Tom Cruise est encore populaire. Une star. Mais sa cote devient fragile. Aux USA, les hits sont moins éclatants. Et sans Ethan Hunt, il aurait même été déclassé. Un phénomène qui touche aussi des Johnny Depp, Brad Pitt, et autres Will Smith. Le star-système évolue. Le modèle du blockbuster aussi.



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THE GIRL WITH TALENT





Patricia Rooney Mara (de son vrai nom) a tout de la fille un peu passe-partout, de cette bonne copine dont on retient le visage mais dont le nom nous échappe trop souvent. Un peu moins médiatisée que sa grande sœur Kate, Rooney semble destinée à une longue et belle carrière. En attestent ces récents films et les futurs, dont le très attendu Carol de Todd Haynes, en compétition au festival de Cannes et dans lequel Rooney donne la réplique à Cate Blanchett, Sarah Paulson et Kyle Chandler. Rien que ça.

Le parcours d'une combattante

Avant de jouer l'amante de Cate Blanchett, cette Américaine aux origines allemandes, françaises, italiennes et irlandaises en a fait du chemin. Arrière-petite-fille d'Arthur Rooney, le fondateur des Steelers de Pittsburgh et de Tim Mara, le fondateur des Giants de New York, rien ne lui a été servi sur un plateau d'argent. En partie parce que Kate Mara, de deux ans son aînée, truste le petit et le grand écran depuis plus longtemps qu'elle.

Peu passionnée par le cinéma, Rooney décide d'apprendre en voyageant. En 2003, le bac en poche, elle part à la découverte du monde. L'Equateur, le Pérou, la Bolivie, l'Afrique du Sud ou encore le Kenya, elle ne se refuse rien et va partout. Mais surtout, elle s'intéresse à ce qui l'entoure, comme lorsqu'elle crée l'association caritative "Faces of Kiberia", qui vient en aide aux orphelins de ce bidonville kenyan.

A la Gallatin School de l'Université de New York, un établissement huppé et fréquenté par Christy Turlington et Anne Hathaway, elle étudie la psychologie et la politique sociale. Et tout ça en parallèle de ses premiers rôles ! L'appel de la scène étant plus fort, elle participe au dernier volet de la trilogie Urban Legend, un film qui sortira directement en DVD en France comme aux Etats-Unis. Mais peu importe, comme sa grande sœur, elle sait que la télévision peut être un bon écran de fumée, un moyen de gagner de l'argent et de se créer un réseau. Trois ans plus tard et après quelques rôles à la télé (New York, unité spéciale, Women's Murder Club, The Cleaner), voilà Rooney de retour au cinéma. Ce sera dans Dream Boy, un drame de James Bolton présenté au CIFF, le festival international du film de Chicago. Deux ans s'écoulent, les castings se font sans grande réussite et ses quelques rôles sont vite oubliés. Puis arrivent les années 2010 et 2011.

Des choix assumés

Si Be Bad et Freddy : Les Griffes de la nuit lui permettent de jouer avec des acteurs relativement connus (Michael Cera, Ray Liotta, Katie Cassidy, Kellan Lutz), c'est sans conteste son passage dans The Social Network qui lui ouvre de nouvelles perspectives. Dans le film de David Fincher, elle incarne l'ex copine de Marck Zuckerberg, celle qui lui aurait plus ou moins inspiré l'idée de Facebook. Son rôle n'est pas extraordinaire et elle n’apparaît qu'à de rares moments. Mais il n'y a rien à faire : avec ses grands yeux et son teint pâle, elle attire notre sympathie, elle est la fille qui a créé le monstre. Et si Jesse Eisenberg s'en sort à merveille, impossible d'oublier cette jolie brune constamment dénigrée et rabaissée par le geek.

Le film suivant, Millénium : Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes la place enfin sur le devant la scène. Adapté du roman de Stieg Larsson, elle sublime le film de David Fincher (encore lui) et va jusqu'à éclipser son collègue, l'anglais Daniel Craig. Le film est un succès commercial et rapporte deux fois et demi son budget. De plus, avec ses cheveux noirs coupés courts, son corps frêle, son amas de piercings et de tatouages, Rooney Mara tape dans l'œil de l'Académie et décroche une nomination pour les Oscars 2012, dans la catégorie meilleure actrice. Flegmatique, elle assure au Guardian : "J'ai fait pleins de choses sur le tournage de ce film, mais l'on réduit mon expérience à ma coupe de cheveux et au fait que j'ai appris à monter à moto. Ce n'est pas le plus important !" Millénium est son dixième film et son premier grand rôle. Si les votants lui préféreront Meryl Streep dans La Dame de fer, elle a le mérite d'avoir marqué les esprits pour un moment.

Mais celle qui a aujourd'hui 30 ans ne fait pas dans la facilité pour autant. Si ce ne sont pas les propositions qui manquent, elle refuse catégoriquement de jouer dans les blockbusters ou des grosses comédies comme Hollywood en sert tous les ans (petit clin d'œil à sa sœur). Rooney tient alors en 2013 l'un des rôles principaux d'Effets secondaires, mais manque de présence face à des Jude Law, Catherine Zeta-Jones et autres Channing Tatum que l'on ne présente plus. Le scénario est faible, la mise en scène de Steven Soderbergh sauve les meubles et le film fait un flop. La carrière post-Oscar commence mal. Ce qui ne l'empêche pas de dire dans Interview : "Quand je tourne un film, je suis ce que fait le réalisateur. Et parce que [Sorderbergh] nous a tous guidés sur ce film, j'ai décidé que ce serait comme ça que je bosserai désormais."

Pragmatique, Rooney prend conscience que pour ne pas être constamment mis en concurrence avec sa sœur, il va falloir faire mieux, aller plus loin. Les blockbusters ne lui siéent pas, ce n'est pas grave. Elle va se tourner vers le cinéma indépendant, les films un peu chiants, les réalisateurs intellos et toucher le jackpot. Dès 2013, Spike Jonze en fait l'ex femme la plus jolie de l'année dans Her, son dernier chef-d'œuvre. Dans Les Amants du Texas de David Lowery, elle est Ruth, soit l'atout charme et la raison d'être du film. Et enfin, Favelas de Stephen Daldry achève d'en faire une héroïne malgré elle du cinéma indé. Jamais dans l'excès ou l'outrance, l'actrice se pose là, récite son texte de manière sensuelle (mais pas trop) et marque le spectateur qui ne peut s'empêcher de demander à son voisin "Mais où est-ce qu'on l'a vue cette actrice ? Son visage me dit quelque chose !" Souvent comparée à Jennifer Lawrence et Anne Hathaway pour leur physique avantageux et leur facilité à parler sans langue de bois, Rooney affirme dans le New York Times : "Au lycée, les gens pensaient que j'étais bornée parce que je ne parlais à personne, alors que j'étais juste timide et peureuse. Cela dit, je vous assure que je suis super sympa !" avant de rouler des yeux et d'ajouter "Mais aujourd'hui, à mon âge, les gens peuvent penser ce qu'ils veulent."

La gloire pour bientôt ?

En une décennie, Rooney Mara a su prouver aux producteurs qui l'ont vu tourner que l'on pouvait être jolie, douée et discrète à la fois. Mais qui sait, cela pourrait bientôt changer. Pas forcément avec Carol de Todd Haynes mais après. Dans ce drame, Rooney Mara est une jolie vendeuse dont Carol (Cate Blanchett) s'éprend, en pleine Amérique des années 1950. Road trip, paysages somptueux et sensualité sont au programme. Mais un passage à Cannes et la célébrité ne lui font pas peur à Rooney. La tournée des festivals, elle l'avait fait pour Les Amants du Texas et elle assure allègrement dans The Guardian : "La 'next big thing' arrive en permanence dans ce milieu. J'imagine que je ne mesure pas vraiment ce que les [journalistes] pensent de moi."

Rien à voir donc avec le Pan de Joe Wright et Warner Bros, où l'on retrouvera Rooney en Lily la Tigresse. Pour ce rôle, les noms de Lupita Nyong'o et Adèle Exarchopoulos avaient été avancés. D'abord annoncé pour juin, puis juillet, c'est finalement en octobre que sortira cette grosse production qui regroupe Hugh Jackman, Amanda Seyfried, Garrett Hedlund et Cara Delevingne. Ne reste plus qu'à espérer qu'elle saura tirer son épingle du jeu. Mais à en croire les dernières déclarations de Miguel Arteta (le réalisateur de Be Bad) dans Entertainment Weekly, il n'y a pas à s'inquiéter : "Rooney Mara? C'est une actrice exceptionnellement talentueuse. Elle possède cette combinaison parfaite de mystère et de familiarité qu'il faut pour créer une star de cinéma ! Elle saura gérer le star-system : c'est une femme extrêmement confiante pour son âge."

Wyzman


 
 
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