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HUMOUR AMER





Tracer un portrait ça ne peut-être qu'une esquisse de ce qui apparaît; ça n'est donc qu'une déformation, une interprétation de ce qu'on lit, voit, entend... Après tout, je ne le connais pas Bacri. Je l'ai jamais rencontré. On a de lui une image forcément fausse, avec un fond de justesse. Il est de gauche, c'est indéniable. Humain, forcément. Grande gueule?
Oui mais tendance syndicaliste années 60-70 alors. L'art du discours, la verve criée à voix haute, la défense des intérêts communs, et pas nombriliste pour un sou. Entre ses coups de gueule aux cérémonies vaniteuses et sa caricature aux Guignols de Canal +, on le prendrait presque pour un José Bové du cinéma. Ce qu'il n'est sans doute pas.
Il aime Scorsese et Allen. Son film favori c'est Crimes et délits. Et son acteur fétiche s'appelle James Stewart.
Il apprécie Lubitsch, plus que Capra. il aime la comédie quand elle est humaine, observatrice, avec une profondeur de champ qui fouille le comportement de ses collègues bipèdes. Il ne juge pas.
Bizarrement, les années 90, les années de crise, l'auront rendu populaire et estimé. Comme si les désillusions de notre époque avait collaboré au succès de son humour, amer, et même acide.

Le goût du bonheur...
Car Bacri fait rire, jaune, comme son teint d'hypocondriaque. Cynique. Désabusé. Utopiste ou rêveur. Dubitatif. refusant un système irrespectueux de l'homme. Préférant lêtre humain aux mythes et idéaux. Bref, le personnage que joue (qu'est?) Bacri c'est un homme qui a traversé les illusions et les désillusions, et qui essaye de se trouver une place pour goûter au bonheur. Ca peut-être un match de foot ou une bouffe entre copains. Ou jouer.
Finalement, au lieu d'attendre des seconds rôles de flics tristes en imperméables, en rencontrant la femme de sa vie (Miss Jaoui), ils décident de s'écrire leurs propres personnages, plus étoffés, plus nuancés, plus proches de ce qu'ils veulent communiquer... Du mari râleur qui rêvait de son rocher sur la mer (Cuisine et dépendances) au mari plaqué prêt à déclamer son amour tel Cyrano à sa Juliette, Bacri s'offre des rôles à sa mesure, plus sensibles, plus justes, un peu dépressifs, pessimistes même... et pourtant en quête d'un bonheur simple. Sous ce masque de mec bougon et pince-sans-rire, il y a un homme qu'on devine fragile.
Même les personnages qu'il choisit en tant que "simple" comédien (son exigeance l'évinçant de nombreux projets sans âme) lui font explorer les tourments lucides du mâle laissant le temps au temps, et ne souciant d'aucune futilité. Copain avec un chien-homme dansla comédie aboyante Didier ou amoureux de Deneuve dans le sombre et romantique Place Vendôme, ou encore névrosé fétichiste dans Kennedy et moi, chacune de ses introspections le mène malgré tout vers un rivage plus optimiste, plus serein, plus heureux.

Une envie de famille...
Indépendant de nature, Bacri n'est pas plus râleur que d'autres (il en a juste plus l'occasion). Il est même doté d'un sérieux sens de la répartie, de la vanne qui tue. On le sent humaniste, acceptant les petites trégides humaines qui rendent le bonheur impossible, mais qui enrichissent l'homme tout autant.
Plutôt fait pour le travail en équipe, entre copains même, il a réussi en moins de dix ans, avec Jaoui, à imposer un style (au théâtre comme au cinéma) qui fasse rire et réfléchir. Un rire qui fuse pour un bon mot (il aime le rap américain), un de ces slogans type qu'on retient par sa consonnance. Un humour opposé à Clavier-Poiré (d'ailleurs le tournage de Mes Meilleurs copains, le meilleur film de Poiré, ne s'est pas très bien passé).
Son clan s'étend de Chabat à Lanvin, de Darroussin à Karmann (qu'il connaît depuis 25 ans). Devenu producteur, Bacri est un gai luron qui s'affiche affligé par une époque décevante. Il veut se sentir utile. C'est un mec qui croit au respect, à l'égalité. De l'absurde au quotidien, sa vision des choses peut nous émouvoir ou déclencher l'hilarité. Bacri aujorud'hui, sur un plateau de télé ou en cover de magazine de ciné (et oui, tout arrive), vend un film par sa seule présence. Il y a des fans, des inconditionnels. lui évidemment réfuterait toute forme d'idolâtrie.
Rien pour lui n'est plus important que la vie, que sa vie. Pas même son métier. Il joue. Il pourrait lasser à force d'interpréter ces déprimés avec un nuage de pluie en permanence au dessus de la tête, tel un clown trimballant sa fatalité avec lui. L'amitié, la fidélité, la constance, voilà ses axiomes. Pas envie d'être star. Et tant mieux si ce qu'il écrit avec "Agnès" remet en question quelques spectateurs. C'est sa façon de donner...

Petits points sur les i...
Perfectionniste, il est sans pitié avec lui-même, avec son propre talent. Il cherche humblement à s'améliorer, à trouver le projet dont il sera fier. Et il tente désespérément de faire comprendre qu'il n'est pas celui "qui fait tout le temps la gueule".
Finalement Bacri est un type simple, qu'on aime aimer. Dans un pays où le film d'auteur est voué au culte, il est parvenu, en couple, à faire respecter le scénario comme matériau original et distinct du film. devenu un premier rôle de premier plan, il est un des rares acteurs français qui habite de sa présence, de son vécu, depuis Subway et L'été en pente douce jusqu'à ses hits multi-millionnaires, des films forts en atmosphère. Un air de famille de son pote Klapisch ou Le Goût des Autres de sa comagne Jaoui, en font partie. Les films sont souvent des succès publics, des triomphes critiques, et de solides atouts pour l'export. Ambiance. Le rire chauvin, social, humain et tolérant. Il fallait l'inventer. Mais le personnage va à chaque fois plus loin dans les nuances. En véhiculant la même image à travers les films, il ne déroute pas ses fans, mais permet au contraire de les séduire dans des univers aux idées franchement solidaires et complètement gauchistes. Bacri c'est une gueule. Sympa, bourrue, ouverte. Sentimentale. Lucide. Le cinéma français en a toujours raffolé. Et comme il adore les petits points, concluons sur cette ponctuation qui laisse lecteur imaginer la suite...

vincy


 
 
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