Roger Pierre (1923-2010) : Resnais et quelques autres…

Posté par vincy, le 24 janvier 2010

Le comédien populaire Roger Pierre, complice durant 28 ans de Jean-Marc Thibault sur scène comme sur le petit écran, est mort samedi 23 janvier, à l’âge de 86 ans.

Au cinéma il s’est fait plus rare, même s’il y a été présent de 1952 à 2009. On l’a souvent cantonné dans le registre comique. Il ajoué de nombreux petits rôles dans des films oubliés, ceux de Jean Boyer, Jean Bastia ou André Berthomieu notamment, ou des nanars de Francis Rigaud. Il a quand même donné la réplique à des géants comme Jean Richard (fréquemment), Michel Simon, Louis de Funès, Charles Aznavour ou Jeanne Moreau. Roger Pierre croisa aussi les itinéraires de Jean Poiret et Michel Serrault,  pour s’amuser devant la caméra. Il fut le Clown Bib dans Sans Famille, le snob dans La belle américaine

En 198, quatre ans après son “divorce” d’avec Thibault, il s’oriente furtivement vers un cinéma d’auteur. Alain Resnais lui offre l’un des trois rôles principaux de Mon oncle d’Amérique, aux côtés de Gérard Depardieu et Nicole Garcia. Il incarne un politicien et écrivain au croisement de sa vie. Le film avait reçu le Grand prix du jury à Cannes. Et dans Camera d’albergho, de Mario Monicelli, il joue avec Vittorio Gassman et Monica Vitti. Resnais lui offrira sn dernier rôle dans Les herbes folles, sorti l’an dernier.

Jean Simmons (1929-2010), si désirée…

Posté par vincy, le 23 janvier 2010

jean_simmons_gallery_17.jpgElle avait un physique qui nous rappelait Vivien Leigh, quelque chose d’Audrey Hepburn avant l’heure.  Une beauté de tragédienne. C’est d’ailleurs dans Hamlet, de Laurence Olivier, en 1948, en sublime Ophélie qu’elle fut révélée au grand public. Jean Simmons est décédée à presque 81 ans, près de Los Angeles, des suites d’un cancer du poumon.

Sans aucun court dramatique cette londonienne née en janvier 1929 a tout appris sur le tas. Elle commence à 15 ans avec Give us the Moon et enchaîne les petits rôles. Pour elle, c’est un métier, qui lui fait gagner de l’argent. Dans César et Cléopatre (avec Leigh, Stewart Granger et Claude Rains, elle est une harpiste). David Lean lui offre son premier personnage important, celui d’Estella, jeune, dans Les grandes espérances. Grâce à Lean, elle commence à prendre plaisir au jeu. Les rôles s’étoffent et le grand Laurence Olivier la transforme à jamais en Ophélie. Elle y reçoit sa première nomination à l’Oscar (du meilleur second rôle féminin) et un prix d’interprétation à Venise (où le film est aussi Lion d’or).

Ironiquement ce sera son prix le plus prestigieux, hormis un Golden Globe récompensant sa “carrière très variée” en 1958. En tournant un deuxième film avec Stewart Granger, elle se marie avec lui et s’exile à Hollywood. Beauté un peu diaphane, silhouette gracieuse, elle devient vite l’ange diabolique idéal, un peu pervers.  “J’ai toujours aimé avoir des rôles de méchante, ce qui n’est pas vraiment ma nature“, avouait-elle. Simmons devient tête d’affiche de thrillers et de polars. Après la Rank en Grande Bretagne, elle est liée à la 20th Century Fox aux Etats-Unis.

En 1952, Otto Preminger l’engage pour être Un si doux visage, avec Robert Mitchum. Le tournage fut “viril” avec des conflits permanents entre Preminger et Mitchum, et le producteur Howard Hugues qui refusait d’arbitrer les différents.Elle débute aussi sa carrière dans les péplums. On notera L’Egyptien, de Michael Curtiz, en 1954, avec Gene Tierney et Victor Mature, avec qui elle a souvent joué ; Spartacus de Stanley Kubrick en 1960, où elle retrouve Laurence Oliver, mais aussi Tony Curtis et Kirk Douglas. Comme Ingrid Bergman, Jeanne Moreau et Elsa Martinelli, elle avait refusé le personnage de Varinia, qui échoua à Sabine Bethman avant que Kubrick ne la vire et le repropose à Simmons. Mais le péplum le plus marquant c’est La tunique en 1953. Enorme succès populaire (le film aurait rapporté 485 millions de $ s’il était sorti en 2010), il a aussi fait les unes de la presse people quand  Stewart Granger menaça avec une arme l’acteur principal du film, Richard Burton, qui a eu une liaison avec Simmons. Ils divorceront en 1960, après dix ans de mariage.

Jean Simmons  continue les productions à costume comme La Reine Vierge où elle incarne la Reine Elisabeth I, mais elle varie les styles aussi. Aux côtés de Spencer Tracy elle joue The Actress, comédie de George Cukor, où un certain Anthony Perkins débute ; face à Marlon Brando en Napoléon Bonaparte, elle est Désirée. Elle le retrouve, en adepte de l’armée du salut, dans Blanches colombes et vilains messieurs (Guys and Dolls) du grand Joseph L. Mankiewicz, avec Franck Sinatra. Elle tourne quelques films de Robert Wise, mélo ou comédie. Un western de William Wyler, avec Gregory Peck. Ce sont souvent de jolis succès en salles. Simmons est populaire, sans être une star de premier plan.

En 1960 elle croise le chemin de Richard Brooks, son époux de 1960 à 1977. Il la dirige dans Elmer Gantry, le charlatan, avec Burt Lancaster. Stanley Donen la fait jouer avec Cary Grant (et Deborah Kerr et Robert Mitchum, fidèles partenaires de l’actrice) dans Ailleurs l’herbe est plus verte. Et à partir de 1961, sa carrière décline, après 10 ans de starisation. Elle tourne moins et commence à se tourner vers le petit écran. Son mari lui offre un rôle en 1969, dans The Happy Ending. Un drame qui lui vaut sa deuxième nomination à l’Oscar (de la meilleure actrice).

Sur le grand écran, elle ne fera plus rien de vraiment marquant. Sa carrière se prolonge à la télévision, dans des téléfilms et des feuileltons prestigieux, ou en guest star (dans Star Trek!). Elle ne s’est jamais arrêtée, faisant des voix de dessin animé. Elle sera ainsi aux Etats-Unis, la grand mère Sophie du château ambulant de Miyazaki. Son dernier film, après 14 ans d’absence au cinéma, Shadows in the Sun (site officiel), est sorti en juin dernier.

Elle a eu deux enfants. Tracy Granger et Kate Brooks, un de chacun de ses mariages. les prénoms rendent honneur au couple mythique du 7e art, et amis de Simmons, Spencer Tracy et Katharine Heburn.

Eric Rohmer ou l’écume des amours (1920-2010)

Posté par christophe, le 11 janvier 2010

Eric RohmerC’est comme critique qu’il a fait ses premières armes. Son érudition et son acuité de jugement font référence. Cinéaste du théâtre des sentiments et de la morale, Eric Rohmer emprunte aux textes de Marivaux et de Musset leur causticité souvent cruelle qu’il mêle à un questionnement métaphysique. Ses Contes moraux et ses Comédies et proverbes épinglent les contradictions de ses héros et surtout de ses héroïnes post-adolescentes dans leur quête un peu narcissique de l’idéal amoureux. Oscillant entre un système parfois trop distant avec ses personnages et un sens aigu des tendances du comportement et des sentiments. Rohmer nous a livré régulièrement d’essentielles chroniques sur le libertinage d’aujourd’hui et l’éternelle difficulté d’aimer.

Réservé, secret, Jean-Marie Maurice Scherer a été professeur de lettres avant de se consacrer au cinéma. A partir de 1948, il écrit dans diverses revues dont Les Cahiers du Cinéma où il se lie avec les Jeunes-Turcs de la critique, les Truffaut, Godard et autres Chabrol. L’un d’eux, le romancier et bientôt scénariste Paul Gégauff le décrit avec humour: “Rohmer, c’est un honnête, un intègre, très prof“. Rohmer a fait son apprentissage par des courts métrages amateur, en 16 mm muet, avant même d’écrire pour les Cahiers du cinéma. Certains de ces premiers essais n’ont apparemment jamais été répertoriés, et Journal d’un scélérat (1950), Bérénice (d’après Poe, 1954) et La Sonate à Kreutzer (d’après Tolstoï, 1956), sonorisés sur magnétophone, sont depuis longtemps invisibles.

En outre, il rate le départ de la “Nouvelle Vague”: Le Signe du lion, avec Jess Hahn et Stéphane Audran, tourné en 1959 mais sorti en 1962, demeure confidentiel. Eric Rohmer doit attendre 1967 et le succès, public et critique, de La Collectionneuse pour connaître la notoriété de ses cadets. Devenu célèbre, il reste toujours aussi discret. A l’évidence, l’homme entend s’effacer derrière le cinéaste et laisser son oeuvre s’exprimer pour lui: “Au fond, je ne dis pas, je montre, je montre des gens qui agissent et qui parlent. C’est tout ce que je sais faire, mais là est mon vrai propos“.

Contes moraux
Présenté au festival de Cannes en 1969, Ma nuit chez Maud, dont le premier titre était La Fille à bicyclette, est le quatrième des contes moraux réalisés par Eric Rohmer, et le troisième selon la numérotation que le cinéaste leur attribue. Jean-Louis Trintignant y est un ingénieur, catholique pratiquant, à la morale parfois ambiguë, nouvellement installé à Clermont-Ferrand. Un ami lui présente Maud, une jeune divorcée qui revendique sa liberté et qu’incarne Françoise Fabian. Au cours d’une discussion qui oppose évidemment leurs principes respectifs, Maud en arrive à accuser son interlocuteur d’être “un chrétien honteux, doublé d’un don Juan honteux“. Cela n’entame absolument pas la fermeté ni la résolution du narrateur : il ne cède pas au charme de Maud et se décide même à aborder Françoise (Marie-Christine Barrault), la jeune fille qu’il s’est promis d’épouser.

Tandis que le narrateur est à la recherche d’une femme, il en rencontre une autre qui accapare son attention jusqu’au moment où il retrouve la première“. C’est ainsi que Rohmer résume le sujet de ses Contes moraux. Dans L’Amour l’après midi (1972), le narrateur, Frédéric/Bernard Verley, est plus que jamais amoureux de sa femme Hélène/Françoise Verley. Dans un contexte social et religieux où la monogamie est la règle, Frédéric se prétend comblé: “En étreignant Hélène, j’étreins toutes les femmes; je rêve que je les possède toutes“. Et pourtant lorsqu’il retrouve Chloé, l’amie d’autrefois, il se prend à envisager “vivre deux vies en même temps” avec l’épouse et avec la maîtresse. “Je rêve d’une vie qui ne soit faite que de premières amours et d’amours durables; c’est dire que je veux l’impossible“. Aussi Frédéric revient-il vers Hélène, au nom de principes moraux qui condamnent la polygamie. Et ainsi ont fait, avant lui, les personnages des Contes moraux. Heureux, sages ou résignés ?

Comédies et proverbes
On continuera à parler beaucoup dans ces Comédies. On essaiera moins d’établir une attitude morale que des règles pratiques. On n’y débattra plus guère des fins, mais des moyens…” (E. Rohmer) De La Femme de l’aviateur (1981) à L’Amie de mon amie (1987), le cinéaste observe, avec l’apparent détachement du scientifique, les errances d’une jeunesse à la recherche de repères moraux sur une carte du Tendre dont la société a perdu la boussole. “Il ne faut pas chercher à connaître une époque par ce qu’on en dit. A mon avis, on la connaît d’autant plus si l’on s’attache au particulier et non au général. En prenant des gens qui vivent maintenant, ils sont forcément situés dans le présent, mais également dans l’éternité, dans l’immuable, parce qu’il y a des soucis qui ont toujours existé” (E. Rohmer)

Le rayon de la lune
De ces soucis, La Marquise d’O (1976) et Perceval le Gallois (1979) avaient dit la permanence, d’hier à aujourd’hui, au coeur du Moyen Age comme au début du XIXe siècle. Le prétexte en est “tout simplement cette chose totalement imprévisible qu’est l’amour” et dont “le feu doit prendre tout de suite, comme par surprise” (Marion/Arielle Dombasle, Pauline à la plage, 1983), ou se révéler “profond et durable parce que comme la vie [il] est dans le temps” (Pierre/Pascal Greggory, ibid) ; l’amour dans lequel entre “une part de volonté” (Sabine/Béatrice Romand, Le Beau mariage, 1982) alors que pour Louise et Rémi (Pascale Ogier et Tchéky Karyo), à l’inverse, il apparaît et disparaît Les Nuits de la pleine lune, (1984), comme si l’astre de la nuit était le seul maître du destin des hommes.

L’amour dont l’absence condamnerait Delphine (Marie Rivière) à la solitude si n’apparaissait à l’horizon de l’infini Le Rayon vert (1986), dont la fulgurante lumière impose le silence aux morales, aux certitudes, aux proverbes, à tous ces dérisoires remparts de mots qu’érige l’être humain pour se protéger de l’inconnu. Un silence semblable à celui de L’heure bleue qu’attendent la fille des champs et celle des villes (Joëlle Miquel et Jessica Forde, Quatre aventures de Reinette et Mirabelle, 1987), entre la nuit et l’aube, lorsque, dans la paix de la nature, tout paraît possible, même le bonheur.
C’est dans ces instants de plénitude et de beauté qu’Eric Rohmer s’est enfin révélé…

The Dead Girl : Brittany Murphy (1977-2009)

Posté par vincy, le 20 décembre 2009

brittanymurphy.jpg Destin tragique pour l’une des actrices les plus prometteuses d’Hollywood. Brittany Murphy, née en 1977, a succombé à un arrêt cardiaque, à l’âge de 32 ans, ce dimanche 20 décembre.

Son plus gros succès reste le dessin animé Happy Feet (qui, ironiquement, passait ce soir sur France 2), où elle faisait la voix de Gloria. Mais Brittany Murphy, avec une sensibilité à fleur de peau, capable de se perdre dans des comédies superficielles et de nous fasciner avec des personnages névrosés, fébriles. Le public l’a surtout vu dans 8 mile, le film biographique d’Eminem, Sin City, et le thriller Don’t say a word. Perturbée, dysfonctionnelle, tourmentée, elle fait mouche à chaque fois.

Elle a débuté à neuf ans, comme chanteuse. Elle sera d’ailleurs la voix fu groupe Blessed Soul. Fan de Björk, Beck et Cole Porter, sa voix fut sans doute son don le mieux reconnu. elle gagna même quelque sprix pour ses prestatations de doubleuse (notamment pour la série TV King of the hill). Elle sera aussi l’une des multiples interprètes des “Monologues du Vagin”, racontant l’histoire de femmes bosniaques violées dans les camps.

Sexy aussi. Ex d’Ashton Kutcher, elle était régulièrement classée parmi les filles au sex-appeal le plus fort aux USA. A son décès elle était mariée au réalisateur-scénariste-producteur Simon Monjack. La première fois que Brittany Murphy crève l’écran c’est dans la comédie Clueless. Dans le mêmegenre, elle sera l’un des Belles à mourir, aux côtés de Kirsten Dunst et Amy Adams. Mais c’est dans Une vie volée (Girl Interrupted), qu’avec Angelina Jolie et Winona Ryder, elle imprime sa marque : la fille dérangée.

Rencontres à New York (d’Edward Burns), Ecarts de conduite, Pour le meilleur et pour le rire, Uptown Girls seront autant de films ralentissant à chaque fois son élan. En 2006, elle se recentre sur la chanson (Faster Kill Pussycat), trouve son mari. Mais interrompt sa carrière cinématographique. Sans doute fatiguée par ses échecs. le plus douloureux restera le biopic sur Janis Joplin. Elle avait battue de nombreuses actrices prestigieuses pour obtenir ce rôle convoité. mais le financement du film ne fut jamais bouclé. Après The Dead Girl, de Karen Moncrieff, avec Toni Colette et James Franco, Grand prix du jury à Deauville, elle s’arrête deux ans.Et lorsqu’elle se remet à tourner, ses films restent en rade dans les marchés du film et sortent directement en DVD, comme le mal nommé Deadline.

 Across the Hall est sorti aux USA il y a deux mois. Il reste en boîte trois films, principalement des thrillers, et notamment The Expendables, de et avec Sylvester Stallone, mais aussi Jet Li et Jason Staham.

 

La mort brutale de Brittany Murphy sera d’autant plus visible qu’elle sera, du coup, absente de Sin City 2.

 


Dan O’Bannon s’en est allé…

Posté par geoffroy, le 19 décembre 2009

Scénariste de renom spécialisé dans le fantastique, Dan O’Bannon vient de s’éteindre chez lui, à Los Angeles, à seulement 63 ans. Tous les amateurs d’horreur et de science-fiction le connaissent. Pote de fac avec un certain John Carpenter, il débute au cinéma en 1974 sur le désormais légendaire Dark Star du maître de The Thing en tant que superviseur des effets spéciaux et co-auteur du film.

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Dan O’Bannon et l’artiste suisse H.R. Giger lors de leur collaboration sur Alien

Personnage aux multiples talents, Dan O’Bannon officiera pendant 30 ans dans le monde du cinéma comme scénariste, chef déco, superviseur des effets spéciaux, monteur et même réalisateur.Il prit la caméra à deux reprises. En 1985 sur une parodie des films de Romero avec Le Retour des Morts Vivants et en 1992 dans une adaptation de H.P. Lovercraft, The Resurrected.

Il obtient le respect de tous et surtout de ses pairs autour de cinq films cultes, films qui portent indiscutablement sa patte, sa vision, son amour pour le septième art:

- Star Wars pour lequel il travaille sur les effets spéciaux (1977)

- Alien en tant que scénariste et consultant sur le design de la “bête” (1979)

- Métal Hurlant en tant que scénariste (1981)

- Total Recall en tant que scénariste pour l’adaptation au cinéma (1990)

- Planète Hurlante en tant que scénariste pour l’adaptation au cinéma (1995)

Pour beaucoup, un grand de la SF vient de disparaître, emportant avec lui une façon de penser ce cinéma de genre si souvent mal aimé.

Triste disparition chez Disney

Posté par geoffroy, le 17 décembre 2009

Roy Disney, neveu de Walt Disney, est décédé mercredi 16 décembre des suites d’un cancer. Il avait 79 ans.

Personnage emblématique de l’Empire Disney depuis la disparition de son oncle Walt, Roy débuta sa carrière dans la firme aux grandes oreilles en 1954 et fut élu au directoire de la Walt Disney Compagny en 1967. En désaccord profond sur l’orientation de la firme vers la fin des années 70, Roy pesa de tout son poids pour faire évincer en 1984 le président directeur général de l’époque, Ronald William Miller.

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Elu vice-président du directoire et nommé responsable du département animation la même année, Roy Disney revitalise un département en perte de vitesse sur le plan artistique et public. Pour lui, il s’agit de laisser plus de liberté artistique aux créatifs de la maison tout en respectant la tradition des grands classiques de la firme.

Cette double exigence redore sans aucun doute le blason du studio et lui offre, au cours des années 90, une nouvelle jeunesse. La Petite Sirène (1989), La Belle et la Bête (1991), Aladdin (1992), Le Roi Lion (1994), Le Bossu de Notre-Dame (1996) ou encore Tarzan (1999), sont les nouveaux porte étendards de l’animation mondiale.

Au même moment, il finalise un projet en gestation depuis neuf ans: Fantasia 2000, “suite” du chef d’oeuvre éponyme sortit en 1940. Sans égaler l’original, Fantasia 2000 résume à lui seul la vision d’un homme attaché à la qualité des projets à mener, faisant de l’animation un genre cinématographique à part entière.

Une mésentente persistante avec le PDG de l’époque, Michael Eisner, sur la volonté (entre autre) de ce dernier à fermer le département d’animation 2D au profit d’une exclusive 3D (chose qu’il fit malheureusement en 2003), poussa Roy Disney à démissionner. Or, il ne s’avoua pas vaincu pour autant. En 2004, au cours du congrès annuel des actionnaires de Disney, 43% d’entre eux s’opposèrent à la réélection d’Eisner. Un nouveau PDG fut nommé et Roy Disney prouva son influence au sein de la firme. Après l’acquisition de Pixar, par Disney en 2006, Roy fit en sorte que John Lasseter, directeur de création chez Pixar, devienne le nouveau directeur de création du département animation de Disney.

Conscient du potentiel créatif d’une animation classique et favorable à une séparation des compétences entre les deux studios, John Lasseter annonça que Pixar produirait un film en images de synthèse par an tandis que Disney reprendrait le flambeau de ses aînés en relançant l’animation classique. C’est chose faite avec La Princesse et la Grenouille, film en 2D sortit au USA le week-end du 25 novembre 2009 et attendu chez nous le 27 janvier 2010.

Avec La Princesse et la Grenouille, Razpunzel et La Sorcière des Glaces (films actuellement en préparation), John Lasseter et toute l’équipe créative de Disney continuent l’oeuvre de Roy Disney pour qui la firme Walt Disney fut toute sa vie.

Gilles Carle ou le Fellini Western

Posté par benoit, le 12 décembre 2009

Gilles Carle et Carole LaureLe cinéaste Gilles Carle s’est éteint le 28 novembre 2009 à l’âge de 80 ans. Handicapé par la maladie de Parkinson, il ne parlait plus depuis cinq ans. En hommage au réalisateur québécois, des funérailles nationales ont été célébrées à la basilique Notre-Dame de Montréal le 5 décembre.

Cher Gilles Carle qui êtes maintenant aux cieux, que votre œuvre foutraque parce que terrestre soit glorifiée à sa juste valeur !

J’émets des vœux pour que le ciné-paradis où vous flottez en Maître soit un foutoir de jugement dernier où les débiles côtoient les putes, les saintes masturbent les vieillards, les anges servent la soupe aux proxénètes et les plus belles femmes du monde avancent toute nue sur les nuages avec des cornes d’orignal sur la tête.

Federico Fellini certifiait que l’Antiquité hante à jamais l’Italie, qu’il suffit de gratter le maigre vernis de sa civilisation pour découvrir un univers archaïque, barbare et païen. Vous, cher Gilles Carle, déclariez que le Québec a toujours de la boue dans le cerveau et des épines de sapin collées à l’âme. C’est pourquoi votre filmographie cède à toutes les démangeaisons, ne cesse de bondir dans tous les sens, épouse toutes les allées et venues des évolutions et révolutions. Comme La Vraie Nature de Bernadette où Micheline Lanctôt, petite-bourgeoise, quitte la ville pour la campagne. Lave son linge sale dans la rivière, s’adonne au régime végétarien et à l’amour libre. Comme dans La Mort d’un bûcheron où déboule Carole Laure, une rurale dans la jungle montréalaise qui pervertit au passage Maria Chapdelaine, le mythe de Louis Hémon, sous fond de déforestation.

Les mâles, les femelles, les Rouges, les Blancs, les ouvriers, les patrons, les nantis, les paumés, vous avez plongé toutes les figures inoubliables de votre monde dans une même mare de sperme, de sang, de rires, de larmes et de sueur. À l’image du pays dont vous êtes le plus grand cinéaste à ce jour. Ce Québec écartelé entre américanisme et franchouillardise qui n’en finit pas de courir après son identité, et n’arrive jamais à se poser. Comme votre œuvre, cher Gilles Carle, un western à la Fellini, capoté, désenchanté, bordélique, libre et magique !

Destin impitoyable pour Jocelyn Quivrin (1979-2009)

Posté par MpM, le 16 novembre 2009

Jocelyn QuivrinJocelyn Quivrin est mort dans un accident de la route dans la nuit du 15 au 16 novembre. Cet acteur éclectique qui fréquentait les plateaux de cinéma depuis l’âge de treize ans (il est Philippe, le Duc d’Anjou, dans Louis, enfant roi de Roger Planchon) semblait avoir pris le temps de gravir un à un les échelons de la notoriété.

Tout d’abord à la télévision, dans les séries à succès Navarro ou Julie Lescaut, puis au théâtre à Avignon (Do you love me de Redjep Mitrovista en 1998) et chez Oscar Wilde (L’éventail de Lady Wintermere mis en scène par François-Louis Tilly en 2003) et au cinéma pour Cédric Klapisch (Peut-être) ou Alexandre Jardin (Le prof). Il est souvent “le jeune mec, le cousin qui figure dans le plan, le lycéen de service“.

Jusqu’à la révélation dans Rastignac ou les ambitieux d’Alain Tasma, un téléfilm diffusé par France 2 en 2001. A 22 ans, il crève l’écran en flamboyant héros de Balzac et reçoit le prix d’interprétation masculine au Festival de Luchon.Il faudra malgré tout attendre 2005 et l’Empire des loups de Chris Nahon pour que les choses s’accélèrent un peu pour lui. Il tourne beaucoup, sans s’attacher à un registre précis : à Hollywood (Syriana de Stephen Gaghan), en costumes (Jacquou le croquant, Jean de la Fontaine, Le défi), chez Eric Rohmer (Les amours d’Astrée et de Céladon), dans des comédies (99 francs qui lui vaut une nomination aux César, Cash, à nouveau aux côtés de Jean Dujardin), avec sa compagne Alice Taglioni (Notre univers impitoyable)… Une frénésie et une curiosité récompensées en 2008 par le prestigieux Prix Patrick-Dewaere (anciennement prix Jean Gabin).

Dernièrement, on l’avait bien aimé face à un Bénabar rongé par la culpabilité (Incognito) et à l’affiche du grand succès populaire LOL de Lisa Azuelos, tout en regrettant que personne ne lui confie un vrai premier rôle à sa  mesure. Peut-être pourra-t-on se consoler avec La famille Wolberg en décembre. Il incarne à nouveau un personnage secondaire, mais il y est intense et saisissant. Plus tard, on le verra à l’affiche de L’île aux parents de Léa Fazer et Fashion week de Claude Zidi jr.

La vida loca, ultime film-vérité de Christian Poveda

Posté par vincy, le 30 septembre 2009

affiche la vida locaLa vida loca était le premier documentaire de Christian Poveda, 54 ans, à avoir les honneurs d’une sortie en salles. Assassiné de quatre balles dans la tête le 2 septembre au Salvador, il tournait un autre film sur une banlieue contrôlée par les gangs. Cinq suspects ont été arrêtés depuis. Le meurtre aurait été commandité par un membre du gang filmé, selon la police du Salvador. Poveda vivait dans ce pays depuis quelques années.

La vida loca immerge le spectateur dans les gangs (les “maras”) de la Campanera à San Salvador (Amérique centrale). Reconnaissables à leurs tatouages qui parfois leur couvrent intégralement le corps, les membres occupent leur quotidien désespéré avec des meurtres et des guerres contre des bandes adverses. Il a proposé à deux gangs de les films mais il fallait qu’ils acceptent sa présence durant une année entière. A cause de cette close, la MS (Mara Salvatrucha) a refusé et le cinéaste a choisi de suivre la 18.

Il s’est intéressé particulièrement à une douzaine de jeunes, filles (enceintes) ou garçons. Le film les suit au tribunal, en prison, en famille, à l’hôpital, aux funérailles (régulières). La “règle du gang dit “tout pour le gang”“, lance l’un d’entre eux lors d’un enterrement. Ils ont rarement plus de vingt ans. Familles démembrées, éducation minimale, pauvreté endémique, la bande leur amène une “famille”, des “liens humains”. Celarappelle les histoires d’enfants soldats en Afrique qui trouvent dans le groupe une sorte de foyer.

C’est la haine de ceux qui n’ont jamais rien eu

Le réalisateur avait affirmé que son film était un “documentaire sur la solitude humaine absolue“. “C’est la haine de ceux qui n’ont jamais rien eu“, disait-il. Et quand ils ont, ils gâchent tout. Les petits enfants issus de leurs accouplements sont vite orphelins ou abandonnés par leurs parents.

La vida loca est un film qui aspire au dialogue. Ramener à l’école certains, faire les médiateurs entre les gangs, réduire le crime. Il y aurait 15 000 membres répartis dans les eux gangs, dont la moitié en prison. On compte une petite dizaine de décès par jour. Un crime sur huit est explicitement lié à un des deux gangs. Et ça ne risque pas de s’arranger. Le documentariste qualifiait le Salvador de “pays ultramachiste où la violence se reproduit de mère en fils depuis la naissance“. Cela faisait presque 30 ans qu’il arpentait ce pays comme photoreporter. Il ne bénéficiait d’aucune protection spécifique pour tourner son film, juste d’une autorisation policière…christian poveda

On lui doit des documentaires comme On ne tue pas le temps, Voyage au bout de la droite et Les bannis.

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A Paris, le film est projeté au Miramar et aux MK2 Beaubourg et Hautefeuille. Ailleurs le film est distribué à Angouleme, Bayonne, Biarritz, Blagnac, Bourges, Brignais, Brive-la Gaillarde, Bruay-la-Buissière, Buxerolles, Cherbourg, Colmar, Epinay-sur-Seine, Evry, Freyming Merlebach, La Mézière, La Rochelle, Lanester, Lattes, Mantes-la-Jolie, Marseille, Narbonne, Niort, Pau, Rivesaltes, Saint-Saturnin, Torcy, Tours, Villenave-d’Ornon et Villeneuve Les Beziers

Voir aussi : article dans Courrier International : la mort au bout de l’objectif et le site officiel du film

Sécession avec la vie pour Pierre Falardeau (1946-2009)

Posté par vincy, le 26 septembre 2009

pierre falardeauC’est à la fois un grand cinéaste et un militant indépendantiste que le Québec perd en ce début d’automne. Pierre Falardeau a succombé à son cancer à l’âge de 62 ans. Il se présent ainsi sur son blog : “Je suis un homme d’un autre siècle. Je chauffe au bois. Je n’ai pas d’ordinateur. J’écris à la main, avec un crayon à mine ou une plume. En art, je crois à la simplicité. Je chasse à l’arc. Je me bats pour la liberté, la liberté sous toutes ses formes, la mienne, celle de mon peuple, celles de tous les peuples. Bref, je suis un primitif égaré.”

Provocateur dans l’âme, grande gueule adorée des médias, sa passion pour le cinéma et son engagement politique en faveur de l’indépendance de la Belle Province l’ont conduit à réaliser des films historiques bruts et pleins de poigne.

Pourtant, il s’était fait connaître avec la comédie déjantée Elvis Gratton en 1981. Le personnage devînt si populaire, sorte d’Elvis fédéraliste beauf, mis à la sauce québécoise, peu flatteuse, qu’il le déclina en six films, courts et longs, jusqu’en 2004. Il y eut même un livre autour de ce “héros” culte.

Mais en tant que cinéaste, il fut surtout reconnu à sa juste valeur avec des longs métrages comme Octobre en 1994 et 15 février 1839 en 2001. Ce dernier film lui offrira une reconnaissance critique qui lui manqua terriblement au point, sans doute, de nourrir une rancoeur à l’égard du système. Il se consolait dans l’écriture de nombreux livres sur le sujet de l’indépendance du Québec, notamment son dernier ouvrage, un recueil, Il n’y a rien de plus précieux que la liberté et l’indépendance (en 2009). Il était aussi devenu chroniqueur journalistique.

Ce “patriote” omniprésent dans les médias, habitué aux slogans chocs et pas forcément corrects avait aussi subit d’importantes déconvenues. Il était parfois incapable de onter les budgets nécessaires pour des projets très ambitieux, souvent à cause de motifs politiques inavoués, dans un contexte où l’argent public est indispensable pour financer un film. Des ennuis, il en a eu. Des polémiques, il y en a eu aussi. On le décrivait comme total, entier, mais aussi libre. “La liberté n’est pas une marque de yogourt“. Titre d’un de ses livres, le meilleur sans doute.

Il faut dire que le personnage était controversé, flirtant avec une idéologie radicale et faisant parfois la promotion de groupes extrêmes, comme le Hezbollah. Cependant, son goût pour le sensationnalisme, qui faisait la joie des médias, était aussi enrichit par une réflexion politique et historique indéniable. On retrouve son style dans le documentaire quasiment pamphlétaire, Le temps des bouffons en 1993.

Qu’on l’aime ou pas, il fut une grande figure d’un Québec qui a cru en son Indépendance durant 40 ans. C’est une perte culturelle et politique pour le Canada. Un homme flamboyant comme on en fait de moin en moins : au delà des postures, il y avait du fond, de la conviction, des revendications, des impatiences, mais bien une sincérité, un romantisme, hélas révolu.

Comme disait un de mes vieux maîtres, Gilles Groulx, le grand cinéaste : « Si vous n’aimez pas ce que vous êtes en train de regarder, allez voir ailleurs ».”

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