A Time to quit: Joel Schumacher (1939-2020)

Posté par vincy, le 22 juin 2020

Joel Schumacher, né le 29 août 1939, a succombé à un cancer le 22 juin à l^'age de 80 ans.

Considéré avant tout comme un faiseur, doués pour respecter les commandes, le cinéaste, scénariste, producteur a pourtant insufflé un style pop dans des films de genre, dont certains ont connu un beau succès au box office.

Il a débuté au rayon costumes, notamment chez Woody Allen, avant de se lancer au début des années 1980, derrière la caméra. Dès son troisième film, St. Elmo's Fire, avec Emilio Estevez, Rob Lowe et Demi Moore, film générationnel, il séduit le public ado et se fait massacrer par la critique. Génération perdue, film teenager et de vampires, fait davantage consensus.

Touche à tout, il passe ainsi du fantastique au drame en passant par la comédie romantique et le thriller, et même le remake de Cousin, Cousine avec le très raté Cousins. Car Schumacher était un réalisateur inégal.

C'est avec les adaptations de John Grisham qu'il est sans doute le plus appliqué: Le client et Le droit de tuer s'imposent même grâce à lui comme un genre en soi, le thriller légaliste à gros casting (Susan Sarandon, Tommy Lee Jones, Matthew McConaughey, Sandra Bullock, Samuel L. Jackson, Kevin Spacey).

Il est alors choisi par la Warner pour remplacer Tim Burton sur la première franchise Batman. Il réalise donc Batman Forever et Batman & Robin. Les deux films souffrent de l'absence de Michael Keaton dans le rôle du chevalier noir, et, pire, du changement d'acteur pour le personnage principal d'un film à l'autre.

Les génériques restent flamboyants: Val Kilmer puis George Clooney en Batman, Jim Carrey, Tommy Lee Jones, Nicole Kidman, Chris O'Donnell, Uma Thurman, Arnold Schwarzenegger... Il transforme l'univers sombre et macabre de Burton en fantasy colorée et flashy, presque kitsch, avec une ironie pas désagréable et des allusions homosexuelles entre Batman et Robin salutaires (mais décriées à l'époque). Schumacher a tué Batman, il le confesse. Le quatrième film scelle la fin de cette première série de films autour du personnage, alors qu'un cinquième opus était prévue.

Il y a un malentendu autour de sa filmographie, qui est jugée sans personnalité. Si la plupart de ses films ne se distinguent pas des productions hollywoodiennes, Joël Schumacher, qui n'est pas un David Fincher (avec qui il est véritablement ami), a quand même réussi à intégré une forme de subversion et même d'opinions personnelles

Deux de ses films les plus singuliers et les plus intrigants sont à l'opposé de ce style star en costard. Avec Michael Douglas en forcené au bout du rouleau dans Chute libre (en compétition à Cannes) et Colin Farrell en victime d'un chantage moraliste dans Phone Game, il dépeint une Amérique hypocrite, cynique et intrinsèquement violente.

Dans Flawless, comédie dramatique habile et burlesque, il confronte deux monstres, De Niro et Philip Seymour Hoffman, abordant une fois de plus l'identité sexuelle  une amitié improbable entre un ancien flic très conservateur et un travesti plus fantasque. Manière d'affirmer sa propre homoseuxalité et son activisme pour les droits LGBTQI+.

Joel Schumacher fut un cinéaste insaisissable, auteur de séries B sans saveur mais pas forcément sans charme, comme L'expérience interdite (surnaturel), Le choix d'aimer (mélo), 8 millimètres (action, bizarrement en compétition à Berlin), Tigerland (guerre), Bad Company (espionnage), Véronica Guerin (biopic), films souvent dopés par des têtes d'affiche comme Julia Roberts, Nicolas Cage, Joaquin Phoenix, Anthony Hopkins, Cate Blanchett). A chaque fois, il essaie une autre forme de récit  mise en scène, du huis-clos en extérieur au flashback, du snuff movie dopé au buddy movie trans générationnel et interracial.

Durant la dernière décennie de sa carrière, il enchaîne les fiascos, à commencer par l'affreuse adaptation du musical Le Fantôme de l'opéra. Suivent Le nombre 23, Blood Creek, Twelve et Effraction. Ces thrillers du samedi soir, parfois avec quelques stars, ne convainquent plus. Avant sa retraite, il réalise deux épisodes de la première saison d'House of Cards.

Ancien de la mode, fan de David Lean et Lars von Trier, il se plaignait depuis plusieurs années du "lissage" des scénarios, lui qui aimait tant les controverses. Le business a changé, et lui ne voulait plus de cette pression de la rentabilité. Conscient d'avoir atteint largement plus que ses rêves, Schumacher laisse une œuvre un peu baroque, mais surtout le portrait d'une Amérique aussi perdue que frustrée.

Ian Holm nous quitte (1931-2020)

Posté par vincy, le 19 juin 2020

Mondialement connu pour avoir incarné Bilbo dans Le Seigneur des Anneaux, la trilogie oscarisée de Peter Jackson, Ian Homm est mort à l'âge de 88 ans. L'acteur britannique avait été révélé au grand public dans Alien - le huitième passager de Ridley Scott en 1979, dans le rôle d'un androïde, avant d'être sacré aux Baftas et nommé à l'Oscar du meilleur second-rôle dans Les chariots de feu en 1981.

A l'aise dans tous les genres, on l'a aussi remarqué dans Greystoke, la légende de Tarzan, Brazil et Time Bandits de Terry Gilliam, Une autre femme de Woody Allen, Henry V et Frankenstein (où il était le baron) de Kenneth Branagh, Kafka de Steven Soderbergh, Le festin nu et eXistenZ de David Cronenberg, La folie du roi George, Big Night... En 1997 il est doublement à Cannes avec Le cinquième élément de Luc Besson et le magnifique De Beaux lendemains d'Atom Egoyan.

Son éclectisme traverse toute sa filmographie. Capable de se fondre dans n'importe quel univers, de Richard Attenbrough (Les griffes du lion) Richard Lester (La rose et la flèche), de Franco Zeffirelli (Hamlet) à Arnaud Desplechin (Esther Kahn). On le voit aussi chez Danny Boyle, Sidney Lumet, John Frankenheimer, John Badham, Albert et Allen Hughes, Zach Braff, Roland Emmmerich, Andrew Niccol et même Martin Scorsese (Aviator).

Il tournera ses derniers films avec Peter Jackson pour les deux premiers Hobbit.

Second-rôle impeccable qui aura traversé les décennies avec modestie, Ian Holm a débuté à la Royal Shakespeare Company. Car c'est sur les planches qu'il reçu les plus beaux honneurs, jusqu'à recevoir un Tony Award pour son personnage de Lenny dans The Homecoming d'Harold Pinter, qui confia que Holm était son acteur favori. D'Hercule Poirot à Alceste, de la voix du chef Skinner dans Ratatouille (qui lui valu un Annie Award) à Thénardier, il était capable de se glisser dans n'importe quel rôle grâce à un jeu volontairement minimaliste (qui n'empêchait pas les excès), considérant qu'au cinéma le regard faisait la moitié du travail.

Marion Hansel dans ses nuages (1949-2020)

Posté par vincy, le 9 juin 2020

La cinéaste et productrice belge Marion Hänsel, Lion d'argent à Venise en 1985 pour Dust, est décédée lundi à l'âge de 71 ans, selon les médias belges.

Outre Dust, adaptation du roman éponyme de l'auteur sud-africain J.M. Coetzee avec Jane Birkin et Trevor Howard, elle avait transposé le roman de Yann Queffélec, Les noces barbares (prix Goncourt), réalisé en 1987.

Née en février 1949 à Marseille d'un père anversois, et formée en partie à l'Actor's Studio à New York (Etats-Unis), la réalisatrice, de son vrai nom Marion Ackermans, avait signé une œuvre à la fois réaliste, naturaliste, physique et intime, voguant vers l'ailleurs, jusqu'en Afrique. "Elle proposait des voyages intérieurs en extérieur", comme l'écrit le quotidien belge Le Soir. A l'image de son film Nuages – Lettres à mon fils, où elle filme les cieux tout en y posant la voix de Catherine Deneuve (en français) et de Charlotte Rampling ((en anglais), lisant des lettres écrites à son fils depuis sa conception.

Marion Hansel avait d'abord débuté avec des petits rôles d'actrice chez Pierre Arago et Agnès Varda (L'une chante, l'autre pas). On peut d'ailleurs retrouvé une autre filiation avec Varda, dans son film Il était un petit navire, son dernier film réalisé l'an dernier, sorte de collage poétique autobiographique.

Dès les années 1980, elle passait derrière la caméra avec son premier long métrage, Le Lit, adapté du roman éponyme de Dominique Rolin. Elle a aussi réalisé en français et en anglais Il Maestro, d’après le roman La Jacca Verde de Mario Soldati avec Malcom McDowell et Charles Aznavour, Sur la Terre comme au ciel, avec Carmen Maura, Between the devil and the deep blue sea, avec Stephen Rea (en compétition à Cannes), The Quarry, d’après le roman de Damon Galgut, Si le vent soulève les sables, ou encore La tendresse et En amont du fleuve (ces deux derniers avec Olivier Gourmet).

"Noir océan, En amont du fleuve, Il était un petit navire: la cinéaste belge Marion Hänsel était une fille de l’eau. Elle pouvait traverser l’océan sur un cargo et en faire un scénario. Elle laisse une trace dans le cinéma européen 'sur la terre comme au ciel' où elle vient d’arriver", a twitté Gilles Jacob, ancien président du Festival de Cannes.

Dernier tour de piste pour Guy Bedos (1934-2020)

Posté par vincy, le 28 mai 2020

Nicolas Bedos a annoncé le décès de son père Guy Bedos, à l'âge de 85 ans, et ce quelques jours après le départ de son complice Jean-Loup Labadie.

Star du One-Man Show (et Molière pour un de ses Zénith), humoriste de gauche mordant un camp comme l'autre, polémiste moqueur et provocateur, admirable dans l'exercice de la revue de presse, Guy Bedos a été durant plus de trente ans l'un des comédiens les plus en vue sur scène, sur le petit écran, et même sur le grand.

Il a débuté au cinéma avec des petits rôles (Les tricheurs de Marcel Carné, Ce soir ou jamais de Michel Deville, Le caporal épinglé de Jean Renoir). Le succès sur scène l'empêche de s'épanouir au cinéma, contrairement à Coluche à la même époque. Mais, à l'inverse de Thierry Le Luron et Pierre Desproges, Bedos va quand même briller au cinéma. En 1970, il incarne Claude Langmann, dans le film autobiographique de Claude Berri, Le pistonné, chronique anti-militaire. Et puis grâce à Yves Robert, qui l'avait enrôlé un première fois dans Les copains en 1965, et avec Jean Labadie au scénario, il devient l'éternel Simon dans la bande de copains du diptyque Un éléphant ça trompe énormément / Nous irons tous au Paradis (1976 et 1977). Robert l'engagera de nouveau dans Le Bal des casse-pieds, toujours scénarisé par Labadie.

Trop occupé à faire rire la France dans des salles de spectacles de plus en plus grande, on ne le voit qu'en second-rôle ou de passage dans des comédies d'époque comme Il est génial Papy et La jungle. Cependant, il a aussi fait une incursion dans les drames comme Sauve-toi Lola, le film collectif Contre l'oubli, Survivre avec les loups... Sa dernière apparition, aux côtés de Pierre Richard, Jane Fonda, Geraldine Champlin et Claude Rich, date de 2012 avec Et si on vivait tous ensemble?, jolie comédie douce amère sur le vieillissement.

A la TV, on le croise dans la série Chère Marianne, Une famille pas comme les autres, sur l'homoparentalité, et Kaamelott dans le personnage d'Anton.

Monstre de la scène

On se souviendra surtout de Guy Bedos sur les planches. Pour sa gueule d'abord. Précoce metteur en scène, l'élève de la rue Blanche débite en interprètan un premier sketch, signé Jacques Chazot, qui confronte l'auteur en homo de droite et Bedos en hétéro de gauche.  Vedette du music-hall, il partage Bobino avec Barbara, puis ses sketches, écrits par Labadie pour les meilleurs, avec Sophie Daumier ("La drague"), avant de se lancer en solo. Dès les années 1980 avec l'arrivée de la gauche au pouvoir, Bedos devient un symbole de la gauche caviar, sans jamais perdre son esprit critique, combattant inlassablement contre le racisme, pour les sans-papiers, pour les mal-logés, contre l'intolérance et contre l'homophobie. En 1992, il s'offre un Bedos/Robin  d'anthologie, avec Muriel Robin. En 2003, son fils Nicolas Bedos et Gérard Miller, sur une mise en scène de Jean-Michel Ribes, lui offrent un retour au sommet. Nicolas Bedos lui écrit aussi Sortie de Scène et Le voyage de Victor. Labadie reprend sa plume pour Hier, aujourd'hui, demain. Guy Bedos signe lui-même En piste! et Rideau! en 2009, pour ses adieux.

Il a travaillé avec Jean-Paul Belmondo à leurs débuts (il était de la bande avec Marielle, Rochefort & co), Jérôme Savary (dans La résistible ascension d'Arturo Ui de Bertolt Brecht, sans doute son plus grand rôle) et Samuel Benchetrit pour ses adieux définitifs à la scène, avec Moins 2.

"Je préfère arrêter avant de me retrouver un jour dans l’obligation d’arrêter"

De nombreux recueils de gags en digressions rédigées, il a aussi publié plusieurs livres, y compris des livres autobiographiques comme Mémoires d'outre-mère et Je me souviendrai de tout. De drôleries assumées en méchancetés insignifiantes, cette bête de scène qui maniait si bien l'autodérision, effaré par les époques qu'il a traversées, doucement mélancolique, sérieusement nostalgique, forcément coupable de ses erreurs, droit dans ses bons mots, et rigolard aux tribunaux, était une figure paternelle familière pour les uns insupportable, pour les autres salutaire.

Dans Libération, il rappelait: "J’ai passé ma vie à flirter avec la mort et l’ai même souvent espérée, depuis l’enfance. N’oublions pas aussi que je milite depuis longtemps pour le droit à mourir dans la dignité, la fin est parfois d’une telle violence et cruauté, j’ai accompagné suffisamment d’amis, comme Desproges, par exemple, pour le savoir. Mais pour en revenir à ces adieux, c’est sûr que quelque chose va mourir en moi. Comme une histoire d’amour qui s’achève. Pendant un demi-siècle, ce contact physique, charnel avec le public m’a enchanté."

Car la scène était bien une histoire d'amour, dévorante et passionnante, souvent en détriment de sa vie personnelle. Il avait pour lui une liberté de paroles qui ne serait sans doute plus possible aujourd'hui. Mais n'ayant pu être ni Woody Allen, ni Charlie Chaplin, il a du se contenter de jouer ce saltimbanque qui s'amusait à piquer les rois pour mieux conquérir les coeurs de son public. Mais derrière ce barnum, l'homme, fragile et sensible, était surtout entouré de fantômes, ceux de Desproges, de Jean Yanne, de Françoise Dorléac, avec qui il avait eu une liaison, de Simone Signoret, sa "marraine". Sans doute le départ de Jean-Loup Labadie a-t-il été celui de trop pour le gamin d'Alger qui aimait la Corse et flirter avec une certaine morbidité. Le rire était sans doute la seule arme qu'il avait pour la repousser.

Fin de l’histoire pour Jean-Loup Dabadie (1938-2020)

Posté par redaction, le 24 mai 2020

Romancier, dramaturge, et surtout parolier et scénariste, Jean-Loup Dabadie est mort à l'âge de 81 ans. Côté chansons, on lui doit des tubes comme "Partir" et "Ma préférence" pour Julien Clerc, "Holidays" et "Lettre à France" pour Michel Polnareff, et des chansons pour Jean Gabin, Dalida, Claude François, Régine, Juliette Gréco, Johnny Hallyday, Marie Laforêt, Mireille Mathieu, Yves Montand, Serge Reggianni ("L'italien"), Michel Sardou ("Chanteur de jazz"),... Sans oublier que l'Académicien a signé quelques uns des meilleurs sketches de Guy Bedos pour la scène.

Côté cinéma, ce fut un brillant dialoguiste et observateur des mœurs de son époque, les années 1970 pendant lesquelles il fut un des plus prolifiques et brillants auteurs.. C'est évidemment sa collaboration avec Claude Sautet qui restera dans les mémoires de cinéphiles: Les choses de la vie, Max et les ferrailleurs, César et Rosalie, Vincent François Paul et les autres, Une histoire simple, Garçon...

Mais Labadie était aussi un prince de la comédie, à commencer par Le sauvage de Jean-Paul Rappeneau, dans un registre aventures, La gifle de Claude Pinoteau, dans un genre plus familial, ou Un éléphant ça trompe énormément et sa suite Nous irons tous au paradis d'Yves Robert, summum de la comédie amicale entre mecs. Avec Yves Robert, la collaboration a été régulière (Clérambard, Salut l'artiste, Courage fuyons, Le bal des casse-pieds), tout comme avec Pinoteau dans des genres plus variés (Le silencieux, La septième cible). Labadie a aussi écrit des films de Philippe de Broca, François Truffaut, Francis Girod, avec moins de succès. Clara et les chics types de Jacques Monnet en 1981 sonne même comme un requiem à son style.

Si son talent s'étiole à partir des années 80, en musique comme au cinéma, il reviendra sur le grand écran avec trois films consensuels de Jean Becker, La tête en friche, Bon rétablissement et Le collier rouge. Mais jamais il n'avait retrouvé ce talent qui aillait le rythme et les bons mots, le verbe cinglant et le silence vibrant qui faisaient des étincelles dans ses récits amoureux, dramatiques ou drôles, des années Pompidou-Giscard.

Michel Piccoli (1925-2020), son dernier saut dans le vide

Posté par vincy, le 18 mai 2020

Michel Piccoli est mort le 12 mai a-t-on appris ce lundi 18 mai à l'âge de 94 ans. Né le 27 décembre 1925, l'un des plus grands comédiens français s'est éteint des suites d'un accident cérébral.

Prix d'interprétation à Cannes en 1980 pour Le Saut dans le vide, Ours d'argent du meilleur acteur à la Berlinale en 1982 pour Une étrange affaire, Léopard de la meilleure interprétation masculine à Locarno en 2007 pour Les Toits de Paris et prix David di Donatello du meilleur acteur en 2012 pour Habemus papam, il a derrière lui une carrière vertigineuse au cinéma comme au théâtre. Avec aucun César dans son escarcelle, scandale perpétuel.

Il a tourné avec les plus grands: Jean Renoir, René Clair, Luis Bunuel, Jean-Luc Godard, Agnès Varda, Jacques Demy, Costa-Gavras, Michel Deville, Heanri-Georges Clouzot, Alfred Hitchcock, Marco Ferreri, Claude Sautet, Claude Chabrol, Louis Malle, Marco Bellocchio, Ettore Scola, Leos Carax, Jacques Rivette, Youssef Chahine, Manoel de Oliveira, Bertrand Blier, Elia Suleiman, Raoul Ruiz, Claude Miller, Theo Angelopoulos, Nanni Moretti, Alain Resnais...

De 1945 à 2015, il a traversé tout le cinéma, avec des rôles variés, où sa justesse en faisait un artiste de la précision. Un parcours éclectique mû par la curiosité et l'amour de son art. Il était un géant du cinéma européen.

Lire notre portrait: Piccoli, Alors voilà.


C’est finalement Gilles Jacob qui en parle le mieux. L’ancien président du Festival de Cannes avait écrit un livre d’entretiens avec le comédien il y a cinq ans : «Michel, c'était l'art du comédien : la classe, l'élégance et la pudeur, la tendresse et l'extravagance, la fraîcheur de ceux qui ont gardé leur âme d'enfant. Il représentait aussi la cocasserie. L'envie de surprendre et de laisser germer ce grain de folie qui font les très très grands. C'est pour cela que les plus grands cinéastes comme Marco Ferreri, Claude Sautet et Jean-Luc Godard l'ont utilisé magnifiquement. On ne dirigeait pas Piccoli. On le filmait. C'était inutile de lui donner des explications. Le personnage qu'il interprétait le guidait, et l'imprégnation du personnage. Il accueillait l'évidence des... choses de la vie. La France est orpheline d'un fils. Il nous laisse son œuvre et notre chagrin.»


C'est entendu, Michel Piccoli est un monstre sacré. Qu’il admire le corps de Bardot, qu’il séduise Deneuve, qu’il tombe amoureux de Schneider, qu’il se gave avec Ferreol ou qu’il cabotine avec Miou-Miou, Piccoli a toujours su trouver le ton juste, précis, modulant parfaitement sa voix, maîtrisant à merveille son regard.

Le sortilège du destin

Michel Piccoli naît à Paris le 27 décembre 1925 dans une famille musicienne : une mère pianiste, issue d'une famille bourgeoise, et un père violoniste venant d'un milieu modeste. Son enfance se partage entre la capitale et la Corrèze. A 20 ans, il s'affranchit de la bourgeoisie familiale et fait ses débuts au cinéma avec une figuration dans le film de Christian Jaque, Sortilèges. Après quelques rôles de cinéma et quelques pièces de théâtre, il fait la rencontre de Luis Buñuel. "J'ai écrit, moi acteur obscur, à ce metteur en scène connu pour qu'il vienne me voir dans un spectacle. Il est venu. Nous sommes devenus amis. C'est un culot de jeune homme formidable, non ?". C'est le début d'une longue complicité : Michel Piccoli jouera dans six de ses films dont les fameux Journal d'une femme de chambre, Belle de jour et Le charme discret de la bourgeoisie.
Amoureux des livres, des idées, de cette effervescence intellectuelle de l’après guerre, Piccoli croise le tout Saint-Germain-des-Prés et connaît Boris Vian (il reprendra son Déserteur dans un disque hommage à Reggiani), Jean-Paul Sartre et Juliette Gréco qui sera sa compagne pendant onze ans.

Séducteur ou gouailleur, grossier ou élégant, mystérieux ou rêveur, Piccoli a traversé l’histoire du cinéma. Il tourne beaucoup, dès les années 1950. On le croise ainsi dans French cancan, Les grandes manœuvres, Marie-Antoinette… Des seconds-rôles qui aboutiront à celui qui déclenchera tout, dans Le doulos, avec Belmondo, de Jean-Pierre Melville en 1962. Le chapeau lui va bien. Il ne le quittera pas l’année suivante dans Le Mépris, de Godard, où il s’impose comme un grand de sa génération. Dès lors, il trouve sa place dans des univers variés. La jeune génération française avec Jacques Rozier, Paul Vecchiali, Agnès Varda, Alain Cavalier, Michel Deville, Alain Resnais, Nadine Trintignant, les cinéastes de l’exil, comme Bunuel et Costa-Gavras, les grands noms du 7e art français (René Clément, Henri-Georges Clouzot) ou le cinéma italien, puisqu’il parle couramment la langue.

De cette époque on retient alors Compartiments, La Guerre est finie, Les Demoiselles de Rochefort, Benjamin ou les mémoires d'un puceau, La chamade, et bien sur son passage chez Hitchcock dans L’étau. S’il n’a pas le statut de star d’un Belmondo ou d’un Delon, il est, à l’instar de Noiret, un de ces acteurs qui compte rapidement dans le cinéma européen.

Le grand saut

Fidèle avec ses cinéastes fétiches - Bunuel, Ferreri, Sautet -, c’est justement avec ce dernier que sa stature va évoluer. En 1970, il est à l’affiche des Choses de la vie (enchaînant ensuite un grand écart avec Philippe de Broca, les très belles Noces rouges de Claude Chabrol et Yves Boisset). Un drame intime et existentialiste bouleversant, qui amorce un tournant dans la carrière du réalisateur et relance celle de Romy Schneider. C’est aussi le plus grand succès au box office du comédien. Il a alors ce charme discret de la bourgeoisie, qu’il se délectera à transformer en décadence totale dans La grande bouffe de Marco Ferreri, grand pamphlet d’une civilisation sur-consommatrice et autodestructrice.

Car pour lui, le cinéma doit refléter le chaos et la folie du monde, quitte à se confiner et s’isoler dans Themroc de Claude Garaldo, 47 ans avant notre confinement actuel. Il peut jouer aussi bien un homme de loi qu’un escroc, un ministre qu’un médecin, un ami qu’un roi. Après Vincent, François, Paul et les autres, de Sautet, il doit cependant patienter jusqu’en 1979 pour retrouver un grand personnage, celui du juge Mauro dans Le saut dans le vide de Marco Bellocchio, sublime mélo noir, qui lui fait décrocher un prix d’interprétation à Cannes. Deux ans avant son prix d’interprétation à Berlin, dans Une étrange affaire, en patron prédateur.

Insatiable curiosité

Dès les années 1980, il oscille entre fidélité (Boisset, Ferreri, Demy, Bellocchio, Godard) et découvertes, entre quelques succès comme la Passante du Sans-Souci, toujours avec Schneider, ou Que les gros salaires lèvent le doigt ! de Denys Granier-Deferre. Il passe ainsi du Prix du danger à La nuit de Varennes, d’Ettore Scola, de La Diagonale du fou, en champion d’échecs, à des films de Jacques Doillon ou de Claude Lelouch.  Dans ces années-là, il croise Youssef Chahine (Adieu Bonaparte), Leos Carax (Mauvais sang), Maroun Bagdadi (L’homme voilé), autant de films audacieux et sélectionnés dans les festivals. Mais il tourne aussi Le paltoquet et Milou en mai, beau succès public de Louis Malle.

Piccoli est insaisissable. Il n’est jamais là où on l’attend. Il peut-être doux ou colérique, las ou vivifiant, dans des œuvres exigeantes ou des films plus consensuels. Surtout, il sait vieillir au cinéma. Et alors que Delon et Belmondo s’éclipsent progressivement, piégés par leur image de superstar, lui s’amuse à être peintre voyeur dans La belle noiseuse de Rivette ou emmerdeur homosexuel dans Le bal des Casse-pieds de Robert. Il ose tourner dans des courts métrages de débutants comme Guillaume Nicloux, s’’amuse à être monsieur cinéma chez Varda, à être en costume princier pour Molinaro, à jouer son propre personnage chez Bertrand Blier, à se lancer dans la réalisation (Alors voilà, en 1998). Il découvre aussi les univers d’Enki Bilal (dans un film SF) ou de Raoul Ruiz (dans une psychanalyse surréaliste). Et puis il rencontre Manoel de Oliveira, qui lui offre l’un de ses plus beaux personnages, dans Je rentre à la maison. Toute la sensibilité et la subtilité de Piccoli transpercent l’image.

Habemus Maestro

Piccoli est insaisissable, atemporel et sans étiquette. Il n’est jamais là où on l’attend. Il peut-être doux ou colérique, las ou vivifiant, dans des œuvres exigeantes ou des films plus consensuels. Surtout, il sait vieillir au cinéma. Et alors que Delon et Belmondo s’éclipsent progressivement, piégés par leur image de superstar, lui s’amuse à être peintre voyeur dans La belle noiseuse de Rivette ou emmerdeur homosexuel dans Le bal des Casse-pieds de Robert. Il ose tourner dans des courts métrages de débutants comme Guillaume Nicloux, s’’amuse à être monsieur cinéma chez Varda, à être en costume princier pour Molinaro, à jouer son propre personnage chez Bertrand Blier, à se lancer dans la réalisation (Alors voilà, en 1998). Il découvre aussi les univers d’Enki Bilal (dans un film SF) ou de Raoul Ruiz (dans une psychanalyse surréaliste). Et puis il rencontre Manoel de Oliveira, qui lui offre l’un de ses plus beaux personnages, dans Je rentre à la maison. Toute la sensibilité et la subtilité de son jeu transpercent l’image. « L’acteur n’existe que dans le regard des autres » selon lui. Là on redécouvrait aussi bien Piccoli qu’on s’émerveillait de la jeunesse d’Oliveira.

« Je ne veux pas être élitiste, mais je sais que je serais incapable de réaliser quelque chose qui plairait au plus grand nombre » explique-t-il alors qu’il vient « d'entrer sur le marché du travail dans les rôles de grands-pères. Les carottes sont cuites ». Sans agent, sans César, narrateur permanent de documentaires, fictions (Intervention divine d’Elia Suleiman) ou films d’animation (La prophétie des grenouilles de Jacques-Rémy Girerd), il poursuit ses rêves sans trop d’efforts. Que ce soit au théâtre jusqu’à la fin des années 2000 avec un rôle-sacre, le Roi Lear, ou au cinéma. Il continue à tourner pour les cinéastes d’avant mais s’aventure aussi chez Bertrand Bonello, Theo Angelopoulos, ou même Bertrand Mandico. C’est évidemment en pape dans Habemus Papam de Nanni Moretti en 2011 qu’il semble signer sa performance crépusculaire, loin de toute noirceur, et proche  d’un hédonisme lumineux. « Le bonheur est toujours une quête à renouveler » disait-il. Durant 70 ans de métier, il a su appliquer cet idéal.

Et si on regardait… des films en hommage à Lynn Shelton

Posté par kristofy, le 17 mai 2020

Il y a 11 ans, en mai 2009, à la Quinzaine des Réalisateurs, on découvrait le film Humpday et la révélation de sa réalisatrice/scénariste Lynn Shelton. Ce 15 mai, elle est morte, âgée de 54 ans (un désordre sanguin). Alors que ces quelques dernières années, le monde du cinéma tente de valoriser les femmes cinéastes présentes dans les festivals ou aux commandes de blockbusters, elle était parmi celles qui faisaient entendre sa voix depuis bien plus longtemps. Humpday était d'ailleurs un nouveau symbole d'un cinéma indépendant américain à mini-budget, fait entre amis, qui pouvait triompher à l'international (comme Clerks en 1994,  Le projet Blair Witch en 1999...), avec un sujet singulier.

Dernièrement Lynn Shelton a réalisé un ou deux épisodes de diverses séries mais sans s'y impliquer (Mad Men, New Girl, Bienvenue chez les Huang, Love, Glow, The morning show), le genre de propositions où on officie comme 'exécutant' en attendant l'opportunité d'un nouveau projet. Elle est revenue au premier plan avec la moitié des épisodes de la série Little Fires Everywhere produite par Reese Witherspoon et Kerry Washington.

Outre sa trilogie personnelle, Lynn Shelton a également réalisé  Girls only sorti en mai 2015 dans l'indifférence générale, film de commande où le casting avec Keira Knightley, Chloë Grace Moretz, Sam Rockwell ne suffit pas à compléter la faiblesse d'un scénario qui n'est pas le sien.

Lynn Shelton va donc rester comme la réalisatrice d'une trilogie Humpday - Ma meilleure amie sa sœur et moi - Touchy Feely avec un duo d'interprètes : Mark Duplass et Rosemarie DeWitt. Ces trois films joue sur une même thématique, celle de surmonter des regrets intimes, et interroge à la fois l'amitié, l'amour, et la famille.

Humpday : la fraicheur et l'humour de ce film en ont fait la comédie qui a fait connaître Lynn Shelton à l'international après un Prix du jury au Festival de Sundance 2009, puis à Cannes à La Quinzaine des Réalisateur, et dans la foulée au Festival américain de Deauville en compétition, juste avant sa sortie en salles le 16 septembre 2009. Un couple (dont Mark Duplass) qui essaye d'avoir un enfant et reçoit la visite d'un ancien ami toujours sans attache, après une nuit de fête, les deux hommes ont fait le pari de réaliser ensemble une film porno gay alors qu'ils sont hétéro...

Ma meilleure amie, sa sœur et moi : Mark Duplass en déprime est invité par sa meilleure amie Emily Blunt à passer quelques jours dans une maison de campagne, mais il y trouve sa soeur lesbienne Rosemarie DeWitt. Après une nuit de confidences, il couche avec elle alors que c'est sa soeur qui est amoureuse de lui... Un autre triangle où se mélange amitié, amour et désir d'enfant.

Touchy Feely : Rosemarie DeWitt, de nouveau, mai aussi Ellen Page, Allison Janney, Scoot McNairy, et Ron Livingston, sont du casting. A nouveau présenté au Festival de Sundance, le film s'écarte de la structure d'un triangle romantique pour évoquer plus largement les liens et les malentendus au sein d'une famille, dans une sorte de variation féminine de Woody Allen.

Les films de Lynn Shelton ont eu un succès d'estime en salles mais ont été plus connus ensuite en dvd. Les 'professionnels de la profession' ont eux tous vu la qualité de ces films, au point d'en acheter les droits pour en faire des remakes inutiles : Humpday est ainsi devenu en 2012 Do Not Disturb remake raté d'Yvan Attal (il forme le duo avec François Cluzet, entourés de Laetitia Casta et  Charlotte Gainsbourg)  ; Ma meilleure amie, sa sœur et moi est devenu Et ta soeur en 2016 par Marion Vernoux (avec Virginie Efira, Géraldine Nakache, et Grégoire Ludig). On vous conseille les originaux.

Irrfan Khan (1967-2020), de Bollywood à Hollywood

Posté par vincy, le 29 avril 2020

L’acteur indien Irrfan Khan est décédé des suites de complications au niveau du colon ce mercredi matin. Il avait 53 ans et se battait contre un cancer depuis deux ans environ. Né le 7 janvier 1967, de son vrai nom Sahabzade Irrfan Ali Khan, marié à l'écrivaine Sutapa Sikdar, il a débuté dans de nombreuses séries TV avant de devenir une star de cinéma.

Ses débuts sur grand écran ne furent d'ailleurs pas très glorieux. Une scène coupée au montage dans Salaam Bombay! de Mira Nair, des rôles oubliés dans des films bollywoodiens. Il doit patienter jusqu'en 1998 pour être remarqué en second-rôle (le père du héros) dans Such a Long Journey, film britannico-canadien réalisé par Sturla Gunnarsson.

En 2001, il est propulsé au premier plan, après quinze ans de carrière remplie de feuilletons pour le petit écran, grâce au réalisateur britannique d'origine indienne, Asif Kapadia. Il tient le rôle principal, très intériorisé et quasi mutique, de The Warrior, où il incarne l'homme de main d'un riche propriétaire du Rajasthan qui renonce à sa profession de tueur et part chercher le salut dans les hauteurs himalayennes. Le film reçoit le Prix du meilleur film britannique aux BAFTA, le Douglas Hickox Award aux British Independent Film Awards et l'Hitchcock d'or à Dinard.

Il enchaîne alors les bons choix: une version de Macbeth, Maqbool, par Vishal Bhardwaj, Haasil, qui lui vaut le Prix du meilleur vilain aux Filmfare Awards 2004, Rog, où il est enfin en tête d'affiche d'un film bollywoodien, Life in a Metro (Anurag Basu) pour lequel il reçoit le Prix du meilleur second-rôle masculin aux Filmfare Awards. En 2006, il est à l'affiche de The Namesake (Un nom pour un autre) de Mira Nair, qui termine dans le Top 10 des films indépendants du National Boaord of Review américain.

Alternant productions indiennes de premier plan et films internationaux, rôles de méchants et personnages bienveillants, Irrfan Khan s'impose tranquillement parmi les vedettes du"world cinema" des années 2000. Il a cette faculté des acteurs indiens à pouvoir jouer drame, comédie ou polar, et cette particularité très occidentale d'être en retenue, sensible et énigmatique. On le voit ainsi, aux côtés d'Angelina Jolie dans le beau mélodrame inspiré d'une histoire vrai, Un cœur invaincu de Michael Winterbottom et, dans la comédie colorée de Wes Anderson, À bord du Darjeeling Limited.

Cependant c'est bien l'année suivante, en 2008, que tout va décoller. Il s'offre un gros succès en Inde, Krazzy 4 (Jaideep Sen), et Mumbai Meri Jaan de Nishikant Kamat, prix de la critique aux Filmfare Awards 2009. En flic intrigué et un poil blasé, intègre et un brin autoritaire, il marque les esprits dans Slumdog Millionaire de Danny Boyle, Oscar du meilleur film l'année suivante. De quoi séduire Hollywood qui ne va plus le lâcher entre trois ou quatre films bollywoodiens. On le voit en double rôle dans The Amazing Spider-Man de Marc Webb, en adulte narrant son improbable survie dans L'Odyssée de Pi d'Ang Lee, et plus tard dans Jurassic World de Colin Trevorrow, propriétaire un peu barré du parc d'attraction et dans Inferno de Ron Howard. Irrfan Khan est aussi invité sur le divan d'En Analyse, en patient du psychiatre vedette de la série de HBO. Et en inde, il était la voix de Balou dans la nouvelle version du Livre de la Jungle.

Réalisateur de films pornos dans The Killing of a Porn Filmaker, coiffeur dans Billu de Priyadarshan, poète dans 7 Khoon Maaf, père contrarié dans Le Secret de Kanwar, père obsessionnel dans Hindi Medium (qui lui vaut un "Oscar" indien), joaillier dans New York I Love you, policier repenti dans Jazbaa, l'acteur n'a jamais étiqueté dans un rôle ou un genre. Avec le biopic Paan Singh Tomar de Tigmanshu Dhulia en 2012, il reçoit une pluie de récompenses.

Son film le plus emblématique, celui où il su et pu montrer toute l'étendue de son talent est d'ailleurs une coproduction indo-franco-allemande, The Lunchbox, de Ritesh Batra, présenté à Cannes en 2013 à la Semaine de la critique, et lauréat de plusieurs prix (Grand prix aux Asian Pacific Awards, prix de la critique à Toronto). Il est récompensé par le prix du meilleur acteur aux Asian Film Awards pour son personnage de comptable solitaire, méticuleux, chrétien, qui reçoit par erreur de savoureux plats d'une femme qu'il ne connait pas...

Il était un homme d'affaires accompli dans son dernier film, Angrezi Medium, de Homi Adajania, sorti sur les écrans français le 13 mars dernier, juste avant le confinement. Irrfan Khan, bon joueur de cricket, avait la volonté d'exporter le cinéma indien et ses talents à l'étranger. Il était de loin le comédien indien le plus respecté hors des frontières avec Anil Kapoor. Reconnaissant qu'en inde, il n'y a pas cette culture du jeu réaliste, qu'il a souvent défendu, préférant les personnages complexes et dérangés aux premiers rôles romantiques, faisant le pont entre les cinémas, il affirmait: "J'ai réalisé que mon «destin», ou une force, m'a poussé à identifier la recherche de votre zone de confort comme une sorte de limitation. Et tout le monde a tendance à tomber dans la zone de confort." Clairement, il a choisi d'en sortir durant près de 40 ans.

Philippe Nahon (1938-2020), un « ogre » seul contre tous…

Posté par kristofy, le 20 avril 2020

Son visage était rarement sur les affiches mais son nom est pourtant au générique de pas loin d’une centaine de films : l’acteur Philippe Nahon est décédé le 19 avril à 81 ans, suite à l’aggravation de son état de santé compliqué par le coronavirus.

Ses débuts se sont faits devant les caméras de Jean-Pierre Melville (Le doulos), Jacques Doillon, René Féret (avec qui il fera plusieurs films tout au long de sa carrière) et Romain Goupil. Mais les propositions de cinéma se font rares et espacées de plusieurs années, alors, pendant ce temps-là, il joue  sur les planches et pour la télévision. Il n’aura presque jamais cessé de tourner des téléfilms, et ce n’est qu’après ses 55 ans que le cinéma s'est souvenu de lui.

Devenu alors très sollicité, il un des rares acteurs avec une certaine notoriété qui acceptait de tourner sans mépris dans des courts-métrages : on le voit trimballer sa gueule et son corps imposant dans 45 courts-métrages de réalisateurs alors débutants (Erick Zonca, Pierre Vinour, Julien Leclercq). C’est justement en tournant un court-métrage, Carne, en 1991, qu'il rencontre Gaspar Noé. Leur collaboration allait s'étendre dans le long-métrage avec le cultissime Seul contre tous en 1998. Ce rôle de boucher incestueux, à la voix râpeuse, va lui coller à la peau longtemps, et Philippe Nahon devient une sorte d’icône contre-culturelle pour une nouvelle génération de cinéastes.

D'Audiard à Spielberg

Curieusement, il n’a pas beaucoup joué pour les réalisateurs de son âge, ni avec les abonnés aux nominations aux César. Philippe Nahon c’est un regard perçant, une présence et un charisme. A la suite des films avec Gaspar Noé (dont Irréversible), il se retrouve alors dans ceux de Mathieu Kassovitz (Les rivières pourpres), Jacques Audiard (Un héros très discret), Guillaume Nicloux (Le poulpe, Une affaire privée), Christophe Gan (Le pacte des loups), Rémi Bezançon (Ma vie en l'air) ou encore Bouli Lanners (Eldorado). Il s'amuse aussi chez Benoît Mariage, Sam Karman, Hélène Fillières ou encore chez Alexandre Astier dans la série Kaamelott, incarnant savoureusement Goustan le cruel…, et mêmes dans les gros films de Jean-Marie Poiré (Les angles gardiens, Les visiteurs 2), Alain Corneau (Le deuxième souffle), Olivier Marchal (MR 73), Luc Besson (Adèle Blanc-sec), ou Steven Spielberg (Cheval de guerre) !

Presque tout ce qui va se tourner en cinéma de genre et d’horreur francophone voudra l’avoir à l’image : Haute Tension d'Alexandre Aja, Calvaire de Fabrice Du Welz, Lady Blood de Jean-Marc Vincent, Humains de Jacques-Olivier Molon, La Meute de Franck Richard, Kill me please d'Olias Barco, Cannibal de Benjamin Viré, Au nom du fils de Vincent Lannoo, Nos héros sont morts ce soir de David Perrault, Ablations d'Arnold de Parscau, Horsehead de Romain Basset…

"Un Gaulois, direct et sentimental"

Et pourtant, si il a été en quelque sorte un ogre inquiétant dans le cinéma, Philippe Nahon était  un bonhomme qui préférait rigoler. Une de ses dernières apparitions publiques aura été en septembre dernier sur la scène de l'Etrange Festival pour une première de Irreversible-inversion integrale de Gaspar Noé où la salle l'a vivement applaudi au point de le faire un peu pleurer...

C’est évidement la lettre de Gaspar Noé (parue dans Libération) qui représente l’hommage le plus émouvant à Philippe Nahon : « Nous, on s’est connus il y trente ans, je rêvais de m’amuser à faire du cinéma, comme Buñuel ou comme Franju. Toi, de vingt-cinq ans mon aîné, tu en faisais déjà depuis longtemps. Au retour de cette sale guerre coloniale que tu n’avais pas réussi à déserter et qui t’a valu trois ans de camp disciplinaire, tu avais commencé à faire du cinéma avec Reggiani et Melville. Moi, je voulais faire un premier film avec un personnage masculin qui soit la quintessence de ce que je croyais être un homme normal, donc complexe et le plus souvent perdu. Ce «héros» devait être bien plus âgé que moi. C’était un vrai homme qu’il fallait, d’une cinquantaine d’années, avec un visage universel et intemporel comme celui de Jean Gabin. Je voulais un Gaulois, direct et sentimental. J’ai vu une photo de toi et le coup de foudre a été immédiat. Tu es venu chez moi, un peu imbibé, et rigolard face à ce jeune étranger à la diction inaudible. Tu rêvais de vrais rôles. Jouer, te transformer, pour t’amuser, pour te faire de nouveaux amis. »

Christophe (1945-2020) rejoint les paradis perdus

Posté par vincy, le 17 avril 2020

Le musicien et chanteur Christophe est mort jeudi, à 74 ans, des suites du coronavirus. Dandy et perfectionniste, ses compositions élégantes et ses mélodies qui hantent nos esprits, en ont fait l'un des géants de la chanson françaises, mélangeant la variété et le blues, l'électro et l'expérimental, le rock anglo-saxon et pop épurée.

Le cinéma était son autre passion: il collectionne des grands films et était proche du fondateur de la Cinémathèque française, Henri Langlois. Pourtant il fut rare au cinéma. Il a signé la bande originale du film La Route de Salina, de Georges Lautner. Le film d'Alain Corneau, Les mots bleus, en 2004, est construit autour de son tube mythique. On le voit en acteur dans le film de Xavier Giannoli, Quand j'étais chanteur, où sa chanson Les Paradis perdus ressuscite avec grâce, et dans Le Fils de de HPG, dont il compose et interprète la bande originale.

Il compose aussi la BOF d'Arrête ou je continue de Sophie Fillières et de Par accident de Camille Fontaine. L'an dernier, on le voit dans Jeanne de Bruno Dumont, pour lequel il compose et interprète la bande originale. "Certaines séquences sont pourtant des moments de grâce pure, à l’image de l’apparition du chanteur Christophe, qui signe et interprète une BO en apesanteur" écrivait-on lors de sa sortie l'an dernier.

Christophe savait mélanger les genres mais aussi passer de Jean-Michel Jarre à un tube pop comme "Boule de flipper", rendre hommage à Michel Berger comme reprendre une chanson de Brigitte Fontaine, chanter avec Alain Bashung, Julien Doré, Loane ou Alain Vega.

On lui doit des chansons atemporelles dans des albums mythiques (Les Paradis perdus, Les Mots bleus, Samouraï, Le Beau Bizarre, Bevilacqua, Paradis retrouvé, Les Vestiges du chaos...). On va longtemps fredonner "Les paradis perdus", "Aline", "Les mots bleus", "Succès fou", "Enzo", "Le dernier des Bevilacqua"... C'était son vrai nom, Daniel Bevilacqua, hanté par les icônes de son panthéon personnel: Elvis Presley, David Bowie, Otis Redding, Michael Jackson, Lou Reed, Jimmy Hendrix, Björk, James Brown...

"Dans ma veste de soie rose, Je déambule morose, Le crépuscule est grandiose
Peut-être un beau jour voudras-tu, Retrouver avec moi, Les paradis perdus
Dandy un peu maudit, un peu vieilli, Dans ce luxe qui s'effondre
Te souviens-tu quand je chantais, Dans les caves de Londres...
"