Cannes 2011 : le Festival nous promet la lune (de Méliès)

Posté par Benjamin, le 10 mai 2011

Dans les premières années du 7ème art, deux types de cinéma se sont distingués : le cinéma documentaire, s’inspirant de la vie réelle et créé par les frères Lumières et le cinéma de pur divertissement dans lequel Georges Méliès règne en maître. Cette année, le 64e Festival de Cannes a décidé de mettre à l’honneur ce dernier avec la présentation d’une version colorisée et restaurée du Voyage dans la lune, ce fameux film où la lune est éborgnée par une fusée. Le film sera projeté lors de la soirée d’ouverture mercredi 11 mai, dans le cadre Cannes Classics, pour célébrer les 150 ans de la naissance du réalisateur.

Les cinéphiles que vous êtes se demandent immédiatement comment une version en couleur peut exister de ce film réalisé en 1902, alors que la couleur n’apparaît que bien plus tard dans les années 30. En fait la couleur est ici une peinture rajoutée sur la pellicule. Chaque plan a été peint à la main.

Cette version du film inédite de 16 minutes que l’on croyait perdu a été retrouvée dans la Cinémathèque de Barcelonne et est aujourd’hui en possession de Lobster Films, qui a déjà restauré près de 200 films de George Méliès (sur les 500 existants et que Méliès n’avait pas détruit dans un excès de colère à la fin de sa carrière).

Avec l’aide de la Fondation Groupama Gan pour le cinéma et la Fondation Technicolor pour le Patrimoine du cinéma, ils ont entrepris de redonner vie à ce chef d’œuvre du cinéma. Dans les locaux de la société de Serge Bromberg, des centaines de boîtes contenant des morceaux, des fragments du film sont entreposés. Lorsque le restaurateur, césarisé pour L’enfer d’Henri-George Clouzot, nous a laissé entrevoir ce que contiennent les boîtes en novembre 2010, on se rend compte du travail interminable qui attend les restaurateurs. La pellicule n’est pas seulement abîmée, elle est cassée en mille morceaux. Certains plans (juste un petit carré d’images) peuvent être brisés en une dizaine de morceaux (13 375 pour être précis). Un scan va alors être effectué plan par plan pour d’abord sauvegarder le film puis ensuite entreprendre sa restauration dont le budget s'élève à 400 000 euros. Pendant un an, exclusivement en 2010, le travail de restauration est effectué à Los Angeles, dans les locaux de Technicolor. Un projet titanesque qui est, selon Serge Bromberg, le plus difficile qu’il ait eu à faire en plus de 20 ans de métier : « C’est la restauration la plus complexe et la plus ambitieuse que nous ayons jamais menée, d'autant que ce film des tous premiers temps du cinéma était invisible depuis une centaine d'années. »

Une musique, composée et jouée par le groupe AIR, a également été faite spécialement pour le film, pour faire le lien entre le public d'aujourd'hui et les images d'hier.

La restauration du Voyage dans la lune est un grand pas en avant dans ce domaine car il s’agit d’un des films les plus importants et les plus célèbres de l’Histoire du cinéma. Tout le monde, sans avoir vu forcément le film, connaît cette image si célèbre de la lune, dont le visage est celui d’une femme, avec une fusée venue se cogner dans l’un de ses yeux. Aujourd’hui, c’est un film plus long et en couleur qui pourra être apprécié par les festivaliers. Une chance unique que propose Cannes de redécouvrir l'un des plus grands films de la préhistoire du cinéma. Un monument historique retapé avec brio et audace.

Cannes 2011 : Deneuve, De Niro, Belmondo, Corman, Kubrick et Méliès au menu de Cannes Classics

Posté par kristofy, le 27 avril 2011

La sélection Cannes Classics, créé en 2004, permet au Festival de Cannes de valoriser les films de répertoire retrouvés et des copies restaurées, ainsi que des ressorties en salles ou en DVD des grandes œuvres du passé. Par exemple le célèbre de Georges Méliès Le Voyage dans la lune sera à nouveau visible 109 ans après sa sortie dans une version couleur restaurée avec une bande-son originale du groupe AIR.

Cannes Classics 2011 présentera quatorze films et cinq documentaires, et quelques surprises. Le président du jury Robert De Niro accompagnera une séance de son film Il était une fois le Bronx; il y aura une leçon de cinéma par l'acteur Malcolm McDowell après la présentation du film Orange Mécanique de Stanley Kubrick (voir actualité du 21 mars); Bernardo Bertolucci, qui recevra une Palme d’Or d’honneur (voir actualité du 11 avril), viendra présenter Le Conformiste; Jerry Schatzberg présentera son premier film Portrait d’une enfant déchue avec son actrice Faye Dunaway, icône de l'affiche cannoise de cette édition (voir actualité du 4 avril; Jean-Paul Rappeneau et Catherine Deneuve seront là pour Le Sauvage, comédie adulée par Gilles Jacob; Charlotte Rampling est le sujet du documentaire The Look d’Angelica Maccarone; Roger Corman sera fêté pour Le Monde de Corman: Exploits d’un rebelle hollywoodien; Rue Case-Nègres sera projeté en compagnie de sa réalisatrice Euzhan Palcy à l'occasion de l'Année des Outre-Mer (voir actualité du 6 avril); enfin, Jean-Paul Belmondo recevra un hommage particulier avec la projection d'un documentaire sur l'ensemble de sa carrière (voir actualité du 30 mars).

Classiques à revoir ou raretés à découvrir, de 1902 à 1993, de la Turquie à l'Allemagne, voici la sélection Cannes Classics 2011 :

Films :

Le Voyage dans la lune de Georges Mélies (France, 1902, 16’)
Orange Mécanique de Stanley Kubrick (USA, 1971, 137’)
La Machine à tuer les méchants (La Macchina Ammazzacattivi) de Roberto Rossellini (Italie, 1952, 80’)
Il était une fois le Bronx (A Bronx Tale) de Robert De Niro (USA, 1993, 121’)
Le Conformiste (Il Conformista) de Bernardo Bertolucci (Italie, 1970, 118’)
Rue Cases-Nègres d’Euzhan Palcy (France, 1983, 106’)
Portrait d’une enfant déchue (Puzzle of a Donwfall Child) de Jerry Schatzberg (USA, 1970, 105’)
La Loi de la frontière (Hudutlarin Kanunu) de Lufti O. Akad (Turquie, 1966, 74’)
La Zone de la mort (Niemandsland) de Victor Trivas (Allemagne, 1931, 81’)
Les Enfants du paradis de Marcel Carné (France, 1945, 190’)
Despair de Rainer-Werner Fassbinder (Allemagne, 1978, 115’)
Le Sauvage de Jean-Paul Rappeneau (France, 1975, 106’)
Chronique d’un été de Jean Rouch et Edgar Morin (France, 1960, 91’)
L’Assassin (L’Assassino) d’Elio Petri (Italie, 1961, 100’)


Documentaires :

The Look d’Angelica Maccarone (Allemagne / France, 2011, 95’)
Le Monde de Corman: Exploits d’un rebelle hollywoodien (Corman’s World: Exploits of a Hollywood Rebel d’Alex Stapleton) (USA, 2011, 125’)
Belmondo... Itineraire de Vincent Perrot et Jeff Domenech (France, 2011, 86’)
Kurosawa, la Voie de Catherine Cadou (France, 2011, 52’)
Il était une fois… Orange Mécanique d’Antoine de Gaudemar et Michel Ciment (France, 2011, 52’)

Cannes 2011 : Orange mécanique en copie restaurée et Malcom MacDowell en Master Class

Posté par vincy, le 21 mars 2011

Alors que Stanley Kubrick est la star d'une exposition impressionnante à la Cinémathèque française à partir de mercredi prochain, le Festival de Cannes s'offre une projection exceptionnelle de la copie restaurée d'Orange mécanique.

Film culte. Succès populaire (7,6 millions de spectateurs en France en 1972, le plus gros hit de cette année là). Sujet toujours d'actualité.

Malcom MacDowell sera présent pour la projection, qui devrait avoir lieu en deuxième partie de festival, et donnera une Master Class.

The Film Foundation sauve le patrimoine cinématographique mondial

Posté par MpM, le 1 décembre 2010

Grâce aux techniques de restauration moderne,  on (re) découvre de plus en plus de chefs d'oeuvre qui semblent presque plus beaux qu'ils ne l'étaient à leur sortie. Derrière l'éclat retrouvé des couleurs et des sons se cache souvent un travail de titan, mais aussi une volonté de fer, celle de ne pas laisser à l'abandon les grands films du passé.

Parmi les acteurs principaux de cette sauvegarde du patrimoine cinématographique mondiale, on retrouve depuis 20 ans Martin Scorsese et l'organisation The Film Foundation qu'il a créée, et à qui l'on doit déjà la restauration du Journal d'une femme de chambre de Jean Renoir, de New York-Miami de Franck Capra ou encore du Salon de musique de Satyajit Ray. Grâce à eux, c'est aujourd'hui au tour du Guépard de Luchino Visconti de s'offrir une nouvelle jeunesse en salles, en DVD et blue-ray, dans une version entièrement remasterisée. Retour sur un véritable sauvetage.

Ecran Noir : Tout d’abord, pouvez-vous nous dire quelques mots sur "The Film Foundation" ?

The Film Foundation : Créée en 1990 par Martin Scorsese, The Film Foundation est une organisation à but non lucratif dont l’objectif est de protéger et préserver le patrimoine cinématographique en attribuant des fonds à des projets de conservation et de restauration. La fondation a éveillé les consciences à l’urgence de la préservation des films et a déjà participé à la sauvegarde de près de 545 films. Aux côtés de Martin Scorsese, siègent au Conseil d’administration Woody Allen, Paul Thomas Anderson, Wes Anderson, Francis Ford Coppola, Clint Eastwood, Curtis Hanson, Peter Jackson, Ang Lee, George Lucas, Alexander Payne, Robert Redford et Steven Spielberg. Par ailleurs, The Film Foundation collabore avec la Guilde des réalisateurs américains (The Directors Guild of America) dont le président et le secrétaire-trésorier siègent à son Conseil d’administration.

guepard

(Le guépard avant la restauration)

EN : Comment choisissez-vous les films qui ont besoin d’être restaurés ?

TFF :
En collaboration directe avec Martin Scorsese et le Conseil d’administration, la fondation passe en revue les propositions soumises chaque année par les archives et décide de la meilleure manière de répartir les fonds. Pour ce faire, nous prenons en compte la rareté des éléments à notre disposition mais aussi le degré d’urgence de la sauvegarde.

EN : Comment était Le guépard avant sa restauration ? Etait-il vraiment très abimé ?

TFF : Le Guépard a été filmé avec un procédé appelé "Technirama" dans lequel les images sont tournées en 35 mm à défilement horizontal et non vertical. L’image anamorphique qui en résulte, deux fois plus grande qu'en 35 mm standard, est extrêmement nette et riche en détails. Mais le négatif de 1963 s’est détérioré et présente la plupart des dégradations propres aux films de cette époque. Ce qu’il est intéressant de noter, c’est que grâce au procédé utilisé, les rayures et les impuretés traversent l’image horizontalement plutôt que verticalement.

guepard

(Le guépard après la restauration)

EN : Comment avez vous procédé concrètement ? Quelles sont les différentes étapes du travail de restauration ? Avez-vous rencontré des obstacles particuliers ?

TFF : Pour cette nouvelle restauration, les négatifs originaux en "Technirama" ont été scannés à 8K (8000 lignes de résolution horizontale) soit un total de 21 téraoctets de données. Un interpositif de sauvegarde a également été scanné pour fournir des éléments qui étaient absents sur le négatif original. Après le scan, tous les fichiers ont été convertis en 4K et les finitions de la restauration ont été réalisées numériquement à cette résolution.    Plus de 12 000 heures de restauration manuelle ont ainsi été nécessaires pour faire disparaître 47 années de poussières, rayures et autres défauts accumulés au fil des ans. La bande son originale mono a également fait l’objet d’une restauration minutieuse en ayant recours à une source magnétique en 35 mm enregistrée en numérique puis nettoyée pour ôter les bruits et les parasites tout en conservant fidèlement les caractéristiques du son original.

EN : Finalement, est-ce que le film est aussi beau qu'en 1963 ou encore plus beau ?

TFF : La restauration a permis de conserver et même d'embellir la beauté originelle du film, telle que Visconti l'aurait voulu.

Propos traduits par Claire et MpM

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Le guépard de Luchino Visconti (1963)
En salles depuis le 1er décembre
Edition DVD et Blue-ray

Crédit photo : Images provided courtesy of Twentieth Century Fox and Pathé.


Chef d’oeuvre de Visconti, Le Guépard ressort en version restaurée : Mort en Sicile

Posté par Claire Fayau, le 29 novembre 2010

“ Si 
nous
 voulons 
que 
tout 
reste 
comme 
avant, 
il
 faut 
que
 tout
 change.”

Le Guépard de 
Luchino 
Visconti ressort en
 salles, 
DVD
 et
 Blu-ray 
le
 1er
 décembre 
2010 dans une version
 remasterisée 
par 
The 
Film 
Foundation (Martin Scorsese), présentée en exclusivité au récent Festival du Film de Rome. Contrairement à la célèbre réplique du film, rien n'a changé, à part la qualité de l'image, vraiment somptueuse. Le film ressort de l'ombre, pour entrer en pleine lumière, 47 ans après, et la magie opère toujours.

Pour ceux qui ne savent pas qui est ce Guépard, voici l'histoire. En mai 1860, lorsque Garibaldi et ses chemises rouges débarquent en Sicile pour renverser la monarchie des Bourbons de Naples et l’ancien régime, le Prince Don Fabrizio Salina (Burt Lancaster, lion fatigué), sa famille et le Père Pirrone (Romolo Valli), quittent  Palerme pour son palais urbain de Donnafigata, tandis que son neveu Tancrède (Alain Delon, beau comme une statue de la Renaissance) rejoint les troupes de Garibaldi. Période troublée qui conduira in fine à l'unification de l'Italie. Le désargenté Tancrède, d'abord chemise rouge puis faisant partie de l'armée, s’éprend d’Angelica, (Claudia Cardinale, sublissime), la fille de Don Calogero,  le riche maire de Donnafigata. Contre toute attente, le Prince Salina décide d'arranger leur mariage, se sachant dépassé (vaincu ?) par le temps qui passe et par les événements de la petite et de la Grande Histoire.

Ce film fleuve est l'adaptation d'un roman écrit en 1957 par Tomasi di Lampedusa,  Le Guépard. C'est aussi, sans doute, la réalisation la plus critiquée des 14 films de Visconti. Oeuvre charnière loin d'être damnée, ce septième film a remporté une Palme d'Or à l'unanimité lors du festival de Cannes en 1963.

Trois heures (et quelques) comme un rêve atemporel remises valeur par une image restaurée magnifique.

Une scène de bal légendaire, des dialogues inspirés, drôles ou quasi-philosophiques, la musique somptueuse de Nino Rota, le travail minutieux des couleurs (la séquence la plus symbolique est le visage blanc de poussières des aristocrates  à la messe donnée lors de leur arrivée. On dirait un masque mortuaire... ) : ce n'est pas un film qui se raconte, c'est une expérience à vivre. Et  à revivre, tant le film est complexe, et finement détaillé.

Le travail de restauration lui rend un digne hommage. Il suffit de comparer deux images pour constater l'ampleur de la restauration et le formidable travail qui a été fait. Le Guépard a été restauré en association avec la Cineteca di Bologna, L'Immagine Ritrovata, The Film Foundation, Pathé, la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, la Twentieth Century Fox et le Centro Sperimentale di Cinematografia-Cineteca Nazionale. Restoration funding provided by Gucci and The Film Foundation.

« Nous étions les guépards, les lions, ceux qui les remplaceront seront les chacals, les hyènes, et tous, tant que nous sommes, guépards, lions, chacals ou brebis, nous continuerons à nous prendre pour le sel de la terre ». À méditer.

Cannes 2010 : la sélection « classe » de Cannes Classics

Posté par vincy, le 27 avril 2010

Copies restaurées, films légendaires de la Croisette, cinéastes injustement oubliés, Cannes Classics présente cette année des grands films, tous genres confondus, mais aussi des portraits de grands noms du cinéma.

- Le Baiser de la femme-araignée (Etats-Unis / Brésil, 120’) d’Hector Babenco, (Prix d’interprétation masculine – Cannes – 1985). Copie restaurées, en présence de l’équipe du film à l’occasion de son 25e anniversaire. Le film prochainement ressort en France (Carlotta Films).

- Tristana (Espagne/France/Italie, 99’ 1970) de Luis Buñuel, sélectionné à Cannes en 1970, sera projeté dans le cadre d’une célébration du cinéma espagnol. Le film sera présenté par Pedro Almodovar.

- La Bataille du Rail (France, 1946, 82’) de René Clément, Prix du Jury en 1946, restaurée par l’INA et Full Images, sera projetée en présence de Mme. Johanna Clément.

- La campagne de Cicéron (France, 111’, 1989) de Jacques Davila, décédé en 1991 en présence de l’équipe du film, reconstituée pour l’occasion. Le film ressort en DVD chez Carlotta.

- Le grand amour (France, 87’), en compétition à Cannes en 1969, réalisé et présenté par Pierre Etaix.

- Psychose (Etats-Unis, 109’, 1960) d’Alfred Hitchcock. Copie restaurée par Universal Pictures et Audionamix. A noter que le film fait l’objet d’une restauration/reconstruction de la bande-son.

- African Queen (Etats-Unis / Royaume-Uni, 105’, 1951) de John Huston. Copie restaurée, parrainée par Angelica Huston.

- Au petit bonheur (France, 102’, 1946) de Marcel L’Herbier. Copie restaurée.

- Boudu sauvé des eaux (France, 85’, 1932) de Jean Renoir, une restauration présentée par Pathé dans une version inédite qui réintègre une scène coupée à l’époque. Copie restaurée par la Cinémathèque de Bologne.

- Le Tambour (Allemagne, 140’) de Volker Schlöndorff, Palme d’Or en 1979, restaurée et remontée par Kinowelt dans une « director’s cut » présentée par l’auteur.

- La 317e section (France, 94’), Prix du Scénario en 1965, copie restauré, en présence de son réalisateur Pierre Schoendoerffer et du
Président de la Cinémathèque Costa-Gavras.

- Les Ruines (Inde, 102’) réalisé en 1983 par Mrinal Sen, doyen du cinéma indien qui sera présent à la projection.

- Le Guépard (Italie, 185’, 1963) de Luchino Visconti, Palme d’Or en 1963. Restauré en association avec la Cinémathèque de Bologne

La World Cinema Foundation, fondée à Cannes par Martin Scorsese en 2007, présente : La Flute de roseau d’Ermek Shinarbaev, (Kazakhstan, 96’, 1989), Deux filles dans la rue d’André de Toth (Hongrie, 85’, 1939,) et Une rivière nommé Titash de Ritwik Ghatak (Inde, 158’, 1973). Les copies ont été restaurées par la Cinémathèque de Bologne / l’Immagine Ritrovata.

Côté documentaires, on appréciera Hollywood Don't Surf (Etats-Unis, 2010, 85’) de Greg MacGillivray, avec des témoignages, entre autres, de John Milius et de Steven Spielberg ; Cameraman : The Life and Work of John Cardiff (Royaume-Uni, 2010, 90’) de Craig McCall ; ... Mais le cinéma reste ma maîtresse (Suède, 2010, 66’) de Stig Bjorkman, edeuxième volet d’images inédites de - et par - Bergman, document produit par l’Ingmar Bergman Foundation. Et Toscan d’Isabelle Partiot-Pieri (France, 2010, 90’) brillant « autoportrait
posthume » de Daniel Toscan du Plantier, producteur français, disparu en 2003.

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(avec communiqué de presse du festival de Cannes)

Les Chaussons rouges de Powell & Pressburger : vivre et aimer ou danser jusqu’à épuisement ?

Posté par Claire Fayau, le 6 avril 2010

 les chaussons rouges"- Pourquoi tenez -vous à danser ?
- Pourquoi tenez -vous à vivre ? 
"

L'histoire: Le soir de la première de Cœur de feu, le célèbre impresario Boris Lermontov - directeur de la prestigieuse troupe de ballet qui porte son nom- fait la connaissance de Victoria Page, une danseuse qui le persuade de l'engager. Dans le même temps, il embauche un jeune compositeur, Julian Craster, qui était venu se plaindre de plagiat. Intransigeant, Lermontov dirige ses employés d'une main de fer, exigeant d'eux qu'ils se vouent entièrement à leurs carrières. Lorsqu'il annonce son nouveau ballet, Les Chaussons rouges, inspiré du conte d'Andersen, il s'agit d'un projet d'une ampleur sans précédent : Craster le composera, Page le dansera ; ils deviendront des vedettes internationales, à condition de tout sacrifier à cet art...

Notre avis: Attention, chef d'œuvre. Quelques grammes de fantaisie et d'art dans un monde de brutes. Les Chaussons rouges, une référence pour des artistes, notamment Scorcese, à l'origine de la restauration , qui y voit LE film sur l'art : "Indéniablement le plus beau film en Technicolor. Une vision jamais égalée". L'oeuvre remporta deux Oscars (musique, direction artistique) et est considéré comme l'un des vingts films britanniques les plus marquants de l'Histoire.

Le dernier réalisateur à rendre hommage à ce  splendide film  fut Francis Ford Coppola dans Tetro : les séquences de ballet issus des Chaussons rouges (et des Contes d’Hoffmann du même réalisateur, Michael Powell) ont constitué une intrusion réussie, poétique et colorée dans ce film  filmé la plupart du temps en noir et blanc. Cannes Classics ne s'y est pas trompé en l'incluant dans sa sélection.

Force est de constater que le résultat de la restauration est bluffant, au point d'oublier les 62 ans du film, happé par les images. Michal Powell et Emeric Pressburger s'offrent ici le luxe de placer un vrai ballet de 17 minutes, l'un des plus beaux moments de danse filmé, avec inventivité, sa place dans la narration complexe du film , le jeu de miroirs ... et 53 danseurs.

Au -delà de la question de l'artiste (vivre de son art ou mourir pour lui), il s'agit de savoir comment rester  fidèle à  soi - même lorsque vous êtes poussé à être quelqu'un d'autre...Un film kaléidoscope : pour le prix d'un ticket de cinéma, le spectateur verra un spectacle de danse, l'envers du décor,  pourra réfléchir à l'art et sur sa propre vie ...

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- Pour fêter la version restaurée du  film, une exposition des dessins du décorateur du film Hein Heckroth (qui refit tous les décors). Exposition présentée au cinéma Le Nouveau Latina 20, rue du Temple, Paris 4e,  du  31 mars jusqu'au 4 mai.

Berlin 2010 : La résurrection de Metropolis

Posté par vincy, le 13 février 2010

metropolis_berlin10.jpgIl avait beau faire froid, la neige imprégnant son humidité à travers les semelles, un bon millier de Berlinois et d'étrangers sont venus découvrir un film vieux de... 83 ans en plein air. Métropolis, de Fritz Lang. La toile blanche couvrait la Porte de Brandebourg. Cinéma de plein-air monumental, avec les invités de l'Ambassade de France (au chaud), aux premières loges. Jeunes ou vieux, attentifs ou l'esprit bon enfant, l'événement fera date dans la Berlinale, qui avait organisé cet happening, en plus des traditionnelles projections de presse et de gala (où l'orchestre interprétait en direct la partition d'origine composée par Gottfried Huppertz. La Berlinale recréait ainsi les conditions de la première mondiale du film, le 10 janvier 1927 à Berlin (au cinéma berlinois Ufa-Palast am Zoo).

Vendredi 11 février à 20h, le projecteur éphémère lançait sa première "bobine" tandis que le son enregistré par 'orchestre symphonique de la Radio de Berlin, jouait la partition qui accompagne le film muet de 1927, réalisé par l'immense Fritz Lang. Outre qu'il s'agit d'un chef d'oeuvre épique, Metropolis est une somptueuse synthèse allégorique où le progrès se confronte aux dogmes et à l'espérance des Hommes. Sa narration, très ambitieuse pour un film de l'époque, lui donne encore un aspect "moderne" et en fait une oeuvre atemporelle. Surtout,il fut le premier grand film de science-fiction de l'histoire du cinéma (si l'on excepte les Méliès).

L'événement n'était pas seulement de voir ce film dans un cadre aussi singulier. Il s'agissait surtout de la renaissance d'un film grâce à la découverte de 26 minutes de pellicules qu'on croyait disparues. La quasi-totalité des scènes manquantes ont été retrouvées en juin 2008 en Argentine. Lorsque la fondation Friedrich Wilhelm Murnau, propriétaire des droits du film a annoncé que "presque toutes les scènes qui manquaient jusqu'à présent ont été retrouvées dont deux grandes scènes importantes" . Une pellicule 16 millimètres a été découverte chez un particulier par des collaborateurs du musée du cinéma de Buenos Aires.  "Grâce à cette découverte sensationnelle" et en dépit de la mauvaise qualité des images, le film pouvait retrouver sa durée originelle. Paramount, producteur du film avait en effet, par la suite, largement amputé l'oeuvre, afin d'en simplifier l'histoire. Le studio avait retiré un quart de sa durée par un nouveau montage qui en obscurcissait l'intrigue. En fait cette mutilation (le film fait 4 189 mètres de longueur) était due à un énorme flop. Quatre mois de présence dans une salle sans succès. On le raccourcit alors à 3 241 mètres pour la sortie nationale.

Metropolis avait été assassiné par la critique (et par H.G. Wells, au passage) et boudé par le public. Oeuvre incomprise, devenue culte et source d'inspiration de Kubrick, Lucas, Scott et Cameron, il a été le premier film à avoir été inscrit sur le Registre de la Mémoire du monde de l’UNESCO, dans sa version transformée. On considérait que les scènes manquantes avaient été disparues. En 2002 une version numériquement remastérisée (et reconnue comme l'une des meilleures restauration cinématographique de la décennie) avait été réalisée, accompagnée de fiches résumant aux spectateurs les scènes manquantes.Un DVD de cette version intégrale (145 minutes) va être prochainement disponible. metropolis2_berlin10.jpg

C'est donc un véritable miracle cinématographique qui eut lieu lorsqu'on retrouva les négatifs manquants.  On a pu admirer hier l'imposant travail de Fritz Lang (quatre ans avant M le Maudit). Incroyable production qui dura deux ans et employa jusqu'à 37 000 figurants, elle coûta 5 millions de marks (150 millions d'euros actuels) de l'époque dans une Allemagne qui ne parvenait pas à se remettre de la première guerre mondiale.

Ecran Noir vous offre quelques courts films pour revivre la soirée du 12 février. Pardon pour les tremblements (le froid) de l'image. Si vous passez à Berlin, ne manquez pas, en plus, l'exposition "The Complete Metropolis" au Musée du cinéma et de la Télévision, jusqu'au 25 avril, avec 200 objets (caméras, pages du scénario, décors en trompe-l'oeil, extraits de la partition de la musique du film ...)

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Ecran Noir, en direct de la Porte de Brandebourg

Extrait 1

Extrait 2

3 autres extraits à venir durant le week-end...

Pierre Etaix récupère (enfin) cinq de ses films

Posté par vincy, le 30 juin 2009

etaix1.jpgPremière victoire après de nombreuses défaites Le cinéaste Pierre Etaix est devenu ces derniers mois un symbole de la défense du droit d'auteur. Etaix a remporté un Oscar en 1963 avec son court métrage Heureux anniversaire co-signé avec Jean-Claude Carrière et a réalisé cinq longs métrages. Homme de cirque et dessinateur, amateur de burlesque à l'instar de son ami Jerry Lewis, il fut aussi l'assistant-réalisateur de Jacques Tati sur Mon oncle

Vendredi 26 juin , le Tribunal de Grande instance de Paris l'a autorisé à recouvrer les droits sur cinq de ses films que lui contestaient depuis 2007 la société Gavroche Productions, qui n'a jamais exploité ses longs-métrages. La décision du tribunal étant exécutoire, les négatifs sont déjà partis aux Archives françaises du film (AFF) pour des vérifications techniques, notamment les éléments sonores.

Flash-back en 2004. Pierre Etaix et le scénariste Jean-Claude Carrière entrent en négociation avec la société Gavroche Productions, en vue de restaurer et d'exploiter quatre films qu'ils avaient co-écrits : Le Soupirant, Yoyo, Tant qu'on a la santé et Le grand amour, en plus d'un autre écrit par Pierre Etaix seul, Le pays de Cocagne. Ils signent un contrat de cession de droits d'auteur, donnant ainsi l'intégralité des droits sur les cinq oeuvres réalisées entre 1963 et 1970. Ce contrat, proposé par l'ancienne avocate du réalisateur, Me Francine Wagner-Edelman, cédait à la société Gavroche Productions, gérée par le producteur Alain Wagner, frère de l'avocate, les droits exclusifs de restauration, de représentation et d'exploitation des cinq longs métrages pour le monde entier. Mais la société de production ne leur avait adressé en retour aucun document d'acceptation. Deux ans et demi plus tard, les auteurs avaient donc fini par considérer que, faute d'engagement ferme de la part du producteur, le contrat était caduc.

etaix21.jpgUn contrat annulé et 10 000 euros de dommages 

Cependant Gavroche Productions s'est dépêché de contester cette interprétation, et, dès janvier 2007,  elle fait publier le contrat au Registre public de la cinématographie et de l'audiovisuel (RPCA). En réplique messieurs Etaix et Carrière engagent une action en justice en décembre 2007, soutenus par la SACD. Le TGI vient de leur donner raison, "en l'absence de consentements valablement échangés" et a prononcé la "nullité du contrat de cession de droits d'auteur publié au RPCA".

Le tribunal a aussi débouté la société de productions des poursuites de contrefaçon qu'il avait engagées contre la Fondation Groupama GAN pour le cinéma à qui elle reprochait d'avoir fait restaurer les négatifs de Yoyo et présenté le film lors de projections publiques en 2007 (Festival de Cannes, du Festival du cinéma de Paris). Gavroche productions devra d'ailleurs verser 10 000 euros de dommages et intérêts à la Fondation pour procédure abusive.

Pourtant ce même TGI de Paris avait créé la polémique. Le 28 novembre dernier, il avait rejeté vendredi la demande formée par Pierre Etaix et Jean-Claude Carrière, de "restaurer et d'exploiter non commercialement" ceux-ci. Tout en reconnaissant "l'importance pour le patrimoine cinématographique français des oeuvres en cause", le Tribunal avait estimé qu'un tel argument est "sans portée" sur le contentieux qui oppose les demandeurs à la société Gavroche Productions. En revoyant l'affaire, afin que le dossier soit jugé sur le fonds, il a laissé les milieux culturels s'emparer rapidement du sujet, devenu depuis une affaire politique. "Je me battrai jusqu'à la mort pour qu'aucun autre auteur ne subisse ce que je vis", avait alors affirmé Pierre Etaix, dont le ton inhabituellement tragique contraste avec les oeuvres burlesques.

etaix3.jpg 56 000 signatures pour la pétition 

Car depuis, aucun de  ces cinq films puissent ne peut-être exploité ou restauré. La ministre de la Culture et de la Communication de l'époque, Christine Albanel, a souhaité une "issue rapide" du conflit juridique qui empêche la nouvelle sortie en salles des films de Pierre Etaix et a réaffirmé son "soutien moral" au cinéaste. Elle avait reçu une délégation, conduite par le comédien Jacques Weber et composée de Tom Novembre, Christophe Malavoy, Cabu et Jean-Paul Rappeneau qui lui avait remis une pétition de 56 000 signatures appelant à favoriser la diffusion des films de Pierre Etaix.

Etaix, 80 ans, a très mal vécu cet épisode. Accablé, il spérait que ses oeuvres très estimées soient diffusées de nouveau au plus grand nombre de son vivant. La décision de novembre dernier était pour beaucoup incompréhensible. Le cinéaste avait en plus trouvé un partenaie, la Fondation Thomson, qui s'engageait à restaurer les quatre négatifs à ses frais, et ne demandait ue le droit de sauvegarder son oeuvre. Des distributeurs réputés pour leur travail pour les films de patrimoine, Wild Side et Carlotta, avaient fait des offres fermes pour exploiter ces films et Arte souhaitait les diffuser lors d'une rétrospective. Cette demande pouvait aussi se ressentirsur les marchés internationaux.

Aussi les amis du cinéastes ont-il décidé de jouer l'opinion conte le système. Mise en ligne sur le site internet d'Etaix, une pétition avait recueilli près de 19 000 signatures, dont celles de Woody Allen et David Lynch, en quelques jours, avant de tripler son nombre grâce aux réseaux sociaux et à Internet. Le monde du cinéma belge s'est mobilisé le 18 novembre 2008 lors d'une soirée de soutien organisée au théâtre de la Toison d'or à Bruxelles.

C'est donc la fin d'un imbroglio juridique. Même si Gravroche peut faire appel d'ici un mois, on peut espérer (re)voir les films de Pierre Etaix en version restaurée prochainement. "Ce n'est que justice ! J'espérais ce dénouement heureux, j'ai attendu bien longtemps", a déclaré de son côté à l'AFP Pierre Etaix, vendredi dans la soirée. "Mon souhait est avant tout que mes films ressortent en salles et pour cela qu'ils soient restaurés au plus vite" a-t-il dit, ajoutant : "ce cinéma-là franchit très bien les frontières, car il n'a pas besoin de sous-titres".

Toulouse opère un « zoom arrière » sur le patrimoine cinématographique

Posté par MpM, le 5 mars 2009

Zoom arrièrePartager le patrimoine cinématographique avec un large public, tel est le crédo du Festival "Zoom arrière" dont la 3e édition se tient à la Cinémathèque de Toulouse jusqu’au 15 mars prochain. Cette manifestation unique en France a en effet à cœur de mettre à l’honneur non pas les nouveautés, mais bien d’anciens films méconnus, peu diffusés ou fraîchement restaurés, et de faire la chasse aux idées reçues sur les "vieux films" qui seraient forcément poussiéreux et rébarbatifs.

Sous le regard bienveillant du parrain Jean-Pierre Jeunet (qui présentera ses cinq longs métrages et animera une master-class), le festival se concentrera en effet cette année sur la thématique "magie et cinéma" permettant de présenter des films de Georges Méliès, l’inventeur des effets spéciaux, ainsi que des œuvres de George Franju, Marcel Lherbier, Terry Gilliam… ou encore le Faust de Friedrich Wilhelm Murnau et le Magicien de Rex Ingram.

En parallèle, le Gosfilmofond de Moscou, troisième fonds d’archive mondial, créé en 1948, sera mis à l’honneur au travers d’une rétrospective de 31 films à thématique juive (Kinojudaica) produits entre 1910 et 1960 dans l’Empire russe puis en Union soviétique, et dont 70% n’ont jamais été montrés hors d’URSS.  Afin de replacer cette production dans une perspective historique, un colloque scientifique consacré à l’image des Juifs dans le cinéma russe et soviétique complétera les projections les 12 et 13 mars.

Dernier grand axe de Zoom arrière, la présentation en avant-premières de films récemment restaurés par d’autres archives cinématographiques européennes invitées comme la cinémathèque de Lausanne, la filmoteca espagnola ou encore la cinetecca de Turin. A noter par exemple la soirée consacrée à la ville de Toulouse au travers d’une série de courts métrages en partenariat avec les archives françaises du film.

Viennent enfin s’ajouter à tout cela des rencontres, des ateliers jeunes publics, des expositions et des ciné-concerts endiablés qui permettent à chacun de trouver sa propre voie pour (re)découvrir le patrimoine. Qu’on se le dise, il n’y a pas de date de péremption sur le cinéma, et les dix ou quinze sorties hebdomadaires n’ont pas encore réussi à totalement effacer les œuvres du passé.
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Programmation et information sur le site de la cinémathèque.
Pour le public parisien, reprise d’une partie de la programmation en mars au musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme et au mémorial de la Shoah.