Gisèle Casadesus (1914-2017), la doyenne des comédiennes s’en va en silence

Posté par vincy, le 25 septembre 2017

La doyenne du cinéma français Gisèle Casadesus "s'est éteinte paisiblement" le 24 septembre a déclaré son fils, le chef d'orchestre Jean-Claude Casadesus à l'AFP. Née le 14 juin 1914, elle avait 103 ans. Elle venait d'être élevée au grade de grand-croix de l'ordre de la Légion d'honneur.

Après un premier prix de comédie au Conservatoire national supérieur d'art dramatique à l'âge de vingt ans,elle était entrée à la Comédie-française à l'âge de 20 en 1934. Elle y resta durant 28 ans et devint la 400e Sociétaire de l'institution. Cette grande dame du théâtre (un Molière d'honneur, deux Molière du meilleur second-rôle) avait joué aussi bien les auteurs que classiques que Pirandello, Ionesco ou Duras. Elle a été sur les planches quasiment sans interruption jusqu'en 2014, soit 80 ans de scène!

Sa carrière au cinéma n'a pas été aussi impressionnante, même si, en vieillissant, on continuait de lui confier des rôles secondaires. C'est, paradoxalement, après ses 70 ans, qu'elle trouva sa place au cinéma. Gisèle Casadesus avait débuté en 1934 dans L'Aventurier de Marcel L'Herbier. On la retrouve dans Les Aventures de Casanova de Jean Boyer (1947), Le Mouton enragé de Michel Deville et Verdict d'André Cayatte, en épouse de Jean Gabin (1974), Hommes, femmes, mode d'emploi de Claude Lelouch (1996), Post coïtum animal triste de Brigitte Roüan (1997), Les Enfants du marais de Jean Becker et La Dilettante de Pascal Thomas (1999). Dans les années 2000, elle fut davantage sollicitée: par Guillaume Canet (Deux vieilles dames et l'accordeur, court métrage), Jeanne Labrune (C'est le bouquet !), Robert Guédiguian (Le Promeneur du Champ-de-Mars), Valérie Lemercier (Palais royal, en Reine-mère), Gilles Paquet-Brenner (Elle s'appelait Sarah). Mais c'est surtout Jean Becker qui lui offre son plus joli rôle au cinéma, celui de Margueritte dans La tête en friche en 2010, où elle incarne une vieille dame, autrefois voyageuse et fervente lectrice, qui lit des romans à haute voix pour Germain, quasi illettré (Gérard Depardieu).

Née dans le 18e arrondissement de Paris, Gisèle Casadesus est la fille du compositeur et chef d'orchestre d'origine espagnole Henri Casadesus et de la harpiste Marie-Louise Beetz. En 1934, ella épousé le comédien Lucien Probst (dit Lucien Pascal). Ils ont eu quatre enfants: Jean-Claude Casadesus, de la comédienne Martine Pascal, le compositeur Dominique Probst et l'artiste plasticienne Béatrice Casadesus.

Harry Dean Stanton (1926-2017), le géant discret

Posté par vincy, le 16 septembre 2017

Un immense acteur américain vient de s'en aller. Né le 14 juillet 1926, Harry Dean Stanton, connu de tous les fans de Twin Peaks: Fire Walk with Me, est mort à l'âge de 91 ans. C'est avec Paris, Texas, de Wim Wenders, Palme d'or à Cannes en 1984, que le comédien a enfin, à 58 ans, atteint la notoriété nécessaire avec son premier "premier rôle" majeur pour devenir une gueule marquante du cinéma hollywoodien et du petit écran. Il a d'ailleurs briller en incarnant le leader religieux manipulateur et polygame dans Big Love, sur HBO, durant 5 saisons.

Nul ne doute que le Harry Dean Stanton Fest, créé en 2011 dans sa ville natale du Kentucky, sera en deuil lors de l'ouverture le 28 septembre.

Harry Dean Stanton, figure fantomatique et errante dans Paris, Texas, scénarisé par Sam Shepard, disparu il y a quelques semaines, avait imposé un jeu minimaliste, presque absent, héritier de ces mythiques acteurs des films noirs de l'âge d'or hollywoodien. "Il créait, avec son visage, une poésie triste" écrivait Roger Ebert. De ceux dont on reconnaît le visage et la silhouette sans se souvenir de leurs noms. Peu importe la moralité de son personnage, il le défendait avec avidité.

Au New York Times, à l'époque, il avouait qu'il en avait marre des rôles qu'on lui proposait à l'époque. Quand il a rencontré Sam Shepard en 1983, il lui avait confié chercher "de la beauté et de la sensibilité".

Pourtant, à travers ses films, on voyait aussi un acteur qui savait incarner le "cool", prendre des colères mémorables ou emprunter des chemins de traverses en jouant dans des films très variés, passant de Lynch à Marin Scorsese (La dernière tentation du Christ), de Sean Penn (The Pledge) à Robert Altman (Fool for love).

60 ans après avoir commencé sa carrière, le voici qui s'éclipse. Jusqu'en 1984, il n'a pas chômé, même s'il a galéré. Il tourne pour Michael Curtiz, Lewis Milestone, Terrence Malick (un court métrage), Sam Peckinpah (Pat Garrett et Billy le Kid), Monte Hellman, Francis Ford Coppola (le 2e Parrain, Coup de cœur quelques années plus tard), Bob Dylan, John Huston (Le malin)... En 1979, il est l'un des passagers de Alien de Ridley Scott. Pour la première fois, on le remarque.

Il enchaîne avec The Rose, de Mark Rydell, La Mort en direct, de Bertrand Tavernier (et bien plus tard, un autre films français: Les Cent et Une Nuits de Simon Cinéma, d'Agnès Varda), New York 1997 (Escape from New York) et Christine, de John Carpenter, et le culte Repo Man, d'Alex Cox. Harry Dean Stanton, à défaut de devenir une star, devient un acteur fiable, réputé gentil, et à l'aise dans tous les univers, y compris le film pour ados (Rose bonbon (Pretty in Pink), de Howard Deutch, avec Molly Ringwald).

Mais c'est bien en acteur lynchien, qu'il se révèle charismatique et étrange, énigmatique et fascinant. Avec le cinéaste il tourne Sailor & Lula, autre Palme d'or, Une histoire vraie, Inland Empire et bien sûr Twin Peaks, le film comme la récente saison 3 qui vient de s'achever. Son jeu naturaliste et sa prestance suffisaient à remplir l'écran.

"Voici qu'un grand s'en va. Il n'y a personne comme Harry Dean. Tout le monde l'aimait. Et pour de bonnes raisons. Il était un grand acteur (en fait au-delà de l'excellent) - et un grand être humain - c'était tellement formidable d'être autour de lui !!! Vous allez vraiment nous manquer Harry Dean !!! Beaucoup d'amour à vous où que vous soyez maintenant!" a écrit David Lynch en sa mémoire, après avoir appris son décès.

Ami avec Lynch mais aussi avec Jack Nicholson (Stanton a été son témoin de mariage en 1962 et, après le divorce, ils ont vécu avec la star durant deux ans). Ils ont souvent joué ensemble, notamment dans Missouri Breaks d'Arthur Penn, avec Marlon Brando, qui devient aussi son ami.

Dernièrement, il a continué son exploration de territoires inconnus, en bon cow-boy du 7e art: le dessin animé Rango, de Gore Verbinski, This Must Be the Place, de Paolo Sorrentino et les Avengers, de Joss Whedon. Son dernier film sort le 29 septembre sur les écrans américains, Lucky, où il interprète un athée s'interrogeant sur sa mortalité. Il joue aux côtés de David Lynch dans ce film de John Carroll Lynch. Le film, primé à Locarno en août, devrait sortir en décembre en France.

L'acteur avait servi dans la Navy durant la seconde guerre mondiale avant d'aller étudier le journalisme puis de se consacrer au métier d'acteur. Ses débuts, à la télévision, datent de 1954 (dont un épisode avec Alfred Hitchcock). Il était aussi musicien. Ami de Bob Dylan (il apparaît dans son clip "Dreamin' of You"), il avait son propre groupe et avait d'ailleurs chanté aux funérailles d'un autre de ses amis, l'écrivain Hunter S. Thompson.

Il n'a jamais reçu aucun prix.

Disparition du cinéaste de l’horreur Tobe Hooper (1943-2017)

Posté par MpM, le 29 août 2017

Tobe Hooper, réalisateur américain considéré comme l'un des pionniers du cinéma de genre, est décédé samedi 26 août à l'âge de 74 ans. Son œuvre compte une quinzaine de longs métrages de cinéma et une dizaine de réalisations pour la télévision, mais il est principalement connu pour deux films : Massacre à la tronçonneuse et Poltergeist.

Le premier est un film à petit budget tourné en 1974 avec notamment les professeurs et les élèves de son école. Il suit un groupe d'étudiants insouciants aux prises avec la violence la plus débridée, à la merci d'un tueur sanguinaire et d'une tribu cannibale. L'approche réaliste de Hooper et son sens du détail (gore) créent un niveau d'angoisse rarement atteint au cinéma. Bien qu'ayant subi plusieurs interdictions (en France, il est retiré des salles après une semaine d'exploitation, et n'y réapparaîtra qu'en 1982), le film est devenu un classique, et surtout une référence du genre pour de nombreux cinéastes. Il connaîtra plusieurs suites (dont une réalisée par Hooper lui-même en 1986) et même un remake en 2003.

Poltergeist, l'autre grand fait d'arme du réalisateur, est produit et coécrit par Steven Spielberg en 1982 et sera un immense succès au box-office. Il raconte l'histoire d'une famille dont la maison est hantée par des fantômes vindicatifs, et bénéficiera lui-aussi de plusieurs suites.

Malgré le bon accueil reçu, Tobe Hooper ne parviendra pas à capitaliser autant qu'on aurait pu le croire sur ce succès. Ses films suivants convainquent moins, et certains ne sortent même pas en salles. Il poursuit malgré tout dans la veine horrifique, avec des titres comme Les envahisseurs de la planète rouge, Nuit de la terreur ou Mortuary et des réalisations pour la télé, à l'image des épisodes des Contes de la crypte et le pilote de Freddy, le cauchemar de vos nuits, prequel du film de Wes Craven.

Preuve de l'immense reconnaissance dont il était l'objet, l'annonce de son décès a suscité des réactions bien au-delà du cercle un peu restreint du cinéma de genre, de John Carpenter à James Gunn, d'Eli Roth à Edgar Wright en passant par William Friedkin ou encore Scott Derrickson.

Mireille Darc (1938-2017) : le départ de la grande blonde

Posté par MpM, le 28 août 2017

C'est bien la première fois que Mireille Darc ne nous aura fait ni sourire, ni fondre. L'inoubliable héroïne du Grand blond avec une chaussure noire, dans lequel elle portait cette fameuse robe noire dénudant vertigineusement le dos, vient de disparaître à l'âge de 79 ans, laissant orphelin le cinéma français qui aura décidément payé un lourd tribu cet été.

Quand on pense à Mireille Darc, c'est tout un pan du cinéma des années 60 et 70 qui vient immédiatement à l'esprit. La grande sauterelle (ça restera son surnom), Des pissenlits par la racine (elle y incarne Rockie la braise, ça ne s'invente pas), La blonde de Pékin, Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais... elle cause, Fleur d'oseille, Fantasia chez les ploucs... même les titres sont évocateurs d'une époque et d'une certaine forme de cinéma.

C'est que Mireille Darc faisait partie de la "bande" de Michel Audiard et surtout de Georges Lautner, avec lequel elle tourna 13 films, dont le monument Les barbouzes en 1964, avec Lino Ventura, Bernard Blier ou encore Francis Blanche, mais aussi Les bons vivants (1965) ou encore Ne nous fâchons pas (1966). Elle tourna également avec Jean Giraud (Pouic Pouic, son premier grand rôle au cinéma), Edouard Molinaro (La chasse à l'homme, le téléphone rose...), Jean-Luc Godard (Week-end), Jacques deray (Borsalino) et bien sûr Yves Robert (Le grand blond...).

En tout une cinquantaine de longs métrages où elle apparaissait en femme fatale bienveillante ou en sex-symbol accessible, souvent drôle et malicieuse, dans des comédies policières loufoques ou des parodies décalées. Elle était ainsi le symbole d'une féminité émancipée et joyeuse, mais aussi d'une certaine force de caractère. A la fois populaire et mythique, libérée et rassurante, drôle et sensuelle.

Dans les années 80, une opération à coeur ouvert et un grave accident de voiture interrompent sa carrière. Elle tournera malgré tout son premier long métrage en tant que réalisatrice (La Barbare, en 1986) et apparaîtra une dernière fois chez Lautner, pour un petit rôle non crédité (La vie dissolue de Gérard Floque, en 1986). Ensuite, c'est la télévision qui lui fait un pont d'or, avec notamment les séries Coeurs brûlés (1992),  Les yeux d'Hélène (1994), Terre indigo (1996)...

La réaction la plus touchante à l'annonce de son décès est celle de Pierre Richard, son partenaire dans Le grand blond... : "Plus je suis triste, moins j'ai envie de parler… et là, je suis abattu par la disparition de Mireille…"

Sam Shepard (1943-2017) s’offre une balade au Paradis

Posté par vincy, le 31 juillet 2017

Triste jour que ce 31 juillet. Voilà que Sam Shepard, écrivain, dramaturge, réalisateur et acteur est mort. Né le 5 novembre 1943, il avait 73 ans. Si sa carrière est avant tout théâtrale, aussi bien comme auteur, metteur en scène et acteur, il avait tourné dans une soixantaine de films et téléfilms.

C'est Terrence Malick qui lui offre son premier grand rôle, dans Les Moissons du ciel en 1978. Quatre ans plus tard, il rencontre Jessica Lange sur le tournage de Frances. Ils vivront ensemble jusqu'en 2009. Durant les années 1980, il enchaîne les tournages. D'autant qu'il est à l'affiche d'un gros succès en 1983: L'étoffe des héros de Philip Kaufman. Il faut dire qu'à cet âge, ce coureur de jupons était sacrément beau gosse... Fool for Love de Robert Altman, Crimes du cœur de Bruce Beresford, Potins de femmes d'Herbert Ross, ... Il alterne les mélos et les thrillers, les films de guerre et les westerns. Souvent cantonné aux seconds-rôles, on le voit s'impliquer avec perfectionnisme dans des films comme Cœur de tonnerre de Michael Apted, L'Affaire Pélican de Alan J. Pakula, La neige tombait sur les cèdues de Scott Hicks, De si jolis chevaux de Billy Bob Thornton, The Pledge de Sean Penn, Opération Espadon de Dominic Sena, La chute du faucon noir de Ridley Scott, N'oublie jamais de Nick Cassavetes ou Don't Come Knocking de Wim Wenders, qu'il scénarise lui-même.

Cette éclectisme ne lui a jamais permis de devenir une star de cinéma. Il avait cette image du cowboy, du sudiste, de cet homme des campagnes. Ce qui ne l'empêchait jamais de varier les plaisirs. Ces dix dernières années, il a joué dans des productions très réalisées par des cinéastes d'une autre génération: Andrew Dominik (L'Assassinat de Jesse James, Cogan: la mort en douce), Jim Sheridan (Brothers), Baltasar Kormakur (Etat de choc), Doug Liman (Fair Game), Daniel Espinosa (Sécurité rapprochée), Jeff Nichols (Mud, Midnight Special), John Wells (Un été à Osage County)...

C'est sur les planches que Shepard aimait se mettre en lumière. Avec sa pièce L'enfant enfoui, il obtient le prestigieux prix Pulitzer. C'est aussi dans l'écriture qu'il s'épanouissait. Ainsi il a été le scénariste d'une Palme d'or (Paris, Texas), d'un film de Bob Dylan (Renaldo and Clara), ou d'un Antonioni (Zabriskie Point). Il aimait détourner les formes classiques, voire conventionnelles, pour bousculer le public avec un ton plus expérimental. Il aimait "péter les codes". En tant qu'acteur, paradoxalement, il était davantage de la retenue, une forme de minimalisme, mettant tout son "poids" dans les gestes, les regards, une sorte de virilité élégante. Il appréciait les personnages tourmentés.

Intellectuel et engagé, fermier et enseignant, il était à la fois une de ses figures de la mythologie américaine, à la Eastwood, et un artiste adulé à New York, malmené par les studios, exigeant et respecté. Il n'aimait pas être acteur au départ. Cela le rendait fou aussi que le business soit plus important que l'art. Il constatait le déclin de l'Empire Américain, s'accrochant à la mythologie de sa civilisation. Alors il écrivait. Continuellement. Pour ne pas se sentir inutile. De tous ses métiers, c'était celui qu'il revendiquait.

Sam Shepard ne voulait pas être une star, car il désirait continuer à jouer librement les personnages qui l'attiraient, et ne voulait pas être considéré comme une entité. Il aimait le folk-rock, les femmes, les vastes horizons, et son stylo. On l'imagine bien au crépuscule face à l'immensité d'un grand Ouest fantasmé.

L’immense Jeanne Moreau rejoint la nuit (1928-2017)

Posté par vincy, le 31 juillet 2017


Comment résumer la vie de Jeanne Moreau? C'est impossible. L'une des plus grandes actrices du cinéma français s'est éteinte, après des années à lutter contre la maladie, ce 31 juillet 2017, quasiment dix ans jour pour jour après Michelangelo Antonioni, qui l'avait sublimée dans La nuit (La notte).

Elle avait 89 ans. Chanteuse, réalisatrice (Lumière en 1976, L'adolescente en 1979), actrice, elle a épousé toutes les vagues du cinéma européen. Sans frontières, audacieuse, passant d'un genre à l'autre, elle avait cette liberté rare des grandes comédiennes. "La liberté, c'est de pouvoir choisir celui dont on sera l'esclave" disait-elle. Première femme à être élue à l'Académie des Beaux-arts en 2000, prix d'interprétation à Cannes en 1960, deux fois Césarisée d'honneur, en plus d'un César de la meilleure actrice en 1992, Oscarisée d'honneur en 1998, Molière de la meilleure comédienne en 1988, Jeanne Moreau, Mademoiselle Jeanne était un symbole. Une icône française, à sa façon.

A la fois élitiste et populaire - 27 de ses films ont dépassé le million d'entrées - la comédienne avait su traverser les époques et inspirer différentes générations de cinéastes. Jusqu'à être la narratrice d'un jeu vidéo. Elle aimait aussi transmettre. Comme lors de cette ouverture du Festival de Cannes où Vanessa Paradis lui chantait le Tourbillon de la vie, la chanson de Jules et Jim. Comme ce César d'honneur qu'elle donna à Céline Sciamma. Comme jouer avec ferveur les marraines du Festival Premiers Plans d'Angers.

Portrait: Mam'zelle Jeanne

Jeanne Moreau était une passionnée. De 1949 à 2015, elle n'a jamais cessé de jouer. Touchez pas au Grisbi de Jacques Becker, La Reine Margot de Jean Dréville, Ascenseur pour l'échafaud de Louis Malle, qui fit d'elle une tête d'affiche, Les amants et Viva Maria du même Louis Malle, Les Liaisons dangereuses 1960 de Roger Vadim, Les 400 coups et Jules et Jim de François Truffaut, Moderato cantabile de Peter Brook, Eva de Joseph Losey (sans oublier Monsieur Klein et La Truite), Le Procès, Falstaff et Une histoire immortelle d'Orson Welles, La baie des Anges de Jacques Demy, Peau de banane de Marcel Ophüls, Mata Hari de Jean-Louis Richard, Le train de John Frankenheimer, Le journal d'une femme de chambre de Luis Bunuel, Mademoiselle de Tony Richardsson... Jusqu'à la fin des années 1960, Jeanne Moreau, blond ou brune, tragique ou drôle, mélancolique ou fatale, a été l'une des muses du cinéma mondial.

Cette image a perduré, passant de Philippe de Broca à Carlos Diegues, de Marguerite Duras (ah! India Song) aux Valseuses de Bertrand Blier, d'André Téchiné à ses débuts (Souvenirs d'en France) à Elia Kazan (Le Dernier Nabab). Si elle tourne moins à partir de 1976, elle continue à surprendre, dans des courts, dans des documentaires, chez des réalisateurs dont le formalisme importe plus que le conformisme. Jeanne Moreau est dans Querelle de Rainer Werner Fassbinder, Le Paltoquet de Michel Deville, Le Miraculé de Jean-Pierre Mocky, Nikita de Luc Besson, L'amant, forcément!, de Jean-Jacques Annaud, Jusqu'au bout du monde de Wim Wenders, Le pas suspendu de la cigogne de Theo Angelopoulos... et bien sûr, elle est cette incomparable Vieille qui marchait dans la mer, où, avec délectation, elle savoure des mots de Frédéric dard. Des téléfilms de Josée Dayan à François Ozon, de Tsai Ming-liang à Amos Gitai, d'un des derniers films de Manoel de Oliveira à un passage dans les comédies d'Edouard Baer ou d'Alex Lutz, elle aura toujours eu cette flamme, cette envie, cette étincelle devant une caméra ou sur les planches.

Elle était belle, incandescente. Sa voix rocailleuse reconnaissable entre toutes. Insoumise et séductrice. Troublante, capable de nous ensorceler, de nous bouleverser et même de nous faire rire. Mutine ou froide, coquine ou absente. Elle était l'amante du cinéma. Une femme qui aimait éperdument, sans sentimentalité, sans peur. "Ce qui est important, c'est cette lumière intérieure qui est en tous". Elle avait cette lumière en elle, mais possédait surtout ce génie de savoir la donner aux autres. Mieux elle la captait comme nulle autre quand elle était devant une caméra.

Disparition de la monteuse Marie-Josèphe Yoyotte, trois fois césarisée

Posté par vincy, le 23 juillet 2017

Marie-Josèphe Yoyotte, l'une des grandes monteuses du cinéma français, est morte le 17 juillet dernier, dans l'indifférence générale. Née le 5 novembre 1929, cette antillaise de mère bretonne fut la première monteuse noire du cinéma français.

Elle aura cependant attendu 1981 pour découvrir la Martinique de son père, à l'occasion des repérages du film Rue Case-Nègre d'Euzhan Palcy (César du meilleur premier film, quatre fois primé à Venise). Marie-Josèphe Yoyotte a été l'une des techniciennes les plus récompensées aux César. Elle obtiendra le trophée pour Police Python 357 en 197, pour Microcosmos en 1997 et pour Le peuple migrateur en 2002. Elle avait aussi été nommée pour Le sauvage en 1976 et pour Tous les matins du monde en 1992.

Son œuvre est éclectique. Outre des documentaires environnementaux somptueux et les fresques historiques télévisées de Josée Dayan (Les liaisons dangereuses, Les misérables, Le Comte de Monte Cristo et Balzac), elle a monté des comédies comme des polars, des films à grand spectacle comme des drames.

Les 400 coups, Diva, La Boum ...

Parmi sa riche filmographie, travaillant régulièrement avec Alain Corneau, Jean-Paul Rappeneau et Claude Pinoteau, on lui doit les montages de Je vous trouve très beau, Laisse tes mains sur mes hanches, Le prince du Pacifique, Himalaya - l'enfance d'un chef, Les palmes de M. Schutz, Siméon, Génial, mes parents divorcent!, L'étudiante, L'été en pente douce, La Boum et La boum 2, Tout feu, tout flamme, Diva, Le grand escogriffe, La gifle, Le distrait, La guerre des boutons et Les quatre cents coups.

Elle avait pris sa retraite il y a 10 ans, après un ultime coup de ciseau au Deuxième souffle d'Alain Corneau.

Claude Rich (1929-2017), de la race des Seigneurs

Posté par vincy, le 21 juillet 2017

Claude Rich est mort à l'âge de 88 ans, des suites d'un cancer, a annoncé sa fille Delphine ce vendredi 21 juillet. Sa carrière, très riche si l'on osait le jeu de mot, a été saluée par un César du meilleur acteur, un César d'honneur, un prix d'interprétation à San Sebastian et 5 nominations aux Molières.

Né le 8 février 1929 à Strasbourg, il a très vite su qu'il deviendrait comédien, s'inscrivant au Conservatoire juste après la fin de ses études secondaires où il avait découvert sa passion pour le théâtre. Jouant sans relâche depuis le milieu des années 1950, il a imposé une sorte d'élégance, voire de dandysme, aidé par un timbre de voix où la diction parfaite et nuancée se mélangeait avec un débit qui pouvait être impressionnant. Il y avait une forme de malice et un dédain pour la vulgarité, même dans les situations les plus grossières. Du coin de l'œil, il se régalait de manipuler les mots, les savourant comme pour mieux surprendre le partenaire et asséner la parole qui sonne juste. S'il était indéniablement populaire, grâce à des films à succès ou des pièces qui ont triomphé, il n'a pas bénéficié de l'empathie de ses amis Marielle, Rochefort ou même Belmondo, ses "potes" de conservatoire avec Bruno Crémer et Annie Girardot. Fervent chrétien, catholique pratiquant, presque traditionnaliste, il avait cette image de notable de droite qui pouvait ne pas coller aux évolutions de la société ces trois dernières décennies. Pourtant, il aimait incarner des anti-conformistes, des avant-gardistes, des humanistes progressistes... Il aimait être dans la peau d'un autre.

Claude Rich a laissé son empreinte dans le cinéma à travers de grands films ou même des comédies cultes, avec des personnages de jeunes premiers, d'homosexuels assumés, de figures de l'aitorité ou encore de druide et d'aristocrates. Car il savait s'amuser, y compris de lui-même, le comédien pouvait ainsi passer des Tontons flingueurs de Georges Lautner au Crabe-tambour de Pierre Schoendoerffer, d'Oscar d'Edouard Molinaro à Stavisky d'Alain Resnais (avec qui il a tourné aussi Je t'aime, je t'aime et Cœurs), de Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre d'Alain Chabat à Capitaine Conan de Bertrand Tavernier (qui l'avait filmé également dans La fille de d'Artagnan), de L'Accompagnatrice de Claude Miller à Maria Chapdelaine de Gilles Carle.

Il était avant tout éclectique dans ses choix et fidèles à plusieurs réalisateurs: René Clair lui a offert son premier rôle dans Les grandes manœuvres avant de lui proposer six ans plus tard Tout l'or du monde. Dans des comédies ou des polars, des films historiques ou des drames, Claude Rich a aussi été dirigé une ou deux fois par Yves Robert, Jean Renoir, Michel Deville, Julien Duviver, Claude Chabrol, René Clément, Jean-Pierre Mocky, François Truffaut (La mariée était en noir), Michel Audiard, Pierre Granier-Deferre, Jean-Charles Tacchella, Didier Kamika, Yves Angelo, Alexandre Arcady, Valérie Lemercier, Danièle Thompson, Bertrand Blier, Ettore Scola, Bruno Podalydès, Phillippe Le Gay, Pascal Rhomas, François Dupeyron ou Pascal Bonitzer. Son seul regret est d'avoir refusé le rôle obtenu par Delon dans La Piscine, par pudeur (il ne s'imaginait pas en maillot de bain).

Cette filmographie impressionnante, composée de grands rôles ou de seconds-rôles, de personnages ambivalents ou de personnages charismatiques, extraverti ou introverti, historiques (Léon Blum, Mazarin, Voltaire, le général Leclerc ou encore Althusser) ou banals, ne serait pas complète si on ne mentionnait pas Le Souper d'Edouard Molinaro (1992), où il incarne fabuleusement Talleyrand. Césarisé en 1993 pour sa prestation, il avait été nommé au Molière du meilleur acteur pour ce même rôle au théâtre en 1990.

Sur les planches aussi il aura tout joué, de Shakespeare à Frédéric Dard, de Barillet et Grédy à Pinter, de Guitry à De Musset. Il aura quasiment joué sans interruption de 1951 à 1991 sur une scène parisienne. "J'ai eu la chance à mes débuts de ne pas être engagé par la Comédie-Française mais sur les Boulevards. J'y jouais trois pièces par an et, pour se faire connaître des critiques, c'est bien mieux que de jouer une seule pièce qui reste trois ans à l'affiche !" disait-il. Ses dernières pièces étaient écrites par Antoine Rault (l'ultime fut L'intrus en 2011/2012). Il avait lui-même été l'auteur de quelques pièces (Le zouave, Un habit pour l'hiver, Une chambre sur la Dordogne).

Il avouait: "J'ai la chance de jouer sans me fatiguer et celle, surtout, de continuer à m'amuser." Le jeu aura été sa vie.

Martin Landau (1928-2017) s’éclipse

Posté par vincy, le 17 juillet 2017

Martin Landau est mort samedi 15 juillet à Los Angeles, à l'âge de 89 ans. Né le 20 juin 1928 à New York, il avait débuté comme dessinateur pour le Daily News durant les années 1940 et 1950.

Admirateur de Charlie Chaplin, il se tourne vers le théâtre et le cinéma. Il s'inscrit à l'Actor's studio en 1955. Parmi les 2000 prétendants aux cours de Lee Strasberg, seuls Steve McQueen et lui ont été retenus.

Deux ans après ses premiers pas au théâtre, il débute sur le grand écran, en 1959, avec un second-rôle dans La mort aux trousses d'Alfred Hitchcock, en homme inquiétant. Au cinéma, pendant plusieurs années, sa (grande) dégaine élégante reste cantonnée aux seconds rôles: Cléopâtre de Joseph L. Mankiewicz, La Plus Grande Histoire jamais contée (The Greatest Story Ever Told) de George Stevens, Nevada Smith de Henry Hathaway, Sur la piste de la grande caravane (The Hallelujah Trail) de John Sturges, Les Brutes dans la ville (A Town Called Bastard) de Robert Parrish...

Mais c'est sur le petit écran qu'il se fait connaître, en maître des déguisements, dans la série télévisée Mission:Impossible, durant les trois premières saisons, puis dans les deux premières saisons de Cosmos. Cela le met à l'écart du grand écran, ou, en tout cas, de grands rôles.

Finalement le cinéma ne commencera à lui proposer de grands personnages que vers le milieu des années 1980. On le voit ainsi en vieux capitaine dans L'Île aux trésors de Raoul Ruiz, avant de retrouver sa fabuleuse prestance et sa voix rauque dans Tucker de Francis Ford Coppola, qui lui vaut une première nomination aux Oscars (catégorie second-rôle) puis dans Crimes et délits de Woody Allen (deuxième nomination).

Il décroche l'Oscar grâce à Tim Burton quand il incarne sublimement un charismatique et spectral Bela Lugosi dans Ed Wood. Par la suite, Martin Landau tourne sans cesse: City Hall de Harold Becker, The X Files de Rob Bowman, Sleepy Hollow de Tim Burton, En direct sur Edtv de Ron Howard, The Majestic de Frank Darabont, ou le récent Remember d'Atom Egoyan.

--------
Lire aussi: Les critiques des films avec Martin Landau

George A. Romero (1940-2017) rejoint le monde des morts

Posté par vincy, le 16 juillet 2017

Le réalisateur américain George A. Romero, né en le 4 juillet 1940 d'un père cubain et d'une mère américano-lithuanienne, est décédé dimanche à l'âge de 77 ans. Son manager Chris Roe a annoncé: "Le réalisateur légendaire George A. Romero est décédé dimanche 16 juillet, en écoutant la bande originale de L'homme tranquille [de John Ford, ndlr] , un de ses films préférés", ajoutant: "Il est mort en paix dans son sommeil, après un combat bref mais déterminé contre un cancer du poumon, laissant derrière lui une famille aimante, beaucoup d'amis et un héritage cinématographique qui a persisté et continuera de persister, à l'épreuve du temps".

Lire le portrait: George A. Romero, The Dead's Man

Pour tout le monde, Romero aura été celui qui a lancé le genre des films de zombies. La nuit des morts vivants, tourné en noir et blanc avec un budget d'à peine plus de 100000 dollars et des acteurs inconnus, inspiré par le roman de science-fiction "Je suis une légende" de Richard Matheson (1954) et sorti en 1968, connaît un immense succès. Il est devenu un classique, et s'est décliné à travers cinq autres suites, dont Le jour des morts-vivants et Dawn of the Dead.Derrière son amour pour les scènes de carnage, se cachait une personnalité gentille et attachante, louée par tous ses confrères.

Tous les films de George A. Romero ont été tournés à Pittsburgh, en Pennsylvanie, ville où il fait ses études universitaires, ou dans les alentours. On lui doit également la transposition d'un scénario de Stephen King, Creepshow, et l'adaptation d'un roman du même King, La Part des ténèbres.

Romero a aussi été auteur de bandes dessinées (Empire of the dead) et d'un livre jeunesse (Le Petit Monde d'Humongo Dongo).