Cannes 2018: 10 choses à retenir d’un Festival pas comme les autres

Posté par vincy, le 21 mai 2018


Moins de monde et pourtant...

Aucune projection pour la presse n'affichait complet, pas même celle de Solo, A Star Wars Story. Aux projections officielles auxquelles nous avons assisté, y compris sur des films-événements, il restait pas mal de fauteuils vides. Des hôteliers se plaignaient du nombre de chambres pas occupées. Trois semaines avant le début du Festival, des dizaines d'appartement étaient encore disponibles. Hormis quelques soirs dans quelques restaurants, il était facile de trouver une table en soirée. Bref, on a eu l'impression qu'il y avait moins de monde, malgré deux jours fériés.

Et pourtant, le nombre d'accrédités a augmenté au marché comme au Festival. Beaucoup, cependant, restait moins longtemps (une partie notable des journalistes n'était plus là dès le deuxième mercredi). L'ajout de projections pour la presse a été une excellente idée, permettant à tous de voir tous les films. L'accès à Lumière, même en projection officielle, a été sous-exploitée, question d'habitudes pas encore prises. Il y avait moins de foule, mais il y avait aussi moins de temps perdu pour chacun.

Trop d'abus et pourtant...

Une des raisons à cette fréquentation perçue comme moins importante reste le coût d'un séjour cannois. De Gilles Jacob aux journaux professionnels américains, tous s'accordent à dire que la poule aux œufs d'or de l'hôtellerie est en train de se suicider: inflation des prix quand toutes les entreprises (des médias aux producteurs) contrôlent de plus en plus leurs budgets (quand elles ne licencient pas), réservation obligatoire sur la quinzaine dans certains hôtels, tarif de location exponentiel pour des petits appartements pas vraiment luxueux, un billet d'avion à 300€ minimum, un billet de train qui augmente chaque année... tous profitent de Cannes. Et à force, beaucoup se résignent à ne pas venir, ou quelques jours seulement, ou en faisant des sacrifices. Les supermarchés font ainsi le plein tandis que les restaurants font grise mine. Mais que dire quand un cocktail qui vaut 10-12€ dans une métropole européenne est facturé 16€ à Cannes? Ou trois déjeuners (avec un seul verre de vin et un café par personne) au Californie, en face du Palais, totalisent un montant astronomique de 190€ (sans que la nourriture et les portions soit exceptionnelles). Même à Paris, personne n'ose.

Et pourtant, on revient chaque année. Et tout le monde se débrouille pour faire Cannes. Pour l'instant. S'il est urgent que l'industrie touristique cannoise prenne conscience de ses excès néfastes pour eux-mêmes, on peut au moins se féliciter de voir que dans les soirées, l'alcool coule toujours à flot. Même si ça ne nourrit pas son festivalier.

Pas assez de stars et pourtant...

Oui le tapis rouge manquait peut-être de glamour, hormis le jury. Or, même si on est indifférent à ce défilé haute couture, le red carpet est un élément essentiel de Cannes (comparé aux autres festivals). Cela permet d'élargir le public d'intéressés. De faire de Cannes un événement "people" et populaire. Il est vital pour le Festival d'équilibrer la présence entre "stars" du moment, icônes du 7e art et vedettes du cinéma.

Et pourtant, on a au moins éviter les abus des années passées (télé réalité, sport, mode) où ce n'était plus le cinéma qui était sous les projecteurs. Et rappelons que les vraies stars restent quand même les films sélectionnés. Mais pour qu'un acteur russe ou qu'une jeune cinéaste française inconnus brillent il est vital que la montée des marches fasse l'événement, avec des personnalités que tout le monde reconnaît. L'impression de s'inviter à une grande réception demeure importante. Cette année, ce n'était pas les Oscars.

Trop de sécurité et pourtant...

Il était difficile de circuler sur la Croisette. Le préfet avait encerclé la Croisette de barrières du Majestic au casino. Autrement dit, impossible à cause des barrières, de traverser le boulevard sur 500 mètres. Une perte de temps considérable pour le festivalier. Mais surtout une grosse angoisse en cas de mouvement de foule: finir en compote écrasée sur ces barrières blanches.

Et pourtant il n'y a eu aucune alerte, aucune panique. Surtout, de l'accueil à la sécurité, le personnel était aimable, conciliant (les règles sur les objets tolérés en salles étaient claires) et l'entrée dans le Palais facilité et fluide. Une organisation en nette amélioration.

Pas assez d'éclats et pourtant...

Il n'y a pas eu d'emballements sur un ou deux films. Tout juste quelques coups de cœur, poussées d'adrénaline. Mais rien qui enthousiaste ou qui fasse débat. Chacun avec ses chouchous. On le sait depuis des années: les débats cinéphiliques se raréfient. Pire, on ne voyait plus les festivaliers lire les quotidiens print divers et variés dans Lumière avant la projection du matin.

Et pourtant, on parle toujours de cinéma le matin, le midi, le soir. On croise un ami, un confrère? On parle de films. On échange les impressions. On nuance le propos ou on accentue la qualité ou la médiocrité de l'œuvre. Il n'y avait pas de sensations cette année, mais il y avait ce sentiment que le cinéma était toujours important. Le reste du monde n'existe toujours pas dans la bulle cannoise.

Des fêtes moins fun et pourtant...

Cela fait longtemps que l'extravagance des fêtes cannoises a disparu. Ce qui distingue Cannes des autres festivals c'est justement la fête. Or celles-ci sont de plus en plus banales. Entre la Villa Schweppes qui a les allures d'une boîte de nuit élitiste, queue comprise, et les fêtes sur la plage, qui passent toutes la même musique, on a du mal à distinguer les soirées selon si elles sont celles d'un film, d'une sélection ou d'un distributeur. Les listes d'invités n'étant pas mises à jour : on y retrouve toujours les mêmes professionnels, se mélangeant peu entre français et étrangers.

Et pourtant, cette année, il était assez facile de rentrer un peu partout, l'alcool coulait à flots, et peu d'incidents ont été notés. Trop sages les festivaliers?

Pas de Netflix et pourtant...

L'absence de Netflix et dans une moindre mesure le désintérêt des plateformes de streaming pour les films cannois était palpable. On peut blâmer les exploitants français, qui pèse au conseil d'administration de Cannes. On peut regretter que le Festival ait une position rigide à l'encontre de ces nouveaux modes de diffusion. On peut souligner la contradiction du Festival de projeter un film de HBO, et d'avoir dans le passé diffusé des films produits pour le petit écran (Elephant, Ma vie avec Liberace, Le P'tit Quinquin, La chambre bleue...). Il est certain qu'en se coupant de ces nouveaux producteurs sous prétexte que leurs films ne sortent pas en salles, alors que les plus grands auteurs (Cuaron, Scoresese, etc...) n'ont pas d'autres choix pour financer leurs projets, le Festival passe à côté d'une mutation des usages. Pire, on sait que les films d'auteurs cannois, berlinois, vénitiens ont de moins en moins de publics en salles. Face à cette tendance, il devient vital de trouver ceux qui leur donneront une exposition nécessaire pour qu'ils puissent continuer d'exister.

Et pourtant, nombreux sont les films vus à Cannes qui trouveront, selon nous, leur public en salles. Cannes n'est plus un refuge pour des films pointus ou radicaux (il y en a même de moins en moins). De Capharnaüm (qui s'est arraché à prix d'or au marché) à En liberté, de Girl à BlacKkKlansman, de Climax à Cold War, le public sera au rendez-vous. Et nombreux sont les films qui seront aux César ou aux Oscars l'an prochain.

Un agenda perturbant et pourtant...

L'une des raisons du manque d'emballement et d'une impression d'un Festival atone est sans aucun doute le changement de calendrier des projections. Il y avait une distorsion de concurrence entre ceux qui avaient pu voir le film avant la projection presse (à Paris, Los Angeles ou tout simplement en projection officielle) et les autres. Cela a créé un effet secondaire plutôt attendu: l'absence de buzz sur les films. Ce fameux bruit qui parcourait la Croisette tout au long de la journée et qui donnait de l'élan à la montée des marches d'un film. Mais aussi cela donnait des billes aux vendeurs au marché du film pour faire de la surenchère sur les droits de distribution.

Et pourtant, qui en a vraiment souffert au quotidien, dans son travail? Après tout il était assez facile d'aller voir le film en projection officielle (si on connaissait la méthode) et hormis les films qui sortent simultanément (il y a là une vraie réflexion à faire), aucune critique n'est réellement attendue par le public. A l'époque où la vitesse dicte nos vies, prendre son temps pour écrire une critique n'est pas plus mal. Sauf à vouloir faire la course aux clics sur un film égyptien ou colombien. L'important est plutôt de partager un coup de cœur, qui ne s'étiole pas au bout de 24 heures.

Un gros renouvellement et pourtant...

C'était l'année où il y avait peu d'abonnés à la Croisette. Pas de Mike Leigh, aucun Nanni Moretti, nul Xavier Dolan, zéro Pedro Almodovar. Le grand chambardement permettait à de nombreux cinéastes de faire leur entrée en compétition ou même en sélection officielle. Le spectre était large entre cinéastes confirmés voire vétérans, mais rares à Cannes, et nouveaux talents surexposés mais parfois audacieux, passés par les sélections parallèles ou d'autres festivals. De multiples premiers ou deuxièmes films ont été soutenus et applaudis. On reconnaît aussi que les films les plus risqués étaient peut-être surestimés mais hormis un ou deux films, avaient leur place sur les marches de Lumière ou Debussy.

Et pourtant, en regardant le palmarès, le jury de Cate Blanchett a choisi des vétérans: Kore-eda, Lee, Pawlikowski, Godard, Panahi, ... Rohrawacher et Garrone sont des habitués des palmarès cannois. Nadine Labacki ne fait que confirmer sa côte avec son troisième film. Bref, c'est un palmarès étonnement senior qui a été délivré. Les Gonzales, Husson, Robert Mitchell, Hamaguchi n'ont pas su, pas pu lutter. D'autant, qu'à bien y regarder, le jury a fait un choix plutôt consensuel, préférant un Cold War grand public à la maestria d'un Serebrennikov, le récit mystico-allégorique d'un Heureux comme Lazzaro à l'histoire plus subtile et intense d'un Lee Chang-dong.

Des histoires d'amour et pourtant...

Du love partout. C'était l'une des grandes tendances des films cannois. L'amour hétéro, homo, parental, filial, fraternel. Toutes les composantes de l'amour étaient représentées. Trahisons, infidélités, passions, amitiés. Les cinéastes restent de grands romantiques.

Et pourtant côté sexe, cette année, Cannes était plutôt frigide. C'est finalement le cinéma gay et lesbien qui s'en sort le mieux, c'est-à-dire qu'il a été moins pudique que les autres. Quelques culs, quelques corps à poil, peu de pénis. Mais pour le reste on reste sur notre faim. Tout le monde a gardé son pantalon, on a caché les seins qu'on ne saurait voir. L'amour était verbal, gestuel, mais pas plus. Rien de torride. Il y avait bien quelques paires s'accouplant. Mais la plupart du temps, les histoires étaient platoniques, pour ne pas dire asexuées. Montrer l'amour sans montrer le désir, c'est un peu comme filmer la guerre sans filmer la mort. Et justement, la tendance c'était plutôt la petite mort. A la main, en solitaire. Triste époque.

14 projets hollywoodiens annoncés à Cannes

Posté par vincy, le 17 mai 2018

11 ans après Nil by Mouth, son premier film, en compétition à Cannes à l'époque, Gary Oldman, récemment oscarisé, revient derrière la caméra avec Flying Horse, d'après l'histoire vraie du photographe Eadweard Muybridge.

Gary Oldman sera aussi la star, avec Meryl Streep et Antonio Banderas, de The Laundromat. Steven Soderbergh se penchera sur les Panama Papers, à partir d'un essai de Scott Z. Burns.

Ezra Miller incarnera Salvador Dali jeune, aux cotés de Ben Kingsley, Lesley Manville, Tim Roth et Frank Dillane, dans Dali Land de Mary Haron.

Autre biopic, celui sur Leonard Bernstein, le compositeur de West Side Story. Bradley Cooper interprétera le musicien et réalisera le film. La société de Steven Spielberg est parmi les producteurs.

Andrea Riseborough et Christopher Abbott seront les prochaines têtes d'affiche de Possessor, le deuxième film de Brandon Cronenberg, révélé il y a six ans avec Antiviral.

La coscénariste de La Forme de l'eau Vanessa Taylor écrira Bad Blood, un film sur un scandale sanitaire, où Jennifer Lawrence partagera le générique Elizabeth Holmes. Adam McKay réalisera cette adaptation.

Ewan McGregor se lance dans le projet assez audacieux d'un remake de La vache et le prisonnier, le classique français. Réintitulé The Cow, le film sera réalisé par Marc Forster.

Autre adaptation, The Secret Garden, livre jeunesse culte de Frances Hodgson Burnett. Colin Firth et Julie Walters seront les stars de ce film réalisé par Marc Munden.

Chris Evans sera la star du thriller catastrophe Greenland, que réalisera Neill Blomkamp. Le tournage commencera au dernier trimestre.

Guy Ritchie a trouvé son partenaire financier, Miramax, pour son prochain film, Toff Guys, où il sera question de majiruana et de fric. Le studio a garantit 30M$.

C'est un peu plus que les 25M$ que Universal a payé pour assurer la distribution de 355, le thriller d'espionnage avec Jessica Chastain, Marion Cotillard, Penelope Cruz et Lupita Nyong'o.

Puisqu'on parle de Lupita: sachez que le réalisateur de Get Out, Jordan Peele, a révélé le titre son prochain film, Us. Il a enrôlé Lupita Nyong'o et négocie actuellement avec Elisabeth Moss et Winston Duke pour les deux autres rôles principaux.

Rodrigo Teixeira et Martin Scorsese produiront ensemble les deux premiers films de Danielle Lessovitz, Port Authority, et Antoneta Alamat Kusijanovic, Murina.

Finissons avec un documentaire sur la championne de tennis Martina Navratilova, à la fois icône LGBTQI et légende de son sport. Le film sera produit par Reese Witherspoon.

« L’homme qui tua Don Quichotte » peut sortir en France le 19 mai

Posté par vincy, le 10 mai 2018

Le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) a accordé un visa pour la diffusion en salles de L'homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam, malgré la décision juridique toujours en attente concernant le conflit qui oppose le réalisateur et les producteurs du film au producteur Paulo Branco.

"Après avis de la Commission de classification, un visa tout public a été attribué ce jour au film de Terry Gilliam L’homme qui tua Don Quichotte. Le visa d’exploitation est le document officiel qui permet la diffusion d’un film dans les salles de cinéma", a indiqué l'organisme.

"La décision du juge des référés d’hier a confirmé qu’il serait disproportionné d’empêcher la diffusion de l’œuvre" à cause de ce conflit juridique entre les parties, qui "sera tranché définitivement" le 15 juin par le Tribunal, a précisé le CNC, qui ajoute: "Le contentieux qui oppose par ailleurs M. Branco (Alfama Films) à M. Gilliam, porte sur les conditions dans lesquelles il a été mis fin à leur collaboration, et sur les droits dont M. Branco serait encore titulaire en application de la convention conclue entre eux".

Le Tribunal de grande instance de Paris avait donné hier son accord à la projection du film en clôture de la 71e édition du Festival de Cannes prévue le 19 mai. Océan films sortira le film dans toute la France le même jour.

Cannes 2018 : quand Annecy « goes to Cannes »

Posté par MpM, le 10 mai 2018

Pour la troisième année consécutive, le dispositif "Annecy goes to Cannes" permettra à cinq long métrages d'animation en work in progress d'être présents sur la Croisette. En partenariat avec le marché du film de Cannes, le Festival et le Marché international du film d’animation d’Annecy organisent en effet une session de pitchs le vendredi 11 mai entre 10h et 12h.

Il s'agit d'offrir à ces projets en cours l'opportunité de se faire connaitre par les nombreux professionnels (distributeurs, aux investisseurs et aux agents de vente ) réunis à Cannes. L'occasion pour eux de partager les premières images exclusives des films et de parler de leur avancement afin de susciter l'intérêt de nouveaux partenaires potentiels.

Les projets viennent du monde entier (Brésil, Chine, Mexique, Danemark...) avec un important pourcentage de productions ou coproductions françaises. On notera notamment la présence de Pachamama, le nouveau projet de Folivari qui met en scène deux petits indiens de la Cordillère des Andes à la recherche de l'idole protectrice de leur village, ainsi que celui des Films d'ici, Au coeur des ténèbres, qui se passe à Rio de Janeiro, dans un futur proche.

HEART OF DARKNESS - Brésil, France, Portugal
En préproduction

En présence de Rogério Nunes (réalisateur, producteur, Karmatique Imagens LTDA) et de Sébastien Onomo (producteur, Les Films d’Ici)

FLEE – Danemark, France, Suède
En préproduction

En présence de Jonas Poher Rasmussen (réalisateur) et de Monica Hellström (productrice, Final Cut for Real)

SPYCIES – Chine, France
En production

En présence de Benoit Luce (producteur, Lux Populi Production) et de Quinshu Zuo (distributrice, iQiyi Pictures)

KOATI – Mexique
En production

En présence de Rodrigo Perez-Castro (réalisateur) et d'Anabella Sosa-Dovarganes (productrice, Upstairs)

PACHAMAMA – France
En production

En présence de Didier Brunner et Damien Brunner (producteurs, Folivari)

Cannes 2018: la justice autorise la projection du film de Terry Gilliam

Posté par vincy, le 9 mai 2018

Le délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux vient d'annoncer lors de l'ouverture d'Un certain regard, avec Donbass de Sergei Loznitsa, que la justice autorisait la projection en clôture de L'homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam. Il a aussi affirmé que le réalisateur serait présent, malgré un accident de santé ce week-end à Londres, qui l'a obligé à être brièvement hospitalisé. "Pas encore mort. Je viens à Cannes" a envoyé comme message Terry Gilliam au Festival de Cannes.

Gros clash pour beaucoup de cash autour du film de Terry Gilliam

La nouvelle est heureuse pour le cinéaste et ses producteurs, surtout après la mauvaise nouvelle de ce matin: le distributeur américain Amazon Studios venait d'annoncer qu'il se retirait de ses droits de diffusion, après avoir pourtant financé une bonne partie de la production.

Une projection autorisée avec un avertissement préalable

Pourtant le jugement ne fait pas de gagnants ou de perdants. Après tout, c'est un référé qui ne juge pas l'affaire sur le fond. Le jugement indique clairement que le juge des référés ne "dispose pas des pouvoirs pour statuer sur la demande d'autorisation générale de distribution sur le territoire national le 19 mai." La cour déboute cependant Paulo Branco et sa société Alfama Films "de leur demande d'interdiction de projection du film (...) en séance de clôture" du Festival de Cannes.

Le juge contraint le Festival de diffuser à ses frais préalablement à la projection un message d'avertissement indiquant que la projection du film lors de cette séance "ne préjuge en rien des droits revendiqués par la société Alfama Films productions et Monsieur Paulo Branco sur ce film à l'encontre de Monsieur Terry Gilliam et des producteurs mentionnés au générique, qui font l'objet de procédures judiciaires en cours". Le jugement pour ces procédures est attendu pour le 15 juin. Enfin pour les dépens (dommages), Paulo Branco recevra 1500 euros des producteurs et du réalisateur.

La distribution du film ni interdite ni validée

Du côté d'Alfama on crie victoire. Pourtant la demande initiale qui a valu ce référé a été rejetée: le film sera bien montré à Cannes. Et ne préjuge en rien le jugement sur le fond du procès encore opposant Gilliam et ses producteurs à Alfama.

Paulo Branco estime "que cette décision lui donnait malgré tout raison sur le fond" puisque "le film peut être projeté mais le festival doit informer tout le monde que cela n'infirme en rien les décisions judiciaires précédentes d'octroyer les droits à Alfama". Criant victoire, il considère qu'il s'agit  "d'une autorisation exceptionnelle".

Pour son avocate, "Cette projection constitue un trouble manifestement illicite" même si le tribunal ne reconnaît pas ce trouble. "Ce trouble sera suffisamment réparé pour l'instant" par le carton d'avertissement projeté avant le film.

De son côté Océan films, le distributeur continue de penser qu'il est en droit de distribuer le film dans toute la France le 19 mai, après la décision rendue par la justice française aujourd'hui."Le distributeur est victime de ce conflit. Nous sommes satisfaits car nous ne sommes pas aujourd'hui sous le coup d'une interdiction de distribution", a estimé l'avocat de Star Invest Films France, Me Christophe Ayela, dans une déclaration à l'AFP.

Cependant, on attend que le CNC délivre un visa d'exploitation pour qu'il puisse sortir en salles.

Prochain round dans les jours qui suivent.

Netflix va-t-il tuer le Festival de Cannes ?

Posté par wyzman, le 6 mai 2018

Depuis avril 2017, le nom de Netflix est sur les lèvres de nombreux festivaliers et adeptes de la Croisette. Suite à la polémique sur la nature même des films qu'il produit et diffuse, Netflix a tout simplement été banni de la sélection officielle par les organisateurs du Festival de Cannes. Pas plus tard que le mois dernier, Thierry Frémaux rappelait néanmoins que le géant du streaming pourrait néanmoins proposer ses films hors-compétition. Mais rien y fait, Netflix ne sera pas de la partie cette année. Et il se pourrait bien que le premier à être pénalisé par cette absence ne soit pas l'abonné ou le festivalier mais bien ceux qui ont toujours soutenu les politiques et diverses règles du Festival !

Absence de stars

Les plus teigneux d'entre nous pourraient arguer que l'absence de Netflix va profiter aux autres films, leur permettre de gagner en visibilité médiatique. Mais ils auraient tort (enfin presque). La non-présence de films produits ou acquis par Netflix va très certainement permettre à d'autres sélectionnés d'avoir quelques jolis papiers dans la presse mais cela n'aide pas vraiment les organisateurs du Festival dont l'attitude ne cesse d'être critiquée par les médias américains. Cette semaine, le très sérieux Variety posait d'ailleurs la question "Avec Netflix out et les stars absentes, Cannes restera-t-il influent ?"

Cette dernière peut faire sourire mais elle s'avère extrêmement pertinente. L'année dernière, les deux films de Netflix présents en sélection officielle avaient permis d'amener Tilda Swinton, Jake Gyllenhaal, Ben Stiller, Dustin Hoffman et Emma Thompson sur le tapis rouge. Rien que ça ! Cette année, les deux films américains à briguer la Palme d'or (Blackkklansman et Under the Silver Lake) devraient rameuter Adam Driver, Laura Harrier, Topher Grace, Riley Keough et Zosia Mamet. A l'exception d'Adam Driver, tous les autres sont loin, très loin d'être de stars de classe A. Et si vous espérez voir Andrew Garfield en smoking pour Under the Silver Lake, il faudra repasser : l'acteur de 34 ans joue actuellement dans le remake d'Angels in America à Broadway.

La presse française ravie

Bien évidemment, l'absence de grandes stars américaines n'est pas directement responsable du manque d'engouement outre-Atlantique pour cet événement. Mais à y regarder de plus près, on constate rapidement que cette 71e édition sera avant tout marquée par des montées de marches où les acteurs français seront plus qu'à l'honneur. L'an dernier, 120 Battements par minute nous avait apporté Nahuel Pérez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel et Yves Heck, Le Redoutable Louis Garrel et Bérénice Bejo, Rodin Vincent Lindon et Izïa Higelin et L'Amant double Marine Vacth, Jérémie Renier et Jacqueline Bisset.

Cette année, les Gala, Voici et autres VSD devraient se délecter des apparitions de Vincent Lindon, Mélanie Rover pour En guerre de Vincent Brizé, Vanessa Paradis, Kate Moran et Nicolas Maury pour Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez, Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps et Denis Podalydès pour Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré et enfin Golshifteh Farahani et Emmanuelle Bercot pour Les Filles du soleil d'Eva Husson.

Car du côté des films étrangers non-américains, seul Everybody knows devrait retenir toute l'attention. Le film d'Asghar Fahradi a été choisi pour faire l'ouverture du festival, permettant ainsi à Penélope Cruz, Javier Bardem, Ricardo Darín et Eduard Fernandez de laisser à penser que le glamour de celui-ci est intact. Mais personne n'est dupe !

L'intérêt est ailleurs

Parce que l'affaire Netflix a marqué un tournant pour le plus grand festival de cinéma au monde, il n'est pas vraiment étonnant de voir que les films les plus attendus à l'heure actuelle sont ceux qui devraient repartir bredouille. Parmi les films hors-compétition, il semble impensable de manquer Solo : A Star Wars Story de Ron Howard et The House that Jack Built de Lars Von Trier et L'Homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam.

Côté séances de minuit, le téléfilm de HBO et Ramin Bahrani Fahrenheit 451 ainsi que le documentaire Whitney de Kevin MacDonald devraient faire sensation. Et autant ne pas commencer à évoquer la curiosité que suscitent les nouveaux films de Romain Gavras, Gaspar Noé, Philippe Faucon, Guillaume Nicloux à la Quinzaine des réalisateurs et de Alex Lutz et Paul Dano en à la Semaine de la critique.

L'aura de Netflix intacte

L'avenir du Festival de Cannes n'est sans doute pas en danger à cause de Netflix mais il devient de plus en plus évident que son halo s'en est allée et qu'il devient jour après jour une simple devanture pour ses partenaires. Le festival survivra très certainement sans films américains en compétition officielle mais la question est de savoir s'il peut rester compétitif et pertinent sans la hype qui entoure tous les projets de Netflix. Plus qu'attachés à la chronologie des médias et à un certain cinéma, les organisateurs pourraient bien être en train de passer à côté de l'essentiel : l'ouverture sur le monde.

Malgré le bad buzz provoqué par la présence de son entreprise en compétition l'an dernier, le fondateur et PDG de Netflix, Reed Hastings demeure confiant pour la suite. Actuellement au festival Séries Mania, il a ainsi précisé : "Concernant le festival de Cannes, nous avons créé une controverse plus importante que nous ne le souhaitions. Nous n’avons pas l’intention de perturber le système cinématographique. Tout ce que nous voulons, c’est rendre nos souscripteurs heureux grâce à nos créations." Tout cela avant de démentir les rumeurs d'achat d'une chaîne de cinémas par Netflix.

Avec déjà 125 millions d'abonnés en poche, Netflix pourrait bien finir par devenir "le grand producteur mondial" que son fondateur ambitionne d'être, qu'il s'agisse de ses séries ou de ses films. En refusant de voir concourir ses productions en sélection officielle, le Festival joue un jeu dangereux et prend le risque de passer pour l'oncle archaïque trop obsédé par sa chronologie des médias obsolète pour voir ce que la révolution numérique a de meilleur à offrir. Enfin, en l'absence d'accord, les deux partis pénalisent celui qui a toujours soutenu le Festival : le distributeur indépendant !

Gros clash pour beaucoup de cash autour du film de Terry Gilliam

Posté par vincy, le 3 mai 2018

Après le soutient virulent apporté par le Festival de Cannes à Terry Gilliam, dont le dernier film L'homme qui tua Don Quichotte doit faire la clôture de la manifestation, Paulo Branco a réagi rapidement, rappelant que "Trois décisions judiciaires ont confirmé les droits exclusifs de Paulo Branco et d’Alfama Films Production sur le film de Terry Gilliam, The man who killed Don Quixote. Ces décisions ont l’autorité de la chose jugée et empêchent toute projection ou exploitation du film sans l’accord de son producteur."

Le producteur, qui avait déjà reproché le passage en force du Festival, explique que "L’exploitation du film est impossible en l’absence de visa d’exploitation que le CNC, pour sa part respectueux du droit, ne peut délivrer. Le Festival de Cannes a décidé de passer outre ces décisions de justice qui avaient été portées à sa connaissance et c’est la raison pour laquelle c’est lui qui a été assigné en justice", ajoutant qu'il est "indécent" de comparer la situation de Terry Gilliam, "qui se refuse à respecter les décisions judiciaires dans un Etat de droit, à celle de réalisateurs victimes de la répression et de la censure dans leurs pays." Il ajoute: "Le Festival de Cannes n’est pas au-dessus de la loi et la virulence et l’agressivité de son ton n’y changeront rien", et dément avoir utilisé "des méthodes d’intimidation en saisissant la justice pour faire respecter ses droits."

Branco, qui risque de finir persona non grata à Cannes, se donne ainsi le beau rôle dans cette histoire: "pendant seize ans de 2000 à 2016, Terry Gilliam n’a trouvé aucun producteur acceptant de reprendre son projet." "Si ce film existe aujourd’hui, c’est grâce au travail et aux investissements réalisés par Alfama Films Production et Paulo Branco, quand personne ne croyait plus à ce film".

Aparté: On attendra sereinement le référé du 7 mai, demandé par le producteur, qui veut interdire la projection cannoise ET la sortie française du film. Et surtout la décision du tribunal attendue le 15 juin: Durant la préproduction du film, de nombreux désaccords, liés au budget, au casting, au calendrier de tournage ont opposés Paulo Branco à Terry Gilliam, qui a finalement renoncé au tournage avant de se tourner vers la société espagnole de production Tornasol, qui faisait partie de la structure de coproduction constituée par Alfama Films. Il a relancé la production une fois qu'Amazon, après s'être désisté de la coproduction d'origine, s'est investie aux côtés de Tornasol. Entre-temps, le réalisateur a ouvert une procédure auprès de la justice française pour faire résilier le contrat de cession de ses droits au profit de Paulo Branco. Mais il y a un an la justice française s'est prononcée en première instance en faveur de Paulo Branco, tout en rejetant la demande du producteur portugais de stopper le tournage alors en cours pour contrefaçon. Saisie par le réalisateur, la cour d'appel de Paris a examiné à son tour l'affaire début avril et rendra sa décision le 15 juin. Deux autres procédures sont en cours. En Angleterre, la Haute Cour de Londres a donné raison à Alfama Films aux dépens de RPC, pour les droits sur le scénario. En Espagne, la procédure qui oppose Alfama Films à Tornasol pour les droits du film est en cours.

Les producteurs du film et Océan films, distributeur français, ont à leur tour décidé de se défendre médiatiquement par communiqué.

"Afin d’éclairer le public qui suivrait cette affaire et tous les amoureux du cinéma de Terry Gilliam, nous voudrions porter une information aussi objective que possible sur le dernier volet rocambolesque de cette incroyable histoire de cinéma et expliquer pourquoi M. Branco n’est pas et ne sera jamais ce qu’il prétend être, à savoir le producteur de ce film. Parce qu’il ne détient pas les droits d’auteur sur le scénario du film : s’il a bénéficié d’une option pour acquérir ces droits auprès de leur titulaire, la société anglaise RPC, il ne l’a jamais levée car il était dans l’incapacité d’en payer le prix de 250000€.
Parce qu’il n’a jamais payé le prix des droits d’auteur-réalisateur du film, il n’a pas même versé 1€ à Terry Gilliam à ce titre.
Et parce qu’il n’a pas produit le film sélectionné par le Festival de Cannes
". Dont acte?

Le communiqué révèle quelques pièces (croustillantes) du dossier. Paulo Branco se serait livré à un véritable chantage, menaçant Terry Gilliam, à qui il écrit: "Soit tu fais ce film à ma façon, soit tu compromets irrémédiablement la faisabilité du projet et ton film est condamné, il ne verra jamais le jour". Sous le choc, Terry Gilliam refuse de céder. M. Branco lui répond: "Notre collaboration est impossible. Bonne chance avec un autre producteur".

"Terry Gilliam décide donc de résilier son contrat. (...) A cet instant précis, la préparation du film n’a pas commencé et M. Branco n’a pas versé un centime à Terry Gilliam. Et c’est toujours le cas aujourd’hui. En danger d’être à jamais enseveli, le film est alors sauvé par quatre producteurs : la britannique Amy Gilliam, l’espagnole Mariela Besuievsky, avec le soutien du belge "Entre Chien et Loup" et du français Kinology. Elles et ils sont les producteurs du film : ils ont réuni 16M€ de financement et convaincu les distributeurs. Ils sont les propriétaires du film dont la chaîne des droits est enregistrée dans quatre pays. Il leur faut neuf mois pour préparer et démarrer le tournage, le temps de rebâtir sur les décombres laissés par M.Branco qui, en moins de cinq mois de "collaboration", aura été incapable de redonner vie au projet tel qu’il était conçu par son auteur, et aura démontré sa volonté destructrice et autoritaire, dont la séquence que nous vivons en ce moment est une nouvelle illustration" détaillent-ils.

En fait les producteurs décident de ne pas reconnaitre Alfama comme détenteur de droits exclusifs et donc "l'autorité de trois procès gagnés" par Paulo Branco. Ils nuancent: "Le refrain "3 procès gagnés" repose sur l’interprétation spécieuse par M. Branco d’une décision rendue par un juge français et de deux décisions anglaises. " Pour eux c'est un problème d'interprétation: "Le juge du fond a écarté la prétention d’ALFAMA de détenir des droits d’auteur-réalisateur. La "victoire" que M. Branco s’attribue, c’est que le juge a également estimé que M. Gilliam n’aurait pas dû résilier ainsi son contrat. Pour autant, le juge a considéré que cela était sans incidence sur le processus de production du film en cours par les véritables producteurs." Côté anglais, selon eux, "les juges prorogent l’option sur le scénario dont bénéficiait M. Branco. Or, cette option ne peut plus être levée, puisque les droits ont été cédés légalement aux nouveaux producteurs. Et bien cédés, ajoutent les juges anglais qui considèrent que cette cession est valide et opposable à M.Branco, qui ne pourra donc jamais être cessionnaire des droits du scénario."

"Les déclarations de son fils sur les réseaux sociaux y ajoutent une dose de grotesque, qui pourrait faire sourire si cela ne cherchait à mettre à nouveau en péril un film qui s’apprête à voir le jour". De fait, ça se déchaine sur les réseaux entre les déclarations du fils et avocat Juan Branco et les autres. On apprend d'ailleurs au fil des commentaires le nombre d'ardoises incalculables du producteur dans la profession, ses méthodes de paiement un peu folkloriques et la raison pour laquelle de nombreux professionnels ne veulent plus travailler avec lui, attachés de presse inclus.

"Quel en est l’enjeu ? De savoir si oui ou non, en résiliant son contrat, Terry Gilliam a eu raison de chercher à sauver son film, ou s’il aurait dû l’abandonner aux mains d’un producteur dont il savait qu’il était prêt à le sacrifier. Paulo Branco, rappelons-le, n’a pas payé, rien investi, ni n’a respecté ses engagement envers le réalisateur. Il n’a pas acquis et ne pourra jamais acquérir les droits du scénario n’ayant jamais levé l’option, ce qui l’empêchera à jamais revendiquer la qualité de producteur d’un film dont il s’est écarté de lui-même (voir courrier plus haut), neuf mois avant le début de tournage.
M. Branco soutient que la projection du film à Cannes porterait atteinte à ses droits. Mais à quels droits ? En quoi consisterait son préjudice si le film était projeté à Cannes ? Selon lui, il ne serait alors pas consacré comme celui qui a permis au projet d’être remis sur les rails. Voilà ce qui justifie sa demande d’enterrer The Man Who Killed Don Quixote et qui justifie selon lui une mesure de censure, qui ne lui apporterait rien à lui, mais détruirait la distribution de l’œuvre de Terry Gilliam et la réputation de son auteur avec elle. Pourquoi en est-on arrivé là ? Parce que, le 15 Mars 2018, les producteurs ont refusé l’ultimatum non négociable de M.Branco transmis en présence de tiers : cet ultimatum, c’est 3,5M€ pour lui, qui se répartiraient en 2M€ cash immédiatement et 1,5M€ sur les recettes à venir.
"

Voilà. Une banale histoire de cash qui se transforme en big clash. Peu importe finalement ces débats juridico-financiers. Si M. Branco était un passionné de cinéma, il n'interdirait pas la projection cannoise du film de Terry Gilliam. Rien n'empêche non plus la distribution du film: s'il gagnait, il recevrait sa part des recettes et ses dommages & intérêts. Non vraiment, Paulo Branco en fait une histoire d'orgueil. On ne préjugera rien. Mais pour le coup, les sentiments n'ont plus de raison.

Cannes 2018: le Festival soutient Terry Gilliam face aux menaces de Paulo Branco

Posté par vincy, le 30 avril 2018

Dans un premier temps, la semaine dernière, Paulo Branco, via sa société Alfama Films Production, avait "obtenu l'autorisation d'assigner en référé le Festival de Cannes", après la sélection de L'homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam. Le producteur veut demander au président du tribunal de grande instance de Paris de prononcer l’interdiction de la projection du film "en violation de ses droits, droits réaffirmés par trois décisions judiciaires". L’audience se tiendra le 7 mai, la veille de l'ouverture du Festival.

Le film de Terry Gilliam, distribué par Océan Films, doit sortir en France le 19 mai, soit le même jour que sa projection cannoise.

Rappelons quand même que le producteur Paulo Branco (Alfama Films) a déjà engagé plusieurs procédures en Europe contre les producteurs du film de Terry Gilliam (Tornasol, Kinology, Entre Chien et Loup et Ukbarfilmes) ainsi que distributeur français (Océan Films Distribution Int.), estimant qu’il détient toujours les droits du film. Un des jugements doit être rendu le 15 juin par la cour d’appel de Paris.

Branco braque Cannes

Bon. Avec un peu d'humour noir, on se dit que ce n'est qu'un obstacle de plus pour cette production démarrée il y a vingt ans....

Et puis, le Festival de Cannes, à travers un communiqué signé de son Président Pierre Lescure et de son Délégué général Thierry Frémaux, ont décidé de réagir: "M. Branco ayant jusque-là beaucoup occupé le terrain médiatique et juridique, il nous semble important de faire valoir les raisons qui nous ont conduits à sélectionner le film et à encourir l’attaque d’un producteur dont l’avocat, M. Juan Branco, aime rappeler que son image et sa crédibilité se sont essentiellement bâties sur ses innombrables présences à Cannes, et par sa proximité avec de grands auteurs consacrés par le Festival. "Ce qui est vrai, et ajoute à notre perplexité."

Car oui, Paulo Branco a profité largement du Festival : La Forêt de Quinconces de Grégoire Leprince-Ringuet, La Chambre bleue de Mathieu Amalric, Cosmopolis de David Cronenberg, Les Chansons d'amour de Christophe Honoré, pour ne citer que quelques uns des films récents qu'il a produit ont été en sélection officielle.

Soutien officiel aux artistes

Le Festival de Cannes "respectera la décision de justice à intervenir, quelle qu’elle soit, mais nous tenons à redire qu’il se tient du côté des cinéastes et en l’espèce du côté de Terry Gilliam dont on sait l’importance qu’a pour lui un projet qui a connu tant de vicissitudes. Provoquées une dernière fois par les agissements d’un producteur dont l’épisode fait définitivement tomber le masque et qui nous promet désormais, par la voix de son avocat, une « déshonorante défaite »".

Avec justesse, le Festival rappelle alors que "La défaite serait de céder à la menace". "Au moment où deux cinéastes invités en Sélection officielle sont assignés à résidence dans leurs propres pays (Jafar Panahi et Kirill Serebrennikov, ndlr), au moment où le film de Wanuri Kahiu, Rafiki, qui figure en Sélection officielle, vient de subir les foudres de la censure du Kenya, son pays de production, il est plus que jamais important de rappeler que les artistes ont besoin qu’on les soutienne, pas qu’on les attaque. Cela a toujours été la tradition du Festival de Cannes, et cela le restera" affirme le communiqué.

Risques connus

Cannes avait conscience du litige entre Gilliam et Branco. Le film a été présenté au comité de sélection par le réalisateur, le vendeur du film et le distributeur, durant l'hiver. "Les contentieux tels que celui qui oppose M. Branco à Terry Gilliam ne sont pas rares, le Festival en est régulièrement informé, mais il ne lui appartient pas de prendre position sur un sujet de cet ordre. Ainsi, après vision, et alors qu’une sortie simultanée du film semblait possible, nous avons décidé de faire figurer cette œuvre en Sélection officielle" précisent Lescure et Frémaux.

Les deux patrons du Festival indiquent que "Le Festival de Cannes a pour mission de choisir les œuvres sur des critères purement artistiques et une sélection doit se faire avant tout en accord avec le réalisateur d’un film. C’est le cas. Nous étions prévenus des recours possibles et des risques encourus, dans une situation déjà rencontrée dans le passé mais en l’occurrence, lorsque notre décision a été prise, rien ne s’opposait à la projection du film au Festival."

Si le Festival de Cannes attendra la décision du Tribunal avec "sérénité", la manifestation confirme que la projection en clôture reste soumise à la décision du juge des référés le 7 mai. Mais, le Festival se défend d'avoir "agi à la légère" ou "opéré le moindre « passage en force », comme M. Juan Branco le dit à la presse".

Diffamation(s)

Car à la fin du communiqué, Cannes touche le talon d'Achille du producteur. "Le « passage en force », chacun sait dans notre métier que cela a toujours été la méthode favorite de M. Branco dont il faut rappeler qu’il organisa il y a quelques années une conférence de presse pour dénoncer le Festival de Cannes qui n’aurait pas tenu une « promesse de sélection » sur un de ses films. Accusation qui fit long feu, le Festival ne faisant pas des promesses de sélection : il sélectionne ou non. Aujourd’hui, M. Branco laisse son avocat procéder à des intimidations ainsi qu’à des affirmations diffamatoires aussi dérisoires que grotesques, dont l’une vise l’ancien Président d’une manifestation dont il s’est servi toute sa carrière pour établir sa propre réputation."

Dans son livre Voir Cannes et survivre, Les dessous du festival (2017), Carlos Gomez écrivait dans son livre: "Matthieu Amalric qui riait en me racontant que son producteur Paulo Branco était allé au casino pour tenter de regagner l'argent qu'il avait réuni pour un film de Wim Wenders, perdu la veille sur la même table de jeu." Si Paulo Branco risque de ne pas être le bienvenu à Cannes, il pourra toujours se consoler au casino.

Le parc d’attraction Ghibli prévu pour 2022

Posté par vincy, le 26 avril 2018

Il faudra attendre encore quatre ans. Mais le Studio Ghibli prépare son parc d'attraction dans la région de Nagoya, entre Tokyo et Osaka, sur la fameuse ligne à grande vitesse du Shinkansen qui relie les principales villes de l'archipel japonais. Le projet, annoncé il y a plus d'un an, s'étendra sur 220 hectares à Nagakute, sur l'ancien site de l'Exposition universelle de Nagoya (2005). Lors de l'expo, la maison de Satsuki et Mei, issue du film Mon voisin Totoro, avait été reproduite.

Initialement, le parc était espéré pour 2020. Ce sera pour 2022. Les visiteurs entreront par une reconstitution de la structure du Château ambulant. Le village de Princesse Mononoke, la vallée des sorcières, qui accueillera des attractions autour du Château ambulant et de Kiki, la petite sorcière, la forêt Dondoko, autour de Totoro, ont déjà été dévoilés.

Au final, le parc sera divisé en cinq grandes zones recréant les paysages et les décors imaginaires des films du studios mais aussi un espace dédié pour les enfants et un grand entrepôt (qui comprendra boutiques, cinéma, salle de spectacle...)

Le Studio d'Hayao Miyazaki et d'Isao Takahata, décédé début avril, possède déjà un musée à Mitaka, dans la banlieue de Tokyo.

Fermeture du cinéma La clef à Paris: amenez votre bouteille pour noyer le chagrin!

Posté par vincy, le 15 avril 2018

Rien n'y a fait. Le cinéma associatif La Clef projettera ses derniers films aujourd'hui, dimanche 15 avril. Ironiquement, le dernier film projeté s'intitule Avant que nous disparaissions, à 20h30. Toute la journée se succèderont Fortunata, Kedi, des chats et des hommes, Blancanieves, L'ordre des choses, Nostalgie de la lumière, Moi, Tonya et Ceci est mon corps, film ayant attiré le plus de spectateurs dans l'histoire du cinéma (devant Demain).

Depuis plusieurs mois, le cinéma se bat contre le comité d'entreprise de la Caisse d’Epargne d’Ile-de-France, propriétaire des murs. Un comité de défense s'était créé (Laisseznouslaclef). La maire du Ve arrondissement Florence Berthout a tenté une négociation, sans résultats. L'adjoint à la culture, et premier adjoint d'Anne Hidalgo, Bruno Julliard, a interpellé (tardivement) la ministre de la Culture Françoise Nyssen. Si la ville de paris n'a pas fait plus, le ministère, de son côté, n'a carrément pas répondu. L'équipe a essayé de racheter les murs, en vente, depuis un an.

Mais le 15 avril, le CE de la CEIDF a exigé que la place soit libre. La culture a finalement peu d'intérêt pour le Comité d'entreprise et la banque. Tout le monde s'est finalement "heurté à un mur de silence" comme l'explique La Clef. C'est d'autant plus surprenant que le Comité d'entreprise est dirigé par des syndicalistes étiquetés à gauche (SUD, CGT).

La culture ne vaut rien contre la valeur des murs parisiens

"Dans son ultime communication le propriétaire, le Comité d’Entreprise de la Caisse d’Epargne d’Ile de France (CECEIDF) finit par justifier son refus de nous vendre les murs de La Clef d’un définitif « le CECEIDF est libre de vendre, ou pas, son bien à qui il veut et comme il veut »" explique La Clef. "Bien sûr, juridiquement c’est inattaquable. Mais quand on est propriétaire d’un lieu culturel qui accueille du public, et que ce public s’est approprié ce lieu et sa programmation si spécifique pendant des années, moralement n’y a-t-il pas un devoir de tout mettre en oeuvre pour le pérenniser ?" interroge l'exploitant.

Cependant, les salariés permanents du Cinéma La Clef se sont constitués en collectif, indépendamment de la direction de l'association afin de pouvoir engager "un dialogue constructif avec les élus du CECEIDF, d’aujourd’hui ou de demain" et "d’évaluer la possibilité de faire converger nos valeurs et nos intérêts : la sauvegarde du Centre Culturel La Clef." Ils proposent "un projet de reprise en adéquation avec l’histoire du lieu". Le collectif a lancé une campagne de financement participatif sur WeJustice avec un objectif de 10 000 € à capter en 30 jours.

Rien ne dit que cela suffira. Car, plus prosaïquement, on voit bien que le Comité d'entreprise veut réaliser une belle opération financière, plutôt que de soutenir un cinéma qui a organisé près de 25000 séances en diffusant 2500 films de 130 pays différent, 1200 débats, et 150 festivals en sept ans et demi. Soit 370000 spectateurs et aucun pop-corn vendu aucune publicité

On ignore ce qu'adviendra de ce bâtiment. Mais Isabelle Buron, présidente de l’association du Cinéma La Clef et Raphaël Vion, directeur et co-programmateur veulent un enterrement joyeux: "Pour nous aider à passer ce cap douloureux, nous vous proposons, pour celles et ceux qui ne seraient pas encore sur les pistes ou sous les cocotiers, de venir avec nous noyer notre tristesse dans la boisson (alcoolisée ou non), à partir de 19h. Merci d’apporter une bouteille, on s’occupe du reste. Et merci à toutes et tous, à celles et ceux qui pourront venir / à celles et ceux qui seront avec nous par la pensée."