Cannes 2012 : Le dernier film de Claude Miller en clôture

Posté par vincy, le 18 avril 2012

On savait que Thérèse Desqueyroux serait présenté hors-compétition à Cannes (voir notre article). Le dernier film de Claude Miller, récemment disparu, aura les honneurs de clore le Festival, le 27 mai prochain.

Dans un communiqué, le festival rappelle qu'en "adaptant Thérèse Desqueyroux, le roman de François Mauriac, Claude Miller aura signé son ultime film". "En lui dédiant sa soirée de clôture, le Festival de Cannes, accompagné de sa famille, de ses amis, de ses producteurs, de ses distributeurs, est heureux de saluer la mémoire de Claude Miller", écrivent ses organisateurs. Ainsi le Festival honorera "une oeuvre immense à laquelle Cannes et tous les admirateurs du cinéaste seront heureux de rendre hommage."

Claude Miller expliquait : "ce qui me passionne dans la démarche cinématographique, c'est de m'attacher au plus près au jeu des apparences, gestes, regards, comportements et d'essayer de faire deviner l'intérieur des êtres, leur jardin secret, alors qu'on ne voit d'eux que l'extérieur."

Audrey Tautou et Gilles Lellouche, acteurs principaux du film, monteront les marches. Tautou avait fait l'ouverture du Festival avec Da Vinci Code en 2006. Il seront accompagnés des proches du cinéaste : sa famille, ses amis, ses producteurs et ses distributeurs.

Claude Miller (1942-2012) : la meilleure façon de partir…

Posté par vincy, le 5 avril 2012

Claude Miller, réalisateur, scénariste et producteur, est décédé mercredi 4 avril au soir à l'âge de 70 ans. 7 fois nommé au César du meilleur réalisateur (sans jamais l'obtenir), trois fois dans la catégorie du meilleur scénariste (avec le prix pour Garde à vue), et quatre fois cité dans la catégorie du meilleur film (La meilleure façon de marcher, Garde à vue, L'effrontée, Un secret), Miller était parfois méprisé par une partie des critiques et de la profession qui voyait en lui un cinéaste populaire et non pas un auteur héritier de la Nouvelle Vague. Une ironie si l'on connaît son parcours : il a débuté avec Marcel Carné avant d'être l'assistant réalisateur de Michel Deville (Martin Soldat), Jean-Luc Godard (Week-end), Jacques Demy (Les demoiselles de Rochefort) et surtout le directeur de production de François Truffaut (La Sirène du Mississipi, L'enfant sauvage, Domicile conjugal, Les deux anglaises et le continent, La nuit américaine, L'histoire d'Adèle H.).

Deux fois sélectionné à Cannes (avec le prix du jury pour La classe de neige en 1998), prix de la Critique internationale à Berlin (La chambre des magiciennes), grand prix des Amériques à Montréal (Un secret) et enfin prix Louis Delluc en 1985 (L'effrontée), Miller a pourtant l'un des plus beaux palmarès de sa génération.

Charlotte for ever

De La meilleure façon de marcher, son premier film en 1976 à Thérèse Desqueyroux, avec Audrey Tautou, tout juste achevé (le film pourrait être à Cannes et sortira le 21 novembre), il aura tourné 17 films, dont quelques grands succès en salles comme Garde à vue, L'effrontée, La petite voleuse, L'Accompagnatrice ou Un secret. Certains de ses films ont également été de cuisants échecs, souffrant de sorties trop discrètes. Surtout, Miller, depuis La classe de neige, avait des difficultés à trouver des financements pour ses films. L'impossibilité de concrétiser son grand projet, Nana, l'a contraint à trouver des sujets plus modestes. Cela a d'ailleurs coïncidé avec sa découverte des caméras numériques, lui ouvrant de nouvelles perspectives et finalement une nouvelle façon de filmer, plus libre, plus rapide.

Le cinéma de Claude Miller était un cinéma d'émotions. Les visages des acteurs importaient plus que le décor. Les plus grands comédiens, qui lui furent très fidèles - certains ont tourné plusieurs films avec lui - sont passés devant sa caméra: Michel Serrault, Romy Schneider, Lino Ventura, Patrick Dewaere, Isabelle Adjani, Miou-Miou, Gérard Depardieu, Marina Hands, Sandrine Kiberlain, Jean-Claude Brialy, Nicole Garcia, Bernard Giraudeau, Jean-Pierre Marielle, Richard Bohringer. Il fut aussi un grand directeur de jeunes acteurs en herbe : Charlotte Gainsbourg lui doit son premier César, Romane Bohringer l'un de ses meilleurs films et on devrait aussi citer Ludivine Sagnier, Vincent Rottiers, ...

Les âmes grises

Il aimait les histoires ambigües, troubles, où la carapace morale se faisait taillader par des vérités blessantes ou la cruauté de l'humanité. L'ambivalence des comportements, des situations est ainsi admirablement incarné à l'image par Michel Serrault dans Garde à Vue (coupable ou pas d'un crime affreux) et Mortelle randonnée (à la fois flic et ange gardien de sa cible). Il plongeait dans l'intime, révélant les zones d'ombres, souvent dans des films où la lumière, artificielle ou naturelle, était omniprésente. Ces petites histoires ultra-sensibles composaient au final une oeuvre sur la lâcheté et la complicité, dans un ensemble empreint de tristesse. Le sombre l'attirait. Les zones obscures le tourmentaient. Miller faisait un cinéma anti-mélo, où la complexité prévalait sur les bons sentiments. L'adolescence et l'enfance l'intéressaient sans doute pour cela : coupable ou non, personne n'est innocent à ses yeux.

Fils d'un employé du Grand Rex, à Paris, né de parents juifs en pleine guerre, major de l'Idhec (ex-Fémis), Claude Miller a aussi été un cinéaste impliqué dans sa profession, en président la Fémis ou les salles Europa Cinémas.

Nous l'avions rencontré deux fois (mai 1998 et janvier 1999). La mélancolie - certains évoquaient même une dépression chronique - qu'il dégageait était atténuée par une douceur non feinte. Il aimait le dialogue avec les autres tout en étant abattu par la dureté de l'époque.

La meilleure façon de partir pour un cinéaste est celle de nous laisser un dernier film, posthume, pour nous consoler de sa disparition.

Pierre Schoendoerffer (1928-2012) : le dernier combat

Posté par vincy, le 14 mars 2012

Pierre Schoendoerffer, 83 ans, est mort dans la matinée de ce mercredi 14 mars, des suites d'une opération à l'hôpital militaire de Percy à quelques kilomètres de Paris. Grand reporter, écrivain, cinéaste, sa carrière polymorphe est centrée sur la grande histoire : la guerre, et la décolonisation.

Témoin d'événements sanglants et violents, il a voulu les restituer avec justesse et vérité que ce soit dans l'écriture ou l'image. Observateur à distance, artiste individualiste, il était pourtant au coeur du XXe siècle.

Membre fondateur des César, académicien aux Beaux-Arts dans le collège du cinéma, récipiendaire de multiples honneurs militaires et culturels, Pierre Schoendoerffer a filmé les combattants, entre grandeur et décadence.

Cela vient de son enfance. Adorateur de Joseph Kessel, qu'il rencontrera à Hong Kong, et de Joseph Conrad, cet ancien cancre s'embarque sur un bateau suédois à la sortie de l'adolescence. Ce garçon auvergnat rêve d'aventures et de grand large. Après la Baltique, il s'engage en 1952 au service cinématographique des armées, où il fait ses débuts de caméraman en Indochine. Il apprend le cinéma en filmant la guerre durant trois ans. En 1954, il est fait prisonnier par le Viêt Minh à Diên Biên Phu, passant quatre mois en captivité. Il transcrira l'expérience de cette défaite française ça dans son film Diên Biên Phu (1992), fresque puissante et brutale.

Une fois libéré, il quitte l'armée et devient reporter photographe pour le magazine Life. 4 ans plus tard, il adapte La Passe du diable, roman de Kessel, à l'écran. Il s'agit de sa première réalisation. L'année suivante, il adapte un roman de Pierre Loti, autre romancier du voyage, avec Le pêcheur d'Islande.

Mais c'est en 1963 que Schoendoerffer se fait un nom. Il écrit La 317e section qu'il adapte deux ans plus tard pour le cinéma. Jacques Perrin et Bruno Cremer donnent corps à cette guerre d'Indochine, dans l'ombre de la seconde guerre mondiale pas si lointaine. Déjà il pose les fondations de son oeuvre : les sacrifices inutiles de la chair à canon, l'honneur de l'armée, les illusions saccagées, la dureté des combats. Ses films sont aussi documentaires que fictifs, francs et humains. Prix du scénario à Cannes, 45 ans plus tard, il s'agit toujours du film symbolique sur la guerre d'Indochine.

En 1967, il réalise un documentaire, toujours sur le Vietnam, La section Anderson, où l'on suit une troupe de soldats américain en pleine guerre. Oscar à Hollywood. Puis il y aura une longue absence au cinéma. Il écrit en 1969 L'adieu au Roi, qui sera transposé au cinéma 20 ans plus tard par John Milius, prix Interallié.

En 1976, il écrit un autre roman, Le Crabe-tambour. Grand prix du roman de l'Académie française, le livre croise les guerres de décolonisation (Indochine, Algérie). Il réalise le film un an plus tard, inspiré de la vie du Commandant Pierre Guillaume, avec Jean Rochefort, en officier austère proche de la retraite, et Claude Rich. 6 nominations aux César (dont film et réalisateur), dont trois prix : acteur (Rochefort), second-rôle masculin (Dufilho), photo.

5 ans plus tard, il filme L'honneur d'un capitaine, avec Jacques Perrin et Nicole Garcia,de nouveau un portrait de soldats, durant la Guerre d'Algérie. Toute cette filmographie a fait de Schoendoerffer une icône de l'Armée comme de l'extrême droite, rôle qu'il refusait obstinément. Lui préférait se voir en contributeur d'un récit de l'Histoire de France contemporaine, réveillant les mémoires et affrontant les sujets tabous.

La guerre et l'humanité, voilà son oeuvre. Un homme d'honneur, pudique, tourmenté, nostalgique que le goût des horizons lointains a mené à l'horreur des émotions intimes. L'homme en gros plan dans des situations extrêmes où la vie de chaque des personnages est en jeu. Un cinéma hanté, lucide, réaliste, prenant tous les risques, voulant flirter avec ses souvenirs atroces.

Loyal et fidèle, cet ancien combattant détestait les artifices et faisait l'éloge de la liberté. Sa caméra héroïsait des hommes à son image. Des individus défaits. Comme pour vouloir se prouver qu'il n'avait pas subit son calvaire indochinois en vain. Il préférait l'universalité de son propos à la récupération politique. De même sa condition d'artiste, d'artisan selon lui, sublimait son passé militaire.

En 1981, il écrit son avant-dernier roman, Là haut (le dernier date de 2003, L'aile du papillon), qui deviendra son dernier film, en 2004. Bruno Cremer, Jacques Perrin et Claude Rich retrouvent leur cinéaste d'autrefois. Il utilise d'ailleurs des images de ses précédents tournages avec ces comédiens pour des flash backs dans cette histoire qui revient en Indochine, période post-coloniale. Un film testament.

Michel Duchaussoy (1938-2012) : le comédien se meurt

Posté par vincy, le 13 mars 2012

Un comédien subtil, séducteur à sa façon, capable de capter les moindres nuances d'un personnages, quelque soit le registre ou le genre de son texte. Décédé d'un arrêt cardiaque ce mardi 12 mars, Michel Duchaussoy, 73 ans, n'était peut-être pas un comédien de premier plan au cinéma, mais il appartenait à la race de ces seigneurs du métier en explorant toutes ses facettes : théâtre, télévision, grands noms du cinéma comme films populaires. Il a eu toutes les audaces sans jamais se fourvoyer. Duchaussoy avait même cette élégance qui le rendait à la fois familier et distant.

Au début, il y a le théâtre. Prix d'excellence au Conservatoire national d'art dramatique, il intègre la Comédie-Française en 1964 (il devient sociétaire en 1967 pour la quitter en 1987), passant de Molière à Feydeau, mais aussi Marivaux, Pirandello, Ionesco, Corneille, Shaw, Racine... "Un même jour, je jouais un vieillard en matinée dans 'Le Cardinal d'Espagne' et, en soirée, le jeune groom de 18 ans dans 'Le Dindon'" expliquait-il. Duchaussoy fut mis en scène par Jean-Louis Barrault, Jean Piat, Bernard Murat, Roger Planchon et Patrice Chéreau qui lui permet enfin d'entrer de plein pieds dans la tragédie... Il reçut deux Molières pour des seconds rôles (Pygmalion en 1993 et Phèdre en 2003) et un de meilleur comédien (Le refuge en 1996).

50 pièces de théâtre environ mais 75 films. Il débuta avec Louis Malle (Vie privée, 1961) qui lui offrit aussi un magnifique rôle dans Milou en Mai qui lui valut le César du meilleur second-rôle masculin. Éternel second rôle, certes, mais inoubliable le plus souvent. Il tourna sous la direction des plus grands cinéastes français : Claude Chabrol (Que la bête meure, La rupture, La femme infidèle, Nada, La demoiselle d'honneur), Patrice Leconte (La Veuve de Saint Pierre, Confidences trop intimes), Costa Gavras (en cardinal dans Amen), Alain Corneau (Fort Saganne, Le môme), Michel deville (Bye Bye Barbara), Edouard Molinaro (L'homme pressé), Jacques Deray (Les bois noirs), Bertrand Tavernier (La vie et rien d'autre), Patrice Chéreau (Persécution)...

Juge, général, capitaine, flic, prêtre, directeur d'école, mari, grand père... il partage l'affiche avec les plus grands : Delon, Girardot, Depardieu, Audran, Bouquet, Yanne, Noiret, Marielle, Galabru, Binoche, Auteuil, Poelvoorde, Bonnaire, Marceau, Deneuve,  Dalle, Piccoli, Gainsbourg, Duris, Scott-Thomas ... Sans oublier qu'il était la voix française de Marlon Brando dans Le Parrrain.

En 1967, Alain Jessua lui offre son premier rôle sur grand écran dans Jeu de massacre, prix du meilleur scénario à Cannes. L'un des rares premiers rôles dans la carrière du comédien.

Depuis les années 2000, il acceptait de nombreux films, comédies, drames ou polars de la nouvelle génération du cinéma français : Le plus beau jour de ma vie, Poltergay, Tricheuse, L'âge de raison, Mères et filles, L'Autre Dumas, Le petit Nicolas, Elle s'appelait Sarah... Il était le mari de Deneuve, le père de Cassel (le diptyque Mesrine), la voix d'Archibald (Arthur de Luc Besson) ...

Le grand public se souvient évidemment de son rôle de capitaine peureux des services secrets dans Le grand blond avec une chaussure noire d'Yves Robert, coincé entre le gaffeur Pierre Richard et le tordu Jean Rochefort.

Très présent à la télé (grandes séries de l'été, "Braquo", "Palace", "Maigret"), il était capable de s'adapter à n'importe quel univers. En 2006, ce comédien, engagé, se livrait sur son métier d’acteur dans Lettre de l’Adami : « Il y a sans doute un certain masochisme à poursuivre un métier comme celui de comédien où la part de souffrance est si importante ».

On le reverra en Abraracourcix dans le prochain Astérix (Astérix et Obélix: God Save Britannia) et en François Mitterrand dans le téléfilm L'Affaire Gordji réalisé par Guillaume Nicloux.

Jean Giraud (Moebius) rejoint les étoiles de ses mondes fantastiques (1938-2012)

Posté par vincy, le 10 mars 2012

Figure emblématique de la bande dessinée, Jean Giraud, alias Moebius, est mort des suites d'une longue maladie dans la matinée du samedi 10 mars. Il avait 73 ans.

Côté 9e art, on lui doit deux séries mythiques - le Lieutenant Blueberry et John Difool/L'Incal - et des albums qui ont marqué l'histoire de l'art illustré comme Arzach ou Major Fatal / Le Monde du garage Hermétique. En 50 ans, le cofondateur de Métal hurlant aura inventé des univers parallèles, des mondes fantasmagoriques, des histoires poétiques et métaphysiques qui marqueront l'imaginaire de nombreux créateurs, y compris cinématographiques. Honoré partout (il est l'un des rares français à être entré au Hall des célébrités des prix Will Eisner, les Oscars de la BD aux USA), sollicité par tous (Stan Lee lui commanda un épisode du Surfeur d'Argent, Van Hamme lui offrit la réalisation du 18e tome de XIII), réalisant pochettes de disques, couvertures de romans et même des jaquettes de DVD, Moebius était devenu une marque autant qu'une petite entreprise à lui tout seul. Il voulait bousculer cette France mal remise de la seconde guerre mondiale, de la décolonisation. La science-fiction lui permettait d'ouvrir les yeux sur un futur utopique comme le Western dépeignait une réalité peu sympathique.

Ambitieux à ses débuts, panthéonisé sur la fin, Moebius se sentait à l'étroit en France. Il tenta ainsi l'aventure américaine en s'installant à Los Angeles dans les années 80 et en collaborant avec Hollywood dès les années 70. Cela commence avec une expérience avortée : le Dune d'Alejandro Jodorowsky en 1975. En 1979, il entre par la grande porte en participant à la conception artistique d'Alien, le huitième passager de Ridley Scott, qui avouera la grande influence de Moebius pour les décors de Blade Runner. Il effectue le même travail pour l'univers électronique de la première version de Tron en 1982 puis en 1987 pour Les Maîtres de l'Univers. On lui doit aussi la création du monde imaginaire de Willow, de Ron Howard, en 1988. Il collaborera avec James Cameron en 1989 pour Abyss. En 1996, Warner Bros fait appel à son talent pour développer l'aspect visuel et celui des personnages de Space Jam. Une consécration exceptionnelle pour un français en Amérique qui trouve son écho dans un cinéma français plus frileux en la matière. Luc Besson l'enrôle pour la direction artistique du Cinquième élément en 1997.

Ses BD ont aussi été adaptées au cinéma : Mathieu Kassovitz réalise un court métrage à partir de Cauchemar blanc en 1991. Jan Kounen échoue artistiquement à rendre vie à Blueberry dans Blueberry, L'expérience secrète, avec Vincent Cassel dans le rôle titre, en 2004.

Mais Moebius, fasciné par le cinéma, tenté par l'aventure d'un long métrage, aura aussi écrit, produit. Les maîtres du temps, de René Laloux, en 1982, est une adaptation d'une de ses BD dont il a lui-même écrit le scénario en plus de superviser la direction artistique. En 1989, il coécrit une histoire conceptualisée par Ray Bradbury puis scénarisée par Chris Columbus, Little Nemo, un film d'animation dont il assura aussi la conception artistique.

En 2003, il initie une série télévisée animée à partir de sa BD culte, et considérée par beaucoup comme révolutionnaire dans le genre, Arzak.

Enfin, en 2010, pour sa grande rétrospective à la Fondation Cartier de l'art contemporain, il écrit et réalise lui-même La Planète Encore, un court métrage animé, adapté de sa BD Le Monde d'Edena - Les Réparateurs. Il nous laisse ainsi frustré de ne jamais avoir vu un long métrage signé de lui, après nous avoir évadé dans des lieux irréels et pourtant si familiers.

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site officiel de l'artiste

Gérard Rinaldi (1943-2012) : Les Charlots en deuil

Posté par vincy, le 2 mars 2012

Un Charlot s'en va. Et pas n'importe lequel, le premier d'entre eux. Gérard Rinaldi est mort à l'âge de 69 ans. Si sa carrière fut plus remarquée à la télévision (notamment le sitcom "Marc et Sophie") et au théâtre (principalement des classiques du vaudeville), il fut dans les années 70 l'un des comédiens les plus populaires du cinéma français, même si ce ne fut pas forcément pour les meilleurs films de l'époque. Rinaldi était aussi un doubleur reconnu. Outre la série "NCIS" et de multiples personnages des "Simpsons", il a été la voix française occasionnelle de Ted Danson, Tommy Lee Jones, John Malkovich, Steve Martin, Burt Reynolds, Dustin Hoffman et même du choixpeau magique d'Harry Potter. Sa voxographie est presque plus impressionnante que sa filmographie.

Rinaldi chantait aussi, bien avant Patrick Sébastien, des chansons à la fois satiriques et paillardes. Leurs parodies rencontrent de grands succès à la fin des années 60. Dès 70, Philippe Clair enrôle les Charlots (Gérard Filipelli, Jean Sarrus, Luis Rego et Jean-Guy Fechner) pour La grande java. Le début de la glorieuse décennie.

4 films avec Claude Zidi (la série Les bidasses), 5 films des Charlots, un Pierre Richard... Le roi du cinéma potache était le seul à pouvoir lutter au box office contre Richard et De Funès, empereurs du genre à l'époque. Rinaldi fera une quinzaine de films avec sa bande. Il sera aussi le premier à les quitter en 1984. A cette date, il a essayé de reprendre en main sa carrière avec Gérard Lautner (La vie dissolue de Gérard Floque), Francis Girod (Descente aux enfers), Patrick Timsit (Quelqu'un de bien, en 2002, son avant-dernière apparition au cinéma).

Passionné pour les sciences, et notamment l'astronomie et l'astrophysique, il s'était engagé dans l'association "Vaincre l'autisme". Il est décédé d'un lymphome en région parisienne ce vendredi 2 mars.

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Box office de Gérard Rinaldi (en millions de spectateurs):

Les bidasses en folie (1971) : 7,46
Les fous du stade (1972) : 5,74
Les Charlots font l'Espagne (1972) : 4,16
Les bidasses s'en vont en guerre (1974) : 4,15
Le grand bazar (1973) : 3,91
La grande Java (1970) : 3,385
Bons baisers de Hong Kong (1975) : 2,86
Quatre Charlots mousquetaires (1974) : 2,19
Je sais rien mais je dirai tout (1973) : 1,485
Le retour des Bidasses en folie (1983) :1,11
Les Charlots en délire (1979) : 1,10
La vie dissolue de Gérard Floque (1986) : 0,65
Charlots Connection (1984) ; 0,578
Les Charlots contre Dracula (1980) : 0,556

Whitney Houston (1963-2012) : So Emotional

Posté par vincy, le 12 février 2012

Star de la chanson (pop, R&B, Soul, dance) dans les années 80 et 90, Whitney Houston est morte dans des conditions mystérieuses cette nuit du 11 février, noyée dans la baignoire de sa chambre d'hôtel à Beverly Hills. Elle fut l'une des plus grosses vendeuses de disques sur cette période, avant de connaître un déclin aussi brutal que tragique : mariage avec Bobby Brown avec coups et blessures, alcool, drogue... Elle était née le 9 août 1963 à Newark, dans la banlieue de New York.

La chanteuse aux 6 Grammy Awards (200 millions de disques vendus selon les estimations) avait fait une incursion dans des téléfilms et dans le cinéma : The Bodyguard (1992), Waiting to Exhale (Où sont les hommes?,  1996) et The Preacher's Wife (La femme du pasteur, 1996). Le premier, de Lawrence Kasdan, avec Kevin Costner, a été un énorme succès mondial (410 millions de $ au box office) ; le deuxième, réalisé par Forrest Whitaker, avec Angela Bassett, a reçu un bel accueil aux USA (au total, il a cumulé 81 millions de $ dans le monde) ; le troisième, de Penny Marshall, avec Denzel Washington, a déçu les attentes, malgré son affiche.

Si elle n'était pas une grande comédienne, son statut de star a, à chaque fois, créé l'événement autour de ses sorties. Elle a été nommée aux Razzie Awards comme pire actrice (The bodygyuard) et a remporté le prix de la meilleure actrice aux NAACP Image Awards (The Preacher's Wide).

Film posthume pour cet été

Après plusieurs projets avortés, des ventes de disques de plus en plus médiocres depuis 2000, et une dernière tournée musicale complètement ratée, Whitney Houston devait revenir au cinéma. Sparkle, dont elle était l'une des productrices, est un remake de la comédie musicale éponyme de 1976 : le film retrace la descente aux enfers de trois soeurs d'Harlem (New York) qui ont connu la gloire comme chanteuses et ont tout détruit avec la drogue. Quasiment autobiographique. Ce film de Salim Akil, qui réunit Jordin Sparks (gagnante de La nouvelle Star version US, saison 6) et Derek Luke, sort en août 2012 aux USA et, a priori, en septembre en France. Le projet mûrit depuis 2001 mais a a souvent été interrompu, notamment avec le décès tragique de la chanteuse Aaliyah, pressentie pour le rôle principal.

Whitney Houston avait aussi produit des films pour la télévision (La légende de Cendrillon, Un mariage de princesse).

Détentrice de nombreux records dans l'industrie musicale - elle a été la première artiste à placer sept singles consécutifs au top des ventes -, la cousine de Dionne Warwick et fille de la choriste Cissy Houston, avait commencé dans le mannequinat et participé à quelques sitcoms.

On entend souvent sa voix sur les B.O.F. de ses propres films. Deux chansons ont été marquantes. "When You believe", duo avec Mariah Carey, qui fut le thème principal du Prince d'Egypte, dessin animé de DreamWorks. Et, bien entendu, "I Will Always Love You", hit gigantesque dans The Bodyguard. La chanson avait été écrite en 1973 par la super-star de la country (et vedette de cinéma) Dolly Parton. Parton l'avait réenregistré pour la B.O.F. de La cage aux poules, comédie musicale loufoque avec Burt Reynolds, en 1982. Avec le temps, elle est devenue l'un des plus grands classiques de la musique Country. La version de Whitney Houston a viré au phénomène, avec 10 millions d'exemplaires vendus dans le monde (un record pour une chanteuse), 14 semaines au Top des ventes américaines, et une reconnaissance au delà du genre "Country".

Ben Gazzara (1930-2012) : Closing Night

Posté par vincy, le 4 février 2012

Ben Gazzara est décédé vendredi à 81 ans d'un cancer du pancréas. L'acteur, formé à l'Actor's Studio, avait été révélé en 1956 sur les planches de Broadway dans une mise en scène d'Elia Kazan (La chatte sur un toit brûlant), avant de percer au cinéma face à James Stewart dans Autopsie d'un meurtre (1959) d'Otto Preminger. Dans les années 60, il fut la vedette d'une série télévisée à succès, "Run for your life". Ce sont surtout le théâtre (il joua une dernière fois en en 2006 dans Awake and Sing!) et la télévision qui lui rapportèrent ses nominations dans les différentes cérémonies annuelles : le cinéma l'a souvent snobé.

l'une des raisons est d'avoir construit sa carrière très librement. Notamment en tournant avec Cassavetes dans les années 70. Il était connu pour faire parti de la bande de John Cassavetes, avec Gena Rowlands et Peter Falk (Gazzara a réalisé aussi dans des épisodes de "Columbo"). Acteur fétiche du cinéaste, il avait tourné pour lui Husbands, Capone, Meurtre d'un bookmaker chinois et Opening Night. Lui même s'était mis derrière la caméra pour Beyond the Ocean, en 1990.

Il tourna dans une centaine de film, parmi lesquels Le village des damnés, Jack le Magnifique de Peter Bogdanovich, The Big Lebowski des Frères Coen, Happiness de Todd Solondz, Summer of Sam de Spike Lee, Buffalo '66 de Vincent Gallo,  le remake de L'affaire Thomas Crown de John McTiernan, Dogville de Lars Von Trier, ... Ben Gazzara, par ses origines siciliennes, fut aussi souvent enrôlé dans des films italiens. Son ultime rôle fut dans le film de Samuel Benchetrit, Chez Gino, sorti l'an dernier.

Le Festival de San Sebastien lui avait décerné un prix d'honneur pour l'ensemble de sa carrière en 2005.

Etrange et dernier voyage pour Théo Angelopoulos (1935-2012)

Posté par vincy, le 25 janvier 2012

Le réalisateur grec Theo Angelopoulos (Theódoros Angelópoulos), Palme d'or à Cannes en 1998 pour L'éternité et un jour, est décédé mardi soir à l'âge de 76 ans dans d'étranges circonstances. Plus tôt dans la soirée, nous avions appris qu'il avait été renversé par un motard dans la rue au Pirée, le port d'Athènes. On l'annoncé blessé, transféré immédiatement à l'hôpital.

C'est une figure emblématique du cinéma européen, et le plus grand réalisateur grec de ces trente dernières années. Né le 27 avril 1935, il avait incarné le Nouveau cinéma grec des années 70, avant de livrer une oeuvre symbolique, poétique, contemplative, émouvante. Ses fresques reflétaient son pays, ses troubles et ses tourments, dénonçant la tyrannie, tissant un portrait mélancolique de la condition humaine, tout en esthétisant au maximum chacun de ses plans. Il ne se lassait pas des paysages pluvieux, venteux et grisâtres de son pays pour mieux dépeindre l'aspect existentiel de son cinéma.

Après avoir voulu devenir écrivain, Théo Angelopolos, qui avait étudié le droit, avait poursuivi ses études à Paris en 1962 et 1963, à l'Institut des Hautes études cinématographiques (Idhec, l'ancienne Fémis) avant de devenir critique cinématographique. Membre du jury des festivals de Berlin (1978) et de Cannes (1987), il a aussi été largement récompensé dans les plus grands festivals du monde : Prix de la critique à Berlin pour Jours de 36 en 1972, prix de la Critique également à Cannes pour Le voyage des comédiens (1975), Le Voyage à Cythère (1984) et Le regard d'Ulysse (1995) qui a aussi emporté le Grand prix du jury, Palme d'or toujours à Cannes en 1998 avec L'éternité et un jour, Grand prix spécial des Amériques en 2004 à Montréal, prix de la critique toujours mais à Venise avec Alexandre le Grand en 1980 et cinq fois primé sur la lagune pour Paysage dans le brouillard en 1988... Il avait tourné avec les plus grands : Harvey Keitel, Marcello Mastroianni (L'apiculteur), Bruno Ganz, Jeanne Moreau (Le pas suspendu de la cigogne,...

Il avait énormément de difficulté à convaincre des producteurs pour financer ses films. Son perfectionnisme ralentissait évidemment son rythme de travail. Après sa Palme d'or, les cinéphiles ont attendu six ans pour revoir un film, en 2004, du cinéaste. Eleni, la terre qui pleure avait été présenté à Berlin. C'était le début d'une nouvelle trilogie qui se poursuivra en 2008 avec La poussière du temps, boudé tant par la critique que par le public.

Il avait démarré récemment le tournage de son dernier film, L'autre mer, miroir tendu à l'échec européen et la faillite de la Grèce (voir notre actualité du 1er juin 2011).

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2011 – mars : il était une fois Liz Taylor

Posté par vincy, le 26 décembre 2011

23 mars 2011. A 79 ans, Elizabeth Taylor, londonienne de naissance, s'éteint dans la ville des Anges et des étoiles. La force du destin. Même si le miroir était brisé depuis longtemps. Beauté sensuelle aux yeux d'améthyste, enfant star, icône des soirées caritatives de lutte contre le SIDA, vedette people avant l'heure avec ses innombrables amants ou maris (et caprices), amie fidèle de tous les discriminés jusque dans leurs souffrances, elle tourna durant sept décennies! Elle fut l'une des premières actrices à toucher un million de $ pour un rôle. Taylor fut filmée par les plus grands : Mankievicz, Huston, Losey, Vidor, Thorpe, Minnelli, Donen, Curtiz, ... et malgré son don pour le drame, elle s'amusa aux comédies tant au début qu'à la fin de sa carrière. Géante parmi les géants, oscarisée deux fois, anoblie, Liz était une grande dame (sans camélias) qui pouvait se jeter sur un fauteuil en jurant comme un marin. Il faut avoir une certaine classe pour se le permettre : être drôle et séduisante à la fois.

Tout le bilan 2011