Le « printemps érable » québécois s’invite aussi à Cannes… modestement

Posté par vincy, le 23 mai 2012

On croit toujours que Cannes est coupé du monde mais parfois le monde se rappelle à Cannes. Entre 150 000 et 250 000 Québécois se sont rassemblées hier à Montréal pour marquer le 100ème jour du conflit étudiant au Québec et dénoncer la loi spéciale restreignant le droit de manifester, qui a été adoptée honteusement vendredi dernier par un gouvernement aux abois.

Lundi, le "Printemps érable" s'est invité, modestement, sur la Croisette. Plus d'une vingtaine de cinéastes et de professionnels du cinéma québécois, déployant un immense carré rouge, ont arpenté le trottoir, sous la pluie, devant le Palais, pour montrer leur soutien à la cause des étudiants en grève. Peut-être trop discrète (il aurait sans doute fallu mieux communiquer en amont), cela n'a pas fait beaucoup de bruit dans le brouhaha général médiatique. Cependant, hier encore, une banderole rouge a été accrochée au stand de la SODEC (Société de développement des entreprises culturelles) pour la réception du Festival du nouveau cinéma.

Déjà vendredi, lors de la présentation de Laurence Anyways, film du québécois Xavier Dolan, l'équipe du film avait monté les marches de la salle Debussy, avec un bout de tissu rouge (photo). Dolan a récidivé dimanche soir en allant voir Amour. Thierry Frémaux, mardi soir, en présentant les artistes venus voir A perdre la raison, du belge Joachim Lafosse, a souligné la présence de Dolan, "jeune homme révolté comme le Québec l'est aujourd'hui".

Une pétition en ligne réclame l'annulation de la loi. Elle a rapidement été signée par plus de 150 000 internautes, selon les associations d’étudiants qui l’ont mise en ligne.

Cannes 2012 : Gustave Kervern fout le souk sur la Croisette

Posté par vincy, le 22 mai 2012

C'est le grand jour pour Le grand soir. Le nouveau film, punk et azimuté, du duo Delépine/Kervern est présenté aujourd'hui à Un Certain Regard. Gustave Kervern en profite pour créer le buzz, soit un joyeux bordel depuis ce matin. Figurez-vous que sur les autres Marches, les prestigieuses, celles filmées par la télévision, il y a Brad Pitt (qui vient présenter Killing Them Softly). La concurrence est rude, médiatiquement.

Pour que Le grand soir ne soit pas éclipsé par The Big Brad, le coréalisateur a commencé la matinée en s'invitant à la séance photo précédant la conférence de presse de la star américaine. Le fiancé d'Angelina Jolie l'a plutôt bien pris, hilare devant les pitreries du Français parvenant même à lui baiser la main. Comme l'a confirmé Thierry Frémaux quelques instants plus tard, Kervern a aussi endommagé le décor du "photocall". Le souk total. Cela va faire le bonheur des photographes.

Cela devrait être normal. Dans Festival il y a fête. Dans 7e Art il y a art. Mais depuis quelques années, Cannes s'est assagit. Moins de scandales durant les projections de films, plus de contrôle sur l'agenda des stars. Les avocats, agents, relations publiques qui entourent les comédiens les plus connus obstruent toute forme d'improvisation. Tout est devenu plus lisse. Il faut se foutre des convenances et avoir l'audace de rester soi-même pour provoquer le protocole et les rituels.

Kervern n'a pas hésité une seconde. Son plus pur style "anar" s'est d'ailleurs prolongé pour la première projection du film, à 11h. Avant la présentation officielle par Thierry Frémaux, il se promenait dans la salle et discutait avec les journalistes. Le voici rattrapé par son attaché de presse essayant de canaliser ses pulsions bordéliques. Quand on lui tend le micro devant le public, Gustave Kervern se lance dans un long discours pour draguer les jurés de la sélection, déclarant son amour pour chacun, Tim Roth en tête. Puis il dévie : "La France, maintenant, avec François Hollande, c'est une France de winners!", incitant ainsi à donner le prix samedi à leur film. Dans la foulée, il rappelle qu'il a l'adresse de chacun des membres du jury, qu'il connait très bien les enfants de Tim Roth - "Tim Roth je sais ou t'habites, où tes enfants vont à l'école" -, menace implicitement, mais pas sérieusement, de conséquences fâcheuses s'il n'emportait pas ce prix. La salle rit aux éclats. Il lance enfin un ultime défi : une ovation de 6 minutes 30 à la fin du film, puisque la plus longue ovation depuis le début de cette 65e édition a duré 6 minutes.

Si une grande partie de la salle s'est vidée, les spectateurs restants admirent le show du bonhomme, qui n'hésite pas à monter sur scène torse nu pour faire durer les salves d'applaudissements. Qu'on se le dise, Kervern est prêt à payer de sa personne pour que Le grand soir reste dans les mémoires des festivaliers.

Aurélie Filippetti remet les insignes de Commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres à Nanni Moretti

Posté par vincy, le 21 mai 2012

Ministre depuis quelques jours, Aurélie Filippetti, en charge de la Culture et de la communication, réalise une opération de charme sur la Croisette. Parmi les temps forts de sa visite de 48 heures, la remise des insignes de Commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres à 65e édition du festival de Cannes.

Au Café des Palmes, dans le Palais des Festivals, en cette fin d'après midi, on côtoie Gilles Jacob, Thierry Frémaux, le jury du festival au grand complet, Eric Garandeau, Président du CNC, David Kessler, tout juste nommé conseille culture et médias du président de la République, les responsables communication des différentes institutions... La Ministre arrive, serre les mains. Elle va commencer son discours, avec à ses côtés le cinéaste de La chambre du fils, Palme d'or en 2001.

Elle commence avec l'histoire qui relie le réalisateur au Festival. Six de ses films ont été sélectionnés. "En 1978, il réalise Ecce Bombo qui raconte les rapports difficiles d’un étudiant avec son entourage. Gilles Jacob qui vient de prendre ses fonctions de Délégué général du Festival de Cannes, décide de le programmer en sélection officielle car il pressent déjà le devenir du réalisateur Nanni Moretti." Elle n'oublie pas les autres sélections : "En 2004, la Quinzaine des Réalisateurs lui rend hommage en lui décernant le Carrosse d’or en hommage à « Un italien qui a su rendre l’honneur à son pays par la qualité d’œuvres singulières de ses films, ses prises de positions publiques et son courage politique » déclare à cette occasion Pascal Thomas, alors délégué Général de la Quinzaine."

Rappelant sa polyvalence (producteur, acteur, exploitant, distributeur...), elle loue ses initiatives, notamment celle d'avoir "donner aux jeunes cinéastes qui débutaient la chance que vous-même aviez eue".

Dans un bel hommage, Aurélie Filippetti évoque son travail : "Dans vos œuvres, vous avez souvent semblé parler de vous, au premier abord. C’est votre présence qui donne à votre cinéma sa cohérence. Mais c’est en fait pour mieux parler des autres, et de ce qui vous entoure. (...) Pour interroger, souvent, cette Italie que vous aimez, que nous aimons ; pour évoquer les crises qui ébranlaient « il bel Paese »."

Les origines italiennes de la Ministre, ainsi que son engagement politique, donnent une tournure particulière à cette remise de médaille. "Vous n’avez pas hésité à vous engager publiquement au tournant des années 2001/2002. Comment oublier ces rondes citoyennes, ces « girotondi » impulsées notamment par vous, face au pouvoir de l'époque?"

"Comme l’a écrit Serge Toubiana, à travers votre cinéma, tel un sismographe, vous avez raconté l’histoire de l’Italie de ces trente dernières années" poursuit-elle. Saluant "l'immense créateur formel", remémorant "ce long travelling vous filmant en Vespa à travers les rues de Rome déserte en plein mois d’août, jusqu’à la plage d’Ostie" avec  "en fond sonore, une composition de Keith Jarrett", s'arrêtant su cette plage d'Ostie pour prendre "dans nos bras tremblants le corps martyrisé de Pier Paolo Pasolini, immense cinéaste, poète, romancier, dramaturge : la quintessence de l’artiste total", elle rend hommage aux artistes engagés, aux artistes du monde.

Elle conclura en italien, bien qu'elle ait hésité à le faire, son discours. "Vous êtes, pour toujours, une page vibrante de notre «  journal intime »".

Une fois la médaille autour du cou, Nanni Moretti parle à son tour. "Je suis un spectateur heureux a Cannes." commence-t-il. "Ma Vespa que vous avez cité, je l'ai encore et malheureusement pour mon dos, je n'arrive pas à m'en passer." Il remercie chaleureusement la France, où son "cinéma n'a toujours pas été recalé" à l'examen. Comme il l'avait dit lors de la conférence de presse du jury, mercredi 16 mai, il "remercie la Ministre pour l'attention" qu'elle "porte, pas seulement aux films, mais au cinéma en tant que fait artistique et  culturel". "Les Français sont généreux avec mes films et c'est une histoire d'amour qui continue", a-t-il ajouté. Il termine son discours en remerciant tout le monde et notamment "Jacob et Frémaux". Moretti est désormais El Commandor, comme l'avait surnommé Alexander Payne, membre du jury, la veille de l'ouverture du Festival.

Cannes 2012 : Xavier Dolan, entre excitation et déception

Posté par vincy, le 22 avril 2012

Jeudi soir, la presse montréalaise rencontrait Xavier Dolan. Le jeune cinéaste-scénariste-comédien, déjà deux fois sélectionné à Cannes avec ses deux premiers films, venait d'apprendre que son troisième long métrage était sélectionné à Un certain regard, comme Les amours imaginaires en 2010. Son premier long, J'ai tué ma mère, avait été découvert à la Quinzaine des réalisateurs en 2009.

Laurence Anyways était précédé d'une telle attente que beaucoup l'espérait en compétition. Une journaliste de Radio Canada a d'ailleurs interpellé Thierry Frémaux, en charge de la sélection officielle du Festival, jeudi matin en conférence de presse : "Pourquoi le film de Xavier Dolan n'est "que" dans le Certain Regard?". Frémaux a justement rappelé qu'il était jeune (23 ans), qu'il avait le temps de construire son oeuvre, et surtout qu'il n'y avait rien de déshonorant à être à Un certain Regard. Ce n'est pas une "sous" sélection. On le voit au fil des ans : cette section du Festival prend de l'ampleur avec des cinéastes confirmés côtoyant des premiers films...

C'est évident que les "marches bleues" ont moins d'impact que les "marches rouges". Mais c'est davantage la faute de médias qui n'ont pas le temps de traiter tous les films ou qui se concentrent sur les films à vedette (pour des raisons d'audience).

Xavier Dolan ne peut que se réjouir : trois films, trois sélections à Cannes. Le cinéma québécois avait été rare, hormis les films de Denys Arcand, sur la Croisette : la Croisette a trouvé son abonné de la Belle-Province. Aux journalistes qui l'entouraient, Dolan, qualifié de jeune prodige par la presse québécoise, n'a pas caché ses émotions : « C’est vrai que ce n’était pas nécessairemement la nouvelle que nous attendions. C’est sûr qu’il y a une forme de déception. Les cinéastes ont tous le même rêve, celui d’aller à Cannes, d’être en compétition et de gagner la Palme d’or. Mais Un certain regard est une section prestigieuse. Ça reste la sélection officielle, ça reste le rendez-vous du cinéma mondial le plus couru et c’est pour moi un grand honneur. Cette déception est momentanée et elle sera bientôt remplacée par l’excitation de retourner dans ce festival qui est devenu, pour moi, une famille. »

A la déception, se substitue vite la joie : « Le fait est qu’on aurait pu ne pas du tout se retrouver à Cannes. Le fait qu’on y soit prouve que le Festival de Cannes veut préserver la relation qui a été bâtie avec moi. Être à Un certain regard, pour moi, c’est être à Cannes. » Dolan ne cache pas ses ambitions : « Dans n’importe quel métier qu’on puisse faire, on a une étoile ultime qu’on vise et vers laquelle on marche. En faisant Laurence Anyways, je me disais que cette fois-ci, on allait en compétition officielle et qu’on avait une chance pour la Palme d’or, peut-être la première canadienne.  C’est très important que le Québec s’affirme d’un point de vue identitaire à l’étranger. Ce qui provient du Québec présentement n’est pas forcément positif. Les échos que les gens peuvent avoir à l’international sont ceux d’un gouvernement plus belligérant dans lequel on se reconnaît moins. Heureusement, la culture nous fait rayonner et fait parler de nous d’une belle manière. »

Laurence Anyways, produit par MK2 pour un budget de 9 millions de $ CAN (ce qui est parmi les plus importants budgets au Québec ces dernières années), a été rendu possible grâce à la présence d'acteurs français, Melvil Poupaud et Nathalie Baye en tête, plus "bankables" au niveau international.

Le film se déroule sur une période de 12 ans et dure 2h39. C'est l'histoire de Laurence qui se découvre transgenre. Il tente désespérément de sauver sa relation avec Fred, sa fiancée, tout en désirant changer de sexe. « C’est mon premier film purement fictif, mais toujours sur le thème des amours impossibles » explique le cinéaste.

Le film sortira en mai au Québec et le 18 juillet en France.

Cannes 2012 : 10 ans de Visions Sociales sous l’oeil de Frémaux et Belvaux

Posté par vincy, le 13 avril 2012

Visions Sociales fêtera son 10ème anniversaire lors du prochain Festival de Cannes (16-27 mai). Pour cette édition spéciale, le Festival parallèle sera placé sous le parrainage de Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes et de Lucas Belvaux, réalisateur et acteur. 38 témoins, son film le plus récent, qui se déroule au Havre, sera présenté en clôture de Visions Sociales le 26 mai.

Visions Sociales présentera 23 films du 19 au 27 mai au Château des Mineurs, dans le Domaine d'Agecroft à Mandelieu La Napoule. Des films qui abordent les thématiques traitées en dix ans de programmation : le monde du travail, la place faite aux femmes, les luttes, la mondialisation, les bouleversements du Printemps arabe, montrés en présence de réalisateurs du monde entier. À ces films, sélectionnés dans les festivals soutenus tout au long de l’année par la CCAS - le Festival Premiers plans d’Angers, le Festival international du film d’Amiens, CineMed, le Festival du cinéma de Brive – Rencontres européennes du moyen métrage…. - s’ajoutent des oeuvres inédites de l’ACID, la Quinzaine des Réalisateurs, la Semaine de la Critique, « Un Certain Regard », la Cinéfondation et le Festival des 3 continents.

On pourra donc y voir cette année des films récents mais parfois mal diffusés comme Corpo Celeste, Historias, Les chants du Mandrin, Les femmes du bus 678, Le policier, Sur la planche, Terraferma... ainsi que des documentaires (Tous au Larzac) et des courts-métrages. A cela s'ajoutent trois rencontres autour des métiers du cinéma.

Visions Sociales est une manifestation en accès libre, à l’exception de la soirée de clôture qui, fidèle aux valeurs et engagements de la Caisse centrale d'activités sociales du personnel des industries électrique et gazière (CCAS), permet d’aider une association à raison de 5€ par entrée. Le Festival s’adresse aux ouvrants et ayants droit des comités d’entreprise, ainsi qu’aux Cannois, aux cinéphiles, aux curieux....

Cannes 2012 : la fausse liste de films fait du buzz puis un gros flop

Posté par redaction, le 3 avril 2012

Le Blog du festival de Cannes (une extension du Blogreporter.com tenu par Hugo Mayer), qui n'a rien à voir avec le Festival de Cannes, aurait pu faire croire à un poisson d'avril, mais la bévue a été mise en ligne le 2 avril.  En annonçant une liste de 20 films qui composaient la compétition du prochain Festival de Cannes, ce blog s'octroyait un soi-disant scoop. De cette liste, on retiendra qu'il n'y avait pas de surprises par rapport aux listes de prétendants qui ont été diffusées ici et là (sur Ecran Noir et ailleurs).

Mais le blog était persuadé tenir LA liste, celle des confirmés (avec cependant quelques gros manques, pour le coup surprenants). "Belle liste que nous avons réellement reçue. Hélas, ce n'était qu'une blague. On s'est fait avoir aussi. Désolé pour le stress...", a indiqué le Blog après avoir reconnu sa maladresse. Sans citer la source. On pouvait cependant lire en introduction : "une indiscrétion a brièvement filtré sur le site officiel du Festival de Cannes avant d'être retirée en hâte".

Donc l'ont-ils reçue ou l'ont-ils vue? Ont-ils voulu faire un coup? du buzz? améliorer leur référencement sur Google? Ou ont-ils été victimes d'un canular? Toujours est-il que l'intégrité journalistique en prend un coup.

Car, le problème est que personne d'autre n'a vu cette indiscrétion, même sur le site du Festival de Cannes. a sélection officielle doit être dévoilée lors d'une conférence de presse à Paris le 19 avril.

Dans la tête de Thierry Frémaux

Mais cela n'a pas empêché de très nombreux médias (français et étrangers) de la reprendre (avec quelques précautions). Ah la dictature de l'instant. On dit souvent que le silence est d'or, mais la patience aussi.

Selon l'AFP, "ne souhaitant pas donner plus de publicité à ce faux scoop", la direction du Festival de Cannes a écrit en milieu de journée un tweet officiel : "la sélection en cours n'est pas sur un site mais dans la tête de Thierry Frémaux". Frémaux, délégué général du Festival de Cannes et responsable de la sélection, a été beaucoup plus disert sur le compte Facebook du Festival : "Rien n’a fuité, ceux qui veulent créer le buzz en ne respectant ni les cinéastes, ni les traditions cannoises… n’en seront plus. La sélection en cours n'est pas sur un site mais dans la tête de Thierry Frémaux ! Elle sera dévoilée, comme annoncé, le jeudi 19 avril 2012."

Car, oui, il y a des traditions. Le jeu des rumeurs et des informations sous le manteau concernant la sélection cannoise commence fin janvier, entre journalistes, professionnels, attachés de presse. Cela fait monter le buzz, et quand il y a des certitudes elles proviennent plutôt des distributeurs (changement de date soudain pour une sortie de films, publication de matériel de presse, ...).

Ecran Noir, avec 15 ans d'expérience sur la Croisette, ne s'est pas laissée prendre au piège. Nous avons publié un court texte de mise en garde sur notre page Facebook de Cannes-fest dès lundi : "Un bug? Peu importe. La liste des films en compétition qui circule actuellement sur Internet n'a pas été officialisée par le Festival de Cannes : elle peut être incomplète ou susceptible d'être modifiée d'ici la conférence de presse du 19 avril. Ne nous excitons pas."

On sera assez excité comme ça entre le 19 avril et le 16 mai.

Cannes 2012 : Nanni Moretti, Signor Président

Posté par vincy, le 20 janvier 2012

Nanni Moretti sera le Président du Jury du 65e Festival de Cannes, qui aura lieu du 16 au 27 mai 2012, après les élections présidentielles françaises.

Moretti est un grand habitué du Festival. Il succède à de nombreux présidents de jury américains. On aurait pu attendre une femme (elles ont été rares ces dernières années) mais la désignation d'un grand cinéaste européen paraissait toute aussi logique.
Le directeur du Festival Thierry Frémaux confie de son côté que « c’est avec un Président de jury européen que le festival souhaitait célébrer sa 65e édition. Marqués par sa fougue, sa modernité et son intelligence, les films de Nanni Moretti incarnent ce que le cinéma a donné de meilleur ces trente dernières années. Son œuvre toujours en construction continue à faire vivre la promesse d’un cinéma en prise avec le monde et avec son temps. »

A 59 ans, le cinéaste, scénariste, comédien et directeur de Festival italien est l'une des personnalités du cinéma les plus respectées dans le monde. Moretti déclare dans le communiqué de presse du Festival : « C’est une joie, un honneur et une grande responsabilité de présider le jury du festival cinématographique le plus prestigieux du monde, festival qui se déroule dans un pays qui a toujours considéré le cinéma avec attention et respect. Comme réalisateur, j’ai toujours vécu avec émotion la participation de mes films au Festival de Cannes. Je me souviens aussi avec bonheur de mon expérience en tant que membre du jury durant l’édition du cinquantenaire, l’attention et la passion avec laquelle notre jury a vu et discuté de tous les films. Comme spectateur, je conserve heureusement la même curiosité que dans ma jeunesse et c’est donc pour moi un grand privilège d’entreprendre ce voyage dans le cinéma mondial contemporain. »

En tant que réalisateur, il est venu sur la Croisette dès son deuxième film, Ecce Bombo, en 1978, en compétition. Il y reviendra en 1994 avec Journal intime (prix de la mise en scène). En 1996, il présente, hors compétition, un court métrage, Il giorno della prima di Close Up. Il reviendra avec deux autres courts métrages hors compétition, The Last Customer et Il grido d'angoscia dell'uccello predatore 20 tagli d'aprile en 2003. En 1998, il présente Aprile en compétition. Mais c'est en 2001, avec La chambre du fils, que Moretti bouleverse la Croisette et triomphe avec une Palme d'or. En 2006, Moretti devient Le Caïman, toujours en compétition. Pour le 60e anniversaire du Festival, il réalise un segment de Chacun son cinéma en 2007. Et l'an dernier, il est de nouveau en compétition avec Habemus Papam, l'un de ses plus gros succès public en France comme en Italie.

Moretti a déjà été membre du jury, en 1997, sous la présidence d'Isabelle Adjani. Il avait aussi été Président du Jury du Festival de Venise en 2001.

Dans d'autres festivals, les films de Moretti ont évidemment brillé : à Berlin, il reçoit l'Ours d'argent (prix spécial du jury) pour La messe est finie en 1986 et à Venise, il obtient le Prix spécial du jury pour Sogni d'Oro en 1981. Les David di Donatello (Césars italiens) l'ont également distingué : 9 de ses films ont été nommés une ou plusieurs fois, et il a lui-même reçu le prix du meilleur réalisateur pour Le caïman (qui fut aussi primé comme meilleur film et meilleur producteur) et du meilleur acteur pour Il portaborse,

Entre cinéma intime et oeuvres engagées, militant politique et critique de la société contemporaine, drame émotionnel et humour acide, les films de Moretti, pessimistes et légers, sont reconnaissables entre tous. Le narcissisme d'apparence est substitué rapidement par un discours plus global, où les dérives de la société italienne, ses perversions, sont pointées du doigt avec sarcasmes et ironie. Il a été un résistant de la première heure à Silvio Berlusconi.

Moretti, fondateur de la société de production Sacher Film (du nom de son gâteau préféré), a aussi ouvert une salle de cinéma à Rome (le Nuovo Sacher) et a créé le Festival Sacher, dédié aux courts métrages. Il est aussi le directeur artistique du Festival de Turin.

Pour Gilles Jacob, président récemment réélu du Festival, la boucle est bouclée. Ecce Bombo était l'un des films de sa première sélection en 1978. Il déclare : « Quand nous avons décidé de mettre Ecce Bombo, un film en super 8 !, en Compétition dès mon arrivée en 1978, c’est que je pressentais que Nanni Moretti allait bientôt devenir NANNI MORETTI. C’est ce qui s’est passé et je me réjouis de cette longue et affectueuse collaboration. »

Gilles Jacob et Thierry Frémaux reconduits à la tête de Cannes jusqu’en 2014

Posté par vincy, le 20 décembre 2011

C'est plutôt une bonne nouvelle. Depuis le dernier Festival de Cannes, les rumeurs et les manoeuvres - parfois indécentes - occupaient les conversations et les colonnes des médias autour de l'éventuel départ de Gilles Jacob (voir notre article du 31 mai 2011).

Le conseil d'administration de l'Association du Festival de Cannes a rendu son verdict mardi 20 décembre. Gilles Jacob ne sera remplacé par aucun de ceux qui convoitaient son poste : il conservera la présidence du festival de Cannes jusqu'en 2014, tout comme Thierry Frémaux, dont les prérogatives sont désormais élargies.

Le duo a été reconduit par "acclamation". manière de renvoyer les prétendants et les jaloux aux vestiaires. Après tout, ni l'un ni l'autre n'ont démérité. La dernière sélection de Frémaux, tant la compétition officielle qu'Un certain regard, a prouvé au fil des mois sa qualité : succès publics (Polisse, Drive, The Artist ont dépassé le million d'entrées en France) et dans les palmarès (The Artist est dans les favoris pour les Oscars, Melancholia a reçu le prix du meilleur film européen, Le Havre a obtenu le prix Louis-Delluc, ...).

Il n'y a pas eu besoin de changer les règlements. La continuité a été plébiscitée. Gilles Jacob, 81 ans, président du Festival depuis 10 ans, a su éviter tous les écueils politiques et diplomatiques pour garder son fauteuil face à une meute de personnalités avides de le remplacer. Thierry Frémaux, 50 ans, délégué général depuis 3 ans, rempile aussi, avec des fonctions plus larges, lui donnant quasiment tous les pouvoirs : il aura à sa charge l'ensemble des fonctions exécutives du festival : budget, ressources humaines, développement... Parmi les chantiers à surveiller : le nouveau Palais des Festivals, les relations tendues avec la Quinzaine des réalisateurs, l'émergence du cinéma sur le web.

Cette nouvelle gouvernance arrange ainsi les deux protagonistes, mais aussi le conseil d'administration qui souhaitait éviter une crise médiatique. A quelques mois de l'élection présidentielle et après des nominations hasardeuses par le Ministre de la Culture, les institutions ne voulaient certainement pas être accusées de "fait du Prince" ou de "parachutage" politico-amical. La tentation fut grande - qui résisterait d'être à la tête du plus grand (et du plus flamboyant) Festival de cinéma du monde? - mais la sagesse l'a emporté.

Le 65e Festival de Cannes se déroulera du 16 au 27 mai 2012.

Martin Scorsese soutient Le Jour le plus court

Posté par vincy, le 8 décembre 2011

A l'occasion de son voyage promotionnel à Paris pour la sortie du film Hugo Cabret, Martin Scorsese a accepté d'apporter son soutien à la grande fête du court métrage initiée par le CNC, Le jour le plus Court.

L'événement aura lieu le 21 décembre 2011.

Martin Scorsese a tenu à saluer, auprès de Thierry Frémaux, Délégué général du Festival de Cannes, et Eric Garandeau, P-DG du CNC, "l'initiative qui permet de faire la promotion du format court auprès d'un large public partout en France" selon les termes du communiqué.

Mélies sur trois écrans géants à la Gare Montparnasse

"Ce soutien marque aussi l'attachement de Martin Scorsese au réalisateur Georges Méliès dont on célèbre cette année le 150ème anniversaire de la naissance" et qui est la vedette du film Hugo Cabret. A l'occasion du Jour le plus Court, le public pourra découvrir 4 films de Mélies toute la journée, au coeur de la Gare Montparnasse, sur 3 écrans géants. Dans Hugo Cabret, Mélies tient une boutique de jouets et de confiserie au coeur de la gare...

Ecran Noir fêtera aussi le court métrage ce jour-là (voit lejourlepluscourt.com).

Sleeping Beauty, interdit aux moins de 16 ans pour « incitation à la prostitution, climat malsain et pervers »

Posté par vincy, le 31 octobre 2011

On n'a pas du voir le même film.

Premier long métrage en compétition projeté à Cannes, le premier film de Julia Leigh, Sleeping Beauty, pourrait être interdit aux moins de 16 ans en France. Le film australien, qui sort le 16 novembre dans les salles françaises, se voit accuser par l'avis de la Commission de classification des films "d'incitation à la prostitution, climat malsain et pervers". "En raison de la peinture de personnages à la dérive dans des situations difficilement compréhensibles par un public jeune et susceptible de heurter ce dernier", le couperet est tombé sévèrement.

On n'a pas du voir le même film car Sleeping beauty joue davantage avec l'onirisme et le mal être de sa jeune héroïne qu'avec des actes sexuels filmés de manière pornographiques. La prostitution, un sujet parmi d'autres, est avant tout un rituel sophistiqué et très critiqué dans le film. Certes, des scènes peuvent déstabiliser, l'érotisme masochiste n'est pas très loin dans certains plans, mais si cela dérange un spectateur de 15 ans, l'effet peut être similaire sur un adulte de 45 ans.

La distributrice, Michèle Halberstadt (ARP Sélection) a immédiatement décidé de faire appel de cette décision auprès du Ministre de la culture et de la communication. "J'espère que le ministre va peut-être soit trancher, s'il a vu le film, soit demander à la commission de reconsidérer sa position". Elle affirme qu'il n'y a rien de justifier dans cette interdiction lourde (qui tue le film dès sa sortie). D'autant que le distributeur aurait accepté une interdiction aux moins de 12 ans avec avertissement. "Le film est passé à Cannes à 19H30, ce qui prouve qu'il n'y avait aucune ambiguïté dans la tête des sélectionneurs, sinon ils l'auraient mis à 22H30", rappelle Halberstadt.

Bien sûr il ne s'agit que d'un avis consultatif. C'est le Ministre qui décide. Mais cette affaire en dit long sur l'Américanisation de notre regard sur la culture. Le puritanisme revient-il en force? Alors que le Théâtre de la Ville est assailli par des catholiques intégristes à cause d'un spectacle de Romeo Castellucci, on s'interroge sur la vision conservatrice qui reprend le dessus dans le débat culturel, pas franchement soutenu par une télévision de plus en plus conformiste. "Une oeuvre d'art n'est jamais immorale. L'obscénité commence où l'art fini" écrivait Raymond Poincaré. Ce serait bien qu'on se le rappelle, ad minima au nom de la liberté d'expression.

Pour Sleeping Beauty, un avertissement aurait du suffire. Le film avait peu de chance de séduire un public jeune et il est stupide de refuser l'entrer à des ados éventuellement accompagnés d'adultes avec qui ils peuvent débattre après la projection. Dans Le Skylab, les parents de la jeune héroïne interprétés par Julie Delpy et Eric Elmosnino expliquent qu'ils l'ont emmenée voir Apocalypse Now et Le Tambour alors qu'elle n'a même pas 12 ans... Ce ne serait plus possible?

Il y a encore 1/5e des films qui sont frappés d'un avertissement ou d'une interdiction.

Sleeping Beauty raconte l'histoire d'une étudiante fauchée qui multiplie les petits boulots et qui accepte, finalement, de dormir nue sous somnifère pendant que des hommes âgés viennent partager sa nuit, en ignorant tout de ce qui se passe. Le film n'avait suscité aucune controverse, aucune polémique à Cannes.

Thierry Frémaux, le délégué général du Festival de Cannes, est lui aussi etonné "face à une telle mesure qui frappe un film de la compétition, programmé à 19h, qui ne nous semble à aucun moment faire l'apologie de quoi que ce soit".

La réalisatrice Julia Leigh rappelle que son film "se réfère au conte du même nom, mais aussi aux œuvres de Yasunari Kawabata et Gabriel Garcia Marquez, qui ont tous deux reçus le Prix Nobel de littérature, et qui ont abordés cette thématique des hommes âgés dormant avec des filles bien plus jeunes. Et même dans la Bible, le Roi David cherche à passer la nuit aux cotés de jeunes vierges endormies". Elle ajoute avec panache et provocation que "le vrai film à interdire, c'était Pretty Woman, car voir cette fille se prostituer, et gagner à la fin et le mec et l'argent, était bien plus incitatif à la prostitution! Dans Sleeping Beauty, l'héroïne hurle d'effroi en comprenant que, même s'il n'y a pas pénétration, offrir son corps endormi n'est pas anodin..."

Quoique décide Frédéric Mitterrand, le film n'attendait pas autant de publicité : ce ne sera pas un mal face à une effroyable concurrence le 16 novembre. Mais c'est aussi une fausse publicité : le film n'a rien du caractère sulfureux dont on l'accuse.