Disney avale la Fox: c’est la souris qui mange le renard

Posté par vincy, le 14 décembre 2017

C'est le dernier monstre hollywoodien. La souris de Disney, 18,5% des recettes nord-américaines en salles, pourraient gober la 20th Century Fox, 12% des recettes cette année. 30% de part de marché (soit 3,2 milliards de $ avant la sortie du nouveau Star Wars, depuis janvier), c'est largement plus que les 20% de la Warner, les 15% de Universal ou les 9% de la Sony. On insiste sur le conditionnel du verbe pouvoir. Car si Disney a bien racheté les actifs du groupe 21st Century Fox appartenant à la famille Murdoch (52,4 milliards de dollars en action, auxquels s'ajoutent 13,7 milliards de dollars de dettes), les autorités de la concurrence n'ont pas encore dit leur mot sur ce méga-deal. Rien de suppose que le gouvernement Trump fasse à un tel cadeau à l'empire Walt Disney : il a déjà bloqué une méga-acquisition plus tôt dans l'année (celle du groupe Time Warner, et donc CNN, par l'opérateur ATT).

Selon les termes de l’accord définitif, Disney acquiert les studios télé et cinéma de la Fox, y compris Fox Searchlight, qui ont dominé les nominations aux Golden Globes lundi dernier, les chaînes FX et National Geographic, la chaîne indienne Star, la part de  la Fox dans Sky (en Europe) et la plate-forme de streaming vidéo Hulu (dont Disney est déjà coactionnaire avec NBCUniversal). Les Murdoch garderont juste la chaîne TV Fox, les chaînes locales, les chaînes d'infos et les chaînes sportives.

Disney veut ainsi s'armer face à la concurrence des GAFAS (Google, Apple, Facebook, Amazon) et de Netflix, notamment en s'octroyant un accès direct aux foyers avec les chaînes dTV et la plateforme SVàD.

Déjà propriétaire de profitables marques comme Marvel, Star Wars, Indiana Jones, et leader dans l'animation, le groupe de Burbank agrandit sa famille avec d'autres héros Marvel comme Deadpool , les 4 Fantastiques et les X-Men ( de quoi faire de nouveaux crossovers), mais aussi la franchise Avatar et des films comme The Shape of Water, l'un des favoris pour les Oscars. Ironiquement, la Fox avait distribué les six premiers films de la saga Star Wars. Le studio a aussi de sacrés succès dans son catalogue comme Independance Day, Maman j'ai raté l'avion, Une nuit au musée, Seul sur Mars, Seul au monde, la récente trilogie de La Planète des singes, The Revenant, Gone Girl, les films de Wes Anderson, mais aussi des séries comme Les Simpsons ou This is Us. Dans les prochains mois, la Fox a programmé The Post de Steven Spielberg, le nouveau Labyrinthe, Deadpool 2 et le biopic sur Freddie Mercury.

Il y a fort à parier, si la transaction est autorisée, que la Fox devrait voir son territoire se réduire. Si on ignore ce que va devenir l'animation, les franchises autour des super-héros vont être rapatriées sous le label Marvel.

L’ogre CGR devient leader en nombre de cinémas en France

Posté par vincy, le 14 décembre 2017

CGR a un appétit d'ogre. Le 2e groupe d'exploitation français, derrière les Cinémas Gaumont Pathé mais devant UGC (en nombre de cinémas comme en nombre d'écrans), s'offre le réseau Cap' Cinéma, 5e circuit français.

Avec cette acquisition, CGR s'agrandit de 22 cinémas, 150 écrans et 5,4 millions d'entrées selon les chiffres du Film français. Seules les salles de Blois sont exclues du périmètre. CGR complète ainsi sa couverture de la France dans les villes moyennes, particulièrement dans le sud-ouest. Le nouveau réseau possèdera 6 complexes dans les Hauts-de-France, 18 en Nouvelle Aquitaine ou encore 15 en Occitanie.

Un multiplexe dans la Capitale

Il met aussi la main sur l'Etoile Lilas, situé à l'Est de Paris et jusque là détenu par Cap' Cinéma à 75% et à Etoile Cinémas, dirigé par David Henochsberg (qui exploite encore deux cinémas à Paris, un en région parisienne et un en province), à 25%. Dorénavant nommé le CGR Etoile Lilas, l'ex Etoile Lilas est la première emprise du groupe dans la Capitale. En Ile-de-France, il n'a que cinq complexes, tous en grande banlieue.

Le nouveau réseau ajoutera les deux projets de multiplexes de Cap'Cinéma à Nanterre, près de Paris, et à Grasse, près de Cannes.

Au final, avec le rachat du Cinespace de Beauvais, CGR comptabilise 72 cinémas (juste devant Gaumont Pathé, qui en compte 71) et 686 écrans (toujours derrière Gaumont Pathé). Le groupe devrait attirer plus de 26 millions de spectateurs, pas loin du score d'UGC.

Star Wars épisode VIII: 13190 parisiens dans les salles à 14h (record de l’année)

Posté par vincy, le 13 décembre 2017

Star Wars c'est 46 millions de spectateurs dans les salles françaises en 7 épisodes. Le réveil de la force, dernier en date, domine largement le classement avec ses 10,5 millions d'entrées en 2015/2016. Le 7e épisode avait attiré 619 000 entrées pour son premier jour et 2,7 millions d'entrées pour son premier week-end, faisant un peu moins bien dans les deux cas que l'épisode VI, La Revanche des Sith.

Alors quel sort sera réservé à ce 8e épisode, sorti par temps de pluie (idéal pour aller au ciné), sur 1000 écrans (difficile à rater), avec un buzz millimétré depuis un an et une couverture médiatique digne de la mort d'un grand écrivain?

Les derniers Jedi a attiré 13190 parisiens sur 30 copies, "seulement". Certes, c'est moins bien que les deux précédents opus. Mais c'est, de loin, le meilleur démarrage de l'année en "première séance parisienne". C'est par conséquent le 11e meilleur démarrage Paris 14h depuis le début des années 2000. Si on ajoute la région, cela fait un total de 29063 spectateurs dans 119 salles en Île de France.

Le réveil de la force avait séduit 16415 parisiens et un total de 36360 entrées sur toute la région francilienne à 14h le premier jour. La Revanche des Sith avait réalisé une meilleure première séance à Paris (16457) mais une moins bonne en Île de France (31916). Les derniers Jedi peuvent encore battre le record du premier jour en France.

L’Arabie Saoudite autorise l’ouverture de salles de cinéma

Posté par vincy, le 12 décembre 2017

On vous l'annonçait le 24 octobre dernier. C'est désormais officiel. L'Arabie saoudite va autoriser l'ouverture de salles de cinéma à partir de début 2018. Les salles de cinéma étaient interdites depuis plus de 35 ans.

Les autorités vont délivrer dès à présent les permis d'exploitation, selon le ministère de la Culture. "C'est un moment clé dans le développement de l'économie culturelle dans le pays", a déclaré le ministre de la Culture Awad al-Awad dans le communiqué.

Ce n'était pas gagné: en janvier, le mufti d'Arabie saoudite s'était insurgé contre la possible ouverture de salles de cinéma, affirmant qu'elles seraient sources de "dépravation" car elles favorisent la mixité.

Mais le Royaume ne pouvait plus tolérer que ses propres habitants aillent au cinéma à l'étranger, provoquant des fuites de devises, et il faut bien anticiper la fin du règne du pétrole. Dans son plan Vision 2030, l'un des régimes les plus obscurantistes de la Planète a du le concéder: "Nous considérons que la culture et le divertissement sont indispensables à notre qualité de vie. Nous avons bien conscience que l'offre culturelle actuelle ne correspond pas aux attentes croissantes des citoyens et résidents."

Un accord avec un circuit américain

Dès le lendemain de cette annonce, le Fonds souverain saoudien (PIF) a confirmé la signature d'un accord avec le plus gros exploitant de salles de cinéma américain AMC Entertainment Holdings. Le PIF a estimé que le marché cinématographique saoudien pourrait peser 1 milliard de dollars par an. AMC, désormais appartenant à un conglomérat chinois depuis 5 ans, possède 1000 cinémas et 11000 écrans à travers les marques Odeon, UCI et Carmike.

Le nouveau film avec John Travolta annulé 10 jours avant sa sortie

Posté par vincy, le 11 décembre 2017

Ce coup-ci pas de scandale sexuel. Enfin officiellement. Le film Gotti, un biopic réalisé par Kevin Connolly sur le mafieux new yorkais éponyme John Gotti, devait sortir le 15 décembre aux Etats-Unis. Finalement Lionsgate, le distributeur s'est désengagé le 5 décembre, à dix jours de la sortie.

Pour 4,5M$, Lionsgate a cédé les droits à une société de production, Emmett/Furla/Oasis Films, qui doit maintenant trouver un autre distributeur pour une sortie éventuelle l'année prochaine. Le film réunit John Travolta dans le rôle principal, sa femme Kelly Preston, leur fille Ella Bleu Travolta,  mais aussi Pruitt Taylor Vince et Stacy Keach.

Ce film, en gestation depuis 2011, est maudit depuis des lustres. Joe Pesci, qui avait été initialement engagé pour jouer Angelo Ruggiero, a été viré avant même le tournage, et a décidé de réclamer 3 millions de $ aux producteurs. De nombreux acteurs de premiers plans ont été approchés et ont tous refusé les propositions. Les réalisateurs ont valsé au gré des versions du scénario.

Les raisons de l'abandon par Lionsgate sont mystérieuses selon la presse professionnelle américaine. Est-ce à cause des récentes révélations de deux masseurs qui ont accusé Travolta d'attouchements sexuels?

Selon Emmett/Furla/Oasis Films, cela n'a rien à voir avec tout ceci: le film a, selon eux, le potentiel pour être largement mieux distribué que ce que prévoyait Lionsgate. On voudrait bien y croire, mais, dans ce cas, pourquoi éviter la période phare pour ce genre de films et de possibles nominations aux Oscars?

Bryan Singer remplacé à deux semaines de la fin du tournage de Bohemian Rhapsody

Posté par vincy, le 9 décembre 2017

Viré en plein tournage lundi dernier du biopic sur Freddie Mercury, Bohemian Rhapsody, Bryan Singer a été remplacé. Officiellement, la Fox l'a renvoyé pour absences répétées, mettant l'équipe sur les nerfs et causant le départ de l'un des acteurs, Tom Hollander. La plupart du temps c'est le chef opérateur Thomas Newton Sigel qui réalisait les scènes quand Singer n'était pas là. Dexter Fletcher (Eddie the Eagle) se chargera de prendre la relève dès lundi après quelques jours d'interruption.

Cela ne changera rien à la date de sortie, prévue pour le 25 décembre 2018. Une grande partie du film a été tournée puisqu'il ne reste que deux semaines de prises de vue à faire. Étrangement, le réalisateur semble indifférent à ce renvoi, qu'il considère comme injuste: il explique en guise de justification que ses absences étaient liées à un grave problème de santé de l'un de ses parents. La Fox a évoqué une indisponibilité inattendue de la part du réalisateur, ne lui laissant pas de marges de manœuvre.

Singer explique qu'il préfère désormais se concentrer sur ses deux autres projets, notamment la série TV World War III.

Nouvelle accusation de viol

Ceci dit, est-ce la seule explication à son renvoi? Car depuis jeudi, Bryan Singer est en pleine tourmente: il a été accusé de viol par Cesar Sanchez-Guzman, alors que celui-ci avait 17 ans. En 2003, il aurait été forcé de lui pratiquer une fellation avant d'être sodomisé sans son consentement. Ce n'est pas la première accusation de ce genre contre le réalisateur, mais jusqu'ici toutes les plaintes ont été classées ou abandonnées. Le cinéaste a catégoriquement démenti ces accusations, suspectant la victime, qui est en faillite bancaire, de vouloir profiter de la situation actuelle: les répercussions de l'affaire Weinstein.

Le contexte a changé. Et nul ne doute que la dernière provocation de Bryan Singer va en hérisser plus d'un. Dans une interview à TMZ, il a confié qu'il était prêt à travailler de nouveau avec Kevin Spacey, qui fut révélé grâce à son film The Usual Suspects, si un bon projet se présentait. Vu que Spacey est aujourd'hui persona non grata à Hollywood pour de multiples accusations d'agressions et de harcèlements sexuels sur de jeunes hommes, parfois mineurs, l'association des deux risquent de ne pas trouver un studio pour les aider....

Edito: La dernière séance (du cinéma porno)

Posté par redaction, le 7 décembre 2017

C'est officiel: le Beverley fermera en fin d'année. C'était le dernier cinéma X de la Capitale, dans le 2e arrondissement. Le patron part à la retraite. Maurice Larcohe dirige ce monosalle dédié au X depuis 34 ans. Les clients se sont faits rares. Rarement plus de 500 par semaine. Et pourtant, avec un ticket d'entrée à 12€, cela rendait l'affaire intéressante avec 300000€ de chiffre d'affaires. M'enfin, les beaux jours sont loin quand, dans les années 1980-1990, le cinéma accueillait plus de 1500 spectateurs par semaine.

Il faut dire que les clients ont vieilli aussi. Les trois quarts ont la carte senior. La salle aux fauteuils en skaï rouges (ça se nettoie plus facilement, même si des kleenex sont vendus comme d'autres proposent du pop corn) ont du en voir... C'est désormais un vestige, dernier survivant des 44 cinémas X de Paris.

Mais pourquoi aller voir un porno en salles quand tout est disponible chez soi, sur petit et très petit écran, en un clic de télécommande ou de souris? Même l'interdiction aux moins de 18 ans a sauté en l'air avec les smartphones. Et plutôt que de se taper un film au scénario déjà convenu, et aux positions imposées, comme en patinage artistique, le web a opté pour les séquences plus ou moins longues, parfois très courtes, hyper ciblées, et très variées. Il y en a pour tous les goûts et c'est illimité.

Le X et la génération XY

Le Président de la république Emmanuel Macron a déclaré lors de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, le 25 novembre, que "la pornographie a franchi la porte des établissements scolaires. Nous ne pouvons ignorer ce genre qui fait de la femme un objet d'humiliation". On aurait envie de lui dire: "ça dépend des films", mais globalement, la pornographie ne fait pas dans la légèreté. Même si l'image de la femme a été revalorisée, notamment grâce aux réalisatrices de porno, le problème est surtout de constater que le X est accessible sans verrouillage. Pour ce qui est de l'école, on peut toujours se dire qu'un smartphone n'y a plus sa place. L'accès au porno peut-être régulé avec succès, comme c'est le cas dans certains pays.

Maintenant dire que le X conduit à avoir une image dégradée de la femme, c'est un peu comme croire qu'on va faire un massacre de masse en jouant à Call of Duty. Le nœud du problème est ailleurs. L'Observatoire de la parentalité et de l'éducation numérique a récemment constaté que la moitié des adolescents de 15 à 17 ans sondés avaient déjà consulté un site pornographique, soit une hausse de 14 points sur quatre ans, et selon la même enquête, 45% des jeunes considéraient que la pornographie avait participé à leur apprentissage de la sexualité.

Size does matter?

Alors certes il y a du X de qualité. C'est comme le cinéma, il y a beaucoup de daubes et quelques plans bien anglés, bien cadrés. Mais il faut reconnaître que l'invasion du X sur les ados posent un problème autrement plus sérieux, pas forcément le truc qu'on remarquait dans le noir d'une salle porno. Dans Libération, lundi, le docteur Marc Abécassis, spécialiste en chirurgie plastique, expliquait: "Je pratique la chirurgie intime depuis 1992 et ce que je vois de plus en plus, ce sont des jeunes d’à peine plus de 18 ans, alors que la fourchette se situe plutôt entre 35 et 45 ans. Avec l’Internet, les médias qui communiquent, les forums, et évidemment le porno, on s’exhibe plus. Du coup, le regard des autres hommes est encore plus pesant que dans les générations précédentes. On me dit : "Je ne peux pas aller à la piscine, dans les douches, dans les vestiaires, me changer devant les autres", les hommes s’évaluent."

Bref, c'est un paradoxe: alors que le film porno est visionné sur un écran de plus en plus petit, les hommes, croyant que la taille compte, se veulent de plus en plus "grand". Mais, mauvaise nouvelle, le vrai problème est ailleurs: c'est la pollution qui réduit la taille du pénis et la qualité du sperme au fil des décennies. Pas de quoi pouvoir imiter un acteur porno avec votre ami(e) si on en croit les dernières études comparatives en Europe sur le sujet, même au pays de Rocco Siffredi.

Le Forum des Images trouve enfin son directeur

Posté par vincy, le 7 décembre 2017

Claude Farge a été nommé à l'unanimité directeur général du Forum des Images, succédant ainsi à Laurence Herszberg, cinq mois après le départ de celle-ci. Le conseil d'administration, présidé par Marc Tessier, et la Ville de Paris ont réaffirmé leur volonté d'ouvrir une nouvelle page pour le Forum avec un "projet ambitieux et novateur", artistique, culturel et éducatif, qui sera concentré sur "les questions d'éducation à la création numérique et l'analyse de l'image."

Claude Farge, 43 ans occupait, était directeur des éditions et du transmédia et directeur de la bibliothèque et des ressources documentaires, à Universcience (Cité des sciences et de l'industrie et Palais de la découverte). Avant de prendre ce poste en 2012, ce diplômé d'HEC en marketing et gestion culturelle avait été producteur chez Ubisoft, coproducteur multimédia à la Réunion des musées nationaux et Studio manager à Visual Impact Productions.

Le Forum des images, c'est plus de 300000 spectateurs par an, avec 5 salles de cinéma, une bibliothèque spécialisée, un bar-restaurant, 7500 films numérisés et avant tout le lieu d'accueil de L'Etrange Festival, de Mon premier festival, de Cinéma du réel, de Cinéma au Clair de Lune, en plus des reprises de la Quinzaine, d'Annecy et d'Angers. C'est aussi un créateur de festivals: Carrefour du cinéma d'animation,  Tout-Petits Cinéma ou encore Le Paris Virtual Film Festival.

Et en plus, nous sommes les auteurs de tant de programmes comme les cycles de films (cf Séoul hypnotique... il y a 2 ans ou en cette rentrée les Incassables), les cours de cinéma ou les master class (accessibles ensuite sur notre site internet...), des mardis du documentaire...

Laurence Herszberg a quitté son poste début juillet pour prendre la direction du Festival international Séries Mania, autrefois au Forum des images, et désormais à vocation internationale à Lille, qui se déroulera du 27 avril au 5 mai.

Le Musée Art Ludique proche de la fermeture

Posté par vincy, le 3 décembre 2017

Cruel. Alors que le Salon des formations artistiques (le START) se déroule avec succès ce week-end à Paris, aux Docks - Cité de la mode et du design, le Musée Art Ludique, installé au même endroit, risque l'expulsion.

Après 4 ans d'expos consacrées à l'animation et à la bande dessinée/mangas/comics, la fermeture de cet espace de 1200m2 risque d'être effective en janvier 2018. Le Tribunal de grande instance de Paris a validé l'expulsion la semaine dernière. Cela mettrait 13 salariés sur le carreau.

La fréquentation est en chute (580000 pendant les 18 premiers mois, 350000 visites durant les deux années et demi suivantes) et les recettes ont diminué d'autant. Les restaurants aux alentours ont fermé. La Cité ressemble à un navire fantôme où les parisiens ne vont pas, préférant les péniches sur les quais d'en face ou plus en aval près de la Bibliothèque nationale. Le musée accuse aussi l'arrivée d'un camp de migrants qui aurait découragé les visiteurs et on peut y ajouter la désertification touristique liée aux attentats entre 2015 et début 2017.

Le musée voulait réviser son bail (34000€ de loyer). La suspension des loyers avait d'ailleurs été actée dans un premier temps, en attendant un nouvel accord. Mais depuis le début de l'été, le bailleur, la très riche Caisse des dépôts et consignations a réclamé ses arriérés de loyers (soit 600000€), rejeté toute discussion et finalement porté la décision en justice. Pour Jean-Jacques Launier, le créateur du musée, "la suspension du paiement est liée au non-respect du contrat par leur propriétaire". Il a assigné le propriétaire des murs.

L'art de DC: l'aube des superhéros, prolongée jusqu'au 7 mai, sera sans doute la dernière exposition. On vous conseille d'aller la voir tant elle est riche et passionnante. Le Musée Art Ludique avait mis en lumière Pixar, Marvel, Ghibli, le jeu vidéo français et Walt Disney. Si les expositions étaient de très bonne qualité, l'entrée restait très chère (16,5€).

Une Cité boudée par les Parisiens

Tout n'est pas perdu même si le calendrier est serré. Si la prochaine exposition est stoppée, les fondateurs du musée espère un redressement des comptes grâce aux développements de ses tournées internationales. Mais il est nécessaire que les pouvoirs publics interviennent aussi. Pour l'instant c'est un musée complètement privé, ne bénéficiant d'aucune aide publique. Le couple Launier a investit 2M€ dans leur passion.

Là où le bailleur a une part de responsabilité c'est dans le concept même de cette Cité de la mode et du design qui ne séduit pas les parisiens. Mal desservie, mal indiquée, elle n'a jamais trouvé sa place dans les lieux "hype" de la Capitale alors que son architecture est assez marquante. Les boutiques ont fermé. les animations sont inexistantes.

Dans Le Parisien, le maire socialiste de l'arrondissement, a salué "le travail formidable de ce musée qui fait des expos géniales et ne demande de subventions à personne." L’élu a interpellé le nouveau PDG de la Caisse des dépôts, Eric Lombard, pour trouver un médiateur et faire en sorte que ce musée continue.

Lire aussi: Le musée de l’Art ludique ouvre samedi en célébrant la magie Pixar

Une pétition pour défendre les cinéastes émergents

Posté par vincy, le 1 décembre 2017

Il y a déjà plus de 1500 signataires à la pétition "Faisons le pari de la jeune création cinématographique !".

"Année après année, les financements privés, principalement issus des chaînes de télévision, se sont raréfiés, se portant d’abord sur les auteurs déjà reconnus, les valeurs les plus sûres, les genres les plus porteurs" se plaignent jeunes rééalisateurs et cinéastes confirmés qui ont signé l'appel, parmi lesquels Marie Amachoukeli, Jacques Audiard, Lucas Belvaux, Julie Bertuccelli, Bertrand Bonello, Pascal Bonitzer, Catherine Corsini, Claire Denis, Yann Gonzalez, Robert Guédiguian, Agnès Jaoui, Cédric Klapisch, Tonie Marshall, Katell Quillévéré, Pierre Salvadori, Céline Sciamma, ou encore Rebecca Zlotowski, mais aussi des scénaristes, producteurs et techniciens du cinéma.

Précarisation

Rappelant qu'à Cannes, la Caméra d’or (prix du meilleur premier film) a récompensé trois fois en quatre ans le jeune cinéma français, ils interpellent la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, en signalant que "ce sont justement les premières œuvres et les projets les plus audacieux, ceux sur lesquels il est le plus risqué de « parier », qui sont aujourd’hui grandement fragilisés, jusqu’au seuil de la précarité pour certains." Ajoutant: "le plafonnement des aides publiques affecte violemment la fabrication, l’imaginaire, l’ambition artistique et visuelle des projets : équipes techniques réduites, figuration inexistante, temps de tournage de plus en plus contraints, scénarios élagués…Cette précarisation s’étend sans cesse et bride l’éclosion d’une nouvelle génération d’auteurs, d’acteurs, de techniciens."

Changement de la politique d'aides

"L’absence d’une chaîne de télévision en pré-financement - ou la faiblesse des montants proposés - génère presque automatiquement une majorité de financements publics, plafonnés à 60% pour les films à petit budget. L’absurdité du système pousse ces films à renoncer à certaines aides, notamment au crédit d’impôt" constatent-ils.

Les signataires proposent d'autoriser "un maximum de 70 % d’aides publiques dans le budget de ces films" , soit un coût financier marginal puisque très peu de films sont concernés. Ils demandent "une plus grande égalité entre les films face au crédit d’impôt, un dispositif fiscal qui devrait être ouvert à tous, sans aucune exception."

Actuellement, la réglementation française limite à 50% le seuil d'aide publique à la production (60 % pour les premiers et deuxièmes films, et pour ceux dont le budget est inférieur à 1,25 million d'euros). Ce dispositif est issu d'une règle européenne mais chaque Etat membre peut l'adapter.

La pétition accompagne un amendement (permettant le relèvement de la limite de l'aide publique) au Projet de loi de financer, déposée par la députée parisienne Brigitte Kuster (Les Républicains). Il a reçu un " avis défavorable " du ministre de l'action et des comptes publics Gérald Darmanin. Il ne reste qu'à espérer qu'un sénateur prendra le relais...