Cannes 2017 : une 56e sélection sexy et très sud-américaine pour la Semaine de Critique

Posté par MpM, le 21 avril 2017

Après avoir vaillamment visionné 1700 courts et 1250 longs métrages, les deux comités de sélection de la Semaine de la Critique ont retenu 11 longs métrages (dont 6 premiers films) et 13 courts qui composeront le programme de cette 56e édition. Une édition qui s'annonce très sud-américaine avec des longs métrages du Vénézuéla, du Brésil et du Chili et un court du Costa Rica, sans compter la traditionnelle invitation faite au festival de Morelia à travers trois courts métrages mexicains.

Elle sera également assez sexy, puisque l'une des séances spéciales s'articule autour du désir. On y découvrira notamment le nouveau court métrage de Yan Gonzales (Les îles), qui avait montré à la Semaine son premier long métrage (Les rencontres d'après-minuit),  du duo Caroline Poggi et Jonathan Vinel (After School night fight), lauréat de l'Ours d'or du meilleur court métrage à Berlin en 2014, et de Carlos Conceição (Coelho mau), passé par la Semaine en 2014.

Côté longs métrages, on retrouve en ouverture les réalisateurs révélés en 2013 pour Salva, Fabio Grassadonia et Antonio Piazza, qui présenteront Sicilian Ghost Story. La réalisatrice de L'été des poissons volants, Marcela Said, est en compétition avec son deuxième long, Los perros. Une séance spéciale est également consacrée au deuxième long métrage de Thierry de Peretti (Les apaches), Une vie violente.

Enfin, il faut noter que, pour la première fois, la Semaine de la Critique propose en compétition un long métrage d'animation, Tehran Taboo d'Ali Soozandeh (Allemagne), et un documentaire, Makala d'Emmanuel Gras (France), le réalisateur de Bovines. Le cinéma français est globalement bien représenté avec une autre entrée en compétition (Ava de Léa Mysius), deux séances spéciales et quatre courts métrages.

C'est le jury présidé par le réalisateur brésilien Kleber Mendonça Filho, et composé de Diana Bustamante Escobar (productrice et directrice artistique du Festival de Carthagène, Colombie), Eric Kohn (rédacteur en chef de Indiewire, Etats-Unis), Hania Mroué (directrice du Cinéma Metropolis, Liban) et Niels Schneider (comédien, France) qui sera chargé de décerner le Grand Prix Nespresso et le Prix Révélation France 4 à l’un des 7 longs métrages de la compétition ainsi que le Prix Découverte Leica Cine à l’un des 10 courts métrages.

Compétition Longs métrages

Ava de Léa Mysius (France)
La familia de Gustavo Rondón Córdova (Vénézuela)
Gabriel e a montanha de Fellipe Gamarano Barbosa (Brésil)
Makala d'Emmanuel Gras (France)
Oh Lucy ! d'Atsuko Hirayanagi (Japon)
Los perros de Marcela Said (Chili)
Tehran Taboo d'Ali Soozandeh (Allemagne)

Compétition Courts métrages

Los Desheredados de Laura Ferrés (Espagne)
Ela - szkice na pozegnanie d'Oliver Adam Kusio (Allemagne)
Les enfants partent à l'aube de Manon Coubia (France)
Jodilerks dela Cruz, employee of the month de Carlo Francisco Manatad (Philippines)
Möbius de Sam Kuhn (Etats-Unis)
Najpiekniejsze fajerwerki ever d'Aleksandra Terpiska (Pologne)
Real gods require blood de Moin Hussain (Grande Bretagne)
Selva de Sofía Quirós Ubeda (Costa Rica)
Tesla : lumière mondiale de Matthew Rankin (Canada)
Le visage de Salvatore Lista (France)

Séances spéciales

Sicilian Ghost story de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza (film d'ouverture, Italie)
Brigsby bear de Dave McCary (film de clôture, Etats-Unis)
Petit paysan de Hubert Charuel (France)
Une vie violente de Thierry de Perretti (France)

Séance spéciale de courts métrages

After School night fight de Caroline Poggi et Jonathan Vinel (France)
Coelho mau de Carlos Conceição (Portugal)
Les îles de Yann Gonzalez (France)

Invitation au Festival de Morelia

Juan Perros de Rodrigo Imaz (Mexique)
Microcastillo de Alejandra Villalba García (Mexique)
Verde de Alonso Ruizpalacios (Mexique)

Cannes 2017 : la sélection de l’ACID

Posté par MpM, le 21 avril 2017

Pour ses 25 ans, l'ACID proposera une sélection cannoise élargie du 18 au 27 mai prochain. En comptant la carte blanche à l'association de cinéastes serbes Bande à part (ACID TRIP #1) qui avait été annoncée au début du mois, ce sont en effet 12 films dont 7 premiers longs métrages et un programme de courts qui seront présentés pendant la 70e édition du Festival de Cannes. On compte notamment 5 documentaires et une séance spéciale consacrée au premier long métrage en tant que réalisateur de Vincent Macaigne, Pour le réconfort.

« Il nous faut de nouveau nous tenir devant le cinéma comme des enfants, accueillants et intranquilles, ouverts à la surprise et à la stupeur. La programmation 2017 fait la part belle à ces retrouvailles. Le cinéma que nous aimons sait laisser son scénario être débordé par le réel qu'il invite à sa table.

Il sait faire le choix de partager l'énonciation avec ceux qu'il filme, et n'oublie pas qu'avant les partitions consacrées (fiction et documentaire, vérité et artifice), la mise en scène est affaire d'espace, de rythme et de lumière offerts aux corps pour qu'ils s'inventent comme personnages. Pour permettre à d'autres - à nous - de toucher du regard leur humanité. Il n'est pas à nos yeux, nous cinéastes, geste plus artistique. Plus politique. » ont déclaré les cinéastes programmateurs dans le communiqué annonçant de la sélection.

Font partie de ce comité de sélection : Claudine Bories, Ludovic Boukherma, Zoran Boukherma, Patrice Chagnard, Wissam Charaf, Patric Chiha, Philippe Fernandez, Marielle Gautier, Jean-Baptiste Germain, Jean-Louis Gonnet, Ioanis Nuguet, Kathy Sebbah et Idir Serghine.

***Sélection***

L'assemblée de Mariana Otero (documentaire)

Avant la fin de l'été de Maryam Goormaghtigh (documentaire)

Belinda de Marie Dumora (documentaire)

Le ciel étoilé au-dessus de ma tête de Ilan Klipper, avec Laurent Poitrenaux, Camille Chamoux, Alma Jodorowsky, François Chattot, Michèle Moretti...

Coby de Christian Sonderegger (documentaire)

Kiss and cry de Lila Pinell et Chloé Mahieu, avec Sarah Bramms, Xavier Dias, Dinara Droukarova, Carla-Marie Santerre, Aurélie Faula, Amanda Pierre, Noémie Carroué, Samuel Brian, Cassandra Perotin, Eve Cornet, Ilana Bramms, Lisa Perestrelo...

Last laugh de Zhang Tao, avec Yu Fengyuan, Li Fengyun, Chen Shilan

Sans adieu de Christophe Agou (documentaire)

Scaffolding de Matan Yair, avec Ami Smolarchik, Jacob Cohen, Keren Berger, Asher Lax, Jacob Cohen, Keren Berger

***Séance spéciale***

Pour le réconfort de Vincent Macaigne avec Emmanuel Matte, Pascal Rénéric, Laure Calamy, Pauline Lorillard, Joséphine de Meaux, Laurent Papot

***ACID TRIP #1 : SERBIE***

Requiem pour Madame J. de Bojan Vuletic´
L'humidité de Nikola Ljuca

***Courts métrages***

Dos patrias de Kosta Ristic´
Transition de Milica Tomovic´
Sortie de secours de Vladimir Tagic´
A handful of stones de Stefan Ivancic´
If I had it my way I would never leave de Marko Grba Singh

Cannes 70 : le lexique du festivalier

Posté par cannes70, le 20 avril 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-28. Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .

Comme tout microcosme qui se respecte, Cannes a ses codes, ses rituels et bien sûr son vocabulaire. Petit recueil des termes incontournables pour avoir l'air d'un vrai festivalier en toutes circonstances.

Accréd'

Cannes est la société la plus hiérarchisée au monde. Y être accrédité n'est pas tout, encore faut-il avoir la bonne accréditation, celle qui permet d'entrer partout, voire d'être prioritaire. À ce petit jeu-là, nombreux sont ceux qui rêvent de l'accréd' juste au-dessus de la leur (donnant accès à une meilleure place ou une file d'attente plus rapide) et tremblent d'être rétrogradés, au point d'en faire des cauchemars.

Chaque festivalier cannois est en effet étiqueté en fonction de ce qu'il a le droit (ou non) de faire, les séances auxquelles il peut assister, les lieux qui lui sont autorisés, et même les files d'attente qu'il doit emprunter. Pour rendre immédiatement identifiable la "caste" de chacun, il existe une signalétique stricte, basée sur un système de couleurs, de pastilles, de lettres et de codes-barre très complexe et joyeusement bigarré. Pendant quinze jours, on voit donc se presser partout, de la plage aux toilettes publiques, une foule éclectique portant autour du cou des badges plastifiés criards comme s'il s'agissait de parures élégantes.

C'est qu'ici, l'accréditation est le bien le plus précieux (une carte blanche se monnaie bien plus qu'un collier Chopard, qu'on se le dise). Car une fois ce sésame perdu, il n'est plus possible d'aller nulle part : ni dans les salles des différentes sélections, ni dans le Palais, ni sur les Plages. C'est à peine si l'on pourra rentrer chez soi... Pour éviter tout risque, certains dorment avec. D'autres vérifient 25 fois par jour qu'elle est toujours là, et se font autant de frayeurs.

On prend d'ailleurs vite l'habitude d'être une "couleur de badge" et de se plier aux règles qui en découlent. Si vite que le retour à la vie normale nécessite parfois une petite réacclimatation, sous peine de présenter fièrement une accréd' périmée au contrôleur du train ou au vigile du centre commercial.

Coupe

Il faut avouer que l'image traditionnelle de festivaliers parlant de films une coupe de champagne à la main n'est pas totalement infondée. "On demande toujours une coupe, à Cannes", confirme un éminent journaliste qui arpente la Croisette pour la 18e année consécutive.

Et de fait, la plupart des événements (remises de prix, conférences, inaugurations, soirées, etc.)  s'accompagnent de bulles. Une légende veut même qu'il soit possible de ne boire que ça pendant toute la quinzaine (à condition de le faire avec modération, bien sûr). Certains ont tenté l'expérience les années précédentes lorsque les bouteilles d'eau et autres boissons étaient systématiquement confisquées à l'entrée des salles. Quand on a soif, on boirait n'importe quoi, et a fortiori du champagne bien frais (si cette excuse ne vous convient pas, on en trouvera une autre). Mais pour la coupe devant le film, en revanche, il faudra encore attendre.

Faire la manche

Vous avez déjà vu des individus en smoking et robes de soirées faire la manche ? Le spectacle vaut le détour, et a lieu chaque jour devant les fameuses marches du Grand Théâtre Lumière. Au Festival de Cannes, en effet, des dizaines de Cendrillon des deux sexes revêtent leurs plus beaux atours pour fouler le tapis rouge avec les stars. Seul obstacle pour réaliser leur rêve : trouver l'un des fameux cartons d'invitation qui permettent d'accéder aux séances.

Pour cela, deux solutions : passer par la voie officielle (extrêmement compliqué en fonction des badges) ou trouver quelqu'un de plus fortuné qui aurait une invitation supplémentaire. D'où ces myriades de "mendiants" en quête d'un ou plusieurs de ces précieux sésames. Certains brandissent une affichette plus ou moins humoristique, d'autres accostent le plus de festivaliers possibles en répétant inlassablement (et avec le sourire) : "vous n'auriez pas une invitation en plus ?" Et le pire (ou au contraire, l'aspect sympa des choses), c'est que ça marche.

A de rares occasions, il arrive que des festivaliers ne jouent pas le jeu. Par exemple, lors d'une soirée d'ouverture, un homme à qui on avait refusé la montée des marches (il ne portait pas le smoking réglementaire) a déchiré deux tickets sous l’œil outré de jeunes gens qui, eux, étaient habillés correctement. Une autre fois, quelqu'un a voulu monnayer sa place (rappelons qu'elles sont délivrées gratuitement par le festival). Mais la plupart du temps, ceux qui ont des places supplémentaires sont heureux de faire plaisir, et passent même une meilleure soirée que s'ils n'en avaient pas eu l'occasion.

File d'attente

De l'extérieur, on imagine Cannes comme un monde de rêve, où le champagne coule à flot dans une atmosphère de paillettes et de glamour. Du point de vue de Nicole Kidman, peut-être. Mais pour le festivalier lambda, noyé dans la masse, et privé de gardes du corps, Cannes est surtout une longue succession d'attentes. Pour entrer dans le Palais, sortir du Palais, boire un café au stand nespresso, accéder à la salle de presse... et on ne parle pas des toilettes pour femmes.

Là où l'on attend logiquement le plus , c'est pour assister aux projections. Selon les badges et les séances, cela peut aller de 20 minutes à 2h. Plus si l'hystérie s'en mêle, comme en 2011 pour le 4e Indiana Jones, ou si la salle est trop petite. Ou si le film fait le buzz, s'il met en scène une star, ou montre un caniche nain. En gros, dans la plupart des cas. Le festivalier cannois est en effet le seul à se battre pour voir des films que, quelques mois plus tard, les spectateurs découvriront dans des salles aux 3/4 vides.

Mais on finit par se faire à ces longs temps d'attente, voire à leur trouver une fonction : chance unique de se restaurer au bout du 3e film de la journée, moment de méditation, voire micro-sieste pour les plus efficaces, temps de travail supplémentaire (combien d'articles écrits à deux doigts sur son téléphone portable sous un soleil de plomb ?), pause jeu sur son téléphone portable ou sa tablette (avec des records battus à 2048 en perspective), ou encore occasion rêvée de téléphoner à la terre entière pour se vanter d'être à Cannes (festival de mythomanes en perspective, sur l'air de "je te laisse, y'a Ryan Gosling qui m'apporte une coupe").

Parfois, deux festivaliers présents dans la même file en viennent aux mains, pour de sombres raisons de resquillage ou de bousculade. Ce n'est jamais méchant, ça fait un peu d'animation pour les voisins... et au pire, si les deux s’entre-tuent, c'est toujours deux places de gagnées.

Films

Principale raison d'être de Cannes : les films. En dehors d'eux, rien ne compte. Entre une fête et un film, un dîner et un film, deux heures de sommeil supplémentaires et un film, le festivalier pur et dur choisira toujours le film.

De même, dans les files d'attente, les soirées et même au petit déjeuner, les films sont au cœur de toutes les conversations. Ceux qu'on a aimés, ceux qu'on déteste, ceux qu'on a ratés, ceux qui auraient dû être en compétition (ou pas)...

Avec ses amis ou de parfaits inconnus, dans les soirées ou en attendant dans les salles, les films sont le sujet de conversation par excellence. L'un des sports favoris du festivalier est de refaire la sélection à son goût. Par exemple : "Kore-Eda et Julia Ducournau auraient dû être en compétition à la place de Sean Penn et Nicole Garcia."

L'autre passe-temps préféré est de faire ses pronostics sur le palmarès. On décerne la palme d'or à son chouchou, on mesure les chances des outsiders, on réfléchit à la personnalité des jurés pour deviner ce qui a pu leur plaire... C'est bien simple, à partir du 2e jour de Festival, le palmarès est sur toutes les lèvres (sans compter ceux qui ont déjà une idée sur le lauréat avant même d'avoir vu le premier film...). Le jour de la proclamation, c'est l'hystérie. Chacun y va de son tuyau : George Miller a cligné de l'œil après la projection de tel film, Kirsten Dunst s'est mouchée pendant tel autre, Arnaud Desplechin déteste tel réalisateur...

L'annonce elle-même est suivie d'un étonnant déferlement d'émotions. C'est presque comme si chaque festivalier repartait chez lui avec un petit morceau de palme d'or chaque fois que son favori est récompensé. À contrario, ceux qui sont déçus commentent le palmarès toute la nuit, et poursuivent parfois la conversation au petit déjeuner. Certains en parlent même encore six mois plus tard. La seule solution pour les faire lâcher prise est alors de lancer le 4e sujet de conversation préféré du festivalier : celui des films susceptibles d'être sélectionnés en compétition l'an prochain.

Frustration

Un festival sans frustration n'est pas un vrai festival. Parce qu'il n'est pas logistiquement possible de voir plus de 6 ou 7 films dans une journée, un Festivalier vraiment endurant (et bien accrédité pour ne pas perdre de temps dans les files d'attente, et surtout n'ayant jamais besoin de travailler ni de manger ni de boire) en verra au grand maximum 70 sur toute la durée, ce qui ne représente même pas l'intégralité des films présentés en sélection officielle et dans les deux sections parallèles. Soit la certitude, quoi qu'il arrive, de ne pas voir tous les films et de forcément passer à côté de l'un de ceux dont tout le monde parle. Autant le savoir tout de suite, à Cannes comme ailleurs, voir tous les films (en entier) n'est pas humainement possible.

Une fois ce principe essentiel digéré, il vaut mieux passer tout de suite à l'étape suivante et accepter aussi qu'il y aura de cruels dilemmes. Parfois, les deux films que vous attendiez le plus passent à la même heure. À moins d'être capable de se dédoubler, il faudra donc sacrifier l'un d'entre eux. Sachant qu'une règle tacite veut que le buzz encense toujours celui que vous avez sacrifié.  De manière générale, on vous vantera de toute façon toujours les mérites d'un film que vous avez raté. Rassurez-vous, vous ferez de même de votre côté.

Ça y est, vous êtes prêt à être frustré ? Merveilleux, vous n'êtes pas loin du zen ultime : c'est en acceptant la frustration que l'on s'en affranchit. Ça, ou en quittant Cannes. Car dès que le festival s'achève, les films tant convoités perdent presque tout leur éclat. Le festivalier est inconstant et versatile : ce petit film polonais que l'on était au désespoir de ne pas avoir vu ? Non seulement on l'oublie instantanément, mais en plus, le jour où il sort enfin en salles, on ne se donne même pas le mal d'y aller.

Le 8:30

Les critiques vont rarement voir "un film", mais des réalisateurs. Faites le test et dites à l'un d'entre eux que vous avez été séduit par Ma'Rosa, il vous regardera probablement avec un air absent, jusqu'à ce que vous précisiez "le Brillante Mendoza". Coquetterie ou mémoire courte, le journaliste spécialisé retient rarement le nom des films. Après tout, à quoi bon apprendre des titres qui changent tout le temps quand les cinéastes, eux, s'appellent toujours pareil. Surtout à Cannes.

Il n'est d'ailleurs pas rare que même le critique le plus éminent n'ait pas retenu le nom du cinéaste en question, surtout s'il s'agit d'un nouveau venu, ou s'il y a beaucoup de consonnes dans son patronyme. Il utilisera alors une autre périphrase presque toujours basée sur la nationalité du film et sa sélection : on va voir l'Argentin en compétition, on a aimé l'Israélien à la Semaine de la Critique, on déconseille le Syrien en séance spéciale, etc.

Mais il arrive toujours un moment où même le plus aguerri ne sait plus du tout ce qu'il va voir. Au bout de cinq ou six jours de festival intensif, les noms et les pays se mélangent, et on ne parle même pas des titres. On dit alors avec un grand sens pratique qu'on va voir le film de 8:30, ou celui de 14.00. Cela ne renseigne pas forcément notre interlocuteur, mais à défaut, il est toujours très impressionné de savoir qu'on est capable de s'assoir dans une salle de cinéma à 8h du matin après avoir passé une partie de la nuit dans une soirée avec lui.

Marché

Sous les paillettes du célèbre tapis rouge du Festival existe une réalité parallèle prosaïquement nommée "marché". Même dans le microcosme cannois déjà franchement décalé, c'est un monde à part. Un peu mystérieux. Interdit à ceux qui n'ont rien à y faire. Enorme, surtout, puisqu'il accueillait en 2013 plus de 11 700 participants (12000 attendus cette année), dont près de 2000 acheteurs. En gros, plus de 1000 sociétés présentes pour 5364 films représentés.

Vous avez du mal à concevoir qu'on puisse regarder 4 ou 5 films dans une journée ? Imaginez que les festivaliers qui hantent les couloirs du Marché du Film, eux, courent de salle en salle pendant dix jours pour découvrir le plus d’œuvres possibles : scénarios, work in progress, extraits, films non terminés... Les titres (et les affiches) fleurent bon le marketing : Kamasutra 3D, Ask me anything, Goodbye world, The man in the orange jacket... Il y en a clairement pour tous les goûts et surtout pour tous les marchés.

Les acheteurs regardent tout ce qu'ils peuvent (mais rarement en entier) et en redemandent. Ce sont notamment eux qui décident quels films mériteront d'être distribués dans les salles du monde entier. Ils voient ainsi avant tout le monde les grands chefs d’œuvres et succès des mois à venir. Et pas mal de mauvais films, aussi. De grands pouvoirs impliquent une grande responsabilité, et dans leur cas elle est écrasante.

Une mauvaise nouvelle reçue par mail ? Ils passent à côté du plus beau film de tous les temps. Un déjeuner un peu trop arrosé ? Ils inondent leur pays avec 500 copies d'un navet à l'eau de rose. De la même manière qu'un papillon faisant un écart provoque des tempêtes terribles à l'autre bout de la terre, un acheteur qui a la gueule de bois est susceptible de vous faire passer les 2h les plus pénibles de votre vie devant un remake de Camping en version comédie musicale gore.

Les Marches

"Tu as monté les marches ?", me demandaient extatiques mes amis et connaissances les premières années où je suis allée à Cannes (question la plus fréquente avec "tu as vu Brad Pitt ?" et "comment est Gilles Jacob en vrai ?", à moins que cela ne soit l'inverse). "Oui, bien sûr", leur répondais-je, à la fois blasée et embêtée de casser le mythe. Car il y a "Monter Les Marches" (sous entendu en robe de soirée devant les caméras de Canal +) et "monter les marches", en tong et en jean sous le regard indifférent des badauds.

La première formule est réservée aux projections officielles (le soir et parfois l'après-midi), et l'on côtoie des stars sur le tapis rouge. L'autre se fait au pas de course, sans musique entraînante et photographes, et personne n'annonce votre nom au micro. Montée anonyme et banale dont le seul but est d'atteindre la salle du Grand théâtre Lumière, quand l'autre consiste surtout à être vu (combien redescendent ensuite sans assister à la projection ?)

Ce sont les mêmes marches, le même tapis rouge, et la même destination. Mais les marches du soir conduisent dans l'enclave mythique du rêve et du glamour tandis que celles du matin mènent juste à une salle de cinéma. Une promesse de rêve peut-être moins ostentatoire, mais plus tangible.

Tapis rouge

Brisons le mythe tout de suite : le tapis rouge est de la moquette au mètre. Quand on arrive à Cannes en avance, elle n'est même pas encore posée. Après une journée d'allers et venues, elle est sale. Parfois gorgée d'eau de pluie. Pas très glorieuse. Reste que ce tapis est le symbole du Festival, vu et revu sur les télés du monde entier, omniprésent sur les photos, et indissociable de la fameuse "montée des marches" déjà évoquée.

Les plus grandes stars y défilent dans des robes rivalisant d'élégance ou d’excentricité, les photographes hurlent en boucle "Nicole", "Marion" ou "Ryan", et les Cendrillon du jour multiplient les selfies dans leurs robes longues, le tout sous le regard des chasseurs d'autographes, installés au pied des marches, derrière des barrières, depuis plusieurs jours, pour ne rien rater du spectacle.

Pourtant, ce tapis rouge fantasmé n'a pas grand chose à voir avec la réalité du Festival, et n'en est pas vraiment le centre névralgique. Les journalistes, notamment, n'en voient rien : à cette heure-là, ils ont une projection presse dans une autre salle. Au mieux, depuis la file d'attente, ils entendent la musique (trop forte) et les commentaires qui accompagnent le rituel. Les acheteurs sont au marché, en train de regarder leur 17e début de film du jour. Les noctambules se lèvent à peine, prêts à investir les soirées qui ne commenceront pas avant 22h. Les producteurs marchandent. Les organisateurs de festival enchaînent les rendez-vous. Pourtant, le monde entier ne retiendra que cette image, ce tapis gravé au fer rouge dans l'esprit des millions de personnes qui fantasment devant leurs écrans sur cette grand' messe d'un cinéma qu'ils boudent pourtant dans les salles.

Là réside l'un des plus grands paradoxes de Cannes, mais peut-être aussi sa force. Car au fond il fallait un vrai tour de passe-passe pour amener le monde entier à s'intéresser à une activité éminemment aussi peu spectaculaire que le fait d'être assis devant un écran pour regarder un film.

Tenue de soirée

Les invitations aux projections officielles le précisent : tenue de soirée exigée. Autrement dit, les hommes en smoking (nœud papillon obligatoire, à moins de porter une chemise col Mao) et les femmes en robe longue (la tolérance est plus grande sur ce point-là, et sont acceptées d'autres tenues, à partir du moment où elles sont jugées assez élégantes par les appariteurs. Plus subjectif, tu meurs.).

Cannes est connu pour ça, et croiser des nuées d'hommes en smoking et de femmes en robes vaporeuses le long de la croisette à partir de 17h fait partie du folklore. Plus savoureux, les recroiser à 8h en se rendant à la séance du matin, quand eux rentrent se coucher.

Au bout de quelques jours, cela donne l'impression de vivre au milieu d'un bal des débutantes permanent, ou à la cour de Monaco telle qu'elle apparaissait dans le film d'ouverture. Un vrai conte de fées, en parfait contraste avec les sujets souvent tragiques des films.

Mais à Cannes, tout est à l'avenant : on boit du champagne en parlant de films sur la faim dans le monde, on admire les starlettes à paillettes venues contempler des histoires de pédophilie, et à la moindre anicroche, on s'indigne de la mauvaise organisation du Festival qui nous empêche d'assister à la projection de films sur des gens qui, eux, ont de vrais problèmes.

Marie-Pauline Mollaret pour Ecran Noir

Cannes 2017: la sélection de la Quinzaine des réalisateurs

Posté par vincy, le 20 avril 2017

Abel Ferrara, Bruno Dumont, Claire Denis (avec Juliette Binoche et Gérard Depardieu pour l'ouverture), Sharunas Batas, Philippe Garrel (again), Amos Gitai sont parmi les véétérans choisis pour faire briller la Quinzaine des réalisateurs, qui fait aussi la part belle aux premiers films ou aux cinéastes prometteurs comme Jonas Carpignano, Sean Baker (Tangerine) ou Carine Tardieu (Du vent dans mes mollets).

D'Indonésie à l'Europe méditerranéenne en passant par la Chine et quelques films venus de Sundance, Edouard Wainthrop a misé sur l'éclectisme. Au toal 19 longs métrages ont été retenus (un de plus que l'an dernier) pour cette 49e Quinzaine sur la Croisette.

Longs métrages

Film d'ouverture
Un beau soleil intérieur de Claire Denis

Film de clôture
Patti cake$ de Geremy Jasper - 1er film

Sélection
A Ciambra de Jonas Carpignano
Alive in France d'Abel Ferrara
Bushwick de Cary Murnion et Jonathan Milott
Cuori puri de Roberto De Paolis - 1er film
Frost de Sharunas Bartas
I Am Not a Witch de Nyoni Rungano - 1er film
Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc de Bruno Dumont
L’amant d’un jour de Philippe Garrel
L’intrusa de Leonardo Di Costanzo
La defensa del dragón de Natalia Santa - 1er film
Nothingwood de Sonia Kronlund - 1er film
Marlina the Murderer in Four Acts de Surya Mouly
Mobile Homes de Vladimir de Fontenay
Ôtez-moi d’un doute de Carine Tardieu
The Florida Project de Sean Baker
The Rider de Chloé Zhao
West of the Jordan River (Field Diary Revisited) d'Amos Gitai

Courts métrages
Água mole de Laura Goncalves et Alexandra Ramires
Copa-loca de Christos Massalas
Crème de menthe de Philippe David Gagné & Jean-Marc E. Roy
Farpões, baldios de Marta Mateus
La bouche de Camilo Restrepo
Min börda de Niki Lindroth Von Bahr
Nada de Gabriel Martins
Retour à Genoa city de Benoît Grimalt
Tangente de Julie Jouve et Rida Belghiat
Tijuana tales de Jean-Charles Hue
Trešnje de Turi?  Dubravka

Cannes 70 : Kill Bille !

Posté par cannes70, le 19 avril 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-29. Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .


À la fin, c'est Bille August qui gagne...

Le Festival de Cannes se résume à une simple équation : une vingtaine de films s'affrontent dans une compétition et, à la fin, c'est Bille August qui gagne. C'est en tous les cas le scénario, si improbable soit-il, qui s'est déroulé à deux reprises, dans deux éditions restées dans les annales : 1988 et 1992. Le cinéaste danois peut en effet se targuer d'avoir la carte au très chic cercle des "double palmés", en compagnie de Francis Ford Coppola, d'Emir Kusturica, de Ken Loach, de Michael Haneke, de Shohei Imamura, des frères Dardenne et de Jane Campion si l'on compte le doublé Palme du long et du court. Autant dire des cadors - ah, on oubliait le Suédois Alf Sjöberg -, avec un univers propre, une patte personnelle - et ce, qu'on soit sensible ou pas à leurs œuvres respectives.

Mais tout club qui se respecte doit, pour sa légende, avoir un membre un peu embarrassant, dont on se demande ce qu'il fait là - à part peut-être faire le ménage et ramasser les ordures. Et, là, naturellement, il convient de se tourner vers Bille August. En quoi celui-ci a-t-il marqué l'histoire du septième art ? Quelle est sa marque de fabrique ? Comment reconnaît-on un plan ou une scène ? Près de trente ans après les faits, rien à faire, cette double récompense semble relever du phénomène paranormal - surtout au vu du reste de la filmo du compatriote de Lars Von Trier...

À vrai dire, des Palmes attribuées à des cinéastes très mineurs, il y en a eu depuis les années 70 - citons entre autres La Méprise d'Alan Bridges, Chronique des années de braise de Mohammed Lakhdar-Hamina, Yol de Yilmaz Güney ou Mission du tâcheron Roland Joffé (face au Sacrifice de Tarkovski, After hours de Scorsese, Down by law de Jarmusch et Thérèse d'Alain Cavalier !) -  qui doit sûrement son trophée à la musique-culte d'Ennio Morricone. Au-delà de la valeur des films primés, leurs metteurs en scène, sans leur faire offense, n'ont pas été retenus par l'Histoire comme des créateurs de premier plan dont les générations qui ont suivi se sont naturellement inspirées. Après tout, les jurys sont humains, l'air du temps compte dans les délibérations aussi sûrement que l'émotion immédiate, les goûts des uns et des autres ou le désir que tout le monde reparte content. Et voilà comment on en arrive à Bille en roi du monde…

Bille le Conquérant

Notre ami danois n’était certes pas un novice cannois, avant de recevoir sa première distinction sur la Croisette. Il s’était (vaguement) fait remarquer avec une jolie chronique d’adolescence, Zappa, sélectionnée en 1983 à Un Certain regard. L’année suivante, il avait connu un autre petit succès d’estime grâce à la suite, Twist and shout - qui, pour le coup, n’avait pas eu les honneurs de la Riviera. Le C.V. n’a certes rien de déshonorant, mais il n’y avait pas de grand enthousiasme en voyant le nom de Bille August en sélection pour Pelle le conquérant.

Au vu du seul titre, certains imaginaient probablement une fresque d’heroïc fantasy à la Conan le barbare. Raté. Il s’agissait là de porter à l’écran une œuvre littéraire de Martin Andersen Nexo (1869-1954), très populaire dans les pays scandinaves, dont les quatre tomes sont même devenus au fil des ans des classiques scolaires. Dans la présente adaptation, August - qui s’est entouré pour le scénario des romanciers Bjarn Reteur et Per Olov Enqvist - s’est concentré sur la jeunesse, au XIXe siècle, de Pelle, garçonnet émigrant avec son père, très âgé, de Suède (où la famine sévissait) vers le Danemark.  Tous deux se retrouvent dans la ferme des Kongstrup, qui semble frappée d’une malédiction condamnant au malheur tous ceux qui s’y fourvoient, pour une raison ou une autre. Largement produit par les chaînes de TV scandinaves - comme certains Bergman -, Pelle le conquérant n’enthousiasme alors pas vraiment les cinéphiles pointus, mais son souffle, si académique soit-il, séduit les festivaliers moins « pointus ».

Le jury, présidé par Ettore Scola (dans lequel on trouvait aussi George Miller, spécialiste des palmarès disons « controversés»…), choisit ainsi de lui donner sa récompense suprême, ainsi qu’une mention toute particulière « officieuse » à Max von Sydow, certes génial dans le rôle de ce père aimant. Parmi les primés de ce cru, on notera deux prix pour le film anti-Apartheid du chef op’ Chris Menges (qui n’a pas confirmé comme cinéaste…), Un Monde à part et des accessits à Bird de Clint Eastwood et à Tu ne tueras point de Krzysztof Kieslowski. Si, aujourd’hui, la hiérarchie peut sembler disons très contestable, Pelle le conquérant connut toutefois une ascension assez inouïe puisque, sur sa lancée, le cinéaste reçut bien d’autres récompenses, parmi lesquelles l’Oscar et le Golden Globe du meilleur film étranger. Tant mieux pour lui.

Les meilleures intentions de Bille

On pensait alors en avoir fini avec lui. Raté. Rebelote, donc, en 1992. Blockbuster de la télé scandinave - dans un autre montage -, Les Meilleures intentions (le titre, déjà…) trouve naturellement place dans la compétition cannoise. Non seulement en raison du come-back du palmé, mais aussi au vu du sujet : les jeunes années des parents d’Ingmar Bergman. Un cinéaste qui n’a vu aucune de ses œuvres saluées par les lauriers attribués au camarade Bille (N.B. : le Festival se rattrapera en 1997 en offrant au maestro de Fanny et Alexandre une Palme des palmes…). Serait-ce pour cette raison que Gérard Depardieu et ses comparses ont choisi de distinguer Les Meilleures intentions (avec, en plus, un prix d’interprétation pour Pernilla August - l’épouse du winner) ?

Les observateurs se sont alors montrés plus circonspects : deux Palmes en cinq ans pour August, ça fait, beaucoup, beaucoup trop pour un artiste considéré un honnête artisan (par ailleurs très honorable directeur photo), mais sans grande personnalité et qui n’apporte pas grand chose à la grammaire du septième art… Le petit jeu des longs-métrages moins appréciés par le jury fait d’ailleurs particulièrement mal, pour la cuvée 1992 : Basic instinct de Paul Verhoeven (bredouille), Twin Peaks - Fire walk with me de David Lynch (idem), The Long Day Closes de Terence Davies (pareil), The Player de Robert Altman (Prix de la mise en scène et d’interprétation masculine), Le Songe de la lumière de Victor Erice (un modeste Prix du jury), Retour à Howards End de James Ivory (Prix du 45ème anniversaire - cinéaste moins académique qu’on ne le dit souvent…). Ah, sinon, qui se souvient de la « Palme d’argent » (comprenez « Grand prix du jury ») attribué, de manière tout aussi contestable, au Voleur d’enfants du tâcheron Gianni Amelio ?

L’Histoire a eu sa vengeance ou, tout du moins, remis les choses en place car, depuis ce doublé, la carrière de Bille August n’a pas connu l’envol qu’on aurait pu imaginer. En 1993, sa platounette adaptation hollywoodienne de La Maison aux esprits d’Isabelle Allende, avec son casting all-stars (Meryl Streep, Jeremy Irons, Glenn Close, Winona Ryder, Antonio Banderas, Vanessa Redgrave) n’emballe pas grand monde. Cinq ans plus tard, sa version barbante des Misérables ne convainc pas non plus, en particulier le public français - Liam Neeson en Jean Valjean, aïe…

On aurait pu encore parler du mauvais thriller Smilla, du kouglof Jerusalem ou du très politiquement correct Goodbye Bafana. On aurait également pu évoquer ses épisodes tournés pour la série Young Indiana Jones (tiens, Bille a un point commun avec notre nanardeur national René Manzor…) ou d’autres longs-métrages jamais sortis en France. Peut-être intéressants, si ça se trouve. Toujours est-il que le cas Bille August nous rappelle que, s’il vaut mieux ne pas être à la mode pour devenir classique, l’inverse n’a toutefois rien d’automatique… Et les larmes post-projections cannoises n’y changeront rien !

Baptiste Liger de Lire

Cannes 70: Légendes sur tapis rouge

Posté par cannes70, le 18 avril 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-30. Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .

Bien avant que les lofteurs (up and down, lofteurs move around oh oh oh lofteurs number one... ça y est vous l'avez dans la tête !), les Nabilla et autres stars poubelles montent les marches (mais pourquoi ?!), le festival de Cannes a reçu des légendes comme on n'en fait plus.

Pour le plaisir des yeux et afin que vos poils se lèvent sous l'excitation, petit retour sur les quelques légendes qui ont émerveillé jusqu'aux célèbres marches du grand palais.

1946 : La première édition du festival de Cannes ouvre cette dynastie du septième art avec Jean Cocteau et Michèle Morgan. L'actrice a d'ailleurs reçu cette année-là le prix de la meilleure actrice pour La Symphonie pastorale de Jean Delannoy. La belle aux yeux revolver reviendra notamment en 1971 en tant que présidente du jury pour la 24e édition, puis en 2001 aux côtés de Gérard Oury.

1952 : Gene Kelly gravit les marches pour Un Américain à Paris de Vincente Minnelli et fait vibrer le cœur de ces dames... là, nous regrettons de ne pas être de la génération de nos parents pour avoir vécu ça. Vincente Minnelli, lui, avait déjà eu les honneurs de la compétition en 1947 (Ziegfeld follies) et sera surtout membre du jury en 1967.

1953 : Le cinéaste Abel Gance, l'un des pionniers du langage cinématographique, honore le festival de sa présence. Il est membre du jury présidé par Jean Cocteau. Avec eux, c'est tout un pan de l'Histoire du cinéma qui foule le tapis rouge.

1955 : La huitième édition du festival de Cannes accueille la somptueuse et talentueuse Grace Kelly. L'actrice est venue présenter Une fille de province de George Seaton en compétition et aurait même fait la connaissance du prince Rainier cette année-là. Comme quoi l'amour peut se cacher derrière une marche de la croisette ! Elle reviendra en 1972 (en tant qu'actrice toujours mais surtout princesse locale) pour présenter Frenzy (hors compétition), avant-dernier film de son mentor Alfred Hitchcock. Mais aussi en 1980 pour un hommage suite au décès du cinéaste le 29 avril.

1957 : La 10e édition du festival s'ouvre sur le film Le tour du monde en 80 jours de Michael Anderson. En cette occasion, Elizabeth Taylor, coiffée d'un diadème, a honoré la croisette de sa merveilleuse présence. Les journalistes de l'époque en gardent un sacré souvenir.

1964 : Les cinéastes en compétition cette année-là ont dû se sentir particulièrement intimidés lorsqu'ils ont appris que le jury chargé de juger leurs œuvres serait présidé par... Fritz Lang. Oui, l'homme dont l'un des films (en l’occurrence le chef d'oeuvre Metropolis) a été classé en 2001 au Registre international Mémoire du monde de l'UNESCO. Heureusement, à l'époque, les concurrents ne le savaient pas encore, et pensaient simplement avoir à faire à l'un des plus grands cinéastes vivants.

1965 : L'acteur écossais Sean Connery foule le tapis rouge pour La colline des hommes perdus en compétition lors de la 18e édition du festival. La même année, c'est la comédienne Olivia de Havilland herself qui préside le jury.

1972 : Sir Hitch et Dame Grace ne sont pas les seules légendes d'Hollywood à fouler le Tapis rouge. La légende de l'humour Groucho Marx est là lui aussi, et il est bien accompagné : Danny Kaye et Charlie Chaplin ont fait le déplacement également ! Une belle réunion, l'une des dernières de cette génération, immortalisée par l'actrice Candice Bergen.

1973 : Ingrid Bergman, la comédienne d'Hitchcock et de Rossellini, a les honneurs de la présidence du jury. Son sourire et son élégance naturelle illuminent la Croisette. Ce n'est pas sa première venue à Cannes, et ce ne sera pas la dernière. Elle est même à l'affiche du Festival en 1993 et en 2015. La définition de la classe, on vous dit.

1974 : Ce n'était pas l'année érotique mais pourtant, le couple mythique Jane Birkin et Serge Gainsbourg se sont baladés sur le tapis rouge cannois. On aime, et vous ?

1980 : La 30e édition a le plaisir d'avoir comme président du jury Kirk Douglas (âgé de 100 ans cette année) suite à une erreur de transmission d'informations. En effet, le Festival voulait Douglas Sirk, mais une erreur d'orthographe en a décidé autrement. Le glamour n'y a rien perdu.

1983 : On ne sait pas s'il y a de la vie sur Mars, mais il y en a à Cannes où David Bowie est venu pour présenter Furyo de Nagisa Oshima. Et dire qu'on aurait pu être là... à une bonne vingtaine d'années près.

1991 : La légendaire chanteuse pop, Madonna, est venue présenter son film In Bed With Madonna en sous-vêtements... que demander de plus?

1997 : Le roi de la pop Michael Jackson a monté les marches du grand palais (pas en moonwalk mais quand même) pour cette 50e édition. L'artiste y était venu présenter son court-métrage: Ghost.

2005 : Future légende mais déjà star, Scarlett Johansson fait son apparition sous le soleil cannois aux côtés de Woody Allen et de Jonathan Rhys-Meyer. Jeu, set et match pour l'actrice dont le jeu sait passer par toutes les phases, de la délicatesse à la folie, en passant par l'humour et le charme.

2010 : Émeute à la Quinzaine des Réalisateurs : Mick Jagger accompagne le documentaire Stones in exile. On a un peu oublié le film, mais pas l'attente fiévreuse, ni l'ambiance électrique quand le Rolling Stone a fait son entrée dans la salle. Le rock'n roll, étape ultime du glamour ? Pas sûr : le lendemain, Frederic Wiseman, venu présenter Boxing gym, reçoit une plus belle standing ovation encore. L'intelligence, il n'y a rien de tel.

2016 : L'année dernière, enfin, Julia Roberts foule pour la première fois les marches de Cannes. Et comme elle est parfaite, elle le fait pieds nus histoire de montrer que même les légendes du cinéma ont mal aux pieds en talons.

Petite parenthèse : Marilyn Monroe est morte en le 5 août 1962 sans jamais avoir mis un pied en France ou sur les marches de Cannes, pourtant elle fut immortalisée sur la croisette au détour d'une affiche en 2012 et d'une exposition au Martinez en 2016.

La 70e édition du festival de Cannes approche à grand pas avec sa pléiade de stars invitées. Cela suffira-t-il à faire d'elles les légendes de demain ? Réponse lors du 100e anniversaire.

Cynthia Hamani pour Ecran Noir, avec MpM

Cannes 70 : dix choses à savoir sur la Palme d’or du court métrage pour briller sur la Croisette

Posté par MpM, le 17 avril 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-31. Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .


1. Une récompense qui se cherche

La Palme d'or du court métrage existe depuis 1955 mais le court métrage en lui-même est récompensé depuis 1953. La dénomination des prix s'est longtemps cherchée, avec tout d'abord un grand prix, puis des prix aux noms explicites (prix du film de nature, prix du film de fantaisie poétique...) et ensuite des Palmes d'Or alternant avec des Grand prix afin de suivre les dénominations du palmarès officiel. À partir de 1975, la Palme d'or s'installe définitivement.

2. Du premier au dernier

Le premier cinéaste récompensé dans le cadre de la compétition court métrage est Albert Lamorisse pour Crin-Blanc. Le dernier en date est Juanjo Gimenez pour Timecode.

3. Court, c'est... court !

En sélection officielle, on ne plaisante pas (plus ?) avec la définition du court : actuellement, c'est 15 minutes chrono maximum pour les films sélectionnés. Histoire de rappeler, en ces temps de surenchères de durées, que, oui, on peut raconter une (bonne) histoire en si peu de temps.

4. Où sont les femmes ?

Bonne nouvelle, on compte plus de femmes "palmées d'or" dans le court que dans le long métrage. Par contre, comme dans la compétition officielle, c'est Jane Campion qui a ouvert le bal en 1986 avec Peel . Elle a depuis été suivies par six réalisatrices (pour cinq films) : Laurie Mc Innes (Palisade, 1987), Tessa Sheridan (Is It the Design on the Wrapper?, 1997), Amanda Forbis et Wendy Tilby (When the day breaks, 1999), Elisa Miller ( Ver llover, 2007), et Maryna Vroda ( Cross , 2011). Pas mal, mais peut largement mieux faire... Cette année ?

5. Un court très animé


Le film d'animation cartonne dans la compétition courts métrages puisque 18 d'entre eux ont remporté la palme d'or, à toutes les époques : Blinkity Blank de Norman Mc Laren (1955), Scurta istorie de Ion popescu-Gopo (1957), La petite cuillère de Carlos Vilardebo (1961), Balablok de Bretislav Pojar (1973), L'île d'Edouard Nazarov et Vladimir Zuikov (1974), Lautrec de Geoff Dunbar (1975), Lutte de Marcell Jankovics (1977), La traversée de l'Atlantique à la rame de Jean-François Laguionie (1978), Seaside woman d'Oscar Grillo (1980), Moto perpetuo de Béla Vajda (1981), Le Cheval de fer de Pierre Levie et Gérald Frydman (1984), Jenitba de Slav Bakalov et Rumen Petkov (1985), Fioritures de Gary Bardine (1988), Le héros de Carlos Carrera (1994), Gagarin d'Alexij Kharitidi (1995), When the day breaks d'Amanda Forbis et Wendy Tilby (1999), Chienne d'histoire de Serge Avédikian (2010), Waves '98 d'Ely Dagher (2015).

6. Doublés

Le seul réalisateur ayant reçu deux Palmes d'or du court métrage est Albert Lamorisse (Crin blanc en 53 et Le ballon rouge en 56). Quant à la seule personne qui ait fait le doublé Palme d'or du court et du long métrage, c'est (encore) Jane Campion (Peel en 1986 et La leçon de Piano en 1993). Un record qui s'ajoute à celui d'être la seule femme palmée d'or, mais aussi au fait d'appartenir au club très sélect des cinéastes possédant deux Palmes.

7. Ils ont concouru pour la Palme d'or du court métrage


On connaît leur travail, et certains sont ensuite devenus d'immenses réalisateurs : petit florilège des "grands noms" passés par la compétition courts métrages de Cannes. Alain Resnais (Toute la mémoire du monde) en 1957, René Vautier avec Vacances tunisiennes en 1957 également, Agnès Varda avec O saisons O châteaux (1958), Walerian Borowczyk avec Nagrodzone Uczucia (en coréalisation avec Jan Lenica) en 1958, Nelly Kaplan en 1962 (Rodolphe Bresdin), Jan Svankmajer avec Jean-Sebastien Bach - féerie en sol mineur (1965), Leonarduv Denik (1974) et Muzne Hry (1989), Paul Vecchiali avec Maladie (1978), Nicole Garcia avec 15 août (1986), Michel Ocelot avec Les quatre vœux et Bill Plympton avec Your face en 1987, puis Push comes to shove (1991), Pascale Ferran en 1990 (Le baiser), Vincent Perez avec L'échange (1992), et Rien dire (1999), Nuri Bilge Ceylan (Koza en 1995), Lynne Ramsay avec Small deaths en 1996 (prix du jury) et Gasman en 1998 (prix du jury), Emmanuelle Bercot avec Les vacances en 1997 (prix du jury), Alexandre Aja avec Over the rainbow (1997), Juan Solanas avec L'homme sans tête (2003, prix du jury), Alice Winocour avec Kitchen en 2005, Claude Barras avec Banquise (2006, coréalisé avec Cédric Louis), Florence Miaihle avec Conte de quartier (2006, mention spéciale), Pablo Aguero avec Primera Nieve (2006, prix du jury), Mélanie Laurent avec De moins en moins (2008), Alex Brendemühl avec Mal barré (2009), Chloé Robichaud avec Chef de meute (2012)...

8. Des lauréats prestigieux

Parmi les lauréats de la Palme d'or ou de son équivalent le Grand prix, on peut aussi citer quelques noms prestigieux. La preuve : Pierre Prévert pour Paris la belle (1960), Robert Enrico pour La rivière du hibou (1962), Sam Karmann pour Omnibus (1992), Xavier Giannoli pour L'interview (1998) ou encore Catalin Mitulescu pour Trafic (2004).

9. Le cas Jim Jarmusch

Jim Jarmusch a obtenu la Palme d'or du court métrage en 1993 pour Somewhere In California, un volet du film Coffee and cigarettes, soit assez tardivement dans sa carrière. C'est en effet presque dix ans après sa Caméra d'or pour Stranger than paradise, qui était pourtant, on le rappelle, son 2e long métrage, et après deux autres participations en compétition officielle. Mais évidemment un réalisateur de sa trempe ne fait rien comme tout le monde, et c'est bien normal.

10. En parler, c'est bien. Les voir, c'est mieux !

Certains courts métrages primés à Cannes sont aujourd'hui disponibles en ligne. Petite revue de web :

- Blinkity Blank de Norman McLaren (1955)

- La Seine a rencontré Paris de Joris Ivens (1957)

- Balablok de Bretislav Pojar (1973)

- Seaside Woman d'Oscar Grillo (1980)

- Peel de Jane Campion (1986)

- Omnibus de Sam Karman (1992)

- Somewhere in California de Jim Jarmusch (1993)

- Gagarin d'Alexij Kharitidi (1995)

- Is it the design on the wrapper? de Tessa Sheridan (1997)

- Sniffer de Bobbie Peers (2006)

Cannes 70 : petits et grands scandales sur la Croisette

Posté par cannes70, le 16 avril 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-32 Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .

Avec une infinie générosité, la Cinémathèque Française, a décidé de participer à notre hommage au Festival de Cannes en organisant, du 26 avril au 28 mai, une rétrospective de 26 films présentés sur la Croisette liés à des scandales et controverses. Nous remercions l'aimable direction de son soutien à notre dossier.

Dans le texte de présentation du cycle dans le programme officiel, Thierry Frémaux, délégué général du festival de Cannes, présente les divers types de scandales qui ont émaillé l'histoire de la manifestation, essentiellement d'ordre esthétique, politique ou moral, sans oublier les rejets violents de certains palmarès rejetés et/ou sifflés.

Certains des plus nobles scandales de Cannes sont avant tout d'ordre esthétique. Renouvelant considérablement l'art délicat de la narration, La Dolce vità de Fellini et L'Avventura d'Antonioni (ah, ces italiens, quel talent !) ont, en 1960, surpris les amateurs d'un cinéma aux codes plus classiques que l'on retrouvait cette année là : Celui par qui le scandale arrive de Vincente Minnelli, Jamais le dimanche de Jules Dassin ou Le Trou de Jacques Becker qui sont pourtant des moments de cinéma bien nobles. La Source de Ingmar Bergman et Moderato Cantabile de Peter Brook ont pu dérouter également mais ont moins choqué une certaine foule - que l'on qualifiera de peu éclairée - que leurs confrères italiens.

Monica Vitti et Antonioni ont même reçu quelques tomates lors de la remise du prix du Jury, attribué pour sa «remarquable contribution à la recherche d'un nouveau langage cinématographique». Après la projection pour le moins chaotique, comme l'explique la comédienne dans la vidéo ci-dessous, le film est heureusement soutenu par de nombreux artistes et journalistes choqués par des réactions disproportionnées et bien peu réfléchies. La Dolce Vita reçoit la Palme d'or. Le scandale n'a pas étouffé l'art, heureusement, grâce au jury présidé par Georges Simenon.

Les vrais gros scandales

La postérité retient un petit nombre de scandales en réalité. En 1955, Nuit et brouillard d'Alain Resnais est retiré de la compétition, sur ordre du pouvoir, alors qu'il s'agit d'une commande du Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale pour commémorer le dixième anniversaire de la libération des camps de concentration. La raison de cette censure ? Un gendarme apparaît furtivement sur une photo en ouverture au camp de rassemblement des futurs déportés de Pithiviers. Une présence que Resnais n'avait même pas remarqué, au passage...


Jean Cayrol, co-auteur du film et rescapé des camps, victime lui-même du décret Nuit et Brouillard (Nacht und Nebel, en allemand) qui ordonne la déportation des ennemis du Reich, dénonce cette intervention des pouvoirs publics au journal Le Monde (cité dans En haut des marches, le cinéma d'Isabelle Danel) : «la France refuse ainsi d'être la France de la vérité, car la plus grande tuerie de tous les temps, elle ne l'accepte que dans la clandestinité de la mémoire, elle arrache brusquement de l'histoire les pages qui ne lui plaisent plus ; elle retire la parole aux témoins ; elle se fait complice de l'horreur, car notre dénonciation ne portait pas seulement sur le système concentrationnaire nazi mais sur le système concentrationnaire en général, qui fait tache d'huile et tache de sang sur toute la terre encore sinistrée par la guerre». Le gendarme est caché et le film est bien programmé, mais hors-compétition. L'objet du délit sera réintégré au montage en 1997. Une œuvre historique qui saisit en quelques minutes une horreur indicible, alors quasiment secrète. Avec ce film, le silence se tait définitivement.

La Grande bouffe de Marco Ferreri est rejeté pour l'outrance de son propos, ce suicide collectif organisé par quatre amis pour rejeter l'inanité de leurs vies et qui ont prévu de bouffer jusqu'à s'en faire éclater la panse. Mais le rejet ne serait-il pas plus sournois, lié à la mise en valeur du corps voluptueux d'Andréa Ferréol, filmé avec amour et désir, loin des canons de beauté plus lisses ? Une image, à force d'avoir été diffusée très régulièrement depuis près de 45 ans a marqué ce rejet hystérique : une dame bien apprêtée hurle face caméra sa réaction à la vision de ces gloutons mortifères : «C'est un scandale, un scandale, ça gagne du pognon, ça...».

La haine aujourd'hui ne passe plus par de telles éructations face caméra ou par des crachats tels qu'en ont reçu le réalisateur et son acteur Marcelo Mastroianni. Ces dérives n'existent plus (heureusement). Désormais les rejets exagérés passent certes toujours par quelques piques bien senties dans des journaux de presse écrite mais aussi désormais dans des messages plus crus sur Twitter en 140 signes et des poussières. Le relatif anonymat des réseaux sociaux pourrait faire naître quelques scandales dans les prochaines années, le rejet caractérisé de certains films pouvant achever certains d'entre eux en quelques minutes, Sea of trees de Gus Van Sant (absent de cet hommage) en a fait les frais en 2015.

Dans une image devenue historique, Maurice Pialat lève un point conquérant (et ne fait pas un bras d'honneur contrairement aux apparences) lorsqu'il reçoit la Palme d'or pour Sous le soleil de Satan sous quelques quolibets. Premier français à recevoir la Palme depuis Claude Lelouch en 1966 et dernier avant Laurent Cantet pour Entre les murs en 2008, il a notamment battu Nikita Mikhalkov pour Les Yeux Noirs. Les sifflets qui lui étaient destinés viendraient-ils de la communauté russe ?

Underground d'Emir Kusturica a poussé cet idiot d'Alain Finkielkraut, le lendemain de l'annonce de sa Palme d'or, à publier une tribune assassine (L'imposture Kusturica) dans Le Monde, alors qu'il n'avait pas vu le film, suivi par une autre réaction hostile de Bernard Henri-Levy dans Le Point qui lui non plus ne l'avait pas vu ! Ces messieurs ont, il est vrai, tendance à ne pas rater les occasions de ne pas se taire. Alors oui, ça fait parler, ça fait du papier, mais est-ce bien utile de s'illustrer ainsi ?

Heurté, le cinéaste a rétorqué ainsi, toujours dans Le Monde, quelques mois plus tard, au moment de la sortie en salles : «J'ai d'abord ressenti une grande tristesse puis une assez grande colère, et finalement une sorte d'incertitude. J'aurais voulu répondre immédiatement ; mais pour quoi dire ? Non que mon imagination eût été prise en défaut, mais je ne trouvais pas de mots pour répliquer à l'auteur de l'article, qui, à l'évidence, n'avait pas vu mon film. Finalement, j'en suis venu à la conclusion que nous étions effectivement une ” imposture ”, moi et les films que je fais. C'est un sentiment qui devient prédominant au moment du tournage, lorsque le doute m'envahit. Je crois d'ailleurs que tous mes films sont nés du doute, car dans le cas contraire je serais probablement aujourd'hui en Amérique, en train de fabriquer des films pour le box-office. Mais la croyance qu'il existe toujours une différence entre les films et les hamburgers me pousse à continuer de vivre ici, en Normandie. Je ne comprends toujours pas que Le Monde ait publié le texte d'un individu qui n'avait pas vu mon film, sans que personne ait cru bon de le signaler».

En 1978, Gilles Jacob invite en compétition L'Homme de marbre d'Andrzej Wajda, sorti discrètement de Pologne et invité à la dernière minute pour déjouer la censure. Trois ans plus tard, sa «suite» L'Homme de fer, bénéficie du même traitement de "film surprise" et remporte la Palme d'or, offrant une visibilité inattendue au mouvement Solidarnosc de Lech Walesa. En 1961, Viridiana de Luis Buñuel est jugé «sacrilège et blasphématoire» par le Vatican et le directeur général de la Cinématographie est renvoyé. Le film reçoit la Palme mais perd sa nationalité espagnole, qu'il récupère en 1983.

Les petits scandalinous de rien du tout

Le cycle réunit d'autres films à la croisée des reproches. À L'Argent de Robert Bresson, celui de la présence dans la distribution de Valérie Lang, la fille de Jack Lang, alors ministre de la culture ; à Fahrenheit 9/11 – qui n'est pas considéré comme le film le plus pertinent et indémodable de Michael Moore – le fait de partager avec Quentin Tarantino, président du jury qui lui a remis la Palme d'or, les mêmes producteurs (les frères Weinstein) ; à Funny Games de Michael Haneke, sa violence extrême ; à Khroustaliov, ma voiture ! d'Alexeï Guerman, son style déroutant ; à La Peau de Liliana Cavani sa crudité dans la description de la libération en Italie et au Goût de la cerise d'Abbas Kiarostami sa représentation du suicide, interdit en Iran.

La présence de certains films dans cette rétro étonne. Le choix de Wim Wenders de primer Sexe, mensonges et vidéo de Steven Soderbergh a certes surpris à plusieurs titres : il s'agit d'un premier film (le seul à recevoir une Palme d'or), l'acteur principal (James Spader) est lui aussi primé (ce qui valide l'enthousiasme du jury) et d'autres étaient plus attendus : Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore, Do the Right Thing de Spike Lee, Monsieur Hire de Patrice Leconte, Mystery Train de Jim Jarmusch, Pluie noire de Shohei Imamura, Sweetie de Jane Campion ou Trop belle pour toi de Bertrand Blier. Certains seront primés, d'autres non, mais la victoire de Soderbergh, plus jeune palmé de l'histoire, juste devant Claude Lelouch, n'est pas embarrassante, loin de là. Et n'a pas franchement suscité de controverse.

Inclure La Frontière de l'aube de Philippe Garrel, simplement car il fut défendu ardemment par un critique qui traita de «trous du cul» ses détracteurs, étonne. Le film a certes déconcerté certains festivaliers ou leur a simplement déplu mais scandale ? Controverse ? Mmm… Pas vraiment... Hors-la-loi de Rachid Bouchareb énerve quelques élus de droite et d'extrême droite mais laisse les spectateurs plus indifférents que scandalisés. Lire le reste de cet article »

Cannes 70 : si les biopics musicaux de Cannes m’étaient contés

Posté par MpM, le 15 avril 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-33 Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .

Si le festival de Cannes a échappé à La Môme, Gainsbourg, Django, Dalida, Cloclo et autres biopics musicaux récents, certains ont pu s’y dévoiler, sous une forme plus inattendue que la biographie romancée d’un artiste. Considéré dans sa simple expression, un biopic peut se contenter d’être la chronologie de la vie d’un musicien, avec un acteur grimé pour le représenter (on se souvient du maquillage de Marion Cotillard en Piaf), mais souvent le réalisateur qui s’empare d’un tel projet fait tout pour s’affranchir du genre, y voyant tous les poncifs à éviter. Et Mathieu Amalric qui fait l’ouverture d’Un Certain Regard cette année avec Barbara annonce déjà qu’il ne s’agit pas vraiment d’un biopic sur la chanteuse. Nous voilà rassurés.

Puisqu’il ne s’agit pas ici de documentaires (ceux-ci ayant donné lieu à des belles réussites comme celui de Asif Kapadia, Amy, sur Amy Winehouse, présenté à Cannes en 2005, Gimme Danger de Jarmusch sur les Stooges l’année dernière sur la croisette...), il est toujours risqué pour un cinéaste de se confronter à une figure existante dans le cadre de la fiction. Il y a bien sûr la question de la véracité des faits (respect ou pas de la chronologie d’une vie), la question de l’incarnation physique (acteur ressemblant ou pas), et en ce qui concerne la musique, le choix est posé de convoquer ou pas les titres existants et de leur interprétation.

Pour Control (Quinzaine des réalisateurs 2007) sur la vie et le suicide de Ian Curtis, leader de Joy Division, le réalisateur Anton Corbijn s’est inspiré du livre écrit par Déborah, la veuve du chanteur, son film est vibrant comme un hommage, il est vécu par le spectateur de l’intérieur, dans toute sa dimension intime. De plus, avec cette adaptation, le réalisateur a eu le soutien de Deborah Curtis, ce qui est précieux puisque le biopic se confronte bien souvent à des freins juridiques puisqu’il faut l’autorisation (la “validation”) de l’artiste ou de ses ayant-droits.

Le mieux est même d’impliquer l’artiste lui-même de son vivant : Ray Charles choisit lui-même Jamie Foxx pour l’incarner dans Ray (2004). Johnny Cash approuve Joaquin Phoenix pour Walk the Line (2005) de James Mangold. Et pour la musique de ces biopics, se pose la question des droits que vont négocier les superviseurs musicaux, ces personnes missionnées par la production d’un film pour choisir avec le réalisateur les titres et en “clearer” les droits.


L’histoire de Sid & Nancy de Alex Cox (Quinzaine des réalisateurs 1986, et dont on attend en salles le 25 octobre 2017 la version restaurée) rappelle celle de Control, avec le récit d’un couple destructif constitué du chanteur (Sid Vicious, rebel punk des Sex Pistols) et d’une groupie. Il s’agit pour ces deux premiers exemples de la fin d’un mythe, d’une désagrégation, tandis que d’autres biopics sont plutôt des prequels en se focalisant sur la période qui précède le succès, sur l’enfance. C’est le cas de Nowhere Boy de Sam Taylor-Wood (2009) sur l’adolescence de John Lennon, ou de Notorious B.I.G de George Tillman Jr. (2009) sur l’enfance du rappeur. Ces approches permettent plus de liberté puisque ces épisodes sont moins connus.

Comme nous le remarquons, le biopic est un récit souvent relaté par un regard tiers, celui d’une groupie, d’un concurrent jaloux (Antonio Salieri dans Amadeus de Milos Forman qui fait office de biographe), ou bien d’un compagnon comme cela se présente dans Ma Vie avec Liberace/Behind The Candelabra de Steven Soderbergh (en compétition, Cannes 2013), portrait du pianiste américain de music-hall, Liberace (interprété par Michael Douglas) scruté par les yeux de son jeune amant Scott (Matt Damon). Ces points vue potentiellement déformants sont une autre manière pour les réalisateurs de faire jouer leur inventivité.

Avec Bird de Clint Eastwood (en compétition officielle, Cannes 1988), il s’agissait à travers la figure du saxophoniste Charlie Parker (incarné par Forest Whitaker, Prix d'interprétation masculine au festival) de rendre hommage à un genre musical tout entier, le jazz, qu’affectionne particulièrement le cinéaste. Le film se situe au delà de l’artiste. Todd Haynes aussi a voulu avec Velvet Goldmine (Compétition 1998 et Prix de la meilleure contribution artistique) rendre hommage à un genre, le glam rock, à travers les figures de David Bowie, d’Iggy Pop et de Lou Reed, jamais nommés mais qui apparaissant derrière l'exubérance des personnages.

En privilégiant le pur acte artistique au dépend de la biographie, le cinéaste conçoit un biopic “fantasmé” comme il le refera avec I’m not there (2007) autour de l’idée d’une réincarnation avec un Bob Dylan interprété par six acteurs d’âges, de sexes et de couleurs différents (et une BO constituée de reprises de Dylan par d’autres artistes). Il s’agit plus ici d’une évocation que d’une représentation.

Last Days de Gus Van Sant (en compétition, Cannes 2005) de Gus Van Sant s'intéressait aux derniers jours de Kurt Cobain mais le personnage se prénomme Blake, le récit n’est pas véritablement narratif, et aucun titre du leader de Nirvana ne figure dans la BO (l’acteur Michael Pitt a inventé des chansons originales avec sa guitare). On est ici devant un cas très éloigné du biopic, où la personnalité évoquée n’est que suggérée. Il s’agit plus d’une allusion que d’une reconstitution.

Concernant la musique, l’emploi des titres en relation avec l’artiste représenté n’empêche pas à une musique originale de s’imposer. Par exemple, dans Bird, Lennie Niehaus prolonge la musique de Parker avec un quintet de jazz. Dans Velvet Goldmine, le fidèle du cinéaste Carter Burwell tisse sa propre toile musicale entre les instants glam. Pour Lady Sings The Blues de Sidney J. Furie (Hors-compétition, Cannes 1973) où Diana Ross interprète la diva du blues Billie Holiday, c’est Michel Legrand qui écrit le “love theme” mélancolique au piano tout en se chargeant de l’arrangement des chansons blues.

Alors, en ce qui concerne Barbara, dans quelle direction le réalisateur aura choisi d’aller ? Les amoureux de la chanteuse peuvent espérer entendre ses hits (le compositeur Grégoire Hetzel qui a officié pour Amalric sur La Chambre bleue a confirmé ne pas être impliqué) et imaginer voir Jeanne Balibar (elle-même également chanteuse) reprendre les gestes de la “dame en noir”, mais on peut compter sur Mathieu Amalric pour prendre ses distances avec le biopic attendu.

Benoit Basirico de Cinezik

Cannes 2017: Netflix en compétition, ça ne plaît pas à tout le monde…

Posté par vincy, le 15 avril 2017

Ce n'est pas une surprise. Est-ce une polémique? Toujours est-il que la sélection en compétition du 70e Festival de Cannes de deux films qui seront diffusés sur Netflix provoquent des grincements de dents.

The Meyerowitz Stories de Noah Baumbach a été acquis par Netflix en tant que simple diffuseur il y a une semaine, avant le dévoilement de la sélection. Okja de Bong Joon-ho est une production Netflix et prévu dès le départ un produit 5 étoiles (Tilda Swinton, Jake Gyllenhaal au casting) pour la plateforme en SVOD.

Respect des règles

La Fédération nationale des cinémas français (FNCF) a envoyé un communiqué pour exprimer son inquiétude. "Si les salles de cinémas ne remettent pas en cause la liberté de programmation du premier festival de cinéma du monde, ni le fait que de nouveaux acteurs internationaux viennent légitimement, comme Amazon, contribuer au développement et au financement du cinéma, elles contestent ce choix qui a été fait sans concertation", déclare la FNCF. En fait, à travers cette remarque, la Fédération s'interroge sur la fameuse chronologie des médias: "Si des films du Festival de Cannes contrevenaient à la réglementation en vigueur sur la chronologie des médias, par exemple en étant diffusés sur Internet simultanément à une sortie en salle, ils seraient passibles de sanctions par le CNC ! Et qu’en sera-t-il demain, si des films du Festival de Cannes ne sortaient pas en salle, remettant ainsi en cause leur nature d’œuvre cinématographique ?".

La fédération enfonce le clou avec l'argument juridico-fiscal: "Netflix, qui vient de fermer ses bureaux en France, montre qu’il contourne depuis plusieurs années la réglementation française et les règles fiscales (TVA et TSA). Ces règles fondent le cycle vertueux et le financement d’un écosystème exemplaire pour le cinéma dans notre pays, qui permet aujourd’hui à la plupart des films français et étrangers de la sélection officielle d’exister".

Autrement dit, Netflix ne joue pas le jeu, et ne respecte aucune règle du système français, qu'il soit légal ou financier. Ce que réclame la FNCF est simple: la garantie que The Meyerowitz Stories et Okja sortent bien en salles en France, avant leur diffusion sur Netflix.

Chronologie des médias, saison 20

Cette interpellation est légitime, mais nous semble mal posée. Cette chronologie des médias, dont la directive célèbre ses 20 ans, pose problème depuis quelques années avec le surgissement de la SVOD, de la VàD et du piratage. Le modèle actuel semble déjà dépassé. D'ailleurs, le Festival de Cannes sélectionne chaque années des films qui n'ont pas l'assurance de sorties en salle (et n'ont même pas de distributeurs au moment de leur sélection voire de leur projection cannoise). Et certains de ces films connaissent des sorties en salle si réduites qu'on peut se demander si une diffusion simultanée en SVOD ou en prime-time sur Arte ne serait pas plus profitable (on ne dit pas que c'est mieux, car l'expérience d'une salle de cinéma reste irremplaçable pour voir un film). Enfin, il est arrivé par le passé que des films produits par la télévision soient en sélection officielle. Prenons trois exemples.

Elephant de Gus Van Sant, Palme d'or en 2003, était un film produit par HBO. Sans sa Palme, d'ailleurs, il ne serait jamais sorti en salles aux Etats-Unis, visant ainsi, en vain, les Oscars. Ma vie avec Liberace, de Steven Soderbergh, est aussi un téléfilm coproduit par HBO. Présenté en compétition, le téléfilm avait bien un distributeur en France (ARP) mais n'est jamais sorti sur les grands écrans américains : la chaîne payante HBO l'a même diffusé sur le petit écran américain quelques jours après sa projection cannoise. Enfin, Carlos, d'Olivier Assayas, qui avait déclenché une polémique similaire à celle d'aujourd'hui.

Initialement prévu pour la télévision, le film, sélectionné hors-compétition, était produite par Canal +, et a été présenté dans sa version intégrale, en trois parties, tout en étant diffusé simultanément sur la chaîne cryptée (fin mai/début juin). Le film sera vendu sous une version cinématographique dans les autres pays. Et finalement, cette version raccourcie à 2h45 est sortie le 7 juillet en France, dans une centaine de salles, distribué par MK2. Cette solution était d'autant plus baroque que le DVD était disponible juste après sa diffusion télé début juin. "Bizarre chronologie des médias" écrivait-on à l'époque.

Un débat sain

Par conséquent, la polémique Netflix du jour n'est qu'une nouvelle petite secousse sismique dont on a déjà ressenti les premiers effets au début des années 2000. Le Festival de Cannes a d'ailleurs une vertu sur ce registre: en anoblissant des films produits pour la télévision, il les conduit généralement dans les salles de cinéma.

La FNCF souhaite avoir les garanties que les deux films Netflix sortent en salle en France. Au nom de l'exception culturelle. Ce n'est qu'une stratégie défensive. Cela ne résoudra rien au problème de fond: dès lors que des plateformes comme Netflix entrent dans la production de films signés de grands cinéastes, il faudra sans doute revoir notre façon d'aborder la chronologie des médias et la définition même d'un film de cinéma.

Les deux films seront diffusés sur Netflix en 2017 pour les abonnés de la plate-forme dans les pays où le service est disponible. Cela touche 93 millions de personnes dans le monde. Si pour Okja, une sortie en salles n’est pas exclue, qu'en est-il de The Meyerowitz Stories? Et cela ne concernerait-il que la France, ou des pays comme la Corée du sud (pour Okja) et les Etats-Unis (pour que Meyerowitz vise les Oscars)? Ce genre de débats en tout cas n'a jamais lieu dans les autres festivals...

D'autant, Netflix ne cache pas vouloir proposer ses films simultanément en salles et en ligne. Là il s'agit d'instaurer un dialogue équitable entre la plateforme américaine qui veut faire plier un écosystème (gaulois) et un pays qui refuse le diktat d'une transnationale. Cette "uberisation" a un impact certain puisque ce ne sont pas seulement les films "Netflix" qui sont en jeu. En court-circuitant les salles qui pourraient diffuser les deux films sélectionnés à Cannes, ce ne sont pas les grands groupes de distribution qui sont menacés mais bien les exploitants indépendants, bien plus dépendant de ce genre de films, qui seraient ainsi un peu plus fragilisés.

Dans un échange de tweets passionnant entre Jean Labadie (Le Pacte) et Vincent Maraval (Wild Bunch, qui avait déjà expérimenté la projection cannoise en off d'un film qui sortait en VàD), on constate que le dialogue semble dans l'impasse. Pourtant c'est bien un autre débat qu'ils soulèvent, l'un en défendant l'exploitation et la distribution, l'autre en privilégiant la création (les deux n'étant pas incompatibles). Dans cette histoire, ce qui est en jeu c'est davantage la liberté d'accès au cinéma. La démocratisation, est-ce le fait que tous pourront voir les films dans une salle de cinéma près de chez soi ou que tous les films pourront être vus, chez soi ou en salle, par le plus grand nombre?

A la tête de Fidélité productions, Marc Missionnier préfère y voir une ouverture avec ces films et séries prévus pour le petit format. Une ouverture "en grand".