Confinement: le streaming en pleine forme, la chronologie des médias obsolète

Posté par vincy, le 2 avril 2020

Les confinés que nous sommes passent de plus en plus de temps sur les écrans (4h29 quotidiennement en mars de consommation télévisuelle, soit 44 minutes de plus qu'en mars 2019). La SVod explose.

La dernière semaine de mars, en France, 5 millions de confinés étaient branchés sur une plateforme, contre 2,7 millions il y a un an. En une semaine, le nombre de programmes regardés est passé de 14,8 millions à 18 millions, avec, en tête, la 3e saison (plutôt réussie) d'Elite sur Netflix et la dernière saison de The Walking Dead sur OCS. Netflix est le grand vainqueur de cette période : l'application a été téléchargée deux fois plus dans le monde, ses séries occupent toutes les places du Top 10 des consultations, les souscriptions ont doublé au minimum, s'accaparant les deux tiers de la consommation de Svod. Des séries comme Peaky Blinders, Stranger Things, Messiah, Riverdale occupent le terrain jusque dans les recherches Google. Et l'arrivée de la 4e saison de La Casa de Papel cette semaine va dynamiter les compteurs.

Dans le contexte, et en l'absence de salles de cinéma, il était urgent que la chronologie des médias s'adapte en France. Car, on le voit bien, hormis les feuilletons quotidiens sur les grandes chaînes nationales, les créations françaises sont inexistantes. Alors même que la vidéo à la demande profite elle aussi d'une forte croissance grâce à des initiatives comme La Toile ou des plateformes de niche comme La Cinetek, Queerscreen, Tënk ou Bref cinéma. D'autant que Canal + a du arrêter la gratuité mardi : on n'évite aucune guéguerre en France. Les chaînes concurrentes (TF1, M6) et des ayant-droits se sont plaints de cette opération destinée à valoriser les contenus de Canal (dont d'excellentes séries françaises comme Baron noir, Hippocrate, Le bureau des légendes ou la deuxième saison de L'amie prodigieuse qui commence se soir) en période de confinement au détriment de leurs intérêts (fortement fragilisés depuis le début de la crise sanitaire qui touche le pays).

Sorties anticipées en vod

Hier soir, le Conseil d’administration du CNC a finalement décidé la mise en place de nouvelles mesures pour faire face à cette période exceptionnelle.

La loi d'urgence sanitaire du 23 mars a donné la possibilité au président du CNC, Dominique Boutonnat, d’accorder des dérogations aux films encore en salles le 14 mars pour des sorties anticipées en vidéo à la demande. 25 demandes ont été déposées dans ce sens selon le Film Français, 11 selon Le Monde. Aux Etats-Unis, où il n'y a pas de chronologie des médias, les poids lours de l'hiver ont déjà été mis en ligne. Dernier en date, La Reine des neige 2 qui a avancé sa diffusion en vod de trois semaines.

Restait à savoir ce qu'il advenait des films qui devaient sortir après la date de confinement (18 mars, 25 mars, ...). Le CNC a officialisé la dispense de remboursement des aides du CNC, conditionnés à leur sortie en salles. Autrement dit, si tous les ayant-droits sont d'accord pour diffuser le film en vidéo à la demande, et non pas en salles de cinéma, les producteurs et distributeurs pourront toucher ces aides tout en évitant une exploitation au cinéma. C'est un premier pas en avant, qui montre que la chronologie des médias n'est plus si sacrée.

Souveraineté, exception culturelle et soft power

Alors que Disney + débarque le 7 avril et que le gouvernement parle de souveraineté nationale à tout bout de champs, il serait temps de faire prévaloir l'exception culturelle française, notion un peu oubliée, pour que les confinés, prisonniers chez eux, aient un accès simple et efficace, ôté de toute logique dogmatique à un contenu le plus varié possible. Mettre à disposition dans les foyers dès maintenant des films récents n'est pas à l'ordre du jour pour l'instant. On peut au moins sauver certains films prévus en début de printemps dans les salles, qui ont peu de chance de pouvoir lutter contre l'inflation de sorties lors du déconfinement, en les proposant à un public naturellement captif. Il s'agit de montrer les œuvres et d'assurer des recettes pour des productions qui risquent de n'avoir ni l'un ni l'autre quand les cinémas seront rouverts.

Et c'est toujours mieux que de laisser les Français face à une offre principalement américaine.

Ce n'est pas une question de souveraineté, mais de soft power. Les références culturelles et les habitudes de la demande se forgent d'abord dans l'offre. Pourquoi pas les sagas de Pagnol, les comédies avec Louis De Funès ou les Tontons flingueurs. Mais le cinéma et la télévision française peuvent aussi montrer qu'ils peuvent rivaliser avec des productions étrangères. Même si personne n'oserait ici Sex Education (Netflix), Game of Thrones (OCS) ou les Vikings (Amazon).

On en revient à l'audace et à l'écriture, mais c'est un autre débat.

Bientôt les films sortis en mars à la maison?

Posté par vincy, le 21 mars 2020

Un article du projet de loi d’urgence autorise le CNC à déroger aux règles de la chronologie des médias. Les salles de cinéma ont fermé le 13 mars, sacrifiant les films sortis le 11 mars (et même le 4 mars) mais aussi de nombreux films prévus le 18 mars qui étaient déjà en campagne de promotion.

Ce projet de loi d’urgence qui passera en commission mixte paritaire (Assemblée nationale et Sénat) demain, dimanche 22 mars permettra au gouvernement de prendre des mesures exceptionnelles par voie d’ordonnances dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de COVID-19, certaines touchant à des acquis sociaux et d'autres facilitant le financement d'un pays à l'arrêt.

Une chronologie inadaptée

Le président du CNC pourrait donc déroger à titre exceptionnel aux règles de chronologie des médias pour les films en exploitation en salles le 14 mars 2020 et uniquement pour ces films-là. Ce qui concerne finalement une soixantaine de films, qui pourraient être mis à disposition en vidéo à la demande. Ce que demandaient certains producteurs et distributeurs. Aux Etats-Unis, les studios ont déjà avancé les dates de sorties sur les plateformes, comme Birds of Prey, En avant, Invisible Man...

La Fédération nationale des cinémas français s'oppose à une telle mesure: "Le caractère d’urgence et indispensable à la vie de la Nation de cette mesure ne nous paraissant absolument pas avéré, outre notre opposition à priver sans aucune concertation les professionnels de la maîtrise d’un tel dispositif et à modifier le Code du Cinéma unilatéralement, Richard Patry a adressé une lettre de protestation au Ministre de la Culture" .

Une fédération dans le déni

Dans son communiqué du 20 mars, "La FNCF a eu l’assurance de Dominique Boutonnat, Président du CNC, confirmée par le communiqué du CNC de ce jour, qu’il s’attachera à prendre les éventuelles mesures dans ce cadre avec discernement et au cas par cas, sans jamais obérer l’avenir des salles de cinémas et à revenir à une application stricte des textes après cette crise. (...) La FNCF souhaite entamer dès maintenant des discussions constructives avec l’ensemble des organisations des distributeurs – éditeurs de films, et avec le CNC sous l’égide de Franck Riester, Ministre de Culture, pour envisager demain la réouverture des salles de cinéma pour le plus grand plaisir des spectateurs. Elle appelle ainsi les salles de cinéma à soutenir, lors de leur réouverture, les films qui étaient à l’affiche le 14 mars pour leur permettre de poursuivre leur carrière en salle avec succès."

Au cas par cas

C'est un peu utopique. Hormis quelques gros succès comme La bonne épouse ou De Gaulle, aucun film n'a de chance de ressortir dans de bonnes conditions dans un calendrier qui va être très chargé avec tous les reports de sortie. La bonne épouse ressortira en salles, évidemment. Radioactive et Vivarium sans doute aussi. Mais la visibilité des petits films ne sera pas assez grande pour amortir le coût d'une nouvelle exploitation alors que l'on craint déjà un énorme embouteillage de nouveautés dès mai-juin et encore plus à l'automne. Pourquoi priver Un fils, Une sirène à Paris, Femmes d'Argentine, pour ne citer que trois sorties du 11 mars, qui n'ont pas pu trouver leur public en moins de quatre jours, d'une nouvelle fenêtre dès maintenant, profitant de la notoriété acquise par la promotion récente en publicité ou dans les médias? Idem pour ceux sortis fin février et début mars, et qui ont déjà fait une grande partie de leurs entrées et qui ne gagneront rien à ressortir, à l'instar de Dark Waters ou Un divan à Tunis? Et finalement pourquoi empêcher producteurs et distributeurs de récupérer un peu de recettes rapidement en ces temps de crise financière... ?

Les sorties post-13 mars non concernées

Et puis il n'y a pas lieu de paniquer. On voit bien que l'objectif est de conserver la chronologie des médias, sauf à titre exceptionnel.

Le CNC a précisé que chaque demande serait menée en pleine concertation avec les représentants de la filière et notamment les organisations professionnelles des exploitants de salles de cinéma. "La fermeture des salles de cinéma est un moment critique pour toute la filière. Le public doit pouvoir accéder aux films, mais il nous faut également assurer les équilibres fondamentaux qui permettent de financer la création à moyen et long terme, ainsi que la reprise de l’activité au moment de la réouverture des salles" a déclaré Dominique Boutonnat, Président de l'organisme.

La disposition examinée par le Parlement ne concerne pas les films destinés aux salles mais qui n’étaient pas encore sortis au moment de la fermeture des cinémas (Petit Pays, Forte, Benni) et qui n'avaient pas encore annoncé leur report.

Des films directement en Vidéo à la demande?

Tous ces films prêts à sortir ne sont pas soumis à la chronologie des médias et les titulaires de droits sont libres de les exploiter sur tous supports dans le cadre de leur liberté contractuelle indique le CNC. Reste le cas épineux des films programmé qui ne sortiront finalement pas en salles, pour de multiples raisons. Le CNC est, en principe, tenu de réclamer, aux bénéficiaires d’aides accordées dans le cadre du soutien financier au cinéma, la restitution de ces sommes lorsque la première exploitation des films ne se fait pas en salles. Mais l'institution a lancé cette semaine, pour ces films non encore sortis en salles, une concertation qui associe toute la filière du cinéma et de l’audiovisuel, pour réfléchir aux modalités selon lesquelles certains d’entre eux pourraient, le cas échéant, être mis à la disposition du public directement sous forme de VOD ou de DVD / Blu-Ray, sans que les bénéficiaires des aides "cinéma", ainsi d’ailleurs que des autres financements réglementés, soient contraints pour autant de les restituer.

"Le public doit pouvoir accéder aux films, mais il nous faut également assurer les équilibres fondamentaux qui permettent de financer la création à moyen et long terme, ainsi que la reprise de l'activité au moment de la réouverture des salles", rappelle Dominique Boutonnat.

Le 18 mars, Franck Riester, ministre de la Culture, a soutenu un ensemble de mesures mis en place par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) comme la suspension du paiement de l’échéance de mars 2020 de la taxe sur les entrées en salles de spectacles cinématographiques (TSA) pour soutenir leur trésorerie, le versement de manière anticipée des soutiens aux salles art et essai et à la distribution et la garantie du paiement de ses aides. Le ministre a rappelé que "toutes les subventions attribuées par le CNC aux manifestations annulées pour des raisons sanitaires leur resteront acquises si elles ont déjà été versées, ou seront effectivement payées si elles ne l’ont pas encore été."

Et si les films sortis en mars passaient tout de suite en vidéo à la demande?

Posté par vincy, le 17 mars 2020

Les cinémas sont fermés depuis le 13 mars. La pandémie de Covid-19, aka le satané coronavirus, pourrait bousculer la chronologie des médias, temporairement. Après tout, Canal + s'est mis en clair pour les non abonnés. Et confinés que nous sommes, nous pouvons acheter des films récents en vidéo à la demande, notamment sur Netflix ou à La Cinetek, ou se gaver gratuitement de 1150 films de patrimoine sur Open Culture.

Le CNC réfléchit à un dispositif qui permettrait d'avancer les sorties de films en vidéo à la demande (achat à l'acte), notamment pour ceux sortis en salles depuis début mars et qui n'ont eu une exploitation que de moins de dix jours (autant dire à perte). Or, pour ces films sortis avant le décret de fermeture des salles, et qui ont perdu beaucoup, il est impossible de les voir distribuer en VOD avant une période de quatre mois, en l’état actuel des choses. Si on souhaitait les rendre disponibles sur les plateformes, il faudrait changer la loi. A moins que le CNC et le gouvernement puissent contourner le problème et offrir une dérogation.

Des films sacrifiés

En revanche, pour les films programmés en salles d'ici au 15 avril, il y a deux options. Reporter la date de sortie (ce que beaucoup ont déjà fait, y compris Black Widow, prévu le 29 avril et Trolls 2, décalé au 14 octobre) ou être directement diffusé en VOD ou DVD, sans jamais connaître une exploitation au cinéma..

Mais dans ce cas il faut que le CNC garantisse que les producteurs puissent obtenir les financements publics liés au visa d'exploitation, notamment le fonds de soutien.

Dans tous les cas, pour ne pas fâcher les exploitants, il faudrait que les mesures soient temporaires. Alors que Netflix est au top des passe-temps et que Disney + arrive en France, il serait assez intelligent de pouvoir rattraper les films sortis après mars. Marc Irmer (@marcdolcevita) soutenait sur twitter cette option; "Je suis le producteur de Un Fils de Mehdi Barsaoui sorti mercredi 11 et dans le contexte, je suis pour l'ouverture de la VOD en attendant la réouverture des salles. Tous ces efforts, pour n'être vu que 4 jours...c'est trop frustrant."

Coronavirus: Les salles de cinéma dorénavant fermées

Posté par vincy, le 14 mars 2020

Le premier ministre Edouard Philippe a annoncé samedi 14 mars la fermeture dès minuit et "jusqu’à nouvel ordre" de tous les "lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays", appelant les Français à "plus de discipline" face à la pandémie de coronavirus. Tout en maintenant (pour l'instant) la décision absurde de maintenir les élections municipales.

Restaurants, bars, discothèques, et cinémas doivent désormais fermer. Tous les commerces sont touchés, à l’exception des magasins alimentaires, pharmacies, banques, bureau de tabac ou encore stations-essence, a précisé le premier ministre. Dans ce contexte, la France est passée au "stade 3" de l’épidémie puisque le virus circule désormais sur tout le territoire.

A partir de demain et jusqu'au 15 avril, le cinéma se verra donc chez soi, sur les plateformes SVàD et VàD.

Coronavirus: les salles de cinéma en mode intimiste, les fermetures, reports et annulations s’enchaînent

Posté par redaction, le 13 mars 2020

Les Festivals s'annulent les uns après les autres, notamment Cinéma du réel qui commençait aujourd'hui, mais aussi Cinélatino à Toulouse et le Festival national du film d'animation. Les sorties de films sont décalées à l'été ou l'automne (derniers en date: The Room, Sans un bruit 2, Divorce club, Le jardin secret, Effacer l'historique, Ondine, Adolescentes, Mulan, Petit pays, Police et Fast and Furious 9). Le coronavirus bouscule aussi les tournages, suspendus. Et on attendra fin avril pour savoir si le Festival de Cannes aura bien lieu (e tout cas physiquement, puisque virtuellement c'est toujours possible).

Coronavirus: SERIES MANIA annulé

Mais avec les nouvelles annonces gouvernementales d'aujourd'hui - le premier ministre Édouard Philippe a annoncé l'interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes -,  ce sont désormais les cinémas qui sont menacés.

Cela veut dire que toute salle de plus 100 fauteuils sera fermée ou qu'il faudra limiter les séances à un nombre restreint de spectateurs pour les plus grandes salles. En Italie, en Belgique et en Suisse, toutes les salles sont fermées.

Ce sera du cas par cas. Kinépolis, qui a fermé ses salles belges, a d'ores et déjà annoncé que la totalité des cinémas Kinepolis français restent ouverts au public, en limitant la fréquentation de chaque salle. Les salles aux capacités inférieures à 110 places voient leur fréquentation limitée à 30 spectateurs par séance, soit presque un tiers de taux remplissage. Les autres salles sont ainsi limitées à 95 spectateurs maximum par séance.

Les festivals et les films atteints par le coronavirus

Le Forum des Images à Paris ferme jusqu'à nouvel ordre. La Cinémathèque française suspend ses activités.

Si la fréquentation va naturellement chuter, paradoxalement, cette mesure pourrait ne pas trop toucher les cinémas art et essai et les cinémas de quartier ou de proximités. Les 1179 cinémas art et essais ont souvent de petites salles (en moyenne les cinémas art et essai en France offre 172 sièges au total). Et 56% des cinémas en France n'ont qu'un écran. Ce sont les multiplexes qui sont principalement atteints par cette mesure.

Les vrais gagnants seront sans doute les plateforme de SVàD et de VàD, comme Netflix ou La Cinetek. En attendant, c'est le moment d'être curieux et de découvrir les films qui sont à l'affiche et ceux qui maintiennent leur sortie dans les trois, quatre prochaines semaines.

Contagion et virus: 15 films à voir en cas de confinement

Le musical Kinky Boots de Cindy Lauper et Harvey Fierstein au cinéma

Posté par vincy, le 5 mars 2020

Le 12 mars, Pathé Live vous convie à voir la comédie musicale I. Une séance unique de 2H15 à 20h pétantes. La projection unique, enregistrée à Londres, a déjà eu lieu Outre-Manche où elle a rapporté 1,2M£ au box office, se plaçant même en tête le jeudi quand le musical a été projeté.

Ce musical a été créé en 2012 à Broadway. Vainqueur de 6 Tony Awards (dont meilleure comédie musicale, meilleure partition et meilleure chorégraphie), le show a été joué 2500 fois à New York (soit 320M$ de recettes) et 1400 fois à Londres, en plus d'avoir tourné dans plusieurs pays. Le succès s'est prolongé également dans les ventes de disques puisque la chanson "Sex Is in the Heel" est la première chanson issue d'un show de Broadway à entrer dans le Top 10 des meilleurs ventes en 25 ans.

Avec un livret signé du grand Harvey Fierstein (Torch Song Trilogy, La cage aux folles, Hairspray) et des musiques composées  (et inspirées) par Cindy Lauper, Kinky Boots est adapté du film britannique éponyme, lui-même inspiré d'une histoire vraie.

Si on vous conseille d'aller voir ce musical feel-good et queer, c'est parce qu'il est réellement emballant. Coloré, romantique, entraînant, le musical est l'une des meilleures créations sur scène ces dernières années dans le genre. C'est drôle et touchant, malin et bien écrit.

C'est l'histoire de Charlie. Il tente de sauver l'entreprise familiale, une usine qui fabrique de bonnes vieilles chaussures anglaises. Malheureusement la faillite n'est pas loin. Aussi, quand il croise Lola, une artiste drag queen haut perchée, exubérante et assumée, il décide de l'engager comme directrice artistique. Elle va alors créer des bottes et cuissardes aussi excentriques que glamour. Autant dire que les employés ne sont pas chaud, et la fiancée de Charlie encore moins... La tolérance a ses limites... L'objectif est de viser la fashion week de Milan. Mais entre temps, les sentiments vont se mêler aux affaires...

Festivals et sorties de films: la Chine absente pour cause de virus

Posté par redaction, le 17 février 2020

Le coronavrius - aka COVID-19 - commence à produire son effet dans le cinéma. Ce virus potentiellement mortel né dans la région de Wuhan, en Chine, à la fin de l'année 2019, a entraîné une forme de paralysie économique dans l'Empire du milieu. Il était circonscrit à la Chine, avant de se propager progressivement dans le monde. Les liaisons aériennes avec la Chine sont suspendues. Et les manifestations culturelles commencent à être impactées.

Si, à Vesoul, capitale du cinéma asiatique en Europe le temps d'une semaine, les salles sont pleines, et les invités comme le public ne portent aucun masque, le président du jury n'a pas pu se déplacer. Le tibétain Pema Tseden n'a pas pu venir. Même s'il avait pu prendre un avion, une mise en quarantaine de deux semaines lui aurait été imposée. On l'a appris quelques jours avant le début du festival. D'autres invités chinois ont également annulé leur voyage dans l'Est de la France, notamment l'autre cinéaste tibétain Sonthar Gyal et la réalisatrice chinoise Wang Jing, qui a envoyée une petite vidéo pour parler de son film (et sa déception ne pas venir en France).

La Berlinale qui commence demain, avec son European Film Market qui attire des professionnels du monde entier, a commencé à prendre des mesures sanitaires et a mis à contribution différents instituts et hôpitaux. L'EFM a déjà enregistré plus de soixante annulations, principalement des professionnels chinois qui n'ont pas reçu l'autorisation de voyager et l'incapacité à obtenir un visa. La Chine présente cette année 3 longs et un court métrage, en plus d'une conversation avec Jia Zhangke, qui vient montrer son dernier documentaire dans le festival allemand.

Le festival de cinéma de Hong Kong a annoncé il y a quatre jours qu'il décalait ses dates aussi bien pour le festival que pour le marché du film. Normalement prévu fin mars, le festival, l'un des plus importants en Asie, aura lieu fin août. Toute l'industrie du cinéma semble à l'arrêt. Il est trop tôt pour savoir si le festival de Shanghai en juin aura bien lieu aux dates prévues. Mais la Chine, deuxième marché cinématographique du monde en recettes, a mis sous cloche le 7e art. Les sorties sont annulées semaines après semaines, y compris celles des blockbusters américains. Les équipes de James Bond ont tout annulé: la première à Pékin comme la sortie du film. Disney a fermé ses parcs de Hong Kong et Shanghai, et reporté la sortie chinoise de Mulan, pourtant calibré pour le marché national. Les studios hollywoodiens ont interrompu leurs voyages professionnels avec la Chine, Hong Kong et Macau.

Depuis le 24 janvier, les salles de cinéma chinoises sont fermées et le box office est dans le coma (aucune recette engrangée). Aucune date de réouverture n'est prévue. Durant les fructueuses fêtes du nouvel an chinois (20 à 30% des recettes annuelles), les exploitants ont perdu environ 200-250M$ de recettes.

Malgré tout, certains studios de tournage ont rouvert pour éviter de mettre trop de gens en chômage technique.  Le gouvernement chinois a promis des aides financières pour éviter des faillites dans le secteur. Reste que de nombreuses productions ont été reportées sans date de reprise. Et de nombreux cinémas indépendants pourraient fermer. Pour limiter la casse, un studio, Huanxi Media, a décidé de diffuser sa dernière production, Lost in Russia sur Internet, provoquant la fureur des exploitants. Les plateformes de type Netflix ont d'ailleurs été les premières à réagit en avançant des dates de diffusion de certains films: les Chinois restant chez eux, la demande est importante.

L'impact commence à se propager à Taiwan et en Corée du sud, qui voit son box office et les tournées promotionnelles ralentir voire abandonner. A Singapour, les films chinois ont été privés de sortie.

Le virus a infecté 70000 malades et tué au moins 1775 personnes, parmi lesquels le réalisateur Chang Kai, qui travaillait pour Hubei Film Studio.

Tribune : Vers un label “Animation” ?

Posté par redaction, le 22 janvier 2020

Voici une chronique en forme de tribune, diffusée samedi dernier lors de l’émission Longtemps je me suis couché de bonne heuresur les ondes de Radio libertaire. Ce texte fort et précis de Francis Gavelle rejoint nos préoccupations concernant les films d’animation exigeants, qu’ils soient destinés à un public adulte tel que Ville neuve de Félix Dufour-Laperriere, ou à un public plus familial comme c’est le cas de L’Extraordinaire voyage de Marona, et qui dans les deux cas semblent sacrifiés sur l’autel du marché dès lors qu’ils atteignent les salles (d’autres moins chanceux encore n’y ont eux jamais accès). Nous partageons donc, au sens le plus fort du terme, cet appel vibrant à une action claire et définie en faveur de l’animation d’art et d’essai.

Pour évoquer ce film magnifique qu’est L’extraordinaire voyage de Marona, ce récit touchant de la vie d’une petite chienne, au doux pelage noir et blanc, et de ses trois maîtres successifs, je ne reviendrai pas sur l’élégance graphique du design “personnages” de Brecht Evens, auteur-phare de la bande dessinée contemporaine ; je ne reviendrai pas non plus sur cette virtuosité visuelle inspirée, et bien loin des habituelles performances démonstratives d’un certain cinéma d’animation mainstream qui confond salle de cinéma et parc d’attractions ; de la même manière, je ne reviendrai pas sur le message humaniste sincère, dénué d’opportunisme, qui précise que “le bonheur est une petite chose, presque rien” et que, loin de constituer là une attitude de résignation, il finit par interroger le spectateur, petit ou grand, sur la tendance de sa propre espèce – l’espèce humaine – à vouloir toujours plus, dans une angoissante “course contre soi-même”, ainsi que le biologiste Konrad Lorenz nommait, en 1973, dans son essai Les huit péchés capitaux de notre civilisation, cette “incapacité manifeste des hommes modernes à rester seuls en face d’eux-mêmes, ne serait-ce qu’un moment” et à “(n’accorder) plus d’importance qu’à la réussite (…) qui permet de vaincre les autres dans une contrainte impitoyable du dépassement.” Non, je ne reviendrai pas sur tout cela, ni sur la délicate partition de Pablo Pico, dont le titre Les souvenirs, avec reprise du thème principal et citation des thèmes secondaires, peut se lire comme un résumé musical du film.

Non, mais je m’interrogerai… Je m’interrogerai sur l’échec que va subir, en salles, ce long métrage, artistiquement ambitieux, émotionnellement sensible, et bénéficiant d’une presse assez unanimement élogieuse. Est-il ainsi suffisant, à longueur de colonnes, de la presse généraliste à la presse spécialisée, de constamment s’esbaudir devant la réussite économique et créatrice de ce milieu de l’animation hexagonale, qui, en termes de volume de production (cinéma + séries TV) serait –paraît-il – passée de la 3e place mondiale à la 2e, derrière le Japon, mais devant, désormais, les Etats-Unis. En dehors des hourras cocardiers et des indicateurs statistiques de performances, chers aux financeurs publics et privés et aux forums de coproduction type “Cartoon Movie”, la belle affaire !

Ne serait-il pas davantage pertinent de s’interroger sur la difficulté, pour des œuvres plus singulières, à trouver leur place dans les salles, et, en premier lieu, auprès des exploitants – j’évoque plutôt là le secteur de l’art et essai – frileux (pas forcément sans raison, par rapport aux attentes qu’ils peuvent supposer de leur public) à les programmer sur leurs écrans : ainsi, L’extraordinaire voyage de Marona sera sorti le 8 janvier dernier sur uniquement trois salles parisiennes, dont le Studio des Ursulines (salle à la fois dédiée au cinéma d’animation et au cinéma “jeune public”), et ne connaît déjà plus à la date de cette chronique radiophonique qu’une programmation épisodique d’une séance par jour, ou d’une séance un jour sur deux, ou d’une séance un jour par semaine. Bien sûr, on peut noter que le film connaîtra sans doute une deuxième vie cinématographique, à travers les précieux dispositifs d’éducation à l’image que sont “école et cinéma”, “collège et cinéma” et “lycéens et apprentis au cinéma” ; mais, ceci posé, comment parvenir, auparavant, jusqu’aux spectateurs et s’imposer dans leurs choix de sortie ciné, quand on a déjà disparu des écrans, et qu’en amont on ne bénéficie, évidemment pas, de la force de frappe promotionnelle d’un blockbuster animé hollywoodien ?

Car, au-delà du film précité, du cinéma “jeune public” et des seuls longs métrages hexagonaux, comment  ne pas se désoler – et quel que soit son propre point de vue critique sur les films – des non-rencontres “œuvre/public” ayant frappé, l’année dernière, Ville Neuve, de Félix Dufour-Laperrière, ou Buñuel après l’âge d’or, de Salvador Simó. Même un film comme J’ai perdu mon corps, avec son exceptionnel parcours en festivals (Cannes, Annecy), son achat par Netflix et sa présence parmi les cinq derniers nommés pour l’Oscar du long métrage d’animation n’a guère réussi à dépasser, d’après le site JP’s Box-Office, la barre des 157.000 entrées – certes, nombre de films d’auteur en prise de vues réelles se satisferaient de ce chiffre, mais là n’est pas le questionnement.

Ces films sont-ils donc condamnés à devenir des “films de festivals”, vus par les seuls festivaliers, comme vont très possiblement le rester Away, du Letton Gints Zilbalodis, étrange ballade contemplative en forme de jeu vidéo, primé en 2019 à Annecy, ou Bombay Rose, de l’Indienne Gitanjali Rao, mélo aux allures kitsch autour d’une impossible histoire d’amour entre une hindoue et un musulman, présenté aussi bien à Venise qu’à Toronto l’année passée ? A ce jour, en effet, sans doute échaudé par l’accueil quasi inexistant réservé aux films d’animation d’auteur préalablement sortis, aucun distributeur ne semble s’être positionné sur ces deux œuvres – à noter, Bombay Rose, tourné en prise de vues réelles, aurait sans doute déjà trouvé preneur.

Alors, comment sortir de ce cercle vicieux et éviter que ne se reproduise ce même schéma pour, par exemple, les films à venir d’Alain Ughetto (Interdit aux chiens et aux Italiens), de Simone Massi (Trois enfances) ou de Florence Miailhe (La traversée) ? Faut-il suggérer aux institutions représentatives du milieu de l’animation (SPFA, AFCA) de porter auprès des instances régulatrices du cinéma (le CNC) le projet d’un label “Animation” qui, à l’identique des labels “Art et essai”, “Jeune public” ou “Patrimoine”, inciterait les salles à s’engager, moyennant soutien en contrepartie, sur une programmation à caractère durable et équitable de ce cinéma d’animation d’auteur qui peine à exister malgré les pépites qu’ils façonnent – hier aussi, Jasmine ou Le garçon et le monde – et a besoin de nouveaux leviers réglementaires, pour croire dans un futur qui ne l’assigne pas à la pire des niches cinéphiles qui soit : le “film de festival”.

Si cette modeste chronique peut être un premier minuscule caillou posé sur la voie de cet indispensable chantier de réflexion, elle n’aura alors pas été tristement vaine.

Francis Gavelle
Chronique radiophonique du 18 janvier 2020
(Longtemps, je me suis couché de bonne heure, Radio Libertaire, 89.4 Mhz)

Hommage : Anna Karina au Reflet-Médicis et sur Arte

Posté par vincy, le 17 décembre 2019

Anna Karina en 7 films. C'est le programme hommage qui aura lieu dès demain, le 18 décembre, au Reflet Médicis, 3/7, rue Champollion à Paris et organisé par le cinéma, Carlotta, Les écrans de Paris et Les Acacias distribution.

A l'occasion du décès de l'actrice, la télévision n'a pas daigné repassé l'un de ses films, hormis Arte qui a déprogrammé sa soirée de mercredi, le 18 décembre. La chaîne diffusera Pierrot le fou de Jean-Luc Godard (1965) avec Jean-Paul Belmondo, à 22h45, suivi du documentaire Anna Karina, souviens-toi, signé par son époux Dennis Berry (2017), avec en bonus un Blow up spécial Anna Karina sur arte.tv.

Au Reflet Médicis, on pourra voir son premier film de réalisatrice Vivre ensemble [Mercredi, vendredi, lundi à 15h40. Jeudi, samedi à 21h20, Mardi à 11h30] ; La religieuse de Jacques Rivette [Mercredi, vendredi, lundi à 17h30, Dimanche à 15h40] ; et 5 films de Godard: Alphaville de Jean-Luc Godard [Mardi à 19h30, Samedi à 11h40], Pierrot le fou, sous-titré en anglais [Mercredi, vendredi, lundi à 20h10, Jeudi, samedi, mardi à 15h40, Dimanche à 18h15], Une femme est une femme, sous-titré en anglais [Jeudi, samedi, à 19h30, Dimanche à 20h20, Lundi à 11h40], Le petit soldat, autrefois censuré [Jeudi, samedi, mardi à 17h40, Dimanche à à 22h10], et Made in USA [Mercredi, vendredi, lundi à 22h10]

Cannes investit dans un pôle cinéma et confirme un musée du festival

Posté par vincy, le 23 novembre 2019

Le Festival de Cannes n'est pas pour tout de suite. Mais, avant les élections municipales, le marie David Lisnard, a confirmé un plan de transformation ambitieux pour la ville, y compris pour le palais des Festivals, surnommé le Bunker.

Pour 500M€, le projet "Cannes on Air" va améliorer de nombreux sites, dont 62M€ pour le Palais, qui disposera d'une nouvelle salle sur le toit (500 sièges) convertible en espace d'accueil, et rénovera le Salon des Ambassadeurs, un peu désuet, où se tiennent de nombreuses réceptions.

L'ambition du maire est d'attirer des sociétés de production et de post-production en adéquation l'éventuelle création d'un studio (sur une friche industrielle de près de 6 hectares), avec un pôle créatif des arts visuels et numériques, une université dédiée au cinéma, à la TV, aux jeux vidéos et à la création web (1200 étudiants dès 2020, 16 diplômes). Ce campus s'installera dans le parc technologique Bastide Rouge, situé à l'ouest de la ville, près de l'aéroport Mandelieu, dans le quartier de La Bocca. Bastide Rouge, qui coûtera au total 80M€, et comprendra également la cité des entreprises baptisée CréaCannes et un espace de coworking.

Cannes s'engage du coup à la construction d'une double voie protégée reliant La Bocca au palais des Festivals (5 kilomètres) avec un tram-bus et des pistes cyclables.

Enfin, un nouveau multiplexe va voir le jour. Cineum Cannes disposera de 12 écrans et de 2426 fauteuils. Il ouvrira en juin prochain au cœur de cette technopole. Le bâtiment a été conçu par l'architecte Rudy Ricciotti (MuCEM à Marseille) et l'exploitation a été confiée à deux locaux, Les Arcades et L’Olympia, réunis au sein de la Compagnie cinématographique de Cannes (CCC).

Enfin, le maire a confirmé la création d'un Musée - tant attendu  (on en parle depuis 2006!) - autour de l'histoire du cinéma et du festival de Cannes est désormais au programme. L'ouverture est désormais prévu en 2025 et fera l'objet d'un appel aux plus grands architectes. Il devrait se situer près derrière le Suquet (Vieux Cannes), à proximité du Studio 13, à 20 minutes à pieds du Palais. Le coût est estimé à 200M€ et la fréquentation évaluée à 500000 visiteurs par an. Le musée sera dédié au patrimoine cinématographique, aux effets spéciaux et au futur du cinéma et au Festival de Cannes, avec un centre d'archives. Christine Aimé, ancienne responsable presse du festival, est sur le dossier, désormais responsable du service du patrimoine.

Autrement dit, Cannes veut devenir un pôle cinématographique comprenant toute la chaîne du cinéma: une "Silicon Valley de l’audiovisuel sur la Côte d’Azur avec Cannes pour épicentre" selon ses mots. Et tout le cinéma français semble derrière lui pour constituer cette filière économique et créative.