Cannes 2012 : Nanni Moretti, Signor Président

Posté par vincy, le 20 janvier 2012

Nanni Moretti sera le Président du Jury du 65e Festival de Cannes, qui aura lieu du 16 au 27 mai 2012, après les élections présidentielles françaises.

Moretti est un grand habitué du Festival. Il succède à de nombreux présidents de jury américains. On aurait pu attendre une femme (elles ont été rares ces dernières années) mais la désignation d'un grand cinéaste européen paraissait toute aussi logique.
Le directeur du Festival Thierry Frémaux confie de son côté que « c’est avec un Président de jury européen que le festival souhaitait célébrer sa 65e édition. Marqués par sa fougue, sa modernité et son intelligence, les films de Nanni Moretti incarnent ce que le cinéma a donné de meilleur ces trente dernières années. Son œuvre toujours en construction continue à faire vivre la promesse d’un cinéma en prise avec le monde et avec son temps. »

A 59 ans, le cinéaste, scénariste, comédien et directeur de Festival italien est l'une des personnalités du cinéma les plus respectées dans le monde. Moretti déclare dans le communiqué de presse du Festival : « C’est une joie, un honneur et une grande responsabilité de présider le jury du festival cinématographique le plus prestigieux du monde, festival qui se déroule dans un pays qui a toujours considéré le cinéma avec attention et respect. Comme réalisateur, j’ai toujours vécu avec émotion la participation de mes films au Festival de Cannes. Je me souviens aussi avec bonheur de mon expérience en tant que membre du jury durant l’édition du cinquantenaire, l’attention et la passion avec laquelle notre jury a vu et discuté de tous les films. Comme spectateur, je conserve heureusement la même curiosité que dans ma jeunesse et c’est donc pour moi un grand privilège d’entreprendre ce voyage dans le cinéma mondial contemporain. »

En tant que réalisateur, il est venu sur la Croisette dès son deuxième film, Ecce Bombo, en 1978, en compétition. Il y reviendra en 1994 avec Journal intime (prix de la mise en scène). En 1996, il présente, hors compétition, un court métrage, Il giorno della prima di Close Up. Il reviendra avec deux autres courts métrages hors compétition, The Last Customer et Il grido d'angoscia dell'uccello predatore 20 tagli d'aprile en 2003. En 1998, il présente Aprile en compétition. Mais c'est en 2001, avec La chambre du fils, que Moretti bouleverse la Croisette et triomphe avec une Palme d'or. En 2006, Moretti devient Le Caïman, toujours en compétition. Pour le 60e anniversaire du Festival, il réalise un segment de Chacun son cinéma en 2007. Et l'an dernier, il est de nouveau en compétition avec Habemus Papam, l'un de ses plus gros succès public en France comme en Italie.

Moretti a déjà été membre du jury, en 1997, sous la présidence d'Isabelle Adjani. Il avait aussi été Président du Jury du Festival de Venise en 2001.

Dans d'autres festivals, les films de Moretti ont évidemment brillé : à Berlin, il reçoit l'Ours d'argent (prix spécial du jury) pour La messe est finie en 1986 et à Venise, il obtient le Prix spécial du jury pour Sogni d'Oro en 1981. Les David di Donatello (Césars italiens) l'ont également distingué : 9 de ses films ont été nommés une ou plusieurs fois, et il a lui-même reçu le prix du meilleur réalisateur pour Le caïman (qui fut aussi primé comme meilleur film et meilleur producteur) et du meilleur acteur pour Il portaborse,

Entre cinéma intime et oeuvres engagées, militant politique et critique de la société contemporaine, drame émotionnel et humour acide, les films de Moretti, pessimistes et légers, sont reconnaissables entre tous. Le narcissisme d'apparence est substitué rapidement par un discours plus global, où les dérives de la société italienne, ses perversions, sont pointées du doigt avec sarcasmes et ironie. Il a été un résistant de la première heure à Silvio Berlusconi.

Moretti, fondateur de la société de production Sacher Film (du nom de son gâteau préféré), a aussi ouvert une salle de cinéma à Rome (le Nuovo Sacher) et a créé le Festival Sacher, dédié aux courts métrages. Il est aussi le directeur artistique du Festival de Turin.

Pour Gilles Jacob, président récemment réélu du Festival, la boucle est bouclée. Ecce Bombo était l'un des films de sa première sélection en 1978. Il déclare : « Quand nous avons décidé de mettre Ecce Bombo, un film en super 8 !, en Compétition dès mon arrivée en 1978, c’est que je pressentais que Nanni Moretti allait bientôt devenir NANNI MORETTI. C’est ce qui s’est passé et je me réjouis de cette longue et affectueuse collaboration. »

2011 – mai : un grand cru pour le Festival de Cannes

Posté par vincy, le 27 décembre 2011

11-22 mai 2011. Des scandales, des honneurs, des rumeurs mais surtout des films. Le 64e Festival de Cannes aura été un bon millésime. 9 films, toutes sélections confondues, ont dépassé les 700 000 entrées en France. Des cinéastes comme Von Trier, Morretti, les Dardenne, Guédiguian ou Kaurismäki ont connu l'un de leur plus gros succès en salles avec les oeuvres présentées cette année. Au niveau mondial, sept films ont récolté plus de 15 millions de $ de recettes. Et si l'on regarde les palmarès de fin d'année : les films cannois sont partout, y compris outre-Atlantique. Ainsi Drive, Polisse, The Artist, La Piel que habito, Melancholia, Habemus Papam, Minuit à Paris, Le gamin au vélo, The Tree of Life, Et maintenant on va où?, Les neiges du Kilimandjaro, L'exercice de l'Etat, Take Shelter et La guerre est déclarée sont omniprésents à l'esprit. Une diversité qui n'est pas entachée par quelques échecs ou déception.

Car il y a quelques zones d'ombre : la polémique autour des propos de Lars Von Trier, sanctionné, la sélection de la Quinzaine décevante, qui coûtera la place de son directeur, les jeux de pouvoir dans le Palais autour du fauteuil de Gilles Jacob, qui sera reconduit. mais surtout, "l'affaire DSK" survenue en plein premier week-end aura gâchée la médiatisation du Festival. Une première depuis 1968.

Mais il y a aussi eu de la lumière. Celles des Palmes pour Jean-Paul Belmondo et Bernardo Bertolucci, ou encore l'anniversaire de la Semaine de la Critique, plus en forme que jamais malgré ses 50 ans.

Tout le bilan 2011

Gilles Jacob et Thierry Frémaux reconduits à la tête de Cannes jusqu’en 2014

Posté par vincy, le 20 décembre 2011

C'est plutôt une bonne nouvelle. Depuis le dernier Festival de Cannes, les rumeurs et les manoeuvres - parfois indécentes - occupaient les conversations et les colonnes des médias autour de l'éventuel départ de Gilles Jacob (voir notre article du 31 mai 2011).

Le conseil d'administration de l'Association du Festival de Cannes a rendu son verdict mardi 20 décembre. Gilles Jacob ne sera remplacé par aucun de ceux qui convoitaient son poste : il conservera la présidence du festival de Cannes jusqu'en 2014, tout comme Thierry Frémaux, dont les prérogatives sont désormais élargies.

Le duo a été reconduit par "acclamation". manière de renvoyer les prétendants et les jaloux aux vestiaires. Après tout, ni l'un ni l'autre n'ont démérité. La dernière sélection de Frémaux, tant la compétition officielle qu'Un certain regard, a prouvé au fil des mois sa qualité : succès publics (Polisse, Drive, The Artist ont dépassé le million d'entrées en France) et dans les palmarès (The Artist est dans les favoris pour les Oscars, Melancholia a reçu le prix du meilleur film européen, Le Havre a obtenu le prix Louis-Delluc, ...).

Il n'y a pas eu besoin de changer les règlements. La continuité a été plébiscitée. Gilles Jacob, 81 ans, président du Festival depuis 10 ans, a su éviter tous les écueils politiques et diplomatiques pour garder son fauteuil face à une meute de personnalités avides de le remplacer. Thierry Frémaux, 50 ans, délégué général depuis 3 ans, rempile aussi, avec des fonctions plus larges, lui donnant quasiment tous les pouvoirs : il aura à sa charge l'ensemble des fonctions exécutives du festival : budget, ressources humaines, développement... Parmi les chantiers à surveiller : le nouveau Palais des Festivals, les relations tendues avec la Quinzaine des réalisateurs, l'émergence du cinéma sur le web.

Cette nouvelle gouvernance arrange ainsi les deux protagonistes, mais aussi le conseil d'administration qui souhaitait éviter une crise médiatique. A quelques mois de l'élection présidentielle et après des nominations hasardeuses par le Ministre de la Culture, les institutions ne voulaient certainement pas être accusées de "fait du Prince" ou de "parachutage" politico-amical. La tentation fut grande - qui résisterait d'être à la tête du plus grand (et du plus flamboyant) Festival de cinéma du monde? - mais la sagesse l'a emporté.

Le 65e Festival de Cannes se déroulera du 16 au 27 mai 2012.

Vincent Lindon incarne le docteur Charcot dans un premier film

Posté par vincy, le 20 novembre 2011

Demain débutera le tournage du premier film d'Alice Winocour (38 ans), Augustine. Le film de cette diplômée de la Fémis (scénario) avait été sélectionné par le programme Emergence en 2010, ce qui lui avait permis de tourner quelques séquences de son futur film (voir le site d'Emergence). Il a été retenu cette année à l'Atelier du Festival de Cannes, dans le cadre de la Cinéfondation, pour boucler son financement d'un peu poins de 5 millions d'euros.

Vincent Lindon, actuellement à l'affiche de Toutes nos envies, interprétera le docteur Charcot, et Soko, nominée au César 2010 de meilleur espoir féminin pour A l'origine, l'une de ses patientes, Augustine. Nous sommes en 1885. Augustine est une jeune bonne qui est internée à l’hôpital de la Salpêtrière à Paris. Dans cette cité des femmes, le professeur Charcot, neurologue et clinicien de génie essaye de comprendre une maladie encore inconnue : l’hystérie. Augustine, qui présente tous les symptômes de la maladie, ne tarde pas à attirer l’attention du Maître. D’objet d’étude, Augustine devient vite objet de désir. Le professeur est chaque jour plus troublé par ce corps débordant de sexualité, qui échappe à la règle. Elle devient son cobaye favori, le sujet exclusif de ses recherches, son obsession… Au  fil des examens, une intimité commence à se créer entre eux. Mais plus Charcot s’approche d’ Augustine, plus il la désire. Et plus il la regarde, plus il la rend malade.

Le film, produit par Dharamsala, aux côtés d'ARP sélection, qui sera le distributeur, et France 3 cinéma, a bénéficié de l'avance sur recettes du CNC, du soutien de la région Île-de-France et d'aides de la Fondation Gan, partenaire financier d'Emergence.

Alice Winocour a déjà réalisé les courts métrages Kitchen, déjà produit par Dharamsala, en compétition à Cannes en 2005, Magic Paris et Pina Colada. Elle collaboré aux scénarios de Ordinary People, de Vladimir Perisic, sélectionné à la semaine de la Critique en 2009, primé à Miami, Sarajevo et Trieste, et Home, film remarqué à la Semaine de la Critique à Cannes en 2008, d'Urusula Meier. Le film, trois fois nommé aux Césars, avait été primé à Angoulême et Reykjavik, et avait reçu trois prix aux Césars suisses, dont celui du meilleur scénario.

Augustine devrait logiquement être sur la Croisette en 2012 ou 2013...

_______
L'illustration représente le Docteur Charcot en pleine démonstration. Elle est issue de l'encyclopédie Larousse.

Sleeping Beauty, interdit aux moins de 16 ans pour « incitation à la prostitution, climat malsain et pervers »

Posté par vincy, le 31 octobre 2011

On n'a pas du voir le même film.

Premier long métrage en compétition projeté à Cannes, le premier film de Julia Leigh, Sleeping Beauty, pourrait être interdit aux moins de 16 ans en France. Le film australien, qui sort le 16 novembre dans les salles françaises, se voit accuser par l'avis de la Commission de classification des films "d'incitation à la prostitution, climat malsain et pervers". "En raison de la peinture de personnages à la dérive dans des situations difficilement compréhensibles par un public jeune et susceptible de heurter ce dernier", le couperet est tombé sévèrement.

On n'a pas du voir le même film car Sleeping beauty joue davantage avec l'onirisme et le mal être de sa jeune héroïne qu'avec des actes sexuels filmés de manière pornographiques. La prostitution, un sujet parmi d'autres, est avant tout un rituel sophistiqué et très critiqué dans le film. Certes, des scènes peuvent déstabiliser, l'érotisme masochiste n'est pas très loin dans certains plans, mais si cela dérange un spectateur de 15 ans, l'effet peut être similaire sur un adulte de 45 ans.

La distributrice, Michèle Halberstadt (ARP Sélection) a immédiatement décidé de faire appel de cette décision auprès du Ministre de la culture et de la communication. "J'espère que le ministre va peut-être soit trancher, s'il a vu le film, soit demander à la commission de reconsidérer sa position". Elle affirme qu'il n'y a rien de justifier dans cette interdiction lourde (qui tue le film dès sa sortie). D'autant que le distributeur aurait accepté une interdiction aux moins de 12 ans avec avertissement. "Le film est passé à Cannes à 19H30, ce qui prouve qu'il n'y avait aucune ambiguïté dans la tête des sélectionneurs, sinon ils l'auraient mis à 22H30", rappelle Halberstadt.

Bien sûr il ne s'agit que d'un avis consultatif. C'est le Ministre qui décide. Mais cette affaire en dit long sur l'Américanisation de notre regard sur la culture. Le puritanisme revient-il en force? Alors que le Théâtre de la Ville est assailli par des catholiques intégristes à cause d'un spectacle de Romeo Castellucci, on s'interroge sur la vision conservatrice qui reprend le dessus dans le débat culturel, pas franchement soutenu par une télévision de plus en plus conformiste. "Une oeuvre d'art n'est jamais immorale. L'obscénité commence où l'art fini" écrivait Raymond Poincaré. Ce serait bien qu'on se le rappelle, ad minima au nom de la liberté d'expression.

Pour Sleeping Beauty, un avertissement aurait du suffire. Le film avait peu de chance de séduire un public jeune et il est stupide de refuser l'entrer à des ados éventuellement accompagnés d'adultes avec qui ils peuvent débattre après la projection. Dans Le Skylab, les parents de la jeune héroïne interprétés par Julie Delpy et Eric Elmosnino expliquent qu'ils l'ont emmenée voir Apocalypse Now et Le Tambour alors qu'elle n'a même pas 12 ans... Ce ne serait plus possible?

Il y a encore 1/5e des films qui sont frappés d'un avertissement ou d'une interdiction.

Sleeping Beauty raconte l'histoire d'une étudiante fauchée qui multiplie les petits boulots et qui accepte, finalement, de dormir nue sous somnifère pendant que des hommes âgés viennent partager sa nuit, en ignorant tout de ce qui se passe. Le film n'avait suscité aucune controverse, aucune polémique à Cannes.

Thierry Frémaux, le délégué général du Festival de Cannes, est lui aussi etonné "face à une telle mesure qui frappe un film de la compétition, programmé à 19h, qui ne nous semble à aucun moment faire l'apologie de quoi que ce soit".

La réalisatrice Julia Leigh rappelle que son film "se réfère au conte du même nom, mais aussi aux œuvres de Yasunari Kawabata et Gabriel Garcia Marquez, qui ont tous deux reçus le Prix Nobel de littérature, et qui ont abordés cette thématique des hommes âgés dormant avec des filles bien plus jeunes. Et même dans la Bible, le Roi David cherche à passer la nuit aux cotés de jeunes vierges endormies". Elle ajoute avec panache et provocation que "le vrai film à interdire, c'était Pretty Woman, car voir cette fille se prostituer, et gagner à la fin et le mec et l'argent, était bien plus incitatif à la prostitution! Dans Sleeping Beauty, l'héroïne hurle d'effroi en comprenant que, même s'il n'y a pas pénétration, offrir son corps endormi n'est pas anodin..."

Quoique décide Frédéric Mitterrand, le film n'attendait pas autant de publicité : ce ne sera pas un mal face à une effroyable concurrence le 16 novembre. Mais c'est aussi une fausse publicité : le film n'a rien du caractère sulfureux dont on l'accuse.

Y-a-t-il de la place pour un nouveau festival de cinéma à Paris?

Posté par vincy, le 23 octobre 2011

Sophie Dulac, productrice et distributrice indépendante, a décidé de lancer le premier Paris Film Festival, entièrement consacré aux cinémas franco-américains. Il se tiendra un peu avant Paris Cinéma, le festival créé par la Ville de Paris. Du 6 au 12 juin, Paris Film Festival investira les Champs-Elysées, l'avenue la plus belle du monde, l'une des plus chères, l'une des plus fréquentées d'Europe (600 000 personnes de toutes nationalités). Rendue légendaire par Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo dans A bout de souffle (on ne peut as faire plus belle alliance franco-américaine), l'avenue accueille aussi de nombreux cinémas : des multiplexes (UGC et Gaumont) comme des indépendants dans les rues adjacentes (Lincoln, Balzac, Mac Mahon). Les Champs Elysées avaient déjà accueillis un festival de cinéma, le Festival du Film de Paris, jusqu'à sa disparition en 2007. L'avenue n'accueille plus de grands événements et la part de marché parisienne des cinémas du quartier décline depuis de nombreuses années, tandis que les salles les plus fragiles sont menacées.

Cependant, le Festival, qui se situera entre Cannes et Paris Cinéma, mais trois mois avant celui de Deauville, va devoir trouver sa place. Paris Film Festival cible clairement le grand public à travers les 150 séances prévues. Les avant-premières devraient séduire des spectateurs pas forcément cinéphiles. De plus, en concentrant l'événement dans un seul quartier, contrairement à Paris Cinéma, l'esprit d'un festival sera davantage présent, en plus d'être visible.

La programmation devrait comprendre une cinquantaine de films, diffusés dans sept salles autour des Champs. Une quinzaine de films français et américains, indépendants voire inédits seront projetés. Il n'y aura aucune compétition. A cela s'ajoutera une sélection de films candidats à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Plus étonnant de la part de cette distributrice spécialisée dans un cinéma plutôt pointu, elle envisage l'avant-première d'un blockbuster américain chaque soir. La plupart des grosses machines hollywoodiennes sortent après la mi-juin... Harvey Weinstein sera le premier invité d'honneur avec une "Hollywood conversation" en public. Une rencontre entre producteurs est aussi prévue pour l'angle plus professionnel.

Tout cela impactera forcément sur les avant-premières de Paris Cinéma mais aussi sur les sélections du festival du cinéma américain de Deauville si l'équipe autour de Sophie Dulac réussit son pari.

Mobilisation pour la comédienne et réalisatrice iranienne Marzieh Vafamehr

Posté par MpM, le 13 octobre 2011

Le Comité de soutien aux Cinéastes iraniens emprisonnés ne semble pas près de pouvoir arrêter ses activités. Après l'emprisonnement de sept artistes issus des milieux cinématographiques iraniens fin septembre, la comédienne et réalisatrice Marzieh Vafamehr vient d'être condamnée par le tribunal islamique de Téhéran à un an de prison ferme et 90 coups de fouet. La jeune femme avait déjà été arrêtée en juin puis libérée sous caution courant juillet.

Il lui est reproché d'avoir joué dans la coproduction australienne Téhéran, ma foire, jugée immorale par le régime, et de n'avoir pas respecté les droits religieux de la constitution iranienne. Le film raconte le destin d'une jeune actrice dont la pièce de théâtre est interdite par les autorités et qui passe dans la clandestinité pour s'exprimer. Bien qu'ayant bénéficié de l’autorisation de production du ministère de la culture et des mœurs islamiques, il était jusqu'à présent distribué en DVD sur le marché noir iranien.

Les protestations ont (une nouvelle fois) suivi de près l'annonce de ce verdict d'un autre temps. Le mari de l'accusée, Naser Taghvaï, lui-même metteur en scène, a exhorté l’Organisation des Nations Unies à "veiller aux conditions de détention des cinéastes et artistes emprisonnés et de défendre leurs droits humains". Le Comité de soutien aux Cinéastes iraniens emprisonnés (composé de la Cinémathèque française, le Festival de Cannes, la SACD, la SRF, France Culture, l’ARP et la SCAM) a quant à lui demandé aux instances internationales et aux organisations de défense des droits de l’homme "de condamner la sentence infligée à Marzieh Vafamehr par le tribunal islamique de Téhéran".

Par ailleurs, le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères a dénoncé l'indignité de cette "parodie de justice". "Les flagellations constituent une pratique barbare proscrite par le droit international", a-t-il précisé. "L'Iran doit les bannir et respecter les engagements internationaux qu'il a librement contractés, en particulier le plein exercice de la liberté d'expression et de création".

Dans l'attente de l'éventuelle révision de son procès demandée par son avocat, Marzieh Vafamehr est détenue à la prison Ghartchak-Varamine de la banlieue de Téhéran.

Une pétition pour soutenir les cinéastes iraniens emprisonnés

Posté par MpM, le 1 octobre 2011

Un communiqué conjoint du Festival de Cannes, de la Cinémathèque française, de la SRF, de la SACD et de France Culture dénonce les exactions commises par le gouvernement iranien sur les six artistes emprisonnés depuis le 18 septembre (voir notre actualité du 20 septembre) et propose de signer une pétition intitulée "Manifestons notre soutien aux cinéastes iraniens emprisonnés".

Ces derniers, Mojtaba Mirtahmasb (voir aussi notre actualité du 7 septembre), Nasser Saffarian, Hadi Afarideh, Mohsen Shahrnazdar, Marzieh Vafamehr et la productrice Katayoun Shahabi sont accusés d'espionnage par les ministres de l'Information, de la Police secrète et de la Culture, mais également par les médias gouvernementaux, d'autres réalisateurs proches du régime et des associations d'étudiants islamiques.

"Selon nos informations, le gouvernement iranien a l'intention de museler tous les organismes et artistes indépendants", accusent les auteurs du texte. Le régime ne semble en effet pas prêt à en rester là puisque le communiqué révèle qu'un autre artiste iranien, le caméraman Touraj Aslani, a été arrêté "alors qu'il se trouvait dans un avion en partance pour la Turquie". Par ailleurs, toujours selon le texte, la Maison du Cinéma en Iran, qui s'était prononcée pour la libération des cinéastes emprisonnés, a été "accusée d'être un parti politique en contact avec l'étranger" et privée de reconnaissance officielle.

Les détenus ne peuvent recevoir la visite de leurs proches, à qui il a d'ailleurs été interdit d'évoquer publiquement leur situation. Il est presque impossible de réaliser pleinement la violence d'un tel verrouillage de la liberté d'expression. Toutefois, on en a eu un aperçu frappant lors de l'avant-première de Ceci n'est pas un film de Jafar Panahi et Mojtaba Mirtamasb à la cinémathèque française. Le cinéaste Mohammad Rasoulof, lui-aussi en attente d'une décision de justice, avait en effet préféré garder le silence face au public qui l'acclamait, plutôt que de prendre le risque d'une seule parole "déplacée". Dans la guerre symbolique livrée par Téhéran à ses artistes et intellectuels, la chape de silence, qui écrase efficacement toute tentative d'ouverture ou de révolte, s'avère une arme aussi cruelle qu'efficace.

A défaut d'obtenir la libération des cinéastes poursuivis, le public international se doit de briser ce silence insoutenable. Pour cela, deux moyens d'action : signer la pétition proposée par les représentants du cinéma français, mais surtout aller voir les films des cinéastes inquiétés par le régime comme Au revoir ou Ceci n'est pas un film, actuellement en salles, afin de  prouver que leur parole n'est pas encore complétement étouffée.

Iran : Rasoulof à Paris, Mirtahmasb interdit de sortie

Posté par vincy, le 7 septembre 2011

Le régime iranien continue de jouer avec le chaud et le froid concernant ses cinéastes. Tandis que Jafar Panahi est toujours assigné à résidence, le cinéaste iranien Mohammad Rasoulof a pu venir à Paris pour y promouvoir la sortie de son film, Au Revoir. Condamné l'an dernier à six ans de prison pour propagande hostile au régime, il n'avait pas pu se déplacer au Festival de Cannes pour présenter son film à Un Certain regard, où il avait reçu le prix de la mise en scène.

Après avoir fait appel et avoir été assigné à résidence, il a reçu, durant le Festival de Cannes, l'autorisation de quitter l'Iran.

En venant à Paris, il officialise son premier déplacement à l'étranger. Contrairement à l'éhroïne de son film, il a pu partir "sans problème". Au revoir sort aujourd'hui sur les écrans français. Le film avait été tourné en quasi clandestinité durant l'hiver dernier.

Mohammad Rasoulof risque toujours une condamnation de six ans de prison.

Mais le régime iranien ne s'assouplit pas puisque le coréalisateur avec Jafar Panahi de Ceci n'est pas un film, l'Iranien Mojtaba Mirtahmasb s'est vu interdit de sortie de territoire hier. Le film, présenté en séance spéciale au Festival de Cannes, avait été lui aussi tourné dans la clandestinité avant d'être transporté dans une clef USB vers la France.

Mojtaba Mirtahmasb s'est vu confisquer son passeport au moment d'embarquer lundi avec sa femme et son fils pour un vol en direction de Paris.

Mojtaba Mirtahmasb "est désormais interdit de sortie du territoire iranien et ses affaires personnelles (ordinateur portable, carnets de notes) ont également été confisquées par les autorités iraniennes. Seuls sa femme et son fils ont eu l’autorisation de voyager. Nous sommes particulièrement préoccupés des conséquences de cet acte pour Jafar et Mojtaba", avance-t-on encore chez la société Wide, en charge des ventes internationales du film.

Le réalisateur devait venir en France pour la promotion de son film qui sera dans les salles le 28 septembre.

Cannes 2012 : du 16 au 27 mai, après l’élection présidentielle

Posté par vincy, le 5 septembre 2011

Pour ne pas subir les dommages collatéraux médiatiques de l'élection présidentielle en France (22 avril et 6 mai 2012), le Festival de Cannes de décale, opportunément, à la deuxième quinzaine de mai. La 65e édition aura donc lieu du 16 au 27 mai 2012, profitant ainsi du jeudi de l'ascension et du lundi de pentecôte puisque grâce aux week-ends prolongés la foule de vacanciers ne désemplit pas la Croisette. Ce qui est bon pour les télés, les commerces et les affaires... Moins pour les professionnels.

Ce n'est pas la première fois que le Festival se tient durant la deuxième quinzaine de mai. La décision a été prise en juillet. Les jours fériés ont été un élément aussi important que l'élection présidentielle pour décider du changement.

Les dates initialement annoncées (9-20 mai) par un membre de l'équipe du Festival n'avaient pas été validées par l'organisation.