Reprise : Rue Cases-Nègres, une Martinique douce-amère

Posté par Claire, le 16 février 2010

ruecasesnegres.jpgL’instruction est la clé qui ouvre la deuxième porte de notre liberté.”

 Synopsis: Martinique, années 30. Le jeune José vit avec sa grand-mère dans un extrême dénuement. Pour eux, comme pour tous les autres Noirs de la “Rue Cases-Nègres”, l’existence est très rude puisque les seules ressources proviennent de l’exploitation des champs de canne à sucre…qui appartiennent aux Blancs. Si l’esclavage a été aboli, la dépendance économique le remplace. C’est dans cet univers aride que grandit José, sous l’œil bourru mais ô combien lucide et tendre de sa grand-mère, dont les principes d’éducation plutôt rigides n’ont qu’un but : armer au mieux son petit-fils pour lui permettre d’affronter l’avenir,  un avenir qu’il ne pourra conquérir qu’en comptant exclusivement sur lui-même. D’après le roman de Joseph Zobel.

Notre avis :Le cinéma est fait pour ce genre de film initiatique où la vie d’un pays est décrit à travers les yeux d’un enfant. Après la vision de ce film, la canne à sucre a un goût amer, mais le message s’avère positif : avec un peu d’intelligence et beaucoup de travail, on peut se sortir de la misère, sans pour autant renier ses origines, ses racines ou sa famille. Un  premier long- métrage coup de maître pour Euzhan Palcy (qui n’a jamais fait mieux depuis), récompensé par plus de  17 prix à travers le monde entier (notamment le Lion d’or à Venise) avec les soutiens de François Truffaut et Robert Redford tombés sous son charme.

Mention spéciale pour la défunte Darling Legitimus, “Miss Darling”, épatante et touchante en grand-mère courage dont ce sera le dernier rôle après 50 ans de cinéma. Sans oublier les jeunes interprètes de José (Garry Cadenat) et son copain  mulâtre Léopold (Laurent Saint-Cyr). Aujourd’hui le film peut paraitre  un brin classique et académique dans sa forme , mais le fond reste -hélas- d’actualité, notamment avec les troubles qui ont agité la Martinique l’an dernier et la polémique récente sur l’absence de diversité dans le cinéma français.

Essentiel pour comprendre que notre identité nationale française ne se résume pas aux gaulois et à la chrétienté. Universel, atemporel, il s’adresse à toutes les générations.

De la Chine au Pakistan, Guimet prend la route de la Soie

Posté par MpM, le 9 février 2010

Guimet - The worldAvec son nouveau cycle intitulé “Gandhâra vu de Chine”, l’auditorium du Musée Guimet nous invite à un étonnant voyage depuis les frontières de la Chine jusqu’au Pakistan, le long de la route de la soie.

Avec d’un côté une rétrospective de l’oeuvre du réalisateur Jia Zhang-ke, chef de file de la 6e génération de cinéastes chinois, et de l’autre une exploration d’une région du monde (le “Gandhâra”, royaume ancien qui était situé sur l’Afghanistan et le nord-ouest du Pakistan actuels) célèbre pour son style d’art bouddhique et parsemée de sites archéologiques. Une sorte de grand écart géographique, temporel et bien sûr cinématographique particulièrement représentatif des mille facettes de l’Asie.

L’hommage à Jia Zhang-ke permettra ainsi aux spectateurs de (re)découvrir son cinéma urbain et souvent clandestin au travers de ses longs métrages les plus connus (Plaisirs inconnus, The world, Still life) comme de ses documentaires plus ou moins expérimentaux (In public, Dong, Useless…). Des films au fils desquels se dessine un portrait sans concession de la Chine actuelle : industrialisation qui laisse les plus faibles sur le carreau, perte de repères, inégalités…

Le ton éminemment critique du cinéaste, ainsi que son désir de ne rien cacher des difficultés du pays, ont fait maintes fois grincer les dents de pékin. Malgré tout, aujourd’hui, il est l’un des réalisateurs chinois les plus connus à travers le monde, multi-primé (Léopard d’or pour Xiao Wu à Locarno, Lion d’or pour Still life à Venise, Montgolfière d’or pour Platform à Nantes, Grand prix  du Jury à Vesoul pour The World…) et sélectionné dans tous les grands festivals européens.

Dans un genre très différent, ce sont une quinzaine de documentaires et une fiction qui apportent un éclairage tour à tour historique, culturel et géographique sur le Gandhâra Citadelle des sables: voyage dans les pas d’une expédition archéologique tentant de localiser la ville mythique de Mogao, exploration du berceau de la civilisation chinoise du Moyen-Age (Loulan, “ville du diable”), recherches sur l’une des plus mystérieuses civilisations disparues, celle de l’Indus… la ligne directrice est très clairement pédagogique. D’ailleurs, une série de conférences accompagne le cycle.

Toutefois, cela n’empêche pas l’art de reprendre ses droits avec le très joli film de fiction signé Sabiha Sumar, Eau dormante (Léopard d’or à Locarno) qui traite du traumatisme laissé par le séparation de l’Inde et du Pakistan, ainsi qu’avec les différents spectacles mêlant musiques et danses traditionnelles.

Comme toujours avec l’auditorium du musée Guimet, le dépaysement est garanti, tout comme le plaisir et l’intelligence !

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Du 10 février au 23 juin 2010
Séances à 12h15 les lundis, mercredis ou vendredis selon les semaines
Programme complet et informations sur le site de l’Auditorium Guimet

Eric Rohmer ou l’écume des amours (1920-2010)

Posté par christophe, le 11 janvier 2010

Eric RohmerC’est comme critique qu’il a fait ses premières armes. Son érudition et son acuité de jugement font référence. Cinéaste du théâtre des sentiments et de la morale, Eric Rohmer emprunte aux textes de Marivaux et de Musset leur causticité souvent cruelle qu’il mêle à un questionnement métaphysique. Ses Contes moraux et ses Comédies et proverbes épinglent les contradictions de ses héros et surtout de ses héroïnes post-adolescentes dans leur quête un peu narcissique de l’idéal amoureux. Oscillant entre un système parfois trop distant avec ses personnages et un sens aigu des tendances du comportement et des sentiments. Rohmer nous a livré régulièrement d’essentielles chroniques sur le libertinage d’aujourd’hui et l’éternelle difficulté d’aimer.

Réservé, secret, Jean-Marie Maurice Scherer a été professeur de lettres avant de se consacrer au cinéma. A partir de 1948, il écrit dans diverses revues dont Les Cahiers du Cinéma où il se lie avec les Jeunes-Turcs de la critique, les Truffaut, Godard et autres Chabrol. L’un d’eux, le romancier et bientôt scénariste Paul Gégauff le décrit avec humour: “Rohmer, c’est un honnête, un intègre, très prof“. Rohmer a fait son apprentissage par des courts métrages amateur, en 16 mm muet, avant même d’écrire pour les Cahiers du cinéma. Certains de ces premiers essais n’ont apparemment jamais été répertoriés, et Journal d’un scélérat (1950), Bérénice (d’après Poe, 1954) et La Sonate à Kreutzer (d’après Tolstoï, 1956), sonorisés sur magnétophone, sont depuis longtemps invisibles.

En outre, il rate le départ de la “Nouvelle Vague”: Le Signe du lion, avec Jess Hahn et Stéphane Audran, tourné en 1959 mais sorti en 1962, demeure confidentiel. Eric Rohmer doit attendre 1967 et le succès, public et critique, de La Collectionneuse pour connaître la notoriété de ses cadets. Devenu célèbre, il reste toujours aussi discret. A l’évidence, l’homme entend s’effacer derrière le cinéaste et laisser son oeuvre s’exprimer pour lui: “Au fond, je ne dis pas, je montre, je montre des gens qui agissent et qui parlent. C’est tout ce que je sais faire, mais là est mon vrai propos“.

Contes moraux
Présenté au festival de Cannes en 1969, Ma nuit chez Maud, dont le premier titre était La Fille à bicyclette, est le quatrième des contes moraux réalisés par Eric Rohmer, et le troisième selon la numérotation que le cinéaste leur attribue. Jean-Louis Trintignant y est un ingénieur, catholique pratiquant, à la morale parfois ambiguë, nouvellement installé à Clermont-Ferrand. Un ami lui présente Maud, une jeune divorcée qui revendique sa liberté et qu’incarne Françoise Fabian. Au cours d’une discussion qui oppose évidemment leurs principes respectifs, Maud en arrive à accuser son interlocuteur d’être “un chrétien honteux, doublé d’un don Juan honteux“. Cela n’entame absolument pas la fermeté ni la résolution du narrateur : il ne cède pas au charme de Maud et se décide même à aborder Françoise (Marie-Christine Barrault), la jeune fille qu’il s’est promis d’épouser.

Tandis que le narrateur est à la recherche d’une femme, il en rencontre une autre qui accapare son attention jusqu’au moment où il retrouve la première“. C’est ainsi que Rohmer résume le sujet de ses Contes moraux. Dans L’Amour l’après midi (1972), le narrateur, Frédéric/Bernard Verley, est plus que jamais amoureux de sa femme Hélène/Françoise Verley. Dans un contexte social et religieux où la monogamie est la règle, Frédéric se prétend comblé: “En étreignant Hélène, j’étreins toutes les femmes; je rêve que je les possède toutes“. Et pourtant lorsqu’il retrouve Chloé, l’amie d’autrefois, il se prend à envisager “vivre deux vies en même temps” avec l’épouse et avec la maîtresse. “Je rêve d’une vie qui ne soit faite que de premières amours et d’amours durables; c’est dire que je veux l’impossible“. Aussi Frédéric revient-il vers Hélène, au nom de principes moraux qui condamnent la polygamie. Et ainsi ont fait, avant lui, les personnages des Contes moraux. Heureux, sages ou résignés ?

Comédies et proverbes
On continuera à parler beaucoup dans ces Comédies. On essaiera moins d’établir une attitude morale que des règles pratiques. On n’y débattra plus guère des fins, mais des moyens…” (E. Rohmer) De La Femme de l’aviateur (1981) à L’Amie de mon amie (1987), le cinéaste observe, avec l’apparent détachement du scientifique, les errances d’une jeunesse à la recherche de repères moraux sur une carte du Tendre dont la société a perdu la boussole. “Il ne faut pas chercher à connaître une époque par ce qu’on en dit. A mon avis, on la connaît d’autant plus si l’on s’attache au particulier et non au général. En prenant des gens qui vivent maintenant, ils sont forcément situés dans le présent, mais également dans l’éternité, dans l’immuable, parce qu’il y a des soucis qui ont toujours existé” (E. Rohmer)

Le rayon de la lune
De ces soucis, La Marquise d’O (1976) et Perceval le Gallois (1979) avaient dit la permanence, d’hier à aujourd’hui, au coeur du Moyen Age comme au début du XIXe siècle. Le prétexte en est “tout simplement cette chose totalement imprévisible qu’est l’amour” et dont “le feu doit prendre tout de suite, comme par surprise” (Marion/Arielle Dombasle, Pauline à la plage, 1983), ou se révéler “profond et durable parce que comme la vie [il] est dans le temps” (Pierre/Pascal Greggory, ibid) ; l’amour dans lequel entre “une part de volonté” (Sabine/Béatrice Romand, Le Beau mariage, 1982) alors que pour Louise et Rémi (Pascale Ogier et Tchéky Karyo), à l’inverse, il apparaît et disparaît Les Nuits de la pleine lune, (1984), comme si l’astre de la nuit était le seul maître du destin des hommes.

L’amour dont l’absence condamnerait Delphine (Marie Rivière) à la solitude si n’apparaissait à l’horizon de l’infini Le Rayon vert (1986), dont la fulgurante lumière impose le silence aux morales, aux certitudes, aux proverbes, à tous ces dérisoires remparts de mots qu’érige l’être humain pour se protéger de l’inconnu. Un silence semblable à celui de L’heure bleue qu’attendent la fille des champs et celle des villes (Joëlle Miquel et Jessica Forde, Quatre aventures de Reinette et Mirabelle, 1987), entre la nuit et l’aube, lorsque, dans la paix de la nature, tout paraît possible, même le bonheur.
C’est dans ces instants de plénitude et de beauté qu’Eric Rohmer s’est enfin révélé…

Le cinéma israélien obtient enfin une récompense suprême du cinéma

Posté par vincy, le 12 septembre 2009

lebanon.jpg

Depuis le début de la décennie, le cinéma israélien renaît avec flamboyance. Sélectionné au plus haut niveau dans tous les grands festivals, cité aux Oscars, séduisant les publics cinéphiles, il ne lui manquait plus qu’une Palme d’or, un Ours d’or ou … un Lion d’or. Grâce à Ang Lee c’est chose faite. Un premier film qui plus est. Le palmarès récompense d’alleurs unegénération de cinéastes émergeants ou décalés.

Palmarès du jury :

- Lion d’or du meilleur film : Lebanon de l’Israélien Samuel Maoz

- Lion spécial pour l’ensemble de la carrière : Jacques Rivette

- Coupe Volpi du meilleur acteur : le Britannique Colin Firth (A Single Man) de Tom Ford. Le film a aussi le Queer Lion du meilleur film gay.

- Coupe Volpi de la meilleure actrice : Ksenia Rappoport (La doppia ora de Giuseppe Capotondi)

- Lion d’argent-Prix de la mise en scène : l’Iranienne Shirin Neshat ( Zanan bedoone mardan (Women Without Men))

- Prix spécial du jury : Soul Kitchen de Fatih Akin

- Prix Luigi De Laurentis de la meilleure Première Oeuvre : Engkwentro, de Pepe Diokno

- Prix Marcello Mastroianni du meilleur jeune interprète : Jasmine Trinca (Il grande sogno de Michele Placido)

- Osella du meilleur scénario : Todd Solondz (Life During Wartime)

- Osella de la meilleure direction artistique : Sylvie Olivé (Mr Nobody de Jaco Van Dormael)

Palmarès de la section Orizonti (Horizons)

- Meilleure fiction : Engkwentro, de Pepe Diokno

- Meilleur documentaire : 1428, de Du Haibin

- Mention spéciale : The Man’s Woman and Other Stories, d’Amit Dutta

Autres prix :

- Prix FIPRESCI de la critique internationale
Meilleur film de la 66ème Mostra de Venise : Lourdes, de Jessica Hausner
meilleur film dans les sections Horizons et Semaine internationale de la critique : Choi Voi ,de Bui Thac Chuyen

- Prix SIGNIS
Lourdes de Jessica Hausner
mention spéciale à Lebanon, de Samuel Maoz

- Controcampo Italiano
Cosmonauta, de Susanna Nicchiarelli
Mention spéciale - Negli occhi, de Daniele Anzellotti et Francesco Del Grosso

- Label Europa Cinémas aux Journées des auteurs-Venice Days 2009
The last days of Emma Blank, d’Alex van Warmerdam

- Lionceau d’or 2009
Capitalism: A love story de Michael Moore
- Prix de l’UNICEF
Women without Men, de Shirin Neshat

- Prix La Navicella – Venezia Cinema
Lourdes, de Jessica Hausner

- Prix Nazareno Taddei
Lebanon de Samuel Maoz

- Prix du numérique Future Film Festival
Metropia, de Tarik Saleh
mention spéciale : Là-haut, de Pete Docter

- Prix Brian
Lourdes, de Jessica Hausner

- Queer Lion du meilleur film gay
A Single Man, de Tom Ford

- Prix Arca Cinemagiovani
meilleur film de la 66ème Mostra : Soul Kitchen, de Fatih Akin
meilleur film italien : La doppia ora de Giuseppe Capotondi

- Prix Open 2009
Capitalism: A love story, de Michael Moore

- Prix Gianni Astrei. Le cinéma pour la vie
Lo spazio bianco, de Francesca Comencini

Venise 2009 : Brillante Mendoza, invité surprise de la sélection

Posté par vincy, le 10 septembre 2009

Le cinéaste philippin Brillante Mendoza, récent prix de la mise en scène au Festival de Cannes avec Kinatay, a présenté le deuxième film surprise de la compétition officielle de Venise. Et le Lion d’or n’est pas impossible. Pour son neuvième film (en 4 ans), Lola, chornique sociale, le réalisateur a frappé fort en rivalisant avec le coup de coeur du festival, Lebanon.

Ces deux portraits croisés de femmes âgées, survivant à la violente fatalité de leurs existences. deux femmes que tout sépare sauf un crime. Cette chronique sociale filmée comme un documentaire fait de Mendoza un des metteurs en scène les plus singuliers et les plus marquants de la décennie.

Venise 2009 : un film roumain menacé par la petite fille de Mussolini

Posté par vincy, le 9 septembre 2009

francesca.jpgOn vous le disait pas plus tard qu’hier : le festival de Venise est traumatisé par sa naissance mussolinienne. La petite fille du dictateur fasciste, Alessandra Mussolini, politicienne d’extrême-droite, a engagé une action en justice pour arrêter les projections de Francesca, un premier film roumain de Bobby Paunescu. Présenté dans le cadre de la sélection Orizzonti, deux de ses projections ont été annulées.

De quel odieux crime est responsable ce film? Francesca est une Roumaine (Monica Barladeanu) qui cherche à migrer en Italie pour trouver un job. Mais voilà, dans le film, un de ses compatriotes l’avertit qu’il y a “une salope qui veut tuer du Roumain“. Et la Alessandra s’est sentie visée. Quelle idée! Autre cible, le maire de Vérone, qui loin de la bluette shakespearienne entre Roméo et Juliette, a une politique plutôt haineuse et est traité, dans le film,  de “maire de merde“. On est étonné que le film n’aille pas plus loin en traitant le nouveau maire de Rome de “génocideur“. Rappelons que ça ne le gène pas de voir des immigrés morts sur une plage ou battus dans les rues. Mussolini veut que ces citations soient retirées. Le réalisateur, qui a vécu en Italie, refuse de changer une virgule, en se fondant sur le fait que ces propos sont basés sur des citations réelles.

Le film doit sortir en Italie dans un mois. Fandango, son distributeur, a maintenu la date.

Au delà de la censure, cela montre un triste visage raciste de l’Italie, repliée sur elle-même et loin des louables intentions de cette Mostra. Mais comment résister malgré soi à son époque? Le procès c’est la grande mode des minorités ou des activistes. Même si Marine Le Pen n’a pas porté plainte contre un film comme Welcome, souvenons-nous des propos indécents du Ministre Eric Besson au sujet de ce film. Plus tard, nous avons frémit aux menaces de Corses en furie contre Un prophète.

Il y a plus d’un million de Roumains en Italie.

Venise 2009 : le festival se veut toujours politique…

Posté par vincy, le 7 septembre 2009

stone_chavez1.jpgCréé par Mussolini, Venise, pour expier le trauma, a toujours voulu s’innocenter en étant le plus politique des festivals. Cette année, le festival frappe fort.  La présence du sulfurueux président vénézuélien, Hugo Chavez, fait monter la tension dans une ville déjà à cran après les provocations de Silvio Berlusconi. Ce dernier avait joué les critiques de cinéma pour le film d’ouverture, Baaria, en  disant tout le bien qu’il en pensait. logique puisque le film avait été inancé par une de ses sociétés. En revanche, les artistes ont préféré manifester contre lui et ses coupes budgétaires dont souffrent le milieu culturel.

Chavez, quant à lui, est à Venise grâce à Oliver Stone. Le cinéaste américain présente un documentaire, South of the Border, traitant des changements politiques, principalement des dirigeants de gauche élus par le peuple, en Amérique latine. Son propos démarre avec l’élection en 1998 de Chavez. “La pauvreté a été divisée par deux, ce que reconnaît la Banque mondiale, et les progrès sociaux ont été énormes au Vénézuela“, justifie Oliver Stone. “Il reste des problèmes, mais c’est un magnifique changement, un important phénomène historique dont on ne parle pas.” Pour Chavez, le propos est plus ambivalent : “Oui, oui, il est possible de changer le cours de l’histoire. Ceci est une révolution pacifique, mais armée.”

Pop corn et rébellion

Mais Venise a surtout mis en vedette le come-back de Michael Moore. Son documentaire, Capitalism, A Love story (en salles en France le 25 novembre), a fait forte impression. En revenant aux sources, et sans doute aussi parce qu’il ne peut plus critiquer la Maison Blanche, en bon supporter d’Obama, Moore a dénoncé l’impact des puissances financières sur le quotidien de ses concitoyens. Pour lui aussi tous les changements sont possibles. “On peut se révolter d’une bonne façon, sans violence, comme aux Etats-Unis en novembre dernier. (…) Qui aurait pensé il y a trois ans qu’un président afro-américain serait élu aux Etats-Unis? (…) Soyons des citoyens actifs! La démocratie n’estpas un sport de spectateurs, il faut y participer.” Il va plus loin en prônant lui aussi une révolution économique. “Le capitalisme, c’est le mal et l’on ne réforme pas le mal, on l’éradique pour le remplacer par le bien pour tous: la démocratie.”

Et puisque Venise s’intéresse au monde en pleine désagrégation, l’Afrique n’est pas loin. La réalisatrice française Claire Denis, qui est sélectionnée pour White Material, revendique sa vision non compassionnelle du continent noir. “Les sujets des luttes ethniques ou des enfants soldats en Afrique dont on parle beaucoup” sont “abordés souvent d’un seul bloc, soit très politisé soit très compassionnel, dans les documentaires“. “Je ne pense pas mes films comme des réponses à des situations politiques“, a précisé Claire Denis qui a écrit son film avec Marie Ndiaye, l’une des vedettes de la rentrée littéraire.

Soderbergh accepte de filmer Knockout

Posté par vincy, le 6 septembre 2009

Steven Soderbergh a connu un été difficile. Il a subit un désavoeu cinglant de la part de la Columbia qui l’a renvoyé du prochain film avec Brad Pitt (le scénario de Moneyball n’était pas convaincant) et The Girlfriend Experience a été un énorme fiasco public et critique. Il mise désormais tout sur la sortie de The Informant (avec Matt Damon) - le 18 septembre aux USA, deux semaines après en France.

Surtout, il reprend la main, en acceptant de réaliser Knockout, un thriller d’espionnage, avec Gina Carano. Cette star des arts martiaux fera ainsi ses débuts au cinéma. Le studio, Relativity Media, annonce que le scénario, écrit par Lem Dobbs (Kafka, Le limier) est proche de films comme Nikita et Kill Bill. La production devrait commencer en janvier et sera éparpillée autour du monde.

Soderbergh présentera The Informant cette semaine à Venise.

Venise 2009 : Sylvie Testud fait sa rentrée, avec un couac

Posté par vincy, le 5 septembre 2009

lourdes.jpg

Sylvie Testud est l’une des comédiennes que l’on verra le plus dont les prochains mois. Cette “rentrée” commençait par la présentation en compétition officielle à Venise du film Lourdes (le nom de la ville pieuse, pas de la fille de Madonna), de Jessica Hausner. Mais Venise n’est pas encore au point en projection numérique puisque la première projection de presse a pris une heure de retard. Pour une fois le couac n’était pas socio-politique (l’ouverture avait subit les aléas de manifestations contre la politique gouvernementale et les critiques vis-à-vis du film choisi, financé par Berlusconi).

Le projecteur numérique de la salle Perla a refusé de démarrer. Et comme les esprits s’échauffent vite dans les grands festivals, surtout chez les Latins, il a fallu l’intervention de Marco Müller, le directeur de la Mostra. Lourdes, qui raconte l’histoire d’une femme paralysée et miraculée lors d’un voyage de pèlerinage, a donc été présenté devant une salle à moitié vide. Le film rassemble aussi Léa Seydoux et Bruno Todeschini.

Après Venise, Testud sera sur les planches du Théâtre Edouard-VII à Paris, dans “Sentiments provisoires”, avec Pierre Arditi et François Berléand.

Sur les écrans, Sylvie Testud sera à l’affiche de Mumu les petites pattes (avec Marielle et de Caunes), Rose et Nina, Je m’appelle hmmm…, premier film d’Agnès B., Gamines, d’après le roman de la comédienne, et surtout Lucky Luke, en Calamity Jane. Elle vient de tourner La Rafle, de Roselyne Bosch.

Venise 2009 : le premier film surprise

Posté par vincy, le 4 septembre 2009

My son, my son, what have ye done de Werner Herzog est le premier film surprise invité à rejoindre les autres films en compétition au 66e festival de Venise. Herzog est déjà en compétition avec le remake de Bad lieutenant. Reçu de manière mitigée, le film permet au festival d’aligner pour la troisième journée de suite un parterre de stars internationales, parmi lesquelles Eva Mendes en prostituée droguée et Nicolas Cage en flic ripoux.

My son, my son, what have ye done raconte le parcours d’un jeune acteur qui joue dans une tragédie grecque et commet dans la vraie vie le crime au centre de la tragédie qu’il interprète: il tue sa mère. Michael Shannon est entouré de Willem Dafoe, Chloë Sevigny et Udo Kier.

Un deuxième film surprise doit encore être annoncé.