Fuck! Nymphomaniac – volume 1 perd son visa d’exploitation

Posté par vincy, le 28 juillet 2017

La version longue du film Nymphomaniac, volume 1 de Lars von Trier, a perdu définitivement son visa d'exploitation. Le deuxième film du diptyque peut, en revanche, conserver le sien. C'est ce qu'a statué vendredi 28 juillet le Conseil d'Etat. Il a rejeté le pourvoi du ministère de la Culture et celui des associations Promouvoir et Pour la dignité humaine, liés aux catholiques traditionalistes. Le Conseil d'État n'a fait que confirmer le jugement rendu en juillet 2016 par la cour administrative d'appel de Paris.

Celle-ci avait estimé que l'interdiction aux moins de 16 ans n'était pas suffisante pour le Volume 1, car le film avait "des scènes à caractère sexuel, filmées en gros plan, de manière parfaitement réaliste et appuyée, sans aucune dissimulation des organes génitaux". Bref ce que n'importe quel ado voit sur Youporn et autres sites du genre.

D'un côté, les associations traditionalistes, qui essaient de bannir toute forme de violence et de sexe au cinéma pour les moins de 18 ans, avaient demandé l'annulation de leurs visas d'exploitation (obligatoires pour une diffusion en salles), y compris pour le Volume 2 (toujours interdit aux moins de 16 ans donc). De l'autre, le ministère de la Culture avait déposé un pourvoi pour contester l'annulation du visa d'exploitation du Volume 1.

Avec cette décision du Conseil d'Etat, le volume 1 peut continuer à être commercialisé en DVD et VOD, mais pas en salles. Au passage, l'État écope d'une amende de 1500 euros à verser aux deux associations.

La version "non censurée" est plus longue de 30 minutes et avait été présentée pour la première fois à la Berlinale en février 2014. Elle contient davantage d'images sexuelles en gros plan.

Nul ne doute que cette décision va être commentée par la profession, qui s'était déjà insurgée en février 2016 contre les pratiques de censure des associations plaignantes.

Amazon se lance dans la distribution en salles avec le prochain Woody Allen

Posté par vincy, le 27 juillet 2017

Jusqu'ici, les films produits par Amazon trouvaient un distributeur pour les exploiter en salles, avant qu'ils ne passent sur sa plateforme de streaming. Différence notable avec Netflix qui ne veut pas voir son exclusivité SVOD rogner par une diffusion au cinéma.

Mais ça c'était avant. Amazon a décidé de distribuer aux Etats-Unis le prochain Woody Allen, Wonder Wheel, prévu en décembre dans les salles. Là encore, c'est une façon de se démarquer de son concurrent Netflix. Amazon envoie un message: la salle de cinéma n'est pas morte, même avec une chronologie des médias bousculée.

En couvrant toute la chaîne de diffusion du film, Amazon devient un studio à part entière. Depuis ses débuts en 2015, la société de Jeff Bezos a connu de beaux succès avec le précédent film d'Allen, Café Society, Le client d'Asghar Farhadi, deux fois primé à cannes, et Manchester by the Sea, oscarisé cette année. De quoi inciter les réalisateurs à préférer Amazon Studios à Netflix.

Wonder Wheel fera la clôture du Festival du film de New York. Ce nouveau film de Woody Allen se déroule dans les années 1950 ) Coney Island. Justin Timberlake, Kate Winslet, Juno Temple et Jim Belushi sont au casting.

Edito: des cités pas si ciné

Posté par redaction, le 27 juillet 2017

De récentes études montrent une France qui se transforme, à l'instar de ce que décrit Michel Houeelebecq dans ses romans, ou de celle qu'on voit chez Delépine/Kervern, dans les récents Jour de France, Visages villages ou les docus de Derpardon.

Les centres commerciaux en périphéries et même les zones commerciales à l'entrée des agglomérations se multiplient. Il y a, en ce moment même, plus de 70 demandes de constructions de grandes surfaces. Ce modèle hérité des Trente glorieuses était un schéma urbanistique basique: une population ravie de s'installe dans des villes nouvelles, une voiture symbole de ses signes extérieurs de richesses, des routes élargies reliant les zones "hypermarchés" pour une société de consommation en plein boum.

Les cinémas ont suivi. L'invention du multiplexe, souvent accolé à un centre commercial, participait à cette extension des villes sur les champs. Les cinémas de centre-villes ont ainsi souffert. Nombre d'entre eux ferment chaque année. Quelques uns sont repris, souvent par des réseaux déjà établis. La cité n'était plus si ciné avec les Ciné Cités. Dorénavant, on consomme le cinéma, ce qui a entraîné, entre autres raisons, le déclin de films art & essai auprès des spectateurs occasionnels. Même Paris est touché. De tous les mono-écrans, il ne reste que le Max Linder. Des zones autrefois fortement cinéphiles comme Montparnasse ou les Champs-Elysées se sont retrouvées déclassées par des zones plus populaires comme le Nord-Est ou le Sud-Est parisien et surtout la banlieue.

Des 40 cinémas les plus fréquentés depuis le début de l'année, seuls 12 sont en centre-ville (dont 7 à Paris).

Ainsi, les centre-villes se désertifient en commerces de proximités et en cinémas d'à côté. Les enseignes mondialisées ou grosses marques nationales prennent le relais. Les baux sont très chers pour un commerçant ou un exploitant sans soutien financier derrière. Et ne parlons pas des politiques: ils sont les premiers responsables de ce désastre urbanistique en ne protégeant ni les artisans ni la culture (les librairies, disquaires, etc sont également touchés). Ils ont validé des zones commerciales gigantesques en banlieue. Un Ikea ou un Carrefour et c'est tout un pan du commerce, des consommateurs, des emplois qui migrent hors de la ville, à sa frontière.

Pourtant, il y a plusieurs avantages à faire renaître les centre-villes. De la même manière qu'on encadre les loyers à Paris et Lille, on pourrait sanctifier certains pas de porte pour des lieux culturels et des magasins locaux, voire maîtriser le bail sur certaines artères fréquentées, notamment en municipalisant certains bâtiments. Il faut qu'un centre ville ne soit plus seulement une aire de "loisirs", mais redevienne un lieu de vie. Avec des cinémas dans son voisinage. On doit pouvoir flâner à pieds et se faire une toile, plutôt que de prendre sa bagnole. Car ce dont les films du milieu et les films art et essai souffrent c'est bien d'un manque de salles dans des villes de taille moyenne.

Le cinéma doit être un lieu de rendez-vous et non pas une case dans son agenda. On y va parce qu'on en a envie, parce que cela reste un loisir social. Mais pour cela, il faut qu'ils soient accessibles, autrement qu'en voiture.

Cette démence urbanistique est en effet très polluante. Ne pas accéder aux multiplexes d'un coté ou au centre-ville de l'autre sans transports en commun est une absurdité aujourd'hui. Si les cinémas de centre-villes souffrent, c'est aussi parce que les mairies les ont fermés aux voitures (manque de parkings, zones piétonnes) sans combler l'offre en bus, tram, métro. Il y a un gros travail à faire en matière d'accès aux centre-villes pour ceux qui n'y habitent pas. De même avant d'envisager une nouvelle zone commerciale, il faut penser à son accès en transports publics.

Peut-être faut-il aussi cesser de favoriser la politique de construction de multiplexes à l'écart des zones d'habitation denses. Les mairies et agglomérations auraient tout intérêt à favoriser les salles existantes situées dans leurs villes avant qu'elles ne deviennent un Apple Store, un Zara ou un Monoprix.

Le Grand Rex vend ses fauteuils

Posté par vincy, le 21 juillet 2017

A l'occasion de ses travaux d'été (16 août-8 septembre), la grande salle mythique du Grand Rex sera fermée pour rénovation. "Tous les sièges du balcon, les moquettes ainsi que les peintures de sol vont être refaits" indique le communiqué.

"À cette occasion et suite au succès de la même opération sur la salle 4, nous allons mettre en vente, au prix symbolique de 10€ l'unité, les anciens fauteuils du balcon. Un siège comprend deux accoudoirs et est fixé sur le sol (ou sur un socle) à l'aide de vis (qui vous seront fournies)" précise le cinéma.

À partir du 16 août et durant deux jours seulement ce sont plus de 1000 sièges qui seront mis à la disposition des chineurs, collectionneurs et autres fans cinéphiles.

Chaque siège vaut 10€; qu'il soit rouge ou noisette.

Il n'y a qu'un seul moyen de les acheter. Il faut se déplacer (et soi-même les démonter). En effet, il n'y a aucune réservation possible ni aucune vente par internet.

Le Forum des Images perd sa directrice et Séries Mania

Posté par vincy, le 7 juillet 2017

Laurence Herszberg, directrice générale du forum des Images depuis 15 ans, a démissionné de son poste. En acceptant de prendre la direction du festival international des séries à Lille, la créatrice de Séries Mania porte un coup fatal au festival parisien.

"J'ai accepté de prendre la direction du projet de Festival international des séries porté par la région Hauts-de-France et par la ville de Lille. C'est le choix du cœur, de la légitimité et du courage" explique-t-elle dans son communiqué. Elle ajoute: "C'est le choix du cœur d'abord, parce que je porte Séries Mania depuis sa naissance en 2010. En huit éditions, les 5 000 spectateurs du début sont devenus 50 000 en 2017. Les prochaines années, je veux désormais les consacrer à faire de ce nouveau projet le festival de référence dans le monde pour les séries. Je sais que je peux compter sur l'appui essentiel de Frédéric Lavigne, directeur artistique de Séries Mania depuis l'origine et qui a décidé de m'accompagner à Lille…"

Il est vrai que le jury qui a attribué ce projet de Festival de séries à Lille avait préconisé, en décembre dernier, de solliciter l’équipe parisienne de Laurence Herszberg, "jugée la plus à même de développer ce projet sur les acquis de Séries Mania." Jusqu'au bout, Laurence Herszberg a défendu Séries Mania à Paris lors de la compétition pour le Festival voulu par le ministère, puis lors de la dernière édition, en avril, qui fut un véritable succès.

Lille reprend aussi le nom du festival parisien

Belle prise de guerre pour Xavier Bertrand qui porte politiquement le projet lillois. Le départ de la directrice et de son équipe pour Lille signe la fin de Séries Mania à Paris. La ville a cédé gracieusement le nom du Festival à celui de Lille, qui deviendra officiellement Séries Mania-Festival international des séries. Dans Le Monde, Bruno Julliard, premier adjoint et chargé de la Culture, voit "une opportunité pour le Forum des Images d’écrire une nouvelle page avec l’arrivée d’une nouvelle direction d’ici l’automne" et acte qu'il n'y aura pas "de nouvelle édition de Séries Mania l’an prochain, du moins sous cette forme." Dans notre article du 25 mars, "Festival des Séries: il y aura forcément des morts!", on imaginait bien un tel scénario. Reste le projet cannois qui reste une grosse épine dans le pieds pour celui de Lille.

A la mairie de Paris, la priorité  est désormais de choisir une nouvelle équipe et un nouveau projet. Le Forum des images, c'est plus de 300000 spectateurs par an, avec 5 salles de cinéma, une bibliothèque spécialisée, un bar-restaurant, 7500 films numérisés et avant tout le lieu d'accueil de L'Etrange Festival, de Mon premier festival, de Cinéma du réel, du Carrefour du Cinéma d'animation, de Cinéma au Clair de Lune, en plus des reprises de la Quinzaine, d'Annecy et d'Angers.

Patrimoine: à peine un film européen sur six numérisé

Posté par vincy, le 30 juin 2017

Seules 16 % des collections du patrimoine cinématographique d’Europe sont numérisées, selon l’Observatoire européen de l’audiovisuel.

Dans cette nouvelle étude (à télécharger) sur l’accès, à des fins d’éducation et de recherche, aux œuvres cinématographiques faisant partie des collections des archives cinématographiques d’Europe, le constat est rude.

Or, les taux de numérisation restent faibles, ce qui limite l'accès aux œuvres: 15 % seulement de l’ensemble des œuvres cinématographiques se trouvant dans les collections des archives cinématographiques (16 % pour les longs métrages, qui représentent pourtant 42% des collections).

L'étude point aussi que la grande majorité (76 %) des films figurant dans les collections des archives cinématographiques est protégée par droit d’auteur. Cependant le manque de sources d’information centralisées sur les droits peut rendre difficile l’évaluation du statut d’un film "au regard du droit d’auteur ainsi que l’identification des ayants droit." En fait, 1% seulement des œuvres est dans le domaine public. Les 23% restant sont sans statut clair sur leurs droits. Contraignant.

Accès limité

60 % des longs métrages protégés par droit d’auteur sont des œuvres orphelines ou indisponibles dans le commerce. Si l’accès en ligne semble être un moyen efficace d’améliorer l’accès aux collections de films et d’élargir les publics, cet accès est freiné par des restrictions légales et à des incertitudes juridiques.

Par conséquent, le patrimoine cinématographique se transforme en marché de niche. Les films du patrimoine cinématographique européen ont tendance à circuler moins largement que les films en général et moins que les œuvres du patrimoine cinématographique aux Etats-Unis.

La circulation des œuvres pose à la fois un problème culturelle (l'accès à celles-ci) et économique (l'économie d'échelle). Cela conduit à une insatisfaction des publics des Cinémathèques et centres d'archives. Un quart du public a été confronté à un problème de droits d'accès à une œuvre et un tiers du public ne trouve pas une œuvre. Pire, 69% du public a rencontré un problème technique pour consulter/voir une œuvre, notamment parce que le film n'était pas en format numérique.

L'OEA souligne que le patrimoine cinématographique nécessite un solide appui promotionnel pour rivaliser avec succès avec le contenu plus récent, ce qui n'est pas forcément le cas actuellement, rappelant que les reprogrammations en salles "peuvent jouer un rôle pour accroître leur visibilité" et constatant que la VOD n’est pas encore un canal de distribution indépendant viable. L'Observatoire préconise que la vidéo à la demande fasse partie d’une "stratégie de distribution plus vaste, incluant plusieurs canaux, pour maximiser les résultats promotionnels."

Le futur cinéma Etoile Voltaire à Paris retoqué par la justice

Posté par vincy, le 24 juin 2017

C'est un rebondissement inattendu que le Tribunal administratif a réservé à la Ville de Paris le 14 juin dernier. En effet, le projet emblématique du Cinéma Etoile Voltaire, qui devait s'installer dans une ancienne sous-station électrique dans le cadre de l'opération "Réinventer Paris", a été stoppé net. "La décision de la ville de Paris désignant le projet « Etoile Voltaire » de la société Etoile cinémas développement, comme lauréat de l’appel à projets « réinventer Paris » au titre du bâtiment sis 14 avenue Parmentier est annulée" explique le jugement.

Un jury beaucoup trop municipal

Selon le Tribunal, la mairie de Paris n'a pas respecté les règles qu'elle avait elle-même fixées: les noms des jurés chargés de sélectionner les finalistes n'ont ainsi jamais été révélés, tout comme ceux des jurés chargés de choisir le vainqueur. De plus, le Tribunal a souligné que le jury devait être international et s'avérait en fait essentiellement municipal, comme l'a souligné le jugement: "vingt trois membres votants ont effectivement assisté au jury, dont, en premier lieu, quinze élus municipaux, premier adjoint au maire, adjoints au maire pour huit d’entre eux, président de groupe politique au conseil de Paris pour cinq d’entre eux et maire du onzième arrondissement pour le dernier, en deuxième lieu, quatre personnes dénommées qui ont siégé, es qualité, respectivement, de président de la commission du vieux Paris, de directrice générale de l’atelier parisien d’urbanisme, de directeur général du pavillon de l’Arsenal et de représentant de « Paris & Co » et enfin quatre personnes siégeant en qualité « d’expert international » ; que les dix membres non votants prévus, dont trois étaient présents, selon la même liste d’émargement, ont tous la qualité de fonctionnaire de direction des services de la ville de Paris placés sous l’autorité hiérarchique de l’exécutif municipal."

Une contestation citoyenne validée

L'affaire avait été portée en justice fin 2015 par l'Association Le 14 avenue Parmentier, qui rassemble des riverains contestant l'attribution du marché et préférant un projet participatif et citoyen. Ils craignent aussi que le projet "dénature" le bâtiment patrimonial. Le Tribunal leur a donné raison sur "la procédure irrégulière" et a condamné la ville à verser 1000€ à l'Association.

L'Association de Défense pour l'Aménagement concerté de l'Avenue Parmentier (ACAP) était aussi vent debout contre ce projet: "C'était un simulacre de présentation ! La réunion a été obtenue au forceps... On soutient la mairie dans le projet de réhabilitation. Mais pas pour n'importe quoi... Nous ne voulons pas d’hypermarché du cinéma, mais un cinéma de quartier ! Ce sont les habitants qui doivent choisir le projet, pas les édiles... " avait déclaré sa présidente Valérie Robert dans Télérama.

La Mairie de Paris a décidé de faire appel.

Un projet retardé d'au moins un an

Il y avait 47 projets initialement puis 4 finalistes. Le projet lauréat est porté par Etoile Cinémas, qui devait déposer le permis de construire cet automne, le restaurateur Thierry Marx, la Société des Réalisateurs de films (SRF) qui voulait y installer son QG, la Bellevilloise, le psychanalyste Gérard Miller (proche de Jean-Luc Mélenchon) et l'architecte Olivier Palatre. Le cinéma devait avoir 5 salles (environ 500 fauteuils), mixant cinéma d'art et d'essai et films populaires, un restaurant en terrasse (qui oblige à surélevé le bâtiment) et un espace pour les événements et spectacles (lire notre article du 3 février 2016). Etoile Cinéma dispose déjà de trois cinémas à Paris: le Balzac (sur les Champs-Elysées), Lilas (au-dessus du périphérique) et Saint-Germain des Prés.

D'ores et déjà, l'ouverture est retardée d'un an si la Mairie gagne son appel du jugement. Initialement, le "Voltaire" devait ouvrir en 2019.

Quelques séances ciné gratuites pour Okja en France

Posté par vincy, le 23 juin 2017

[Actualisation le 24 juin 2017] Finalement, Okja de Bong Joon-ho, en compétition à Cannes, sortira dans quelques salles en France. Après deux mois de polémique et alors qu'il sera diffusé dès mercredi sur Netflix, on apprend par l'AFP que le film sud-coréen sera projeté cinq fois et gratuitement. La projection qui devait avoir lieu au Forum des Images le 28 juin à 20h30 a été annulée. Idem pour celle au Max Linder, ce qui enlève la dernière projection parisienne.

Le mono-écran des Grands Boulevards a justifié l'annulation ainsi:

"Le Max Linder, attaché aux œuvres et aux auteurs, et convaincu de l’intérêt cinématographique du film, avait accepté d’organiser une séance exceptionnelle gratuite de Okja de Bong Joon-Ho, mercredi 28 juin à 14h, dans le cadre du festival Sofilm. Prenant en compte le contexte actuel de l’exploitation cinématographique et les débats suscités par la projection de ce film, et constatant que nous étions la seule salle sur Paris, nous choisissons de nous retirer du festival Sofilm" explique la gérante et programmatrice Claudine Cornillat.

Dans tous les cas, c'est regrettable. Dès lors qu'il était diffusé dans un Festival comme Cannes, pourquoi, dans le cadre d'un autre festival, retire-t-on le droit à des spectateurs non privilégiés de voir un film qui, rappelons-le, mérite d'être vu en salles....

Pour les autres chanceux, les séances auront lieu en France mercredi 28 juin (et le 6 juillet à Bordeaux). C'est à l'initiative du festival SoFilm que ces projections pourront avoir lieu.

- Paris: Max Linder Panorama (14H00)

- Paris: Forum des images (20h30)

- Montreuil: Le Méliès

- Nantes: Sofilm Summercamp, au Stereolux (19H00)

- Nantes: en plein air sous les Nefs des chantiers navals (22H30).

- Bordeaux : le 6 juillet, aux Tropicales by Sofilm à l'Utopia (20H00)

- Bordeaux: le 6 juin en plein air au Darwin (22h30).

Des temps forts gratuits ouverts à tous pour la Fête du cinéma

Posté par MpM, le 23 juin 2017

Du 25 au 27 juin, c'est la fête du cinéma ! Et cette année, en plus de dévorer toutes les nouveautés du moment au tarif unique de 4 euros la séance, les cinéphiles et curieux sont également invités à prendre part à de nombreux événements gratuits organisés par le CNC.

Ainsi, dans toute la France, une programmation spéciale "La Fête du Cinéma" sera proposée dans différentes institutions culturelles : des courts métrages réalisés par des jeunes de différents quartiers sur le thème "Le quartier par mes yeux" au Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg, une rétrospective Jan Švankmajer à la Cinémathèque de Bourgogne (Dijon), la projection d’Une Partie de campagne de Jean Renoir au Musée des Beaux-Arts d’Angers, une nuit Batman à la Cinémathèque française, une projection-débat autour du film Devine qui vient dîner ce soir ? de Stanley Kramer dans le cadre de l'exposition "Nous et les autres" au Musée de l'Homme...

Par ailleurs, le public pourra découvrir les coulisses du 7e Art dans plusieurs studios et écoles de cinéma ouverts pour l'occasion (La Fémis, Studios VOA, Film France, Studio du Court Métrage, Lagardère Studios...) tandis qu'à l'Opéra Bastille, une journée sera dédiée dimanche 25 juin à la place désormais centrale qu'occupe la création numérique : à la fois dans l'espace scénique traditionnel, mais aussi par l'espace ouvert des plateformes, "l'autre scène".

Les amateurs retrouveront également la "ciné-brocante" sur le Quai de Loire (le 25 juin) et pourront également participer à la grande vente aux enchères événement organisée le 29 juin par le CNC et Drouot au profit de Rêve de Cinéma, une association qui a pour vocation d'organiser des projections dans les hôpitaux pour les enfants malades et dans les centres spécialisés pour adolescents handicapés. Parmi les articles proposés, on retrouve entre autres le costume de Jackie porté par Nathalie Portman, la planche de surf de Brice de Nice ou encore les lunettes de Jean-Luc Godard.

Enfin, la Fête du cinéma s'exporte : avec le concours de l'Institut français, des salles proposent des animations et des projections dédiées afin de faire rayonner l'événement partout dans le monde, de Dakar à Prague en passant par Libreville ou Istanbul. Les Écrans de la paix, projet de cinéma itinérant dans les camps de réfugiés et de déplacés au Kurdistan Irakien, organisent notamment des projections dans 6 camps de réfugiés et de déplacés.

Et ce n'est pas tout ! Pour connaître le programme dans son intégralité, rendez-vous sur le site du CNC, et bonne Fête à tous !

Edito: Netflix, le réveil de la force

Posté par redaction, le 8 juin 2017

Il est évident que Netflix transforme le paysage cinématographique. On peut se désoler de voir que de grands cinéastes et de bons films ne soient jamais diffusés en salles. Mais après tout, cela fait longtemps que la télévision a attiré les Scorsese, Spielberg et autres Soderbergh pour produire/réaliser des séries. Et n'oublions pas le pionnier, Hitchcock. A Cannes, le débat a envahit la Croisette, au point, parfois, d'en oublier la qualité des films sélectionnés.

Est-ce si révolutionnaire que de vouloir produire des films exclusifs pour fidéliser ses abonnés et en attirer de nouveaux? HBO l'a déjà fait. Canal +, de par sa convention avec l'Etat, s'arroge le droit d'être la première fenêtre de diffusion après le passage en salles et en location vidéo. C'est de bonne guerre. Ce qui choquerait avec Netflix, c'est l'impossibilité de voir Okja, War Machine ou The Meyerowitz Stories au cinéma.  Bizarrement, on ne se pose pas la question pour toutes les séries B qui débarquent directement en vidéo à la demande (e-cinéma, c'est plus chic), sans passer par la case salles. Ces films en e-cinéma ont le droit à des projections presse. Netflix fera sans doute de même prochainement, afin d'accentuer la visibilité de ses productions "starisées".

Le débat autour de la diffusion n'est pas que français et l'intérêt pour Netflix n'est pas réservé qu'aux professionnels américains.

Ainsi, hier, Naomi Kawase s'est dite prête à travailler avec Netflix: "Si une firme comme Netflix ou toute autre société de production étrangère a des moyens pour travailler avec une réalisatrice qui a acquis une réputation internationale, ce peut être une façon pour moi d'exprimer librement ce que je veux", ajoutant qu'elle ne regretterait pas "une telle occasion" qui est, selon elle "plutôt comme un défi à relever". Pour les auteurs, les plateformes de SVàD sont une véritable aubaine alors que le marché art et essai se contracte en nombre de spectateurs dans le monde entier et que les financements sont de plus en plus difficiles à trouver pour des scénarios originaux.

La réalisatrice japonaise a commencé à réfléchir à cette possibilité quand son confrère sud-coréen Bong Joon-ho, dont Okja, en compétition à Cannes et financé par Netflix (50M$), s'est réjoui de la liberté créative qu'il a eu. "Il dit que Netflix lui donne tout l'argent dont il a besoin et n'intervient pas", explique Kawase, rappelant que le cinéma d'auteur japonais est plus que fragile et focalisé sur les productions populaires, souvent adaptées de mangas, romans ou séries TV. Hirokazu Kore-eda ne dit pas autre chose: "Plus de réalisateurs vont à l'avenir vouloir travailler avec Netflix ou Amazon. S'il reste comme il est, tout le secteur va couler." Plutôt que de constater le déclin du cinéma d'auteur japonais, les cinéastes se tournent vers l'étranger pour financer leurs œuvres.

De l'autre coté de la mer du Japon, le cinéma est florissant en Corée du sud. Il sait se protéger, se financer, s'exporter. En Corée du sud (mais aussi aux Etats-Unis et au Royaume Uni), Okja bénéficie même d'une exception: le droit d'être sorti en salles. Mais, comme pour la France, les professionnels ont décidé de se rebeller contre Netflix, producteur et diffuseur du film. Une grande chaîne sud-coréenne de salles de cinéma, CGV, premier réseau du pays avec 1000 écrans, a annoncé qu'elle ne diffuserait pas ce film très attendu si Netflix le mettait en ligne simultanément sur sa plateforme. Il y a deux ans, la suite de Tigre et Dragon avait suscité la même réaction de la part des circuits américains, qui avaient boycotté le film.

Le problème Netflix est ailleurs

Dans l'histoire, ce sont les spectateurs qui sont pris en otage: soit ils ne peuvent pas voir le film en salles, soit ils sont contraints de s'abonner à la plateforme. Cela peut faire le beau jeu des pirates. Toujours est-il qu'il va falloir rapidement revoir la chronologie des médias. Après tout, en tant que producteur, Netflix a le droit de choisir sa stratégie de distribution, quitte à exclure définitivement la salle de cinéma dans un premier temps (le cinéma serait alors une sorte de deuxième fenêtre, après le streaming exclusif). Pour le cinéphile comme le cinéaste, le "produit" reste un film de cinéma. Qu'on le voit chez soi, en salle, dans un festival ou à bord d'un avion, ça ne change pas grand chose, hormis la sensation, le plaisir que l'on peut éprouver selon le lieu (sous la couette, avec un public, avec les artistes, ou pour combler l'ennui).

Mais avant de se focaliser sur ce combat multi-supports (que les médias ont depuis longtemps intégré), peut-être faut-il mieux se concentrer sur le vrai problème qu'induit la force des plateformes de type Netflix. Il serait beaucoup plus judicieux d'obliger ces géants américains à payer leurs impôts dans le pays où ils sont diffusés, en fonction du chiffre d'affaires dégagé par leurs abonnements locaux. Car ce n'est pas tant le modèle économique d'un Netflix qui pose problème (en effet, s'ils investissent dans des films, on ne peut être que ravis). Mais c'est bien le contournement des règles fiscales et la distorsion de concurrence par rapport aux producteurs-diffuseurs nationaux qui pénaliseront à terme l'industrie cinématographique de pays comme la France, la Corée du sud ou l'Argentine, dont les éco-systèmes ont permis depuis des années de résister à l'hégémonie culturelle américaine.

Ce n'est pas simplement défendre notre exception culturelle que de réclamer des droits et des devoirs à un géant transnational au-dessus des Lois, mais il s'agit bien de protéger notre modèle culturel, qui passe par une solidarité fiscale. Canal + a l'obligation de financer des productions françaises. Pour toucher des aides du CNC, il faut être installé en France. Il n'y a aucune raison que Netflix profite du marché français sans contreparties bénéficiant à tout le secteur.