En plus de s'être ouverte avec un film français (Les adieux à la reine de Benoit Jacquot), la Berlinale propose tout au cours de sa 62e édition de nombreux films venus de l'hexagone ou tournés en coproduction. C'est ainsi que dès le premier jour, les festivaliers pouvaient découvrir Elles de Malgorzata Szumowska sorti en France courant janvier, Indignados de Tony Gatlif, A moi seule de Frédéric Videau et Aujourd'hui d'Alain Gomis (une coproduction franco-sénégalaise).
Le nouveau film de Tony Gatlif, qui sortira le 7 mars, est une adaptation libre de l'essai Indignez-vous de Stéphane Hessel. Mêlant fiction et réalité, le cinéaste a filmé les mouvements de révolte qui ont éclaté en Europe en 2011 notamment à Paris, Madrid et Athènes. De ces images d'actualité, il tire des séquences bigarrées, joyeuses et pleines d'espoir. Mais il les alterne avec le parcours difficile de Betty, immigrée sans papiers ballotée de Grèce en France puis en Espagne. C'est à travers son regard tour à tour incrédule, horrifié ou émerveillé que l'on découvre ces pays riches en pleine crise. Les matelas posés à même le sol, les campements de fortune, les tentes sous le métro aérien... Mais aussi la solidarité avec le peuple tunisien, la communion des cortèges, la bienveillance croisée au détour d'une rue. C'est un instantané contrasté d'une époque où les raisons de s'indigner ne manquent pas et où un basculement se produit du ras-le-bol individuel vers l'action collective. Sa forme de poème filmé, et son intrigue réduite à peu de choses, a peut-être rebuté une partie des spectateurs berlinois, mais il a immanquablement conquis les autres.
A moi seule de Frédéric Videau (en salles le 4 avril) aborde un autre thème de société à travers le retour à la liberté de Gaëlle, presque 18 ans, qui avait été enlevée et séquestrée pendant une dizaine d'années. Alternant scènes de "réadaptation" et flashback sur les années de captivité, le film dépeint avec justesse la relation ambiguë qui unit la victime et son kidnappeur. Il montre aussi la quasi impossibilité pour la jeune fille de reprendre le cours d'une vie "normale". Une œuvre dense et sensible qui serait le pendant plus lumineux, moins aride, du Michael de Markus Schleinzer (sur un pédophile et sa jeune victime). Sélectionné en compétition, il pourrait valoir un prix d'interprétation à l'actrice Agathe Bonitzer, à la fois sobre, pudique et d'une immense intensité.
Enfin, Aujourd'hui d'Alain Gomis se base sur une légende sénégalaise : parfois, on peut savoir à certains signes mystérieux qu'un homme va mourir. C'est le cas de Satché, jeune homme pourtant dans la force de l'âge, qui est revenu au pays après un séjour en Amérique. On l'accompagne tout au long de sa dernière journée, alors qu'il essaie de renouer avec différentes parties de sa vie pour les abandonner avec moins de regret. Très étonnamment, Aujourd'hui est un film gai et serein, un conte plus moderne qu'on ne le croit, et qui dit plein de choses à la fois du Sénégal dont on découvre les rues bondées et bigarrées, et de notre époque. On sent en effet dans l'histoire de Satché un message qui va à contre-courant des principes qui guident nos contemporains : vitesse, optimisation du temps, combat pour repousser ses limites... Là, on voit un homme se détacher simplement de ce que fut son existence et observer avec un regard mi-indifférent, mi-atterré, l'effet de sa mort imminente sur les autres.
Avec ces différents films, les festivaliers ont pu découvrir un cinéma français à la fois riche en thématiques actuelles et soucieux de s'associer aux talents et aux histoires du monde entier. Moins nombriliste et tourné vers lui-même que ne le veut la légende, il s'intègre ainsi à la perfection dans la thématique générale de cette 62e édition, résolument tournée vers les bouleversements de notre société et la manière dont ils affectent les peuples du monde entier.
La finale du Super-Bowl qui vient d’avoir lieu (le 4 février) a été encore une fois un évènement de télévision aux Etats-Unis avec plus d'une centaine de millions de spectateurs. Comme chaque année, les espaces publicitaires durant le match ont été vendus une fortune, et de nombreux annonceurs en ont profité pour dévoiler de nouvelles publicités inédites. Comme bande-annonce de cinéma, il y a eu Battleship, G.I. Joe 2, Star Wars: La Menace fantôme 3D, Sécurité rapprochée. Madonna y a fait son show pour lancer son nouveau disque et promouvoir sa nouvelle tournée mondiale (le 14 juillet à Paris, le 21 août à Nice).
Une marque d’automobiles s’est offert pour l’occasion un acteur très prestigieux pour sa publicité : Clint Eastwood. Le spot prend la forme d’un court-métrage réalisé par David Gordon Green (réalisateur de L’autre rive, Délire express…) sur le thème de la crise avec un texte qui vise à redonner confiance. Il a été diffusé durant la mi-temps du match avec comme titre C’est la mi-temps en Amérique. Il y est question de la ville de Detroit qui vit beaucoup de l’industrie, et d’entreprises menacées de faillites qui ont été aidées par le gouvernement comme la marque Chrysler qui fait ici sa publicité. A noter que déjà l’année dernière, durant la finale du Super-Bowl, cette marque avait diffusé une pub avec le chanteur Eminem, acteur du film 8 miles qui se passe à Detroit.
Cette fois, on voit un Clint Eastwood proche de son personnage passionné par les voitures dans Gran Torino, avec sa sensibilité politique de républicain de droite. Cette mi-temps américaine a aussi été vue dans son contexte actuel où Barack Obama, gauche démocrate, après 4 ans comme président des Etats-Unis, va se présenter pour un second mandat de 4 ans. L’économie et l’emploi sont des thèmes forts pour les deux partis dans cette campagne présidentielle. La narration de Eastwood à propos des usines de voitures à Detroit est ouverte à toute interprétation politique : les deux équipes discutent de comment gagner… les gens ont presque tout perdu mais retroussent leurs manches… ce qui compte c’est l’avenir… on a reçu des coups mais on se relève, et on va se battre… Face à une polémique naissante Chrysler, tout comme Clint Eastwood, réfutent eux un quelconque sous-texte en faveur d'un parti...
En tout cas, à la diffusion de cette publicité à la mi-temps du match une certaine ferveur patriotique a gagné tout le monde.
Voila donc la publicité It's Halftime in America réalisée par David Gordon Green, avec Clint Eastwood.
Pour qui aurait du mal à comprendre sa voix, il dit en résumé : "People are out of work and they're hurting. And they're all wondering what they're going to do to make a comeback. And we're all scared, because this isn't a game" et pour conclure "This country can't be knocked out with one punch. We get right back up again and when we do the world is going to hear the roar of our engines".
Crédit photo : image modifiée, d’après un extrait du film It's Halftime in America.
Après Helen Mirren dans le rôle de la Reine d'Angleterre (The Queen, de Stephen Frears) surmontant la crise de la mort brutale de Lady Di, voici le biopic version grand écran sur la Princesse Diana.
Naomi Watts (actuellement à l'affiche dans J. Edgar) incarnera l'icône élevée au rang de martyr médiatique. Le film, bizarrement intitulé Caught in Flight (Attrapée en plein vol), relatera les deux dernières années de sa vie, stoppée nette dans le tunnel du Pont de l'Alma à paris alors que sa voiture tentait d'échapper aux paparazzis. Le film s'attachera à montrer comment elle a trouvé le bonheur, notamment à travers ses actions caritatives et dans sa vie personnelle. Le film sera réalisé par Oliver Hirschbiegel (La chute), qui vient d'achever la série TV "Les Borgias".
Ce ne sera pas la première Lady Di au cinéma, dans des rôles souvent anecdotiques. Dans The Queen, Laurence Burg interprétait la Princesse. Une quinzaine de téléfilm ont abordé de près ou de loin sa vie.
Le festival du film asiatique de Deauville, (7-11 mars) a dévoilé sa sélection avec 11 films en compétition et deux rétrospectives.
On notera la présence du nouveau film de Wang Xiaoshuai, 11 fleurs. Le cinéaste, souvent sélectionné dans les grands festivals : Une famille chinoise et Beijing Bicycle (Grand prix du jury) à Berlin, Shanghai Dreams (prix du jury) et Chongqing Blues à Cannes, After War (Lépoard d'or / vidéo) à Locarno, ... 11 fleurs, film destiné à un public familial, a été présenté aux festivals de Toronto, Pusan, Tokyo, à celui des Arcs également, et il y a deux semaines à celui de Rotterdam.
Sinon, outre de nombreux premiers films, parmi lesquels Mourning, prix de la Critique au Festival de Pusan, Deauville s'offre aussi The Sun-beaten Path, présenté à Locarno et primé au Festival de Vancouver, Baby Factory, lui aussi dans le palmarès de Vancouver.
On note aussi la présence d'Himizu, du japonais Shion Sono, prix Marcello Mastroianni au dernier Festival de Venise pour les deux jeunes comédiens. Il s'agit de l'adaptation du manga homonyme de Minoru Furuya. Depuis ce film, le réalisateur a filmé Kenkichi, prévu pour sortir en salles au Japon cette année.
En compétition:
The Sun-beaten Path (Chine/Tibet) de Sonthar Gyal
11 Fleurs (Chine) de Wang Xiaoshuai
Beautiful Miss Jin (Corée du Sud) de Jang Hee-chul
Death is my profession (Iran) d’Amir Hossein Saghafi
Mourning (Iran) de Morteza Farshbaf
Himizu (Japon) de Sono Sion
Saya Samouraï (Japon) de Hitoshi Matsumoto
Jhoole lal!(Noor) (Pakistan/France) de Cagla Zenciri et Guillaume Giovanetti
Baby Factory (Philippines) d’Eduardo Roy Jr.
I Carried you home (Thaïlande) de Tongpong Chantarangkul
Deauville accueillera aussi deux rétrospectives sont au programme : le cinéaste japonais Kiyoshi Kurosawa, à qui la Cinémathèque française rend également hommage du 14 mars au 19 avril, et le réalisateur thaïlandais très esthétisant Pen-ek Ratanaruang, avec, en avant-première, son nouveau film, Headshot.
Pour son premier long métrage en tant que réalisateur, Joseph Gordon-Levitt (Mysterious Skin, Inception, 500 jours ensemble) a engagé Scarlett Johansson. L'acteur, par ailleurs scénariste de son film, sera également devant la caméra.
Selon le site Deadline qui a révélé l'information, l'histoire serait celle d'un Don Juan des temps modernes cherchant à devenir meilleur.
Le tournage débuterait en avril. Il resterait une autre actrice de premier plan à enrôler. Scarlett Johansson et Joseph Gordon-Levitt n'ont, jusque là, jamais tourné ensemble. Le comédien a déjà réalisé trois courts métrages depuis 2009.
Avec 53 longs métrages programmés, la section Panorama est l'une des plus riches de cette Berlinale 2012, faisant la part belle au documentaire. Cette année, on y retrouvera des témoignages du Printemps arabe (The Reluctant Revolutionary, Words of Witness...) et plus généralement des œuvres s'intéressant à l'actualité du monde arabe et du Moyen Orient (Sharqiya, La Vierge, les Coptes et Moi...), mais aussi deux films revenant sur les violences policières lors du G8 2001 (Diaz - Don’t Clean Up This Blood et The summit).
Section volontairement engagée, donc, puisque l'autre grand thème abordé par les cinéastes du Panorama est celui de la mémoire homosexuelle, avec notamment un documentaire revenant sur les combats politiques des années 80 (Vito), un film collectif sur ce qu'est être lesbienne dans l'Indonésie d'aujourd'hui (Children of Srikandi) et un hommage à l'activiste ougandais David Kato (Call Me Kuchu).
C'est par ailleurs l'occasion de retrouver des cinéastes majeurs comme Hou Hsiao-Hsien, à la tête d'une œuvre collective réalisée par 20 auteurs taïwanais, Tony Gatlif, qui adapte librement le livre de Stéphane Hessel, Indignez-vous, ou encore Pen-Ek Ratanaruang, sur un tueur à gages cherchant à se reconvertir...
A noter la forte représentation de l'Allemagne (surtout dans la partie documentaire) et de l'Asie. La France est elle aussi bien présente avec Tony Gatlif et Héléna Klotz ainsi qu'avec plusieurs coproductions (Death For Sale, Elles, La mer à l'aube...)
LES LONGS METRAGES DE FICTION
Bugis Street Redux de Yonfan (Hong Kong) Cherry de Stephen Elliott (USA) Chocó de Jhonny Hendrix Hinestroza (Colombie) GLAUBE, LIEBE, TOD (BELIEF, LOVE, DEATH) de Peter Kern (Autriche) HIGHWAY de Deepak Rauniyar (Népal/USA) Iron Sky de Timo Vuorensola (Finlande) Love de Doze, Niu Chen-zer (Chine/Taïwan) Man On Ground de Akin Omotoso (Afrique du Sud) My Brother The Devil de Sally El Hosaini (Grande Bretagne) Rentaneko (Rent-a-Cat) de Naoko Ogigami (Japon) The Convoy de Alexey Mizgirev (Russie) 10+10 de Hou Hsiao-hsien, Wang Toon, Wu Nien-Jen, Sylvia Chang... (Taïwan) Death For Sale de Faouzi Bensaïdi (Belgique/France) Diaz - Don’t Clean Up This Blood de Daniele Vicari (Italie) Die Wand (The Wall) de Julian Roman Pölsler (Autriche) Dollhouse de Kirsten Sheridan (Irlande) Elles de Malgoska Szumowska (France) Fon Tok Kuen Fah (Headshot) de Pen-Ek Ratanaruang (Thaïlande) From Seoul To Varanasi de Kyuhwan Jeon (Corée du Sud) Lost In Paradise de Vu Ngoc Dang (Vietnam) Indignados de Tony Gatlif (France) Keep The Lights On de Ira Sachs (USA) Kuma de Umut Dag (Autriche) [film d'ouverture] La mer à l'aube de Volker Schlöndorff (France/Allemagne) L'âge atomique de Héléna Klotz (France) Leave It On The Floor de Sheldon Larry (USA/Canada) Mai-wei (My Way) de Kang Je-kyu (Corée du Sud) Mommy Is Coming de Cheryl Dunye (Allemagne) Parada (The Parade) de Srdjan Dragojevic (Serbie/République de Croatie) Sharqiya (Central Station) de Ami Livne (Israël) The Woman Who Brushed Off Her Tears de Teona Strugar Mitevska (Macédoine) Wilaya de Pedro Pérez Rosado (Espagne) Xingu de Cao Hamburger (Brésil)
LES DOCUMENTAIRES
Our Story –10-year ‘Guerrilla Warfare’ of Beijing Queer Film Festival de Yang Yang (Chine) “Blut muss fließen” - Undercover unter Nazis de Peter Ohlendorf (Allemagne) Children of Srikandi du collectif "the Children of Srikandi Collective" (Allemagne/Indonésie) Democracy Under Attack - An Intervention de Romuald Karmakar (Allemagne) Audre Lorde - The Berlin Years 1984 to 1992 de Dagmar Schultz (Allemagne) Brötzmann – That’s When The World Is Mine de Uli M Schueppel (Allemagne) Call Me Kuchu de Malika Zouhali-Worrall, Katherine Fairfax Wright (USA) Detlef de Stefan Westerwelle, Jan Rothstein (Allemagne) Henryk from the back row de Andreas Dresen (Allemagne) In the Shadow of a Man de Hanan Abdalla (Egypte) King of Comics de Rosa von Praunheim (Allemagne) La Vierge, les Coptes et Moi de Namir Abdel Messeeh (France) Marina Abramović The Artist is Present de Matthew Akers (USA) Look at me again de Kiko Goifman, Claudia Priscilla (Brésil) The Reluctant Revolutionary de Sean McAllister (Grande Bretagne) The Summit de Franco Fracassi, Massimo Lauria (Italie) Ulrike Ottinger - nomad from the lake de Brigitte Kramer (Allemagne) Among Men – Gay in East Germany de Markus Stein, Ringo Rösener (Allemagne) Vito de Jeffrey Schwarz (USA) Words of Witness de Mai Iskander (USA)
LES COURTS METRAGES
7 Deadly Kisses de Sammaria Simanjuntak (Indonésie) A Lazy Summer Afternoon de John Heys (Allemagne) Green Laser de John Greyson (Canada) LAW and ORDER de Jan Soldat (Allemagne)
C'est un choix assez logique. Après Incendies, une tragédie dans un pays du Proche-Orient imaginaire (mais fortement inspiré du Liban de Wajdi Mouawad, auteur de la pièce de théâtre à l'origine du film), Denis Villeneuve va réaliser un film (d'animation) autour d'un fait historique survenu dans la bande Gaza en 1956.
Il s'agit de l'adaptation, là encore, de la bande dessinée de Joe Sacco, Gaza 1956, en marge de l'Histoire, parue chez Futuropolis en janvier 2010. L'écriture et le dessin de cet album - prix France Info de la BD d'actualité et de reportage 2011, prix du Magazine Lire de la meilleure BD 2010, prix BD des lecteurs de Libération et prix Regards sur le Monde au festival d'Angoulême 2011 - lui a pris plus de six ans : témoignages, documentation, ... Il s'était déjà intéressé à la Palestine dans sa première oeuvre, Palestine, une nation occupée, BD de reportage publiée en France en 2001.
Gaza 1956 lui est venu à l’occasion d’un reportage dans la bande de Gaza en 2001. Joe Sacco "se remémore une note de bas de page lu dans un rapport des Nations Unis durant la crise de Suez en 1956" rappelle son éditeur. Il s'agissait d’un massacre de près de 275 villageois par l’armée israélienne. De là, il a remonté le fil de l’histoire pour illustrer et raconter un compte-rendu cruel et documenté.
Les droits d'adaptation ont été acquis par la société Tu Vas Voir, qui a confirmé la mise en production d'un version animée lors du dernier Festival de la bande dessinée d'Angoulême. Villeneuve n'est pas le premier cinéaste à se lancer dans l'animation : Spielberg (Tintin), Rémi Bezançon (Zarafa) et Patrice Leconte (Le magasin des suicides) s'y sont essayés récemment.
Incendies a reçu 30 prix de par le monde : nommé l'an dernier à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, il est en lice pour le British Awards et le César du meilleur film étranger. Au Canada, il a récolté 8 prix Génie, dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur. Au Québec, il a gagné 9 prix Jutra, dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur.
C'est parti ! La 62e édition du Festival de Berlin s'ouvre jeudi, avec le film historique Les adieux à la reine du Français Benoit Jacquot. Dix huit films sont en lice pour l'Ours d'or, qui sera décerné par le jury mi-glamour, mi-intello, présidé par le cinéaste britannique Mike Leigh.
A ses côtés, on retrouvera Charlotte Gainsbourg, réputée pour son charme comme pour ses choix d'actrice exigeants, et Barbara Sukowa, actrice fétiche de Rainer Werner Fassbinder. Les deux femmes ont en commun un prix d'interprétation à Cannes : la première pour Antichrist en 2009, la seconde pour Rosa Luxemburg en 1986.
Elles seront fort bien accompagnées par l'acteur américain Jake Gyllenhaal (Brokeback mountain, Source code...), le cinéaste et photographe néerlandais Anton Corbijn (Control, the Americain), l'Iranien Asghar Farhadi, Ours d'or en 2011 avec Une séparation, François Ozon, habitué de Berlin (Gouttes d'eau sur pierre brûlante, Angel, Ricky...) et l'écrivain algérien Boualem Sansal (prix du premier roman en 1999 avec Le serment des barbares).
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Mike Leigh (Grande Bretagne) Président
Anton Corbijn (Pays-Bas)
Asghar Farhadi (Iran)
Charlotte Gainsbourg (France)
Jake Gyllenhaal (USA)
François Ozon (France)
Boualem Sansal (Algérie)
Barbara Sukowa (Allemagne)
Chaque année, le festival Travelling à Rennes propose de découvrir une ville à travers les films qui l'évoquent ou s'y déroulent. Après Mexico, Istanbul, Jérusalem ou encore Buenos Aires, c'est donc au tour de Bruxelles de faire son cinéma durant toute une semaine d'avant-premières, de compétitions, et de rencontres.
Pour rendre hommage à la cité cosmopolite dont les dix-neuf communes forment l'identité multiple, le festival a sélectionné 35 longs métrages des années 30 à nos jours, parmi lesquels Le Départ de Jerzy Skolimowski, Jeanne Dielman 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles de Chantal Akerman, C’est arrivé près de chez vous de Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde (le film fête ses 20 ans !!!), Dikkenek d’Olivier Van Hoofstadt ou encore Élève libre de Joachim Lafosse. Une compétition de courts métrages vient compléter la sélection, ainsi qu'un hommage au dessinateur et scénographe François Schuiten et une carte blanche au cinéma Nova de Bruxelles, géré par un collectif de bénévoles depuis 15 ans.
D'autres grandes sections accompagnent ce focus bruxellois, comme des portraits de cinéastes belges au présent (qui mettent à l'honneur Bouli Lanners, Jaco Van Dormael, Dominique Abel et Fiona Gordon, les frères Dardenne...), un gros plan sur le cinéma d'animation belge (et notamment Stéphane Aubier et Vincent Patar) et un retour sur "une certaine histoire politique et sociale de la Belgique". Sans oublier la création du ciné-concert Monsieur Fantômas & Cie par David Euverte, un concours de scénario, un concert, des expositions... et bien sûr le festival Travelling Junior réservé aux plus jeunes spectateurs.
Parmi les nombreux films présentés, tout est alléchant, mais plusieurs inédits valent particulièrement le détour : Bullhead de Michaël R. Roskam qui a raflé quatre prix aux Magritte et concourra pour l'Oscar du film étranger (dans les salles françaises le 22 février), Turquaze de Kadir Balci, une comédie familiale sur l'intégration, l'intolérance et le choc des différences, ou encore Hasta la vista de Goeffrey Enthoven, jumeau cru et déjanté, mais non dépourvu d'une (grosse) dose de bons sentiments, de notre Intouchables national (dans les salles françaises le 7 mars).
Difficile d'imaginer qu'avec tous ces temps forts, et surtout en présence de ces nombreux invités, l'ambiance ne soit pas à la fête dans la belle ville de Rennes ! Une fête qui, bien sûr, sera avant tout celle du cinéma et de ceux, comme les organisateurs de Travelling Rennes, qui l'aiment, le défendent et le partagent.
Quelques mois après "l'Affaire DSK" - le président du FMI a été accusé de viol sur une femme de ménage d'un grand hôtel new yorkais, emprisonné, blanchi au procès civil, et mis sur la touche au niveau politique - le cinéma s'empare du sujet. On a déjà vu des téléfilms qui avaient anticipé ce genre de faits divers (un homme blanc de l'élite accusé des mêmes faits sur une femme de ménage noire). Mais le cinéma aurait peut-être pu attendre la fin de la procédure judiciaire, puisqu'il reste le procès pénal. Cependant rien n'est fait. Entre rumeurs, démentis, annonces, le projet est encore hypothétique. A moins que les producteurs attendent une version définitive d'un script qui promet d'être sulfureux ou veuillent s'éviter des menaces de procès...
Abel Ferrara a avoué dès cet été s'intéresser à ce scandale mondial. Le montage financier s'est fait discrètement durant l'automne malgré les démentis (voir plus bas). Les rumeurs enflaient. Le Monde a révélé ce week-end que le réalisateur tournerait bien un film, avec Gérard Depardieu dans le rôle de Dominique Strauss-Kahn et Isabelle Adjani dans celui d'Anne Sinclair. Les deux comédiens ont joué ensemble dans Barocco, Camille Claudel, Bon voyage, et récemment Mammuth.
Ferrara revient donc aux affaires. Go Go Tales, présenté à Cannes en 2007, sort enfin sur les écrans français. 4:44 Last Day on Earth, présenté à Venise en septembre dernier, va être à l'affiche aux USA. Après 4 ans de silence, de drogue, d'alcool, de désintox, il annonce qu'il tournera en juin ce film sur DSK, entre Paris, Washington et New York.
Wild Bunch dément l'annonce du réalisateur
Et pourtant, selon son producteur Wild Bunch rien n'est fait. Vincent Maraval, fondateur de la société, précise :"C'est vrai qu'on aimerait qu'Abel tourne en juin, mais il a quatre projets en tête, et nous n'avons pas encore arrêté notre choix." Selon Ferrara, Maraval veut conserver ce projet à l'écart des médias, le plus longtemps possible : "Personne ne va m'empêcher de parler de mon film." Le cinéaste y voit la chute des puissants et le rapport à leurs dépendances. Ce lien entre le pouvoir politique et la boulimie sexuelle n'est pas exclusive à DSK. Le réalisateur cite le président Bill Clinton, d'autres affaires américaines plus récentes comme celle du député démocrate Anthony Weiner ou encore d'Herman Caine, un temps candidat républicain à l'investiture pour la présidentielle de 2012. Sans oublier Berlusconi.
Et puis il invoque d'autres signes : "c'est la même chambre que celle où j'ai tourné New Rose Hotel. La 2806... Une de ces chambres où il se passe de sales trucs..." "Ce sera une fiction sur la politique et le sexe avec Depardieu et Adjani. Autant dire que ce sera tout autant un film sur eux deux" rapporte Le Monde.
Blagues et coïncidences
S'il continue de démentir semaines après semaines, Vincent Maraval, qui assure qu’il "n’y a aucun projet de production de ce type" confirme que Ferrara est actuellement en train d’écrire un scénario autour du monde politique, la faiblesse de l’homme politique à la fois tout-puissant et paumé. "Comme on a fait plusieurs de ses films, la rumeur est partie de là", a-t-il ajouté. Maraval ajoute, comme pour expliquer ou justifier qu'il ne s'agit que de rumeurs que l'équipe était à New York "sur le tournage de 4:44 quand l’affaire DSK a éclaté: nous avons plaisanté en disant à Abel que c’était un sujet pour lui, une affaire d’addiction, comme dans Bad Lieutenant" . "Puis Isabelle Adjani a croisé Abel Ferrara au festival du cinéma américain à Deauville où il présentait ’4:44, Last Day on Earth’ et ils sont convenus qu’ils devraient travailler ensemble. Gérard Depardieu a également évoqué la possibilité d’incarner DSK sur le ton de la blague", explique-t-il.
Mais dans ce cas pourquoi Ferrara annonce déjà une date de tournage, "en fonction de l'agenda de Gérard Depardieu" ? Wild Bunch botte en touche et explique dans les médias et par communiqués : "on ne sait toujours pas si on fera ce film, Abel nous a présenté trois quatre scénarios qui à ce stade ne nous ont pas convaincus". La même rengaine. En attendant mieux.
Gérard Depardieu tourne actuellement L'homme qui rit, d'après Victor Hugo, le nouveau film de Jean-Pierre Améris (Les émotifs anonymes). La sortie est prévue en décembre.