 films.

Née en 1950 à Bruxelles, elle avait soif de cinéma, quitte à plaquer le lycée puis l'Insass (la Fémis belge) avant leur terme. Chantal Akerman réalise son premier court-métrage à 18 ans, Saute ma ville, où elle se suicide en se faisant exploser. Prémonitoire? La fin de son premier film, allégorie de sa propre fin. Tout est déjà dit, montré. C'est Pierrot le fou, le film qui l'a conduite à son métier, muée en folie Ackerman. D'un naturel dépressif, trop perfectionniste, enragée de l'intérieure, la jeune femme trouvera à New York de quoi l'apaiser, même si, elle l'avouera plus tard, elle ne sera jamais apaisée. En 1974, dans Je tu il elle, la féministe se filme dans une scène lesbienne sublime. La séquence est encore une référence...

En 1975, elle tourne Jeanne Dielman, 23 quai du commerce, 1080 Bruxelles, avec Delphine Seyrig. L'histoire d'une jeune veuve qui influencera Gus van Sant et Todd Haynes. Elle filme sans chichis, de manière frontale le quotidien, la routine, les rites comme personne, en étirant le temps jusqu'à faire exploser la soupape. 3h45 de cinéma. Il y a une part de tragédie dans chacune de ses oeuvres. Dans celle-ci tout y est: la prostitution subie, la souffrance dans laquelle on se complaît, le plaisir impossible, l'orgasme dévorant... Marguerite Duras a dit "Cette femme est folle" en parlant du personnage.

Le désordre mental de ses personnages illustre aussi l'éclectisme et l'éclatement d'une filmographie sans ordre. "Je pense que j'ai de la chance d'être là et je ne vais pas cracher sur la vie. Mieux je me porte, mieux je travaille" expliquait-elle dans Libération il y a deux ans. Entre cinéma expérimental et tentatives de comédies décalées, fictions quasi documentaires et documentaires presque romancés, elle aborde tout, de la danse (Pina Bausch avec Un jour Pina m'a demandé) à la comédie musicale (Golden Eighties, fortement influencée par Jacques Demy).

Full sentimentale

A partir des années 1990, le cinéma de Chantal Akerman gagne en notoriété. Malgré son tournage désastreux, elle réussit à finir Un divan à New York, avec Juliette Binoche et William Hurt. La Captive, adaptation de La prisonnière de Marcel Proust, avec Stanislas Mehrar et Sylvie Testud, est sans doute la plus belle histoire d'amour qu'elle ait filmée. Toujours avec Testud et aussi Aurore Clément et Jean-Pierre Marielle, elle s'essaye à la fantaisie avec Demain on déménage, meilleur film francophone aux prix Lumière. La psychanalyse imprègne toutes ses histoires. En 2012 elle continue d'explorer les névroses sentimentales avec La folie Almayer, d'après le roman éponyme de Joseph Conrad, où elle retrouve Mehrar. On peut aussi citer Histoires d'Amérique (en compétition à Berlin en 1989), quête de l'identité juive de la cinéaste, et Nuit et jour (en compétition à Venise en 1991), histoire d'un triangle amoureux où Julie passe ses nuits avec Joseph et ses journées avec Jack.

Toujours enquête de formalisme, toujours à fouiller les angoisses des mères ou des couples, Akerman cherchait l'image parfaite pour traduire le vide existentiel, la tristesse de la solitude, l'humour comme rempart à la mélancolie et surtout à comprendre les liens entre le sexe et l'argent, l'amour et la matière. L'espace et le temps font le reste: ils sont là pour exprimer l'ennui. Elle a étendu son art aux installations contemporaines, plasticiennes.

Pour le réel, elle préférait le documentaire: les émigrants mexicains dans De l'autre côté, la vie en Europe de l'Est au moment de la chute du bloc soviétique dans D'Est, New York dans News from Home, sa mère dans No Home Movie, présenté à Locarno en août dernier, Là-bas, nommé aux Césars, sur Israël.

Captive de ses troubles, Chantal Akerman essayait de regarder la réalité en face, de comprendre ce qui poussait les gens non pas dans la folie mais dans les territoires dangereux où la raison pouvait se perdre.

Décès du cinéaste belge Jean-Jacques Rousseau: une sale affaire

Posté par vincy, le 13 novembre 2014

Le cinéaste belge Jean-Jacques Rousseau est mort à l'âge de 66 ans le 5 novembre dernier. Auteur d'une quarantaine de films aux titres imagés (L'Histoire du Cinéma 16, une auto-critique, La Revanche du Sacristain Cannibale, L’Etrange Histoire du Professeur Igor Yaboutich, L'amputeur Wallon, Le Diabolique Dr Flak, Le Poignard maudit, Wallonie 2084, etc...), notables pour leur style absurde, il avait été révélé au grand public dans le documentaire de Frédéric Sojcher, Cinéastes à tout prix (2004). Le film est projeté à Cannes, hors-compétition, et met ainsi à l'honneur son oeuvre.

Car Rousseau était un auteur marginal, un apôtre du surréalisme, un contestataire secret (il portait une cagoule), un autodidacte qui s'amusait avec le genre fantastique, l'horreur, l'histoire. Farouche combattant des puissants, cet insoumis avait acquis le surnom flatteur d'Ed Wood Wallon. "Le cinéma de l’Absurde, c’est un cinéma incompréhensible, surréaliste, un cinéma totalement hors norme. Nous vivons dans une époque de normalisation absolue. Il est bien évident qu’une fois que vous êtes dans l’absurde, on vous prend pour un dingue" expliquait-il.

Il avait débuté sa carrière comme exploitant de salles avant de passer derrière la caméra pour "fabriquer" des films avec des acteurs amateurs et des budgets ridiculement bas. "Le budget du film peut aller de 250 à 100 000 euros mais ça n’a jamais dépassé 100 000. Mais c’est déjà descendu en dessous de 250… J’ai surtout besoin d’argent pour pouvoir faire des films, pas pour moi. Il faut tout d’abord savoir que je suis bénévole dans mes films et que l’argent qui me vient maintenant provient de la Communauté Française, de mécènes, de gens qui aiment mon cinéma" explique-t-il sur son site.
"L’argent est nécessaire pour faire un film. Mais je dois dire que je suis totalement contre le fait que certains films français coûtent 10, 15, 20 millions d’euros. C’est énorme. On pourrait faire des films qui coûtent moins cher. L’acteur doit gagner moins" insiste l'artiste. Parmi ses mécènes, il y a Benoît Poelvoorde et Bouli Lanners.

Admirateur de Kubrick, fan de La Créature du Lac Noir, ce bricoleur d'images et résistant à l'industrialisation du cinéma n'a jamais pu sortir ses films autre part que dans son cinéma ou dans les festivals. Ironiquement, il est mort dans des circonstances dignes d'un mauvais polar. 40 ans après ses débuts, le clap de fin a sonné dès cet été. Une altercation entre deux hommes un soir de juillet, dans un café de Courcelles, Le Napoléon (ironique là aussi quand on sait que Rousseau a filmé la Bataille Waterloo dans son jardin). L'un des deux protagonistes monte dans sa voiture, énervé, fonce sur l'établissement et heurte trois personnes qui n'ont rien à voir dans l'affaire. Le jeune chauffard s'est livré à la police. Mais il a blessé légèrement une personne et très grièvement deux autres, dont Jean-Jacques Rousseau. Il sombre dans le coma. Ne s'en réveillera jamais, succombant à ses blessures près de 4 mois plus tard, un jour d'automne.

Sur la mort, il disait : "La mort est le résultat de la vie. Quand on naît, quand on voit le fœtus, l’embryon, le spermatozoïde, il est déjà condamné à mourir. Quand un spermatozoïde a été sélectionné parmi des centaines de milliers, celui-là mourra. Il mourra pourquoi ? Parce qu’il sera tout d’abord embryonnaire, il va y avoir une espèce de petit hippocampe qui va se développer dans le corps de la mère. Mais déjà là, le cœur commence à battre ; et déjà il va falloir lutter contre la mort. Et toute la vie est une lutte contre la mort : globules rouges contre globules blancs. Et la mort, ça veut dire que nous serons vaincus."

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site officiel du cinéaste