Le 70e Festival de Cannes choisit Pedro Almodóvar comme Président du jury

Posté par vincy, le 31 janvier 2017

pedro almodovar

Le cinéaste, scénariste et producteur espagnol Pedro Almodovar, emblème de la renaissance du cinéma de son pays, depuis la fin des années 1970, sera président du jury du 70e Festival de Cannes (17-28 mai 2017), 25 ans après avoir été "simple" membre du jury.

C'est évidemment un habitué de la Croisette, même s'il a fallu attendre 1999 pour e voir monter les marches avec un de ses films. Tout sur ma mère (Prix de la Mise en scène), Volver (Prix du Scénario et Prix collectif d’Interprétation féminine), Étreintes brisées, La Piel que Habito et Julieta l'an dernier ont été sélectionnés en Compétition. La Mauvaise Éducation a fait l’ouverture du Festival en 2004 tandis que le réalisateur avait figuré sur l’affiche officielle de la 60e édition.

"J'ai le trac!"

Pedro Almodovar s'est déclaré "très heureux de fêter le 70e anniversaire du Festival du Film de Cannes dans cette fonction si privilégiée." "Je suis reconnaissant et honoré et j’ai le trac ! Être Président du Jury est une lourde responsabilité et j’espère être à la hauteur des circonstances. Je peux vous dire que je vais me dévouer corps et âme à cette tâche, qui est à la fois un plaisir et un privilège" précise-t-il.

Avec vingt longs métrages à son actif, Almodovar, l'Homme de La Mancha, a accompagné la "movida", ce mouvement artistique post-dictature qui a réveillé l'Espagne. Du Polar au mélo en passant par la comédie et le fantastique, son cinéma a puisé dans les grands films noirs comme dans les récits passionnels, en trouvant sa cohérence à travers une direction artistique identifiable dès la première image. "La passion, la filiation, le destin, la culpabilité ou les secrets enfouis" sont ses thèmes de prédilection indique le communiqué

"Un artiste unique qui jouit d’une immense popularité"

"Pour sa 70e édition, le Festival de Cannes est heureux d’accueillir un artiste unique qui jouit d’une immense popularité. Son œuvre s’est déjà inscrite pour toujours dans l’histoire du cinéma. Une longue fidélité unit Pedro Almodóvar au Festival, dont il a été membre du Jury en 1992 sous la présidence de Gérard Depardieu", déclarent Pierre Lescure, Président du Festival, et Thierry Frémaux, Délégué général.

Pedro Almodovar a été récompensé dans le monde entier. Femmes au bord de la crise de nerfs a reçu le Prix du meilleur scénario à la Mostra de Venise, le Goya du meilleur film et du meilleur scénario original; Talons aiguilles a obtenu le César du meilleur film étranger ; le cinéaste a été distingué par un César d'honneur pour l'ensemble de sa carrière en 1999; la même année, avec Tout sur ma mère, il est sacré aux Oscars et aux Golden Globes (meilleure film en langue étrangère), et se voit décerné un deuxième César du meilleur film étranger, en plus des Goya du meilleur film et du meilleur réalisateur; en 2003, Parle avec elle est oscarisé pour son scénario, et primé par un Golden Globe du meilleur film étranger et un César du meilleur film de l'Union européenne ; avec Volver en 2007, il réalise de nouveau le doublé Goya du meilleur film et du meilleur réalisateur ; en fin en 2013, il reçoit le Prix du cinéma européen et en 2014 le Prix Lumière du Festival de Lyon.

"À travers la présence de ce cinéphile passionné qui ne cesse de célébrer les pouvoirs magiques du cinéma et de rendre hommage aux maîtres Sirk, Franju, Hitchcock ou Buñuel, le Festival de Cannes fête un grand auteur international et une Espagne moderne et libre" explique le Festival.

Edito: Pourquoi lui?

Posté par redaction, le 26 janvier 2017

Patrick Dewaere aurait eu 70 ans aujourd'hui. Pourquoi lui? Parce qu'il a été l'un des acteurs français les plus marquants du cinéma post-Nouvelle Vague. 35 ans après son suicide, le comédien des Valseuses, de F... comme Fairbanks, du Juge Fayard dit le Shérif, de Coup de tête, de Série noire et d'Hôtel des Amériques reste une référence, avec son mélange de virilité et de vulnérabilité, explorant toutes les ombres de sa personnalité tourmentée. Certains acteurs nommés au César cette année en sont les héritiers directs comme Pierre Deladonchamps, Nicolas Duvauchelle, Pierre Niney, Gaspard Ulliel, Melvil Poupaud, Vincent Cassel... Il a imposé au cinéma l'image d'un homme beau, sincère et fragile.

La La Land a séduit 108000 spectateurs en France pour son premier jour d'exploitation. Pourquoi lui? Sans doute les 7 Golden Globes et ses 14 nominations aux Oscars ont contribué au buzz phénoménal autour de cette comédie romantique, romantique et musicale. 114000 français se sont précipités pour voir Emma Stone et Ryan Gosling danser dans les étoiles. Mais ce n'est pas la seule raison. Ressusciter Jacques Demy est une chose. Enthousiasmer la critique en est une autre. En ces temps anxiogènes, où les nouvelles du monde participent à un pessimisme inquiétant, cela fait du bien de voir un film mélancolique et joyeux (ce n'est pas incompatible), en technicolor. On réhabilite Hollywood et on réenchante les spectateurs. Idéal pour se réchauffer en plein hiver et s'évader le temps d'une séance.

Thierry Frémaux est partout. Pourquoi lui? L'homme le plus influent du cinéma français (trois de ses films cannois sont en lice pour le César du meilleur film, 6 films sur les 7 de la catégorie meilleur film étranger étaient en compétition) sort un livre et un documentaire. Sélection officielle (Grasset) dévoile les coulisses d'un Festival de Cannes sur une année. Mais c'est son documentaire passionnant sur les premiers films du cinéma, ceux des frères Lumière, qui retiennent notre attention, tant il s'agit d'une véritable découverte cinématographique et d'une belle leçon de cinéma. Dommage qu'il ne soit pas mieux distribué, en attendant une diffusion télé qui le rendra accessible au plus grand nombre. En tout cas, Thierry Frémaux révèle un talent de pédagogue et de conteur qui sied bien à son rôle de passeur.

George Clooney sera l'invité d'honneur des César. Pourquoi lui? On peut toujours continuer de critiquer le bazar des César, le tropisme hollywoodien (pour l'audience, vraiment?) des récents César d'honneur (en fonction de l'agenda des stars). On n'en rajoutera pas. Au pire, on se dit que l'Académie n'aime pas les grands cinéastes, même ceux sélectionnés à Cannes, au mieux on se console cette année avec la présence du quinquagénaire le plus sexy d'Hollywood. What else après tout? Clooney, producteur oscarisé, réalisateur comblé, acteur idéalisé, est aussi un citoyen engagé, le parfait modèle de la personnalité anti-Trump, se souciant du Darfour et des réfugiés, de l'environnement et de la précarité. C'est une star, à presque à l'ancienne. Clooney sera récompensé pour avoir rempli les salles françaises et pour avoir fait rêver des spectateurs et spectatrices dans les magazines people.

Isabelle Huppert est au top. Pourquoi elle? Tout a été dit: son audace, son perfectionnisme, sa facilité à passer de la comédie décalée à la pire tragédie, du théâtre au cinéma. L'actrice réputée cérébrale, adepte de rôles sadomasochistes, a tourné aux Etats-Unis, en Europe, en Asie, avec les plus grands cinéastes ou les plus aventureux. Elle, L'avenir ou Souvenir ont davantage séduit la critique que le public, comme souvent avec la Reine Isabelle. Contrairement à Clooney, elle est plus "réputée" que "populaire". Contrairement à Deneuve, elle n'a pas été tête d'affiche de nombreux films millionnaires (8 en 40 ans) et son plus gros succès récent, elle le partage avec 7 autres femmes, où elle chantait sa mélancolie dans un film assez joyeux. Huppert est hype. Elle sera aux Oscars grâce à Elle, sélectionné par Frémaux à Cannes. Elle sera aussi aux César, pas loin de Clooney. Elle pourra aussi se souvenir de Dewaere, son partenaire dans Les Valseuses, il y a 43 ans.

Pourquoi eux? Parce que chacun à leur manière, ils prolongent cette magie indéfinissable du cinéma, par de là la mort. Frémaux évoquent les Lumière comme des "sorciers de l'image". Le cinéma est en effet une sorcellerie irrésistible.

Pierre Lescure réélu à la présidence du Festival de Cannes

Posté par vincy, le 16 janvier 2017

pierre lescure à cannesLe 70e Festival de Cannes prépare sa 70e édition qui aura lieu du 17 au 28 mai. Pierre Lescure a été réélu à l’unanimité Président de l’association organisatrice, poste qu'il occupe depuis juillet 2014.

"En décembre 2016, le conseil d’administration de l’Association Française du Festival International du Film a renouvelé sa confiance à Pierre Lescure", a annoncé le Festival ce 16 janvier 2017. "Ce nouveau mandat, d’une durée de trois ans, couvrira les éditions 2018, 2019 et 2020. Il garantit ainsi la continuité de la gouvernance du Festival et de ses projets" poursuite l'Association.

Journaliste et cofondateur de la chaîne Canal+, Pierre Lescure a été Président-Directeur général du groupe Canal+ de 1994 à 2002. Entre 2008 et 2014, il est producteur et directeur des opérations du théâtre Marigny. Il est depuis 2015 Vice-Président de Molotov TV, la nouvelle plateforme numérique d’accès à la télévision.

Les beaux yeux de Michèle Morgan se ferment à jamais (1920-2016)

Posté par vincy, le 20 décembre 2016

C'était l'une des plus grandes stars du cinéma français: Michèle Morgan, née Simone Roussel, s'est éteinte le 20 décembre 2016 à l'âge de 96 ans. Née le 29 février 1920, avec un anniversaire tous les quatre ans donc, l'actrice a été la première à recevoir un Prix d'interprétation féminine à Cannes pour son rôle dans La Symphonie pastorale de Jean Delannoy. Un comble quand on y pense puisque le plus beau regard du 7e art y jouait une aveugle. Elle est aussi l'une des rares comédiennes françaises à avoir son étoile sur le Walk of Fame d'Hollywood. Morgan avait reçu un César d'honneur en 1992 et un Lion d'or pour l'ensemble de sa carrière à Venise en 1996.

Mariée à William Marshall puis à Henri Vidal et enfin à Gérard Oury, Michèle Morgan a traversé l'histoire du 7e art français, commençant sa carrière en 1935. C'est dans le Quai des Brumes de Marcel Carné, face à Jean Gabin, qu'elle se révéla au spectateurs, avec la fameuse réplique qui la définira définitivement : "T'as de beaux yeux, tu sais". Son regard magnétique, sa beauté presque triste, ont inspiré Marc Allégret (Gribouille, Orage), Julien Duvivier (Untel père et fils), Lewis Milestone (My Life with Caroline), Robert Stevenson (Jeanne de Paris), Michael Curtiz (Passage pour Marseille) ou encore Arthur Ripley (L'évadée) et Carol Reed (Première désillusion).

Elle revient au cinéma français après la guerre et tourne avec les grands cinéastes classiques de l'époque: René Clément (Le château de verre), Marc Allégret (Maria Chapdeleine), Claude Autant-Lara (Les Sept péchés capitaux, Marguerite de la nuit), Yves Allégret (Les orgueilleux, Oasis), René Clair (Les grandes manœuvres), Sacha Guitry (Napoléon, Si Paris m'était conté), Denys de la Patellière (Retour de Manivelle), Henri Verneuil (Maxime, les lions sont lâchés). C'est sans doute André Cayatte  qui lui offre un de ses plus beaux rôles avec Le miroir à deux faces en 1958.

Morgan a ainsi séduit à l'écran les plus grands: Bogart, Sinatra, Philipe, Raimu, Boyer ou Marais. Avec l'arrivée de la Nouvelle vague, sa carrière décline, même si on l'aperçoit chez Claude Chabrol (Landru), Robert Hossein, Michel Deville (Benjamin ou les mémoires d'un puceau), Claude Lelouch (Le chat et la souris). La télévision prolongera son activité dans le métier avec quelques téléfilms. Et au théâtre, elle tiendra l'affiche de comédies à succès.

Un fantôme venu de l'âge d'or du 7e art

Elégante et chic, même en vieillissant, sa beauté irradiait les films dans lesquels elle jouait. Ses personnages invoquaient le désirs (qui ne se souvient pas de cette séquence où elle s'affichait en soutien-gorge dans Les orgueilleux), révélaient une véritable sensualité, et affirmaient une belle liberté, annonciatrice de l'émancipation des femmes. Sa vie c'était le cinéma. Formée aux cours de René Simon, actrice précoce, on la voyait souvent comme une romantique en détresse, une femme fatale, une beauté spectrale. Morgan c'était en fait une insolence, une sexualité à fleur de peau, un magnétisme torride, le feu qui brûlait la pellicule. Mais c'est bien parce qu'elle ne masquait jamais sa mélancolie apparente qu'elle cachait aussi bien, dans ces prudes décennies, ce qui la rendait si précieuse : son tempérament complètement opposé aux préjugés qu'inspiraient ses traits.

Populaire et glamour, Michèle Morgan n'était pas qu'une affaire de regard: elle a ainsi hanté quelques grands films du 7e art, côtoyé Gabin et Bogart, subit des grands cinéastes tyranniques. Las, le cinéma l'a enfermée dans ces vieux classiques, rendant suranné son charme, embourgeoisant son image, la placardisant dans un art trop conformiste pour les années 1960 et 1970. Elle aurait pu tourner chez Visconti, a manqué Casablanca. Mais elle était captive de son image. Grâce à Deville et Lelouch, elle a brisé cette image, en vain. Elle se consacra à la peinture et aux livres. Toujours avide de (se/nous) raconter des histoires.

Edito: Les cinéphiles fantastiques

Posté par redaction, le 17 novembre 2016

Octobre a été un mois record pour la fréquentation des salles en France. C'est presque une exception dans le monde occidental. Tous les indicatifs de croissance sont à la hausse et on peut s'en féliciter; alors que le secteur du livre connaît depuis quelques mois une petite dépression, que celui de la musique n'a toujours pas retrouvé ses niveaux d'antan et que le spectacle vivant a du mal à rentabiliser ses créations. Avec plus de 21 millions d'entrées, octobre 2016 est un mois historique et cette progression se confirme également sur les 10 premiers mois de l'année qui totalisent plus de 170 millions d'entrées comme sur les 12 derniers mois qui totalisent plus de 212 millions d'entrées, selon les chiffres communiqués par le CNC.

"Les français sont les plus cinéphiles d'Europe et ce record de fréquentation le confirme encore", souligne Frédérique Bredin, présidente du Centre National du Cinéma et de l'image animée. Et les semaines à venir, avec Les animaux fantastiques, Alliés, Vaiana, Papa ou Maman 2, Premier contact, Assassin's Creed, Passengers et Rogue devraient remplir les multiplexes. Hollywood, la comédie française, voilà la bonne recette si on en croit le box office annuel. Les films d'auteur ont plus de difficultés à s'imposer. Il y a bien sûr quelques exceptions. Ken Loach, Xavier Dolan, Woody Allen et Pedro Almodovar, ont su attirer un public assez large. D'une part cela prouve l'impact d'un Festival comme Cannes sur cette catégorie de films. D'autre part, ce sont des réalisateurs-stars qui ont fidélisé les cinéphiles au fil des ans.

Mais le box office reste cruel pour la diversité des productions. Cette semaine Les Animaux fantastiques risque d'écraser la concurrence. Car si on peut applaudir les hauts niveaux de la fréquentation et même la bonne part de marché des productions françaises (combien de pays peuvent se flatter d'avoir plus d'un spectateur sur trois pour des films nationaux?), on peut aussi s'inquiéter de la concentration des spectateurs sur quelques films. Certes, les salles sont remplies. Mais ça profite surtout à quelques sorties, souvent des grosses productions françaises ou des productions anglo-saxonnes. Cependant, ce record d'octobre, cette fantastique fréquentation des salles de cinéma, doit aussi beaucoup à la vitalité du 7e art d'une part et à la variété des films proposés.

Pour maintenir cet écosystème salutaire, il reste un gros travail pour stimuler la curiosité des spectateurs et leur donner le courage d'aller voir un film qui ne "buzze" pas sur Internet. Il devient primordial de trouver des solutions pour faire vivre (plus longtemps) les "petits" films et de trouver les moyens pour qu'ils ne soient pas marginalisés. C'est une condition sine qua non pour qu'on puisse encore se flatter d'être le pays le plus cinéphile d'Europe.

L’historien du cinéma et critique Pierre Billard est mort

Posté par vincy, le 12 novembre 2016

Critique et historien du cinéma, Pierre Billard est mort jeudi 10 novembre 2016 à Paris, à l’âge de 94 ans. Né le 3 juillet 1922 à Dieppe, il a d'abord traversé l'horreur de la seconde guerre mondiale avant de se lancer éperdument dans le cinéma. Membre actif puis du mouvement des ciné-clubs puis président présidence de leur Fédération, il créé en 1952 la revue mensuelle Cinéma, qu'il dirige durant quinze ans.

Critique de cinéma aux Nouvelles littéraires, L’Express, et au Point (dont il est le cofondateur), on le remarque surtout à la radio dans "Le Masque et la Plume" sur France Inter. Pour la TV, il produit l’émission de cinéma Champ-contrechamp. Il enseigne aussi à Sciences-Po, et devient conseiller du président du Festival de Cannes dans les années 1980.

Pierre Billard a rédigé deux biographies (Le Mystère René Clair, Louis Malle, le rebelle solitaire), mais aussi Le roman secret : André Gide & Marc Allégret, Astérix et Obélix contre César, l'histoire d'un film, et Le Festival de Cannes : d'or et de palmes. En 1995, il publie L'âge classique du cinéma français : du cinéma parlant à la Nouvelle vague (1928-1959) tandis que son fils, autre grand critique, Jean-Michel Frodon rédige la suite à partii de la Nouvelle Vague, L’Age moderne du cinéma français.

Un passeur est passé.

Voyage à travers le cinéma français, une épopée cinéphilique envoûtante

Posté par vincy, le 12 octobre 2016

A priori un documentaire de trois heures et dix minutes, cela peut faire peur. Pourtant ce Voyage à travers le cinéma français que propose Bertrand Tavernier est époustouflant et mérite qu'on s'y attarde.

Leçons érudites

En tout premier lieu parce qu'il s'agit de véritables leçons de cinéma. Un décryptage érudit de la mise en scène (il faut voir comment on nous explique la manière dont Melville faisait ses champs contre-champs), de l'écriture, du jeu d'acteur (Gabin, sa lenteur et sa maîtrise) mais aussi de la manière dont se fabrique ce 7e art si collectif et si égomaniaque. Et ce jusqu'au défuntes salles de cinéma de quartier qui ressuscitent en citant Luc Moullet. Tavernier nous explique pourquoi telle scène est réussie et comment telle séquence a été concoctée. Le réalisateur joue le rôle d'un professeur qui veut divertir son auditoire, avec des anecdotes (comment est née la gueule d'atmosphère d'Arletty, comment un décorateur transforme Un jour se lève) ou des courriers lus en voix off (Aragon louant l'esthétique de Godard).

Le tout est illustré par des dizaines d'extraits plus ou moins longs, de films classiques ou méconnus. Une odyssée inestimable ponctuée d'interviews et d'archives (dont cette engueulade mémorable entre Belmondo et Melville). "Imaginez que vous êtes au cinéma" annonce Bertrand Tavernier en préambule. Et en effet c'est un film sur le cinéma qui se déroule devant nos yeux. Mais pas seulement.

Les souvenirs personnels de Tavernier et ses choix sélectifs

Et c'est là tout le risque de ce documentaire, présenté en avant-première mondiale au dernier festival de Cannes. Car il faut expliquer sur quel axe le film, presque trop riche, tient en équilibre: d'un côté les souvenirs personnels de Tavernier, qui servent de fil conducteur. L'enfance au sanatorium (dépucelage cinématographique), l'adolescence au pensionnat (frénésie cinématographique), jeunesse active, d'attaché de presse à assistant réalisateur en passant par la défense de Henri Langlois (prise de conscience où cinéma et politique s'entremêlent). De ce point de vue, on pourrait être frustrés. Tavernier ne se dévoile pas tant que ça, et à quelques exceptions, il ne partage que des faits assez neutres qui ne sont que les étapes de sa vie.

De l'autre côté, ce voyage dans le temps n'a rien d'exhaustif, ce qui peut également être frustrant. Si la liste des cinéastes cités est longue, le film se concentre sur quelques personnalités et un certain style de cinéma. On peut imaginer plusieurs "voyages", similairement thématiques. Il le faudrait tant on reste parfois sur sa faim quand il fait d'abondantes références à Bresson, quand il flirte avec Autant-Lara, quand il éclipse des Clouzot, Verneuil ou Clément.

Fantômes et légendes

Une fois le cadre et le scénario posés, et le parti-pris assumé, le documentaire enchaîne les chapitres. Chacun est suffisamment long pour ne pas être superficiels: Jacques Becker, Jean Renoir, Jean Gabin, la musique de film (Jaubert, Kosma), Eddie Constantine, les productions de Beauregard, la bande Truffaut-Chabrol-Godard-Varda, Edmond Gréville, Jean-Pierre Melville, et Claude Sautet. Tavernier ne masque pas ses émotions: il admire sans pudeur et avec sincérité. Il est tombé dedans quand il était petit. Le cinéma qu'il fait renaître a un air de famille, avec Belmondo, Ventura, Piccoli... Il y a quelques femmes: Bardot, Moreau, Schneider, qui achève ce marathon cinéphile en s'en allant vers un hiver incertain.

Il réunit ainsi les fantômes et les légendes. Convoque les génies (qui peuvent aussi être indignes). Car il ne cache pas les zones d'ombres, ceux qui ont eut des comportements dégueulasses, les sales caractères d'êtres jamais mythiques, égratigne le scénariste Melville et le lâche Renoir. Voyage à travers le cinéma français est une aventure aussi humaine qu'humaniste. Tavernier propose un panorama d'un certain cinéma français, classique, même si toujours moderne, et assez masculin, mais il s'agit avant tout d'une série de portraits de ceux qui ont marqué le 7e art mondial, ces ambassadeurs de l'exception française.

Point de vue et images d'un monde

Car, finalement, ce que l'on retient est ailleurs. A l'image, par les films et les cinéastes/comédiens choisis, Bertrand Tavernier nous "enferme" dans une période, des années 1930 aux années 1970. Le noir et blanc domine. C'est Hôtel du nord, La grande illusion, Casque d'or, Le doulos, La bête humaine, Le jour se lève, Les 400 coups, Cléo de 5 à 7, Classe tous risques... Ça n'est ni une compilation, ni une anthologie, c'est un point de vue subjectif, amoureux, enthousiasmant d'un passionné de l'art cinématographique dans toute sa "variété", que ce soit des combats à mains nues de Constantine ou du regard de Signoret.

Or, ce voyage étourdissant est avant tout un voyage dans le temps. Un tableau de la France, celle du Front populaire, de l'Occupation, de l'après-guerre, des trente glorieuses. On voit évoluer, de Becker à Sautet, un pays, sa société, son peuple et ses métiers. Pas surprenant alors de constater que ce sont des films éminemment français qui ont été sélectionnés dans ce portfolio de prestige. On y parle de camembert, on y chante la Marseillaise, les putes sont belles et romantiques, ... Un voyage romanesque, plus balzacien que flaubertien. On y plonge comme dans un feuilleton social mais jamais vraiment dramatique..

Finalement, à l'instar des films de Melville, tout semble irréel et atemporel. Une déclaration d'amour teintée de nostalgie. Un cinéma français qui est capable de mettre "les larmes aux yeux".

La dernière charge d’Andrzej Wajda (1926-2016)

Posté par vincy, le 10 octobre 2016

Le réalisateur polonais Andrzej Wajda est mort dimanche 9 octobre dans la soirée à Varsovie à l'âge de 90 ans des suites d'une insuffisance pulmonaire. Oscar pour l'ensemble de sa carrière en 2000, Ours d'or d'honneur en 2006 et Ours d'argent pour sa contribution au cinéma en 1996 à Berlin, Palme d'or en 1981 pour L'homme de fer et prix spécial du jury en 1957 pour Ils aimaient la vie à Cannes, Lion d'or d'honneur en 1998 à Venise, César d'honneur en 1982 et César du meilleur réalisateur pour Danton en 1983, Prix Louis Delluc pour Danton en 1982 et BAFTA du meilleur film étranger pour Danton en 1984, le cinéaste était l'une des grandes figures du cinéma européen de la seconde moitié du XXe siècle.

Il a accompagné l'histoire de la Pologne depuis l'après guerre jusqu'en 2014.  Né le 6 mars 1926 à Suwalki , Andrzej Wajda a d'abord voulu être, comme son père, militaire de carrière. Sans succès. Son pays est alors envahi par l'Allemagne nazie. Il commence alors des cours de peinture, et, après un passage à l'Académie des Beaux-Arts de Cracovie, il intègre la célèbre école de cinéma à Lodz.

Figure de proue de l'Ecole de cinéma de Lodz

Sa filmographie, prolifique, suivra la respiration de la Pologne. Après la guerre, il réalise quelques courts métrages avant de filmer son premier long en 1955, Une fille a parlé (Génération), qui suit des jeunes de Varsovie pendant l'Occupation nazie. Avec Ils aimaient la vie (Kanal), œuvre sur l'insurrection de Varsovie, il signe son premier film reconnu dans un grand Festival international, tandis que Jerzy Kawalerowicz et Roman Polanski émergent en parallèle.

L'expérience douloureuse de la guerre et la résistance contre les nazis croisent ainsi l'héroïsme et le romantisme polonais. Il aime les révolutionnaires, les résistants, les combats qui bousculent l'Histoire. Wajda devient très rapidement un grand nom du cinéma. Mais avant tout, contrairement à Polanski, lui décide de rester dans son pays. Hormis trois films dans les années 1980, il préfère accompagner l'évolution d'une Pologne déchirée ou explorer son passé mouvementé. Wajda c'était la mémoire vivante de l’histoire de la Pologne, dans ce qu'elle a de meilleur et dans ce qu'elle a vécu de pire. Lui même résistant contre les Nazis quand il était adolescent, il en a fait un film sublime, Cendres et diamant (Popiól i diament, 1958, photo). La seconde guerre mondiale est encore présente dans La dernière charge (Lotna, 1959), Samson (1961) ou Landscape after Battle sur les Camps de concentration (1970). Il remonte le temps avec Cendres (Popioly, 1965) avec les guerres napoléoniennes.

Une Palme d'or qui le sauve

Il puise même dans le patrimoine littéraire polonais avec Le bois de bouleaux (Brzezina, 1970), Les Noces (Wesele, 1972), La Terre de la grande promesse (Ziemia obiecana, 1974), Pan Tadeusz, quand Napoléon traversait le Niemen (1999), La Vengeance (2002). Il adapte aussi Joseph Conrad avec La ligne d'ombre (1976) et l'auteur polonais contemporain Tadeusz Konwicki avec Chronique des événements amoureux (1986). Car Wajda aimait aussi le romanesque et s'essayait à d'autres genres, de la fresque historique à la comédie romantique en passant par le mélo et le musical (Les innocents charmeurs en 1960, La croisade maudite en 1968, Tout est à vendre, Polowanie na muchy en 1969, Les demoiselles de Wilko en 1979, Le chef d'orchestre en 1980, avec l'immense John Gieguld).

Le grand virage s'opère en 1977 avec un premier film réellement ancré dans son époque, L'Homme de marbre, critique de la Pologne communiste. Le titre en lui-même évoque une statue déchue d'un prolétariat opprimé. Trois ans plus tard plus tard, il signe une suite avec L'Homme de fer (photo), racontant pratiquement en temps réel l'épopée de Solidarité, le premier syndicat libre du monde communiste, emmené par un certain Lech Walesa, qui deviendra président de la Pologne quelques années plus tard. Le film emporte la Palme d'or.

"Le jour de la Palme a été très important dans ma vie, bien sûr. Mais j'étais conscient que ce prix n'était pas uniquement pour moi. C'était aussi un prix pour le syndicat Solidarité", avait-t-il expliqué. C'est aussi cette Palme d'or qui le sauve de la prison alors que de nombreux amis du cinéaste sont incarcérés lors du coup de force du général Wojciech Jaruzelski contre Solidarnosc en décembre 1981.

Exils artistiques

C'est aussi à cause de son opposition au régime de Jaruzelski qu'il décide de réaliser des films à l'étranger, avec la participation d'Agnieszka Holland à chacun de ces scénarios: Danton (1983) avec Gérard Depardieu, Un amour en Allemagne (1986) avec Hanna Schygulla, ou Les Possédés (1988) avec Isabelle Huppert, coécrit avec Jean-Claude Carrère d'après le classique Dostoïevski. Il reviendra à l'auteur russe dans un téléfilm en 1992, Crime et châtiment et dans un long métrage, Nastazja (d'après un chapitre de L'idiot) en 1994.

Après la chute du communisme en 1989, Andrzej Wajda revient à l'Histoire avec notamment la seconde guerre mondiale et les Juifs dans Korczak (1990), le patriotisme polonais dans L'Anneau de crin (1993) ou le ghetto de Varsovie dans La Semaine Sainte (1995), coécrit avec Jerzy Andrzejewski .

Andrzej Wajda a aussi mis en scène une quarantaine de pièces de théâtre. Par ailleurs, ce grand passionné de la culture japonaise a créé en 1994 à Cracovie un centre de civilisation japonaise, Manggha. Et en 2002, il avait lancé sa propre école de cinéma et d'écriture de scénarios.

De son cinéma, on retiendra une intensité jamais démentie, des séquences parfois baroques ou tourbillonnantes, des transes flamboyantes avec des acteurs en sueur, des héros insolents tandis qu'il n'a jamais été frontalement dissident. Finalement, Wajda luttait contre l'amnésie, aimait profondément les martyrs et son cinéma transposait les destins avec des grands angles, des images fortes visuellement, comme un peintre (les Beaux-Arts, ça marque) jetait son sujet dans un grand tableau rempli de multiples détails.

Candidat à l'Oscar en 2017

Après quelques téléfilms et documentaires, ainsi qu'une comédie transposée d'une pièce de théâtre, Zemsta en 2002, où Roman Polanski tient l'un des rôles principaux, il revient par la grande porte en 2007 avec Katyn (photo). En rétablissant la véritable version des faits, il y raconte l'histoire tragique de son propre père, Jakub Wajda, qui fut l'un des 22500 officiers polonais massacrés par les Soviétiques en 1940, notamment à Katyn. Mais Wajda reste ouvert à toutes formes de récit, comme en témoigne Tatarak, où une femme d'un certain âge, malheureuse dans son couple, retrouve une jeunesse en fréquentant un beau jeune homme (2009). Il retrouve Lech Walesa pour un biopic, L'homme du peuple (2013). Enfin, son dernier film, Powidoki (Après-image, 2016, le film doit sortir en janvier 2017 en Pologne), a a été présenté en avant-première il y a quelques semaines aux Festivals de Venise et de Toronto et a été choisi comme candidat polonais à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Le film suit les dernières années de la vie du peintre avant-gardiste, Wladyslaw Strzeminski, qui s'est battu contre l'idée dogmatique de l'art que voulait imposer Staline. Très critique à l'égard du pouvoir ultra-conservateur actuellement à la tête de la Pologne, les critiques y ont vu une métaphore critique à l'égard du régime de son pays. Wajda a toujours été à la fois une conscience morale et un cinéaste qui réveillait les Mémoires.

Lors de la rétrospective qui lui était consacrée à la cinémathèque française, le dossier de présentation rappelait: "Rares sont les cinéastes en effet qui se vouent si fidèlement à l’histoire et à la culture de leur pays. Il le fit, lui, avec une détermination jamais démentie. Avec vocation, pourrait-on dire, au risque que cela le desserve sur le plan international. Plus polonais que Bergman était suédois, Fellini italien, Buñuel espagnol ou Welles américain, Wajda a parfois pâti du caractère national de ses films. Il le dit fièrement : « Mes films sont polonais, faits par un Polonais, pour un public polonais »."

Décès de Curtis Hanson (1945-2016)

Posté par vincy, le 21 septembre 2016

Producteur, réalisateur et scénariste, Curtis Hanson, né le 24 mars 1945 à Reno, est mort le 20 septembre 2016 à Los Angeles à l'âge de 71 ans. Il souffrait d'Alzheimer et avait pris sa retraite il y a quelques années.

Curtis Hanson a débuté sa carrière en 1970 en adaptant pour le cinéma L'abomination de Dunwich de H.P. Lovecraft. Il passe derrière la caméra en 1973 avec le film d'horreur indépendant Sweet Kill.

Ses cinq premiers films (de 1973 à 1990) en font plutôt un faiseur, entre thriller et films de genre, ne marquent pas les cinéphiles : Sweet Kill (1973), The Little Dragons (1980), American Teenagers (Losin' It, 1983, avec Tom Cruise), Faux témoin (The Bedroom Window, 1987, avec Isabelle Huppert) et Bad Influence (1990) sont des succès honnêtes.

En 1992, il connaît un premier gros succès au box-office grâce au film à suspens assez hitchcockien La main sur le berceau (The Hand That Rocks the Cradle) révélant une Rebecca De Lornay inquiétante et en second-rôle une certaine Julianne Moore. Deux ans plus tard, il filme La Rivière sauvage (The River Wild) avec Meryl Streep et Kevin Bacon, thriller d'aventure au milieu de paysages grandioses.

Mais c'est en 1998 que le cinéaste trouve la consécration avec L.A. Confidential, d'après le roman de James Ellroy. Avec un casting splendide (Russell Crowe, Guy Pearce, Kim Basinger, Kevin Spacey, Danny de Vito...), le film noir, polar dans un L.A. des années 50 entre glamour hollywoodien et corruption policière, est en compétition au Festival de Cannes. Il est nommé neuf fois aux Oscars (et en gagne deux : l'un pour Basinger, l'autre pour Hanson dans la catégorie scénario). Il y a un an, le film a été sélectionné par Le National Film Registry pour être conservé à la bibliothèque du Congrès aux États-Unis pour son "importance culturelle, historique ou esthétique".

A la suite de ce coup de maître, il varie les styles. En 2000, il opte pour la comédie dramatique classique mais efficace Wonder Boys, avec Michael Douglas, Tobey Maguire, Frances McDormand, Robert Downey Jr et Katie Holmes. En 2002, il réalise le biopic sur le rappeur Eminem, avec Eminem et Kim Basinger, 8 Mile. La bande originale est un carton. Mais surtout, ce divertissement efficace devient son plus gros succès en salles (245M$ dans le monde).

Il revient en 2005 avec une comédie, In her Shoes, où Cameron Diaz ne sauve pas grand chose de ce scénario trop attendu. Lucky You en 2007, avec Eric Bana, entre romance et poker à Vegas, est un flop. On lui doit aussi le téléfilm Too Big to Fail : Débâcle à Wall Street (2011) avec Topher Grace. Son dernier film, Chasing Mavericks, coréalisé avec Michael Apted en 2012, biopic sur un surfeur, est un fiasco.

Il n'y a pas vraiment de ligne directrice ni de style spécifique à travers sa filmographie. On peut juste lui trouver un goût pour les personnages déréglés et surtout le pouvoir des mots et du langage. Hanson a aussi été acteur dans Adaptation (2002) de Spike Jonze, où il incarnait le mari de Meryl Streep.

Hector Babenco (1946-2016) en liberté dans les champs du seigneur

Posté par vincy, le 14 juillet 2016


Hector Babenco est mort à 70 ans dans la soirée du mercredi 13 juillet, à Sao Paulo (Brésil), annonce confirmée par Denise Winther, associée du cinéaste dans HB Films.

Né à Mar del Plata en Argentine le 7 février 1946, le réalisateur, scénariste et producteur brésilien a été l'une des figures de proue du cinéma latino-américain des années 1970 et 1980.

Il a commencé sa carrière en réalisant O Fabuloso Fittipaldi en 1973, documentaire sur le pilote automobile brésilien Emerson Fittipaldi. Deux ans plus tard, il réalise son premier long métrage de fiction intitulé O Rei da Noite. Son deuxième long métrage, Lucio Flavio en 1977 remporte le prix du meilleur film au Festival de Sao Paulo. Mais c'est en 1981 qu'il se fait remarquer avec un film réaliste sur un enfant abandonné et l'environnement carcéral brutal, Pixote, la loi du plus faible. Le film reçoit un Léopard d'argent à Locarno et le prix du meilleur film en langue étrangère des critiques de Los Angeles et ceux de New York. Avec ce film, le cinéaste rompt avec le cinéma Novo et inscrit le cinéma brésilien dans un registre presque documentaire, dont Walter Salles et Kleber Mendonça Filho sont les actuels héritiers. Le film est considéré comme une référence aujourd'hui.

Suite à ce succès international, il réalise Le Baiser de la femme araignée (Kiss of the Spider Woman). En compétition au Festival de Cannes, Babenco sera aussi le premier cinéaste latino-américain nommé à l'Oscar du meilleur réalisateur. Adaptation du roman éponyme de Manuel Puig, le huis-clos dans une cellule en pleine période de la dictature en Argentine se focalise sur Molina, un étalagiste homosexuel arrêté pour détournement de mineurs, évoque chaque soir de vieux films romantiques à son compagnon d'infortune, Valentin, un prisonnier politique. A la manière d'un Borges en littérature, Babenco évade ses "prisonniers" grâce à un univers fantasmagorique. Le film vaut à William Hurt l'Oscar du meilleur acteur et le Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes mais aussi à Sonia Braga (récemment à Cannes pour Aquarius) une reconnaissance internationale et Raul Julia. Ce drame à la fois intime et allégorique est sans aucun doute son chef d'œuvre tant il synthétise toutes ses obsessions: la souffrance des minorités, l'étouffement des déviants et rebelles, l'humanité qui transcende l'animosité.

Il enchaîne avec un film hollywoodien, Ironweed, histoire d'un couple de SDF - lui alcoolique, elle en phase terminale, qui vaudra à Jack Nicholson et Meryl Streep, une nomination aux Oscars chacun. Puis tourne En liberté dans les champs du seigneur, qui met en scène le conflit entre les Indiens d'Amazonie et "l'homme blanc", toujours avec un casting américain. Il revient en Amérique du sud avec Cœur allumé, flirtant toujours entre aspiration artistique, folie et huis-clos. Babenco aimait opposer la liberté individuelle, celle qui est dans nos têtes, à des systèmes concentrationnaires ou tyranniques. C'est ainsi qu'en 2003, il revient en compétition à Cannes avec Carandiru, prison gigantesque brésilienne où un médecin décide de mener un programme de prévention contre le sida. Le propos est humaniste mais le lieu n'est pas anodin puisque cette prison a réellement vécu l'un des pires massacres en centre pénitencier (111 morts). Le film emporte la plupart des grands prix du continent sud-américain dans différents festivals.

Par la suite, il ne réalise que deux films, El pasado en 2007, avec Gael Garcia Bernal, inédit en France malgré une sélection à Toronto, et My Hindu Friend, l'an dernier, avec Willem Dafoe.

Hector Babenco fut aussi membre du jury du Festival de Cannes en 1989 et de la Mostra de Venise en 1998.
Filmographie