Hommage à José Maria Riba lors de la dernière soirée Espagnolas en Paris

Posté par MpM, le 28 septembre 2020

Il était la pierre angulaire de l'association Espagnolas en Paris, créée il y a 12 ans pour montrer aux cinéphiles de la capitale un « autre » cinéma espagnol et latino-américain. José Maria Riba, par ailleurs journaliste et sélectionneur, nous a quittés le 2 mai dernier. "Sans lui il nous sera difficile, voire même impossible, de continuer à faire vivre cette association car cette magnifique aventure n’aurait pas pu voir le jour, avec nos modestes moyens, sans l’initiative, la passion, l’énergie et le caractère têtu de notre « chef » de bande", déclare Laura del Sol, présidente de l'association. "José incarnait le cœur et l’âme de cette association, notre colonne vertébrale. Oui, José était "Dífferent" !"

Malgré tout, Espagnolas en Paris investit le Majestic Passy le 5 octobre prochain pour une dernière soirée consacrée à José Maria Riba, et à ce cinéma qu'il aimait. On y découvrira en avant-première Une vie secrète de Aitor Arregi, Jon Garaño et José Mari Goenaga (sortie nationale le 28 octobre 2020) ainsi que la version courte du film hommage conçu par la cinéaste mexicaine Lila Avilés (La camarista) : José María Riba, un agradecimiento por siempre dont la version intégrale réunit plus de 50 témoignages de cinéastes, acteurs et professionnels du monde entier.

L'occasion de se souvenir de celui qui, inlassablement, a œuvré pour aider et faire connaître le cinéma espagnol et latino-américain en France. D'abord journaliste à RFI, puis à l'AFP, José Maria Riba a fait partie pendant près de 30 ans de l'équipe de sélection du Festival de San Sebastian. Egalement sélectionneur pour la Semaine de la Critique du Festival de Cannes, il en fut le Délégué général en 2000 et 2001. C'est ainsi lui qui a découvert et sélectionné, entre autres, les premiers longs métrages des Mexicains Guillermo del Toro (Cronos) et Alejandro González Iñárritu (Amours chiennes), ou de l'Espagnol Cesc Gay (Krampack). Par la suite, il a été pendant plusieurs années le consultant privilégié de Thierry Frémaux, Délégué général du Festival de Cannes et d'Edouard Waintrop, Délégué général de la Quinzaine des Réalisateurs, en matière de films espagnols et latino-américains.

Il a également créé en 2008 le festival Différent! consacré à l' "autre cinéma espagnol", rejoint en 2012 le comité de sélection du Prix Jean Vigo, avant de devenir en 2016 le Délégué générale de la cérémonie des Lumières de la presse internationale... Passionné, et passionnant, il n'a cessé de porter haut les couleurs du cinéma, espagnol et latino-américain bien sûr, et plus généralement d'un cinéma souvent "différent", méconnu, parfois à la marge, dont il s'était fait le chantre, et auquel il manquera.

Cannes 2020 : The Last Hillbilly et les films de l’ACID hors les murs

Posté par kristofy, le 25 septembre 2020

A cause du contexte de crise du coronavirus les trois sélections parallèles du Festival de Cannes avait annoncé leur annulation dès mi-avril : " la Quinzaine des Réalisateurs, la Semaine de la Critique et l'ACID ont le regret d’annoncer l’annulation de leurs éditions cannoises 2020... Afin de soutenir l’ensemble du secteur cinématographique, très affecté par la situation présente, chaque section, en concertation avec le Festival de Cannes, étudie cependant la meilleure façon de continuer à accompagner les films soumis à leur édition 2020". Depuis divers événements font découvrir des films 'Cannes 2020', et l'ACID organise aussi un accompagnement de ses 9 films sélectionnés (5 fictions et 4 documentaires).

Septembre symbolise le début d'une tournée qui passe par plusieurs de cette sélection ACID 2020 'Hors les murs' :

du 17 au 19 septembre 2020, à Nantes, au Cinématographe
du 25 au 29 septembre, à Paris, au Louxor
du 30 septembre au 2 octobre, à Montreuil, au cinéma Le Méliès
du 1er au 5 octobre, à Malakoff, au cinéma Le Marcel Pagnol
du 2 au 4 octobre, à Lyon, au cinéma Comoedia
du 8 au 11 octobre, à Marseille, au cinéma La Baleine et au Gyptis
du 10 au 18 octobre, à Lisbonne au Portugal, dans le cadre de la Festa do Cinema Francê
du 10 au 13 novembre, à Porto-Vecchio, à la Cinémathèque de Corse
du 20 au 29 novembre, à Belgrade en Serbie, dans le cadre du Festival du Film d’auteur
et d'autres festivals internationaux (Busan, Hambourg...).

La programmation ACID 2020 à Paris au Louxor, en présence des équipes de films  :

Vendredi 25 septembre, 20h00 = Ouverture avec THE LAST HILLBILLY + rencontre et discussion avec les réalisateurs du film & les cinéastes de l'ACID Idir Serghine, Jean-Louis Gonnet et Anne Alix.

26 septembre = 14h00 : LES AFFLUENTS + rencontre et discussion avec le réalisateur;16h00 : FUNAMBULES + rencontre et discussion avec le réalisateur, le compositeur et la productrice; 18h00 : IL MIO CORPO + rencontre et discussion avec le réalisateur et l'équipe du film; 20h30 : SI LE VENT TOMBE + rencontre et discussion avec la réalisatrice et l'acteur Grégoire Colin.

27 septembre = 11h00 : LOIN DE VOUS J’AI GRANDI + rencontre et discussion avec la réalisatrice; 14h00 : LA ULTIMA PRIMAVERA; 16h00 : WALDEN + rencontre et discussion avec la réalisatrice; 18h30 : LES GRAINES QUE L’ON SEME + rencontre avec le réalisateur.

28 septembre = 11h00 : THE LAST HILLBILLY + rencontre et discussion avec la réalisatrice Diane Sara Bouzgarrou; 14h00 : LES GRAINES QUE L’ON SEME; 16h30 : IL MIO CORPO + rencontre et discussion avec le réalisateur; 18h30 : FUNAMBULES + rencontre et discussion avec le réalisateur; 20h30 : LOIN DE VOUS J’AI GRANDI + rencontre et discussion avec la réalisatrice.

29 septembre = 14h00 : SI LE VENT TOMBE; 16h30 : WALDEN; 18h30 : LES AFFLUENTS + rencontre et discussion avec le réalisateur; 20h30 : LA ULTIMA PRIMAVERA + rencontre et discussion (via skype) avec la réalisatrice.

The Last Hillbilly, de Diane Sara Bouzgarrou & Thomas Jenkoe, en ouverture à Paris :

C'est l'occasion de découvrir ce documentaire, qui a aussi été sélectionné lors du Festival de Deauville, avant sa sortie prévue le 2 décembre. Il nous emmène dans une région des Etats-Unis peu représentée au cinéma, un endroit vers les montagnes Appalaches dans le Kentucky : ici plus qu'ailleurs les jeunes ont tendance à s'en aller vers des grandes villes et ceux qui restent sont encore attachés aux histoires d'un coin qui n'intéresse quasi plus personne. C'est un de ces endroits un peu isolé où les gens sont moins américains (ou plus) que d'autres, les hillbillies (les péquenauds) assistent à la disparition du mode de vie de leurs parents...

Le documentaire s'intéresse particulièrement à l'un d'eux et à sa famille. Brian est conscient de la désertification de la région et que tout ce qu'il a connu sera oublié, les enfants s'ennuient dans cette nature de forêt et de lacs et jouent soit aux jeux-vidéo soit à conduire un tracteur vers ailleurs. La caméra observe beaucoup et écoute leurs discussions, les deux réalisateurs se sont donné un rôle de témoin de ce qui se joue sans y ajouter leur commentaire. Et ce qui se joue est précisément la fin en marche d'un endroit rural à la fois profondément américain et en même temps hors de l'Amérique moderne. C'est une certaine tradition des pionniers qui n'est plus du tout attirante face au progrès (dont économique) des villes. Brian continue de raconter des histoires au coin du feu et les enfants de se baigner dans la rivière, mais tous ont le sentiment qu'il n'y aura plus vraiment de Hillbilly à l'avenir...

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ACID hors les murs au cinéma Le Louxor à Paris
du 25 au 29 septembre.
Renseignements sur le site de la manifestation

Juliette Gréco (1927-2020), muse et insoumise

Posté par vincy, le 23 septembre 2020

C'était une icône. Une figure emblématique de la France d'après-guerre, entre effervescence artistique, bouillonnement intellectuel et trente glorieuses insouciantes. Reine de la nuit, vêtue de noir et la peau très blanche, dame de pique au cœur, Juliette Gréco, femme libre et interprète légendaire, voix aux milles nuances et artiste traversant 70 ans d'histoire, est morte à l'âge de 93 ans. Juliette au pays des songes...

Flirt avec le 7e art

Ses passions amoureuses- le pilote Jean-Pierre Wimille, le trompettiste Miles Davis, les acteurs Philippe Lemaire et Michel Piccoli, le compositeur Gérard Jouannest, le producteur de cinéma hollywoodien Darryl Zanuck - l'ont souvent amenée à fréquenter d'autres cercles que ceux de Saint-Germain-des-Prés, dont elle fut un symbole, avec ses robes noires et sa grâce élégante. Oui, elle a fréquenté Sartre, Sagan, Merleau-Ponty, Mauriac et bien sûr Boris Vian, dont elle fut la muse. Oui, elle chantait Prévert, Queneau, Brel, Aznavour, Gainsbourg, Ferré et Béart. Elle a chanté devant Cocteau et Brando, à Rio et Tokyo. Culte de Berlin à New York, des baby-boomers aux millenials, toujours curieuse de travailler avec les talents de son époque (Biolay, Ruiz), honorée dans un slam d'Abd Al Malik, respectée par les féministes et les LGBT. Une existentialiste rebelle qui aura su traverser les miroirs et le temps.

Juliette Gréco, la chanteuse, a connu de grands succès populaires, maintes fois repris : Je suis comme je suis, Les feuilles mortes, Sous le ciel de Paris, je hais les dimanches, Jolie môme, C'était bien, La javanaise, Déshabillez-moi... La liste est sans fin. Elle était une résistante au sale caractère, capable d'envoyer une baffe à un patron trop tactile, de caresser nos oreilles avec des mots doux, de cracher dans la main d'un homme qui refusait de faire entrer Miles Davis dans son restaurant parce qu'il était noir. Frondeuse et insoumise, délicate et déterminée, elle refuse les diktats d'une époque encore trop engoncée pour elle.

Elle aurait voulu être une actrice

Logiquement, vu ses fréquentations, sa beauté et son mystère, le cinéma l'a désirée. Elle voulait devenir actrice, avant d'être accrochée au micro des salles de spectacle. Elle débute au théâtre, fréquente Gérard Philipe, Alice Sapritch, loge chez Hélène Duc. La vie de bohème malgré elle, pendant que sa mère et sa sœur sont déportées dans les camps pendant la guerre.

Elle n'a pas eu la carrière d'un Chevalier ou d'un Montand, mais sa filmographie comporte quelques grands noms. A commencer par ses premiers films en 1949: Orphée de Jean Cocteau, Au royaume des cieux de Julien Duvivier. Puis en 1954, elle trouve son premier vrai grand rôle chez Jean-Pierre Melville, dans Quand tu liras cette lettre. Il disait d'elle: "Juliette n'a jamais été du cinéma. Même à l'époque où elle vivait avec Darryl Zanuck, elle n'a jamais fait partie de ce monde. […] J'aimais beaucoup Juliette, une fille intelligente, vraiment très belle. Quand on se souvient de la petite boulotte de 47-48… Pendant le tournage elle était tellement mince que je l'appelais la limande…"

Elle traverse l'Atlantique pour jouer aux côtés d'Ava Gardner dans Le soleil se lève aussi d'Henry King. Juliette Gréco n'est pas forcément dans leurs meilleurs films, mais elle aligne Otto Preminger (un caméo), John Huston (Les Racines du ciel), Richard Fleisher (Drame dans un miroir, avec Orson Welles, Le grand risque). On la croise aussi chez Henri Decoin (Maléfices), Jacques Brel (Le Far West), Maurice Dugowson (Lily aime moi).

Mais c'est sur le petit écran, en 1965, qu'elle doit son éternité, en schizophrène dans Belphégor ou le Fantôme du Louvre. Telle une momie énigmatique qui ne mourra jamais. Gréco est spectrale, errante, et cela lui va bien.

Belle de nuit

Le cinéma et Juliette, c'est aussi l'alliance de la chanson et de l'image. Nombreuses de ses chansons illustrent des films; Les feuilles mortes dans Les portes de la nuit de Marcel Carné, Sous le ciel de Paris dans le film éponyme de Julien Duvivier, Je hais les dimanche dans Boum sur Paris de Maurice de Canonge, L'amour est parti dans Le gantelet vert de Rudolph Maté, Mon cœur n'était pas fait pour ça dans La châtelaine du Liban, C'est le destin qui commande dans Oeil pour oeil, Bonjour tristesse chez Preminger, Tant pis, tant pis pour moi dans La case de l'Oncle Tom de Géza von Radcanyi, L'amour est plus jeune que la mort dans La nuit des généraux... On entend sa voix, ou on la voit, silhouette en arrière plan ou en pleine lumière.

Enfin, Gréco a été incarnée par d'autres. Parodiée même dans Drôle de frimousse. Juliette a eu les traits de Myriam Moraly dans V comme Vian, téléfilm de Philippe Le Guay, et par Anna Mouglalis dans Serge Gainsbourg: vie héroïque de Joann Sfar. Mouglalis qui l'évoquait ainsi: "Gréco se fout des conventions avec une grâce inouïe. C'est une femme qui a eu un répertoire d'homme. Elle a cristallisé énormément de fantasmes sans jamais devenir un objet du désir."

Youpi ! C’est mercredi : le jeune public à la fête

Posté par MpM, le 23 septembre 2020

Cette semaine, on retrouve sur grand écran Rita et Crocodile, deux amis inséparables nés sous le crayon de la réalisatrice danoise Siri Melchior. En 2018, les deux petits héros avaient déjà bénéficié d'une sortie en salles couronnée de succès (plus de 150 000 spectateurs). Ils sont de retour avec 8 courts épisodes qui les emmènent du cinéma à la piscine, en passant par une cabane construite au fond du jardin de la grand mère de Rita et une fête d'anniversaire.

Les enjeux narratifs ne sont pas sans rappeler ceux de Rita et Machin dont nous vous parlions il y a peu (une fillette et son compagnon inséparable, vivant mille aventures au gré du quotidien) et les situations peuvent sembler particulièrement familières : un jour de pluie pendant lequel on s'ennuie, la jalousie face à l'apparition d'une rivale "meilleure amie", la divergence de vues sur la manière de jouer... On est dans des récits très classiques de la petite enfance, sans grandes questions existentielles ni singularités narratives, qui viennent sans cesse rappeler l'importance de l'amitié et de l'entraide.

Pourtant, la personnalité gentiment transgressive de Crocodile fait la différence, apportant humour et fantaisie à chaque intrigue, même les plus convenues. Qu'il joue seul à la dinette, se transforme en super bouée dans la piscine interdite aux animaux ou grignote en cachette un gâteau d'anniversaire, il crée sans cesse un décalage cocasse entre un environnement plutôt réaliste et sa présence parfaitement saugrenue dans le contexte en tant que crocodile, c'est-à-dire animal potentiellement féroce et sauvage.

Pour les plus petits, auxquels s'adresse le programme, l'adhésion est immédiate et le plaisir palpable.  On peut d'ailleurs parier qu'à la sortie de la salle, les jeunes spectateurs auront tous envie d'un nouveau compagnon de jeu : vert et avec de grandes dents...

Pour les enfants du même âge (autour de 3 ou 4 ans), on conseillera également L'Odyssée de Choum de Julien Bisaro qui vient de sortir en DVD. Il s'agit d'un très joli conte initiatique qui s’adresse aux plus jeunes spectateurs en abordant des thèmes qui leur sont familiers comme la complicité au sein d’une fratrie et la prise d'indépendance, et d’autres plus graves comme la perte ou l’abandon.

Les aventures des deux bébés chouettes sont à la fois pleines de rebondissements et d'humour, mais également propices à la rêverie et à la contemplation. Le rythme n'en est donc pas trépidant, et la narration demeure d'une grande simplicité tout en essayant de sensibiliser les jeunes spectateurs à des enjeux environnementaux simples. Le film est accompagné de deux autres courts métrages, comme lors de sa sortie en salles : Le Nid de Sonja Rohleder et L'oiseau et la baleine de Carol Freeman.

Enfin, pour un public sensiblement plus âgé, Jacob et les chiens qui parlent d'Edmunds Jansons sort également en DVD. Adapté d’un roman jeunesse, ce long métrage letton nous plonge dans le quartier coloré et atypique de Maskachka, en périphérie de Riga (Lettonie), où le temps semble s’être un peu arrêté. Les maisons en bois, le parc qui ressemble à une petite forêt, la circulation très réduite donnent l’impression d’un village encore très rural, protégé du bruit et de la pollution.

Le très citadin Jacob, contraint de venir habiter ici pendant une absence prolongée de son père, se laisse peu à peu séduire par la personnalité de ce lieu si différent du centre ville ultra-moderne dont il a l’habitude. Si bien qu'il finit par être prêt à tout pour le sauver de la destruction... Rien de bien original il est vrai dans cette fable écologique plutôt convenue, et parfois paresseuse, mais quelques touches de poésie et surtout une esthétique singulière qui donnent envie de découvrir le sort de cet étonnant quartier préservé du temps.

Michael Lonsdale, un homme et ses dieux (1931-2020)

Posté par vincy, le 21 septembre 2020

Michael Lonsdale, né le 24 mai 1931, s'est éteint le 21 septembre 2020, à l'âge de 89 ans. Le comédien, auteur et lecteur laisse une riche filmographie de cinéma, aussi éclectique qu'insondable. Ce fervent catholique avait deux religions: sa foi et son jeu. Sur sa foi, il aura écrit une vingtaine de livres, en plus d'un engagement constant, médiatique comme professionnel. Il a reçu les derniers sacrements, à défaut d'avoir été sacré par sa profession (un modeste César du meilleur second-rôle, un prix Lumière).

A l'affiche au théâtre de 1955 à 2017, s'amusant avec un répertoire divers, et souvent moderne, de ses amis Pérec et Duras à Beckett, Handke, Puig et Albee, Lonsdale aimait transmettre les mots avec sa voix lente et son physique de bourgeois, sa diction parfaite et son allure d'anglais provincial.

Un héros très discret

Cette voix n'était pas son seul atout. Il avait aussi les douleurs enfouies qu'il savait rendre palpables. Une enfance ballotée, un accident de voiture qui aurait pu être dramatique, un amour inconsolable (pour Delphine Seyrig). Tel un homme d'église, il fut un célibataire endurci, dédiant sa vie à son métier et à ses croyances, deux passions pour remplir cette solitude existentielle.

Michael Lonsdale pouvait ainsi tout jouer: le vilain et le sage, le candide et le cynique, le pervers et le calme, l'inquiétant et l'intriguant. Il lui suffisait de varier légèrement la tonalité de son regard, les modulations de sa voix, cassante ou douce. Son corps en apparence immobile faisait le reste. Le mouvement était avant tout facial, oral, mais certainement pas charnel ou corporel. Une économie de moyens qui lui permettait subtilement d'être lui tout en étant un autre, d'être crédible en toutes circonstances.

Sur le grand écran, il a aligné les grands noms, les gros succès, les navets, les audaces et les jeunes talents. Logiquement, il fut de nombreuses fois, père, curé, prêtre, pasteur... mais évidemment, il fut aussi commissaire, détective, inspecteur, avocat, ministre, professeur, magistrat, juge, banquier, médecin... Un notable discret, un homme de manigances ou un révélateur de secrets.

Fidèle à Mocky et Duras

Depuis ses débuts en 1956, il aura traîné sa silhouette dans un cinéma sans frontières et sans étiquettes, curieux de tout, peu soucieux d'une carrière cohérente, tout en restant ambitieux dans certains choix. Michael Lonsdale apparaît d'abord chez Michel Deville et Gérard Oury, chez l'ami Jean-Pierre Mocky aussi, chez Darry Cowl comme chez Marin Karmitz. Son premier grand film, il le doit quand même à Orson Welles, en prêtre dans Le procès en 1962.

Cinq ans plus tard, c'est surtout François Truffaut qui lui offre son premier beau rôle, dans La Mariée était en noir, avant de le réengager dans Baisers volés. Il brouille les pistes en acceptant d'être un savant dans Hibernatus face à Louis de Funès, puis en s'invitant chez Jean-Luc Godard dans British Sounds et Jacques Rivette dans Out 1. Michael Lonsdale est insaisissable, et marquera l'inconscient des cinéphiles à travers une myriade de personnages dans des récits "trans-genres".

James Bond, Belmondo et Delon

Il est aussi devenu incontournable dans les années 1970: entre deux Mocky, il tourne Le Souffle au cœur de Louis Malle, India Song de Marguerite Duras, Papa les p'tits bateaux de Nelly Kaplan, Il était une fois un flic de Georges Lautner, Glissements progressifs du plaisir d’Alain Robbe-Grillet, Stavisky d’Alain Resnais, Le Fantôme de la liberté de Luis Buñuel, Section spéciale de Costa-Gavras... A l'international, fort de sa double culture franco-britannique, il se fait connaître avec le thriller The Day of the Jackal de Fred Zinnemann, des films de Joseph Losey (Une Anglaise romantique, Monsieur Klein), et surtout en méchant Hugo Drax dans Moonraker de Lewis Gilbert, un des James Bond les plus populaires de la franchise.

Cela ne l'empêche pas de rester fidèle à Duras, de fricoter avec Peter Handke ou de s'aventure dans Une sale histoire chez Jean Eustache. Cette ouverture au monde et aux styles perdurera jusqu'à la fin de sa carrière, quitte à passer parfois à côté des grands films de son époque. Lonsdale est au générique de L'Éveillé du pont de l'Alma de Raoul Ruiz comme du Bon Roi Dagobert de Dino Risi, de Billy Ze Kick de Gérard Mordillat comme de Ma vie est un enfer de Josiane Balasko (en archange Gabriel!).

Le nom de la rose et Munich

Dans ces années 1980, on ne retient finalement de lui que sa prestation dans Le Nom de la rose de Jean-Jacques Annaud, une fois de plus en abbé, certes érudit. L'acteur traverse pourtant le cinéma avec son aura, lui ouvrant les portes du cinéma de James Ivory (Les Vestiges du jour, Jefferson à Paris), de Claude Sautet (Nelly et Monsieur Arnaud), de John Frankenheimer (Ronin), de Bertrand Blier (Les acteurs). Il s'amuse aussi en Balzac dans Mauvais genre de Laurent Bénégui, en Don Luis dans le Don Juan de Jacques Weber, en professeur Stangerson dans Le Mystère de la chambre jaune et Le Parfum de la dame en noir de Bruno Podalydès. On le croise chez Mocky, toujours, mais aussi François Ozon (5x2), Milos Forman (Les Fantômes de Goya), Catherine Breillat (Une vieille maîtresse), Alejandro Amenábar (Agora), Ermanno Olmi (Le village de carton), Ermanno Olmi (Gebo et l'ombre), Bouli Lanners (Les premiers, les derniers) et surtout Steven Spielberg (Munich).

Des hommes, des Dieux, des maîtres

Au crépuscule de sa carrière, Michael Lonsdale s'offre une sublime montée des marches à Cannes avec le personnage (réel) du Frère Luc Dochier, moine assassiné dans un couvent en Algérie. Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois est sans aucun doute le film qui lui ressemble le plus, où il est exactement à sa place. A moins que ce ne soit celui du réalisateur Cédric Rovère, double fantasmé d'Eric Rohmer dans Maestro de Lea Fazer. Il y tisse une belle complicité avec son jeune comédien, entre transmission et amitié, respect et dévouement à son art.

L'acteur avait cofondé un groupe de prière, Magnificat, destiné plus spécialement aux artistes, et a été le parrain d'une promotion de l'Institut catholique d'études supérieures situé à La Roche-sur-Yon, en plus d'être membre de la section « arts et lettres » de l'Académie catholique de France. Sa foi n'était jamais loin de son je et de son jeu. Qu'il soit fidèle à Dieu ou aux hommes, Lonsdale se savait éphémère, cherchant la joie plutôt que la souffrance.

Emmy Awards 2020 : Succession, Schitt’s Creek et Zendaya créent la surprise

Posté par wyzman, le 21 septembre 2020

L’annonce des nominations pour les Emmy Awards 2020 survenue fin juillet dernier en avait laissé plus d’un perplexes. Sans Game Of Thrones, HBO affichait ainsi un petit coup de mou côté nominations et ne pouvait ainsi que compter que sur quelques programmes (Succession, Watchmen et Westworld). Cela laissait plus de place à Netflix et ses 160 nominations pour notamment Ozark, The Crown, Hollywood et Stranger Things.

Mais parce que les votants des Emmy Awards aiment le changement (quoi que l’on en dise), la cérémonie qui a eu lieu hier aura été l’occasion d’assister à quelques surprises ! Ainsi, Schitt’s Creek a raflé toutes les principales statuettes de la section Comédie. A 24 ans, Zendaya d’Euphoria est devenue la plus jeune actrice à recevoir l’Emmy Award de la meilleure actrice dans une série dramatique et la deuxième femme de couleur après Viola Davis (How to Get Away with Murder, 2015).

Résultat des courses : Watchmen est la série la plus récompensée de cette édition avec pas moins de 11 statuettes. Suivent ensuite Schitt's Creek (9), Succession (7), The Mandalorian (7) et RuPaul's Drag Race (6).

Voici la liste des nominations :

Meilleure série comique

“Curb Your Enthusiasm” (HBO)

“Dead to Me” (Netflix)

“The Good Place” (NBC)

“Insecure” (HBO)

“The Kominsky Method” (Netflix)

“The Marvelous Mrs. Maisel” (Amazon)

“Schitt’s Creek” (Pop)

“What We Do In The Shadows” (FX)

Meilleure série dramatique

“Better Call Saul” (AMC)

“The Crown” (Netflix)

“The Handmaid’s Tale” (Hulu)

“Killing Eve” (BBC America)

“The Mandalorian” (Disney+)

“Ozark” (Netflix)

“Stranger Things” (Netflix)

“Succession” (HBO)

Meilleure mini-série

“Little Fires Everywhere” (Hulu)

“Mrs. America” (FX)

“Unbelievable” (Netflix)

“Unorthodox” (Netflix)

“Watchmen” (HBO)

Meilleure actrice de série comique

Christina Applegate, “Dead to Me”

Rachel Brosnahan, “The Marvelous Mrs. Maisel”

Linda Cardellini, “Dead to Me”

Tracee Ellis Ross, “black-ish”

Catherine O’Hara, “Schitt’s Creek”

Issa Rae, “Insecure”

Meilleur acteur de série comique

Anthony Anderson, “black-ish”

Don Cheadle, “Black Monday”

Ted Danson, “The Good Place”

Michael Douglas, “The Kominsky Method”

Eugene Levy, “Schitt’s Creek”

Ramy Youssef, “Ramy”

Meilleure actrice de série dramatique

Jennifer Aniston, “The Morning Show”

Olivia Colman, “The Crown”

Jodie Comer, “Killing Eve”

Laura Linney, “Ozark”

Sandra Oh, “Killing Eve”

Zendaya, “Euphoria”

Meilleur acteur de série dramatique

Jason Bateman, “Ozark”

Sterling K. Brown, “This Is Us”

Steve Carell, “The Morning Show”

Brian Cox, “Succession”

Billy Porter, “Pose”

Jeremy Strong, “Succession”

Meilleure actrice de mini-série ou téléfilm

Cate Blanchett, “Mrs. America”

Shira Haas, “Unorthodox”

Regina King, “Watchmen”

Octavia Spencer, “Self Made”

Kerry Washington, “Little Fires Everywhere”

Meilleur acteur de mini-série ou téléfilm

Jeremy Irons, “Watchmen”

Hugh Jackman, “Bad Education”

Paul Mescal, “Normal People”

Jeremy Pope, “Hollywood”

Mark Ruffalo, “I Know This Much Is True”

Meilleure actrice de série comique (second rôle)

Alex Borstein, “The Marvelous Mrs. Maisel”

Betty Gilpin, “GLOW”

D’Arcy Carden, “The Good Place”

Marin Hinkle, “The Marvelous Mrs. Maisel”

Kate McKinnon, “Saturday Night Live”

Annie Murphy, “Schitt’s Creek”

Yvonne Orji, “Insecure”

Cecily Strong, “Saturday Night Live”

Meilleur acteur de série comique (second rôle)

Mahershala Ali, “Ramy”

Alan Arkin, “The Kominsky Method”

Andre Braugher, “Brooklyn Nine-Nine”

Sterling K. Brown, “The Marvelous Mrs. Maisel”

William Jackson Harper, “The Good Place”

Dan Levy, “Schitt’s Creek”

Tony Shalhoub, “The Marvelous Mrs. Maisel”

Kenan Thompson, “Saturday Night Live”

Meilleure actrice de série dramatique (second rôle)

Helena Bonham Carter, “The Crown”

Laura Dern, “Big Little Lies”

Julia Garner, “Ozark”

Thandie Newton, “Westworld”

Sarah Snook, “Succession”

Fiona Shaw, “Killing Eve”

Meryl Streep, “Big Little Lies”

Samira Wiley, “The Handmaid’s Tale”

Meilleur acteur de série dramatique (second rôle)

Nicholas Braun, “Succession”

Kieran Culkin, “Succession”

Billy Crudup, “The Morning Show”

Mark Duplass, “The Morning Show”

Giancarlo Esposito, “Better Call Saul”

Matthew Macfadyen, “Succession”

Bradley Whitford, “The Handmaid’s Tale”

Jeffrey Wright, “Westworld”

Meilleure actrice de mini-série ou téléfilm  (second rôle)

Uzo Aduba, “Mrs. America”

Toni Collette, “Unbelievable”

Margo Martindale, “Mrs. America”

Jean Smart, “Watchmen”

Holland Taylor, “Hollywood”

Tracey Ullman, “Mrs. America”

Meilleur acteur de mini-série ou téléfilm (second rôle)

Yahya Abdul-Mateen II, “Watchmen”

Jovan Adepo, “Watchmen”

Tituss Burgess, “Unbreakable Kimmy Schmidt: Kimmy vs. The Reverend”

Louis Gossett Jr., “Watchmen”

Dylan McDermott, “Hollywood”

Jim Parsons, “Hollywood”

Meilleur téléfilm

“American Son” (Netflix)

“Bad Education” (HBO)

“Dolly Parton’s Heartstrings” (Netflix)

“El Camino: A Breaking Bad Movie” (Netflix)

“Unbreakable Kimmy Schmidt: Kimmy vs. The Reverend” (Netflix)

Meilleure émission de divertissement

“A Black Lady Sketch Show” (HBO)

“Drunk History” (Comedy Central)

“Saturday Night Live” (NBC)

Meilleur talk-show

“The Daily Show With Trevor Noah” (Comedy Central)

“Full Frontal With Samantha Bee” (TBS)

“Jimmy Kimmel Live!” (ABC)

“Last Week Tonight With John Oliver” (HBO)

“The Late Show With Stephen Colbert” (CBS)

Meilleure émission de compétition

“The Masked Singer” (Fox)

“Nailed It!” (Netflix)

“RuPaul’s Drag Race” (VH1)

“Top Chef” (Bravo)

“The Voice” (NBC)

Meilleure présentation d’emission de compétition

Bobby Berk, Karamo Brown, Tan France, Antoni Porowski and Jonathan Van Ness, “Queer Eye”

Nicole Byer, “Nailed It!”

Barbara Corcoran, Mark Cuban, Lori Greiner, Daymond John, Robert Herjavec and Kevin O’Leary, “Shark Tank”

Padma Lakshmi, and Tom Colicchio, “Top Chef”

Amy Poehler and Nick Offerman, “Making It”

RuPaul, “Drag Race”

Meilleure télé-réalité structurée

“Antiques Roadshow” (PBS)

“Love Is Blind” (Netflix)

“Queer Eye” (Netflix)

“Shark Tank” (ABC)

“A Very Brady Renovation” (HGTV)

Meilleure télé-réalité (non-structurée)

“Amy Schumer Learns To Cook: Lunch Break And Pasta Night” (Food Network)

“Cheer” (Netflix)

“Kevin Hart: Don’t F**k This Up” (Netflix)

“RuPaul’s Drag Race: Untucked” (VH1)

“We’re Here” (HBO)

Meilleure guest-star de série comique

Angela Bassett, “A Black Lady Sketch Show”

Bette Midler, “The Politician”

Maya Rudolph, “The Good Place”

Maya Rudolph, “Saturday Night Live”

Wanda Sykes, “The Marvelous Mrs. Maisel”

Phoebe Waller-Bridge, “Saturday Night Live”

Meilleur guest-star de série comique

Brad Pitt, “Saturday Night Live”

Adam Driver, “Saturday Night Live”

Luke Kirby, “The Marvelous Mrs. Maisel”

Eddie Murphy, “Saturday Night Live”

Dev Patel, “Modern Love”

Fred Willard, “Modern Family”

Meilleure guest-star de série dramatique

Alexis Bledel, “The Handmaid’s Tale”

Laverne Cox, “Orange Is The New Black”

Cherry Jones, “Succession”

Phylicia Rashad, “This Is Us”

Cicely Tyson, “How To Get Away With Murder”

Harriet Walter, “Succession”

Meilleur guest-star de série dramatique

Jason Bateman, “The Outsider”

Ron Cephas Jones, “This Is Us”

James Cromwell, “Succession”

Giancarlo Esposito, “The Mandalorian”

Andrew Scott, “Black Mirror”

Martin Short, “The Morning Show”

Meilleure série documentaire

“American Masters” (PBS)

“Hillary” (Hulu)

“McMillion$” (HBO)

“The Last Dance” (ESPN)

“Tiger King: Murder, Mayhem And Madness” (Netflix)

Meilleur programme documentaire

“The Apollo” (HBO)

“Beastie Boys Story” (AppleTV+)

“Becoming” (Netflix)

“The Great Hack” (Netflix)

“Laurel Canyon: A Place In Time” (EPIX)

Meilleur programme animé

“Big Mouth” (Netflix)

“Bob’s Burgers” (Fox)

“BoJack Horseman” (Netflix)

“Rick And Morty” (Adult Swim)

“The Simpsons” (Fox)

Meilleur scénario de série comique

Dan Levy, “Schitt’s Creek” (“Happy Ending”)

Sam Johnson and Chris Marcil, “What We Do In The Shadows” (“Collaboration”)

Tony McNamara, ”The Great” (“The Great”)

Stefani Robinson, “What We Do In The Shadows” (“On The Run”)

Michael Schur, “The Good Place” (“Whenever You’re Ready”)

Paul Simms, “What We Do In The Shadows” (“Ghosts”)

David West Read, “Schitt’s Creek” (“The Presidential Suite”)

Meilleur scénario de série dramatique, mini-série ou téléfilm

Jesse Armstrong, “Succession” (“This Is Not For Tears”)

Miki Johnson, “Ozark” (“Fire Pink”)

Peter Morgan, “The Crown” (“Aberfan”)

Chris Mundy, “Ozark” (“All In”)

Thomas Schnauz, “Better Call Saul” (“Bad Choice Road”)

John Shiban, “Ozark” (“Boss Fight”)

Gordon Smith, “Better Call Saul” (“Bagman”)

Meilleure réalisation de série comique

James Burrows, “Will & Grace” (“We Love Lucy”)

Andrew Cividino and Daniel Levy, “Schitt’s Creek” (“Happy Ending”)

Gail Mancuso, “Modern Family” (“Finale Part 2”)

Daniel Palladino, “The Marvelous Mrs. Maisel” (“Marvelous Radio”)

Matt Shakman, “The Great” (“The Great”)

Amy Sherman-Palladino, “The Marvelous Mrs. Maisel” (“It’s Comedy Or Cabbage”)

Ramy Youssef, “Ramy” (“Miakhalifa.mov”)

Meilleure réalisation de série dramatique

Benjamin Caron, “The Crown” (“Aberfan”)

Jessica Hobbs, “The Crown” (“Cri de Coeur”)

Mimi Leder, “The Morning Show” (“The Interview”)

Lesli Linka Glatter, “Homeland” (“Prisoners Of War”)

Mark Mylod, “Succession” (“This Is Not For Tears”)

Andrij Parekh, “Succession” (“Hunting”)

Alik Sakharov, “Ozark” (“Fire Pink”)

Ben Semanoff, “Ozark” (“Su Casa Es Mi Casa”)

Meilleure réalisation de série mini-série

Lenny Abrahamson, “Normal People” (“Episode 5”)

Steph Green, “Watchmen” “Little Fear Of Lightning”)

Nicole Kassell, “Watchmen” (“It’s Summer And We’re Running Out Of Ice”)

Lynn Shelton, “Little Fires Everywhere” (“Find A Way”)

Stephen Williams, “Watchmen” (“This Extraordinary Being”)

Maria Schrader, “Unorthodox”

Meilleure réalisation d’émission de divertissement

Dime Davis, “A Black Lady Sketch Show,” (“Born At Night, But Not Last Night”)

Jim Hoskinson, “The Late Show With Stephen Colbert” (“Live Show; Chris Christie; Nathaniel Rateliff”)

Linda Mendoza, “Tiffany Haddish Presents: They Ready” (“Flame Monroe”)

David Paul Meyer, “The Daily Show With Trevor Noah” (“Dr. Fauci Answers Trevor’s Questions About Coronavirus”)

Paul Pennolino and Christopher Werner, “Last Week Tonight With John Oliver” (“Episode 629”)

Don Roy King, “Saturday Night Live” (“Host: Eddie Murphy”)

Ruth Bader Ginsburg (1933-2020), fin d’un suprême parcours

Posté par vincy, le 19 septembre 2020

Ruth Bader Ginsburg, doyenne de la Cour suprême des Etats-Unis, est décédée vendredi à l'âge de 87 ans. Nommée par Bill Clinton en 1993, icône de la gauche américaine et des progressiste, elle était devenue l'une des plus âpres défenseuses de la cause des femmes, des minorités, des droits civiques et de l'environnement. Et surtout elle incarnait l'opposition à Donald Trump.

Au début de sa carrière, dans les années 1970, elle avait co-fondé le Women's Rights Law Reporter, premier journal américain qui se concentre exclusivement sur les droits des femmes et les de discriminations sexistes. RBG avait porté six cas de discrimination devant la Cour suprême entre 1973 et 1976 (une seule défaite).

Son parcours comme son aura et ses décisions symboliques en avaient fait un personnage politique de premier plan. Une héroïne américaine, à sa façon, l’une des femmes les plus influentes de l’histoire des États-Unis pour son combat pour l’égalité des sexes. Les drapeaux américains de la Maison Blanche ont été mis en berne. Ruth Bader Ginsburg était devenue extrêmement populaire malgré une fonction réputée à l'ombre du pouvoir. Grâce à son positionnement, qui séduit les jeunes urbains et les modérés, elle était devenue "Notorious RBG".

Pas surprenant alors qu'Hollywood s'empara de son destin. D'abord avec un film Une femme d'exception (On the Basis of Sex), réalisé par Mimi Leder avec Felicity Jones (dans le rôle de Ruth Bader Ginsburg), Armie Hammer, Justin Theroux, Sam Waterston, et Kathy Bates. Le film a totalisé 38M$ de recettes dans le monde et a attiré 91000 spectateurs dans le salles françaises début 2019. Si le scénario est assez classique pour un biopic qui se concentre sur les débuts de RBG, le film est passionnant par ce qu'il décrypte du personnage et de ses combats.

Et puis il y a eu l'excellent documentaire, RBG, réalisé et produit par Betsy West et Julie Cohen. Présenté en avant-première au Festival du Film de Sundance en 2018, ce docu captivant sur cette personnalité passionnante, est deux fois nommé aux Oscars (documentaire, chanson) et remporte treize prix dans le monde. En France, il est présenté en avant-première à Deauville.

Génie du doublage, Roger Carel se casse avec sa voix (1927-2020)

Posté par vincy, le 18 septembre 2020

Roger Carel, de son vrai nom Roger Bancharel, est mort le 11 septembre 2020 à l'âge de 93 ans. C'est sans doute le comédien français le plus prolifique que le cinéma vient de perdre. Pas tant pour sa présence à l'écran (essentiellement des seconds-rôles dans des comédies) ou sur les planches, mais par sa voix. Il en avait 1000...

Assumons: Carel était le roi du doublage. Une monument vocal capable de toutes les transformations et de toutes les audaces. De quoi mériter, en janvier 2012, le prix Henri-Langlois pour l'ensemble de son œuvre.

Physiquement, on l'a vu depuis les années 1950 dans des films comme Le Triporteur, Le Vieil Homme et l'Enfant, Le viager, Elle cause plus... elle flingue, On a volé la cuisse de Jupiter, Le Coup du parapluie, L'Été meurtrier, Papy fait de la résistance, Mon homme, se glissant dans la peau d'un russe ou d'un passant, d'un médecin ou d'un paysan, d'un garagiste ou d'un général. Il cachetonnait et s'amusait...

De Certains l'aiment chaud à Kubrick

Mais c'est en studio, derrière un micro, qu'il brillait. Il était la voix de Peter Sellers, de Peter Ustinov, de Jack Lemmon, d'Eli Wallach, d'Ian Holm, de Jerry Lewis, de Pat Morita (dans Karaté Kid), de Charlie Chaplin (dans Le dictateur), de Fred Astaire (dans La tour infernale), de Jim Broadbent (dans Harry Potter et le Prince de Sang mêlé). Sa voix est aussi présente dans des films aussi divers, mais remarquables, qu'Orange mécanique, MASH, La Belle de Moscou, Le Kid de Cincinnati, Le Bal des vampires, Butch Cassidy et le Kid, Tora ! Tora ! Tora !, L'exorciste, Le verdict, Fanny et Alexandre, Furyo, Good Morning Vietnam!. Il était aussi le narrateur de L'étoffe des héros.

Mais son grand génie s'exprime surtout avec six épisodes de la Guerre des étoiles où il double Anthony Daniels et devient ainsi la voix française de C-3PO.

De Disney à Astérix, de Alf à Benny Hill

Un androïde ne pouvait pas effrayer Roger Carel, devenu maître de la voix dans l'animation, dès les années 1940. Chez Disney pour commencer (souvent en deuxième doublage, dont l'impeccable chat de Cheshire dans Alice au pays des merveilles, mais aussi le sournois serpent Kaa dans Le livre de la jungle, ou Roquefort et Lafayette dans Les Aristochats). Et puis il devint la voix d'Astérix, le plus populaire des héros BD en Europe, décliné en films d'animation à succès dès 1968. De temps en temps il vocalisait sur quelques autres personnages secondaires, notamment Idéfix. Cette collaboration avec le gaulois dura jusqu'en 2014! De Fritz le chat à Winnie l'ourson, en passant par Jolly Jumper (dans Les Dalton en cavale), il était incontournable dans son milieu.

La télévision lui offrit aussi des personnages cultes à incarner en français: Benny Hill, Alf, le révérend Sikes dans Desperate Housewives, Hercule Poirot durant 12 saisons, Charles Ingalls dans La Petite Maison dans la prairie, le boss dans Shérif, fais-moi peur, mais aussi des passages dans des séries comme Buffy, Dynastie, Cold Case, New York unité spéciale, X-Or, Charmes, Inspecteur Derrick...

Un Cro-magnon, un myope, une grenouille, mais surtout un Maestro

Petit écran et animation lui ont aussi valu de grandir avec des générations d'enfants : il fut la voix de Dingo pour Disney durant plusieurs décennies. Il s'entend aussi dans Inspecteur Gadget, Les Bisounours, Albator, Le petit dinosaure, Capitaine Flam, Babar, Le petit dinosaure, Les Gnoufs, Les Pierrafeu, Princesse Starla, Les Quatre fantastiques, et bien entendu Star Wars: Clone War en C-3PO...

Il fut les incontournables Capitaine Caverne et Mister Magoo, Kermit la grenouille dans Le Muppet Show, Woody Woodpecker. Capable de moduler ses cordes vocales dans les aigus comme de la transformer par le nez, il pouvait jouer toutes les excentricités et surtout plusieurs personnages. Ainsi dans les séries Il était une fois... (L'homme, L'espace, La vie, Les Amériques, Les découvreurs, Les Explorateurs, Notre terre), il fut le savant déluré Maestro de 1978 à 2011, mais aussi le raisonnable Pierre, le robot Métro, le fourbe Nabot.

Son talent fut aussi de s'adapter à son temps, et d'aller prêter son don au jeu vidéo. Luigi dans Mario c'est lui. Outre les jeux Star Wars, Winnie l'ourson et Astérix, on peut le reconnaître dans Warcraft II et Les Simpsons. Il fut même le Croco Amstrad pour la publicité des consoles en 1990.

Ce sont tous ces héros d'hier et d'aujourd'hui, pour petits et pour les devenus grands, qui perdent leur père d'adoption de langue française, leur incarnation à l'oreille. Carel emporte avec lui sa voix et une part de notre culture inconsciente.

Deauville 2020 : The Nest trois fois primé

Posté par kristofy, le 13 septembre 2020

Ce 46ème Festival du cinéma américain de Deauville a connu des salles "pleines de monde et belles de monde". La menace du coronavirus a provoqué une diminution logique du nombre de festivaliers pendant cette dizaine de jours, soit une fréquentation en baisse de 37%. Avec l'invitation à y découvrir aussi des films qui avaient été sélectionnés par les festivals de Cannes et Annecy qui n'avaient pas pu se tenir, le message symbolique était d'aller voir des films, collectivement , sur grand écran, après un été catastrophiques pour les exploitants : "le cinéma nous y retournons, et nous y retournerons". Pour l'instant, la fréquentation est en baisse 65% cette année en France.

Le cœur du Festival de Deauville reste sa compétition, avec, cette année 15 films (dont 7 premiers films et 8 films de réalisatrices). On y comptait quelques grands noms de cinéastes (Kelly Reichardt, Miranda July, Jonathan Nossiter, Alan Ball, Sean Durkin). "La sélection que nous avions a juger était riche, varié, et d'un très bon niveau", et pour tous, ce sont les mêmes films qui étaient favoris : First Cow, Lorelei, The Assistant, Holler, Uncle Franck...

Les jurys ayant la mission de remettre un prix devaient forcément faire un choix difficile. On comprend mieux que certains prix se soient dédoublés avec des mentions.  Malgré leurs différences de production (des premiers films avec des amis débutants, d'autres films avec des gros budgets et des célébrités, chaque œuvre méritait un prix d'interprétation. S'il y avait eu des prix d'interprétation Carrie Coon dans The Nest et Pablo Schreiber dans Lorelei auraient été au palmarès. D'ailleurs, plus que des intentions de mises en scène ou des sujets de scénario, un critère influençant l'arbitrage semble avoir été l'interprétation.

The Nest de Sean Durkin cumule trois récompenses. Le réalisateur avait été révélé avec Martha Marcy May Marlene primé à Sundance et à Cannes,  sorti début 2012. En fait hormis un court prologue, tout le film The Nest se passe à Londres : un entrepreneur dans la finance (Jude Law) vient de déménager avec sa femme (Carrie Coon) et ses deux enfants dans une immense et antique maison avec un grand parc où va se construire une écurie; mais sa femme découvre que leur compte en banque est vide et que ses mensonges et leur vie luxueuse ne sont plus tenables. L'unité familiale s'en trouve ébranlée.

Grand prix : The Nest de Sean Durkin
Prix du jury ex-aequo : First Cow de Kelly Reichardt et Lorelei de Sabrina Doyle

Prix de la Révélation : The Nest de Sean Durkin
Mention Prix de la Révélation pour sa mise en scène : The Assistant de Kitty Green

Prix du Public : Uncle Franck d’Alan Ball
Prix de la critique : The Nest de Sean Durkin

A noter que la grande majorité des 15 films en compétition (et les meilleurs) n'ont pas encore de date de sortie déterminée en France. Uncle Franck d’Alan Ball (scénariste de American Beauty, et des séries Six Feet Under et True Blood!) sera visible sur la plateforme Amazon Prime Video, et curieusement, ce sont les plus déroutants qui sont prévus en salles: Kajillionaire de Miranda July le 30 septembre et Last Words de Jonathan Nossiter le 21 octobre.

Venise 2020: Le Lion d’or pour Nomadland de Chloé Zhao

Posté par vincy, le 12 septembre 2020

Cette édition si spéciale du festival de Venise, la 77e, n'aura pas brillé d'un point de vue médiatique. Les Américains étaient relativement absents. Le tapis rouge était cloîtré. Les spectateurs masqués. Ambiance de confinement. Pourtant, de l'avis général, tout s'est bien passé. Si le festival manquait sans doute d'un film dont le good buzz fasse le tour de la planète, il a réussi à exister malgré la covid. Mieux, avec le court métrage de Pedro Almodovar, La voix humaine, unanimement apprécié, il s'est offert un petit gâteau surprise en guise de cadeau.

Côté palmarès, aucun film ne se détache non plus même si Quo Vadis, Aida? de Jasmila Zbanic, Nomadland de Chloé Zhao, Notturno de Gianfranco Rosi et Miss Marx de Susanna Nicchiarell glanent quelques prix mineurs en marge du festival. Nomadland a été couronné par le Lion d'or, qui récompense une réalisatrice singulière dans l'Hollywood d'aujourd'hui, Chloé Zhao. Adulée pour ses films d'auteurs (The Rider, Les Chansons que mes frères m'ont apprises), cette américaine née en Chine a été choisie pour une superproduction Marvel (Eternals, 2021). Avec Nomadland, elle reste dans son territoire. Le film interprété par Frances McDormand et David Strathairn nous renvoie dans le passé et dans les horizons immenses: Après avoir tout perdu pendant la Grande Récession, une sexagénaire se lance dans un voyage à travers l'Ouest américain, vivant comme un nomade des temps modernes. Ironiquement, alors que les Américains sont absent de Venise, c'est une production Fox Searchlight distribuée par Disney qui est sacrée par le deuxième plus grand festival du monde.

Le prix FIPRESCI de la critique a été décerné à The Disciple de l'indien Chaitanya Tamhane pour la compétition (par ailleurs distingué par le jury de Cate Blanchett pour son scénario) et à Dashte Khamoush (The Wasteland) de l'iranien Ahmad Bahrami (Orizzonti) pour les autres sélections. Le film a d'ailleurs été couronné par le jury d'Orizzonti. Le cinéma iranien a aussi été distingué avec le prix Marcello Mastroianni pour le jeune Rouhollah Zamani.

Du côté des Giornate degli autori (Venice Days), le palmarès a couronné The Whaler Boy du russe Philipp Yuryev (meilleur réalisateur), 200 Meters du palestinien Ameen Nayfeh (prix du public), et Oasis du serbe Ivan Ikic (prix Label Europa). Le Grand prix de la Semaine internationale de la Critique a distingué Hayaletler (Ghosts) d'Azra Deniz Okyay (Turquie). Enfin, The World to come de l'américaine Mona Fastvold a remporté le Queer Lion Award.

Côté hommages, deux Lions d'or d'honneur ont été remis à l'actrice écossaise Tilda Swinton et la cinéaste de Hong Kong Ann Hui. Abel Ferrara a reçu le prix Jaeger-LeCoultre Glory to the Filmmaker.

Il restait aux deux jurys principaux de révéler leurs choix: celui de la compétition (Cate Blanchett, présidente, Matt Dillon, Veronika Franz, Joanna Hogg, Nicola Lagioia : écrivain Drapeau de l'Italie Italie, Christian Petzold et Ludivine Sagnier) et celui de la section Orizzonti (Claire Denis, présidente, Oscar Alegria, Francesca Comencini, Katriel Schory et Christine Vachon).

Globalement, l'Europe et l'Asie se sont partagés la pièce montée.

On a déjà parlé du Lion d'or, mais le palmarès est aussi cosmopolite que divers. Le jury de Cate Blanchett n'a pas manqué de donner enfin un prix d'interprétation masculine à Pierfrancesco Favino pour Padrenostro, lui qui l'avait manqué l'an dernier à Cannes pour Le traître (qui lui a valu son premier Donatello du meilleur acteur cette année). De même côté actrice, Vanessa Kirby (The Crown) pouvait difficilement être snobée avec deux films en compétition : The World to Come et celui pour lequel elle a ce prestigieux prix, Pieces of a Woman, premier film anglophone du hongrois Kornél Mundruczó. Kiyoshi Kurosawa reçoit avec le prix du meilleur réalisateur sa plus importante récompense dans sa carrière, faiblement honorée (hormis à Cannes avec un prix en 2015). Initialement choisi par Cannes, le nouveau film du mexicain Michel Franco repart de son côté avec le Grand prix du jury (cinq ans après son prix du scénario à Cannes).

Listen d'Anna Rocha de Sousa est parmi les vainqueurs de la soirée avec un prix spécial du jury Orizzonti et le prix du meilleur premier film toutes sélections confondues. On notera dans la sélection Orizzonti les deux prix d'interprétation pour un acteur tunisien et une actrice marocaine, confirmant année après année la pleine forme du cinéma maghrébin sur le Lido. Quant à Lav Diaz, Lion d'or en 2016, son cinéma si singulier est une nouvelle fois récompensé avec le prix du meilleur réalisateur.

LE PALMARÈS

Compétitition
Lion d'or: Nomadland de Chloé Zhao
Grand prix du jury: Nuevo Orden (New Ordre) de Michel Franco
Lion d'argent du meilleur réalisateur: Kiyoshi Kurosawa pour Les amants sacrifiés
Coupe Volpi de la meilleure actrice: Vanessa Kirby (Pieces of a Woman de Kornél Mundruczó).
Coupe Volpi du meilleur acteur: Pierfrancesco Favino (Padrenostro de Claudio Noce)
Meilleur scénario: The Disciple de Chaitanya Tamhane
Prix spécial du jury: Dear Comrades d'Andreï Konchalovsky

Sélection Orizzonti
Meilleur film: Dashte Khamoush (The Wasteland) d'Ahmad Bahrami
Meilleur réalisateur: Lav Diaz (Genus Pan (Lahi, Hayop))
Prix spécial du jury: Listen d'Anna Rocha de Sousa (Orizzonti)
Meilleure actrice: Khansa Batma (Zanka Contact de Ismaël El Iraki)
Meilleur acteur: Yahya Mahayni (L'Homme qui avait vendu sa peau de Kaouther Ben Hania)
Meilleur scénario: I predatori de Pietro Castellitto
Meilleur court métrage: Entre tu y milagros de Mariana Saffon

Prix Luigi de Laurentiis (premier film): Listen d'Anna Rocha de Sousa (Orizzonti)
Prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir: Rouhollah Zamani (Sun Children de Majid Majidi, compétitition)