Marie-José Nat, prix d’interprétation à Cannes, est morte (1940-2019)

Posté par vincy, le 10 octobre 2019

Marie-José Nat est morte ce jeudi 10 octobre à Paris à l'âge de 79 ans "des suites d'une longue maladie". Prix d'interprétation à Cannes en 1974 pour Les Violons du Bal de Michel Drach, l'histoire autobiographique du réalisateur qui a été son compagnon durant une décennie, Marie-José Nat, brune incandescente, visage mutin, yeux noirs perçants était née en 1940 à Bonifacio d'un père kabyle et d'une mère corse.

Gilles Jacob, qui n'était pas encore à la tête du Festival de Cannes à l'époque, lui rend hommage sur Twitter: Elle "a incarné une époque (60-70), une beauté, un type de femme suave mais résolue, une douceur qui, elles aussi, ont disparu".

Car au cinéma c'est bien à cette époque que Marie-Josée Benhalassa, de son vrai nom de naissance (le 22 avril 1940), qu'elle fut à son sommet. Après quelques petits rôles, elle est révélée dans Rue des prairies de Denys de La Patellière en 1959, puis La Vérité, où elle est éblouissante, d'Henri-Georges Clouzot en 1960.

Michel Drach en fait son héroïne (et sa muse) dans Amélie ou le temps d'aimer, avant d'enchaîner avec un film de Gérard Oury et surtout La vie conjugale d'André Cayatte, diptyque de 1964, et Le journal d'une femme en blanc de Claude Autant-Lara. Entre séries B et grands maîtres, elle impose son nom sans devenir une actrice de premier plan.

Jusqu'à Elise ou la vraie vie de Michel Drach en 1969. Cette tragédie sociale fit scandale. Et pour cause il raconte l'histoire d'Élise, provinciale qui rejoint son frère Lucie, ouvrier et sympathisant du FLN, à Paris. Elle tombe amoureuse d'un militant algérien. C'est non seulement un des premiers films sur le racisme en France, mais les braises encore fumantes de la guerre d'Algérie rendait le sujet tabou. Marie-José Nat, à la fois madone apaisante et prolétaire bouleversée, exprime toute la détestation d'une société aigrie et de jugements inadmissibles.

Par la suite, sensible et discrète, elle tourne beaucoup moins, et un peu partout, en Algérie, en Egypte, en Italie et en France: on la voit chez Mocky (Litan, 1981) et Mihaileanu (Train de vie, 1997). Sa carrière est plutôt sur scène ou sur le petit écran.

Le scénariste et réalisateur Peter Handke reçoit le Prix Nobel de Littérature 2019

Posté par redaction, le 10 octobre 2019

L'écrivain et dramaturge autrichien Peter Handke a reçu le Prix Nobel de littérature ce jeudi 10 octobre. Grand ami de Wim Wenders, il a écrit plusieurs de ses scénarios: Drei Amerikanische LP's, L'Angoisse du gardien de but au moment du penalty, adapté de son propre roman, Faux mouvement, le récent Les beaux jours d'Aranjuez, dans le quel il jouait le jardinier, et surtout le sublime Les Ailes du désir (1987).

En tant que scénariste, Peter Handke a également écrit le remake américain des Ailes du désir, La Cité des anges de Brad Siberling, et l'adaptation du roman d'Henry James, Les ailes de la colombe, réalisé par Benoît Jacquot.

L'écrivain n'a pas que des amis. Proche de la Serbie, et notamment de Slobodan Milosevic, il a beaucoup d'ennemis. Certains regrettent ce Nobel, même si son œuvre littéraire ne souffre pas de critiques. A noter que le jury des Nobel a aussi remis le prix pour l'année passée (le Nobel de littérature n'avait pas pu être décidé suite à un scandale ayant entraîné de nombreuses démissions dans le comité).

Lauréate 2018, l'écrivaine polonaise Olga Tokarczuk, farouche opposante au régime néo-conservateur actuellement au pouvoir en Pologne, a aussi un lien avec le cinéma. Elle a en effet écrit deux scénarios: Pokot réalisé en 2017 par Agnieszka Holland et Kasia Adamik, en compétition à Berlin, et prix Alfred Bauer ; et The Vanishing réalisé en 2011 par Adam Uryniak.

Quant à Peter Handke, il a également été réalisateur de cinéma: Chronik der laufenden Ereignisse (1971), La femme gauchère, d'après son livre (1978), sélectionné en compétition à Cannes, le moyen métrage Das Mal des Todes, d'après le roman de Marguerite Duras, et L'absence (1993), en compétition à Venise. La femme gauchère lui avait valu le prix Bambi de la meilleur réalisation et le Prix Georges Sadoul.

Venise 2019 : Irréversible – Inversion Intégrale, de Gaspar Noé, avec Monica Bellucci et Vincent Cassel

Posté par kristofy, le 2 septembre 2019

Retour en arrière: en 2002 au Festival de Cannes Gaspar Noé et le couple-star du moment Vincent Cassel et Monica Bellucci, avec Albert Dupontel, choquent la Croisette, secouent le cinéma français avec Irréversible, raconté en forme de retour en arrière: le début est à la fin, et inversement. 17 ans plus tard le film, toujours aussi (im)pertinent, est proposé avec un nouveau montage, dans l'ordre chronologique : Irréversible - Inversion Intégrale a été présenté en séance de minuit au Festival de Venise.

Pourquoi ce nouveau montage ? En fait Irréversible va faire l'objet d'une nouvelle édition en vidéo avec une qualité 4K en blu-ray. Depuis 17 ans, cet autre montage Irréversible - Inversion Intégrale était un fantasme pour les passionnés du film. Il a été envisagé d'abord comme un énorme bonus à ce futur blu-ray à venir, mais, finalement, il sortira aussi dans certaines salles de cinéma.

Le trio Noé - Cassel - Bellucci est venu à Venise et revenu sur l'aventure de ce film adoré ou détesté.

Gaspar Noé : L'idée originale était que l'histoire se déroule durant une nuit qui promettait d'être festive et durant laquelle le personnage d'Alex [Bellucci, ndlr] allait peut-être révéler quelque chose à propos d'elle. Mais les faits qui vont se dérouler conduisent les personnages de Marcus [Cassel, ndlr] et Pierre [Dupontel, ndlr] et d'autres, de la culture vers la barbarie. C'est ce glissement qui est l'arc du projet. Je suis heureux que le film soit visible dans ces deux versions différentes, et qu’elles soient aussi puissantes l'une que l'autre. Cette nouvelle version n'a aucun rajout, elle n'est pas différente, il y avait une scène qui avait été tournée et jamais montée où on voyait Monica à l'hôpital, et on ne l'a pas ajoutée non plus ici. Irréversible - Inversion Intégrale, c'est le même film avec les séquences dans l'ordre inverse, c'est juste la chronologie qui change. Un film se fait avec l'énergie des gens devant la caméra comme Vincent, Monica et Albert et des gens derrière la caméra comme Benoit Debbie et d'autres, Irréversible c'est vraiment une œuvre collective, ajoute-t-il. Cependant, il confesse: "Plus personne aujourd'hui n'oserait ni financer, ni peut-être même jouer dans un film comme ça".

Anecdotes: Pour les personnes qui ont déjà vu Irréversible et qui hésitent peut-être à le revoir, voici par exemple certains détails que l’on remarque mieux en connaissant déjà l’histoire :
- durant la fête Vincent Cassel se trompe durant son improvisation, au lieux de dire qu’il s’appelle 'Marcus' il dit son vrai prénom 'Vincent', il s’en aperçoit et essaie de corriger ensuite en blaguant avec le prénom 'Jean-François'…
- durant la longue scène violente dans le tunnel, il y a en fait une autre personne qui arrive et qui en est le témoin, mais au lieux d’intervenir elle s’en va.

Vincent Cassel : Faire ce film était une sorte de mission guérilla, on avait eu du financement sur nos noms et avec 3 pages de scenario, et 12 séquences d'improvisation a faire. Je savais que ce film resterait, et serait étudié dans des écoles de cinéma, je l'avais dit il y a 17 ans, c'est encore le cas aujourd'hui.

Monica Bellucci : La fameuse scène du tunnel avait été répétée plusieurs fois pour les gestes qu'on allait faire, la jouer était une performance avec une certaine sécurité quand-même. Ce film a été la première et la dernière fois où on a eu l'opportunité de jouer des longues séquences durant une vingtaine de minutes sans coupure, c'est une expérience rare au cinéma. Quand je l'ai vu, je me suis rendue compte que le film n'avait absolument pas vieilli, que c'était resté un film très fort. Et peut-être que cette nouvelle version du montage met encore plus en évidence cette dualité entre beauté et violence

Le seul changement porté à Irréversible - Inversion Intégrale est sa conclusion finale post-générique qui n'est plus 'le temps détruit tout' mais 'le temps révèle tout'. Logique. Même si ça ne changera rien aux opinions divergentes sur le film, toujours antagonistes depuis 17 ans.

Last ride pour Peter Fonda (1940-2019)

Posté par vincy, le 18 août 2019

Fils de. Frère de. Peter Fonda a toujours été dans l'ombre de son père, Henry, légende hollywoodienne, et de sa sœur, Jane, star mondiale. Même sa fille, Bridget, lui a piqué la vedette. Pourtant, il a su être, à sa manière, une icône, celle de la contre-culture, égérie masculine des hippies, figure emblématique du Nouvel Hollywood. Il a suffit pour cela d'un film, le cultissime Easy Rider, réalisé par Dennis Hopper et présenté à Cannes en 1969 (et primé comme meilleure première œuvre). Co-scénariste du film, Fonda reçoit sa première nomination aux Oscars dans la catégorie scénario.

Biker à jamais, casque vissé sur la tête, filant vers sa destinée d'Est en Ouest, à la fois anticonformiste et sexy... Easy Rider est un hymne à la liberté, un film anti-réactionnaire, un manifeste à la Kerouac. Easy Rider peut-être aujourd'hui regarder comme une utopie contestataire, un point de bascule. Tarantino d'ailleurs évoquait le film dans ses récentes interviews. 1969, année où se déroule Once Upon a Time in Hollywood, c'est la fin des hippies, la fin de l'innocence, l'arrivée d'un nouveau cinéma et de cinéastes qui allaient transformer l'industrie. C'est le meurtre de Sharon Tate et le carton d'Easy Rider. C'est l'échec des rêves américains... Il s'apprêtait à fêter les 50 ans du film.

Né le 23 février 1940 à New York, Peter Fonda est mort des suites d'un cancer à Los Angeles le 16 août à l'âge de 79 ans. 50 ans après le surgissement de sa Captain America sur les grands écrans.

Peter Fonda n'a jamais eu la carrière de son père et de sa sœur. Il a tourné pour Roger Corman dans les années 1960, notamment Les Anges sauvages en 1966, une histoire de gangs de motards. Après un rôle de shérif dans The Last Movie de Dennis Hopper, il se lance dans la réalisation, avec un western, L’Homme sans frontière. En tant que comédien, on le croise dans Brève rencontre à Paris (Two People) de Robert Wise, Colère froide (Fighting Mad) de Jonathan Demme, L'Équipée du Cannonball (The Cannonball Run) de Hal Needham, où il parodie son personnage d'Easy Rider, Los Angeles 2013 (Escape from L.A.) de John Carpenter, L'Anglais (The Limey) de Steven Soderbergh, Le Livre de Jérémie d'Asia Argento, Ghost Rider de Mark Steven Johnson, 3 h 10 pour Yuma de James Mangold... Souvent des seconds-rôles, souvent dans des films oubliés. Il est néanmoins nommé pour l’Oscar du meilleur acteur et lauréat d'un Golden Globe du meilleur acteur dans L’Or de la vie de Victor Nuñez (1997), pour un personnage de père de famille apiculteur. Il était d'ailleurs militant écologiste et n'hésitait pas à produire le documentaire The Big Fix en 2012 sur la gigantesque marée noire du Golfe du Mexique.

"We Blew it" disait-il dans Easy Rider. Amer constat d'un homme qui n'avait jamais lâché ses convictions ni caché ses colères, que ce soit contre Obama ou Trump.

On le verra une dernière fois au cinéma dans The Last Full Measure, qui Lionsgate sort le 25 octobre aux USA, film de Todd Robinson, avec Samuel L. Jackson, William Hurt, Ed Harris, Sebastian Stan, Christopher Plummer, et Jeremy Irvine.

Le cinéaste iranien Mohammad Rasoulof condamné

Posté par vincy, le 25 juillet 2019

Le réalisateur iranien Mohammad Rasoulof, primé à Cannes en 2017 pour son film Un homme intègre, a été condamné en Iran le 23 juillet à un an de prison ferme suivi de deux ans d'interdiction de sortie de territoire et d'interdiction de se livrer à une activité sociale et politique. Son distributeur français, ARP Sélection, a immédiatement exigé sa libération. Le Festival de Cannes a également demandé qu'il soit libéré, rappelant qu' "À travers son travail il ne cesse de conter la réalité de son pays, affrontant ainsi la censure imposée chez lui par les autorités iraniennes."

Déjà, en 2011, il avait été condamné à un an de prison pour "activités contre la sécurité nationale et propagande" et en 2013, l'Iran lui avait déjà confisqué son passeport.

Depuis septembre 2017, le cinéaste ne pouvait plus circuler librement, travailler et se rendre à l'étranger. Son passeport a été confisqué dès son arrivée à l’aéroport de Téhéran. Il a ensuite été soumis à un long interrogatoire par les Renseignements des Gardiens de la Révolution. Ceux-ci l’empêchent alors d’assurer le reste de la promotion de son film à l’étranger. Les acteurs du film subissent aussi une perquisition à l’issue de laquelle leurs passeports et ordinateurs sont saisis.

Cannes 2019 : la playlist (éclectique) de la Croisette

Posté par MpM, le 5 juin 2019

Comme souvent, la playlist la plus éclectique de Cannes ne se trouvait pas dans les soirées ou sur les plages, mais bien dans les films ! Côté musiques originales, on a été séduit par celle, mélancolique et bouleversante, du pianiste montréalais Jean-Michel Blais dans Matthias et Maxime de Xavier Dolan, ou encore par la nouvelle collaboration d'Alberto Iglesias avec le cinéaste Pedro Almodovar pour Douleur et gloire.

Côté classique, on a entendu deux fois le Lacrimosa de Mozart (chez Terrence Malick et Justine Triet) et l'Eté de Vivaldi (chez Céline Sciamma et Justine Triet). Et on a eu envie de danser (et/ou de chanter) sur le meilleur (et parfois le pire) de la variété internationale, de Joe Dassin à Leonard Cohen, de Nicole Croisille à Iggy Pop. Démonstration en 18 morceaux qui ne quitteront plus votre platine (ou pas).

Et si tu n'existais pas de Joe Dassin

Quel film : Le daim de Quentin Dupieux
Degré de bonheur / nuisance : On l'a eu dans la tête toute la journée après avoir vu le film à 8h45 le matin, et rien que d'en parler, c'est reparti pour un tour. Mais il faut reconnaître que l'aspect kitsch des paroles colle parfaitement à la love story singulière entre Jean Dujardin... et une veste en daim.

The dead don't die de Sturgill Simpson

Quel film : The Dead don't die de Jim Jarmusch
Degré de bonheur / nuisance : La chanson, créée pour le film, a l'air d'avoir toujours existé, et donne lieu à l'un des gags les plus réjouissants du film. On valide.

Rasputin de Boney M

Quel film : Le lac aux oies sauvages de Diao Yinan
Degré de bonheur / nuisance : C'est d'autant plus réjouissant qu'on pense automatiquement à l'utilisation que fait son compatriote Jia Zhang Ke de Go west dans Au-delà des montagnes

La Jeune fille en feu de Para One (Jean-Baptiste de Laubier) et Arthur Simonini

Quel film : Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma
Degré de bonheur / nuisance : C'est tout simplement le plus beau moment du film, celui qui voit soudain naître l'émotion chez le spectateur.

Could it be magic de Barry Manilow

Quel film : Chambre 212 de Christophe Honoré
Degré de bonheur / nuisance : Un moment suspendu au piano, interprété par Camille Cottin, au sein d'un film qu'on aime de A à Z.

California dreamin de The Mamas and Papas

Quel film : Once upon a time... in Hollywood de Quentin Tarantino
Degré de bonheur / nuisance : Certes, elle reste longtemps dans la tête. Mais évidemment l'alchimie fonctionne : exactement le genre de chanson qu'on s'attend à entendre chez Tarantino.

Looking for knives de Dyan

Quel film : Matthias et Maxime de Xavier Dolan
Degré de bonheur / nuisance : Une manière explicite d'annoncer les mouvements du cœur qui émaillent le film.

L'italiano de Toto Cotugno

Quel film : Le traître de Marco Bellocchio
Degré de bonheur / nuisance : Dix jours après la clôture du festival, on la fredonne encore, mais dans la version du film où le "Siciliano" remplace l' "'Italiano".

Voulez-vous d'Abba

Quel film : Mektoub my love de Abdellatif Kechiche
Degré de bonheur / nuisance : On a l'impression que la chanson tourne en boucle dans la boîte de nuit où se déroule presque exclusivement le film, mais c'est sûrement une illusion sonore due à l'abus de scènes de danse.

Un giorno come un altro de Nino Ferrer

Quel film : Sibyl de Justine Triet
Degré de bonheur / nuisance : Moment satirique plutôt réjouissant dans un film qui ne l'est pas toujours.

Les plus belles années d'une vie par Nicole Croisille et Calogero

Quel film : Les plus belles années d'une vie de Claude Lelouch
Degré de bonheur / nuisance : On vous laisse écouter pour juger.

Here Comes The Hotstepper par Ini Kamoze

Quel film : Papicha de Mounia Meddour
Degré de bonheur / nuisance : L'hymne parfait pour un film sur la jeunesse et la liberté dans l'Algérie des années noires.

Suzanne de Leonard Cohen

Quel film : Viendra le feu d'Oliver Laxe
Degré de bonheur / nuisance : Entendons-nous bien, Suzanne élève toujours notre niveau de bonheur au maximum. Mais quand en plus elle survient par surprise dans un film minimaliste et taiseux, comme symbole d'une communion possible entre deux personnages, on voudrait qu'elle ne s'arrête jamais.

I put a spell on you de Nina Simone / Darkness de Leonard Cohen

Quel film :It must be heaven d'Elia Suleiman
Degré de bonheur / nuisance : La première accompagne des images idéalisées de Paris et de ses habitants, la deuxième une drôle de poursuite entre un ange Femen et des policiers new-yorkais. Dans les deux cas c'est beau, drôle et mélancolique à la fois.

La complainte du soleil de Laura Cahen

Quel film : J'ai perdu mon corps de Jeremy Clapin
Degré de bonheur / nuisance : Un petit miracle musical qui accompagne tout en douceur le générique final du film, et nous aide à reprendre pied dans la réalité.

Chef de Bataille de Christophe

Quel film : Jeanne de Bruno Dumont
Degré de bonheur / nuisance : De quoi nous consoler du fait qu'on chante beaucoup moins dans ce deuxième volet que dans Jeannette. Bruno Dumont remplace IGORRR par Christophe, mais sans rien perdre de l'esprit pour le moins décalé du film.

Summer de Teiji Ito

Quel film : Little Joe de Jessica Hausner
Degré de bonheur / nuisance : Une musique quasi hallucinatoire, empruntée au kabuki, qui vient renforcer l'étrangeté anxiogène qui se dégage de tout le film.

Les 12 révélations de Cannes 2019

Posté par vincy, le 1 juin 2019

Gabriel d’Almeida Freitas (Matthias et Maxime)
Sexy en diable, il est Matthias, straight et rangé, qui tombe en amour de Maxime, son meilleur ami, incarné par Xavier Dolan. Et il est assez bluffant quand il perd pied et s'avoue troublé par ce désir impromptu. Humoriste qui mélangeant le mime et l'absurde, créateur de spectacles et de programmes télévisés, scénariste, acteur, il est depuis 8 ans sur le circuit. Il trouve à 28 ans son premier grand rôle au cinéma. Il est attendu dans la nouvelle série de Radio Canada à l'automne, Toute la Vie, aux cotés de Roy Dupuis.

Ke-xi wu (Nina Wu)
Elle est l'égérie du cinéaste Midi-Z. Nina Wu est leur troisième collaboration ensemble, après Ice Poison et Adieu Mandalay, mais la première où l'actrice est aussi scénariste. Après une décennie au théâtre, la comédienne s'est lancée à l'assaut du petit et du grand écran taïwainais. Polyglotte (anglais, turc, birman, thaïlandais, mandarin), elle se livre corps et âmes, et à travers toutes sortes d'émotions, à son personnage d'actrice abusée et maltraitée par son producteur et son réalisateur. Post-#MeToo, cette histoire est celle de centaines d'actrices humiliées par un milieu sexiste.

Chris Galust (Give Me Liberty)
Acteur non-professionnel et pourtant il a tout d'un grand. C'est son premier film et il a déjà un beau parcours depuis Sundance. Kirill Mikhanovsky l'a choisit pour être ce personnage attachant, un jeune Américain d’origine russe malchanceux qui conduit un minibus pour personnes handicapées. Il est tour à tour un petit-fils attentionné, un travailleur social impliqué et un petit frère protecteur. Ses intentions sont toujours louables et nous permettent d'avoir une profonde empathie pour les laissés pour compte qu'il croise.

So-Dam Park et Woo-sik Choi (Parasite)
Elle, 27 ans, et lui, 29 ans, jouent le frère et la sœur malins et très liés dans la famille d'exclus imaginée par Bong Joon-ho. Elle s'est faite remarquée dans The Silenced de Lee Hae-young et The Priests de Jang Jae-hyun, tous deux en 2015. Star du petit écran, déjà vu dans Okja et Train to Busan (tous deux à Cannes), il a explosé en 2014 dans Set me Free de Kim Tae-yong.

Mina Farid (Une Fille facile)
Tout le monde a parlé de Zahia Dehar dans ce film de Rebecca Zlotowski. Il ne faudrait pas oublier le rôle primordial de sa partenaire de jeu, qui incarne sa cousine. Deux femmes qui n'ont rien à voir. Mina Farid incarne avec légèreté et simplicité une fille modeste, qui préfère traîner avec son copain homo, et s'avère plus que convaincante: elle parvient à être lumineuse et charismatique face à la "vedette" influenceuse qui a capté tous les médias sur la Croisette. Une jeune comédienne - c'est son premier film - à suivre.

Fionn Whitehead (Port Authority)
C'est sans doute l'acteur britannique à suivre. Bien exposé dans Dunkerque, épatant en gamin qui tient tête et tombe amoureux d'Emma Thompson dans My Lady, le jeune comédien de 22 ans révèle un jeu subtil avec son rôle de mec un peu paumé tombant amoureux d'une femme transsexuelle (Leyna Bloom). Avec Port Authority, il démontre qu'il sait porter un film entier sur ses épaules, déchiré entre trois familles, et devant choisir son destin.

Catrinel Marlon (Les siffleurs)
A 33 ans, avec ses faux-airs d'Angelina Jolie, la comédienne roumaine a crevé l'écran en femme fatale et ambiguë dans Les siffleurs, capable de séduire autant que de tuer. Vue dans les experts, égérie Chopard, elle était déjà venue à cannes pour Tale of Tales. Ex-mannequin, elle parle quatre langues : le roumain, l'italien, l'anglais et le français. De quoi être définitivement amoureux d'elle.

Levan Gelbakhiani (And Then We Danced)
Talentueux, il vit à l'écran ce parcours initiatique d’un danseur désirant son rival. Avec subtilité et panache, il nous transporte dans cette romance gay géorgienne. Danseur de formation, il trouve là son premier rôle au cinéma. Conscient de l'homophobie régnante dans son pays et aux alentours, il espère que le film, Billy Elliot au pays des Soviets, fera évoluer les consciences dans une culture qui rejette l'homosexualité. Le jeune homme a été cité parmi les révélations du Festival de Cannes par le magazine W.

Carol Duarte et Julia Stockler (La vie invisible d'Euridice Gusmao)
Les deux actrices brésiliennes ne se ressemblent pas physiquement mais viennent toutes deux du théâtre et n'avaient jamais porté un film sur leurs épaules. Carol Duarte, 26 ans, de Sao Paulo, en couple avec Aline Klein, trouve ici son premier grand rôle de cinéma en interprétant la sœur cadette, réservée et obstinée du mélo de Karim Aïnouz. Au Brésil, tout le monde la connaît pour son rôle de transsexuel dans la télénovela A Força do Querer, qui lui a valu trois prix d'interprétation. Julia Stockler, 30 ans, incarne la sœur aînée, bannie et combattive. Née à Rio de Janeiro, elle a jouée dans deux séries populaires - Duas Caras et Só Garotas - et une comédie queer, Gaydar. Elle trouve là aussi son premier grand rôle.

Michael Angelo Covino (The Climb)
Réalisateur, co-scénariste, acteur principal de son film, ce multi-talent américain a montré qu'il y a avait toujours ce goût dans le cinéma US pour le psychodrame familial et amical avec un formalisme issu de la comédie italienne, des dialogues "new yorkais" et une influence française (Rohmer, Sautet) séduisante. Après avoir révélé ses talents d'écriture avec Keep in Touch (2015), et de nombreux courts métrages parfois récompensés, il endosse toutes les responsabilités avec brio.

Cannes 2019 : entre intimité et formalisme, dix courts métrages qui ont marqué la 72e édition

Posté par MpM, le 31 mai 2019

Il faut être franc : Cannes n'est pas forcément le lieu idéal pour voir du court métrage. L'offre en longs métrages de premier plan, la nécessité de courir d'une salle à l'autre, les multiples sollicitations, ajoutées au fait que les séances de courts bénéficient souvent de moins de projections qu'un long (une seule séance pour les programmes de la Quinzaine, par exemple), incitent beaucoup de festivaliers à faire l'impasse. C'est pourtant dommage, car pour le format court aussi, Cannes est immanquablement le lieu des révélations, parfait pour prendre la température de la jeune création et du cinéma mondial.

C'est aussi parfois l'occasion de repérer les réalisateurs qui enchanteront la Croisette avec leurs longs métrages dans le futur comme ce fut par exemple le cas cette année avec Jérémy Clapin qui a triomphé à la Semaine de la Critique avec J'ai perdu mon corps, où il avait déjà présenté Skhizein en 2008, et Erwan Le Duc dont le film Perdrix a connu un grand succès à la Quinzaine des Réalisateurs, trois ans après avoir été sélectionné à la Semaine en 2016 avec Le Soldat vierge.

Cette 72e édition cannoise a été marquée par le triomphe de courts formels, dans lesquels la mise en scène joue un rôle au moins aussi important que le récit ou la narration. On le souligne car les jurys ont parfois tendance, plus encore qu'en longs métrages, à privilégier des oeuvres "à sujet" ou "à message". Or, cette année, les différentes sélections (Officielle, Cinéfondation, Quinzaine des Réalisateurs, Semaine de la Critique) semblaient avoir opté pour un cinéma plus ténu et moins démonstratif, et parfois même, comme à la Quinzaine des Réalisateurs, tirant vers l'expérimental ou l'installation artistique.

Ce qui n'a pas empêché les réalisateurs d'aborder, souvent en creux, les grands enjeux des sociétés contemporaines comme l'environnement, le consumérisme, l'accueil des réfugiés, la misère sociale... mais aussi des thématiques plus intimes liées à la maternité, à la famille ou à des trajectoires personnelles. Petit tour d'horizon de 10 cours métrages qu'il fallait absolument voir sur la Croisette cette année.

La Distance entre le ciel et nous de Vasilis Kekatos (Officielle)


Une rencontre impromptue dans la nuit. Des plans serrés sur les visages. Des dialogues ironiques et décalés. Et l'un des plus beaux plans de fin vus pendant le festival. La Palme d'or 2019 est un film ténu et intimiste à la simplicité désarmante, à la sensibilité à fleur de peau et au minimalisme assumé.

Grand bouquet de Nao Yoshiga (Quinzaine)


Dans un espace totalement vide, une femme fait face à une créature noire mouvante qui semble la menacer. Sa seule réponse sera des flots de fleurs multicolores se déversant de sa bouche. Les deux forces en puissance finiront par se combiner pour donner un ailleurs plein de promesses. A mi-chemin entre l'installation muséale et le court métrage expérimental, l'artiste Nao Yoshiga propose un film puissant et presque hypnotique aux multiples interprétations possibles.

L'Heure de l'Ours d'Agnès Patron (Officielle)

Une fresque animée flamboyante et majestueuse qui raconte, dans des éclats de rouge et de vert sur fond noir, le combat immémorial des enfants pour gagner leur liberté et s'affranchir des adultes. Servi par l'exceptionnelle musique symphonique de Pierre Oberkampf, le film mêle le souffle épique au récit intime, et emporte le spectateur dans une danse effrénée et tribale qui semble nous ramener aux origines de l'Humanité.

The Little soul de Barbara Rupik (Cinéfondation)


Un voyage éblouissant de beauté, d'onirisme et de mélancolie au pays des morts en compagnie d'une petite âme tout juste échappée du corps qui l'abritait. Barbara Rupik travaille sur la texture de ses personnages et de ses décors jusqu'à recréer un univers organique saisissant et sublime, cadre dantesque édifiant pour le récit poétique et bouleversant d'une indéfectible amitié post-mortem.

Mano a mano de Louise Courvoisier (Cinéfondation)


Un couple d'acrobates va de ville en ville pour se produire. Leur relation se dégrade, et tout semble sur le point de basculer. Louise Courvoisier, étudiante à la CinéFabrique de Lyon, filme les corps en mouvement, au repos, à l'abandon ou au contraire en pleine opposition, mais de dos, ou en les décadrant. Ce ne sont pas les performances qui l'intéressent, mais comment la tension palpable entre les deux protagonistes en vient à influer sur le moindre de leur geste. Une histoire simple de confiance à raviver et d'avenir à réinventer à deux.

Mardi de 8 à 18 de Cecilia de Arce (Semaine de la Critique)

Une journée dans la vie d'une surveillante scolaire bienveillante et pleine d'empathie qui lutte contre la rigidité quasi carcérale d'un collège où le corps encadrant privilégie la répression à l'écoute. Entre portrait sensible et comédie réaliste, Cecilia de Arce montre les limites d'un système qui, à force de refuser le cas par cas, finit par nier froidement les individus.

Movements de Dahee Jeong (Quinzaine des Réalisateurs)

Cinq chapitres comme autant de vignettes malicieuses pour parler de ce qui nous meut, et de quelle manière. On découvre ainsi un chien, une femme avec un sac à dos ou encore un vieil arbre qui a besoin d'une canne, tour à tour en train de peindre un mur ou de regarder la télévision. La réalisatrice s'amuse à décomposer les mouvements quasi image par image, ou au contraire à les accélérer par le biais de la touche "avance rapide", proposant un film léger et joyeusement décalé sur la notion de mouvement en tant qu'essence de la vie comme du cinéma (d'animation).

Piece of meat de Huang Junxiang et Jerrold Chong (Quinzaine)


Une fable au vitriol sur les excès du capitalisme et les limites de la société de consommation. Dans un monde peuplé d'objets (en papier), une côté d'agneau tente de subvenir aux besoins de sa famille. Prise dans la spirale infernale du déterminisme social, elle est la victime expiatoire d'un monde qui semble le reflet cauchemardesque de la nôtre. Pessimiste et cruel, mais tellement drôle.

She runs de Qiu Yang (Semaine de la Critique)


Déjà sélectionnée à Cannes en 2015 avec Under the sun (Cinéfondation) puis en 2017 avec A gentle night (Palme d’or du meilleur court métrage), Qiu Yang n’est pas vraiment la révélation de cette 58e Semaine de la Critique, mais prouve qu'il continue à creuser efficacement le sillon de son cinéma esthétique au classicisme discret. Son film à la beauté formelle édifiante a d'ailleurs sans surprise remporté le Prix Découverte Leitz Cine du court métrage. On y voit dans des plans composés comme des tableaux à la profondeur de champ quasi inexistante, et où se multiplient les cadres intérieurs à l'image, une jeune gymnaste lutter pour quitter l'équipe à laquelle elle appartient. Visuellement éblouissant.

Stay awake, be ready de Pham Thien An (Quinzaine des Réalisateurs)


Un plan-séquence presque statique qui semble observer nonchalamment la terrasse d'un petit restaurant. Tandis que des hommes parlent hors champ, un accident de la route survient, puis un petit garçon improvise un spectacle de cracheur de feu. Une scène de rue presque banale, et pourtant énigmatique, qui montre le monde comme à distance, pris dans différentes tonalités de jaune et de rouge. Une brillante démonstration formelle, doublée d'un instantané troublant du quotidien, qui a valu au réalisateur vietnamien Pham Thien An le Prix Illy du court métrage.

Cannes 2019: les 15 films à ne pas manquer

Posté par redaction, le 30 mai 2019

Voici 15 films projetés au Festival de Cannes que nous vous recommandons fortement. 15 rendez)vous cinématographiques aussi éclectiques qu'incontournables. Certains sont en salles ou s'apprêtent à débarquer dans les cinéma. Pour d'autres, il faudra attendre. En attendant, vous pouvez découvrir les films cannois lors des reprises:
- Un Certain regard: jusqu’au 4 juin, le réseau de salles d’art et d’essai « Ecrans de Paris » – l’Arlequin (6e), l’Escurial (13e), le Majestic Bastille (11e), le Majestic Passy (16e) et le Reflet Médicis (5e)
- La Quinzaine des Réalisateurs: à Paris, au Forum des images, du 30 mai au 9 juin ; à Marseille, le cinéma Alhambra du 28 mai au 9 juin ; à Bruxelles, à la Cinematek, du 1er au 7 juillet.
- La Semaine de la Critique: à la Cinémathèque française, les 10 courts et 10 longs-métrages du 5 au 12 juin.

Douleur et Gloire de Pedro Almodovar (Pathé - 17 mai 2019)
Depuis Volver, Pedro Almodovar n'avait plus conquis unanimement le public et les critiques. Hormis La Piel que Habito, il semblait ne plus pouvoir se renouveler formellement. Avec cette autofiction, le cinéaste espagnol transcende son cinéma pour l'amener vers une épopée de l'intime d'un homme vieillissant tout autant que l'immerger dans un portrait crépusculaire de l'artiste. Antonio Banderas incarne ainsi son mentor, en trouvant là le plus grand rôle de sa carrière. En offrant un cinéma généreux autour d'un récit mélancolique, Almodovar parvient surtout à réconcilier le passé et le présent pour surmonter le noir et tendre vers la lumière.

Parasite de Bong Joon-ho (Les Bookmakers / The Jokers - 5 juin 2019)
Première Palme d'or sud-coréenne, le film de Bong Joon-ho fait écho à la Palme japonaise de l'an dernier, Une affaire de famille de Hirokazu Kore-eda. Tous deux filment une population exclue, survivant dans la misère en captant des miettes de la prospérité libérale. Mais ici, le cinéaste en fait un film de genre, le "Home Invasion", où la redistribution des richesses va finir en carnage. Une lutte des classes intense et violente, où le mépris des uns se mêle aux envies des autres. On en ressort enthousiasmé, jubilant d'avoir vécu un "roller-coster" divertissant et intelligent, imprévisible et irrésistible.

Être vivant et le savoir d'Alain Cavalier (Pathé - 5 juin 2019)
Un écran de cinéma pour conjurer la mort, quelle plus belle idée pourrait-on trouver ? Alain Cavalier rend hommage à son amie Emmanuèle Bernheim à travers des extraits de son journal filmé, des passages de son journal écrit, des réflexions en voix-off et des mises en scène de statues, de pigeons et de courges parfois en décomposition. Il convoque en filigrane le film qu'ils n'auront jamais pu faire ensemble, et sa propre mort, qui flotte sur le film comme une présence familière.

Le Daim de Quentin Dupieux (Diaphana - 19 juin 2019)
Pour son huitième long-métrage, Quentin Dupieux s’intéresse à la folie d’un homme (Jean Dujardin) qui plaque tout et décide sur un coup de tête et un coup de cœur de s’acheter le blouson 100% daim de ses rêves. Sur son passage, il croise la route de Denise (Adèle Haenel), une barmaid aussi barrée que lui. Un quiproquos va les amener à travailler ensemble, sans se douter que l'aliénation n'est pas loin.Ensemble, ils donnent lieu à la comédie existentielle la plus loufoque de l’année.

Give Me Liberty de Kirill Mikhanovsky (Wild Bunch - 24 juillet 2019)
Grâce à un héros complètement dépassé (un jeune conducteur de bus pour personnes handicapées), Kirill Mikhanovsky se lance dans un portrait-charge de l’administration Trump qui ne soutient pas davantage les minorités que les gouvernements précédents. Drôle, touchant et cacophonique, Give Me Liberty est le grand film choral et social dont nous avons besoin.

Bacurau de Juliano Dornelles et Kleber Mendonça Filho (SBS distribution - 25 septembre 2019)
C'est un peu le village d'Astérix contre l'Empire suprémaciste et ultra)libéral mondialisé. Le film brésilien est un film de genre où rien n'est vraiment attendu, jusqu'au final digne d'un western à l'ancienne. Dans ce proche avenir aussi terrifiant que glaçant - un monde autoritaire aux élus corrompus -, ce safari où de simples citoyens sont les proies, s'amuse à jouer avec nos nerfs tout en livrant un puissant message d'entraide et de solidarité. Il n'y a pas de banquet à la fin mais c'est tout comme.

Atlantique de Mati Diop (Ad Vitam - 2 octobre 2019)
Avec son premier long métrage, Mati Diop propose un singulier récit de l'exil, raconté du point de vue de ceux qui restent. Mêlant observation sociologique, polar et fantastique, la réalisatrice parvient ainsi à donner un visage et une histoire aux milliers de réfugiés qui reposent dans les fonds sous-marins, sans sépulture et sans oraison funèbre. Ce faisant, elle propose une œuvre puissante et ultra-contemporaine qui interroge frontalement la notion de responsabilité collective.

Alice et le maire de Nicolas Pariser (Bac films - 2 octobre 2019)
Avec son second long-métrage, Nicolas Pariser signe un constat cinglant du paysage politique français actuel : le PS est mort par manque d’ambition. Un constat qui lui est permis par le biais du maire socialiste et fictif de Lyon, en proie à une panne d’idées. Il a besoin d’une philosophe à ses côtés pour se rassurer. Une comédie piquante et actuelle portée avec brio par le duo Fabrice Luchini-Anaïs Demoustier.

Chambre 212 de Christophe Honoré (Memento films - 9 octobre 2019)
Avec une fable presque surréaliste à la Blier et une variation sur le couple pris dans le piège de l'individualité et de l'infidélité, Christophe Honoré réussit son film le plus drôle et le plus juste. L'auteur-metteur en scène-cinéaste continu ainsi d'explorer le désir, l'amour et la fuite à travers une femme qui assume l'évolution de ses plaisirs tout en craignant son propre vieillissement. Sous ses airs de marivaudage, le film est avant tout une illustration inspirée des contradictions humaines dans une société conservatrice et hédoniste.

Papicha de Mounia Meddour (Jour2fête - 9 octobre 2019)
Des étudiantes ont des rêves d'avenir dans l'Algérie des années 90, au moment où des intégristes veulent imposer de nouvelles restrictions par la menace. Sans doute à cause d'un contexte lourd, on est sensible à l'énergie vibrante et féministe de cette bande de filles qui résiste et ne se soumettent pas à faire des concessions contre leur liberté. Au premier plan, on découvre la révélation Lyna Khoudri, épatante.

J’ai perdu mon corps de Jeremy Clapin (Rezo films - 6 novembre 2019)
Une main, séparée de son corps, part à sa recherche. Il règne dans le premier long métrage de Jérémy Clapin une mélancolie profonde, faite de souvenirs et de regrets. Le récit ténu oscille ainsi entre les moments suspendus de nostalgie, les tranches de vie simple d'un personnage en quête d'une place dans le monde, et de véritables scènes d'action initiatiques. On est frappé par la précision et la virtuosité de la mise en scène qui offre tout à tour un souffle épique et une justesse absolue dans le registre de l'intime.

Les misérables de Ladj Ly (Le Pacte - 20 novembre 2019)
Ce n'est pas un énième film sur la banlieue, mais plutôt le tableau d'une société en plein chaos. Si tout le film tend vers un final violent et intense que n'aurait pas renié John Carpenter tant il est suffocant, il s'agit avant tout d'une parfaite représentation d'une France éclatée, où les communautés comme les générations sont incapables de s'écouter et a fortiori de se respecter. Ici, rien n'est binaire. Les Misérables est tout autant humain que désespérant. C'est avant tout épatant, puisque nous nous attachons à chacun des protagonistes, peu importe leur camp.

It must be heaven d'Elia Suleiman (Le Pacte - 4 décembre 2019)
Avec peu de dialogues mais un sens aigüe de l'observation et un génie de la situation, le cinéaste palestinien nous emmène à Paris et à New York pour un état des lieux du monde pas forcément réjouissant. Et pourtant on rit devant ses facéties, sa tête de Droopy impassible, ses petites mésaventures et ce burlesque qui s'invite jamais où on l'attend. Malgré sa légèreté apparente, cet elixir de bonheur, exquis de bout en bout, ne manque pas de profondeur. Manifeste politique, engagé même, la comédie est douce-amère et même festive. Une pépite.

La vie invisible d'Euridice Gusmao de Karim Aïnouz (ARP Sélection - 25 décembre 2019)
Alors que les feuilletons français de début de soirée cartonnent sur le petit écran, rendons aux Brésiliens l'art de la télénovela. Karim Aïnouz la projette sur grand écran avec une belle et grande fresque aussi émouvante que déchirante sur deux sœurs que le destin sépare. Ode à l'émancipation féminine et critique du pouvoir patriarcal, le film traverse une décennie (et un peu plus) pour nous embarquer dans un double récit passionnant. On ressort conquis par les deux actrices et séduit par cette histoire dramatique. Mais loin d'être superficiel et léger, ce mélo est aussi très beau.

And then We Danced (Et puis nous danserons) de Levan Akin (ARP Sélection - date de sortie encore non communiquée)
Dans la lignée de Call Me by Your Name et Moonlight, le film de Levan Akin s’intéresse aux premiers émois amoureux (et sexuels) d’un jeune danseur en quête d’identité. Doublé d’une chronique de la Géorgie toujours aussi peu tolérante - c'est un euphémisme - envers les LGBT, And then We Danced finira sans l’ombre d’un doute au panthéon des films gays.

Cannes 2019: Un doc écologique (et salutaire) au Festival vs un (sérieux) gâchis environnemental à Cannes

Posté par vincy, le 30 mai 2019

Projeté à Cannes en séance spéciale, La Glace en feu de Leila Conners sera diffusé sur OCS le 11 septembre prochain. Produit et narré par Leonardo DiCaprio, tout comme le premier documentaire de la réalisatrice, La 11ème heure, le dernier virage (présenté à Cannes en 2007), La glace en feu est moins un cri d'alarme sur l'état écologique de la planète qu'une succession de solutions et de témoignages pour espérer freiner la catastrophe climatique annoncée. En cela, il se rapproche plus de Demain, de Cyril Dion et Mélanie Laurent.

"Il y a des solutions". L'horloge tourne mais on se veut encore relativement optimiste. Après tout, 12 ans après la 11ème heure, la catastrophe est déjà là. Il ne s'agit plus de la stopper mais d'inverser toutes les courbes. Des espèces sont en voie d'extinction. Et à la lecture du dernier livre de Fred Vargas, L'humanité en péril (Flammarion), on va rapidement manquer de matières premières essentielles, à commencer par le phosphore et l'eau. Car nous sommes à la fois la première génération à prendre conscience et vivre ces dysfonctionnements environnementaux mais aussi la dernière à pouvoir y remédier .

Un doc scientifique, technique et pédagogique

Avec une espèce humaine en croissance démographique, le formidable gâchis des ressources primaires et un climat qui se dérègle fortement, l'avenir est plutôt noir comme des nuages prêts à se vider dans un déluge de pluie. Du Colorado à la Californie, d'Islande à l'Ecosse, du MIT de Boston à la Norvège, de la Croatie à Zurich, de Berlin au Nouveau-Mexique, ce n'est pas une tournée internationale des cataclysmes que filme Leila Conners. Non, ce qui l'intéresse ce sont les gardiens du temple, qui observent et préservent la Nature, et les chercheurs qui trouvent de nouveaux modèles ou des solutions innovantes pour réparer, améliorer, voire effacer l'empreinte carbone.

De l'océan (étonnant pouvoir du varech) au soleil, du méthane au permafrost, la réalisatrice signe un film pédagogique et scientifique, et même assez technique. Pas forcément cinématographique d'ailleurs. Mais l'image, avec ses infographies et ses illustrations, a une grande importance pour comprendre les enjeux. Pas besoin de filmer un mur pour savoir qu'on fonce dedans. "On est tous connectés" et on détient chacun des fragments de solutions. Leila Conners veut croire que l'individu peut contribuer au sauvetage de la planète, sans responsabiliser les pollueurs majeurs, même si elle dénonce leurs actes. On peut aussi regretter que le documentaire fasse l'éloge du solaire quand on sait le coût environnemental d'un panneau photovoltaïque. Ces petites approximations n'enlèvent rien au propos global et à l'intention originelle.

Mais cela ne doit pas faire oublier le message: "ça va dégénérer".

D'ailleurs, à Cannes, on voit bien que ça ne fait qu'empirer. Embouteillages boulevard Carnot, rue d'Antibes, avenue Bachaga Saïd Boualam. Des voitures Renault pas électriques qui amènent les invités prestigieux et autres stars pour faire moins de 500 mètres jusqu'aux marches (heureusement certaines vedettes optent pour le mode piéton). Vitrines de magasin et affiches publicitaires allumées toute la nuit. Quasiment pas de bio ou de produits locaux dans les restaurants autour du Palais. Du coca-cola jusque dans la salle de presse (quand on connait l'effet néfaste sur les nappes phréatiques et sur la santé, on ne peut plus dire qu'on ne savait pas). Sous l'eau, les sacs plastiques et autres déchets s'amoncellent. Trop de bouteilles en plastique (puisque les gourdes ne sont pas autorisées dans les salles au-dessus de 50ml).

Ballet incessant d'hélicoptères (il n'y en a jamais eu autant) qui font tourner leurs hélices au-dessus du port. Gros paquebots de croisières - de véritables barres d'immeuble - stagnant dans la baie, et tout ce que la induit en consommation énergétique. On peut critiquer l'avion (le pire c'est quand même les jets privés) mais critiquons aussi la SNCF qui a diminué le nombre de TGV relativement directs (avec certains trains qui reliaient Paris en 6 heures au lieu de 5), ce qui pousse logiquement les festivaliers venus d'Asie ou des Amériques à préférer un Paris-Nice en correspondance directe à un Paris-Cannes en train. On peut râler que les festivaliers utilisent des taxis ou vtc dans le périmètre de la Croisete, mais où sont les vélos en libre service ?

La ville de Cannes, côté empreinte carbone, n'est pas vraiment un modèle, même si le festival a fait des efforts récemment avec des poubelles pour le tri des dossiers de presse et autres papiers distribués aux journalistes. Il va falloir imposer rapidement un objectif de décarbonisation d'un événement qui attire des dizaines de milliers de personnes dans une industrie qui a encore un peu de retard sur le sujet, et qui n'est pas forcément aidée ou accompagnée.

Leila Conners a encore de quoi filmer avant que la mer Méditerranée ne monte, faisant disparaître les plages pour les soirées, noyant également tout le rez-de-chaussée et les sous-sols du Palais des festival. Tout cela est prévu pour la fin du siècle. D'ici là, est-ce que le cinéma existera encore? C'est une autre affaire.