Le Cartoon Forum 2019 fait le plein de projets pour son 30e anniversaire

Posté par MpM, le 15 septembre 2019

Pour son 30e anniversaire, le Cartoon Forum, unique plateforme de coproduction dédiée aux séries d’animation européennes, accueille 1000 professionnels venus à Toulouse pour découvrir 85 projets en provenance de 24 pays, dont la France (24 pitchs, et 31 en comptant les coproductions), la Belgique (9) et l'Allemagne (7) mais aussi l'Ukraine, la Macédoine, l'Estonie ou encore la Hongrie. Outre les producteurs, investisseurs, distributeurs et acheteurs traditionnels seront présentes cette année plusieurs plateformes SvoD/VoD telles que Netflix, WarnerMedia, Playkids or Hopster TV.

Une part écrasante des projets s'adresse au jeune public : 50% aux 6-11 ans et 29% aux 2-6 ans. Moins de 10% s'adressent à un public d'adultes ou jeunes adultes. Dans la grande majorité, il s'agit également de séries de courtes durées (moins de 11 minutes pour plus de la moitié des séries et seulement 5 "unitaires" de 26 minutes). Côté budget, il y en a globalement pour tous les porte-monnaie, avec 15 projets à moins d'un million d'euros, 44 entre 1 et 5 millions, 31 entre 5 et 9 millions, et 1 projet à plus de 10 millions.

Parmi l'offre foisonnante de projets présentés durant les trois jours du forum, on a d'ores et déjà repéré plusieurs adaptations d'univers connus : une nouvelle série 3D basée sur l’univers du Marsupilami, avec le réalisateur Philippe Vidal (Garfield & Cie, Boule & Bill…) aux manettes ; 26 épisodes de 26 minutes inspirés de l'incroyablement attendu long métrage Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary de Rémi Chayé ; un projet de 50 minutes tiré des bandes-dessinées Hôtel étrange de Katherine & Florian Ferrier ou encore Lip, des Héros Ordinaires (d'après la bande dessinée de Laurent Galandon), première épisode d'une série intitulée "Luttes"

Depuis sa création, le Cartoon Forum a aidé 782 séries d’animation à obtenir des financements pour atteindre plus de 2,7 milliards d’euros. En parallèle, l’animation européenne est devenue leader sur son propre territoire, avec la France et son dynamisme exceptionnel, que cela soit sur le plan de la création comme de la formation, en incontournable figure de proue.
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Cartoon Forum 2019
Du 16 au 19 septembre

Deauville 2019: les destins inégaux des Grands prix du jury

Posté par vincy, le 14 septembre 2019

Deauville va remettre son 25e Grand prix à l'occasion de sa 45e édition. Les jurys successifs du festival du cinéma américain ont su parfois flairer des talents aujourd'hui bien installés à Hollywood - Jeff Nichols, Damien Chazelle, Chloé Zhao pour les plus récents -, couronner des films désormais cultes - Hedwig en tête de liste -, ou anticiper des gros succès publics - Dans la peau de John Malkovitch, Little Miss Sunshine, Whiplash... Surtout, pas mal de ces grands prix ont été nommés aux Oscars quelques mois plus tard. Si ce n'est pas vraiment le festival normand qui les a découverts (souvent les films passent d'abord par Sundance, Tribeca, SXSW ou même Cannes), il a contribué à la montée du buzz pour des œuvres aussi variées que Collision (Oscar du meilleur film), Maria, pleine de grâce, The Messenger, Les bêtes du sud sauvage, Whiplash etc...

Côté box office français, le résultat est plus inégal. Certains films qui ont reçu le Grand prix du jury n'ont même pas eu le droit d'une sortie en salles: c'est le cas de Case départ (What Alice Found) de A. Dean Bell (2003), The Messenger de Oren Moverman (2009), et de 99 Homes de Ramin Bahrani (2015). Cela interroge à la fois sur l'impact des festivals, aussi prestigieux soient-ils, sur la prudence des distributeurs dans un marché de plus en plus concentrés sur les importantes productions.

Pourtant à regarder les 21 films sortis en salles, il y a eu quelques destins heureux dans les salles, avec un film millionnaire, trois autres au dessus des 500000 entrées. Mais la plupart de ces films indépendant américains, qu'ils soient feel-good ou appréciés par l'élite critique ont séduit moins de 70000 spectateurs. Ce qui ne retire rien à leurs qualités. On peut aussi voir le verre à moitié plein: sans un grand prix dans un festival aussi médiatisé que Deauville, on doute que des film de Tom DiCillo, Thomas McCarthy, Jeff Nichols, Kelly Reichardt ou Ira Sachs aient attiré autant de français dans les salles. Si ce n'est pas le critère essentiel, cela reste un soutien non négligeable dans la promotion. Mieux, il y a quelques excellents films dans ce palmarès...

Car ce que l'on constate dans ce tableau - aux films très variés dans leurs styles comme dans leurs genres, avec ou sans stars - n'est pas lié à une grande époque ou un déclin éventuel. les années 2010 se portent d'ailleurs plutôt mieux que les années 1990.

Année Film Entrées
2006 Little Miss Sunshine 1129000
1999 Dans la peau de John Malkovich 717000
2014 Whiplash 640000
2005 Collision 554000
2012 Les Bêtes du sud sauvage 288000
2004 Maria, pleine de grâce 237000
1995 Ça tourne à Manhattan 235000
2008 The Visitor 230000
2011 Take Shelter 201000
2016 Brooklyn Village 117000
2017 The Rider 95000
2018 Thunder Road 77000
2010 Mother and Child 70000
2000 Girlfight 66000
2002 Long Way Home 65000
2013 Night Moves 56000
1996 En route vers Manhattan 53000
1997 Sunday 40000
1998 Et plus si affinités 40000
2001 Hedwig and the Angry Inch 37000
2007 The Dead Girl 15000

Mars change de stratégie

Posté par vincy, le 28 août 2019

Le nouveau patron du CNC va sans doute avoir un gros chantier à gérer: la distribution. Variety annonçait en début de semaine que Mars Films, en redressement judiciaire depuis près d'un mois, allait sans doute se recentrer dans la production. Le troisième distributeur hexagonal a finalement envoyé un communiqué pour expliquer sa stratégie. Cette réduction de "voilure" intervient après l'interruption de la distribution par MK2 puis Europacorp et la faillite d'Océan films.

La distribution n'est pas abandonnée mais Mars Films ne sortira plus vingt films par an. Stéphane Célérier et Valérie Garcia pointent la fragilité de la distribution en salles, notamment pour les films du milieu et les films indépendants, les coupes dans l'acquisition des films par les chaînes de télévision, la chute du marché de la vidéo, toujours pas compensé par les revenus de la VàD, et la concurrence des plateformes de streaming. "Mars Films a décidé d’accélérer son virage opérationnel pour se concentrer sur son activité de producteur de contenus cinéma et télévisuel tout en calibrant son outil de distribution autour d’une dizaine de films maximum" précisent les deux dirigeants. L'objectif est d'investir davantage dans les contenus avec l'argent misé dans la distribution. Mars films va désormais chercher des investisseurs. Il y a quatre ans, lorsque la société connaissait déjà des difficultés financières, Vivendi avait acquis 30% du capital.

Plus de productions pour tous les écrans

Quant au redressement judiciaire, il "permettra de restructurer son endettement, de recomposer son capital, de poursuivre son virage stratégique dans la production, tout en réorganisant la distribution autour d’un nombre de films en adéquation avec le marché".

Si Mars films distribuera moins de films, elle en produira plus pour le cinéma, la télévision et les plateformes de streaming. Elle a encore onze films à distribuer dans les prochains mois avant de choisir ceux que la société sortira sous sa bannière.

La compagnie réalise un chiffre d'affaires de 37M€ et a une dette de 79M€. Mais son catalogue de 200 films (dans tous les genres) et ses différents biens vaudraient 107M€ selon le tribunal.

Marvel Studios perd Spider-Man

Posté par vincy, le 21 août 2019

Dans un premier temps, Marvel a annoncé sa phase IV au dernier Comic-con en juillet, avec Black Widow, Les Eternels, un nouveau Docteur Strange et un Thor au féminin, etc.... Puis Disney a révélé il y a quelques jours que les super-héros de la Fox passaient sous l'autorité de Marvel Studios. Pourtant, là c'est le plus populaire de ses super-héros qui va échapper à la galaxie Disney/Marvel.

En effet, Sony, propriétaire de Spider-Man a rejeté l'accord proposé par Disney. Par conséquent, Spider-Man n'intègrera aucun des films à venir de Marvel, et devra se concentrer sur ses nouveaux super-héros.

Ce n'est pas si affolant pour Disney, qui, avec le producteur Kevin Feige, a rendu Marvel leader du box office après son acquisition en 2009. Spider-Man n'a intégré le Marvel Cinematic Universe que depuis 2016, quand Sony a choisi Tom Holland pour succéder à Tobey Maguire et Andrew Garfield. Et, dans la phase IV, on voyait mal comment le jeune homme allait éventuellement s'intégrer aux projets confirmés. Enfin, l'absence de Spider-Man ne sera pas plus importante que celles d'Iron Man ou de Captain America.

Pour Sony, l'enjeu était différent. Les 8 films de la saga depuis le premier Sam Raimi de 2002 ont rapporté près de 6,5 milliards de dollars dans le monde. Tous les films ont récolté plus de 190M$ aux USA. Le dernier Spider-Man est le seul film du studio avec Skyfall (James Bond) a avoir cumulé plus d'un milliard de dollars dans le monde. Quant au film d'animation Spider-Man: New Generation, il a récolté un Oscar face aux Pixar en février. Autant dire que Sony ne va pas lâcher ses droits cinématographiques de si tôt.

Mais depuis 2015, Sony et Marvel ont signé un accord historique pour permettre à Spider-Man d'intégrer l'univers Marvel: il apparaît sous les traits de Tom Holland dans le dernier Captain America, les deux derniers Avengers et les deux Spider-Man de Sony ont intégré l'histoire du MCU dans la chronologie des faits. Le tout contre 5% des recettes qui vont à Marvel Studios.

Une franchise étendue chez Sony

Disney a été sans doute trop gourmand. En demandant à Sony de participer davantage au financement des futurs films de Spider-Man et de recevoir la moitié des recettes, et en voulant se mêler beaucoup plus des histoires de super-héros, le studio a froissé son concurrent, qui entend garder le contrôle de sa pépite. Sony profite aussi de l'arrêt de la saga Avengers. Disney a donc décidé brutalement de rompre le contrat en cours, en guise de "représailles".

Les deux prochains films prévus contractuellement avec le réalisateur John Watts et l'acteur Tom Holland se feront donc à l'écart de Marvel. Et Sony a d'autres projets (notamment la suite de Venom et un film sur Morbius).

Officiellement, Sony est déçu de ce désaccord public. La question est de savoir si, sans Kevin Feige aux manettes, et sans l'expertise Marvel, Spider-Man va continuer d'être aussi rentable, alors que le reboot et sa suite avec Andrew Garfield ont été décevants au box office. Sony plaide que la véritable raison est l'emploi du temps surchargé du dirigeant de Marvel Studios, qui va devoir gérer la phase IV du MCU, l'intégration de la Fox et les séries TV pour Disney +.

Disney absorbe et transforme la Fox

Posté par vincy, le 20 août 2019

La Fox disparaît un peu plus. Il aura fallu à peine quelques mois pour que Disney opère son grand ménage. D'abord en fermant Fox 2000, puis en licenciant pas mal d'employés  (124 simplement pour la journée d'hier), et enfin en fusionnant différents départements de la Fox avec ceux similaires chez Disney.

La dévoration continue alors que les résultats de la Fox (170M$ de pertes) ont plombé le dernier bilan financier de Disney. L'Oncle Picsou vient de confirmer que les super-héros Marvel de 20th Century Fox (X-Men, Les Quatre Fantastiques) seront dorénavant sous la coupe du patron de Marvel Studios, Kevin Feige, qui aura tous les personnages et comics sous ses ordres. Certains iront directement sur la future plateforme Disney +.

Mais le plus dur est ailleurs. La plus grande partie des films en développement va être supprimée tandis que le calendrier des sorties va être revu. Ad Astra a déjà été décalé, et Ford v. Ferrari reste dans les starting-blocks, tout comme The Woman in the Window. The King's Man, Mort sur le Nil ou le West Side Story de Steven Spielberg sont de toute façon plus ou moins en boîte et calés pour 2020 (on imagine mal Disney se fâcher avec Steven Spielberg).

Disney + en priorité

Cependant, Bob Iger, patron de Disney, a clairement critiqué les performances de la Fox, dont le potentiel est, à ses yeux, sous-exploité. Aucun film n'est prévu après 2020. Ce sont bien les prochaines annonces qu'il faudra surveiller pour évaluer la stratégie de Disney pour la Fox, notamment les films d'animation et les reboots.

En revanche, le groupe veut exploiter au maximum quatre franchises familiales populaire pour sa plateforme Disney + : Une nuit au musée, Maman j'ai raté l'avion, Journal d'un dégonflé, Treize à la douzaine connaîtront de nouvelles vies. En clair, Disney veut industrialiser la Fox, en créant des marques. Tous les projets seront revus sous cet angle. De Avatar à La Planète des singes.

La bonne nouvelle est que Fox Searchlight survit à tout ça, pour l'instant.  Mais rien ne dit que sa liberté éditoriale persistera. Là encore, le distributeur n'a plus que quatre films en stock pour la fin de l'année. Bob Iger a assuré, à défaut de rassurer, que la filiale "art et essai" devra fournir des films à Disney +.

La loi des séries: CBS et Paramount fusionnent

Posté par vincy, le 19 août 2019

Après AT&T qui reprend Warner, Disney qui dévore la Fox, Comcast qui rachète NBCUniversal, c'est un quatrième géant des médias et des télécoms qui fusionnent. Size does matter. La taille semble de plus en plus déterminante pour survivre face aux mastodontes et aux nouveaux arrivants (Apple, Amazon, Netflix). Le groupe Viacom, propriétaire de Paramount, United International Pictures, MTV, Nickelodeon,  J-One et Game One, concentre ses activités avec CBC, leader télévisuel américain, producteur de nombreuses séries et propriétaire de Showtime. La fusion doit être conclue d'ici la fin de l'année, après l'obtention de plusieurs autorités (celle de la concurrence notamment).

Le nouvel ensemble, baptisé ViacomCBS, pèsera 28 milliards de dollars américains. Les deux entreprises s'étaient séparées en 2006, après 6 ans d'une fusion ratée entre Viacom, à l'origine une division de CBS, et CBS ar Sumner Redstone. ViacomCBS disposera ainsi de 140000 émissions télévisées et 3600 films. Avec 13 milliards de dollars d'investissement depuis un an, les deux sociétés réunies ont un poids à peu près équivalent à celui de Netflix. Cela fait plusieurs années que les deux groupes essaient de se réunir, mais le patron de CBS, Leslie Moonves, s'y opposait. Accusé d'abus sexuels en pleine ère #MeToo, il a été rapidement débarqué l'an dernier, ce qui a permis d'ouvrir la voie à des négociations.

Paramount est le plus petit studio hollywoodien, loin derrière Buena Vista (Disney), Warner, Universal et Sony, avec une part de marché oscillant entre 5 et 8% ces dernières années. Pas de quoi concurrencer les géants. Mais avec un catalogue qui comprend Titanic, Transformers, Star Trek, Indiana Jones et Mission:Impossible, le studio reste une belle pépite dans le secteur. Par ailleurs, VicaomCBS va devenir le premier réseau télévisuel américain avec 22% de l'audience captée, devant Comcast (NBC) et Disney (qui possède ABC). Dans l'immédiat, les dirigeants ont annoncé qu'ils effectueraient autour de 500 millions de dollars de synergie. Probablement, ils étudieront la création de leur propre plateforme de streaming. Et sans aucun doute, ViacomCBS développera des univers transmedias, sous forme de franchises, avec Le Parrain,  Garfield, South Park, Teenage Mutant Ninja Turtles, G.I. Joe, etc...

Mars films et Ocean films dans la tempête

Posté par vincy, le 16 août 2019

A une semaine d'écart, Le Film Français a annoncé que deux distributeurs indépendants hexagonaux étaient en difficulté, quelques mois après l'abandon de la distribution par Europacorp.

Mercredi, l'hebdomadaire révélait qu'Océan Films Distribution avait été placé en liquidation judiciaire le 31 juillet dernier par le Tribunal de commerce de Nanterre.

La société est en cessation de paiements depuis le 1er février 2018. Le distributeur n'a programmé aucun film pour les mois qui viennent et n'avaient sorti que Paradise beach de Xavier Durringer et Maguy Marin : l'urgence d'agir de David Mambouch au premier trimestre, avec des scores décevants au box office dans les deux cas. En avril, le président Philippe Aigle avait démissionné.

Selon Le Film Français, le seul film qu'Océan devait distribuer cette année, Tu ne tueras point (Bluebird) de Jérémie Guez, sera finalement en salles sous la bannière de The Jokers. L'an dernier, elle avait distribué, entre autres, L'homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam et The Happy Prince de Rupert Everett.

Au début des années 2000, Océan était un distributeur majeur avec des films comme In The Mood for Love, No Man's Land, Millenium Mambo, Samsara, Le retour, Good Bye Lenin!... Elle avait déjà été liquidée en 2013, avant de renaître avec l'apport capitalistique de Star Invest Films France en 2016.

Le 1er août, c'est Mars films qui a été placée en période d’observation par les tribunaux parisiens à la suite d’une cessation de paiement.

Le Film Français a annoncé le 6 août que le Tribunal de Commerce de Paris a ouvert une procédure de redressement judiciaire puisque la société productrice et distributrice était en cessation de paiement depuis le 8 juillet 2019. Selon les informations de l'hebdomadaire, la date d’expiration de la période d’observation est fixée au 1er février 2020.

Malgré quelques échecs récents (Persona non Grata, Roxane), Mars films est le 8e distributeur en entrées en France avec 4,97 millions d'entrées depuis janvier, notamment grâce au succès de Grâce à Dieu de François Ozon. Il est le 3e distributeur français cette année derrière UGC et Pathé. Il doit encore sortir cette année Fourmi de Julien Rappeneau, Un jour de pluie à New York de Woody Allen, J’irai où tu iras de Géraldine Nakache, Play d'Anthony Marciano et Les traducteurs de Régis Roinsard. Dans son catalogue, il a aussi en stock les prochains films d'Harmony Korine, Richard Linklater, Nicole Garcia, Viggo Mortensen et Emmanuel Carrère.

Quel futur pour DC Comics sur grand écran?

Posté par vincy, le 15 août 2019

On a beaucoup parler de Marvel avec l'annonce de la Phase IV du Marvel Cinematic Universe au Comic-con de San Diego. Mais qui s'est soucié de l'absence de DC Comics? Pour certains professionnels, le concurrent de Marvel ne sait plus trop bien où il en est. Après la trilogie flamboyante et sombre de Christopher Nolan autour du chevalier noir, les nouveaux films avec Batman et Superman n'ont jamais pu rivaliser avec ceux de Marvel, ni en qualité ni en dollars. Que ce soit Man of Steel, Justice League ou même le combo Batman v Superman, rien n'a égalé les éloges et le milliard de dollars de The Dark Knight et de The Dark Knight Rises.

C'est finalement avec un environnement plus pop et moins poli que DC Comics a semblé trouver la martingale. Suicide Squad puis Wonder Woman et surtout Aquaman (recordman mondial des recettes de DC Comics avec 1,15 milliard de dollars) ont prouvé que la marque avait du potentiel, avec plus de fun et moins de psychologie. Wonder Woman est même, avec les deux Dark Knight, le seul non Marvel du Top 10 historique nord-américain.

On sent que la construction d'un univers étendu des super-héros de DC a du mal à se mettre en place. L'ordre des films est moins maîtrisé que chez Disney/Marvel.  La Justice League qui aurait pu être un lien entre les différents films n'a pas su s'imposer comme Avengers. Shazam!, au succès relatif mais prometteur, est le deuxième film consécutif avec un nouveau super-héros, sans qu'il n'y ait de débouchés pour lui dans un avenir proche.

A cela s'ajoute un nombre de films qui chaque année, et une faible fidélisation des spectateurs.

DC Comics expérimentateur, précurseur

Pourtant la Warner a bien l'intention vouloir combattre Disney. Et n'a peut-être pas envie de calquer le modèle DC sur celui de Marvel. Après tout, les Dark Knight ont été encensés et ont rarement été égalés en qualité (hormis par les Spider-Man de Sam Raimi , chez Sony, et Black Panther, chez Disney), tout en étant dans un registre esthétique très différent des Marvel.

C'est aussi DC Comics qui a initié la mort tragique d'un super-héros (en l'occurrence Superman dans Batman v Superman), bien avant que Thanos n'élimine la moitié d'entre eux dans Avengers Endgame.

Et on doit également à Warner/DC le premier mélange hybride animation/super-héros avec les Légo, bien avant l'excellent Spider-Man de Sony.

Ensuite le carton de Wonder Woman a été précurseur pour Hollywood, arrivant avant ceux de Black Panther et de Captain Marvel: c'est bien la Warner qui a prouvé qu'une super-héroïne était bankable et que l'ère du super-héros masculin blanc était révolue. Le film a aussi révélé une actrice. Idem pour Aquaman, le studio a imposé un "nouveau" nom, avec succès.

Mais ces deux cartons ont aussi changé l'orientation de Warner/DC Comics. Terminé le noir: la franchise DC se met au bling-bling et aux couleurs. Bref le spectateur veut du pop-corn, on va donc lui en donner, peu importe si les scénarios sont plus simplistes voire incohérents.

Ça part un peu dans tous les sens côté récit, comme côté stratégie, en apparence. On se demande comment tout les projets du studio vont s'imbriquer. Surtout que DC Comics, contrairement à Marvel, ne parvient pas à conserver ses acteurs. Will Smith a déjà abandonné la Suicide Squad. Et on ne compte plus le nombre de Batman et de Superman, qui, à chaque fois, provoquent l'hystérie des fans pro ou contre.

Les versions alternatives et arty

Le studio promet de rationaliser tout ça. En voyant le programme, on s'interroge malgré tout. Prochaine sortie : The Joker de Todd Phillips, en compétition à Venise, avec Joaquin Phoenix. On revient à l'esprit de Nolan mais avec un spin-off déconnecté des autres films. Bref, un épisode "arty" pour les Oscars plus que pour les dollars. Ou une version alternative, à la manière du film d'animation Spider-Man sorti en décembre dernier.

Dans le même registre, Warner a dégainé The Batman, réalisé par Matt Reeves. Robert Pattinson a été choisi pour être le chevalier noir dans ce film qui doit se concentrer sur sa jeunesse. Une autre version alternative. Ou un reboot en attendant un Justice League 2 convaincant? Pour l'instant rien de tout ça. Juste un Batman de plus où on reverra sans doute ses parents tués en sortant du cinéma. Ce sera le 25 juin 2021.

Girl Power

Le 19 février prochain, c'est un autre spin-off autour de la badass girl Harley Quinn (Suicide Squad) qui va profiter de la notoriété de son actrice (Margot Robbie) qui déclenchera les hostilités avec Birds of Prey. Harley Quinn se battra aux côtés de Black Canary (Jurnee Smollett-Bell), Huntress (Mary Elizabeth Winstead), la détective Renée Montoya (Rosie Perez) pour sauver Batgirl (Ella Jay Basco, choix définitif?) des mains de Black Mask (Ewan McGregor) et le tueur Victor Zsasz (Chris Messina). Tout un programme au féminin.

Avant que Marvel ne démarre sa phase IV, le 1er mai, avec son longtemps attendu Black Widow. Mais le 5 juin, DC Comics pourrait emporter ce match féminin avec son autre super-héroïne, Wonder Woman 1984. On se demande juste comment Patty Jenkins va ressusciter Chris Pine. Et, en même temps, il ne s'agirait pas d'une suite (on va se perdre à force). Mais il n'est pas impossible que DC gagner la guerre du box office sur Marvel en 2020 grâce à Margot Robbie et Gal Gadot.

Aquaman 2 dans trois ans

En août l'année prochaine, on retrouvera un reboot de Suicide Squad (cinq ans après l'unique film de l'équipe) par James Gunn (transfuge Marvel), avec Margot Robbie, Joel Kinnaman, Jai Courtney, Viola Davis mais pas Will Smith. Idris Elba héritera d'un nouveau personnage, avec une fille incarnée par Storm Reid. Ce qui augure peut-être d'un revirement narratif pour construire (enfin) un univers DC au cinéma, surtout si le script prend en compte le personnage d'Harley Quinn. Pour l'instant le programme s'arrête à décembre 2022 avec la suite d'Aquaman, face à un Star Wars. Pari risqué. Aucun Justice League, pas de troisième Wonder Woman, nul Superman à l'horizon. On sait juste que le super-héros Black Adam, antithèse de Shazam!, est en préparation (il devait d'ailleurs apparaître dans Shazam). Dwayne Johnson a été enrôlé pour être le super-héros et Jaume Collet-Serra devrait réaliser ce film, sans date précise pour l'instant.

Mais Warner décline différemment son partenariat avec DC Comics. D'un côté des films pop-corns pour lui assurer des grosses recettes mondiales (et consolider son statut de 2e studio hollywoodien). De l'autre des films plus dramatiques, avec des acteurs de premier niveau, à la manière de "hors-série" classieux. Et enfin des spin-offs autour de super-héros plutôt bad-ass, moins sages que ceux de Marvel en tout cas.

Cependant, à l'instar de Disney/Marvel/Fox/Lucasfilms/Pixar avec Disney +, Warner Bros va aussi envisager ses super-héros pour sa future plateforme de streaming, HBO Max. Ainsi les Watchmen débarqueront sur HBO cet automne en série, avec Jeremy Irons, Regina King et Tim Blake Nelson. La nouvelle patronne du studio, Ann Sarnoff, a d'ailleurs reçu pour mission d'étendre le partenariat avec DC Comics et de développer tout azimut les franchises du studio, tous supports confondus.

Elle va devoir faire le ménage et trier dans les cartons du studio, qui a repoussé Justice League Dark, Flashpoint et Batgirl, pourtant annoncés il y a deux ans. Et Warner n'a jamais caché son intention de donner une suite à Aquaman, un spin-off sur Deadshot (Will Smith dans Suicide Squad), ou des films dédiés à la Fosse (Aquaman) et à Nightwing. Ava DuVernay travaillerait sur New Gods. Il y a un scénariste officiellement recruté pour Supergirl, sans date de pré-production. Gotham City Sirens est un peu dans les limbes. On ne sait pas ce qu'il advient de Blackhawk par Steven Spielberg. Enfin le projet Lobo a finalement été orienté en série TV.

Il faut s'attendre à des surprises: le studio a aniticipé six créneaux dans le calendrier entre 2020 et 2022, sans mentionner le titre du film.

Kyoto Animation: 35 morts, 34 blessés, un film et un serveur sauvés

Posté par redaction, le 29 juillet 2019

Le 18 juillet dernier, le studio Kyoto Animation a été victime d'un incendie criminel. Le bilan est de 35 personnes sont mortes (dont 21 femmes) et 34 blessées (dont une dizaine dans un état sérieux), parmi lesquels l'auteur de l'incendie. Un carnage humain qui a ému le monde de l'animation. Créé en 1981, le studio a notamment travaillé avec les studios Ghibli (Porco Rosso) et OLM (Pokémon). Depuis qu'il n'est plus un sous-traitant mais un studio à part entière, Kyoto Animation a sorti de nombreuses séries TV, dont La Mélancolie de Haruhi Suzumiya, Sound Euphonium ou encore Violet Evergarden. Il a aussi produit des films déclinés de ces séries et surtout le splendide anime Silent Voice et le récent Liz & l'oiseau bleu.

KyoAni était un studio singulier, fondé par un couple, embauchant majoritairement des femmes, et réputé pour ses bonnes conditions de travail, en plus de persévérer à employer des animateurs qui lui sont propres. Aujourd'hui il est en cendres. On ne sait pas ce qui a motivé le pyromane, Shinji Aoba, 41 ans, qui a déjà été emprisonné pour vol et qui souffre apparrement de désordres mentaux. Il semblerait que le studio lui aurait "plagié" un de ses romans, sans qu'il n'y ait aucune preuve. L'enquête vient de confirmer qu'il était obsédé par le studio, dont ils possédait quasiment tous les mangas et les dvd.

C'est le pire meurtre de masse au Japon depuis la seconde guerre mondiale. Un fonds d'aide japonais pour les victimes et un autre, initié par le distributeur américain Sentai Filmworks sur la collecte GoFundMe ont déjà récolté 7 millions d'euros. Le gouvernement, en réaction à l'émotion suscitée, a décidé d'apporter son aide pour la réouverture du studio et pour faciliter les donations reçues par KyoAni.  Techniquement, il y a au moins une bonne nouvelle: un des serveurs où une partie des créations et des données sont stockées, aurait survécu à l'incendie. Tout le reste a disparu en fumée.

Cette tragédie n'affectera pas la sortie du spin-off de Violet Evergarden, Violet Evergarden Side-Story: Eternity and the Auto Memories Doll, programmée au Japon pour septembre et qui doit être présenté au festival Animagic Convention à Mannheim en Allemagne samedi prochain. En revanche, on ignore toujours si Violet Evergarden the Movie pourra sortir au Japon en 2020 comme prévu. Netflix gère la diffusion internationale .

Malgré les polémiques, Dominique Boutonnat est nommé président du CNC

Posté par redaction, le 24 juillet 2019

Les inquiétudes des organisations professionnelles, les tribunes des cinéastes, les critiques publiques, la mobilisation des étudiants de la Fémis n'auront pas changé la donne : l'Elysée et le ministère de la Culture ont choisi Dominique Boutonnat pour la présidence du CNC, nommé ce matin en conseil des ministres. Le producteur, spécialiste du financement de la création audiovisuelle, remplace ainsi Frédérique Bredin, partie le 12 juillet. Elle avait sollicitée le renouvellement de son mandat. Mais après avoir refusé l'automne dernier la présidence du CSA, cette proche de François Hollande ne semblait plus avoir la confiance du gouvernement.

La nomination de Dominique Boutonnat va être perçue comme provocatrice après quelques semaines de lobbying actif de la part des professions cinématographiques, alors même que le parti gouvernemental voudrait changer le modèle de financement français. Le rapport, controversé, que M. Boutonnat avait livré en mai était une bombe à retardement pour les producteurs indépendants. Ce rapport privilégie en effet l'exploitation commerciale (entrées en salles et exportation comme critères de financement, ce qui se fait en Hongrie et en Russie) plutôt que le préfinancement à partir de critères qualitatifs. De plus, si le CNC doit rester un "régulateur", il préconise de développer la part du financement privé dans le cinéma, via des fonds d'investissement et le développement de la blockchain, face au déclin de Canal + et l'arrivée de plateformes de streaming transnationales.

Une réforme du financement du cinéma en vue?

Cette logique libérale, qui veut lutter contre la surproduction, tuerait une grande partie des films d'auteur, sans se soucier du problème d'inégalité de l'accès aux salles ou de la durée d'exploitation. Un très bon film peut échouer en salle, ça n'en fait pas un mauvais film. Imagine-t-on la même logique dans la musique ou l'édition? "Si Boutonnat était nommé à la tête du CNC, cela signifierait qu’il faudrait financer les films de Philippe Garrel et ceux de Franck Dubosc de la même façon, selon les mêmes critères économiques", avait écrit sur Twitter le producteur Saïd Ben Saïd (Elle, Benedetta).

En nommant Dominique Boutonnat, le ministère de la Culture peut s'attendre à une fronde et une résistante puissante de la profession. 14 associations ont demandé au président de la République des Etats généraux du cinéma français avant que ne soient prises des "décisions trop rapides" où seules comptent les "intentions de seule rentabilité dans un domaine où la diversité de la production est unique au monde".  Ces associations souhaitent que l'été ne soit pas "l’occasion de considérer la politique culturelle de la France comme une simple marchandise", et rappellent que la "cinématographie française [est] considérée aujourd’hui comme l’une des premières et des plus enviées du monde".

Frère de Laurent Boutonnat (clipiste et compositeur de Mylène Farmer), Dominique Boutonnat, après une carrière dans les assurances, s'est lancé dans la production cinéma avec L'arnacœur, Polisse, Intouchables, 2 Days in New York, Un plan parfait, Eyjafjallajökull, ... C'est la première fois qu'un professionnel du cinéma est choisi pour diriger le CNC. Pour éviter tous conflits d'intérêts, il doit démissionner de tous ses mandats actuels.