Salman Rushdie signe un vibrant hommage à « Lion »

Posté par cynthia, le 22 février 2017

Le célèbre romancier britannique et originaire de Mumbay, Salman Rushdie, a récemment écrit une tribune, pour ne pas dire un véritable plaidoyer, dans Deadline, afin d'expliquer l'importance des six nominations aux Oscars (dont celle du meilleur film) de Lion, qui sort en salles aujourd'hui en France.

"Pour les Oscars, en temps normal cette cérémonie ne me fait ni chaud ni froid. Mais cette année il y a un film qui m'interpelle particulièrement et je voudrais que tout le monde regarde: Lion. Je veux que Lion remporte tous les Oscars pour lesquels il a été nommé. Lion est ce qu'on appelle un film à mouchoirs. Je ne suis pas un grand pleurnichard mais je suis heureux d'avoir regardé ce film chez moi en DVD sans que personne ne me regarde pleurer. Il s'agit d'un film sensible au pouvoir intense, comme je dis que Le parrain est un film excitant ou encore que Laurence d'Arabie est superbe! Si Lion ne vous fait pas pleurer, il faudrait que quelqu'un jette un œil à votre conduit lacrymal car il ne doit pas fonctionner comme il se doit.

Je suis toujours sur la réserve lorsque des films occidentaux se tournent en Inde, mais Lion a été fait avec une authenticité, un réalisme et une vérité concernant ce pays. Chaque moment du voyage de ce petit garçon est une vérité, et n'est jamais exotique, ce qui conduit sa situation critique à nous toucher. L'image de Greig Fraser a su dresser le portrait de la beauté de ce pays tout en étant honnête et exquis.

"Nous vivons des temps où les politiciens et les démagogues autour du monde cherchent à nous diviser (...) en fabriquant la peur des gens qui sont différents de nous"

En parlant de ce petit garçon, Sunny Pawar, son jeu est d'une intense beauté. Je me souviens qu'en 1939, l'Académie a offert un prix spécial (Juvenile Award) à Judy Garland pour sa prestation dans Le magicien d'Oz. Aussi loin que je me souvienne, c'est la seule fois où cela est arrivé. S'il y a une autre opportunité pour donner ce prix c'est bien pour le travail incroyable de Sunny Pawar dans Lion. (...) Dev Patel et Nicole Kidman, livrent aussi des performances grandiosest. Dev Patel, incarne ce fossé entre l'Australie et l'Inde tout en étant habité par la grâce et le feu. Il a mérité son BAFTA et j'espère qu'il ajoutera un trophée à côté de celui-ci.

J'admire le scénario de Luke Davies et la réalisation de Garth Davis. Le monologue écrit de la main de Luke Davies est brillamment récité par Nicole Kidman qui décrit la vérité sur l'adoption de son fils avec une maîtrise incroyable. Les passages entre le présent et le passé sont réalisés avec brio et subtilité.

Je terminerais par le plus important concernant Lion. Nous vivons des temps où les politiciens et les démagogues autour du monde, de l'Inde à l’Angleterre et en passant par les USA, cherchent à nous diviser, à nous séparer entre nous et eux, en utilisant la peur comme arme de division, en fabriquant la peur des gens qui sont différents de nous. Nombreux sont les migrants et les réfugiés qui sont les cibles directes de ce procédé alors qu'ils ne cherchent qu'à avoir une nouvelle vie dans un nouveau monde, ou simplement un abri contre les horreurs qu'ils ont fui. Je suis moi-même un immigré aux États-Unis et oui, du côté où je suis, j'aime expliquer comment l'immigration peut autant enrichir les vies des migrants que celles des personnes qui nous accueillent. Il s'agit de la fusion entre deux mondes, une naissance sans peur mais avec amour. Il n'y a rien de meilleur que cet art pour nous raconter ces histoires, qui sont l'histoire de notre humanité commune."

Quad et Section 9 balancent Romain Duris « Dans la brume »

Posté par vincy, le 21 février 2017

Depuis une semaine, Daniel Roby (la série "Versailles") a lancé le tournage de Dans la brume à Paris et dans ses environs. Le clap de fin est prévu pour le 19 avril.

Romain Duris et Olga Kurylenko partagent l'affiche de ce film scénarisé par Guillaume Lemans (A bout portant, Un homme idéal), Jimmy Bemon et Mathieu Delozier, qui signent là leur premier long.

L'histoire plonge le duo d'acteurs dans une étrange brume mortelle qui envahit Paris. Les survivants trouvent refuge dans les derniers étages des immeubles et sur les toits de la capitale. Sans informations, sans électricité, sans eau ni nourriture, un couple tente de survivre à cette catastrophe et de sauver leur fille… Mais les heures passent et un constat s’impose : les secours ne viendront pas et il faudra, pour espérer s’en sortir, tenter sa chance dans cette brume toxique.

Si Quad productions est une société bien installée à Paris (Intouchables, Ballerina, la vache, L'arnacœur), ce film, coproduit par TF1 et la société québécoise Christal Films, est le premier long métrage de la société de production Section 9 (qui nous rappelle Ghost in the Shell), dirigée par Guillaume Colboc. Section 9 prépare trois autres longs, après s'être fait connaître en 2014 avec le court métrage Zéro de Tony Datis, primé aux Off-courts et sélectionné à Clermont-Ferrand.

Dans la brume doit sortir au premier trimestre 2018.

romain duris olga kurylenko

Le critique et historien du cinéma Richard Schickel est mort

Posté par vincy, le 20 février 2017

Le critique et documentariste Richard Schickel est mort à l'âge de 84 ans le 18 février à Los Angeles. Né en 1933 à Milwaukee, cet historien du cinéma avait débuté comme critique dans les années 1960, notamment pour Time, Life et le Los Angeles Times.

Il a surtout été l'auteur d'une trentaine d'ouvrages consacrés au cinéma américain, de 1960 à 2015: he Disney Version: The Life, Times, Art and Commerce of Walt Disney, Harold Lloyd: The Shape of Laughter, Douglas Fairbanks: The First Celebrity, Cary Grant: A Celebration, D.W. Griffith: An American Life, James Cagney: A Celebration, Gary Cooper, Brando: A Life in Our Times, Clint Eastwood: A Biography (Flammarion), Woody Allen: A Life in Film, Elia Kazan: A Biography, The Essential Chaplin: Perspectives on the Life and Art of the Great Comedian, Conversations with Scorsese (Sonatine) ou encore Steven Spielberg: A Retrospective (La Martinière). Biographies, livres d'entretiens, beaux-livres, encyclopédies (notamment une sur la Warner en forme de trilogie): Richard Schickel se vantait d'avoir vu 22590 films dans sa vie depuis son premier, Blanche-neige et les sept nains de Walt Disney en 1938.

Il a aussi été l'auteur et le réalisateur de nombreux documentaires, essentiellement pour PBS, la chaîne publique américaine. Il fut nommé aux Emmy Awards avec The Men Who Made the Movies, Life Goes to the Movies, Minnelli on Minnelli, Elia Kazan: A Director's Journey et Shooting War: World War II Combat Cameramen. Il a aussi été l'auteur de documentaires sur Star Wars (The Making of Star Wars, From Star Wars to Jedi: The Making of a Saga) et les légendes qu'il admirait (Cagney, Grant, Cooper, Barbara Stanwick, Eastwood, Chaplin).

Jared Leto derrière la caméra

Posté par cynthia, le 19 février 2017

Après Ben Affleck, Georges Clooney ou plus récemment Ryan Gosling, c'est au tour de Jared Leto de passer derrière la caméra pour un long métrage de fiction. L'acteur a déjà réalisé quelques documentaires.

Acteur caméléon et même rock star, le comédien oscarisé pour sa performance dans The Dallas Byuers Club est, selon le Hollywood Reporter, sur le point de tourner 77 pour la Paramount, d'après un scénario écrit par James Ellroy (Le Dahlia Noir, L.A Confidential) il y a 20 ans, et enrichi par David Matthews (scénariste de la série Narcos).

Le film noir se déroule à Los Angeles, en mai 1974. Deux détectives font équipe pour élucider deux enquêtes: l’assassinat d’un de leurs collègues, et le kidnapping d’une riche héritière. L'histoire s'inspire de l'affaire Patty Hearst.

En attendant de choisir son casting, Jared Leto sera aux génériques de Warhol où il incarne l'icône Andy Warhol, de The Outsider de Martin Zandvliet et surtout de Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve à la fin de l’année.

Adèle Exarchopoulos dans le biopic sur Noureev

Posté par vincy, le 17 février 2017

Annoncé à l'automne 2015, Ralph Fiennes va finalement tourner son biopic sur le danseur Rudolf Noureev, The White Crow, cet été entre Saint-Pétersbourg et Paris.

Ce troisième film de Fiennes en tant que réalisateur rassemblera la russe Chulpan Khamatova (Luna Papa, Good Bye Lenin!, Under Electric Clouds), le jeune danseur Sergei Polunin (vu dans le clip signé David LaChapelle, "Take Me to Church" de Hozier) et la française Adèle Exarchopoulos. Elle interprétera Clara Saint, ex-fiancée du fils d'André Malraux, chorégraphe et amie du danseur qui l’aida à fuir la Russie et s'installer en France (elle révéla son rôle dans cette évasion il y a deux ans). Entre le danseur russe prodigieux et cette fille d'un peintre chilien réfugié à Paris, il n'y a rien eu d'autre qu'une histoire d'amitié, a-t-elle toujours affirmé.

Oleg Ivenko (ou Iwenko) incarnera Noureev. Ce jeune danseur russe de 20 ans, déjà primé plusieurs fois, est membre du Ballet de l'Opéra National de Kazan, l'une des trois grandes compagnies russes, où se tient d'ailleurs le Festival international de ballet Nureyev.

The White Crow est l'adaptation de la biographie de Julie Kavanagh, Rudolf Nureyev: The Life, inédite en France. Le scénario de David Hare (The Hours, The Reader) se focalisera surtout sur le moment où Noureev passera à l'Ouest en 1961.

Marjane Satrapi troque le Fakir d’Ikea contre Pierre et Marie Curie

Posté par vincy, le 17 février 2017

Marjane Satrapi n'est plus sur le projet d'adaptation de L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, comme cela a été confirmé en début de semaine à l'occasion du marché du film de Berlin, mais la réalisatrice a déjà annoncé un nouveau film en vue.

Selon Deadline, elle a été choisie pour réaliser Radioactive, adaptation du roman graphique inédit en France de Lauren Redniss, Radioactive: Marie & Pierre Curie: A Tale of Love and Fallout. Le scénario est écrit par Jack Thorne (Harry Potter et l'enfant maudit).

Pour l'instant, pas de casting: il faut trouver trois rôles principaux, ceux de Pierre et Marie Curie et celui de Paul Langevin, ancien étudiant de Pierre devenu l'amant de Marie.

Le tournage de cette coproduction Working Title-StudioCanal débuterait cet automne.

On connaît un peu l'histoire: une polonaise, Marie Skodowska, arrive en France en 1891 et épouse un français, Pierre Curie. Ils travaillent ensemble pour découvrir la théorie de la radioactivité, qui va faire émerger l'ère nucléaire. Prix Nobel de physique de 1903 et Prix Nobel de chimie en 1911, Marie Curie est considérée aujourd'hui comme l'un des plus grandes scientifiques du XXe siècle. Mais cette collaboration a aussi eu des incidences sur leur vie de couple, en plus de conséquences sur sa santé, trop exposée au radium.

Pour la réalisatrice, la vie de Curie - amour, passion, science et mort - est une histoire singulière. "Elle est elle-même un personnage épique. Ce film ne sera pas juste un biopic sur une femme exceptionnelle, il racontera l'histoire de la radioactivité depuis sa découverte jusqu'à nos jours, l'approche humaniste du couple face à leur découverte et le cynisme de ceux qui vont l'utiliser." Elle y voit une femme moderne, qui a toujours autant d'impact aujourd'hui, et dont l'esprit et la connaissance scientifique ont permis d'être innovant. Satrapi promet un film non conventionnel, avec des combinaisons d'époques.

Enfin, notons que plusieurs comédiennes ont déjà incarné sur un écran la femme panthéonisée: Greer Garson, Nicole Stephane, Marie Dubois, Jane Lapotaire, Marie-Christine Barrault, Isabelle Huppert, Dominique Reymond ou encore Heather Jordan.

Aki Kaurismäki dit « adios » au cinéma

Posté par vincy, le 16 février 2017

Faut-il le croire? Aki Kaurismäki a-t-il un simple "bébé blues" post-film? Alors que L'autre côté de l'espoir (The Other Side of Hope) est le grand favori pour l'Ours d'or à Berlin cette année, où le film a été présenté il y a deux jours, le cinéaste finlandais affirme que ce sera son dernier film.

L'AFP rapporte un entretien qu'il a eu à la télévision finlandaise, Yle: "J'ai déjà dit ça mais cette fois c'est vraiment 'adios'. On est tout près de voir que ce film sera le dernier pour moi". Il explique: "Je suis fatigué. Je veux commencer à vivre ma propre vie, enfin."

Le cinéaste, également producteur, scénariste et monteur, n'a pourtant que 59 ans. Mais déjà 36 ans de carrière à son actif.

Plus surprenant, il avait affirmé que Le Havre et L'autre côté de l'espoir, ses deux derniers films, faisaient partis d'une trilogie. Le troisième film n'existera donc peut-être jamais.

Kaurismäki, considéré comme l'un des plus grands cinéastes européens contemporains a reçu le Carrosse d'or pour l'ensemble de sa carrière l'an dernier, le Grand Prix au Festival de Cannes et le Prix FIPRESCI du film de l'année à San Sebastian pour L'Homme sans passé, le Prix FIPRESCI à Cannes, le Prix Louis-Delluc et une nomination au César du meilleur réalisateur pour Le Havre, le Prix FIPRESCI à Berlin pour La vie de bohème et 14 prix pour lui seul aux Jussi (les César finlandais).

Mel Gibson retrouve la confiance d’Hollywood

Posté par vincy, le 16 février 2017

La traversée du désert semble terminée pour Mel Gibson. Grâce à Tu ne tueras point, sa dernière réalisation, il a renoué avec le succès public (165M$ au box office international) et critique (6 nominations aux Oscars, dont meilleur film et meilleur réalisateur) Il efface ainsi le semi-échec d'Apocalypto sorti en 2006. Est-il bankable pour autant en tant qu'acteur. Depuis 2002 et Signs, Gibson n'a joué que dans 6 films (certes avec un statut de persona non grata pendant pas mal d'années à Hollywood). Arrêté en état d'ivresse et après avoir tenu des propos antisémites en 2006, il avait été condamné à trois ans de probation.

Hollywood aime les résurrection, ce qui ne déplaira pas à ce catholique traditionaliste, et a décidé de le remettre sur les rails.

Tout d'abord avec Vince Vaughn dans Dragged Across Concrete, un polar autour de la brutalité policière réalisé par S. Craig Zahler. Le duo incarnera deux flics suspendus quand une vidéo révèle leurs méthodes violentes. Ils vont s'introduire dans le milieu criminel pour réaliser leur vengeance. A noter que Vaughn faisait parti du casting de Tu ne tueras point et qu'il a joué devant la caméra de Zahler dans Brawl in Cell Block 99, film prévu en salles cette année.

Ensuite, Mel Gibson est en pourparlers finaux pour la suite de Very Bad Dads (Daddy's Home), avec Will Ferrell et Mark Wahlberg. Cette suite, toujours réalisée par Sean Anders, semble logique vu le carton international du premier épisode (240M$). Gibson interpréterait le rôle du père de Wahlberg tandis que John Lithgow ("The Crown") serait le père de Farrell. Gibson en voie de "deniroisation"?

Enfin, la Warner, qui a accompagné toute la franchise L'Arme Fatale, a ouvert les discussions pour trouver le réalisateur de Suicide Squad 2. Et devinez qui en retrouve parmi les finalistes? Mel Gibson! On doute un peu qu'il donne suite. Mais cela confirme qu'il est bien redevenu hype. Outre Gibson, Ruben Fleischer (Zombieland), Daniel Espinosa (Safe House) et Jonathan Levine (Warm Bodies) ont été approchés.

Berlin 2017: Catherine Deneuve et Catherine Frot, des femmes pas si sages

Posté par vincy, le 15 février 2017

deneuve berlinale 2017 © vincy thomasA l'applaudimètre, ça ne fait aucun doute. Les festivaliers berlinois, lors de la projection officielle de Sage Femme (hors-compétition de cette 67e Berlinale, mais avec les honneurs du tapis rouge du Berlinale Palast), la Deneuve l'emporte largement sur la Frot. Au seul nom de Deneuve, avant la projection, le public s'est levé comme un seul homme pour une ovation. Les deux "cathoches" les plus populaires du cinéma français (mais pas dans la même catégorie côté aura internationale et cinéphilique) sont à l'affiche de cette comédie dramatique de Martin Provost.

Vivre libre

Le film a ce qu'il faut de bons moments, de répliques un peu vachardes et d'émotion manipulée pour toucher un public assez large. Bien sûr, c'est la présence de ce deux stars françaises qui a sans doute conduit à une sélection officielle de ce film mineur à la prestigieuse Berlinale, ne nous illusionnons pas. Le scénario suit un parcours attendu mais mal maîtrisé vers la fin. La mise en scène épuise ses audaces au premier tiers du récit.

Si l'histoire est plaisante, malgré ses sujets dramatiques (une maternité qui ferme, un cancer, des solitudes, n'en jetez plus), si certains dialogues sont drôles (le public allemand y réagissait avec joie), et si l'ensemble tend vers un discours anti-libéral économiquement mais ultra-libertaire individuellement, cela ne suffit pas à en faire autre chose qu'une œuvre populaire (ce qui n'est déjà pas si mal) sans réelle personnalité.

Deux comédiennes d'exception

Martin Provost s'essaie à la comédie-sociale-dramatique-réaliste (après des films d'époque) mais reste concentré sur ce qui l'intéresse depuis toujours, les femmes. Là, reconnaissons, qu'il est généreux. Avec deux actrices au tempérament si prononcé, aux personnalités (et au jeu) si différentes, et au charisme indéniable, il en profite largement.

Catherine Frot hérite d'un rôle en creux, très intérieur, presque ingrat si elle n'avait pas un si beau métier, et opère sa mue lentement. Terne, elle devient lumineuse avec talent et sans forcer.

Catherine Deneuve, à l'inverse, sans trop heureuse d'avoir un personnage aussi cyclothymique, des rires aux larmes, s'en donne à cœur joie avec cette Béatrice flambeuse, fumeuse, alcoolique, malade, seule, ayant brûlé la vie à ne vivre que le présent hors du réel.

Un voyage interrompu

Si les deux actrices semblent efficacement incarner ces deux femmes opposées avec une facilité déconcertante, c'est sans aucun doute grâce à leur expérience et leur savoir-faire. Personne ne gagne un match où les deux camps jouent leur très bon niveau, sans aller au-delà.

Ce qu'on retiendra surtout de Sage femme, c'est leur duo. L'alchimie douce qui s'incruste dans cette relation tendue par un passé commun compliqué. Le réalisateur n'a pas résisté à l'idée de les rendre complices et dépendantes l'une de l'autre, s'offrant même un baiser tendre et amical ou un massage apaisant entre "Yolande" et "Belle de jour". Hélas, Martin Provost ne va jamais plus loin et reste en surface dans cette liaison étrange et mystérieuse, comme s'il avait peur de vouloir embarquer deux immenses comédiennes hors des sentiers battus, leur ouvrant de nouveaux horizons.

C'est d'autant plus regrettable qu'on a le sentiment qu'elles étaient prêtent à aller beaucoup plus loin dans ce voyage commun...

Vesoul 2017 : Des femmes et des bébés au palmarès

Posté par kristofy, le 15 février 2017

Le 23ème Festival des Cinémas d’Asie de Vesoul s'est terminée avec sa chaleureuse convivialité habituelle et beaucoup de promesses pour le rendez-vous de l'année prochaine. La manifestation prend de plus en plus d'ampleur localement (avec des lycéens, d'autres salles dans d'autres villes proches, incluant même un débat en duplex, et une programmation post-festival à Paris et ailleurs) et à l'international (au festival de Busan en Corée, on parle autant de Vesoul que de Berlin, pour beaucoup d'invités la ville vosgienne restera leur première étape de découverte de la France...), tant et si bien que de nombreuses séances ont affiché 'complet'. Sur une semaine il y a eu tout de même environ 150 séances et il a fallu en rajouter pour satisfaire la demande.

Nos films préférés

C'est au FICA de Vesoul que l'on voit en avant-première des films comme Tunnel de Kim Seong-hun (sortie le 3 mai), Après la tempête de Kore-eda Hirokazu (découvert à Cannes, sortie le 26 avril), The Bacchus Lady de Lee Je-yong (en ce moment au festival de Berlin), et surtout la riche sélection des films en compétition dont la plupart n'ont pas encore de distributeurs.

Parmi nos préférés il y avait Hotel Salvation de Shubhashish Bhutiani (Inde), Reseba-The Dark Wind de Hussein Hassan (Irak), Baby Beside Me de Son Tae-gyum (Corée du Sud), et 500m 800m de Yao Tian (Chine), ce dernier étant d'ailleurs étrangement complémentaire avec un des films les plus fort d'une autre sélection Blind Mountain de Li Yang...

Le prix du public pour Reseba-The Dark Wind

Comme on le pressentait déjà Reseba-The Dark Wind a fait forte impression sur les festivaliers et repart avec deux prix : prix du public et prix des lycéens.

Mais c'est 500m 800m de Yao Tian qui a gagné le Cyclo d'or du jury international (la cinéaste iranienne Rakhshan Bani-Etemad comme présidente, la réalisatrice géorgienne Rusudan Chkonia, le réalisateur sri lankais Vimukthi Jayasundara et la réalisatrice mongole Byambasuren Davaa) : ce film chinois risque d'ailleurs de ne pas être vu dans son propre pays tant il critique la politique de l'enfant unique en Chine (qui a été assouplie depuis 2016).

Yao Tian, fils unique, Cyclo d'or

Le réalisateur Yao Tian qui était présent à Vesoul avait expliqué que «Je suis né dans les années 80 et je n'ai pas eu de petit frère ou petite sœur à cause de cette injonction de l'enfant unique. Ce n'était pas possible car sinon il y avait une très grosse amende impossible à payer, de plus pour qui avait un travail de fonctionnaire c'était le renvoi de cet emploi. Si jamais une seconde grossesse arrivait tout de même c'était comme dans le film 500m 800m, pas possible de donner naissance à un deuxième enfant, il n'y avait pas vraiment de limite au nombre de mois de grossesse pour un avortement (ndlr : comme une séquence marquante du film). Cette politique de l'enfant unique a durer longtemps et au bout d'un moment il y a eu un vieillissement de la population, c'est pourquoi ça a été changé début 2016 avec l'autorisation d'un deuxième enfant. »

Le titre du film 500m 800m évoque deux endroits voisins où s'est construit le barrage des Trois Gorges : dans le village rural à plus de 800 mètres d'altitudes un second enfant était permis sous certaines conditions (si le premier enfant était une fille, il fallait attendre 3 ans après sa naissance...) mais ses habitants apprennent qu'on leur ordonne de déménager pour être reloger ailleurs, dans des logements plus modernes, plus bas, sous 500 mètres d'altitude... La décision de tout quitter pour les plus âgés est dure, les autres sont séduits par l'avantage d'avoir enfin une école. Une femme du village au dessus des 800 mètres déjà maman d'une petite fille se retrouve enfin enceinte d'un second enfant (ce qui est permis) et la famille bon gré-mal gré déménage donc, mais là où ils arrivent c'est l'application stricte de la politique de l'enfant unique : il lui est interdit de garder son bébé à naître...

reseba the dark windGrossesses, viols, avortements, traditions, maternité: la femme dans tous ses états

A noter que la grossesse était un sujet de société et un sujet de débat dans de nombreux films du FICA de Vesoul cette année, dont certains se retrouvent dans le palmarès. En Chine dans 500m 800m il y a des avortements forcés dans le cadre de la politique de l'enfant unique, dans Blind Mountain il y a des jeunes femmes qui sont vendues et retenues prisonnières et violées pour enfanter dans certains villages avec une majorité d'hommes qui désirent eux une descendance... Le viol est d'ailleurs un drame collatéral en période de guerre comme dans This is my moon de Asoka Handagama ou dans Reseba-The Dark Wind de Hussein Hassan. Dans La belle-mère de Samanishvili de Edgar Shengelaia le remariage d'un patriarche implique un futur bébé possible et donc la menace que son héritage soit divisé: on lui cherche une femme stérile. À l'inverse dans The Hunt de Vasantha Obeysekere un bébé né d'une liaison incite une femme à retrouver l'homme géniteur pour l'obliger à sa promesse de se marier avec elle. Quand une femme d'un certain âge se retrouve de nouveau enceinte cela provoque beaucoup de questionnements chez ses proches dans Emma (Mother) de Riri Riza et même des scandales dans Walls Within de Prasanna Vithanage. C'est donc compliqué de décider d'avoir ou pas un enfant, d'ailleurs le débat sur l'avortement est le thème central du film iranien Being Born de Mohsen Abdolvahab , Grand prix du jury, avec en balance des dépenses supplémentaires, le poids de la religion, un épanouissement contrarié... Certaines femmes n'arrivent pas à assumer leur bébé, confié à l'adoption dans The Bacchus Lady de Lee Je-yong parce que sa mère prostituée coréenne a accouché d'un bébé métis suite une relation avec un soldat américain..., dans Baby Beside Me de Son Tae-gyum, Prix Emile Guimet, une mère disparaît du foyer en abandonnant son bébé à son compagnon qui ayant un doute sur sa réelle paternité envisage de le faire adopter.

Le Palmarès du Fica de Vesoul 2017 :

- Cyclo d'Or : 500M 800M de Yao Tian (Chine)
- Grand prix du Jury International : BEING BORN de Mohsen Abdolvahab (Iran)
- Prix du Jury International : GOING THE DISTANCE de Harumoto Yujiro (Japon)
- Mention spéciale du Jury International : Hiromi Hakogi dans HER MOTHER de Sato Yoshinori (Japon)

- Prix du Jury NETPAC : GOING THE DISTANCE de Harumoto Yujiro (Japon)
- Prix de la critique : HOTEL SALVATION de Shubhashish Bhutiani (Inde)
- Prix Emile Guimet : BABY BESIDE ME de Son Tae-gyum (Corée du Sud)
- Coup de cœur du Jury Guimet : GOING THE DISTANCE de Harumoto Yujiro (Japon)
- Prix INALCO : EMMA (Mother) de Riri Riza (Indonésie)
- Coup de coeur INALCO : 500m  800m de Yao Tian (Chine)

- Prix du public du film de fiction : THE DARK WIND de Hussein Hassan (Iraq)
- Prix du Jury Lycéen : THE DARK WIND de Hussein Hassan (Iraq)
- Prix du Public du film documentaire : UN INTOUCHABLE PARMI LES MORTS de Asil Rais (Inde)
- Prix du Jury Jeune : LE CRI INTERDIT de Marjolaine Grappe & Christophe Barreyre (France / Chine)