Venise 2011 : plusieurs maîtres dans la sélection officielle

Posté par vincy, le 28 juillet 2011

La 68e édition du Festival de Venise s'annonce étoilée : entre les stars hollywoodiennes (Pacino, Soderbergh, Clooney, Madonna, ...), les maîtres du genre (Cronenberg, Friedkin, Ferrara...), les auteurs décalés que la Mostra affectionne tant (Solondz), le cinéma américain est presque sur-représenté.  Jodie Foster, Kate Winslet, Keira Knightley, Ryan Gosling, Philip Seymour Hoffman, Marisa Tomei, Viggo Mortensen, Matthew McConaughey, Christopher Walken, Matt Damon, Jude Law, Colin Firth, Gary Oldman, Sam Worthington, Gwyneth Paltrow sont toutes susceptibles de venir défendre un film sur la lagune vénitienne.

Le cinéma anglo-saxon domine une sélection officielle qui est pourtant plus variée qu'il n'y paraît. Déjà, notons la belle proportion de films français et italiens : Garrel, Satrapi et Paronnaud, Polanski, Ackerman, Comencini, Crialese, Olmi... En choisissant autant de films russes, et en se concentrant uniquement sur la Chine et le Japon pour l'Asie, Venise oublie des pans entiers du cinéma mondial.

La variété des propositions cinématographiques suscite un désir de cinéphile évident. Mais l'Amérique latine est complètement absente, l'Asie relativement mal représentée (aucun film coréen par exemple, ni iranien). Ce centrisme occidental pourrait même être jugé inquiétant pour Venise qui s'offre peu de découvertes. Il y a bien trois auteurs révélés par Cannes (Arnold, Lamthimos et McQueen) qui y feront leurs premiers pas. Mais c'est hors-compétition que la véritable nature du festival devrait se dévoiler avec des films très engagés réalisés par des collectifs : Tahrir 2011, Tamer Ezzat, Ahmad Abdalla, Ayten Amin, Amr Salama, sur la révolution égyptienne de cet hiver, et deux oeuvres syriennes, The End et Vanguard, du Collectif Abounabbara.

Compétition :

The Ides of March, George Clooney (U.S.) - ouverture de la compétition

Tinker, Tailor, Soldier, Spy, Tomas Alfredson (Suède)

Wuthering Heights, Andrea Arnold (R.Uni)

Texas Killing Fields, Ami Canaan Mann (U.S.)

A Dangerous Method, David Cronenberg (Canada)

Silent Souls, Aleksei Fedorchenko (Russie)

Last Day on Earth, Abel Ferrara (U.S.)

Killer Joe, William Friedkin (U.S.)

The Exchange, Eran Kolirin (Israël)

Alps, Yorgos Lamthimos (Grèce)

Shame, Steve McQueen (R.Uni)

Carnage, Roman Polanski (France)

Poulet aux prunes, Marjane Satrapi, Vincent Paronnaud (France)

Après le sud, Philippe Garrel (France)

A Simple Life, Ann Hui (Chine)

Faust, Aleksander Sokourov (Russie)

Dark Horse, Todd Solondz (U.S.)

Himizu, Sion Sono (Japon)

Seediq Bale, Wei Desheng (Taiwan)

Quando la Notte, Cristina Comencini (Italie)

Terraferma, Emanuele Crialese (Italie)

L'Ultimo Terrestre, Gipi (Italie)

Hors- Compétition :

Vivan las Antipodas!, Victor Kossakovsky (Russie) - ouverture de la sélection hors compétition

La Folie Almayer, Chantal Akerman (France)

The Moth Diaries, Mary Harron (Canada)

W.E., Madonna (R. Uni.)

Il villaggio di cartone, Ermanno Olmi (Italie)

Wilde Salome, Al Pacino (U.S.)

Contagion, Steven Soderbergh (U.S.)

The Sorcerer and the White Snake, Tony Ching Siu-tung (Chine)

Giochi d'estate, Rolando Colla (Italie/Suisse)

La Désintegration, Philippe Faucon (Belgique)

Alois Nebel, Tomas Lunak (Rép. Tchèque)

Eva, Kike Maillo (Espagne)

Scossa, Francesco Maselli, Carlo Lizzani, Ugo Gregoretti, Nino Russo (Italie)

La Clé des chants, Claude Nuridsany, Marie Perennou (France)

Tormented, Takashi Shimizu (Japon)

Marco Bellocchio, Venezia 2011, Pietro Marcello (Italie)

La Meditazione di Hayez, Mario Martone (Italie)

Tahrir 2011, Tamer Ezzat, Ahmad Abdalla, Ayten Amin, Amr Salama (Egypte)

The End,  Collectif Abounabbara (Syrie)

Vanguard, Collectif Abounabbara (Syrie)

Evolution (Megaplex 3D), Marco Brambilla (U.S.)

Damsels in Distress, Whit Stillman (U.S.) - film de clôture

André Téchiné, Todd Haynes et David Byrne au jury de Venise

Posté par vincy, le 8 juillet 2011

Ils seront les hommes et femmes du réalisateur américain Darren Aronofsky, président du jury du 68ème Festival de Venise. 6 artistes venus du monde entier qui se retrouveront du 31 août au 10 septembre ^pour choisir un palmarès et le successeur de Somewhere, Lion d'or contesté l'an dernier..
Par ordre alphabétique :

- Eija-Liisa Ahtila, artiste multimédia finlandaise. Son moyen métrage, Consolation service fut présenté à la Biennale de Venise en 1999.
- David Byrne, musicien américain, ex-membre des Talking Heads, Oscar pour la BOF du Dernier empereur de Bernardo Bertolucci ; il a aussi joué son propre rôle dans le récent Paolo Sorrentino, This must be the Place (présenté à Cannes).
- Todd Haynes, scénariste et réalisateur américain, primé à Venise pour Loin du paradis (actrice, photo) et I'm Not There (prix spécial du jury).
- Mario Martone, cinéaste italien, primé à Venise (Mort d'un mathématicien napolitain, Grand Prix spécial du jury) et récent David di Donatello du meilleur film (Noi credevamo).
- Alba Rohrwacher, actrice italienne, Prix d'interprétation féminine à Venise l'an dernier (La solitude des nombres premiers)
- André Téchiné, scénariste et réalisateur français dont le dernier film, Impardonnables, a été tourné à Venise. Il n'a été sélectionné qu'une fois sur la Lagune, en 2001, avec Loin.

Rencontre avec Tsui Hark pour Detective Dee

Posté par redaction, le 19 avril 2011

Tsui HarkLors du dernier festival de Venise, Tsui Hark était sur le Lido pour défendre son nouveau film, Detective Dee : le mystère de la flamme fantôme, qui sort mercredi sur nos écran. Un film d'action spectaculaire qui s'inspire d'un personnage réel, le fameux Detective Dee, véritable Sherlock Holmes de la Chine impériale. Rencontre avec un réalisateur passionné.

Pour ce film, vous vous inspirez de personnages qui ont vraiment existé comme l’impératrice Wu Ze Tian, et le fameux Detective Dee (le juge Ti) popularisé en Occident par les romans de Robert van Gulik…

Tsui Hark : En effet, il s’agit de personnages très célèbres. A l’époque où se déroule le film, il y avait dix mille cas de meurtres par an. Le détective Dee était célèbre pour les résoudre. Ce genre d’histoire peut être de la fiction, mais là en plus, ce sont des faits réels ! Cela constitue donc un excellent matériau pour faire un film. En tant que réalisateur, c’est un défi à relever d’utiliser des personnages historiques dans un récit de fiction. Il y a environ 5 ans le producteur du film et le scénariste Chang Chia-Lu m’ont proposé de mettre en image Detective Dee, et en fait c’est ce genre de projet que je voulais mettre en route depuis des années. Nous avons donc eu différentes versions du script et pas mal d’échanges d’idées pour arriver au résultat final.

Certains comparent Detective Dee à une sorte de Sherlock Holmes asiatique…

TH : Je suis un grand fan de Sherlock Holmes. Il peut tout vous dire sur qui s’est assis sur cette chaise, par exemple en trouvant un long cheveu brun ou une trace de chaussure à talon. Chez lui, l’esprit et la logique dominent. Detective Dee me semble très différent, il fait plus attention aux comportements des témoins par exemple. Il n’a pas de logique, mais une personnalité qui nous charme. De toute façon, on est toujours charmé par les personnages de détective…

Le film regorge d’effets spéciaux vraiment impressionnants. Selon vous, est-il plus facile de tourner ce type de films aujourd’hui grâce aux progrès de la technique, ou est-ce au contraire plus complexe ?

Déjà, il faut trouver une bonne maison d’effets spéciaux, qui soit capable de fournir exactement ce dont on a besoin pour le tournage, et cela dépend aussi du budget dont on dispose. Les effets spéciaux peuvent être un très bon outil mais ça peut aussi fragiliser la crédibilité d’une scène. Il ne faut pas se reposer dessus et être extrêmement prudent avec.

Pour vous, qu'est-ce qu'un bon film, un film dont vous pouvez être fier ?

TH : Si on m’avait demandé ce que je voulais faire avec ce film, j’aurais répondu que je serais fier de réaliser un grand film qu’on pourrait voir et revoir pour toujours sans en être lassé, mais personne ne peut prétendre faire ça.

Chaque film s’inscrit dans le temps où il a été conçu. Pour chaque très bon film, il y ensuite beaucoup de gens qui essaient de l’imiter ou de s’en inspirer. Un film original un moment le devient moins après que d’autres en reprennent certains éléments. A mon sens, un très bon film, c’est celui dont vous retirez une nouvelle expérience ou une nouvelle appréciation à chaque fois que vous le regardez.

Alors bien sûr, cela peut être une histoire un peu difficile à comprendre, ou une mise en scène sophistiquée où l’on remarque des éléments en plus quand on revoit le film une seconde fois. Pour parvenir à ces différentes visions il faut réaliser le film avec plusieurs couches, plusieurs niveaux de lectures avec un sens en surface et un autre plus souterrain.

propos recueillis par MpM & Kristofy

Venise 2009 : un film roumain menacé par la petite fille de Mussolini

Posté par vincy, le 9 septembre 2009

francesca.jpgOn vous le disait pas plus tard qu'hier : le festival de Venise est traumatisé par sa naissance mussolinienne. La petite fille du dictateur fasciste, Alessandra Mussolini, politicienne d'extrême-droite, a engagé une action en justice pour arrêter les projections de Francesca, un premier film roumain de Bobby Paunescu. Présenté dans le cadre de la sélection Orizzonti, deux de ses projections ont été annulées.

De quel odieux crime est responsable ce film? Francesca est une Roumaine (Monica Barladeanu) qui cherche à migrer en Italie pour trouver un job. Mais voilà, dans le film, un de ses compatriotes l'avertit qu'il y a "une salope qui veut tuer du Roumain". Et la Alessandra s'est sentie visée. Quelle idée! Autre cible, le maire de Vérone, qui loin de la bluette shakespearienne entre Roméo et Juliette, a une politique plutôt haineuse et est traité, dans le film,  de "maire de merde". On est étonné que le film n'aille pas plus loin en traitant le nouveau maire de Rome de "génocideur". Rappelons que ça ne le gène pas de voir des immigrés morts sur une plage ou battus dans les rues. Mussolini veut que ces citations soient retirées. Le réalisateur, qui a vécu en Italie, refuse de changer une virgule, en se fondant sur le fait que ces propos sont basés sur des citations réelles.

Le film doit sortir en Italie dans un mois. Fandango, son distributeur, a maintenu la date.

Au delà de la censure, cela montre un triste visage raciste de l'Italie, repliée sur elle-même et loin des louables intentions de cette Mostra. Mais comment résister malgré soi à son époque? Le procès c'est la grande mode des minorités ou des activistes. Même si Marine Le Pen n'a pas porté plainte contre un film comme Welcome, souvenons-nous des propos indécents du Ministre Eric Besson au sujet de ce film. Plus tard, nous avons frémit aux menaces de Corses en furie contre Un prophète.

Il y a plus d'un million de Roumains en Italie.