Cannes 2018 : Le Festival s’engage pour la parité femmes-hommes

Posté par wyzman, le 14 mai 2018

Les amoureux du Festival de Cannes le savent, 82 femmes ont monté les marches samedi soir pour dénoncer les inégalités salariales dans une industrie qui ne seraient rien sans elles. Parmi celles-ci, on pouvait facilement reconnaître Cate Blanchett, Kristen Stewart, Agnès Varda, Jane Fonda, Marion Cotillard, Salma Hayek, Sofia Boutella ou encore Leïla Bekhti. Qu'elles soient actrices, réalisatrices ou encore scénaristes, leur présence sur les marches ce samedi 12 mai relève d'un acte historique.

En parallèle de cette manifestation, le CNC tenait aujourd'hui une table ronde intitulée "5050 pour l'égalité femmes-hommes". Le but de cette table ronde, à l'instar de la montée des marches du week-end dernier, était de sensibiliser médias et public sur les problèmes de parité inhérents à l'industrie cinématographique mais également au Festival de Cannes. Autour e cette table, se trouvaient des représentantes de Time's Up US, Time's Up UK, Dissenso Commune (Italie), CIMA (Espagne) et Greek Women's wave (Grèce). Le débat était animé par Céline Sciamma et Rebecca Zlotowski qui ont fièrement introduit la Ministre de la Culture, Françoise Nyssen.

Cette dernière, venue tout droit de la maternité où sa 13e petite-fille venait de naître, a tenu à remettre les pendules à l'heure, apportant de nouveau son soutien aux créatrices des mouvements #MeToo, #TimesUp mais également #5050x2020 (prononcez "50-50 by 2020" soit "50-50 d'ici 2020"). Ce collectif créé et constitué par des personnalités telles que Rebecca Zlotowski, Justine Triet, Bertrand Bonello, Toni Marshall, Marie-Ange Luciani, Caroline Benjo, Adèle Haenel, Léa Seydoux, Pierre Deladomchamps a pour ambition de facilité l'égalité femmes-hommes dans le milieu du cinéma.

Le clou de cette table ronde étant bien évidemment la signature d'une charte par le Festival de Cannes ainsi que ses sections parallèles (Quinzaine des réalisateurs et Semaine de la critique). Cette charte vise à accélérer le processus de parité dans les festivals de cinéma, de la programmation à la sélection en passant par les jurys (sans pour autant avoir recours à de la discrimination positive). Thierry Frémaux, vivement critiqué pendant le débat, a annoncé que l'initiative allait être proposée à tous les festivals de cinéma internationaux. En outre, cette charte a pour but de "rendre transparente la liste des membres des comités de sélection et programmateurs" afin d'"écarter toute suspicion de manque de diversité et de parité".

Pour découvrir l'intégralité de cette table ronde, rendez-vous ici.

Cannes 2018: la justice autorise la projection du film de Terry Gilliam

Posté par vincy, le 9 mai 2018

Le délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux vient d'annoncer lors de l'ouverture d'Un certain regard, avec Donbass de Sergei Loznitsa, que la justice autorisait la projection en clôture de L'homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam. Il a aussi affirmé que le réalisateur serait présent, malgré un accident de santé ce week-end à Londres, qui l'a obligé à être brièvement hospitalisé. "Pas encore mort. Je viens à Cannes" a envoyé comme message Terry Gilliam au Festival de Cannes.

Gros clash pour beaucoup de cash autour du film de Terry Gilliam

La nouvelle est heureuse pour le cinéaste et ses producteurs, surtout après la mauvaise nouvelle de ce matin: le distributeur américain Amazon Studios venait d'annoncer qu'il se retirait de ses droits de diffusion, après avoir pourtant financé une bonne partie de la production.

Une projection autorisée avec un avertissement préalable

Pourtant le jugement ne fait pas de gagnants ou de perdants. Après tout, c'est un référé qui ne juge pas l'affaire sur le fond. Le jugement indique clairement que le juge des référés ne "dispose pas des pouvoirs pour statuer sur la demande d'autorisation générale de distribution sur le territoire national le 19 mai." La cour déboute cependant Paulo Branco et sa société Alfama Films "de leur demande d'interdiction de projection du film (...) en séance de clôture" du Festival de Cannes.

Le juge contraint le Festival de diffuser à ses frais préalablement à la projection un message d'avertissement indiquant que la projection du film lors de cette séance "ne préjuge en rien des droits revendiqués par la société Alfama Films productions et Monsieur Paulo Branco sur ce film à l'encontre de Monsieur Terry Gilliam et des producteurs mentionnés au générique, qui font l'objet de procédures judiciaires en cours". Le jugement pour ces procédures est attendu pour le 15 juin. Enfin pour les dépens (dommages), Paulo Branco recevra 1500 euros des producteurs et du réalisateur.

La distribution du film ni interdite ni validée

Du côté d'Alfama on crie victoire. Pourtant la demande initiale qui a valu ce référé a été rejetée: le film sera bien montré à Cannes. Et ne préjuge en rien le jugement sur le fond du procès encore opposant Gilliam et ses producteurs à Alfama.

Paulo Branco estime "que cette décision lui donnait malgré tout raison sur le fond" puisque "le film peut être projeté mais le festival doit informer tout le monde que cela n'infirme en rien les décisions judiciaires précédentes d'octroyer les droits à Alfama". Criant victoire, il considère qu'il s'agit  "d'une autorisation exceptionnelle".

Pour son avocate, "Cette projection constitue un trouble manifestement illicite" même si le tribunal ne reconnaît pas ce trouble. "Ce trouble sera suffisamment réparé pour l'instant" par le carton d'avertissement projeté avant le film.

De son côté Océan films, le distributeur continue de penser qu'il est en droit de distribuer le film dans toute la France le 19 mai, après la décision rendue par la justice française aujourd'hui."Le distributeur est victime de ce conflit. Nous sommes satisfaits car nous ne sommes pas aujourd'hui sous le coup d'une interdiction de distribution", a estimé l'avocat de Star Invest Films France, Me Christophe Ayela, dans une déclaration à l'AFP.

Cependant, on attend que le CNC délivre un visa d'exploitation pour qu'il puisse sortir en salles.

Prochain round dans les jours qui suivent.

Netflix va-t-il tuer le Festival de Cannes ?

Posté par wyzman, le 6 mai 2018

Depuis avril 2017, le nom de Netflix est sur les lèvres de nombreux festivaliers et adeptes de la Croisette. Suite à la polémique sur la nature même des films qu'il produit et diffuse, Netflix a tout simplement été banni de la sélection officielle par les organisateurs du Festival de Cannes. Pas plus tard que le mois dernier, Thierry Frémaux rappelait néanmoins que le géant du streaming pourrait néanmoins proposer ses films hors-compétition. Mais rien y fait, Netflix ne sera pas de la partie cette année. Et il se pourrait bien que le premier à être pénalisé par cette absence ne soit pas l'abonné ou le festivalier mais bien ceux qui ont toujours soutenu les politiques et diverses règles du Festival !

Absence de stars

Les plus teigneux d'entre nous pourraient arguer que l'absence de Netflix va profiter aux autres films, leur permettre de gagner en visibilité médiatique. Mais ils auraient tort (enfin presque). La non-présence de films produits ou acquis par Netflix va très certainement permettre à d'autres sélectionnés d'avoir quelques jolis papiers dans la presse mais cela n'aide pas vraiment les organisateurs du Festival dont l'attitude ne cesse d'être critiquée par les médias américains. Cette semaine, le très sérieux Variety posait d'ailleurs la question "Avec Netflix out et les stars absentes, Cannes restera-t-il influent ?"

Cette dernière peut faire sourire mais elle s'avère extrêmement pertinente. L'année dernière, les deux films de Netflix présents en sélection officielle avaient permis d'amener Tilda Swinton, Jake Gyllenhaal, Ben Stiller, Dustin Hoffman et Emma Thompson sur le tapis rouge. Rien que ça ! Cette année, les deux films américains à briguer la Palme d'or (Blackkklansman et Under the Silver Lake) devraient rameuter Adam Driver, Laura Harrier, Topher Grace, Riley Keough et Zosia Mamet. A l'exception d'Adam Driver, tous les autres sont loin, très loin d'être de stars de classe A. Et si vous espérez voir Andrew Garfield en smoking pour Under the Silver Lake, il faudra repasser : l'acteur de 34 ans joue actuellement dans le remake d'Angels in America à Broadway.

La presse française ravie

Bien évidemment, l'absence de grandes stars américaines n'est pas directement responsable du manque d'engouement outre-Atlantique pour cet événement. Mais à y regarder de plus près, on constate rapidement que cette 71e édition sera avant tout marquée par des montées de marches où les acteurs français seront plus qu'à l'honneur. L'an dernier, 120 Battements par minute nous avait apporté Nahuel Pérez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel et Yves Heck, Le Redoutable Louis Garrel et Bérénice Bejo, Rodin Vincent Lindon et Izïa Higelin et L'Amant double Marine Vacth, Jérémie Renier et Jacqueline Bisset.

Cette année, les Gala, Voici et autres VSD devraient se délecter des apparitions de Vincent Lindon, Mélanie Rover pour En guerre de Vincent Brizé, Vanessa Paradis, Kate Moran et Nicolas Maury pour Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez, Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps et Denis Podalydès pour Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré et enfin Golshifteh Farahani et Emmanuelle Bercot pour Les Filles du soleil d'Eva Husson.

Car du côté des films étrangers non-américains, seul Everybody knows devrait retenir toute l'attention. Le film d'Asghar Fahradi a été choisi pour faire l'ouverture du festival, permettant ainsi à Penélope Cruz, Javier Bardem, Ricardo Darín et Eduard Fernandez de laisser à penser que le glamour de celui-ci est intact. Mais personne n'est dupe !

L'intérêt est ailleurs

Parce que l'affaire Netflix a marqué un tournant pour le plus grand festival de cinéma au monde, il n'est pas vraiment étonnant de voir que les films les plus attendus à l'heure actuelle sont ceux qui devraient repartir bredouille. Parmi les films hors-compétition, il semble impensable de manquer Solo : A Star Wars Story de Ron Howard et The House that Jack Built de Lars Von Trier et L'Homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam.

Côté séances de minuit, le téléfilm de HBO et Ramin Bahrani Fahrenheit 451 ainsi que le documentaire Whitney de Kevin MacDonald devraient faire sensation. Et autant ne pas commencer à évoquer la curiosité que suscitent les nouveaux films de Romain Gavras, Gaspar Noé, Philippe Faucon, Guillaume Nicloux à la Quinzaine des réalisateurs et de Alex Lutz et Paul Dano en à la Semaine de la critique.

L'aura de Netflix intacte

L'avenir du Festival de Cannes n'est sans doute pas en danger à cause de Netflix mais il devient de plus en plus évident que son halo s'en est allée et qu'il devient jour après jour une simple devanture pour ses partenaires. Le festival survivra très certainement sans films américains en compétition officielle mais la question est de savoir s'il peut rester compétitif et pertinent sans la hype qui entoure tous les projets de Netflix. Plus qu'attachés à la chronologie des médias et à un certain cinéma, les organisateurs pourraient bien être en train de passer à côté de l'essentiel : l'ouverture sur le monde.

Malgré le bad buzz provoqué par la présence de son entreprise en compétition l'an dernier, le fondateur et PDG de Netflix, Reed Hastings demeure confiant pour la suite. Actuellement au festival Séries Mania, il a ainsi précisé : "Concernant le festival de Cannes, nous avons créé une controverse plus importante que nous ne le souhaitions. Nous n’avons pas l’intention de perturber le système cinématographique. Tout ce que nous voulons, c’est rendre nos souscripteurs heureux grâce à nos créations." Tout cela avant de démentir les rumeurs d'achat d'une chaîne de cinémas par Netflix.

Avec déjà 125 millions d'abonnés en poche, Netflix pourrait bien finir par devenir "le grand producteur mondial" que son fondateur ambitionne d'être, qu'il s'agisse de ses séries ou de ses films. En refusant de voir concourir ses productions en sélection officielle, le Festival joue un jeu dangereux et prend le risque de passer pour l'oncle archaïque trop obsédé par sa chronologie des médias obsolète pour voir ce que la révolution numérique a de meilleur à offrir. Enfin, en l'absence d'accord, les deux partis pénalisent celui qui a toujours soutenu le Festival : le distributeur indépendant !

Cannes 2018: le Festival soutient Terry Gilliam face aux menaces de Paulo Branco

Posté par vincy, le 30 avril 2018

Dans un premier temps, la semaine dernière, Paulo Branco, via sa société Alfama Films Production, avait "obtenu l'autorisation d'assigner en référé le Festival de Cannes", après la sélection de L'homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam. Le producteur veut demander au président du tribunal de grande instance de Paris de prononcer l’interdiction de la projection du film "en violation de ses droits, droits réaffirmés par trois décisions judiciaires". L’audience se tiendra le 7 mai, la veille de l'ouverture du Festival.

Le film de Terry Gilliam, distribué par Océan Films, doit sortir en France le 19 mai, soit le même jour que sa projection cannoise.

Rappelons quand même que le producteur Paulo Branco (Alfama Films) a déjà engagé plusieurs procédures en Europe contre les producteurs du film de Terry Gilliam (Tornasol, Kinology, Entre Chien et Loup et Ukbarfilmes) ainsi que distributeur français (Océan Films Distribution Int.), estimant qu’il détient toujours les droits du film. Un des jugements doit être rendu le 15 juin par la cour d’appel de Paris.

Branco braque Cannes

Bon. Avec un peu d'humour noir, on se dit que ce n'est qu'un obstacle de plus pour cette production démarrée il y a vingt ans....

Et puis, le Festival de Cannes, à travers un communiqué signé de son Président Pierre Lescure et de son Délégué général Thierry Frémaux, ont décidé de réagir: "M. Branco ayant jusque-là beaucoup occupé le terrain médiatique et juridique, il nous semble important de faire valoir les raisons qui nous ont conduits à sélectionner le film et à encourir l’attaque d’un producteur dont l’avocat, M. Juan Branco, aime rappeler que son image et sa crédibilité se sont essentiellement bâties sur ses innombrables présences à Cannes, et par sa proximité avec de grands auteurs consacrés par le Festival. "Ce qui est vrai, et ajoute à notre perplexité."

Car oui, Paulo Branco a profité largement du Festival : La Forêt de Quinconces de Grégoire Leprince-Ringuet, La Chambre bleue de Mathieu Amalric, Cosmopolis de David Cronenberg, Les Chansons d'amour de Christophe Honoré, pour ne citer que quelques uns des films récents qu'il a produit ont été en sélection officielle.

Soutien officiel aux artistes

Le Festival de Cannes "respectera la décision de justice à intervenir, quelle qu’elle soit, mais nous tenons à redire qu’il se tient du côté des cinéastes et en l’espèce du côté de Terry Gilliam dont on sait l’importance qu’a pour lui un projet qui a connu tant de vicissitudes. Provoquées une dernière fois par les agissements d’un producteur dont l’épisode fait définitivement tomber le masque et qui nous promet désormais, par la voix de son avocat, une « déshonorante défaite »".

Avec justesse, le Festival rappelle alors que "La défaite serait de céder à la menace". "Au moment où deux cinéastes invités en Sélection officielle sont assignés à résidence dans leurs propres pays (Jafar Panahi et Kirill Serebrennikov, ndlr), au moment où le film de Wanuri Kahiu, Rafiki, qui figure en Sélection officielle, vient de subir les foudres de la censure du Kenya, son pays de production, il est plus que jamais important de rappeler que les artistes ont besoin qu’on les soutienne, pas qu’on les attaque. Cela a toujours été la tradition du Festival de Cannes, et cela le restera" affirme le communiqué.

Risques connus

Cannes avait conscience du litige entre Gilliam et Branco. Le film a été présenté au comité de sélection par le réalisateur, le vendeur du film et le distributeur, durant l'hiver. "Les contentieux tels que celui qui oppose M. Branco à Terry Gilliam ne sont pas rares, le Festival en est régulièrement informé, mais il ne lui appartient pas de prendre position sur un sujet de cet ordre. Ainsi, après vision, et alors qu’une sortie simultanée du film semblait possible, nous avons décidé de faire figurer cette œuvre en Sélection officielle" précisent Lescure et Frémaux.

Les deux patrons du Festival indiquent que "Le Festival de Cannes a pour mission de choisir les œuvres sur des critères purement artistiques et une sélection doit se faire avant tout en accord avec le réalisateur d’un film. C’est le cas. Nous étions prévenus des recours possibles et des risques encourus, dans une situation déjà rencontrée dans le passé mais en l’occurrence, lorsque notre décision a été prise, rien ne s’opposait à la projection du film au Festival."

Si le Festival de Cannes attendra la décision du Tribunal avec "sérénité", la manifestation confirme que la projection en clôture reste soumise à la décision du juge des référés le 7 mai. Mais, le Festival se défend d'avoir "agi à la légère" ou "opéré le moindre « passage en force », comme M. Juan Branco le dit à la presse".

Diffamation(s)

Car à la fin du communiqué, Cannes touche le talon d'Achille du producteur. "Le « passage en force », chacun sait dans notre métier que cela a toujours été la méthode favorite de M. Branco dont il faut rappeler qu’il organisa il y a quelques années une conférence de presse pour dénoncer le Festival de Cannes qui n’aurait pas tenu une « promesse de sélection » sur un de ses films. Accusation qui fit long feu, le Festival ne faisant pas des promesses de sélection : il sélectionne ou non. Aujourd’hui, M. Branco laisse son avocat procéder à des intimidations ainsi qu’à des affirmations diffamatoires aussi dérisoires que grotesques, dont l’une vise l’ancien Président d’une manifestation dont il s’est servi toute sa carrière pour établir sa propre réputation."

Dans son livre Voir Cannes et survivre, Les dessous du festival (2017), Carlos Gomez écrivait dans son livre: "Matthieu Amalric qui riait en me racontant que son producteur Paulo Branco était allé au casino pour tenter de regagner l'argent qu'il avait réuni pour un film de Wim Wenders, perdu la veille sur la même table de jeu." Si Paulo Branco risque de ne pas être le bienvenu à Cannes, il pourra toujours se consoler au casino.

Cannes 2018 : ce qu’il faut retenir de la conférence de presse

Posté par wyzman, le 12 avril 2018

Malgré quinze minutes de retard, la conférence de presse du 71e Festival de Cannes tenue par Pierre Lescure et Thierry Fremaux a réservé pas mal surprises. A commencer par la sélection officielle : inattendue et rafraîchissante côté Compétition, il sera beaucoup question de diversité dans la section Un certain regard tandis que les Séances spéciales/de minuit/Hors-compétition ont de quoi réjouir les cinéphages aguerris. Voici dans le détail tout ce que vous devez savoir à moins de 4 semaines du lancement des festivités.

  • Les selfies seront bien interdits. Thierry Fremaux l'a de nouveau expliqué : "Ce ne sont pas les stars qui se prennent en photo. C'est des gens, invités par des partenaires, qui ont la chance d'être sapés comme jamais. C'est irrespectueux. Quand on a la chance d'être invité, il vaut mieux rester décent par rapport à ceux qui ne le sont pas." Tout cela avant d'ajouter : "On a des problèmes de cortège, de montées de marches, il faut faire entrer 2200 personnes dans la grande salle, les gens tombent, c'est une immense pagaille, c'est pas beau."
  • Le pass "3 jours à Cannes" pour les 18-28 ans fait un tabac. "Hier soir, il y avait 600 lettres de motivation pour le pass #3JoursACannes. On en a reçu de Chine et d’Inde !" Pour rappel, le pass permettra aux jeunes cinéphiles un peu chanceux de découvrir la sélection officielle les 17, 18 et 19 mai prochains.
  • Antoine Desrosières rejoint la sélection officielle à la dernière minute. "A genoux les gars a été ajouté à 3 heures du matin" a annoncé Thierry Fremaux avant de décrire ce film co-créé avec les actrices comme une traversée sur les "nouveaux modes de sexualité, les rapports femme/homme".
  • Les projections du matin réservées à la presse sont encore sources de questionnements. A l'écoute des journalistes, Thierry Frémaux consent : "On voudrait modifier la grille de programmation de Cannes, on veut questionner nos propre pratiques, questionner le futur, alors ce n'est pas en direction de la presse, mais des propos de galas. On n'a pas décidé de faire passer la presse après. Y compris les projections aux marchés doivent se faire après la projection de gala. On est conscients que ça va changer beaucoup de choses. On était convaincus que les télé, les radios seraient ravis, hors pas du tout..." Il ajoute : "L'embargo ça n'est pas possible. Le film est montré, tout le monde peut en parler. Projection de gala et de presse. On est en train de faire plein d'hypothèses, on parle beaucoup avec vos collègues" avant de reconnaître "La grille n'est pas facile à établir, on s'est mis nous même dans une montagne à gravir. Ça va changer beaucoup d'habitudes. C'est évident" et de conclure "Les projections d'avant Cannes nous ne les avons jamais interdites."
  • Le Festival a senti passer l'affaire Harvey Weinstein. Thierry Frémaux évoque un "tremblement de terre. Le monde n'est plus le même depuis octobre dernier. Pour aborder les femmes cinéastes, il y en a, la question des quotas ne concerne en aucun cas les quotas de sélections artistiques." La situation est néanmoins très claire pour le délégué général du festival : "Il n'y aura jamais de discrimination positive en sélection officielle à Cannes." avant de rappeler qu'il y a "trois femmes cinéastes cette année en compétition. On a beaucoup échangé avec des femmes cinéastes ces derniers temps. Et toutes nous disent que le processus de sélection n'est pas concerné par la question #metoo."
  • L'absence de Netflix serait entièrement due aux décisions de ses cadres. "Nous avons un dialogue fructueux, en dépit des apparences, avec Netflix. L'an passé, les débats sur la présence d'Okja nous ont conduit à redire que les films en compétition doivent être ouverts à la salle". Concernant l'édition 2018, Thierry Frémaux insiste : "Il y avait des candidats à la distribution des titres Netflix qui nous intéressaient, ils ont refusé donc ils ne pouvaient pas être en compétition" avant d'éclaircir : "Nous avions fait 2 propositions à ces films [Netflix] : un en compétition [Roma d'Alfonso Cuaron, NDLR] et un hors compétition (The Other Side of the Wind d'OrsonWelles) [...] pour des raisons qui leur incombent Netflix a décidé de les retirer."
  • L'absence de Paolo Sorrentino peut être expliquée. "Vous constatez qu'on a ouvert les portes et les fenêtres pour des gens jamais venus à Cannes. Le film de Paolo [Loro] sort en deux parties dont une sort avant Cannes. La nature même du projet nous a fait hésiter..."
  • Les absences de Xavier Dolan et Jacques Audiard sont regrettables pour tout le monde. "Nous avons vu le film de Dolan, on le voulait mais il est reparti en montage. Donc il n'y a de sa part aucun refus d'aller à Cannes." Parce que Cannes est rarement bon pour une course aux Oscars, Thierry Frémaux rajoute : "Il y a une stratégie d'automne donc en effet, les producteurs n'ont pas choisi Cannes. Le film de Jacques Audiard, très cher, produit par les Américains, soumis à des ventes, est toujours en montage (...) du côté des Américains, Cannes est un lieu où parfois ce n'est pas idéal, parce qu'il y a danger". Et cela, notamment parce que les critiques sont souvent plus tranchées à Cannes qu'à Toronto, Venise ou Sundance.
  • L'absence de séries télé n'a rien à voir avec la polémique Netflix. "L'an passé, nous avions des amis de Cannes, Lynch, Innaritu, Campion. Nous restons un festival de film, un festival de cinéma, on ne s'interdit pas de montrer un épisode, ça ne s'est juste pas trouvé cette année."
  • Le film de clôture n'est toujours pas choisi. "L'une de nos intentions est de terminer un samedi et que le film de clôture soit un film qui sorte. J'espère qu'on trouvera quelque chose, que ce film sorte le vendredi et soit montré à Cannes le samedi soir... Mais on n'a pas trouvé..."

Cannes 2018: 2001 l’Odyssée de l’espace en 70mm et Christopher Nolan en master-class

Posté par vincy, le 28 mars 2018

Cannes Classics célèbrera le 50e anniversaire de 2001 : L’Odyssée de l’espace, le chef d'œuvre SF de Stanley Kubrick. Avec en guest-star Christopher Nolan pour présenter en avant-première mondiale "une copie neuve 70mm conforme à l’originale du chef-d’œuvre de Stanley Kubrick sorti en 1968" annonce le festival de Cannes.

La projection aura lieu le samedi 12 mai 2018. "Des membres de la famille de Stanley Kubrick assisteront également à la projection": sa fille, Katharina Kubrick et son coproducteur de longue date et beau-frère, Jan Harlan.

Pour sa première présence sur la Croisette, Christopher Nolan participera également à une master-class le dimanche 13 mai 2018, au cours de laquelle il évoquera sa filmographie et partagera sa passion pour l’œuvre singulière de Stanley Kubrick. "Un de mes premiers souvenirs de cinéma est d’être allé avec mon père voir 2001 : L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, en 70mm, au cinéma de Leicester Square à Londres. L’opportunité de participer à la recréation de cette expérience pour une nouvelle génération de spectateurs et de présenter au Festival de Cannes notre nouvelle copie 70mm non restaurée du chef-d’œuvre de Kubrick, dans toute sa splendeur analogique, est un honneur et un privilège" a confié le réalisateur de Interception et Dunkerque.

Le Festival indique que "pour la première fois depuis sa sortie initiale, une copie 70mm neuve a été tirée à partir d’éléments du négatif original. Il s’agit d’une recréation photochimique fidèle, sans retouche numérique, effet remasterisé ou modification de montage."

C’est donc bien la version originale qui sera projetée, "afin de recréer l’expérience cinématographique qu’ont vécue les premiers spectateurs du film il y a 50 ans."  Admirateur de tout temps du génie cinématographique de Kubrick, Christopher Nolan a travaillé en étroite collaboration avec les équipes de Warner Bros. sur le processus de re-masterisation.

Œuvre culte, 2001 : L’Odyssée de l’espace ressortira en salles aux États-Unis, en 70mm également, le 18 mai 2018.

Christiane Kubrick s'est déclarée "très heureuse que Cannes ait choisi de célébrer" le film. "Si Stanley était toujours parmi nous aujourd’hui, il est certain qu’il serait très admiratif des films de Christopher Nolan. C’est pourquoi, au nom de toute la famille de Stanley, je voudrais remercier personnellement Christopher d’avoir accepté de présenter cette projection très spéciale" ajoute-t-elle.

Pour Thierry Frémaux, directeur du festival, "Stanley Kubrick en Sélection officielle, c'est une grande fierté pour le Festival de Cannes". La présence de Nolan "crée un lien précieux entre le passé et le présent sans lequel le cinéma n'aurait pas d'histoire. Nous nous réjouissons d'avance de cette projection unique en 70mm qui prouvera, s'il en était besoin, que le cinéma a bel et bien été inventé pour le GRAND écran" affirme-t-il dans le communiqué. Stanley Kubrick n'a jamais été en compétition ou hors-compétition au Festival. En 2011, toujours à Cannes Classics, Orange Mécanique avait été sélectionné pour ses 40 ans.

En France, 2001 avait remporté un beau succès avec 3,4 millions de spectateurs lors de sa sortir. Le film avait remporté l'Oscar des meilleurs effets spéciaux et valu à Kubrick deux nominations (réalisation, scénario original).

Cannes 2018 : Thierry Frémaux impose son style

Posté par wyzman, le 23 mars 2018

A l'approche de la 71e édition du Festival de Cannes, son délégué général, Thierry Frémaux, s'est entretenu avec nos confrères du Film français. L'occasion pour lui de mettre les point sur les "i" après une édition anniversaire qui était malheureusement en demi-teinte. Marquée par ce que l'on appelle communément l'affaire Netflix, Cannes 2017 semblait en effet être un terrain d'affrontement entre les organisateurs du festival et les studios de production et les distributeurs. Voici la liste des mesures entreprises par Thierry Frémaux concernant Cannes 2018 :

  • La fin du selfie : afin de fluidifier la montée des marches, le délégué général du Festival de Cannes l'a annoncé, "les selfies seront interdits pour les spectateurs sur le tapis rouge". Il précise : "Nous avons décidé avec Pierre Lescure de carrément les prohiber. En haut du tapis rouge, la trivialité et le ralentissement provoqués par le désordre intempestif créé par la pratique des selfies nuit à la qualité de la montée des marches. Et donc au Festival tout entier." Une initiative qui devrait ravir les photographes présents sur place mais laisser un goût amer aux anonymes souhaitant immortaliser leur passage sur la Croisette.
  • Plus d'avant-première pour la presse : afin de "redonner toute leur attractivité et tout leur éclat aux soirées de gala", le festival se passera désormais des projections réservées aux journalistes et programmées le matin. En effet, pour s'assurer que "le suspense sera total" au moment des projections publiques, Thierry Frémaux a choisi de modifier complètement la manière dont la presse devra travailler. Les projections presse auront donc lieu le jour même de la montée des marches par l'équipe du film (ou le lendemain matin si le film en question est projeté à 22 heures).
  • Netflix perd sa place en compétition : marqué par le scandale lié à Okja et The Meyerowitz Stories, Thierry Frémaux assure regretter que les deux films se soient "perdus dans les algorithmes de Netflix et n'appartiennent pas à la mémoire cinéphile". Voilà pourquoi un film produit et/ou distribué par Netflix en France ne pourra plus concourir à la Palme d'or. Le géant américain du streaming pourra néanmoins proposer ses films hors-compétition.
  • La place des femmes donnera lieu à une réelle réflexion : persuadé que "sur un sujet pareil, le plus grand festival du monde doit être exemplaire", Thierry Frémaux devrait rencontrer "prochainement" la secrétaire d’État Marlène Schiappa afin de s'assurer que Cannes reste le festival de prédilection des réalisatrices et actrices. Malgré ses 23% de femmes présentes en sélection officielle l'an dernier, l'événement a vu son image terni par l'affaire Harvey Weinstein et le mouvement #MeToo. Pour rappel, Cate Blanchett sera la présidente du jury de cette 71e édition qui se tiendra du mardi 8 mai au samedi 19 mai. Elle est la 12e femme à se voir confier cette fonction.

Cate Blanchett, Présidente du jury du Festival de Cannes

Posté par vincy, le 4 janvier 2018

On attendait, on voulait une femme présidente. C'est chose faite. Le Festival de Cannes a choisi l’actrice australienne Cate Blanchett comme Présidente du Jury du 71e Festival de Cannes (8-19 mai). Après la néo-zélandaise Jane Campion en 2014 et l'Australien George Miller en 2016, c'est la troisième fois qu'un artiste océanien préside le jury cannois en quelques années. Jane Campion a aussi été la dernière femme à ce poste, ce qui commençait à faire long.

"Je viens à Cannes depuis des années comme actrice, comme productrice, pour les soirées de gala et pour les séances en Compétition, pour le Marché même, a-t-elle déclaré. Mais je ne suis encore jamais venue pour le seul plaisir de profiter de la corne d’abondance de films qu’est ce grand festival" a déclaré la comédienne. "Le privilège que l’on me fait de me demander de présider le Jury et la responsabilité qui sera la mienne m’emplissent d’humilité, poursuit-elle. Cannes joue un rôle majeur dans l’ambition du monde de mieux se connaître en racontant des histoires, cette tentative étrange et vitale que tous les peuples partagent, comprennent et désirent ardemment" ajoute-t-elle dans le communiqué du festival.

Pierre Lescure, Président du Festival de Cannes et Thierry Frémaux, Délégué général se déclarent "très heureux d’accueillir une artiste rare et singulière dont le talent et les convictions irriguent les écrans de cinéma comme les scènes de théâtre. Nos conversations, cet automne, nous promettent qu’elle sera une Présidente engagée, une femme passionnée et une spectatrice généreuse."

Du théâtre au cinéma, Cate Blanchett a près de 30 ans de carrière derrière elle. Révélée par son incarnation de Elizabeth dans la version de Shekhar Kapur en 1998, elle a tourné pour Peter Jackson, David Fincher, Wes Anderson, Jim Jamrusch, Steven Soderbergh, Anthony Minghella, Steven Spielberg, Terrence Malick, Sally Potter, Joe Wright, George Clooney et Ron Howard, alternant films audacieux et blockbusters (dont le dernier Marvel, Thor: Ragnarok).

A Cannes, on l'a vue monter les marches plusieurs fois: en compétition avec Carol de Todd Haynes et Babel d’Alejandro González Iñárritu. Hors-compétition pour Un mari idéal, Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, Robin des bois et Dragons 2.

Femme puissante, récompensée par un prix pour l'ensemble de sa carrière par l’Académie australienne, Oscar de la meilleure actrice (Blue Jasmine de Woody Allen) et Oscar du meilleur second rôle féminin (Aviator de Martin Scorsese), en plus de 4 autres nominations aux Oscars, 3 fois primée par les Golden Globes, Prix d'interprétation à Venise (I'm not there de Todd Haynes), Cate Blanchett est aussi populaire que respectée, glamour (égérie d'un parfum d'une grande marque de luxe) que exigente.

En 2018, ce sera son année avec quatre films: Bernadette a disparu (Where'd You Go, Bernadette) de Richard Linklater, Ocean's Eight de Gary Ross, The House with a Clock in Its Walls d'Eli Roth et la voix de Kaa dans Mowgli d'Andy Serkis.

Cannes 2017 : 10 questions (im)pertinentes pour faire le bilan

Posté par kristofy, le 31 mai 2017

Le 70ème Festival de Cannes est terminé officiellement, mais en réalité il va continuer durant quelques mois encore sous une autre forme au rythme des sorties de films en salles de cinéma. Pourquoi la Palme d'or à The Square et pas à 120 battements pas minute ? Que s'est-il est passé avec Okja et Netflix ? Et du côté des films de Lynne Ramsay et de Sofia Coppola ? On s'est déjà posé 10 questions (im)pertinentes, avec des réponses possibles. Avec des si on referait le monde... alors refaisons Cannes.

1 - Pourquoi Okja de Bong Joon-ho ne figure pas au palmarès ?

En ouverture de festival, Pedro Almodovar a été questionné en tant que président du jury à propos d'une éventuelle Palme d'or à un film distribué par Netflix. Il a fait une déclaration qui a été comprise comme une exclusion de deux films en compétition (Okja et The Meyerowitz Stories) pour la récompense suprême : « Ce serait un énorme paradoxe que la Palme d'or ou un autre prix à un film ne puisse pas être vu en salles, il ne faut pas que cette nouvelle plate-forme se substitue au fait d'aller voir des films en salles... » (il ne faut pas découvrir un film sur un écran plus petit que sa chaise... lire aussi notre actualité du 19 mai). A savoir qu'il y aurait eu recadrage pour une correction diplomatique dès le lendemain : «Ni moi ni aucun des membres de mon jury ne ferons de distinction entre les deux films Netflix et les autres en compétition. Nous sommes ici pour juger les dix-neuf longs métrages sélectionnés sur le plan artistique... ». Reste que Bong Joon-ho est l'un des plus grands réalisateurs de sa génération et que son film Okja était l'un des meilleurs de la sélection cette année. Alors l'ignorer en dit long sur la capacité à juger un film populaire et divertissant, tout en étant porté par un message politique (coucou les jurés du festival de Cannes 2006 qui ont oublié dans leur palmarès Le Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro).

2 - Quel est le vrai problème avec Netflix ?

En France il y a diverses règlementations liées à la chronologie des médias, avec un délais pour un film entre son exploitation en salles de cinéma et sa diffusion en VàD sur internet. Le système est plutôt vertueux en France. Le cinéma français est en partie financé via le CNC avec un pourcentage prélevé sur chaque ticket de cinéma vendu. Les plateformes de VàD sont soumises à un impôt sur leurs revenus (comme toute entreprise). Netflix diffuse des films en France sans vraiment être taxé - le problème de l'évasion fiscale est d'ailleurs un macro-problème européen puisque des sociétés géantes de par leurs bénéfices minimisent leur imposition au maximum (dont Amazon qui distribue aussi des films, dont L'Oréal partenaire du festival de Cannes, dont Renault, autre partenaire, qui a installé son siège au Pays-Bas...).
Pedro Almodovar (et son frère producteur Agustin Almodovar) connait bien le sujet pour avoir été impliqué en avril 2016 dans le scandale des 'Panama papers' avec un compte offshore, au point d'arrêter la promotion de son film Julieta en Espagne (lire notre actualité du 12 avril 2016). Cela ne l'a pas empêché d'ailleurs de venir présenter Julieta ensuite en mai à Cannes.
Netflix, dont on ne conteste absolument pas la qualité des productions, loin de là, c'est avant tout un problème d'argent : les impôts d'une part, le financement du cinéma d'autre part. Ce n'est donc pas simplement un souci de chronologie des médias.

3 - Un film Netflix peut-il sortir en salles de cinéma ?

Netflix est, selon certains films et certaines séries, co-producteur et/ou diffuseur. Quand Netflix achète un titre pour le diffuser dans le monde via sa plateforme on dit alors qu'il s'agit d'un "film Netflix". Ainsi le film Message from the King réalisé aux Etats-Unis par le belge Fabrice Du Welz est un film Netflix qui est donc diffusé via Netflix, mais un accord a été trouvé avec la société de distribution The Jokers pour la France qui aura été l'un des rares pays à sortir ce film en salles de cinéma, c'était le 10 mai bien avant le débat à Cannes... Okja sortira en salles le 28 juin en Corée du Sud. Quant à The Meyerowitz Stories, s'il veut concourir aux Oscars, il devra au moins être diffusé à Los Angeles sur grand écran. Preuve que quand Netflix veut, Netflix peut. En France, il semblerait qu'aucun accord n'ait été trouvé avec des distributeurs. Mais il s'agirait plutôt d'un manque de volonté de la part de la plateforme. Dans cette histoire, c'est le spectateur qui est perdant. Il va falloir revoir la Loi. Pour l'instant, seul Arte a réussi à contourner le problème avec des films comme Carole Matthieu ou I am not your Negro, les diffusant en exclusivité durant 7 jours sur sa chaîne en "replay" après une diffusion en prime-time, avant de les rendre disponible pour une sortie en salles. D'un côté un million de téléspectateurs ont vu le documentaire de Raoul Peck. De l'autre, il n'a été vu que par 31000 spectateurs en salles.

4 - Quel est l'enjeu pour Okja?

Pour Okja de Bong Joon-ho, c'est bien plus compliqué que pour un (télé)film avec Isabelle Adjani. Ce film est considéré comme une poule aux œufs d'or par Netflix, qui attend un retour sur investissement après l'avoir financé à hauteur de 50 millions de dollars ! Il faut savoir que le film précédent du réalisateur Snowpiercer, le Transperceneige avait été exploité aux Etats-Unis par the Weinstein Company en VàD avec succès, c'était même un record de bénéfices de l'année en vidéo à la demande. Snowpiercer, le Transperceneige est devenu un 'gamechanger' pour l'industry : distribuer ce film en VàD a coûté moins cher et a rapporté plus d'argent que via un circuit de salles de cinéma (nuançons: les Weinstein avait massacré au montage la version cinéma aux USA)...
Il faut se souvenir que en France cette expérience de produire un film et de maximiser les recettes sans passer par les salles avait déjà eu lieu. Wild Bunch l'avait expérimenté en 2014 avec Welcome to New-York de Abel Ferrara avec Gérard Depardieu, tout en profitant de Cannes pour son lancement (mais lors de projections hors sélections cannoises, lire aussi notre actualité du 4 mai 2014).

Okja est produit et diffusé par Netflix, mais ce film est aussi coproduit par Plan B, la société de production de Brad Pitt, dont le dernier film, War Machine n'est visible que sur Netflix. Plan B produit donc des films dans lesquels Brad Pitt est acteur bien entendu mais aussi quantité de films d'auteur qui ont été récompensés aux Oscars, comme il y a quelques mois Moonlight, mais aussi The big short: Le casse du siècle ou 12 years a slave... Plan B a eu aussi des films sélectionnés en compétition au Festival de Cannes comme en 2012 Cogan: killing them softly, et avant en 2011 The Tree of life de Terrence Malick qui a obtenu la Palme d'or. En dehors du débat Netflix, Okja de Bong Joon-ho avait bien évidement toute sa place en compétition à Cannes.

5 - Comment juger de la qualité de la sélection des films en compétition ?

Environ 1500 longs métrages ont été vus par le comité de la sélection officielle, et 19 films ont été retenus en compétition, le tout sous la responsabilité de Thierry Frémaux. Il a d'ailleurs publié un livre à ce sujet (Sélection officielle, journal) où il indique notamment avoir refusé le dernier film de Emir Kusturica pourtant déjà double-palmé d'or et avoir avertit Sean Penn qu'il fallait mieux revoir le montage de son The last face (hué l'année dernière)... Certains films ne sont pas achevés lors de leur sélection, d'autres revoient leur montage après les projections cannoises.

Cannes se doit d'être dans une certaine mesure fidèle à "ses" auteurs, les fameux "abonnés" comme Michael Haneke, Naomi Kawase, Andreï Zviaguintsev, Sergei Loznitsa, Hong Sang-soo... (et bien entendu Pedro Almodovar, au détriment de tout autre réalisateur espagnol), tout en étant une vitrine du meilleur du cinéma international. Difficile donc de figurer en compétition pour un premier film (même si ça a été le cas). Généralement, il y a une sorte de parcours fléché, qui va d'un premier film en section parallèle, à une sélection à Un certain regard puis un passage en compétition. Il arrive aussi que des fidèles et même des palmés, à l'instar de Kawase ou Cantet ou même Van Sant, soient retenus à Un certain regard et pas en compétition.

Si la sélection ressemble parfois à du name-dropping Thierry Frémaux le premier sait bien que les films choisis sont de qualité inégale. Certains décèlent un indice de faiblesse quand le film "monte les marches" en pleine après midi (cette année ce fut le cas avec Wonderstruck de Todd Haynes, Le jour d'après de Hong Sang-soo, Rodin de Jacques Doillon, Une femme douce de Sergei Loznitsa, tous ignorés du palmarès). Chaque année on se dit rétrospectivement que tel film ne méritait pas la compétition et aurait été mieux dans la sélection Un Certain Regard, et inversement. Ainsi Jeune Femme le premier film français de Leonor Seraille était à découvrir à Un Certain Regard et a d'ailleurs remporté le prix de la Caméra d'or. Mais comme on le constate dans les tableaux d'étoiles des divers critiques de la presse écrite mondiale, tous les goûts sont dans la nature. Et une chose est sûre: la moitié de la compétition, comme chaque année, fera l'événement lors des palmarès de fin d'année et des sorties en salles (il suffit de voir tous les prix récoltés par Toni Erdmann alors que le film n'a pas reçu un seul prix au palmarès cannois).

6 - Quelle place pour les femmes réalisatrices ?

La question revient chaque année: il faudrait plus de femmes en compétition. Mais doit-on se soucier qui est derrière la caméra quand on doit sélectionner la crème du cinéma? Michel Ciment nous confiait lors de cette 70e édition qu'il s'agissait d'un faux procès: combien de chefs d'œuvre réalisés par une femme ont été oubliés sur la Croisette ? Le problème est en amont: dans l'accès à la réalisation pour les cinéastes femmes. Pas dans une sélection qui choisi en fonction des films qu'on lui propose. L'actrice Jessica Chastain membre du jury a déclaré après le palmarès: « Il y a des exceptions, mais pour la majeure partie j'ai été surprise par la représentation des personnages féminins à l'écran, cette vision des femmes à l'écran est assez perturbante pour être honnête ». Névrosée, soumise, battue, violée, trompée, victime, absente, abusée: on ne peut pas dire que les personnages féminins étaient radieux cette année. La réalisatrice allemande Maren Ade a ajouté: « Nous n’avons pas primé des femmes parce que ce sont des femmes, mais il est vrai que c’est la première fois que le prix de la mise en scène est remis à une femme » (en fait c'est la deuxième fois: en 1961, la russe Ioulia Solntseva était entrée dans l'Histoire en étant la première réalisatrice primée) et par l’actrice chinoise Fan Bing Bing « très heureuse d’avoir remis le prix à Sofia Coppola qui a fait un travail remarquable ».

On aime vraiment beaucoup les films de Sofia Coppola, mais son dernier Les Proies n'est pas son film le plus fort : ce remake de Don Siegel d'après un roman écrit par un homme ((lire notre décryptage sur le sujet) et où les personnages féminins se perdent dans la jalousie jusqu'à préméditer torture et meurtre est même un peu le contraire de l'intention féministe affichée. Donner un prix de mise en scène à Sofia Coppola parce que ce serait une femme, si c'est le cas, c'est aussi troublant que si Naomi Kawase avait été palmée pour Vers la lumière, moins convaincant que le sublime Still the Water (ignoré par le jury à l'époque). Et quitte à faire du féminisme, alors Lynne Ramsey méritait une Palme d'or pour You Were Never really Here, l'un des rares chocs du Festival. La britannique est repartie avec un prix du scénario ex-aequo. Dommage que Jessica Chastain, Maren Ade et Fan Bing Bing n'aient pas vu Jeune Femme de Leonor Seraille (où d'ailleurs dans l'équipe technique il y avait quasiment que des femmes cheffe de poste à l'image, au montage, au son...)...

7) Pourquoi la réalisatrice Lynne Ramsay n'a pas eu le prix de mise en scène ou la Palme d'or ?

Le prix de mise en scène au remake Les Proies de Sofia Coppola est une hérésie, surtout que plus de la moitié des cinéastes en compétition méritait davantage ce prix (de Hong Sang-soo aux frères Safdie). Au fait, et pourquoi ce prix de mise en scène n'a pas été à Lynne Ramsay qui, avec son You were never really her, était largement plus justifié ? Il y a une explication : le règlement actuel du festival n'autorise plus que ce prix de la mise en scène puisse être cumulé avec un autre prix. Et comme le jury voulait pour ce film remettre le prix du meilleur acteur à Joaquin Phoenix, alors il a cité Lynne Ramsay ailleurs dans le palmarès avec un prix ex-aequo du scénario. Ce qui d'ailleurs est assez cocasse vu le scénario minimaliste du film : "un tueur à gages au grand-coeur sensible va protéger une jeune fille victime d'une élite pourrie" (soit la même trame dont se sert Luc Besson pour produire Léon, Le baiser mortel du dragon, Le Transporteur, Hitman, Taken...). Ici, évidemment, c'est brillant, percutant, audacieux. C'est bien grâce à sa direction d'acteur, sa réalisation, son jeu avec le hors-champs, son sens du montage, que le film se distingue des autres.

8 - Pourquoi les marches avaient un air de déjà-vu ?

On constate depuis quelques années un autre groupe de fidèles: les acteurs et actrices. Quand il y a au générique Isabelle Huppert, Marion Cotillard, Juliette Binoche, Vincent Lindon, Nicole Kidman, Robert Pattinson, Kirsten Stewart, Tilda Swinton ou encore Jessica Chastain, la probabilité d'être à Cannes augmente. Il y a un "casting" Cannes. Des acteurs qui choisissent les bons auteurs ou des auteurs qui préfèrent la sécurité d'un comédien ou d'une comédienne renomé(e) dans le circuit art et essai? Reste que cette concentration ne favorise pas l'excitation. Voir quatre fois Kidman, aussi bonne soit-elle et aussi judicieux soient ses choix, ou Huppert (l'an dernier) en douze jours, ça frôle l'overdose. Retrouver Cotillard tous les ans sur les marches depuis quelques festivals, ça lasse un peu. Il manque de la fraîcheur, de la nouveauté, du jamais vu à Cannes. D'où le "hot buzz" autour de Will Smith cette année ou de Julia Roberts l'année dernière. En compétition au 70e Festival, ce sont finalement les jeunes qui ont apporté cet oxygène (Okja, 120 BPM, Wonderstruck, ...) et ce sont deux acteurs plus rares à Cannes qui ont emporté le prix d'interprétation: Diane Kruger (pour la deuxième fois en compétition sur 6 films en sélection officielle) et Joaquin Phoenix, qui n'avait pas eu de films en compétition depuis quatre ans (et qui l'a toujours été avec James Gray jusque là).

9 - C'est quoi un bon film de minuit ?

L'année dernière on a été gâtés avec la Corée du Sud et Dernier train pour Busan, mais ce n'est pas pour autant qu'il faut considérer le polar coréen comme un réservoir où trouver des films de minuit. Pourtant ce fut encore le cas en 2017 avec The Villainess et The Merciless, certes plaisants, parfois jouissifs, mais sans plus. Quitte à mettre un film d'action coréen en séance de minuit il aurait mieux valu choisir par exemple The Battleship Island de Ryoo Seung-wan en avant-première (sortie en juillet en Corée). Si d'autres années les séances de minuit ont été inoubliables avec L'armée des morts de Zack Snyder ou Jusqu'en enfer de Sam Raimi, ce n'est pas seulement parce que il y avait des zombies ou des démons : c'est parce que c'était avant tout des bons films, qui nous font revivre un genre de cinéma qu'on a découvert bien plus jeune (et différent de certains films trop longs de 2h20 avec des plans fixes...). Le mot-clé pour une séance de minuit c'est 'divertissement', une séance de minuit ça doit être un peu festif comme par exemple avec la venue l'année dernière de Mel Gibson pour Blood Father ou carrément sulfureux comme Love de Gaspar Noé. On aurait bien voulu une séance de minuit idéale avec le film Baby Driver réalisé par Edgar Wright en sa présence avec sa bande d'acteurs (Ansel Elgort, Lily James, Jamie Foxx, Kevin Spacey, Jon Hamm...) qui va sortir en juillet. Malheureusement, cette année, les films hors-compétition ou séances spéciales étaient avant tout des (bons) documentaires, trois films d'auteurs grand public plutôt ratés (Miike, Cameron Mitchell, Polanski) et des formats singuliers (série TV, Réalité virtuelle). Pas l'ombre d'un blockbuster hollywoodien, pour la première fois depuis très longtemps.

10 - Et si le festival de Cannes interdisait qu'un film en compétition sorte en salles durant le festival ?

Rodin de Jacques Doillon est sorti en salles le 24 mai, L'amant double de François Ozon est sorti en salles le 26 mai : ces films qui étaient en compétition officielle furent donc visibles dans n'importe quel cinéma en même temps (voir même avant) que la projection officielle de Cannes. C'est le cas chaque année pour certains titres. Le règlement actuel impose que le film en compétition ne soit pas sorti avant dans un autre pays que le sien (ainsi les Almodovar sortent souvent en avril, même s'ils sont à Cannes en mai).

Pour le cinéma français, depuis Cyrano, en salles deux mois avant sa sélection cannoise, les films peuvent, au mieux, sortir le même jour que sa montée des marches. Ce qui est surprenant c'est que la plupart des distributeurs ont cessé de sortir un film cannois pendant Cannes. A une époque, durant le Festival, plusieurs films essayaient de profiter du buzz de la Croisette et de son exposition médiatique maximale pour séduire les spectateurs. Il s'avère que c'était assez contre-productif. D'une part, le distributeur et l'attaché de presse frôlaient le burn-out entre la présence cannoise et la sortie du film. Ensuite, pour peu que le film ait été mal reçu par la presse à Cannes, cela le plombait.

Généralement, désormais, les films cannois sortent entre la mi-août et le début de l'hiver. Il y a plusieurs avantages. La presse peut revoir à la hausse son évaluation du film avec le temps. En sortant plus tard, il revient à la mémoire des professionnels quand il s'agit de voter pour les césar, Oscars & co. Cela permet aussi d'installer une attente sur certains films, notamment quand ils figurent au palmarès. Enfin, il y a plus de spectateurs adeptes de films art et essai en octobre et décembre dans les cinémas qu'entre mai et juillet, où les productions hollywoodiennes dominent les écrans.

La moindre des choses seraient au moins d'attendre la fin du festival et un éventuel prix au palmarès. On sent bien que Cannes ne sert que de vitrine promotionnelle. Le Festival a déjà pris des mesures en 2018 pour qu'un film Netflix ne soit pas en compétition sans la possibilité d'une sortie en salles en France (ce qui laisse une porte ouverte à une sélection de prestige hors-compétition...). Il faudrait aussi contraindre les films en compétition à ne pas sortir durant le Festival. Chiche ?

La cinéphile Françoise Nyssen, nouvelle ministre de la Culture

Posté par vincy, le 17 mai 2017

Directrice des éditions Actes sud, Françoise Nyssen est la nouvelle ministre de la Culture du gouvernement français. Depuis 25 ans, Actes sud coédite avec l'Institut Lumière les livres de cinéma de l'institution lyonnaise présidée par Bertrand Tavernier et dirigée par Thierry Frémaux.

La dernière publication en date des deux éditeurs, Au travail avec Eustache : making of de Luc Béraud, vient de recevoir la semaine dernière le premier Prix du livre de cinéma, remis au CNC par un jury où se côtoyaient Yasmina Reza (présidente), Alexandre Bompard (patron de la Fnac) ou encore le journaliste François Busnel. Françoise Nyssen était d'ailleurs présente, avec Bertrand Tavernier et l'auteur, pour recevoir le prix. Ce dernier est aussi directeur de collection au sein d'Actes sud, où il sélectionne des livres qui ont été à l'origine des Westerns.

Françoise Nyssen est résolument cinéphile. Les bureaux d'Actes sud, éditeur multi-récompensé, notamment par trois prix Goncourt, sont situés au dessus d'un cinéma art et essai dans la ville d'Arles. Fan de 7e art, elle devait venir passer ses congés au Festival de Cannes, liée par son amitié avec Thierry Frémaux. Finalement, elle montera les marches en tant que ministre.

Les dossiers ne manquent pas, et notamment un qui est tout chaud sur la Croisette: la chronologie des médias et la diffusion des films sur les plateformes comme Netflix.