Michael Lonsdale, un homme et ses dieux (1931-2020)

Posté par vincy, le 21 septembre 2020

Michael Lonsdale, né le 24 mai 1931, s'est éteint le 21 septembre 2020, à l'âge de 89 ans. Le comédien, auteur et lecteur laisse une riche filmographie de cinéma, aussi éclectique qu'insondable. Ce fervent catholique avait deux religions: sa foi et son jeu. Sur sa foi, il aura écrit une vingtaine de livres, en plus d'un engagement constant, médiatique comme professionnel. Il a reçu les derniers sacrements, à défaut d'avoir été sacré par sa profession (un modeste César du meilleur second-rôle, un prix Lumière).

A l'affiche au théâtre de 1955 à 2017, s'amusant avec un répertoire divers, et souvent moderne, de ses amis Pérec et Duras à Beckett, Handke, Puig et Albee, Lonsdale aimait transmettre les mots avec sa voix lente et son physique de bourgeois, sa diction parfaite et son allure d'anglais provincial.

Un héros très discret

Cette voix n'était pas son seul atout. Il avait aussi les douleurs enfouies qu'il savait rendre palpables. Une enfance ballotée, un accident de voiture qui aurait pu être dramatique, un amour inconsolable (pour Delphine Seyrig). Tel un homme d'église, il fut un célibataire endurci, dédiant sa vie à son métier et à ses croyances, deux passions pour remplir cette solitude existentielle.

Michael Lonsdale pouvait ainsi tout jouer: le vilain et le sage, le candide et le cynique, le pervers et le calme, l'inquiétant et l'intriguant. Il lui suffisait de varier légèrement la tonalité de son regard, les modulations de sa voix, cassante ou douce. Son corps en apparence immobile faisait le reste. Le mouvement était avant tout facial, oral, mais certainement pas charnel ou corporel. Une économie de moyens qui lui permettait subtilement d'être lui tout en étant un autre, d'être crédible en toutes circonstances.

Sur le grand écran, il a aligné les grands noms, les gros succès, les navets, les audaces et les jeunes talents. Logiquement, il fut de nombreuses fois, père, curé, prêtre, pasteur... mais évidemment, il fut aussi commissaire, détective, inspecteur, avocat, ministre, professeur, magistrat, juge, banquier, médecin... Un notable discret, un homme de manigances ou un révélateur de secrets.

Fidèle à Mocky et Duras

Depuis ses débuts en 1956, il aura traîné sa silhouette dans un cinéma sans frontières et sans étiquettes, curieux de tout, peu soucieux d'une carrière cohérente, tout en restant ambitieux dans certains choix. Michael Lonsdale apparaît d'abord chez Michel Deville et Gérard Oury, chez l'ami Jean-Pierre Mocky aussi, chez Darry Cowl comme chez Marin Karmitz. Son premier grand film, il le doit quand même à Orson Welles, en prêtre dans Le procès en 1962.

Cinq ans plus tard, c'est surtout François Truffaut qui lui offre son premier beau rôle, dans La Mariée était en noir, avant de le réengager dans Baisers volés. Il brouille les pistes en acceptant d'être un savant dans Hibernatus face à Louis de Funès, puis en s'invitant chez Jean-Luc Godard dans British Sounds et Jacques Rivette dans Out 1. Michael Lonsdale est insaisissable, et marquera l'inconscient des cinéphiles à travers une myriade de personnages dans des récits "trans-genres".

James Bond, Belmondo et Delon

Il est aussi devenu incontournable dans les années 1970: entre deux Mocky, il tourne Le Souffle au cœur de Louis Malle, India Song de Marguerite Duras, Papa les p'tits bateaux de Nelly Kaplan, Il était une fois un flic de Georges Lautner, Glissements progressifs du plaisir d’Alain Robbe-Grillet, Stavisky d’Alain Resnais, Le Fantôme de la liberté de Luis Buñuel, Section spéciale de Costa-Gavras... A l'international, fort de sa double culture franco-britannique, il se fait connaître avec le thriller The Day of the Jackal de Fred Zinnemann, des films de Joseph Losey (Une Anglaise romantique, Monsieur Klein), et surtout en méchant Hugo Drax dans Moonraker de Lewis Gilbert, un des James Bond les plus populaires de la franchise.

Cela ne l'empêche pas de rester fidèle à Duras, de fricoter avec Peter Handke ou de s'aventure dans Une sale histoire chez Jean Eustache. Cette ouverture au monde et aux styles perdurera jusqu'à la fin de sa carrière, quitte à passer parfois à côté des grands films de son époque. Lonsdale est au générique de L'Éveillé du pont de l'Alma de Raoul Ruiz comme du Bon Roi Dagobert de Dino Risi, de Billy Ze Kick de Gérard Mordillat comme de Ma vie est un enfer de Josiane Balasko (en archange Gabriel!).

Le nom de la rose et Munich

Dans ces années 1980, on ne retient finalement de lui que sa prestation dans Le Nom de la rose de Jean-Jacques Annaud, une fois de plus en abbé, certes érudit. L'acteur traverse pourtant le cinéma avec son aura, lui ouvrant les portes du cinéma de James Ivory (Les Vestiges du jour, Jefferson à Paris), de Claude Sautet (Nelly et Monsieur Arnaud), de John Frankenheimer (Ronin), de Bertrand Blier (Les acteurs). Il s'amuse aussi en Balzac dans Mauvais genre de Laurent Bénégui, en Don Luis dans le Don Juan de Jacques Weber, en professeur Stangerson dans Le Mystère de la chambre jaune et Le Parfum de la dame en noir de Bruno Podalydès. On le croise chez Mocky, toujours, mais aussi François Ozon (5x2), Milos Forman (Les Fantômes de Goya), Catherine Breillat (Une vieille maîtresse), Alejandro Amenábar (Agora), Ermanno Olmi (Le village de carton), Ermanno Olmi (Gebo et l'ombre), Bouli Lanners (Les premiers, les derniers) et surtout Steven Spielberg (Munich).

Des hommes, des Dieux, des maîtres

Au crépuscule de sa carrière, Michael Lonsdale s'offre une sublime montée des marches à Cannes avec le personnage (réel) du Frère Luc Dochier, moine assassiné dans un couvent en Algérie. Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois est sans aucun doute le film qui lui ressemble le plus, où il est exactement à sa place. A moins que ce ne soit celui du réalisateur Cédric Rovère, double fantasmé d'Eric Rohmer dans Maestro de Lea Fazer. Il y tisse une belle complicité avec son jeune comédien, entre transmission et amitié, respect et dévouement à son art.

L'acteur avait cofondé un groupe de prière, Magnificat, destiné plus spécialement aux artistes, et a été le parrain d'une promotion de l'Institut catholique d'études supérieures situé à La Roche-sur-Yon, en plus d'être membre de la section « arts et lettres » de l'Académie catholique de France. Sa foi n'était jamais loin de son je et de son jeu. Qu'il soit fidèle à Dieu ou aux hommes, Lonsdale se savait éphémère, cherchant la joie plutôt que la souffrance.

Ruth Bader Ginsburg (1933-2020), fin d’un suprême parcours

Posté par vincy, le 19 septembre 2020

Ruth Bader Ginsburg, doyenne de la Cour suprême des Etats-Unis, est décédée vendredi à l'âge de 87 ans. Nommée par Bill Clinton en 1993, icône de la gauche américaine et des progressiste, elle était devenue l'une des plus âpres défenseuses de la cause des femmes, des minorités, des droits civiques et de l'environnement. Et surtout elle incarnait l'opposition à Donald Trump.

Au début de sa carrière, dans les années 1970, elle avait co-fondé le Women's Rights Law Reporter, premier journal américain qui se concentre exclusivement sur les droits des femmes et les de discriminations sexistes. RBG avait porté six cas de discrimination devant la Cour suprême entre 1973 et 1976 (une seule défaite).

Son parcours comme son aura et ses décisions symboliques en avaient fait un personnage politique de premier plan. Une héroïne américaine, à sa façon, l’une des femmes les plus influentes de l’histoire des États-Unis pour son combat pour l’égalité des sexes. Les drapeaux américains de la Maison Blanche ont été mis en berne. Ruth Bader Ginsburg était devenue extrêmement populaire malgré une fonction réputée à l'ombre du pouvoir. Grâce à son positionnement, qui séduit les jeunes urbains et les modérés, elle était devenue "Notorious RBG".

Pas surprenant alors qu'Hollywood s'empara de son destin. D'abord avec un film Une femme d'exception (On the Basis of Sex), réalisé par Mimi Leder avec Felicity Jones (dans le rôle de Ruth Bader Ginsburg), Armie Hammer, Justin Theroux, Sam Waterston, et Kathy Bates. Le film a totalisé 38M$ de recettes dans le monde et a attiré 91000 spectateurs dans le salles françaises début 2019. Si le scénario est assez classique pour un biopic qui se concentre sur les débuts de RBG, le film est passionnant par ce qu'il décrypte du personnage et de ses combats.

Et puis il y a eu l'excellent documentaire, RBG, réalisé et produit par Betsy West et Julie Cohen. Présenté en avant-première au Festival du Film de Sundance en 2018, ce docu captivant sur cette personnalité passionnante, est deux fois nommé aux Oscars (documentaire, chanson) et remporte treize prix dans le monde. En France, il est présenté en avant-première à Deauville.

Génie du doublage, Roger Carel se casse avec sa voix (1927-2020)

Posté par vincy, le 18 septembre 2020

Roger Carel, de son vrai nom Roger Bancharel, est mort le 11 septembre 2020 à l'âge de 93 ans. C'est sans doute le comédien français le plus prolifique que le cinéma vient de perdre. Pas tant pour sa présence à l'écran (essentiellement des seconds-rôles dans des comédies) ou sur les planches, mais par sa voix. Il en avait 1000...

Assumons: Carel était le roi du doublage. Une monument vocal capable de toutes les transformations et de toutes les audaces. De quoi mériter, en janvier 2012, le prix Henri-Langlois pour l'ensemble de son œuvre.

Physiquement, on l'a vu depuis les années 1950 dans des films comme Le Triporteur, Le Vieil Homme et l'Enfant, Le viager, Elle cause plus... elle flingue, On a volé la cuisse de Jupiter, Le Coup du parapluie, L'Été meurtrier, Papy fait de la résistance, Mon homme, se glissant dans la peau d'un russe ou d'un passant, d'un médecin ou d'un paysan, d'un garagiste ou d'un général. Il cachetonnait et s'amusait...

De Certains l'aiment chaud à Kubrick

Mais c'est en studio, derrière un micro, qu'il brillait. Il était la voix de Peter Sellers, de Peter Ustinov, de Jack Lemmon, d'Eli Wallach, d'Ian Holm, de Jerry Lewis, de Pat Morita (dans Karaté Kid), de Charlie Chaplin (dans Le dictateur), de Fred Astaire (dans La tour infernale), de Jim Broadbent (dans Harry Potter et le Prince de Sang mêlé). Sa voix est aussi présente dans des films aussi divers, mais remarquables, qu'Orange mécanique, MASH, La Belle de Moscou, Le Kid de Cincinnati, Le Bal des vampires, Butch Cassidy et le Kid, Tora ! Tora ! Tora !, L'exorciste, Le verdict, Fanny et Alexandre, Furyo, Good Morning Vietnam!. Il était aussi le narrateur de L'étoffe des héros.

Mais son grand génie s'exprime surtout avec six épisodes de la Guerre des étoiles où il double Anthony Daniels et devient ainsi la voix française de C-3PO.

De Disney à Astérix, de Alf à Benny Hill

Un androïde ne pouvait pas effrayer Roger Carel, devenu maître de la voix dans l'animation, dès les années 1940. Chez Disney pour commencer (souvent en deuxième doublage, dont l'impeccable chat de Cheshire dans Alice au pays des merveilles, mais aussi le sournois serpent Kaa dans Le livre de la jungle, ou Roquefort et Lafayette dans Les Aristochats). Et puis il devint la voix d'Astérix, le plus populaire des héros BD en Europe, décliné en films d'animation à succès dès 1968. De temps en temps il vocalisait sur quelques autres personnages secondaires, notamment Idéfix. Cette collaboration avec le gaulois dura jusqu'en 2014! De Fritz le chat à Winnie l'ourson, en passant par Jolly Jumper (dans Les Dalton en cavale), il était incontournable dans son milieu.

La télévision lui offrit aussi des personnages cultes à incarner en français: Benny Hill, Alf, le révérend Sikes dans Desperate Housewives, Hercule Poirot durant 12 saisons, Charles Ingalls dans La Petite Maison dans la prairie, le boss dans Shérif, fais-moi peur, mais aussi des passages dans des séries comme Buffy, Dynastie, Cold Case, New York unité spéciale, X-Or, Charmes, Inspecteur Derrick...

Un Cro-magnon, un myope, une grenouille, mais surtout un Maestro

Petit écran et animation lui ont aussi valu de grandir avec des générations d'enfants : il fut la voix de Dingo pour Disney durant plusieurs décennies. Il s'entend aussi dans Inspecteur Gadget, Les Bisounours, Albator, Le petit dinosaure, Capitaine Flam, Babar, Le petit dinosaure, Les Gnoufs, Les Pierrafeu, Princesse Starla, Les Quatre fantastiques, et bien entendu Star Wars: Clone War en C-3PO...

Il fut les incontournables Capitaine Caverne et Mister Magoo, Kermit la grenouille dans Le Muppet Show, Woody Woodpecker. Capable de moduler ses cordes vocales dans les aigus comme de la transformer par le nez, il pouvait jouer toutes les excentricités et surtout plusieurs personnages. Ainsi dans les séries Il était une fois... (L'homme, L'espace, La vie, Les Amériques, Les découvreurs, Les Explorateurs, Notre terre), il fut le savant déluré Maestro de 1978 à 2011, mais aussi le raisonnable Pierre, le robot Métro, le fourbe Nabot.

Son talent fut aussi de s'adapter à son temps, et d'aller prêter son don au jeu vidéo. Luigi dans Mario c'est lui. Outre les jeux Star Wars, Winnie l'ourson et Astérix, on peut le reconnaître dans Warcraft II et Les Simpsons. Il fut même le Croco Amstrad pour la publicité des consoles en 1990.

Ce sont tous ces héros d'hier et d'aujourd'hui, pour petits et pour les devenus grands, qui perdent leur père d'adoption de langue française, leur incarnation à l'oreille. Carel emporte avec lui sa voix et une part de notre culture inconsciente.

Diana Rigg (1938-2020) file à l’anglaise en bottes de cuir

Posté par vincy, le 10 septembre 2020

Elle fut Emma Peel "forever". Dans la série "Chapeau melon et bottes de cuir", elle était la partenaire parfaite pour Patrick Macnee. Elle était à ses côtés durant deux saisons (4 et 5), mais on ne retient que celles-ci. Dame Diana Rigg s'est éteinte à l'âge de 82 ans, mais elle aura contribué à incarner la femme moderne des sixties, celle qui humait l'air du swinging London avec une garde-robe cuir et pop. Surtout elle a donné ses lettres de noblesses à la femme d'action, capable de tenir n'importe quel arme ou de manier l'art martial, mettant K.O. les hommes.

Comédienne de théâtre, passant de Brecht à Shakespeare, du théâtre privé à la Royal Shakespeare Company, de Racine à Molière, de Sondheim à Almodovar (une version de Tout sur ma mère), elle négligea sa carrière cinématographique. Finalement c'est le petit écran qui fut pour elle assez royal. Pas seulement avec Chapeau melon, où taquine, coquine, séductrice, et libre, elle imposa un personnage d'anglaise très novateur pour l'époque. Elle fut aussi Mme Davers dans une version TV de Rebecca, Hedda Habler, et bien entendu Lady Olenna Tyrell durant 18 épisodes de Game of Thrones.

Au cinéma, elle fut moins sollicitée. Elle est Helena dans Songe d'une nuit d'été de Peter Hall à l'âge de 20 ans. Elle donna la réplique à Oliver Reed dans Assassinats en tous genres, à Charlton Heston dans Jules César, à Georges C. Scott dans L'Hôpital de Arthur Hiller, ... Sa filmographie très modeste, qui passe par La Grande aventure des Muppets, Heidi et des mélos moyens comme Un Anglais sous les tropiques et Le Voile des illusions, est sauvée par sa présence dans un James Bond, Au service secret de Sa Majesté, 007 de transition avec George Lazenby (unique aventure avec l'Australien). Cet épisode de la franchise est d'autant plus particulier que Rigg incarne sans aucun doute la plus classe des James Bond Girl, une comtesse italienne qu'il va épouser, avant que le film ne prenne le virage d'une tragédie. Inoubliable, Rigg insuffle du drame dans un personnage habituellement plus sexué et plus soumis.

On reverra une dernière fois Diana Rigg dans Last Night in Soho d'Edgar Wright, qui se déroule dans les années 1960. Cette décennie fabuleuse à laquelle l'actrice est perpétuellement rattachée.

Fin de parade pour Annie Cordy (1928-2020)

Posté par vincy, le 4 septembre 2020

Incontestablement la plus populaire des Belges (le roi Albert II l'a d'ailleurs faite Baronne), la passionnée, éclectique et fantasque Annie Cordy est morte le 4 septembre près de Cannes à l'âge de 92 ans. Née Léonie Juliana Cooreman, surnommée Nini la chance, elle a été durant près de 80 ans chanteuse, meneuse de revue et actrice. 700 chansons (dont quelques tubes et un compagnonnage musical avec Bourvil), une vingtaine de comédies musicales (Hello Dolly en haut de l'affiche) et d'opérettes, une quarantaine de films, une trentaine de séries et téléfilms, une dizaine de pièces de théâtre: "La passion fait la force" était sa devise.

Si cette boule d'énergie, toujours de bonne humeur en public, maniant la dérision et l'absurde comme ses compatriotes savent le faire, laisse l'image d'une artiste flamboyante, pailletée et colorée, ses rôles au cinéma étaient souvent bien plus dramatiques, touchants et même bouleversants.

Annie Cordy aura traversé sept décennies de cinéma depuis 1954 (Boum sur Paris de Maurice de Canonge, Si Versailles m'était conté... de Sacha Guitry et Poisson d'avril de Gilles Grangier). Souvent en second-rôle, mais capable de voler des scènes aux plus grands, d'habiter un personnage en un plan.

Bronson, Gabin...

Elle est ainsi Cri-Cri dans Le Chanteur de Mexico, Mimi dans Tabarin (tous deux de Richard Pottier), Lily dans Ces dames s'en mêlent de Raoul André. Folle, excentrique, délurée, elle assume sa belgitude. A partir des années 1970, Annie Cordy opère un virage en allant vers des films plus dramatiques: Le Passager de la pluie de René Clément, avec Charles Bronson et Marlène Jobert, La Rupture de Claude Chabrol, en épouse de Jean Carmet, Le Chat de Pierre Granier-Deferre, où patronne d'hôtel elle devient la confidente de Jean Gabin, ... Cela ne l'empêche pas de jouer de petits rôles dans des comédies (Elle court, elle court la banlieue, Disco, Tamara 2), de passer de psychanalyste à baronne, de mère à concierge, de vendeuse de poisson à grande séductrice, sans qu'aucun des films jusque dans les années 2000 ne marquent les esprits.

Beaux souvenirs

Là, elle retrouve des cinéastes d'envergure ou des rôles plus riche: Le Dernier des fous de Laurent Achard, en grand mère idéale, C'est beau une ville la nuit de Richard Bohringer, en mamie de banlieue, Le crime est notre affaire de Pascal Thomas, en chasseuse de papillons suisse, Le Dernier Diamant, polar d'Éric Barbier, Le Cancre de Paul Vecchiali, sélectionné à Cannes, Les Herbes folles, film surréaliste d'Alain Resnais ou encore Les Souvenirs de Jean-Paul Rouve, fabuleuse et émouvante grand mère en fin de vie. Nini avait ce mélange de gaieté optimiste et de sensibilité sincère. Le cinéma, sans avoir été ingrat, n'aura pas été aussi généreux avec son talent qu'elle ne l'a été pour ces films.

Annie Cordy aura également chanté des chansons pour les VF de films d'animation de Disney, prêtant même sa voix dans Pocahontas et Frère des Ours. Sur le petit écran, elle fut Madame Sans-Gêne, Madame S.O.S, ou la grand mère de Marion dans "Scènes de ménage". Il y a deux ans, elle so'ffrait deux dernières apparitions: dans le drame télévisé Illettré de Jean-Pierre Améris et dans un court-métrage, Les Jouvencelles de de Delphine Corrard. Et en effet, elle fut un éternel bain de jouvence...

Autant en emporte Olivia de Havilland (1916-2020)

Posté par vincy, le 26 juillet 2020

104 ans. Elle était la doyenne du 7e art. Olivia de Havilland, née le 1er juillet 1916 à Tokyo (Japon), est morte le 25 juillet à Paris, où elle résidait depuis 1953. « Les Français sont très indépendants, intelligents, bien éduqués et créatifs. Ce sont des gens qui expriment leurs sentiments. Ils sont vivaces. Bref, ils sont celtes » justifiait-elle pour expliquer sa migration définitive dans la capitale.

Cinq fois nommée à l’Oscar et deux fois gagnante pour A chacun son destin en 1946, un mélo où elle se vieillit, et L’Héritière en 1950, en épouse timide et vengeresse, prix d’interprétation à Venise pour La fosse aux serpents en 1949, où elle est schizo et démente, l’actrice britannico-franco-américaine avait été révélée au monde entier avec le personnage de la douce et bienveillante Mélanie dans Autant en emporte le vent en 1939. Elle fut aussi la première femme à présider le jury de Cannes.

La sœur (et rivale) de Joan Fontaine, autre actrice hollywoodienne légendaire, avait une beauté fragile et une diction presque aristocrate. C’est avec des personnages sympathiques , vulnérables, qu’elle a forgé sa carrière d’actrice, même si, de temps à autres, elle se fourvoyait dans des rôles plus sombres et ambigües. « J’ai toujours eu plus de chance avec les rôles de gentilles parce qu’ils demandaient davantage de travail que ceux de méchantes » disait-elle. Avant de devenir de faire face à Vivien Leigh en Scarlett O’Hara, Olivia de Havilland a conquis le cœur de l’Amérique avec des films de divertissement populaire, aux côtés de son partenaire Errol Flynn, avec qui elle a joué huit films entre 1938 et 1943 dont Les aventures de Robin des bois.

Dans les années 1940, elle devient incontournable, et l’une des meilleures actrices de sa génération. De 1935 à 1988, elle tourne cependant plus rarement que de nombreuses de ses consœurs. Outre les Michael Curtiz (Capitaine Blood, La charge de la brigade légère, Robin des bois, La poste de Santa Fe…), elle est mise en lumière par des cinéastes majeurs comme John Huston (L’amour n’est pas en jeu), Raoul Walsh (La charge fantastique, The Strawberry blonde), William Wyler (L’héritière, avec le sublime Montgomery Clift), Stanley Kramer (Pour que vivent les hommes), Robert Aldrich (le jouissif Chut… chut, chère Charlotte, avec Bette Davis), Henry Koster (Ma cousine Rachel). Sur la fin de sa carrière, elle se concentre sur des seconds-rôles dans des grosses productions (Airport 77, Le cinquième mousquetaire) et pour le petit écran.

Durant trois décennies, Olivia de Havilland et son visage angélique et charmant ont souvent été associés à des films de qualité. S’il manque un grand chef d’œuvre à sa filmographie (à l’inverse de sa sœur qui croise deux grands films d’Hitchcock), il y a peu de fautes de goût. Surtout son jeu s’est étoffé au fil des ans et sa palette assez vaste la conduisent au firmament, aux côtés de Katharine Hepburn, son amie Bette Davis ou encore Jennifer Jones. Elle vacille ainsi du côté d’un registre plus tragique. Paradoxalement, au sommet de son art dans les années 1950, elle tournera moins, et s’effacera lentement de l’affiche. Au total, à peine 50 films avec son nom au générique, mais des rôles de femmes fortes et des récits dans tous les genres, du cape et d’épée au film catastrophe en passant par le western. Jusqu’à sa splendide et mystérieuse dualité qu’elle offre dans La double énigme de Robert Siodmak où elle joue deux sœurs jumelles, l’une criminelle, l’autre innocente.

Il faut dire qu’elle était une femme de tête. Ne supportant plus les rôles qu’on lui proposait, elle les refusait un à un. La Warner avait abusivement suspendu son contrat. Plutôt que de se laisser faire, la star décida d’entrer en guerre. Olivia de Havilland avait une détermination sans faille pour protéger sa vie privée, mais aussi pour poursuivre judiciairement les studios à qui elle fit de nombreux procès, farouchement défenseuse de sa liberté et de ses droits. Contre la Warner, elle gagne et cette bataille au prétoire aboutit à une nouvelle loi sur les contrats entre acteurs et producteurs. L'arrêt fait toujours jurisprudence dans le Code du travail californien sous le nom de De Havilland Law. De quoi mériter sa standing ovation dans une de ses dernières apparitions aux Oscars au début des années 2000.

Sur la fin de son existence, elle préférait écrire, le seul art dont elle ne se lassait pas. La longévité était son seul défi. « Chaque anniversaire est une victoire » disait-elle. Elle a fêté le dernier il y a un peu plus de trois semaines.

Un adieu sur la pointe des pieds pour Zizi Jeanmaire (1924-2020)

Posté par vincy, le 17 juillet 2020

Zizi Jeanmaire, figure emblématique de la culture française des années 1940 aux années 1990, est morte à l'âge de 96 ans. D'abord danseuse classique, elle introduira avec le chorégraphe Roland Petit de la danse moderne. Son physique fluet androgyne , avec sa coupe à la garçonne et sa souplesse, en font une Carmen (le ballet de Bizzet) au succès mondial dès 1949.

Avec sa gouaille, elle devient aussi chanteuse, puis meneuse de revue et même actrice puisque Howard Hugues l'enrôle pour un film de Charles Vidor, Hans Christian Andersen et la danseuse (1952). Elle tournera peu mais sera remarquée dans Quadrille d'amour de Robert Lewis, Folies Bergères d'Henri Decoin et Guinguette de Jean Delannoy avant de faire une ultime apparition dans Les collants noirs de Terence Young.

Des chansonniers au music-hall, de l'Olympia au Zénith, des Opéras aux Théâtres, de Gainsbourg ("Elisa") au légendaire Truc en plumes, elle est passé par les univers de Raymond Queneau, Brigitte Fontaine, Irma la douce, Marcel Aymé et bien sûr Michel Legrand en jazzman pré-Demy... Zizi Jeanmaire a joué Feydeau et de l'opérette, a porté du Saint Laurent pour sa revue à l'Alhambra (avec son fameux truc en plumes), et a finalement été un peu boudée par le cinéma. Un gros acte manqué pour l'une de nos étoiles les plus douées et les plus iconoclastes.

Il était une fois Ennio Morricone (1928-2020)

Posté par vincy, le 6 juillet 2020

Ennio Morricone est mort le 6 juillet 2020 à l'âge de 91 ans. Compositeur, producteur et chef d'orchestre italien, il était l'un des plus grands musiciens du cinéma, composant des thèmes devenus des classiques, primés un peu partout dans le monde.

Prolifique depuis les années 1960, il naviguait entre les cinémas américains, italiens et français. Il y a évidemment sa collaboration légendaire avec Sergio Leone (Pour une poignée de dollars, Il était une fois dans l'Ouest, Le Bon, la Brute et le Truand, Il était une fois en Amérique), mais aussi les musiques de Salò ou les 120 Journées de Sodome , 1900, Les Moissons du ciel, Mission, Les Incorruptibles, Cinéma Paradiso, Le Professionnel, Attache-moi, Inglorious Basterds et Les Huit Salopards, qui lui vaudra son deuxième Oscars, après celui d'honneur en 2007, après cinq nominations infructueuses.

Trois fois nommé aux César, six fois récompensé aux British Awards, une fois distingué par les Grammy Awards, trois fois primé aux Golden Globes, neuf fois consacré par les Donatello italiens, et un Lion d'or d'honneur à Venise parmi les multiples prix pour l'ensemble de sa carrière: Morricone était assurément l'un des grands noms de la musique de films, avec ses envolées mélancoliques et lyriques, sensibles et puissantes.

Immense légende du cinéma, trompettiste de formation, directeur d'orchestre, il aura navigué du contemporain au classique, sachant manier à la perfection trois accords entêtant avec toutes sortes d'instruments et de son. « Ennio Morricone l’empereur de la musique au cinéma, un harmonica, des rythmes, mélodies, instruments inattendus, des trilles, 3 notes faciles à retenir, la prodigalité de ses partitions », a réagi sur Twitter Gilles Jacob, ancien directeur du Festival de Cannes.

A Time to quit: Joel Schumacher (1939-2020)

Posté par vincy, le 22 juin 2020

Joel Schumacher, né le 29 août 1939, a succombé à un cancer le 22 juin à l^'age de 80 ans.

Considéré avant tout comme un faiseur, doués pour respecter les commandes, le cinéaste, scénariste, producteur a pourtant insufflé un style pop dans des films de genre, dont certains ont connu un beau succès au box office.

Il a débuté au rayon costumes, notamment chez Woody Allen, avant de se lancer au début des années 1980, derrière la caméra. Dès son troisième film, St. Elmo's Fire, avec Emilio Estevez, Rob Lowe et Demi Moore, film générationnel, il séduit le public ado et se fait massacrer par la critique. Génération perdue, film teenager et de vampires, fait davantage consensus.

Touche à tout, il passe ainsi du fantastique au drame en passant par la comédie romantique et le thriller, et même le remake de Cousin, Cousine avec le très raté Cousins. Car Schumacher était un réalisateur inégal.

C'est avec les adaptations de John Grisham qu'il est sans doute le plus appliqué: Le client et Le droit de tuer s'imposent même grâce à lui comme un genre en soi, le thriller légaliste à gros casting (Susan Sarandon, Tommy Lee Jones, Matthew McConaughey, Sandra Bullock, Samuel L. Jackson, Kevin Spacey).

Il est alors choisi par la Warner pour remplacer Tim Burton sur la première franchise Batman. Il réalise donc Batman Forever et Batman & Robin. Les deux films souffrent de l'absence de Michael Keaton dans le rôle du chevalier noir, et, pire, du changement d'acteur pour le personnage principal d'un film à l'autre.

Les génériques restent flamboyants: Val Kilmer puis George Clooney en Batman, Jim Carrey, Tommy Lee Jones, Nicole Kidman, Chris O'Donnell, Uma Thurman, Arnold Schwarzenegger... Il transforme l'univers sombre et macabre de Burton en fantasy colorée et flashy, presque kitsch, avec une ironie pas désagréable et des allusions homosexuelles entre Batman et Robin salutaires (mais décriées à l'époque). Schumacher a tué Batman, il le confesse. Le quatrième film scelle la fin de cette première série de films autour du personnage, alors qu'un cinquième opus était prévue.

Il y a un malentendu autour de sa filmographie, qui est jugée sans personnalité. Si la plupart de ses films ne se distinguent pas des productions hollywoodiennes, Joël Schumacher, qui n'est pas un David Fincher (avec qui il est véritablement ami), a quand même réussi à intégré une forme de subversion et même d'opinions personnelles

Deux de ses films les plus singuliers et les plus intrigants sont à l'opposé de ce style star en costard. Avec Michael Douglas en forcené au bout du rouleau dans Chute libre (en compétition à Cannes) et Colin Farrell en victime d'un chantage moraliste dans Phone Game, il dépeint une Amérique hypocrite, cynique et intrinsèquement violente.

Dans Flawless, comédie dramatique habile et burlesque, il confronte deux monstres, De Niro et Philip Seymour Hoffman, abordant une fois de plus l'identité sexuelle  une amitié improbable entre un ancien flic très conservateur et un travesti plus fantasque. Manière d'affirmer sa propre homoseuxalité et son activisme pour les droits LGBTQI+.

Joel Schumacher fut un cinéaste insaisissable, auteur de séries B sans saveur mais pas forcément sans charme, comme L'expérience interdite (surnaturel), Le choix d'aimer (mélo), 8 millimètres (action, bizarrement en compétition à Berlin), Tigerland (guerre), Bad Company (espionnage), Véronica Guerin (biopic), films souvent dopés par des têtes d'affiche comme Julia Roberts, Nicolas Cage, Joaquin Phoenix, Anthony Hopkins, Cate Blanchett). A chaque fois, il essaie une autre forme de récit  mise en scène, du huis-clos en extérieur au flashback, du snuff movie dopé au buddy movie trans générationnel et interracial.

Durant la dernière décennie de sa carrière, il enchaîne les fiascos, à commencer par l'affreuse adaptation du musical Le Fantôme de l'opéra. Suivent Le nombre 23, Blood Creek, Twelve et Effraction. Ces thrillers du samedi soir, parfois avec quelques stars, ne convainquent plus. Avant sa retraite, il réalise deux épisodes de la première saison d'House of Cards.

Ancien de la mode, fan de David Lean et Lars von Trier, il se plaignait depuis plusieurs années du "lissage" des scénarios, lui qui aimait tant les controverses. Le business a changé, et lui ne voulait plus de cette pression de la rentabilité. Conscient d'avoir atteint largement plus que ses rêves, Schumacher laisse une œuvre un peu baroque, mais surtout le portrait d'une Amérique aussi perdue que frustrée.

Ian Holm nous quitte (1931-2020)

Posté par vincy, le 19 juin 2020

Mondialement connu pour avoir incarné Bilbo dans Le Seigneur des Anneaux, la trilogie oscarisée de Peter Jackson, Ian Homm est mort à l'âge de 88 ans. L'acteur britannique avait été révélé au grand public dans Alien - le huitième passager de Ridley Scott en 1979, dans le rôle d'un androïde, avant d'être sacré aux Baftas et nommé à l'Oscar du meilleur second-rôle dans Les chariots de feu en 1981.

A l'aise dans tous les genres, on l'a aussi remarqué dans Greystoke, la légende de Tarzan, Brazil et Time Bandits de Terry Gilliam, Une autre femme de Woody Allen, Henry V et Frankenstein (où il était le baron) de Kenneth Branagh, Kafka de Steven Soderbergh, Le festin nu et eXistenZ de David Cronenberg, La folie du roi George, Big Night... En 1997 il est doublement à Cannes avec Le cinquième élément de Luc Besson et le magnifique De Beaux lendemains d'Atom Egoyan.

Son éclectisme traverse toute sa filmographie. Capable de se fondre dans n'importe quel univers, de Richard Attenbrough (Les griffes du lion) Richard Lester (La rose et la flèche), de Franco Zeffirelli (Hamlet) à Arnaud Desplechin (Esther Kahn). On le voit aussi chez Danny Boyle, Sidney Lumet, John Frankenheimer, John Badham, Albert et Allen Hughes, Zach Braff, Roland Emmmerich, Andrew Niccol et même Martin Scorsese (Aviator).

Il tournera ses derniers films avec Peter Jackson pour les deux premiers Hobbit.

Second-rôle impeccable qui aura traversé les décennies avec modestie, Ian Holm a débuté à la Royal Shakespeare Company. Car c'est sur les planches qu'il reçu les plus beaux honneurs, jusqu'à recevoir un Tony Award pour son personnage de Lenny dans The Homecoming d'Harold Pinter, qui confia que Holm était son acteur favori. D'Hercule Poirot à Alceste, de la voix du chef Skinner dans Ratatouille (qui lui valu un Annie Award) à Thénardier, il était capable de se glisser dans n'importe quel rôle grâce à un jeu volontairement minimaliste (qui n'empêchait pas les excès), considérant qu'au cinéma le regard faisait la moitié du travail.