Fin des tribulations de Maria Pacôme (1923-2018)

Posté par vincy, le 1 décembre 2018

La comédienne Maria Pacôme est morte samedi à l'âge de 95 ans, a annoncé son fils à l'AFP.

Née le 18 juillet 1923, après le cours Simon, où elle côtoie Michèle Morgan (qui est déjà une actrice connue) et de Danièle Delorme, elle épouse l'un des grands acteurs de l'époque en 1950, Maurice Ronet. Par amour pour lui, elle sacrifie sa carrière pour faire de la peinture et de la poterie. Finalement elle divorce en 1956 et revient à ses premières passions: la comédienne débute en 1958 au théâtre dans "Oscar", avec Pierre Mondy et Jean-Paul Belmondo. Elle sera aux côtés de Bébel au cinéma en 1965 dans Les tribulations d'un Chinois en Chine de Philippe de Broca. Elle y joue la future belle-mère bourgeoise de Belmondo.

Elle tourne déjà un peu depuis quelques années, des petits rôles dans des comédies comme Les jeux de l'amour du même de Broca, Le tracassin d'Alex Joffé, Le Gendarme de Saint-Tropez de Jean Girault.

Sur les planches ou sur les plateaux, elle incarne parfaitement les bourgeoises tantôt coquines tantôt excentriques, parfois délurées, parfois au bord de la crise de nerf, dans la lignée des Jacqueline Maillan. Au théâtre, elle devient vite une tête d'affiche des comédies populaires, comme celle de Jean Poiré, Joyeuses Pâques en 1981. Au ciné, on la voit dans les films de Girault, de George Lautner, de Jean Becker (Tendre voyou), de Pierre Richard (Le distrait). Mais après 1980, et l'énorme succès des Sous-doués de Claude Zidi, où elle campe une directrice aussi dingue que dictatoriale, elle s'absente du grand écran. On l'aperçoit sur le petit, qu'elle n'aimait pas: "Non, je ne vais pas regarder la télé, je vais l'allumer, mais sans la regarder pour bien lui manifester mon mépris" écrivait-elle dans son autobiographie. Elle était lucide et explique en partie son insuccès cinématographique: "Je ne suis pas photogénique. Dans une piscine, quand j'ai la tête mouillée, j'ai l'air d'un rat saucé dans l'huile."

Mais c'est au théâtre qu'elle consacre tourte son énergie.

Auteure

Car depuis 1977, sans doute frustrée de se voir confier toujours les mêmes rôles, elle écrit aussi ses pièces: Apprends-moi Céline avec un jeune Daniel Auteuil, Le Jardin d'Eponine, On m'appelle Émilie avec un très jeune Patrick Bruel, Les Seins de Lola, Et moi et moi, Les Désarrois de Gilda Rumeur et enfin L'Éloge de ma paresse, qui lui valu une nomination au Molière du one man show.

Au cinéma, elle a reçu une seule nomination aux César, dans la catégorie de la meilleure actrice dans un second rôle pour La Crise. C'est en 1992. Coline Serrau la choisit pour être la mère de Vincent Lindon, où elle transporte une scène de ras-le-bol général contre son époux et son fils en grande embardée féministe. La séquence devient culte. Le film est un succès populaire.

Sa rousseur, sa voix, son style de femme classe et déglinguée lui permettent de se singulariser et de devenir au fil des décennies un visage familier pour les Français. Même si le cinéma ne lui a jamais vraiment déclaré sa flamme. On la voit chez de Chalonge, Zeitoun, Alessandrin ou, en 2012, l'adaptation d'Arrête de pleurer Pénélope de Juliette Arnaud et Corinne Puget.

Sur scène, elle avait fait ses adieux en 2009, avec La Maison du lac, remplaçant Danielle Darrieux, qui ne peut plus jouer, aux côtés de Jean Piat, décédé il y a deux mois. La pièce avait été un triomphe.

Comme elle le disait si bien: "Drôle de carrière: tout le monde me connaît et personne ne parle de moi!"

Dernier tango pour Bernardo Bertolucci (1941-2018)

Posté par vincy, le 26 novembre 2018

Le réalisateur italien Bernardo Bertolucci est mort à Rome à l'âge de 77 ans, ont rapporté ce matin les médias italiens.

L'un des grands maîtres du cinéma italien, né le 16 mars 1941, a connu une consécration mondiale avec sa fresque Le dernier empereur en 1987: Oscar du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario (au total 9 Oscars), 4 Golden Globes, un César du meilleur film étranger, 3 BAFTAs... Il a été nommé deux autres fois aux Oscars, dans la catégorie du meilleur scénario adapté avec Le conformiste (deux fois primé à Berlin), et dans la catégorie réalisateur pour Le Dernier Tango à Paris.

Bertolucci, Palme d'honneur à Cannes en 2011, Lion d'or d'honneur à Venise en 2007 et European Film Award d'honneur en 2012, a écrit et réalisé 25 films - y compris documentaires - entre 1962 et 2012, signant notamment de belles épopées internationales (1900, Un thé au Sahara, Little Buddha) et des œuvres plus intimes et romantiques (Beauté volée, Innocents, Moi et toi) ou dramatiques et politiques (Le conformiste, La Tragédie d'un homme ridicule, La stratégie de l'araignée).

Donnant un nouveau souffle au cinéma italien dès la fin des années 1960, cherchant différentes voies narratives, en s'éloignant du néo-réalisme et s'approchant d'un cinéma plus clinique, Bertolucci était un esthète et un explorateur (son dernier film a été tourné en 3D). Son aura a cependant été entachée ces dernières années par les révélations de l'actrice Maria Schneider (Le dernier tango) sur les conditions de tournage d'une scène de sexe avec Marlon Brando, qu'elle a subit (à juste titre) comme un viol. La manipulation du cinéaste, avec la complicité de la star américaine masculine, ont été violemment critiquées depuis quelques années, accusant Bertolucci d'avoir détruit la jeune femme. Dans son dernier livre, Tu t'appelais Maria Schneider (Grasset), la journaliste Vanessa Schneider rédige un hommage à sa cousine comédienne, où elle détaille les séquelles psychologiques et artistiques de cette séquence sodomite humiliante.

Le succès du film est en fait un cauchemar pour l'actrice, qui ne s'en remettra jamais. Brando sort du tournage exsangue. Ce Dernier tango va hanter longtemps Bertolucci, jsuqu'à détruire sa réputation vers la fin de sa vie. C'est ironique finalement.

Car en effet, il aimait lui aussi déboulonner les statues, particulièrement celles des Commandeurs, qu'il soit un militant politique héroïque ou un empereur chinois historique. Il interroge finalement la vérité et le mensonge, l'artifice et le romantisme, la honte des uns et la gloire des autres. Là c'est le fantôme de Maria qui a renversé l'icône.

Dans ses jeux de miroirs, le cinéma de Bertolucci cherche des tonalités tantôt sensuelles tantôt oniriques, épurées ou baroques, passant de l'opéra à une nocturne. En bousculant ses personnages, qu'ils soient un occidental dans une culture orientale ou un fasciste refoulé et lâche, en les confrontant au plaisir, au crime ou à la pauvreté extrême, le réalisateur stylise une révolution intime qui rend la classe moyenne monstrueuse et les puissants intouchables.

Obsessions et dilemmes

Le fils du poète Attilio Bertolucci et frère du cinéaste Giuseppe Bertolucci, il a surtout été le cinéaste italien qui s'est emparé de la Nouvelle vague française. Innocents est une histoire de trouple en plein Mai 68 - le sexe et la révolution, deux de ses obsessions - et un énorme clin d'œil à Bande à Part et Godard. Bertolucci aimait transgresser. Il voulait choquer le bourgeois, bouleverser l'ordre social. A la fois idéologiquement et sans doute pour se rebeller contre son éducation. L'ancien assistant de Pier Paolo Pasolini (ami de son père) sur Accatone et co-scénariste d'Il était une fois dans l'Ouest de Sergio Leone, était un marxiste, fasciné par l'Histoire et le communisme (Le dernier empereur et 1900 en sont les plus belles preuves épiques).

Mais qu'on soit jeune étudiant ou patron d'usine, veuf partagé entre les pulsions sexuelles ou l'aspiration à mourir ou empereur de naissance impuissant à résister aux flux de l'Histoire, le cinéma de Bertolucci est avant tout celui des dilemmes: ses personnages sont toujours partagés entre deux mondes, deux visions, deux sentiments. Leur quête existentielle ou identitaire, amoureuse ou intellectuelle, est le moteur de tous ses récits, fondés sur les conflits (parents/enfants, patron/ouvrier, mari/femme, pouvoir/exploité...), en bon marxiste.

Malgré cela, sa filmographie, après Le dernier empereur et son sacre mondial, évolue vers de nouveaux horizons. Il ne délaisse pas le libertinage et ce libéralisme des mœurs qui le tentent tant, il n'abandonne pas la chair et le désir (Beauté volée, Shandurai) ni les idéaux dans un monde où le communisme s'efface. Il est même assez nostalgique d'une Révolution, qui n'a finalement pas eu lieu, mais dont il s'est approché, pour ne pas dire avec laquelle il a flirté. Ses derniers films sont davantage dans la réconciliation (rien que dans les titres de ses films). Après la douce mort d'Un thé au Sahara, on le suit dans chemins de sagesse de Siddhartha dans Little Buddha, pour aboutir à une folle utopie érotisante et cinéphile dans The Dreamers (Innocents) et un mélange d'espoir et de dignité dans son ultime œuvre, Moi et toi.

Le réalisateur aimait chercher ses limites, montrer les lignes rouges (et parfois les dépasser). Adversaire de la censure, combattant des films à message, nostalgique d'une rêverie communiste, il espérait que sa génération allait changer le monde. De la même manière qu'il essayait de changer le cinéma. Il voulait expérimenter formellement mais il poursuivait surtout l'envie de aire un cinéma aussi sincère qu'intelligent, même si, en apparence, cela semblait plastique, méniéré, esthétisé. Il en reste finalement un cinéma qui fait une équation entre la transmission et l'héritage. Les personnages y sont déjà condamnés, enfermés dans leur statut (social, personnel, psychologique). Ils sont "conditionnés" et la fin n'est jamais très claire. "J'aime que les fins de films soient ambigües, parce que c'est ainsi dans la vie réelle" disait-il.

Les super-héros sont tristes: Stan Lee est mort (1922-2018)

Posté par vincy, le 12 novembre 2018

Stan Lee, créateur de personnages légendaires de l'univers Marvel, est décédé lundi 12 novembre à l'âge de 95 ans, selon la presse américaine. Il a révolutionné la bande dessinée de super-héros en leur donnant une psychologie et une humanité. Tous lui doivent leurs histoires et leurs personnalités. Malgré leurs pouvoirs, malgré leurs différences, ce sont des êtres normaux, qui tentent de survivre à un quotidien pas toujours facile.

Né le 28 décembre 1922, Stanley Martin Lieber a été précoce: à 19 ans, il écrit un texte dans Captain America, à 20 ans, il devient rédacteur en chef de Timely. Cette expérience, avec celle accumulé sous les drapeaux, en font à la fois un conteur et un publiciste. Il maîtrise la propagande, le discours choc mais aussi la dramatisation. Malgré cette précocité dans un "art mineur", il faut attendre 1961 pour qu'il créé Les Quatre Fantastiques avec Jack Kirby. Suivront, avec les dessinateurs Kirby ou Steve Ditko, une ribambelle de personnages de super-héros: Spider-Man, Hulk, Docteur Strange, Daredevil, Iron Man, Ant-Man, Thor, les mutants de X-Men, Black Panther... Ils font aussi revivre Captain America et Captain Marvel.

Très vite Stan Lee s'intéresse davantage aux dialogues qu'aux histoires puis se focalise sur la marque Marvel plutôt que sur ses co-créations. Il migre à Los Angeles et supervise les déclinaisons télévisuelles de ses personnages. Conscient de sa notoriété, généreux avec ses fans, Stan Lee devient lui-même une marque. Au début des années 2000, il cofonde la société Pow ! Entertainement, spécialisée dans la production de contenus dérivés de Marvel pour la télévision ou le cinéma, avec Disney.

Car c'est bien Mickey Mouse qui va assurer sa notoriété, au cinéma qui plus est. En 2000 sort le premier X-Men chez la Fox, premier carton au box office pour un film Marvel. Deux ans plus tard, Sony fait encore mieux avec le Spider-Man de Sam Raimi. Les quatre fantastiques, Hulk montrent aussi le regain d'intérêt pour les comics. Ces "vieux" super-héros attisent à la fois la nostalgie d'une génération post sixties et se modernisent pour les ados du nouveau millénaire grâce à des effets numériques permettant de déringardiser les adaptations jusque là peu convaincantes. La Paramount, Universal, la Fox et Sony se partagent l'univers Marvel jusqu'en 2012. Entre temps, en 2008-2009, Marvel a été absorbé par Disney, qui lance le MCU.

Au total, une cinquantaine d'adaptations durant 20 ans au cinéma ont totalisé 12,3 milliards de dollars de recettes en Amérique du nord et 30,7 milliards de dollars dans le monde. On comprend que Stan Lee ait son étoile à Hollywood. De nombreuses stars actuelles lui doivent avec ses personnages leur célébrité et leur carrière. Stan Lee rêvait d'être acteur. Au point de faire un passage dans tous les films issus de l'univers Marvel. Vendeur de hot dog ou lecteur de journal, facteur ou journaliste, bibliothécaire ou livreur, barman ou gardien de musée, coiffeur ou astronaute: ces caméos étaient aussi attendus que ceux d'Hitchcock.

Quand il a créé Tony ou Peter, ou même La chose, son personnage préféré, il avait donné un coup de jeune aux comics. Les productions cinématographiques les ont remises au goût du jour. Ainsi l'œuvre de Stan Lee infuse dans toute l'industrie du divertissement, à l'instar de Star Wars, Disney ou Spielberg. Elle s'est diffusée mondialement, de la salle de cinéma au jeu vidéo en passant par les figurines. C'était une sous-culture, c'est devenu une hyper-culture. Tout comme il créait en "collaboration", comme une fabrique créative et collective, il a construit une œuvre labyrinthique, multi-supports, trans-générationnelle, et qui semble indéfiniment déclinable...

Dernière note pour le compositeur oscarisé Francis Lai (1932-2018)

Posté par vincy, le 7 novembre 2018

« Chabadabada, Chabadabada, Chabadabada... ». On connaît tous cet air d'Un homme et un femme, Palme d'or signée Claude Lelouch en 1966. Francis Lai était le "musicien" du cinéaste, avec qui il a eu une relation quasi exclusive ces 25 dernières années. Il est mort à l'âge de 86 ans ce mercredi 7 novembre.

Ce niçois a écrit pour Edith Piaf, Dalida, Petula Clark, Serge Reggiani, Mireille Mathieu, Juliette Gréco et Yves Montand (la fameuse Bicyclette.

En 1970, il reçoit l'Oscar et le Golden Globe de la meilleure musique de film pour l'énorme succès Love Story d'Arthur Hiller.

Honoré pour l'ensemble de son œuvre à Venise, Prix d'honneur pour l'ensemble de sa carrière aux World Soundtrack Awards, les César ne l'ont paradoxalement jamais récompensé. Plusieurs fois nommé, jamais vainqueur.

Il a aussi écrit pour Elton John, Charles Aznavour, Johnny Hallyday (L'Aventure c'est l'aventure), et Patricia Kaas.

Francis Lai, grand mélodiste et prince de l'épure, savait écrire des chansons et des airs entêtants. Son amour du piano et de l'accordéon ne l'empêchait pas de maîtriser admirablement les envolées à cordes plus symphoniques ou les ambiances un peu pop. Dans les années 80, il avait séduit des cinéastes aussi différents que Claude Zidi (Les Ripoux), Bertrand Blier (Trop belle pour toi) et Nikita Mikhalkov (Les yeux noirs). Il a aussi  composé pour les films de Christian-Jaque, René Clément, David Hamilton, Dino Risi, Yves Boisset, ou encore Henri Verneuil.

Le formidable Charles Aznavour prend le chemin de l’éternité (1924-2018)

Posté par vincy, le 1 octobre 2018

Les légendes ont fait leur temps. Charles Aznavour était de ces icônes qui ont traversé les décennies, toujours en haut de l'affiche pour des concerts, souvent honoré un peu partout, jamais avare de s'emparer d'une cause humanitaire. Désormais il est "là haut" comme le titre de son dernier film où il était la voix francophone de Carl Fredricksen, le vieillard du Pixar.

Chanteur, écrivain (une dizaine de livres autobiographiques), compositeur, auteur, acteur: il a su allier, comme Yves Montand en son temps, les arts avec ses performances a priori humbles. Un micro lui suffisait. Un tomber de rideau le ravissait.

Charles Aznavour était en fait la seule star mondiale française dans la chanson depuis la disparition d'Edith Piaf. Il était considéré aux Etats-Unis comme le plus grand chanteur du XXe siècle, toutes nationalités confondues. Il faisait des tours du monde, chantant en plusieurs langues. Ses tubes étaient évidemment célèbres: La bohème, La Mamma, J'me voyais déjà, Comme ils disent (la première grande chanson populaire sur l'homosexualité), Hier encore, Emmenez-moi, Ils sont tombés, Mourir d'aimer (qui lui valu un Lion d'or exceptionnel au Festival de Venise), et bien sûr For me ... Formidable qu'on a si souvent entendu dans les films américains (d'Ocean's 8 à Eyes Wide Shut) tout comme la mythique She, composé pour une série tv britannique à l'origine (et N°1 des ventes au Royaume Uni). Sans oublier les chansons qu'il a écrites pour les autres ou qui ont été reprises par les autres (Edith Piaf, Eddie Constantine, Eddy Mitchell, Serge Gainsbourg, Maurice Chevalier, Juliette Gréco, Johnny Hallyday, Nina Simone, Frank Sinatra, Liza Minelli, Elton John,  etc..).

César d'honneur et Victoire du meilleur chanteur en 1997, Charles Aznavour a été honoré partout dans le monde, du Canada aux Japon en passant par l'Egypte. Il a son étoile au Hollywood Walk of Fame, il a été ambassadeur d'Arménie, et héros natioanal de son pays, citoyen d'honneur de Montréal et de Cannes, intronisé au Songwriters Hall of Fame en 1996 (un seul autre français, Michel Legrand, y est). Il a même son musée en Arménie. Mais, même en étant résident fiscal en Suisse, il s'affirmait Français: "Je suis devenu Français d'abord, dans ma tête, dans mon cœur, dans ma manière d'être, dans ma langue… J'ai abandonné une grande partie de mon arménité pour être Français…"

Même en chantant, c'était un comédien. Sans doute pour cela qu'il passait de la scène aux plateaux avec une si déconcertante facilité. Sa filmographie débute après la guerre. C'est en 1958 qu'il obtient son véritable premier grand rôle avec La tête contre les murs de Georges Franju. Après un film avec Jean-Pierre Mocky (Les dragueurs, avec Anouk Aimée), il enchaîne ses trois plus grands films en 1959 et 1960.

Jean Cocteau l'enrôle pour un second-rôle dans Le testament d'Orphée. Puis c'est François Truffaut qui lui offre son plus beau personnage dans Tirez sur le pianiste. "Ce film de François Truffaut m'a beaucoup aidé. Il a notamment lancé ma carrière aux Etats-Unis. Quand je suis venu donner un concert au Carnegie Hall, les Américains ne m'avaient vu que chez Truffaut. Ils attendaient un pianiste de jazz, ils ont eu un chanteur !" Enfin, il rejoint Lion Ventura, Hardy Krüger et Maurice Biraud dans Un taxi pour Tobrouk, réalisé par Denys de La Patellière, dialogué par Michel Audiard. " C'est le script qui me détermine. Comme disait Jean Gabin, dans un film il y a trois choses importantes, l'histoire, l'histoire et l'histoire. Avec certains réalisateurs, j'ai noué des liens d'amitié. Avec Truffaut, par exemple. La première fois qu'il est venu me voir, nous ne nous sommes presque rien dit. Il était timide, moi aussi. C'était un bon début" expliquait-il.

Il alterne alors ses tours de chant et les tournages: Le passage du Rhin d'André Cayatte, Les lions sont lâchés d'Henri Verneuil, Paris au mois d'août de Pierre Granier-Deferre, Le temps des loups de Sergio Gobbi, ... Sa carrière n'a pas de frontières. Il tourne aussi bien avec Lewis Gilbert (Les derniers aventuriers) qu'avec Claude Chabrol (Folies bourgeoises), des films de guerre (Intervention Delta de Douglas Hickox) que des comédies (Caroline Chérie), avec des stars comme Ryan O'Neal ou Robert Hossein. Aznavour déteste les étiquettes. Il est l'un des Dix petits nègres du film international de 1974. Mais on le voit aussi chez Claude Lelouch (Edith et Marcel, Viva la vie) ou Elie Chouraqui (Qu'est-ce qui fait courir David). D'apparence discrète, il jouait ainsi les séducteurs, les taciturnes, les introvertis, les tendres, les artisans ou les artistes.

Il aimait le cinéma. Dans Libération, il confiait: "J'aime les méchants. Ce sont les Américains qui ont su nous donner les plus beaux : James Cagney, John Garfield... ou Humphrey Bogart dans la Forêt pétrifiée, ce film sublime. Le film noir apportait une ambiance encore jamais vue au cinéma."

Il expliquait aussi sa façon d'appréhender un rôle: "J'ai toujours dit que quand je mettais la paire de chaussures qu'on m'avait destinée pour le rôle, j'avais gagné 50 % du personnage. Depuis les Dragueurs, avant chaque rôle, j'écris sur un bout de papier le passé de mon personnage. Et je suis tranquille avec lui : je sais quels seront ses tics, ce qu'il aime manger, ce qu'il aime boire, s'il a aimé sa mère ou non. Je dois connaître son passé pour le continuer."

Dans sa filmographie, trois autres films se dénotent. Les fantômes du Chapelier en 1982, avec Claude Serrault. Chabrol adapte Simenon dans cette sombre histoire criminelle. Dans Ararat d'Atom Egoyan, en sélection officielle à Cannes en 2002, il incarne un metteur en scène dans un récit où le génocide arménien hante les destins. Et bien évidemment, même s'il y tient un petit rôle, il y a Le tambour de Volker Schlöndorff, d'après le roman de Günter Grass, histoire qui se déroule de l'Allemagne nazie à la mort de Staline. Le film a reçu une Palme d'or et un Oscar.

Mais il avouait volontiers: "Je suis un bon comédien, d’accord, mais quand même meilleur chanteur. Il faut voir les choses en face." La semaine dernière encore, il alternait les maquettes de son futur album et les déjeuners avec son ami Jean-Paul Belmondo. Timide et curieux, vif et drôle, il reste aussi dans les mémoires comme un artiste impliqué dans l'actualité, lui, dont les chansons semblent atemporelles, si familières, comme autant de morceaux de vies qu'il nous racontait.

Combattant aussi bien le piratage numérique que toutes formes de discriminations, Aznavour était impliqué, engagé, mettant à profit sa popularité pour les grandes causes. Cela conduisait parfois à des polémiques, des paroles mal comprises ou trop vite dites.

On retiendra que cet "immigré" qui symbolise tant l'élégance et la culture française avait aussi de l'humour et une certaine lucidité: "Si j'avais été blond aux yeux bleus ,grand et élégant avec une voix pure ,je n'aurais pas fait la même carrière" disait-il. Il se rêvait centenaire, et même devenir l'homme le plus vieux du monde, tout en redoutant: "Je n'ai pas peur de la mort. Je redoute de ne plus vivre."

Jean Piat (1924-2018), une immense carrière à l’écart du cinéma

Posté par vincy, le 19 septembre 2018

Jean Piat, monstre sacré du théâtre français, est mort le 18 septembre 2018 à l'âge de 93 ans. Malgré son immense carrière, débutée en 1947, il est resté à l'écart du 7e art, ou presque.

Né le 23 septembre 1924; il commence en pratiquant le football tout en suivant une éducation catholique - qui le marquera toute sa vie. Il entre à la Comédie-Française il y a 71 ans, et y restera 25 ans. Là-bas, le Sociétaire jouera Victor Hugo, Marivaux, Molière, Beaumarchais, Labiche, Claudel, Feydeau, Giraudoux, Shakespeare, Druon, de Musset, Cocteau et surtout Rostand. Cyrano fut sa pièce emblématique, jouant d'abord un garde, puis Bellerose, un deuxième cadet, Brissaille, un quatrième cadet, Jodelet, et enfin Cyrano de Bergerac en 1964 (au total près de 400 fois). A partir des années 1970, il devient une star du théâtre privé, avec des pièces plus modernes, dont celle de sa seconde épouse, Françoise Dorin, mais aussi de son maître Sacha Guitry, de Neil Simon ou Barillet et Grédy. Plus récemment, il est sur les planches avec des transpositions de films populaires sur scène comme Amadeus, avec Lorant Deutsch et La maison du Lac, avec Maria Pacôme. Sa dernière prestation fut Love Letters, l'an dernier, avec Mylène Demongeot.

Jean Piat a aussi mis en scène une vingtaine de pièces et écrit une quinzaine de livres, principalement sur le spectacle et la langue française (dont Je vous aime bien, Monsieur Guitry).

Pour le grand public, c'est le petit écran qui en fit une vedette, avec Les Rois maudits (de Claude Barma), série légendaire des années 1970 où il incarna Robert d'Artois. Le cinéma, en revanche, ne l'intéressa pas, et vice-versa. Il fut Rouletabille en 1947 et 1948, dans deux films de Christian Chamborant, Lagardère en 1968 et 1968 dans deux films de Jean-Pierre Decourt. Sacha Guitry lui offre des rôles dans Le diable boiteux et Napoléon et Serge Cobbi l'engagea deux fois (La rivale, Ciao les mecs). Jean Piat a tourné avec des cinéastes renommés tels Henri Decoin (Clara de Montargis), Jean Girault (Les moutons de Panurge), Luis Bunuel (La voie lactée) ou René Clément (Le passager de la pluie), passant à côté de la Nouvelle Vague ou des cinéastes contemporains pourtant adeptes de vétérans du métier.

Ignoré des prix et des palmarès (sauf, étrangement, en littérature, et un Molière de l'adaptateur!), Jean Piat avait un jeu classique, basé sur la voix davantage que sur la métamorphose, avec un charisme humble plutôt qu'une présence excessive. Peut-être n'était)-l pas si à l'aise devant une caméra, malgré son esprit et son amour des mots. C'est d'ailleurs en tant que doubleur qu'il a excellé dans le cinéma: la voix de Peter O'Toole en vf dans Lawrence d'Arabie, Lors Jim et La nuit des généraux, celle de Michael Gambon dans Gosford Park, de Claude Frollo dans le film animé Le bossu de Notre-Dame. Mais on retiendra surtout la voix du méchant Scar dans Le Roi Lion, version animation, et celle de Gandalf (aka Ian McKellen) dans les deux trilogies de Peter Jackson adaptées de Tolkien, Le Seigneur des anneaux et Le Hobbit.

Marceline Loridan-Ivens s’en va dans la nuit (1928-2018)

Posté par vincy, le 19 septembre 2018

© grassetNée le 19 mars 1928 sous le nom de Marceline Rozenberg, Marceline Loridan-Ivens (elle avait accolé les patronymes de ses deux époux) est morte le 18 septembre 2018 à l'âge de 90 ans, a-t-on appris cette nuit. Survivante des camps de concentration - elle avait été déportée en 1944 avec celle qui allait devenir son amie pour la vie, Simone Veil -, libérée par les Soviétiques, elle sera découverte en 1961 par le public lors d'un monologue - témoignage sur les camps dans le film de Jean Rouch et Edgar Morin, Chroniques d'un été.

Dès l'année suivante, elle coréalise avec Jean-Pierre Sergent son premier documentaire, Algérie, année zéro. Internationaliste, universaliste, humaniste, pacifique, toujours libre et toujours en colère contre les diverses haines, elle signera ensuite quatre documentaires avec son mari Joris Ivens (Le 17e parallèle en 1968, Comment Yukong déplaça les montagnes en 1976, Les Kazaks en 1977 et Les Ouigours la même année). Toujours avec lui, elle coréalise un court métrage, Une histoire de ballon, lycée n°31 Pékin en 1976 - qui reçoit le César du meilleur court métrage documentaire. Elle coécrit aussi le docu-fiction de Joris Ivens, en 1988, Une histoire de vent. Les peuples des pays communistes sont au cœur de leur œuvre.

En 2003, elle réalise en solo son seul film de fiction, La Petite Prairie aux bouleaux. Avec Anouk Aimée dans le rôle principal, la cinéaste raconte l'histoire d'une déportée qui revient pour la première fois en Europe depuis la libération des camps à l'occasion de la commémoration annuelle des anciens d'Auschwitz.

Marceline Loridan-Ivens a aussi été actrice, on l'a vue dans Peut-être de Cédric Klapisch, Les Bureaux de Dieu de Claire Simon et Les Beaux Jours de Marion Vernoux. Elle fut aussi incarnée par Aurélia Petit dans le téléfilm La Loi (2014).

Elle a également été l'auteur de plusieurs livres de souvenirs et de témoignages, dont le plus récent, L'amour après, est paru en janvier.

L’actrice japonaise Kirin Kiki (Les délices de Tokyo, Une affaire de famille) s’est éteinte

Posté par vincy, le 17 septembre 2018

La dernière fois qu'on l'a vue, elle était une grand-mère pétillante et taquine dans Une affaire de famille de Hirokazu Kore-eda, Palme d'or cette année à Cannes. L'actrice japonaise Kirin Kiki est morte à l'âge de 75 ans le 15 septembre, après plus de 50 ans de carrière.

Kore-eda l'avait régulièrement enrôlée ses dernières années, dans Still Walking, I wish, Tel père tel fils, Notre petite sœur et Après la tempête. En vieillissant, elle avait sur séduire d'autres générations de cinéastes, à commencer par Naomi Kawase (Hanezu l'esprit des montagnes et surtout Les délices de Tokyo) et Lee Sang-il (Akunin, Rage). Son plus grand succès reste Ritânâ (en 2002), un film SF d'action de Takashi Yamazaki.

Après des débuts au théâtre sous le nom de Yuuki Chiho, la comédienne a traversé les époques et les styles depuis Le lac des larmes de Tomotaka Tasaka en 1966. Les japonais n'ont jamais cessé de la voir que ce soit sur le grand écran ou le petit, dans des téléfilms comme dans des publicités, sans oublier tous ses témoignages intimes sur le cancer du sein qui la rongeait, ou la presse people (elle était l'épouse de la star locale Yuya Uchida, sans partager le même appartement, et la belle-mère de l'acteur vedette Masahiro Motoki).

Les Asian Film Awards lui ont décerné un prix pour l'ensemble de sa carrière en 2016. Les Oscars japonais l'ont nommé 11 fois entre 1986 et 2016. Elle gagna trois fois pour Tokyo tawa de Joji Matsuoka, pour Akunin et pour Waga haha no ki de Masato Haerada.

Pour l'anecdote, la vieille dame, avant que la maladie ne l'empêche de prendre le volant, conduisait une citroën dans les rues de son quartier de Shibuya à Tokyo.

Burt Reynolds, populaire et séducteur, nous quitte (1936-2018)

Posté par vincy, le 6 septembre 2018

C’est un des acteurs les plus populaires du cinéma américain qui vient de s’éteindre. Burt Reynolds est décédé à Jupiter (ça ne s’invente pas) en Floride ce 6 septembre à l’âge de 82 ans. Il était né le 11 février 1936.

Alors qu’il a été le champion du box office américain dans les années 1970, il n’a été nommé qu’une seule fois aux Oscars, en 1998, pour son rôle secondaire de réalisateur et producteur de film X dans Boogie Nights de Paul Thomas Anderson. Les Golden Globes l’avait sacré en second rôle pour ce même film, après l’avoir nommé deux autres fois pour The Longest Yard en 1974 et pour Starting Over en 1979 (à chaque fois en meilleur acteur de comédie).

Merci Brando

C’est peu dire qu’il fut respecté pour les recettes qu’il accumulait et beaucoup moins pour son talent. Le public ne s’en souciait pas. Il fut cinq fois récompensé par les People’s Choice Award comme acteur favori de l’année. Il a aligné d’énormes cartons en salles : Delivrance, The Longest Yard, Silent Movie, Hooper, The Cannonball run, The Best Little Whorehouse in Texas, avant de voir le public se désintéresser de lui dès 1983.

Une décennie flamboyante pour ce sportif qui rêvait de devenir footballeur professionnel, destin contrarié par une blessure. Il s’oriente vers la police quand, à l’Université, Watson B.Duncan III, professeur de théâtre, croit en son talent et lui offre un rôle dans une pièce.

Parallèlement à une riche décennie en séries télévisées, notamment en incarnant un amérindien dans Gunsmoke, ses premières armes au cinéma sont des films modestes, westerns spaghettis et autres séries B. C’est John Boorman qui l’expose en pleine lumière et fait de lui une star en lui offrant l’un des rôles principaux de Delivrance, aux côtés de Jon Voight. Boorman avait proposé le personnage de Reynolds à Marlon Brando, qui se trouvait trop vieux pour le rôle. Le film étant assez fauché, les comédiens durent faire leurs propres cascades. Et Reynolds y prendra goût pour ses films suivants. Film culte, la brutalité et la sauvagerie de ce « survival » en ont fait l’in des grands classiques du cinéma américain.

L'acteur le plus populaire des seventies

On est en 1972. Sa belle gueule, son corps athlétique (dont il savait s'amuser) font vite des étincelles. Par contraste. Les cinéastes émergents – Scorsese, Coppola, Spielberg… - ont peu d’affinités avec les bourreaux des cœurs. Redford et Newman choisissent essentiellement des grands drames populaires de qualité. Burt Reynolds a cet avantage d’occuper un créneau assez disponible : la comédie et l’aventure. Il tourne pourtant des films très variés, avec quelques grands noms du cinéma. The Longest Yard de Robert Aldrich n’est pas loin d’un film avec Pierre Richard. Aldrich le redirige dans La cité des dangers (Hustle), film noir et sensuel avec Catherine Deneuve. On le voit ensuite chez Peter Bogdanovich (At Long Last Love), Stanley Donen (Lucky Lady), Mel Brooks (Silent Movie), ou encore Alan J. Pakula (Starting Over). De la pure comédie ou de la comédie de mœurs, tout lui va. Il réalise même deux films (Gator, 1976, et la comédie noire The End, 1978).

Son plus gros hit reste Smokey and the Bandit (Cours après moi shérif !) qui eut le droit à deux suites médiocres, sorte d’équipée sauvage et burlesque, un peu crétine, où les « contrebandiers » sont les héros et les shérifs de sombres abrutis. Le film fut la 2e plus grosse recette aux Etats-Unis en 1977, derrière La Guerre des étoiles. Il recruta une fois de plus sa compagne de l’époque, l’actrice oscarisée Sally Field (avec qui il tourna trois autres films).

Le long déclin

Sa réputation de tombeur est accentuée par le choix de ses partenaires féminines, parmi les actrices les plus courtisées d’Hollywood, de Jill Clayburgh à Julie Andrews. Mais il manque tous les grands cinéastes et passe à côté de la mutation d’Hollywood et l’arrivée de l’ère des blockbusters. Le comédien n’a pas encore dit son dernier mot avec les années Reagan. Don Siegel s’essaie à la comédie policière (Rough Cut). En tête d’un casting quatre étoiles, de Roger Moore à Jackie Chan en passant par Farrah Fawcett, il devient pilote de course dans la distrayante Équipée du Cannonball (et sa suite, moins intéressante). Avec Dolly Parton, en mère maquerelle, il joue les shérifs au grand cœur dans La Cage aux poules (The Best Little Whorehouse…), où la chanteuse country inaugure I Will Always Love You. Blake Edwards en fait son Homme à femmes. Et puis de polars en comédies mal écrites (sauf peut-être Scoop, un peu au dessus du lot), sa carrière décline jusqu’à toucher le fond en 1996, avec Demi Moore, dans Striptease qui leurs valent une razzia de Razzie Awards. Il valait un million de dollars par film dans les 70s et 20 ans plus tard on pouvait l’avoir pour 100000$.

L'homme qui a refusé Star Wars et James Bond

Malgré Boogie Nights, qui prouva s’il le fallait, qu’il était un bon comédien, avec une certaine audace, il ne retrouva aucun rôle majeur par la suite, même s’il n’a cessé de travailler (avec Renny Harlin et Mike Figgis, en apparaissant dans des caméos, ou pour le petit écran). On ne voyait en lui qu’une espèce disparue d’un cinéma un peu honteux. On le cantonnait inconsciemment dans le registre des vedettes has-been, avec ou sans moustache (et sur le tard avec barbe). Il a aussi refusé des rôles qui auraient pu donner un tout autre visage à sa carrière comme Tendres passions, qui valu finalement un Oscar à Jack Nicholson. Mais il a aussi refusé Han Solo et James Bond.

Tarantino, épilogue manqué

Burt Reynolds vieillissait pourtant bien. Il avait ouvert un théâtre dans sa ville de Jupiter. Certes, il jouait dans des films qui passent rapidement en salles comme Shadow Fighter, dans le milieu de la boxe, sorti en mars aux USA. Il continuait de tourner. Il a terminé la comédie de Stephen Wallis, Defining Moment, prévue pour Noël. Mais ironiquement, il avait enfin trouvé un grand cinéaste avec Quentin Tarantino qui devait lui offrir un rôle dans Once Upon a Time in Hollywood, aux côtés de DiCaprio et Pitt. Malheureusement, les scènes n'avaient pas été tournées.

Le dernier film où il était à l’affiche était celui d’Adam Rifkin (en salles le 30 mars derniers aux USA). Il incarnait une ancienne star de cinéma qui devait faire face à sa réalité : une gloire déclinante et le temps qui passe. Presque autobiographique ? Ironiquement, ce film s’intitule The Last Movie Star. Personne ne l’a vu. Mais on sent que Burt Reynolds n’a pas fait les choses au hasard pour clore sa longue filmographie. Hormis cet acte manqué avec Tarantino qui aurait couronné une longue carrière à Hollywood.

Neil Simon (1927-2018): le prince de Broadway nous quitte

Posté par vincy, le 27 août 2018

C'était assurément l'un des plus grands auteurs de Broadway. Neil Simon est mort à l'âge de 91 ans dimanche 26 août. On lui doit des pièces aussi célèbres (et traduites dans le monde entier) que Pieds nus dans le Parc, Drôle de Couple, Brighton Beach Memoirs, Biloxi Blues...

Neil Simon a un théâtre à son nom sur Broadway, à New York. Il a aussi remporté un Tony Award de la meilleure pièce, un Tony Award du meilleur auteur, 4 Writers Guild of America Awards, un Golden Globe du meilleur scénario, un Prix Pulitzer de la meilleure pièce et plusieurs prix honorifiques. Il a été cité quatre fois aux Oscars comme scénariste.

Outre son immense contribution pour le théâtre, il a été un grand scénariste et pourvoyeur d'histoires pour le cinéma. Il a même souvent adapté ses propres pièces: Pieds nus dans le parc de Gene Sacks, avec Robert Redford, Jane Fonda et Charles Boyer (1967), Drôle de couple, du même réalisateur, avec Jack Lemmon et Walter Matthau (1968), énorme carton cette année-là, Plaza Suite d'Arthur Hiller, avec Walter Matthau et Maureen Stapleton, Le prisonnier de la seconde avenue de Melvin Frank, avec Jack Lemmon et Anne Bancroft (1975), Chapitre deux (Chapter Two) de Robert Moore, avec James Caan (1979), I Ought to be in Pictures d'Herbert Ross, avec Walter Matthau (1982), Brighton beach memoirs de Gene Saks, avec Jonathan Silverman (1986), Biloxi Blues de Mike Nichols, avec Matthew Broderick et Christopher Walken (1988) et Lost in Yonkers de Martha Coolidge, avec Richard Dreyfuss (1993)

Ces pièces ont été de multiples fois adaptées pour la télévision en séries ou en téléfilms.

Il a aussi écrit des scénarios directement pour le cinéma, même s'ils sont dans l'ensemble moins bons, comme Le brise cœur (The Heartbreak Kid), d'Elaine May, avec Cybille Shperd (1972), Un cadavre au dessert (Murder by Death) de Robert Moore, avec Peter Falk, Peter Sellers, Alec Guiness, David Niven, Maggie Smith et Truman Capote (1976), Adieu je reste (The Goodbye Girl) d'Herbert Ross, avec Richard Dreyfuss (1977), Le chéri de ses dames de Robert Moore, avec Peter Falk (1978), California Hôtel (California Suite) d'Herbert Ross, avec Jane Fonda, Michael Caine, Walter Matthau, Alan Alda et Maggie Smith (1978), Comme au bon vieux temps (Seems like Old Times) de Jay Sandrich, avec Goldie Hawn (1980), The Slugger's Wife d'Hal Ashby avec Rebecca de Mornay (1985).

Prolifique, doué avec l'humour et les contradictions humaines, palpant l'air du temps ou s'intéressant à une société rétive à l'autorité, Neil Simon se délectait des faiblesses et des excentricités de l'humain tandis qu'il se régalait des situations absurdes dans lesquelles ses personnages s'ébrouaient. Il aura écrit pour la scène de 1961 à 2010, omniprésent grâce aux multiples reprises de ses grands succès. Il expliquait qu'il était fasciné par cette vie aussi triste que joyeuse: "Je ne peux m'empêcher de penser qu'une situation drôle implique toujours une dose de douleur." Il avait un talent particulier pour tout rendre drôle, même le triste. Un mécanisme de protection face à la tragédie de l'existence.