Robert Hirsch (1925-2017), un monstre sacré oublié par le cinéma

Posté par vincy, le 16 novembre 2017

Robert Hirsch était considéré à juste titre comme un des monstres sacrés du théâtre français. Il est décédé ce jeudi 16 novembre à l'âge de 92 ans à Paris, a annoncé Francis Nani, directeur du théâtre du Palais-Royal.

La scène était sa religion. 65 ans de carrière sur les planches. Une banale chute à son domicile et son cœur a lâché. Danseur de formation, élève du Conservatoire, Sociétaire de la Comédie française durant 22 ans, il cherchait encore un rôle à jouer. Lui qui avait tout incarné: Arlequin, son personnage emblématique, Scapin, Néron, Tartuffe, Richard III, ... De Shakespeare à Feydeau, de Brecht à Guitry, de Beckett à Goldoni, de Pinter à Zeller, il s'était glissé dans les textes les plus variés. Plusieurs fois "moliérisé" (un record de 5 Molière en plus d'un Molière d'honneur), sachant avec précision la limite entre le grotesque et la caricature, jouant les failles humaines avec la même délectation que leur ridicule, Hirsch se lançait sur les planches comme un nageur sautait dans le vide du haut de son plongeoir, profitant ensuite de chaque phrase, de chaque émotion avec gourmandise.

Charismatique au théâtre, il fut sans doute effrayant pour le cinéma. Il laisse derrière lui de multiples seconds-rôles. Guitry (Si Versailles m'était conté), Decoin (Les intrigantes), Delannoy (Notre-Dame de Paris, Maigret et l'affaire Saint-fiacre), Allégret (En effeuillant la marguerite) lui donnèrent des miettes, des personnages secondaires et séducteurs. Car il était beau, jeune.

Dans les années 1960, il fait quelques petits tours chez Yves Robert (Monnaie de singe), Michel Deville (Martin Soldat), et Alex Joffé (Pas question le samedi, dans lequel il interprète 13 personnages, une prouesse). Et ça ne va pas plus loin après: dans les années 1980, il ne tourne qu'un seul film, La crime de Philippe Labro. Il faut finalement attendre le crépuscule de sa vie pour que les grands cinéastes de leur temps imprime son visage vieillissant sur la pellicule.

Sa vie est un théâtre

Hiver 54, l'abbé Pierre en 1990 de Denis Amar, qui lui vaut son unique César, celui du meilleur second-rôle, hochet de consolation ou de pardon d'un 7e art qui l'a oublié. Suivent Mon homme en 1995 de Bertrand Blier, Mortel transfert en 2001 de Jean-Jacques Beinex, Une affaire privée en 2002 de Guillaume Nicloux, et il y a deux ans, L'antiquaire de François Margolin.

Le petit écran aura été presque plus généreux, notamment en diffusant ses pièces les plus populaires comme Un fil à la patte ou les plus marquantes telles Kean, un roi de théâtre.

Robert Hirsch était un Roi de théâtre et un fantassin du cinéma. Il ne vivait que pour le théâtre, entretenant sa mémoire, refusant l'oreillette. De la trempe des Michel Bouquet, il sortait peu, haïssait les mondanités. "Le théâtre, c'est ce qui me fait vivre. De là sont venues mes plus grandes joies et mes plus grandes déceptions. J'ai été heureux pendant un moment dans ma vie privée, mais ce n'est jamais passé avant le théâtre" lui qui ne disait rien de sa vie privée.

Naturellement drôle, et même plaisantin, il rappelait que son premier coup de foudre fut la danse. La scène était dans son sang. "Quand je ne joue pas, je ne fais rien. Je suis complètement inutile. Je ne m'ennuie pas, mais je ne sers à rien. Je regarde beaucoup la télé, je dors très mal alors je passe la nuit devant Planète, Nat Geo Wild. Et je me lève à 14 heures ! Je sors très peu. Je donne sur scène, après faut plus me demander" rappelait-il il n'y a pas si longtemps à la sortie d'une représentation. Il ne donnera plus rien.

Adieu Danielle Darrieux (1917-2017)

Posté par vincy, le 19 octobre 2017

Une légende s'éteint. Danielle Darrieux, actrice centenaire, a décidé de s'en aller, discrètement. On espère qu'elle a apprécié un dernier verre de whisky avant de nous quitter. Elle est décédée à Bois-le-Roi, son domicile situé dans l'Eure, le 17 octobre, a annoncé son compagnon Jacques Jenvrin. Elle est né le 1er mai 1917 à Bordeaux. "Alors, l’avenir ? On verra bien. La vie est trop courte. On crève trop tôt. Mieux vaut profiter de tout ce qu’elle vous offre et la raccourcir de quelques années, que vivre en vain durant cent sept ans" disait-elle. De 1930 à 2010, elle aura traversé le cinéma français, comme aucune autre actrice. Sa carrière fut plus riche que celles de ses consœurs de l'époque.

Elle traversa même l'Atlantique. Les Américains, pour qui elle a travaillé à plus d'une reprise -elle fut même une des premières, et des plus valables, à aller travailler à Hollywood en 1938, mais la guerre mit un terme à ce premier envol- la rappellèrent en 1950, puis en 1970, cette fois non pour tourner un nouveau film mais pour faire du théâtre à Broadway et remplacer Katharine Hepburn dans "Coco".

Car Danielle Darrieux a tout joué, la comédie et le drame, elle a chanté aussi, fait du théâtre, du music-hall, de la télé. "Si Danielle Darrieux réussit tout ce qu’elle entreprend, théâtre, cinéma, télévision, chanson, ce n’est pas seulement parce qu’elle est une musicienne pointilleuse (sens du rythme, équilibre de la voix, humour dans les contrepoints), c’est surtout parce que sa santé physique et morale la met à l’abri des glissements morbides, les éclats de rire lui servent de viatique, et les larmes d’exutoire" expliquait Paul Vecchiali dans un texte pour la Cinémathèque française, qui lui a rendu hommage il y a 8 ans.

Lire notre portrait: Danielle Darrieux, charme et élégance

Au cinéma elle débute par Le Bal de Wilhelm Thiele. Le cinéma est à peine parlant. Dès ses débuts, elle annonce la couleur: "Tourner, tourner beaucoup pour devenir vedette et avoir mon nom en gros sur les affiches. Si je parviens au titre de grande star, cela prouvera que j’ai bien servi le cinéma." Mais c'est avec Henri Decoin qu'elle s'épanouira sur le grand écran: J'aime toutes les femmes, Mademoiselle ma mère; Abus de confiance, Retour à l'aube, Battement de cœur, Premier rendez-vous puis La vérité sur Bébé Donge avec Jean Gabin. Elle était déjà une star à cette époque même si sa stature a trouvé ses plus grands rôles dans les années 1950. Ce qui frappe chez Darrieux c'est d'avoir toujours su accepter son âge au cinéma. De ne jamais avoir triché avec. On peut toujours louer sa grâce, sa fantaisie, sa beauté naturelle. Avec plus de 100 films au compteur, on remarque surtout que son jeu, dès ses premières années, était incroyablement moderne, exploitant une forme de spontanéité et s'approchant d'un naturalisme qui n'étaient pas en vogue à cette époque.

Danielle Darrieux était avant la guerre la jeune française moderne et piquante, jouant des comédies virevoltantes, plutôt que l'actrice glamour, mélo ou romantique des grands cinéastes de cette période. Elle était singulière. Et elle l'a toujours demeuré. Elle aimait composer ses rôles, apporter de la subtilité et de la profondeur à ses personnages. Elle essayait déjà d'être atemporelle, elle était déjà spirituelle. Et ça n'a pas pris une ride.

Après la guerre, elle tourne pour Claude Autant-Lara (Occupe-toi d'Amélie, Le bon dieu sans confession, et surtout Le Rouge et le noir, avec Gérard Philipe), Max Ophüls (La Ronde, Le plaisir et bien entendu Madame De...), Christian-Jaque (Adorables créatures), Joseph Mankiewicz (L'affaire Cicéron), Sacha Guitry (Napoléon, Si Paris nous était conté), Billy Wilder (Mauvaise graine), Marc Allégret (L'Amant de Lady Chatterley), Robert Rossen (Alexandre le Grand, avec Richard Burton)... Julien Duvivier la dirige dans Pot-Bouille et la sublime dans son plus grand rôle, Marie-Octobre.

Mais là aussi elle va avoir le flair, l'instinct, la curiosité d'aller voir ailleurs, chez les plus jeunes, passant de Claude Chabrol (Landru) à Henri Verneuil (Les lions sont lâchés), de Romain Gary (Les oiseaux vont mourir) à Jacques Demy. Elle est à jamais Yvonne Garnier, mère des deux jumelles dans Les demoiselles de Rochefort. Les années 1970 sont les plus pauvres de sa filmographie. Grâce à Jacques Demy, qui la considérait comme un "stradivarius",  elle relance la machine avec Une chambre en ville. Elle retrouve Paul Vecchiali, découvre Benoît Jacquot (Corps et biens) et Claude Sautet (Quelques jours avec moi) et surtout continue sa filiation cinématographique avec Catherine Deneuve. Après Demy, elle est de nouveau sa mère dans Le lieu du crime d'André Téchiné, Huit femmes de François Ozon, Persépolis, de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud ou encore Les liaisons dangereuses de Josée Dayan. Elle tourne aussi avec Jeanne Labrune, Thierry Klifa, Anne Fontaine et Pascal Thomas. Son dernier film, Pièce montée, de Denys Granier-Deferre, sort en 2010, date à laquelle elle est arrête tout.

Danielle Darrieux était un mythe (magnifiquement mis en image dans Danielle Darrieux, une vie de cinéma de la tout juste disparue Anne Wiazemsky). Elle était également une comédienne de théâtre, plutôt dans le registre comique: Feydeau, Guitry, Barillet et Grédy (Potiche). Elle fut inoubliable dans les pièces de Noël Coward, Marcel Aymé, Françoise Sagan, en Maud dans Harold et Maud, et il y a 14 ans dans la création d'Eric-Emmanuel Schmitt, Oscar et la dame rose, qui lui valu un Molière de la meilleure comédienne.

Trois Victoires du cinéma (les ancêtres des César), un César d'honneur, un Molière d'honneur. Danielle Darrieux s’est mariée trois fois, avec Henri Decoin, le play-boy Porfirio Rubirosa et le scénariste Georges Mitsinkidès, avec qui elle avait adopté un fils. Une femme libre, vivante, qui a traversé une partie de l'Histoire de France et qui restera parmi les grandes du cinéma français. Quentin Tarantino l'évoque dans Inglorious Basterds et justifie ainsi son amour pour elle: "Si je parle de Danielle Darrieux [dans le film], c’est en tant qu’icône féminine absolue du cinéma français de l’époque."

On se rappellera les paroles de Louis Aragon qu'elle chantait dans Huit femmes: "Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard, Que pleurent dans la nuit nos cœurs à l'unisson, Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson, Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson, Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare, Il n'y a pas d'amour heureux..."

Le grand départ d’Anne Wiazemsky (1947-2017)

Posté par vincy, le 5 octobre 2017

Elle avait les traits de Stacy Martin dans Le redoutable, en compétition cette année à Cannes. Anne Wiazemsky avait raconté sa rencontre, son mariage et sa séparation avec Jean-Luc Godard, dont elle fut la muse, dans un livre, Un an après (Gallimard), qui a inspiré le film de Michel Hazanavicius.

La romancière (Grand prix du roman de l'Académie française, Prix Goncourt des lycées, Prix Renaudot des lycéens, entre autres), petite-fille de l'écrivain François Mauriac, ex-épouse de Godard, amie de Pasolini, Truffaut, Cohn-Bendit (et on en passe), est morte ce jeudi 5 octobre à l'âge de 70 ans, succombant à son cancer.

Avant d'être écrivain, Anne Wiazemsky a été actrice. Elle a débuté chez Robert Bresson en 1966, avec Au hasard Balthazar. Ensuite elle rencontre Jean-Luc Godard qui fait d'elle la vedette de La chinoise, prix spécial du jury à Venise en 1967. Ils tourneront ensemble plusieurs films: Week-end, Le gai savoir, Sympathy for the Devil, Vent d'est, Vladimir et Rosa, et Tout va bien en 1972, qui marque la fin de leur collaboration. Pour JLG, elle s'amuse à jouer les révolutionnaires, les révoltés, les idéalistes ou les rebelles.

L'actrice a tourné dans des œuvres aussi diverses que La bande à Bonnot de Philippe Fourastié, Raphaël ou le débauché de Michel Deville, Le train de Pierre Granier-Deferre, Le retour d'Afrique d'Alain Tanner, Couleur chair de François Weyergans. Mais ce sont les cinéastes italiens qui lui offrent ses plus belles prestations cinématographiques: Pier Paolo Pasolini dans Théorème en 1968 puis l'année suivante dans Porcherie ; Marco Ferreri dans La semence de l'homme ; L'empreinte des géants de Robert Enrico. Car, à l'écran Waziemsky est l'image d'une jeune intellectuelle au service de cinéastes avant-gardistes, entre insolence et subversion.

A partir des années 1980, elle se fait plus rare. Elle va amorcer sa carrière d'écrivaine. Elle prend quand même le temps de tourner: un documentaire de Delphine Seyrig (Sois belle et tais-toi), deux films de Philippe Garrel (L'enfant secret, Elle a passé tant d'heure sous les sunlights) et même un Téchiné (Rendez-vous).

L'écriture va l'accaparer : elle scénarise US Go Home de Claire Denis et adapte son roman Hymnes à l'amour pour Jean-Paul Civeyrac (le film est intitulé Toutes ces belles promesses). Elle réalise aussi trois documentaires (dont Danielle Darrieux, une vie de cinéma en 2007).

Gisèle Casadesus (1914-2017), la doyenne des comédiennes s’en va en silence

Posté par vincy, le 25 septembre 2017

La doyenne du cinéma français Gisèle Casadesus "s'est éteinte paisiblement" le 24 septembre a déclaré son fils, le chef d'orchestre Jean-Claude Casadesus à l'AFP. Née le 14 juin 1914, elle avait 103 ans. Elle venait d'être élevée au grade de grand-croix de l'ordre de la Légion d'honneur.

Après un premier prix de comédie au Conservatoire national supérieur d'art dramatique à l'âge de vingt ans,elle était entrée à la Comédie-française à l'âge de 20 en 1934. Elle y resta durant 28 ans et devint la 400e Sociétaire de l'institution. Cette grande dame du théâtre (un Molière d'honneur, deux Molière du meilleur second-rôle) avait joué aussi bien les auteurs que classiques que Pirandello, Ionesco ou Duras. Elle a été sur les planches quasiment sans interruption jusqu'en 2014, soit 80 ans de scène!

Sa carrière au cinéma n'a pas été aussi impressionnante, même si, en vieillissant, on continuait de lui confier des rôles secondaires. C'est, paradoxalement, après ses 70 ans, qu'elle trouva sa place au cinéma. Gisèle Casadesus avait débuté en 1934 dans L'Aventurier de Marcel L'Herbier. On la retrouve dans Les Aventures de Casanova de Jean Boyer (1947), Le Mouton enragé de Michel Deville et Verdict d'André Cayatte, en épouse de Jean Gabin (1974), Hommes, femmes, mode d'emploi de Claude Lelouch (1996), Post coïtum animal triste de Brigitte Roüan (1997), Les Enfants du marais de Jean Becker et La Dilettante de Pascal Thomas (1999). Dans les années 2000, elle fut davantage sollicitée: par Guillaume Canet (Deux vieilles dames et l'accordeur, court métrage), Jeanne Labrune (C'est le bouquet !), Robert Guédiguian (Le Promeneur du Champ-de-Mars), Valérie Lemercier (Palais royal, en Reine-mère), Gilles Paquet-Brenner (Elle s'appelait Sarah). Mais c'est surtout Jean Becker qui lui offre son plus joli rôle au cinéma, celui de Margueritte dans La tête en friche en 2010, où elle incarne une vieille dame, autrefois voyageuse et fervente lectrice, qui lit des romans à haute voix pour Germain, quasi illettré (Gérard Depardieu).

Née dans le 18e arrondissement de Paris, Gisèle Casadesus est la fille du compositeur et chef d'orchestre d'origine espagnole Henri Casadesus et de la harpiste Marie-Louise Beetz. En 1934, ella épousé le comédien Lucien Probst (dit Lucien Pascal). Ils ont eu quatre enfants: Jean-Claude Casadesus, de la comédienne Martine Pascal, le compositeur Dominique Probst et l'artiste plasticienne Béatrice Casadesus.

Harry Dean Stanton (1926-2017), le géant discret

Posté par vincy, le 16 septembre 2017

Un immense acteur américain vient de s'en aller. Né le 14 juillet 1926, Harry Dean Stanton, connu de tous les fans de Twin Peaks: Fire Walk with Me, est mort à l'âge de 91 ans. C'est avec Paris, Texas, de Wim Wenders, Palme d'or à Cannes en 1984, que le comédien a enfin, à 58 ans, atteint la notoriété nécessaire avec son premier "premier rôle" majeur pour devenir une gueule marquante du cinéma hollywoodien et du petit écran. Il a d'ailleurs briller en incarnant le leader religieux manipulateur et polygame dans Big Love, sur HBO, durant 5 saisons.

Nul ne doute que le Harry Dean Stanton Fest, créé en 2011 dans sa ville natale du Kentucky, sera en deuil lors de l'ouverture le 28 septembre.

Harry Dean Stanton, figure fantomatique et errante dans Paris, Texas, scénarisé par Sam Shepard, disparu il y a quelques semaines, avait imposé un jeu minimaliste, presque absent, héritier de ces mythiques acteurs des films noirs de l'âge d'or hollywoodien. "Il créait, avec son visage, une poésie triste" écrivait Roger Ebert. De ceux dont on reconnaît le visage et la silhouette sans se souvenir de leurs noms. Peu importe la moralité de son personnage, il le défendait avec avidité.

Au New York Times, à l'époque, il avouait qu'il en avait marre des rôles qu'on lui proposait à l'époque. Quand il a rencontré Sam Shepard en 1983, il lui avait confié chercher "de la beauté et de la sensibilité".

Pourtant, à travers ses films, on voyait aussi un acteur qui savait incarner le "cool", prendre des colères mémorables ou emprunter des chemins de traverses en jouant dans des films très variés, passant de Lynch à Marin Scorsese (La dernière tentation du Christ), de Sean Penn (The Pledge) à Robert Altman (Fool for love).

60 ans après avoir commencé sa carrière, le voici qui s'éclipse. Jusqu'en 1984, il n'a pas chômé, même s'il a galéré. Il tourne pour Michael Curtiz, Lewis Milestone, Terrence Malick (un court métrage), Sam Peckinpah (Pat Garrett et Billy le Kid), Monte Hellman, Francis Ford Coppola (le 2e Parrain, Coup de cœur quelques années plus tard), Bob Dylan, John Huston (Le malin)... En 1979, il est l'un des passagers de Alien de Ridley Scott. Pour la première fois, on le remarque.

Il enchaîne avec The Rose, de Mark Rydell, La Mort en direct, de Bertrand Tavernier (et bien plus tard, un autre films français: Les Cent et Une Nuits de Simon Cinéma, d'Agnès Varda), New York 1997 (Escape from New York) et Christine, de John Carpenter, et le culte Repo Man, d'Alex Cox. Harry Dean Stanton, à défaut de devenir une star, devient un acteur fiable, réputé gentil, et à l'aise dans tous les univers, y compris le film pour ados (Rose bonbon (Pretty in Pink), de Howard Deutch, avec Molly Ringwald).

Mais c'est bien en acteur lynchien, qu'il se révèle charismatique et étrange, énigmatique et fascinant. Avec le cinéaste il tourne Sailor & Lula, autre Palme d'or, Une histoire vraie, Inland Empire et bien sûr Twin Peaks, le film comme la récente saison 3 qui vient de s'achever. Son jeu naturaliste et sa prestance suffisaient à remplir l'écran.

"Voici qu'un grand s'en va. Il n'y a personne comme Harry Dean. Tout le monde l'aimait. Et pour de bonnes raisons. Il était un grand acteur (en fait au-delà de l'excellent) - et un grand être humain - c'était tellement formidable d'être autour de lui !!! Vous allez vraiment nous manquer Harry Dean !!! Beaucoup d'amour à vous où que vous soyez maintenant!" a écrit David Lynch en sa mémoire, après avoir appris son décès.

Ami avec Lynch mais aussi avec Jack Nicholson (Stanton a été son témoin de mariage en 1962 et, après le divorce, ils ont vécu avec la star durant deux ans). Ils ont souvent joué ensemble, notamment dans Missouri Breaks d'Arthur Penn, avec Marlon Brando, qui devient aussi son ami.

Dernièrement, il a continué son exploration de territoires inconnus, en bon cow-boy du 7e art: le dessin animé Rango, de Gore Verbinski, This Must Be the Place, de Paolo Sorrentino et les Avengers, de Joss Whedon. Son dernier film sort le 29 septembre sur les écrans américains, Lucky, où il interprète un athée s'interrogeant sur sa mortalité. Il joue aux côtés de David Lynch dans ce film de John Carroll Lynch. Le film, primé à Locarno en août, devrait sortir en décembre en France.

L'acteur avait servi dans la Navy durant la seconde guerre mondiale avant d'aller étudier le journalisme puis de se consacrer au métier d'acteur. Ses débuts, à la télévision, datent de 1954 (dont un épisode avec Alfred Hitchcock). Il était aussi musicien. Ami de Bob Dylan (il apparaît dans son clip "Dreamin' of You"), il avait son propre groupe et avait d'ailleurs chanté aux funérailles d'un autre de ses amis, l'écrivain Hunter S. Thompson.

Il n'a jamais reçu aucun prix.

Disparition du cinéaste de l’horreur Tobe Hooper (1943-2017)

Posté par MpM, le 29 août 2017

Tobe Hooper, réalisateur américain considéré comme l'un des pionniers du cinéma de genre, est décédé samedi 26 août à l'âge de 74 ans. Son œuvre compte une quinzaine de longs métrages de cinéma et une dizaine de réalisations pour la télévision, mais il est principalement connu pour deux films : Massacre à la tronçonneuse et Poltergeist.

Le premier est un film à petit budget tourné en 1974 avec notamment les professeurs et les élèves de son école. Il suit un groupe d'étudiants insouciants aux prises avec la violence la plus débridée, à la merci d'un tueur sanguinaire et d'une tribu cannibale. L'approche réaliste de Hooper et son sens du détail (gore) créent un niveau d'angoisse rarement atteint au cinéma. Bien qu'ayant subi plusieurs interdictions (en France, il est retiré des salles après une semaine d'exploitation, et n'y réapparaîtra qu'en 1982), le film est devenu un classique, et surtout une référence du genre pour de nombreux cinéastes. Il connaîtra plusieurs suites (dont une réalisée par Hooper lui-même en 1986) et même un remake en 2003.

Poltergeist, l'autre grand fait d'arme du réalisateur, est produit et coécrit par Steven Spielberg en 1982 et sera un immense succès au box-office. Il raconte l'histoire d'une famille dont la maison est hantée par des fantômes vindicatifs, et bénéficiera lui-aussi de plusieurs suites.

Malgré le bon accueil reçu, Tobe Hooper ne parviendra pas à capitaliser autant qu'on aurait pu le croire sur ce succès. Ses films suivants convainquent moins, et certains ne sortent même pas en salles. Il poursuit malgré tout dans la veine horrifique, avec des titres comme Les envahisseurs de la planète rouge, Nuit de la terreur ou Mortuary et des réalisations pour la télé, à l'image des épisodes des Contes de la crypte et le pilote de Freddy, le cauchemar de vos nuits, prequel du film de Wes Craven.

Preuve de l'immense reconnaissance dont il était l'objet, l'annonce de son décès a suscité des réactions bien au-delà du cercle un peu restreint du cinéma de genre, de John Carpenter à James Gunn, d'Eli Roth à Edgar Wright en passant par William Friedkin ou encore Scott Derrickson.

Mireille Darc (1938-2017) : le départ de la grande blonde

Posté par MpM, le 28 août 2017

C'est bien la première fois que Mireille Darc ne nous aura fait ni sourire, ni fondre. L'inoubliable héroïne du Grand blond avec une chaussure noire, dans lequel elle portait cette fameuse robe noire dénudant vertigineusement le dos, vient de disparaître à l'âge de 79 ans, laissant orphelin le cinéma français qui aura décidément payé un lourd tribu cet été.

Quand on pense à Mireille Darc, c'est tout un pan du cinéma des années 60 et 70 qui vient immédiatement à l'esprit. La grande sauterelle (ça restera son surnom), Des pissenlits par la racine (elle y incarne Rockie la braise, ça ne s'invente pas), La blonde de Pékin, Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais... elle cause, Fleur d'oseille, Fantasia chez les ploucs... même les titres sont évocateurs d'une époque et d'une certaine forme de cinéma.

C'est que Mireille Darc faisait partie de la "bande" de Michel Audiard et surtout de Georges Lautner, avec lequel elle tourna 13 films, dont le monument Les barbouzes en 1964, avec Lino Ventura, Bernard Blier ou encore Francis Blanche, mais aussi Les bons vivants (1965) ou encore Ne nous fâchons pas (1966). Elle tourna également avec Jean Giraud (Pouic Pouic, son premier grand rôle au cinéma), Edouard Molinaro (La chasse à l'homme, le téléphone rose...), Jean-Luc Godard (Week-end), Jacques deray (Borsalino) et bien sûr Yves Robert (Le grand blond...).

En tout une cinquantaine de longs métrages où elle apparaissait en femme fatale bienveillante ou en sex-symbol accessible, souvent drôle et malicieuse, dans des comédies policières loufoques ou des parodies décalées. Elle était ainsi le symbole d'une féminité émancipée et joyeuse, mais aussi d'une certaine force de caractère. A la fois populaire et mythique, libérée et rassurante, drôle et sensuelle.

Dans les années 80, une opération à coeur ouvert et un grave accident de voiture interrompent sa carrière. Elle tournera malgré tout son premier long métrage en tant que réalisatrice (La Barbare, en 1986) et apparaîtra une dernière fois chez Lautner, pour un petit rôle non crédité (La vie dissolue de Gérard Floque, en 1986). Ensuite, c'est la télévision qui lui fait un pont d'or, avec notamment les séries Coeurs brûlés (1992),  Les yeux d'Hélène (1994), Terre indigo (1996)...

La réaction la plus touchante à l'annonce de son décès est celle de Pierre Richard, son partenaire dans Le grand blond... : "Plus je suis triste, moins j'ai envie de parler… et là, je suis abattu par la disparition de Mireille…"

Sam Shepard (1943-2017) s’offre une balade au Paradis

Posté par vincy, le 31 juillet 2017

Triste jour que ce 31 juillet. Voilà que Sam Shepard, écrivain, dramaturge, réalisateur et acteur est mort. Né le 5 novembre 1943, il avait 73 ans. Si sa carrière est avant tout théâtrale, aussi bien comme auteur, metteur en scène et acteur, il avait tourné dans une soixantaine de films et téléfilms.

C'est Terrence Malick qui lui offre son premier grand rôle, dans Les Moissons du ciel en 1978. Quatre ans plus tard, il rencontre Jessica Lange sur le tournage de Frances. Ils vivront ensemble jusqu'en 2009. Durant les années 1980, il enchaîne les tournages. D'autant qu'il est à l'affiche d'un gros succès en 1983: L'étoffe des héros de Philip Kaufman. Il faut dire qu'à cet âge, ce coureur de jupons était sacrément beau gosse... Fool for Love de Robert Altman, Crimes du cœur de Bruce Beresford, Potins de femmes d'Herbert Ross, ... Il alterne les mélos et les thrillers, les films de guerre et les westerns. Souvent cantonné aux seconds-rôles, on le voit s'impliquer avec perfectionnisme dans des films comme Cœur de tonnerre de Michael Apted, L'Affaire Pélican de Alan J. Pakula, La neige tombait sur les cèdues de Scott Hicks, De si jolis chevaux de Billy Bob Thornton, The Pledge de Sean Penn, Opération Espadon de Dominic Sena, La chute du faucon noir de Ridley Scott, N'oublie jamais de Nick Cassavetes ou Don't Come Knocking de Wim Wenders, qu'il scénarise lui-même.

Cette éclectisme ne lui a jamais permis de devenir une star de cinéma. Il avait cette image du cowboy, du sudiste, de cet homme des campagnes. Ce qui ne l'empêchait jamais de varier les plaisirs. Ces dix dernières années, il a joué dans des productions très réalisées par des cinéastes d'une autre génération: Andrew Dominik (L'Assassinat de Jesse James, Cogan: la mort en douce), Jim Sheridan (Brothers), Baltasar Kormakur (Etat de choc), Doug Liman (Fair Game), Daniel Espinosa (Sécurité rapprochée), Jeff Nichols (Mud, Midnight Special), John Wells (Un été à Osage County)...

C'est sur les planches que Shepard aimait se mettre en lumière. Avec sa pièce L'enfant enfoui, il obtient le prestigieux prix Pulitzer. C'est aussi dans l'écriture qu'il s'épanouissait. Ainsi il a été le scénariste d'une Palme d'or (Paris, Texas), d'un film de Bob Dylan (Renaldo and Clara), ou d'un Antonioni (Zabriskie Point). Il aimait détourner les formes classiques, voire conventionnelles, pour bousculer le public avec un ton plus expérimental. Il aimait "péter les codes". En tant qu'acteur, paradoxalement, il était davantage de la retenue, une forme de minimalisme, mettant tout son "poids" dans les gestes, les regards, une sorte de virilité élégante. Il appréciait les personnages tourmentés.

Intellectuel et engagé, fermier et enseignant, il était à la fois une de ses figures de la mythologie américaine, à la Eastwood, et un artiste adulé à New York, malmené par les studios, exigeant et respecté. Il n'aimait pas être acteur au départ. Cela le rendait fou aussi que le business soit plus important que l'art. Il constatait le déclin de l'Empire Américain, s'accrochant à la mythologie de sa civilisation. Alors il écrivait. Continuellement. Pour ne pas se sentir inutile. De tous ses métiers, c'était celui qu'il revendiquait.

Sam Shepard ne voulait pas être une star, car il désirait continuer à jouer librement les personnages qui l'attiraient, et ne voulait pas être considéré comme une entité. Il aimait le folk-rock, les femmes, les vastes horizons, et son stylo. On l'imagine bien au crépuscule face à l'immensité d'un grand Ouest fantasmé.

L’immense Jeanne Moreau rejoint la nuit (1928-2017)

Posté par vincy, le 31 juillet 2017


Comment résumer la vie de Jeanne Moreau? C'est impossible. L'une des plus grandes actrices du cinéma français s'est éteinte, après des années à lutter contre la maladie, ce 31 juillet 2017, quasiment dix ans jour pour jour après Michelangelo Antonioni, qui l'avait sublimée dans La nuit (La notte).

Elle avait 89 ans. Chanteuse, réalisatrice (Lumière en 1976, L'adolescente en 1979), actrice, elle a épousé toutes les vagues du cinéma européen. Sans frontières, audacieuse, passant d'un genre à l'autre, elle avait cette liberté rare des grandes comédiennes. "La liberté, c'est de pouvoir choisir celui dont on sera l'esclave" disait-elle. Première femme à être élue à l'Académie des Beaux-arts en 2000, prix d'interprétation à Cannes en 1960, deux fois Césarisée d'honneur, en plus d'un César de la meilleure actrice en 1992, Oscarisée d'honneur en 1998, Molière de la meilleure comédienne en 1988, Jeanne Moreau, Mademoiselle Jeanne était un symbole. Une icône française, à sa façon.

A la fois élitiste et populaire - 27 de ses films ont dépassé le million d'entrées - la comédienne avait su traverser les époques et inspirer différentes générations de cinéastes. Jusqu'à être la narratrice d'un jeu vidéo. Elle aimait aussi transmettre. Comme lors de cette ouverture du Festival de Cannes où Vanessa Paradis lui chantait le Tourbillon de la vie, la chanson de Jules et Jim. Comme ce César d'honneur qu'elle donna à Céline Sciamma. Comme jouer avec ferveur les marraines du Festival Premiers Plans d'Angers.

Portrait: Mam'zelle Jeanne

Jeanne Moreau était une passionnée. De 1949 à 2015, elle n'a jamais cessé de jouer. Touchez pas au Grisbi de Jacques Becker, La Reine Margot de Jean Dréville, Ascenseur pour l'échafaud de Louis Malle, qui fit d'elle une tête d'affiche, Les amants et Viva Maria du même Louis Malle, Les Liaisons dangereuses 1960 de Roger Vadim, Les 400 coups et Jules et Jim de François Truffaut, Moderato cantabile de Peter Brook, Eva de Joseph Losey (sans oublier Monsieur Klein et La Truite), Le Procès, Falstaff et Une histoire immortelle d'Orson Welles, La baie des Anges de Jacques Demy, Peau de banane de Marcel Ophüls, Mata Hari de Jean-Louis Richard, Le train de John Frankenheimer, Le journal d'une femme de chambre de Luis Bunuel, Mademoiselle de Tony Richardsson... Jusqu'à la fin des années 1960, Jeanne Moreau, blond ou brune, tragique ou drôle, mélancolique ou fatale, a été l'une des muses du cinéma mondial.

Cette image a perduré, passant de Philippe de Broca à Carlos Diegues, de Marguerite Duras (ah! India Song) aux Valseuses de Bertrand Blier, d'André Téchiné à ses débuts (Souvenirs d'en France) à Elia Kazan (Le Dernier Nabab). Si elle tourne moins à partir de 1976, elle continue à surprendre, dans des courts, dans des documentaires, chez des réalisateurs dont le formalisme importe plus que le conformisme. Jeanne Moreau est dans Querelle de Rainer Werner Fassbinder, Le Paltoquet de Michel Deville, Le Miraculé de Jean-Pierre Mocky, Nikita de Luc Besson, L'amant, forcément!, de Jean-Jacques Annaud, Jusqu'au bout du monde de Wim Wenders, Le pas suspendu de la cigogne de Theo Angelopoulos... et bien sûr, elle est cette incomparable Vieille qui marchait dans la mer, où, avec délectation, elle savoure des mots de Frédéric dard. Des téléfilms de Josée Dayan à François Ozon, de Tsai Ming-liang à Amos Gitai, d'un des derniers films de Manoel de Oliveira à un passage dans les comédies d'Edouard Baer ou d'Alex Lutz, elle aura toujours eu cette flamme, cette envie, cette étincelle devant une caméra ou sur les planches.

Elle était belle, incandescente. Sa voix rocailleuse reconnaissable entre toutes. Insoumise et séductrice. Troublante, capable de nous ensorceler, de nous bouleverser et même de nous faire rire. Mutine ou froide, coquine ou absente. Elle était l'amante du cinéma. Une femme qui aimait éperdument, sans sentimentalité, sans peur. "Ce qui est important, c'est cette lumière intérieure qui est en tous". Elle avait cette lumière en elle, mais possédait surtout ce génie de savoir la donner aux autres. Mieux elle la captait comme nulle autre quand elle était devant une caméra.

Disparition de la monteuse Marie-Josèphe Yoyotte, trois fois césarisée

Posté par vincy, le 23 juillet 2017

Marie-Josèphe Yoyotte, l'une des grandes monteuses du cinéma français, est morte le 17 juillet dernier, dans l'indifférence générale. Née le 5 novembre 1929, cette antillaise de mère bretonne fut la première monteuse noire du cinéma français.

Elle aura cependant attendu 1981 pour découvrir la Martinique de son père, à l'occasion des repérages du film Rue Case-Nègre d'Euzhan Palcy (César du meilleur premier film, quatre fois primé à Venise). Marie-Josèphe Yoyotte a été l'une des techniciennes les plus récompensées aux César. Elle obtiendra le trophée pour Police Python 357 en 197, pour Microcosmos en 1997 et pour Le peuple migrateur en 2002. Elle avait aussi été nommée pour Le sauvage en 1976 et pour Tous les matins du monde en 1992.

Son œuvre est éclectique. Outre des documentaires environnementaux somptueux et les fresques historiques télévisées de Josée Dayan (Les liaisons dangereuses, Les misérables, Le Comte de Monte Cristo et Balzac), elle a monté des comédies comme des polars, des films à grand spectacle comme des drames.

Les 400 coups, Diva, La Boum ...

Parmi sa riche filmographie, travaillant régulièrement avec Alain Corneau, Jean-Paul Rappeneau et Claude Pinoteau, on lui doit les montages de Je vous trouve très beau, Laisse tes mains sur mes hanches, Le prince du Pacifique, Himalaya - l'enfance d'un chef, Les palmes de M. Schutz, Siméon, Génial, mes parents divorcent!, L'étudiante, L'été en pente douce, La Boum et La boum 2, Tout feu, tout flamme, Diva, Le grand escogriffe, La gifle, Le distrait, La guerre des boutons et Les quatre cents coups.

Elle avait pris sa retraite il y a 10 ans, après un ultime coup de ciseau au Deuxième souffle d'Alain Corneau.