Décès du comédien et metteur en scène Maurice Bénichou (1943-2019)

Posté par vincy, le 17 juin 2019

Maurice Bénichou est mort à l'âge de 76 ans samedi dernier. Second-rôle qui aura joué dans une quarantaine de pièces et une cinquantaine de films, il était né le 23 janvier 1943 à Tlemcen, en Algérie (à l'époque française).

Son personnage le plus connu reste celui de Dominique Bretodeau dans Le fabuleux destin d'Amélie Poulain, personnage nostalgique de son enfance qui se souvient par des objets de son bonheur passé. Cette sensibilité et cet humanisme transpiraient dans la plupart des rôles qu'il avait endossé.

On l'a également vu dans Un éléphant ça trompe énormément d'Yves Robert, en valet dans L'Animal de Claude Zidi, ou encore dans Les Routes du sud de Joseph Losey, La Vocation suspendue de Raoul Ruiz, I... comme Icare d'Henri Verneuil, Qu'est-ce qui fait courir David ? d'Élie Chouraqui, Le Mahâbhârata de Peter Brook, La Petite Apocalypse de Costa-Gavras...

Cette diversité des styles a été le marqueur de sa carrière puisqu'on le croise ensuite dans Les Patriotes d'Éric Rochant, Code inconnu, Le Temps du loup et Caché de Michael Haneke, Drôle de Félix d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau, C'est le bouquet ! de Jeanne Labrune, Paris de Cédric Klapisch, Le Grand Alibi de Pascal Bonitzer, Si tu meurs, je te tue de Hiner Saleem, en avocat Vergès dans Omar m'a tuer de Roschdy Zem...

Il fut aussi la voix du rabbin dans la version animée du Chat du Rabbin de Joann Sfar. Comédien sur les planches (Brecht, Brook, Ibsen, Tchekhov, Goldoni, Shakespeare...) et metteur en scène (de pièces de Jean-Claude Grumberg, David Mamet), son amour du métier était souvent loin de l'image que le public avait de lui. Il a été nommé une fois au Molière pour la mise en scène d'Une absence et aux César du meilleur acteur dans un second rôle pour Caché.

Décès du cinéaste italien Franco Zeffirelli (1923-2019)

Posté par vincy, le 15 juin 2019

Franco Zeffirelli est mort à l’âge de 96 ans ce samedi 15 juin, à Rome. Le cinéaste italien, né d’une union illégitime entre un marchand de textile et une dessinatrice de mode, a été placé par sa mère dans un orphelinat.

Descendant de Leonard de Vinci, nommé Zeffiretti en hommage à Mozart, il sera placé chez une britannique exilé en Toscane, qui l’initiera à Shakespeare. S’il est destiné à l’architecture, c’est le théâtre qui va le happer. Jeune et blond, il joue Les parents terribles de Jean Cocteau, mis en scène par Luchino Visconti, qui succombe à son charme. Il en fait son assistant pour La Terre tremble en 1948, Bellissima en 1951, Senso en 1954, ainsi que son décorateur sur deux pièces.

La Callas, de Maria à Fanny

Amant et collaborateur du maître Visconti, on imagine que les relations ont été mouvementées. Au moins, il apprend le métier. Jusqu’en 1956, où les ambitions de Zeffirelli l’emportent sur les passions de Visconti. Ils se fâchent sur Verdi et la Callas, jusque là mise en scène par Luchino et que Franco lui « volera » les années suivantes en filmant les opéras La Traviata, Tosca et Norma. En attendant le tour de Pasolini pour glorifier la diva…

Le cinéma, il n’y vient qu’en 1967. Réputé pour la scène, il entre dans la cour des grands dès son premier long métrage, La Mégère apprivoisée, avec Elizabeth Taylor et Richard Burton. Deux nominations aux Oscars, trois Donatello. Il enchaîne avec Roméo et Juliette, triomphe malgré la polémique (les deux acteurs y apparaissent nus, alors qu'ils n'étaient pas majeurs), couronné par deux Oscars en plus de deux nominations pour Zeffirelli (film et réalisateur). Les Donatello le sacre meilleur cinéaste de l’année. Shakespeare est toujours son influence majeure (Othello en opéra avec Placido Domingo en 1986, et en compétition à Cannes, et Hamlet avec Mel Gibson en 1990).

Zeffirelli va chercher dans la littérature et les arts étrangers son inspiration : que ce soit les opéras Pagliacci ou La Traviata (et en bonus une nouvelle nomination aux Oscars pour la direction artistique) avec Placido Domingo, Jane Eyre avec Charlotte Gainsbourg en 1996 ou l’audacieux et séduisant Callas Forever avec Fanny Ardant en 2002.

Homo anti mouvement gay, catho anti IVG

Pourtant c’est ailleurs que ses œuvres les plus personnelles surgissent. Dans une vision un peu réactionnaire à l’époque, à ses origines, à sa propre vie. De droite, ce qui n’est pas forcément un atout pour se faire aimer par les milieux culturels italiens, et fervent croyant, Franco Zeffirelli écrit aussi des films empreints de religiosité. En 1972, il signe François et le Chemin du soleil, hymne à Saint François d’Assise, qui lui vaut son deuxième Donatello du meilleur réalisateur. Cinq ans plus tard, il réalise une minisérie luxueuse et hollywoodienne sur Jésus de Nazareth. Il aime le spectacle, le baroque, les dorures pour mieux respecter les récits. A la manière d’un peintre de la Renaissance.

Adoubé par le Vatican, le cinéaste était ouvertement contre l’avortement. Il fut sénateur sous l’étiquette du parti de Silvio Berlusconi. Réélu en 1996, il se décide à faire son coming out, tout en restant discret sur sa vie privée et en critiquant le « mouvement gay » puisque selon lui "l'homosexuel n'est pas quelqu'un qui tremble et se maquille. C'est la Grèce, c'est Rome. C'est une virilité créatrice."

Sans doute pensait-il à l’image du père boxeur dans son film Le Champion (avec Jon Voight et Faye Dunaway). Sans doute avait-il mal vécu ses premières passions à l’instar de celle d’Un amour infini (avec Brooke Shields). On retrouve cette conflictualité intérieure dans Mémoire d’un sourire en 1993. Une jeune fille prête à entrer au couvent tombe amoureuse d’un jeune homme. Partagée entre son amour pour Dieu et celui pour l’étudiant, qui décide finalement de se marier avec une autre. Comme on comprend son âme florentine, son orgueil et son amour de la musique à travers Toscanini, où un jeune musicien est divisé entre deux mondes, celui de la compassion et celui des honneurs.

Mais c’est Un thé avec Mussolini qui est le plus personnel. Il assume la partie autobiographique de cette histoire où un groupe de femmes anglaises distinguées et "shakespearophiles" – Cher, Maggie Smith, Judi Dench, Joan Plowright, Lily Tomlin… - voient l’Italie sombrer dans le fascisme.

Finalement, c’est l'esthète Zeffirelli qui s’éclipse au moment où l’Italie n’est plus aussi raffinée que lui.

La cinéaste engagée Yannick Bellon est morte (1924-2019)

Posté par vincy, le 3 juin 2019

La cinéaste et productrice Yannick Bellon est morte dimanche 2 juin à l'âge de 95 ans.

Auteure de huit longs métrages et d’une dizaine de courts, cette pionnière du cinéma au féminin était aussi considérée comme une réalisatrice féministe, abordant des sujets sociétaux, du cancer du sein à la bisexualité à travers des personnages féminins qui renaissent et retrouvent toujours le goût à la vie.

Née à Biarritz le 6 avril 1924, après un passage par l'Idhec (devenu la Femis), dans la même promotion qu'Alain Resnais, elle réalise son premier film en 1948, Goémons, documentaire censuré en France pour cause « d’image négative du pays », mais qui obtient le grand prix du documentaire à Venise.

Elle tourne ensuite plusieurs autres documentaires et courts-métrages, comme Colette, sur la vie de l'écrivaine, avec la participation de celle-ci, Varsovie quand même, sur la renaissance de la ville après la guerre, Un matin comme les autres avec Simone Signoret et Yves Montand, Le bureau des mariages avec Michael Lonsdale et Pascale de Boysson.

Ce n’est qu’en 1972 qu’elle réalise son premier long-métrage, Quelque part quelqu'un, avec Roland Dubillard et sa soeur Loleh Bellon, drame romantique sur le désenchantement et la désillusion, suivi de La femme de Jean, primé à San Sebastian, avec Claude Rich et le tout jeune Hippolyte Girardot, portrait d’une mère monoparentale qui reprend sa vie en main, et de Jamais plus toujours, avec Bulle Ogier, Loleh Bellon et Bernard Giraudeau.

En 1978, Yannick Bellon créé un choc avec L’amour violé, histoire filmée crument d’un viol collectif avec Nathalie Nell, Daniel Auteuil et Pierre Arditi. Une fois de plus la femme est la victime, et, en portant plainte, trouve la clef pour sa renaissance. Ce sera son plus grand succès (1,9 million d’entrées), porté par les passions qui se déchainent autour de ce film qui choque et malgré une interdiction aux moins de 13 ans à l’époque.

Dans L’amour nu, trois ans plus tard, avec Marlène Jobert, elle aborde le cancer du sein. La cinéaste se penche sur le masculin avec La triche en 1984, où Victor Lanoux, inspecteur et père de famille tombe amoureux de Xavier Leduc (nommé aux César pour ce film), jeune musicien. Un polar homosexuel où l’on croise aussi Anny Duperey, Michel Galabru, Roland Blanche, et Valérie Mairesse. En 1989, elle s’attaque à la drogue et à la délinquance dans Les enfants du désordre, avec Emmanuelle Béart (nommée aux César) dans le rôle principal, une jeune toxico qui se détache de ses addictions à sa sortie de prison en rejoignant une troupe théâtrale.

Trois ans plus tard, elle signe son dernier film, L'affût, avec Tchéky Karyo en instituteur écolo qui veut créer une réserve ornithologique.

Depuis, elle n’a plus rien filmé. Son empathie pour les exclus ou les marginaux, son humanisme qui transpire dans chacun de ses personnages s’est effacé. Son cinéma de combat, engagé et toujours sensible, a disparu.

Que será, será, Whatever will be, will be…. Doris Day s’en va (1922-2019)

Posté par vincy, le 13 mai 2019

L'actrice américaine, légende de l'âge d'or hollywoodien, venait de célébrer ses 97 ans. Doris Day est morte ce lundi 13 mai. A l'origine, la star devait être danseuse, mais à l'âge de 16 ans, elle est victime d'un accident de voiture qui lui brise les os et ses rêves. Durant toute sa rééducation, elle écoute du blues et du jazz, et se destine à vouloir être chanteuse.

Ainsi naît Doris Day, de son vrai nom Doris Kappelhof. Elle a 26 ans quand, après une jolie carrière de music-hall, elle débute au cinéma. Sa vie personnelle est déjà mouvementée. La profession ne lui fait aucun cadeau. Tout change quand elle signe un contrat avec Columbia Records et doit passer une audition pour ce qui sera son premier film Romance à Rio (Romance on the High Seas). La Warner Bros l'engage alors pour sept années sous contrat. Elle devient l'une de ses vedettes de film musical, genre particulièrement en vogue dans l'après guerre: La Femme aux chimères (Young Man With a Horn), Il y a de l'amour dans l'air (My Dream is Your Dream), I’ll See You in My Dreams et La Blonde du Far-West (elle y incarne Calamity Jane), son premier gros succès, doublé d'un hit en radio, "Secret Love".

Sans jamais quitter la musique, elle enregistre des dizaines de chansons, dont des duos prestigieux avec Frank Sinatra, Johnny Ray ou Bing Crosby, et elle poursuit son aventure au cinéma. Durant vingt ans, elle brillera sur le grand écran avant de devenir une star du petit écran avec The Doris Day Show. Puis, à l'instar de Brigitte Bardot, elle se consacrera aux droits des animaux (et crée la Doris Day Pet Foundation), et quitte le show-biz.

Sa carrière cinématographique prend un autre élan à partir de 1955. Extrêmement populaire, elle enchaîne Mademoiselle Porte-bonheur (Lucky Me) de Jack Donohue, Un amour pas comme les autres (Young at Heart), avec Sinatra et Les Pièges de la passion (Love Me or Leave Me) de Charles Vidor, avec James Cagney. Mais en 1956, elle change de registre, en étant la partenaire (et épouse à l'écran) de James Stewart dans un film d'Alfred Hitchcock, L'homme qui en savait trop. Ce rôle dramatique - leur enfant est enlevé - est un succès du box office et surtout, elle y chante son plus gros tube, "Que será, será".

Du musical ou de la comédie, elle passe ainsi au thriller ou au mélo. Elle tourne avec George Abbott et Stanley Donen (Pique-nique en pyjama (The Pajama Game)) et Gene Kelly (Le Père malgré lui (The Tunnel of Love)), confortant ainsi sa popularité avec son physique idéal de fiancée de l'Amérique. Elle a pour partenaire Clark Gable, Louis Jourdan, Richard Widmark, Jack Lemmon, David Niven... Mais c'est Confidences sur l'oreiller (Pillow Talk) de Michael Gordon en 1959, qui dévie une fois de plus son parcours. Elle y croise Rock Hudson et le film repart avec l'Oscar du meilleur scénario original. C'est aussi sa seule nomination aux Oscars, catégorie meilleure actrice.

Si la plupart de ses films sont d'honnêtes productions de l'époque (Piège à minuit (Midnight Lace), Pousse-toi, chérie (Move Over, Darling), La blonde défie le FBI (The Glass Bottom Boat), Un soupçon de vison (That Touch of Mink) avec Cary Grant), ce sont en duo avec Rock Hudson, plus encore qu'un autre partenaire habituel, Rod Taylor, qui restent davantage à l'esprit: Un pyjama pour deux (Lover Come Back) de Delbert Mann et Ne m'envoyez pas de fleurs (Send Me No Flowers) de Norman Jewison. Pourtant, elle a confessé plus tard, quand le "Rock" est mort du SIDA, qu'elle ignorait tout de l'homosexualité de celui-ci. Mais elle disait aussi que Rock Hudson était l'un des hommes les plus gentils qu'elle ait rencontré.

Cinq fois citée aux Golden Globes (et récipiendaire du Cecil B. DeMille Award en 1989 pour l'ensemble de son œuvre), la vedette jette l'éponge en 1968 côté plateaux de tournage. Elle a souvent manqué d'instinct, refusant par exemple le rôle de Maria dans La mélodie du bonheur ou celui de Mrs. Robinson dans Le lauréat. Avant tout chanteuse (600 chansons jusqu'en 1967), la crooneuse devient vedette cathodique durant quelques années. Avant de s'éclipser définitivement.

Sa blondeur, son mignon minois qui semblait de pas vieillir, étaient exploités par les studios pour en faire la "potiche" parfaite, alors que tout, dans sa vie privée comme dans son tempérament, montrait qu'elle en était l'inverse. Elle se battait pour que ses personnages soient d'ailleurs des femmes indépendantes et travailleuses.

Utilisée souvent pour sa voix et le chant, pour sa grâce et sa popularité (elle a été régulièrement l'actrice la plus bankable de l'année), elle n'a jamais vraiment trouvé le grand film de sa vie. Cela n'a pas empêché Doris Day d'être culte. On retrouve son nom dans plusieurs pop songs (Elton John, Billy Joel, Wham, Les Beatles).

Malgré son affichage pro-Républicain dans un milieu ouvertement Démocrate, Doris Day est restée l'une des vedettes les plus atemporelles d'un certain système hollywoodien. Sans grand film à son actif, et assez peu de grands cinéastes dans sa filmographie, elle est restée parmi les comédiennes qui ont marqué assurément leur époque. Pas le genre à faire du scandale (quatre mariages au passage), ni le genre de femme qui misait sur sa plastique: elle était l'antithèse de Liz Taylor ou de Marilyn Monroe. Ses plus beaux souvenirs étaient ceux des tournées (musicales) pas des tournages.

Jean-Claude Brisseau (1944-2019) part sans bruit ni fureur

Posté par vincy, le 11 mai 2019

Le cinéaste Jean-Claude Brisseau est décédé samedi à Paris à l'âge de 74 ans, a appris l'AFP par son entourage.

Le réalisateur et scénariste est décédé dans un hôpital des suites d'une longue maladie. Sa filmographie est marquée par trois films: De bruit et de fureur (1988), prix spécial de la jeunesse au Festival de Cannes et prix Perspectives du cinéma français, Noces Blanches (1989) qui révéla l'actrice Vanessa Paradis (qui empocha un césar l'année suivante) et La Fille de nulle part (2012), Léopard d'or au festival de Locarno.

Sa filmographie s'étend sur 40 ans, depuis son premier long en 1976, La croisée des chemins, qui pose une partie des bases d'un cinéma sulfureux où il scrute une jeune fille rebelle partagée entre le désir et la mort. Avec Un jeu brutal, il croise le chemin de Bruno Cremer, qu'il enrôle pour être un biologiste meurtrier. Crémer sera le truand de De bruit et de fureur, l'un des premiers films sur la banlieue, où la dureté et la violence quotidienne croise le rêve naturaliste d'un adolescent dans un environnement de solitude et d'exclusion. Une série de déflagrations qui achève le film dans une tragédie désespérée.

Noce blanche est une confrontation presque sage entre un Cremer prédateur et une Paradis pas vraiment innocente en jeune fille ex-prostituée et toxico, amoureuse de son professeur de philosophie. Derrière son émancipation, et leur histoire d'amour, il y a le vertige des deux à plonger dans un monde inconnu. Dans une interview accordée aujourd'hui au journal Le Monde, Vanessa Paradis évoque un réalisateur très grand, très autoritaire, avec une voix grave.

Il était réputé difficile. Pas vraiment le genre à attirer la sympathie. Mais ce révolté passionné et avide de liberté, avec le soutien des Films du Losange, a pu bâtir une œuvre singulière dans le cinéma français et relativement hétérogène. Avec Céline, portrait d'une jeune femme paumée versant dans le surnaturel, L'ange noir, seul grand rôle de cinéma pour Sylvie Vartan, accompagnée de Michel Piccoli, Tchéky Karyo et Philippe Torreton, dans une sordide manipulation criminelle, ou encore Les savates du bon Dieu, film romantique autour d'une quête amoureuse, à travers une errance et des braquage.

C'est loin d'être parfait. Mais il y a l'influence des grands cinéastes américains - dont John Ford qu'il admirait - qui planent à chaque fois. A partir des années 2000, la difficulté de trouver des vedettes de premier rang ou des noms connus ont compliqué le montage de ses films. Il poursuit sa voie sur le portrait de jeunes femmes marginales, dans des milieux précaires, avec la séduction, la cruauté et la mort qui s'entremêlent: Choses secrètes, A l'aventure, ou son dernier film Que le Diable nous emporte, son ultime film (2018), vaudeville plus mature où la violence masculine et la méditation sont autant d'obstacles ou de leviers vers le bonheur compliqué par le jeu des sentiments.

Jusqu'à cette mise en abyme ratée dans Les anges exterminateurs, inspiré de son propre livre et présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, où il confie ses méthodes particulières de travail, sa manière de sélectionner ses actrices et finalement, comment il s'est retrouvé condamné en justice pour harcèlement et agression sexuelle sur des actrices à qui il avait fait passer des auditions.

Il avait été condamné par le tribunal correctionnel de Paris en 2005 pour harcèlement sexuel à un an de prison avec sursis et à 15 000 euros d'amende pour harcèlement sexuel sur deux actrices lors d'auditions pour son film Choses secrètes. En décembre 2006, il est condamné en appel pour agression sexuelle sur une troisième actrice.

Suite à cela, le mouvement #metoo, qui jugeait toute célébration de son œuvre insupportable, avait contraint la Cinémathèque, qui avait essayé de défendre l'artiste en oubliant que l'homme avait été condamné, à annuler fin 2017 la rétrospective qu'elle devait lui consacrer.

Pas étonnant que son film le plus sincère, sacré à Locarno, La fille de nulle part, soit aussi son film miroir. Il y joue le rôle masculin principal, Michel un professeur de mathématique veuf et à la retraite qui vit cloîtré dans son appartement parisien. Sa vie monacale est bouleversée par l'arrivée d'une jeune femme agressée. Se noue une complicité et une entraide, troublée une fois de plus par d'étranges manifestations paranormales. Tout son cinéma est condensé là: la détresse des femmes, la violence de la société, l'amour comme seul rempart, loin des jugements et de la morale.

"C’est précisément l’esprit archaïque du cinéma des origines que convoque le réalisateur dans son propre appartement, où il a tourné avec un caméscope et une poussette (pour les travellings). Impression unique de voir un hybride entre le prosaïsme délicat et articulé d’Éric Rohmer (tendance Lumière) et les noires féeries de John Carpenter (tendance Méliès). Le dispositif paraît évidemment rudimentaire, voire bredouillant, mais cela en fait le charme gracile et discret" pouvait-on lire dans L'Humanité.

Sans doute filmait-il son propre fantôme, lui si mystique. Sans doute son cinéma a-t-il été mal compris à cause de ses agissements et de ses méthodes qui déforment les jugements. Car si on y regarde bien, il sublimait souvent ses actrices, et dénonçait tout aussi souvent la brutalité masculine. Homme d'une autre époque, cela n'excuse pas tout. Il vitupérait le féminisme castrateur d'hommes hétérosexuels et le climat de censure de l'époque. Mais il regrettait surtout de ne plus pouvoir tourner avec les vedettes qui l'intéressaient. Il s'inquiétait de ne plus pouvoir filmer. Il était déphasé.

Dans une de ces dernières interview, à Paris-Match, il expliquait: "Je suis trop émotif (...)  Je vous avoue que l’opinion que les gens de cinéma peuvent avoir de moi me laisse indifférent. Là où je suis triste, c’est pour mes anciens élèves. Avant, quand je les rencontrais dans la rue, ils étaient fiers. Maintenant, j’ai l’image colportée d’un “super-violeur”. Mais quand j’ai eu un procès, je ne me suis pas défendu. J’ai eu tort". Ajoutant: "J’ai vécu des réactions de vengeance… Alors que la jouissance de la femme m’a toujours intéressé au cinéma et que je ne fais que creuser les mêmes thèmes."

Jean-Claude Brisseau, inexcusable, restera entaché par cette affaire (alors que d'autres bien plus vénérés s'en sont sortir indemnes). Mais le cinéaste, lui, aura produit quelques beaux films qui sondaient le mystère des femmes, le plus inexplicable à ses yeux.

Anémone a pris le grand chemin (1950-2019)

Posté par vincy, le 30 avril 2019

La comédienne et scénariste Anémone, née Anne Bourguignon, est morte aujourd'hui à l'âge de 68 ans. L'inoubliable Thérèse du Père Noël est une ordure, avait reçu le César de la meilleure actrice pour Le Grand chemin.

Elle venait d'annoncer l'an dernier qu'elle quittait définitivement le métier après avoir joué La pièce Les Nœuds au mouchoir, où elle incarnait une mère qui perdait la boule.

Ecolo depuis 45 ans, grand gueule, altermondialiste en perpétuelle révolte, à l'écart du milieu, farouchement, Anémone était une personnalité singulière dans le cinéma français. Pas franchement prête à faire des compromis, plutôt têtue. Toujours emmerdée à l'idée de faire la promo. Elle en avait régulièrement ras-le-bol. Elle voulait même qu'on l'oublie, préférant buller sur son canapé à la campagne, "loin de la ville qui pue". Pour élever ses enfants, elle a supporté ce monde de fous et les navets qu'on lui proposait, ce qui faisait au moins plaisir à son banquier. Ne parlons pas de ses enfants, elle a confessé à la télévision qu'elle regrettait de les avoir mis au monde, soumise à une pression sociale. Au final, elle aurait sans doute eu une carrière différente, moins dictée par le fric, si elle avait suivi son instinct : ne pas se reproduire.

Anémone a toujours voulu être actrice. Elle préférait les hippies, la grande rigolade du Splendide, qu'elle a quitté fâchée à cause du fric (et de leurs opinions de droite). D'origine bourgeoise, éduquée chez les catholiques, elle prend les chemins de traverse dès sa vingtaine, choisissant en pseudonyme le titre de son premier film (en 1968), celui de Philippe Garrel. C'est le seul film où Anémone est créditée comme Anne Bourguignon.

Elle enchaîne les petits rôles chez Philippe de Broca, Gérard Pirès, Yves Robert. Coluche lui donne une dimension un peu plus importante dans Vous n'aurez pas l'Alsace et la lorraine. Avec son physique qui incite à la maladresse et sa voix proche du burlesque, elle manie avec génie des personnages stéréotypés pour en faire des caractères comiques. Le Splendid va changer son destin. En 1979, elle devient Thérèse, qui rit quand on la..., vieille fille pas vraiment douée pour la couture, et franchement nympho quand elle a vu enfin le loup. Le Père noël est une ordure l'immortalise pour des décennies avec ses multiples passage à la télévision.

On la croise ainsi beaucoup dans les comédies à la française de l'époque: Ma femme s'appelle revient, Pour cent briques t'as plus rien, Le quart d'heure américain, Le mariage du siècle, sorte de Valérie Lemercier dans Palais-Royal, souvent avec Lhermitte, Blanc et autres camarades en partenaires.

Mais ces pantalonnades la frustrent. En 1985, elle opère un tournant dramatique, à l'instar de Michel Blanc et Josiane Balasko. Elle incarne une étrange voisine dans un polar sulfureux, Péril en la demeure de Michel Deville. Deux ans plus tard, elle accepte le rôle d'une villageoise pas très heureuse depuis la mort de son enfant. C'est Le grand chemin de Jean-Loup Hubert. ce rôle dramatique lui vaut un plébiscite public (3,2 millions d'entrées, 4e film de l'année) et un César de la meilleure actrice. Elle a été nommée quatre autres fois.

Paradoxalement, la suite sera plus irrégulière, passant de Jugnot (Sans peur et sans reproche) à Garrel (Les baisers de secours), de Nicloux (Les enfants volants) à Goupil (Maman), de Deville (Aux petits bonheurs) à Marshall (Pas très catholique), de Trueba (Le rêve du singe fou) à Lelouch (La belle histoire). Les grands auteurs ne sont pas au meilleur de leur forme quand ils la choisissent. Elle-même s'égare chez Luis Rego ou Serge Kober dans des séries Z. Parfois, elle trouve quand même un grand rôle, comme celui de mère indigne dans Le petit prince a dit de Christine Pascal, Prix Louis-Delluc en 1992.

Anémone continue dans des films qui ne trouvent pas leur public ou de grandes fresques coûteuses (Marquise, Lautrec) où elle n'est que second-rôle. A partir des années 2000, elle se fait plus rare, figurante dans des comédies populaires (ou pas), comme Le petit Nicolas. Elle peut être cruelle ou attachante, paumée ou charmante. Elle étale quand même son talent avec autorité dans Jacky au royaume des filles, en générale d'une dictature féministe, de Riad Sattouf. On semble la redécouvrir. Alexandra Leclère, Julien Rappeneau (Rosalie Blum) et Anne Le Ny lui offrent ses derniers rôles.

Finalement depuis 2005, elle était plus présente à la télévision. mais, surtout, elle n'a jamais cessé de faire de la scène, s'amusant avec Musset, Feydeau, Molière pour Planchon, Obaldia, Colas...

Atypique, engagée, franche, Anémone était sans doute l'une des comédiennes les plus populaires de sa génération. Elle n'a sans doute pas eu les films qu'elle méritait, en partie à cause de son caractère sans doute, mais pas seulement. Mais les quelques beaux films qu'elle a tournés, comme les plus dérisoires, révélaient une femme libre, qui refusait assurément d'être prise pour ce qu'elle n'était pas.

Remember John Singleton (1968-2019)

Posté par vincy, le 29 avril 2019


John Daniel Singleton, né le 6 janvier 1968, est mort ce 29 avril à l'âge de 51 ans des suites d'un AVC. Il était tombé dans le coma il y a une dizaine de jours.

Il avait émergé dans la planète cinéma avec Boyz N the Hood en 1991, après des études de cinéma à USC, lauréat de trois bourses d'écritures. En filmant la jeunesse d'un ghetto de Los Angeles, avec Laurence Fishburne, Cuba Gooding Jr. et le rappeur Ice Cube, il devient le "Spike Lee" californien. Le film connaît un beau succès et Singleton est nommé comme meilleur réalisateur et meilleur scénariste aux Oscars. L'année suivante, il met en scène Eddie Murphy, alors star planétaire, dans un clip de Michael Jackson, "Remember the Time". Fan de musique, ses films ont toujours une bande originale très soignée.

Malheureusement, ce début en fanfare s'accompagne de deux mauvais films par la suite, Poetic Justice, avec Janet Jackson, Tupac Shakur et Regina King, et Higher Learning, parabole du vivre ensemble. Il poursuit son parcours avec un film historique de 2h20, Rosewood, histoire vraie d'un massacre d'Afro-américains en Floride dans les années 1920. Ving Rhames, Don Cheadle, John Voight sont au générique.

Mais c'est avec Shaft, reboote de la saga des années 1970, qu'il connaît à nouveau le succès (70M$). Le film d'action, avec Samuel L. Jackson et Christian Bale, trouve son public, même si aucune suite n'aura lieu. Trop irrégulier (le film suivant, Baby Boy fait un flop malgré un Léopard d'or à Locarno), le réalisateur s'évertue quand même, dans tous les genres, à dessiner le destin de héros noirs dans une Amérique dépeinte comme fracturée socialement, financièrement.

En 2003, il signe 2 Fast 2 Furious, de loin son plus gros carton (240M$ dans le monde), et son plus gros budget. Cela dilue un peu plus son savoir-faire dans des films de commande. Idem pour le suivant, Four Brothers (avec Mark Wahlberg en tête d'un casting comprenant Tyrese Gibson, Garrett Hedlund, Terrence Howard, Josh Charles, Chiwetel Ejiofor et Taraji P. Henson) Malgré sa violence, le film encaisse 74M$ aux USA. En reniant sa force - le portrait des afro-américains dans un monde dominé par les blancs -  il se fourvoie avec Identité secrète, thriller paranoïaque avec Taylor Lautner, Lily Collins, Alfred Molina, Maria Bello, Jason Isaacs et Sigourney Weaver.

Si au cinéma, le brillant Singleton n'a jamais trouvé de quoi faire sa place, ça n'a pas été le cas à la télévision pour laquelle il a créé, produit, scénarisé et en partie réalisé Snowfall. Il a également réalisé des épisodes d'Empire, American Cime Story et Billions.

Il a toujours critiqué les studios de ne pas laisser les réalisateurs noirs mettre en scène des blockbusters et de ne pas produire des films racontant l'histoire des noirs, mais il a aussi craint une forme d'homogénéisation et de banalisation dictées par le système. Autrefois cinéaste culte avec son regard si singulier sur sa communauté, tenant d'apporter une autre vision des choses, il est devenu un faiseur brillant, qui n'a jamais pu ou su trouver sa place, en cherchant à démontrer qu'un réalisateur noir pouvait être aussi bankable que les autres.

Jean-Pierre Marielle nous quitte (1932-2019)

Posté par vincy, le 24 avril 2019

Le comédien Jean-Pierre Marielle est décédé mercredi à l'âge de 87 ans, a annoncé dans la soirée sa famille à l'AFP. Il était l'un des mousquetaires de la bande du conservatoire qui comprenait Jean-Paul Belmondo, Jean Rochefort, Annie Girardot, son amie de toujours, Bruno Cremer, Claude Rich, Françoise Fabian, Pierre Vernier et Michel Beaune. Belmondo, Fabian et Vernier sont aujourd'hui les derniers survivants.

[Portrait] Jean-Pierre Marielle: Un homme heureux

Né le 12 avril 1932, Jean-Pierre Marielle venait de fêter ses 87 ans. On a en tête son regard plein de malice, sa voix grave et chaude, caverneuse, un sourire charmeur qui pouvait se muer en rire tonitruant, sa silhouette de grand dandy, entre virilité et vulnérabilité qui lui ont permis d'incarner des rôles très différents, de la farce au drame, des navets aux grands films. "Certains trouvent que j'ai une tête d'acteur. Moi pas. J'ai une tête de rien. Au fond, c'est peut-être le mieux pour être comédien, une tête de rien pour tout jouer" écrivait l'acteur dans son autobiographie. Il avait ses humeurs, il était taciturne, il jouait de son physique, à la fois grand et moyen, comme de son mystère, son secret comme de ses colères et de ses angoisses.

S'il a été évincé de la Nouvelle Vague, la maturité l'a aidé à trouver de grands rôles par la suite. Sept fois nommé aux Césars (et toujours snobé) entre 1976 et 2008, deux fois primé par le Syndicat de la critique, Molière du meilleur comédien, Prix Lumières d'honneur, Marielle était éminemment populaire, tout en étant respectable. Trop souvent résumé à une grande gueule du cinéma français, ce fils d'industriel et de couturière, a très tôt attrapé le virus des planches, dès le lycée.

Après le Conservatoire - 2e prix de comédie - et les petits théâtre, il opte pour le cabaret, avec un certain Guy Bedos. Au cinéma, les rôles sont décevants. Il faudra qu'il attende la trentaine, alors que Belmondo triomphe déjà dans les salles. Si au cinéma, c'est plutôt un drame qui le révèle (Climats, 1962, avec Marina Vlady), c'est bien dans la comédie qu'il va exceller.

Dans les années 1960, il enchaîne Faites sauter la banque ! de Jean Girault, Week-end à Zuydcoote de Henri Verneuil, Monnaie de singe d'Yves Robert, Tendre Voyou de Jean Becker, Toutes folles de lui de Norbert Carbonnaux, Les Femmes de Jean Aurel. Mais c'est Philippe de Broca qui va le mieux exploiter son excentricité. Après Un monsieur de compagnie en 1964, il incarne un dragueur un peu beauf et frimeur, play-boy proche du ridicule, dans Le Diable par la queue.

Les années 1970 seront plus passionnantes pour le comédien, passant de la noblesse au père de famille libidineux, d'un homme en quête de bonheur à un père protecteur, d'ogre à policier, en passant par un double rôle de proxénète et de militaire. Il devient une tête d'affiche et aligne les grands noms du cinéma français dans sa filmographie, même du côté des oubliables (de Audiard à Mocky).

Les Caprices de Marie de Philippe de Broca, Quatre mouches de velours gris de Dario Argento, Sans mobile apparent de Philippe Labro, Que la fête commence de Bertrand Tavernier, Dupont Lajoie d'Yves Boisset, Les Galettes de Pont-Aven de Joël Séria, film iconique de sa carrière... Il tourne trois fois chez Claude Berri (Le pistonné, Sex-shop, Un moment d'égarement). Et fait la rencontre de Bertrand Blier (Calmos, 1976).

En revoyant certaines scènes, la palette de ses rôles (et des métiers qu'il a incarné), on se rend compte qu'il était immense, capable de jouer le misérable comme l'aristocrate, le Français sympathique avec un béret ou celui plus rigide dans son uniforme. Il pouvait être dépressif ou humaniste, hypocrite ou déjanté, jouant pour jouer et donnant ses lettres de noblesses au jeu plutôt qu'au je.

Marielle a eu des flops, mais avec son double rôle dans Coup de torchon de Bertrand Tavernier, les succès de Signes extérieurs de richesse de Jacques Monnet et Hold-up de Alexandre Arcady, sa sensibilité dans Quelques jours avec moi de Claude Sautet, son charisme en nanti déprimé dans Tenue de soirée de Bertrand Blier, il survole les années 1980 sans trop de maux.

Il apprécie les films de groupes: ainsi, il retrouve en 1990 Claude Berri pour Uranus, s'amuse dans Les Grands Ducs de Patrice Leconte, s'intègre dans Une pour toutes de Claude Lelouch et se joue lui-même dans Les Acteurs de Bertrand Blier. Avec ce dernier, il touche au cœur dans Un, deux, trois, soleil. Il fait aussi un pas de côté avec Max et Jérémie de Claire Devers. Noiret, Rochefort sont toujours autour. Il croise aussi Depardieu, Auteuil, Cassel. Il passe de Parillaud à Paradis, de Bonnaire à Sagnier, d'une génération à l'autre.

Mais son grand film restera à jamais Tous les matins du monde d'Alain Corneau, où il interprète un compositeur mutique du XVIIe siècle, Monsieur de Sainte-Colombe, connu pour son austérité et sa sévérité. Le film attire plus de 2 millions de spectateurs en France et la BOF de Jordi Savall est un phénomène cette année là.

Depuis 4 ans, Jean-Pierre Marielle ne tourne plus. Les années 2000 n'auront pourtant pas été moins éclectiques. La Petite Lili de Claude Miller, Demain on déménage de Chantal Akerman, Les Âmes grises d'Yves Angelo, Da Vinci Code de Ron Howard (soit son plus gros succès au box office mondial), qui ouvre Cannes en 2006, Faut que ça danse ! de Noémie Lvovsky, Micmacs à tire-larigot de Jean-Pierre Jeunet et les voix d'Auguste Gusteau dans Ratatouille en VF et celle du vilain dans Phantom Boy en 2015, dernier générique où il est crédité.

On l'a aussi vu dans le deuxième épisode de Capitaine Marleau et surtout au théâtre, son lieu qu'il n'a jamais abandonné. Il y a joué Molière, Ionesco, Ustinov, Giraudoux, Feydeau, Pirandello, Pinter, Stoppard, Anouilh, Tchekhov, Claudel, Guitry et y a lu la correspondance de Groucho Marx des Marx Brothers. Amoureux de jazz et de poésie, il avait toujours une musique en tête, un air ou des mots.

Sacré carrière. Pourtant, dans son livre, Le grand n'importe quoi (2010), il disait "vouloir vivre entre deux mondes, et de préférence plutôt du côté de la rêverie, ce qui est assez contradictoire avec toute velléité de carrière, c'est-à-dire de travail. " Ce qu'il cherchait c'était la rencontre. Même s'il nuançait. "Je prends beaucoup de plaisir à la conversation et n'aime rien tant qu'on me foute la paix : je suis un misanthrope mondain, un solitaire bavard" écrivait-il. Comme Marielle aimait le dire, "La communication silencieuse est un idéal." Alors silence.

Muse d’Ingmar Bergman, Bibi Andersson s’éteint (1935-2019)

Posté par vincy, le 14 avril 2019

Bibi Andersson, de son véritable nom Berit Elisabeth Andersson, née à Stockholm le 11 novembre 1935, est morte aujourd'hui, 14 avril 2019. Formée comme Greta Garbo à l’Académie d’art dramatique de Stockholm, l'actrice suédoise fut l'une des muses de Ingmar Bergman, qui l'a engagée est engagée au théâtre de Malmö pour jouer du August Strindberg avant de l'enrôler au cinéma en 1955. Il lui offre alors un petit rôle dans Sourires d'une nuit d'été, puis en 1957 un rôle plus important, celui de la compagne de Jof, dans Le Septième Sceau. On la voit ensuite sous l'oeil du maître, infidèle ou guérisseuse, dans Les Fraises sauvages, Au seuil de la vie, Le visage, L'Œil du diable, Persona, Toutes ses femmes, Une passion Le lien, et Scènes de la vie conjugale, leur dernier film ensemble en 1973. Elle tourne Persona, où elle soigne Liv Ullmann, une actrice en crise qui a perdu la parole, juste après avoir tourné dans un western de Ralph Nelson, La Bataille de la vallée du diable. Eclectique.

Bibi Andersson a aussi tourné avec Alberto Sordi, John Huston (La Lettre du Kremlin), Sergio Gobbi, George Schaefer, André Cayatte, Robert Altman (Quintet, avec Paul Newman et Brigitte Fossey), Gabriel Axel (Le festin de Babette), Marco Bellocchio (Le rêve du papillon)... Sans oublier le film catastrophe avec Alain Delon, Airport 79.

La comédienne avait pris sa retraite il y a 9 ans. En 2009, un AVC l’avait laissée handicapée. Depuis elle ne prononçait plus un mot...

Elle a été Prix d'interprétation au festival de Cannes en 1958 pour Au seuil de la vie d'Ingmar Bergman, Prix d'interprétation au festival de Berlin en 1963 pour Alskarinnan (La Maîtresse) de Vilgot Sjöman et meilleure actrice aux National Society of Film Critics Awards en 1968 pour Persona de Bergman. Elle fut membre du jury de Cannes en 1972.

Late Blues pour Seymour Cassel (1935-2019)

Posté par vincy, le 9 avril 2019

De John Cassavetes à Wes Anderson, Seymour Cassel aura traversé 60 ans de cinéma. L'acteur, né dans la populaire Detroit en 1935, s'est éteint dans la glamour Los Angeles hier.

Fils d'une chanteuse et d'un propriétaire de boîte de nuit, Seymour Cassel est né une deuxième fois en rencontrant John Cassavetes à la fin des années 1950. Il rentre alors dans un clan, apparaissant dans le premier film du cinéaste, Shadows, tout en s'associant à la production. Dux ans plus tard, il est nommé à l'Oscar du meilleur second-rôle dans l'un des grands films de son ami, Faces. Ensemble, ils tournent Too Late Blues, Minnie and Moskowitz, The Killing of a Chinese Bookie, Opening Night, Love Streams.

Mais l'acteur est aussi régulièrement choisi par Don Siegel (The Killers, The Hanged Man, Coogan's Bluff), tout comme il apparaît chez quelques films mineurs de grands cinéastes tels The Last Tycoon d'Elia Kazan, Valentino de Ken Russell, Convoy de Sam Peckinpah. A la mort de Cassavetes, Seymour Cassel, qui n'aura jamais trouvé d'autres grands rôles et d'autres grands films, se perd dans de multiples films oubliables. De temps en temps, il brille dans un second-rôle (Tin Men de Barry Levinson, Colors de Dennis Hopper, Dick Tracy de Warren Beatty, Proposition indécente d'Adrian Lyne).

Il faut attendre 1998 pour qu'il renaisse. Grâce à Wes Anderson. D'un artisan à l'autre. Le cinéaste l'embauche pour son film Rushmore, qui pose toutes les fondations de son cinéma. Ils se retrouvent pour The Royal Tenenbaums et The Life Aquatic with Steve Zissou.

Si sa filmographie est très inégale, il avait ce talent de faire exister un rôle par son seul charisme. Soutien fervent du cinéma américain indépendant, donnant de sa personne pour des premiers films d'inconnus, passant faire une tête dans une comédie, un film de prison, un polar ou un western, pour toucher un cachet, Seymour Cassel a quand même trouvé son plus beau personnage dans In the Soup d'Alexandre Rockwell (1992), aux côtés de Steve Buscemi. Il y incarne un petit mafioso occasionnel, qui achète un scénario de 500 pages à un jeune metteur en scène dans la misère.