Amat Escalante cumule les prix de la mise en scène. Après celui à Cannes pour Heli, il a obtenu, de manière toute aussi méritée ce prix à Venise pour La région sauvage. L'ancien assistant de Reygadas a su imposer son style et ses récits originaux. Cette fois-ci, entre sexe et fantastique, psychodrame et allégorie, le cinéaste réussit une fois de plus à nous fasciner.



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LE PHOENIX





Michael Keaton n'est pas mort! Si l'Amérique aime particulièrement les come-back tonitruants, force est de constater que nous aussi. Ceux un peu plus sobres, ceux qui se font au bon moment, ceux qui semblent inespérés. On aime les vainqueurs, on aime les talentueux, on aime les comiques. Et avec Michael Keaton, nous sommes servis. Avec Birdman, un film prodigieux mais non moins vertigineux, récompensé par 4 Oscars (dont celui du meilleur film), l'acteur déjanté de 63 ans y livre une performance extraordinaire. Sans doute la meilleure de sa carrière - qui fait écho à sa prestation mémorable dans Beetlejuice évidemment.

Fils d'un ingénieur-civil et d'une mère femme au foyer, Keaton nait en 1951 en Pennsylvanie. C'est d'ailleurs dans cet état qu'il passe toute son enfance, avec ses trois frères et ses trois sœurs. Rien que ça ! Doué dès son plus jeune âge pour la comédie (le petit imite Elvis Presley à merveille), il tombe amoureux du grand écran grâce à la télévision d'occasion dénichée par son père. Paradoxe total. Comme beaucoup, il se lance dans le cinéma après avoir arrêté ses études d'art dramatique. Parce que nommé Michael John Douglas à la naissance, il est contraint de changer de nom une fois parvenu à Hollywood. Et à propos de ces deux homonymes, l'acteur s'amuse : "L'un d'entre eux va bien d'après ce que j'ai entendu dire. Quant à l'autre, il tourne des films porno super cheap, façon Basic Instinct." D'abord assistant de production, il finit par dégoter des rôles dans des comédies telles que Night Shift (1982) ou Johnny le dangereux (1984). Mais le film qui le lance, c'est bien évidemment Beetlejuice. En bio-exorciste pervers, grossier et un brin taré, Keaton illumine un film bien sombre et vole rapidement la vedette à Alec Baldwin. Nous sommes en 1988 et sa rencontre avec Tim Burton va changer sa vie !

Chevalier noir

Suite au succès du film, les deux s'associent à nouveau pour Batman, dans lequel Michael Keaton campe un Bruce Wayne bon, sexy, atypique. Si aujourd'hui nous avons le recul suffisant pour émettre ce genre de commentaires, force est de reconnaître qu'en 1988 (lorsque Warner a annoncé le casting), il n'y avait pas grand monde parmi les ravis. Pour preuve, la société de production a reçu pas moins de 50.000 lettres de fans en colère. Michael Keaton était trop drôle, trop, trop comique, pas assez sérieux ou bien crédible. En d'autres termes, les fans ont peur qu'il ne salissent la mémoire du justicier masqué. Cela étant, après la très décevante série télévisée des années 1960, faire plus mauvais qu'Adam West aurait relevé de l'exploit !

Mais ce n'est pas grave, Tim Burton veut Michael Keaton. Tim Burton aura Michael Keaton. Malgré ses détracteurs, le film est également un succès - public avec plus de 411 millions de dollars de recettes à travers le monde. La suite, Batman le défi (1992), ne connaît pas le même destin et termine sa carrière avec "seulement" 266 millions de dollars. Rapidement, Tim Burton sent le vent tourner et quitte le navire alors qu'un troisième épisode est en préparation. Michael Keaton lit le script et fuit également. L'histoire nous a prouvé qu'ils ont eu raison.

Star déchue

S'ensuit toute une flopée de films à peine notables, de comédies ratées, de seconds rôles insignifiants et cela pendant près de deux décennies. Il n'est pas mauvais comédien, mais les films sont médiocres. Keaton s'affiche quand même dans Beaucoup de bruit pour rien de Kenneth Branagh, The Paper de Ron Howard, Multiplicity d'Harold Ramis (sans doute sa comédie la plus réussie) et Hors d'atteinte de Steven Soderbergh. Mais il est déjà classé en second-rôle et après 1998, sa carrière décline, son étoile pâlit, bref il se fait oublier.
A ceux qui, comme Barack Obama, lui demandent pourquoi il arrêté de tourner, Michael Keaton répond de manière lucide : "Je [n'ai] pas disparu. (…) Certains de mes films n'ont pas toujours eu beaucoup de succès ou n'ont été vus par personne." Mais parmi tous ses films, on garde bien évidemment Jackie Brown (1997), Cars (2005) et Toy Story 3 (2010), dans lequel il prête sa voix au génial Ken.

Résurrection

Si l'on comprend pourquoi il a accepté de jouer dans RoboCop de José Padilha (le réalisateur est très engagé politiquement), on préfèrera oublier ce rôle dans Need For Speed version 2014, un ersatz vraiment peu inspiré de Fast and Furious. Par chance, entre les deux, Michael Keaton a accepté de participer à Very Bad Cops d'Adam McKay. Et face à Will Ferrell, Mark Wahlberg, Dwayne "The Rock" Johnson ou encore Eva Mendes, l'acteur crève l'écran et marque l'esprit du spectateur à chacune de ses apparitions. Un comble pour l'acteur qui n'est là qu'en renfort. Il en déjà à jouer les guests de prestige, l'acteur "vintage" qui fait un clin d'oeil à un cinéma du passé.

Mais si les années 1990 et 2000 ont été une période de disette, on a du mal à croire que cette décennie le sera également. En particulier après le succès mérité de Birdman d'Alejandro Gonzalez Inarritu. Auréolé de quatre Oscars (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario original et meilleure photographie), le film présenté comme un unique plan-séquence de près de deux heures lui a déjà valu un Golden Globe. Alors oui, l'Oscar était mérité mais un Eddie Redmayne s'est mis en travers de son chemin. Pas grave, comme Michael Keaton ce dimanche 22 février, nous avons simplement rangé notre discours de remerciements/félicitations. Car les déculottées, cela arrive à tout le monde, même aux meilleurs d'entre nous. Humble, il avoue au Guardian : "Tous les acteurs et les actrices font partie de ma famille. Ce n'est pas cool de nous comparer, de constamment nous opposer. Ça n'a rien de poli !"

Si l'époque où on lui proposait quinze millions de dollars pour un film (Batman Forever par exemple) est désormais loin derrière, Michael Keaton ne compte pas rester inactif. Sa traversée du désert lui a permis d'élever son fils (Sean Douglas, issu de sa relation avec l'actrice Caroline McWilliams). Aujourd'hui, il est plus que jamais prêt à tourner des films. Car à la manière du héros de Birdman, Riggan Thomson, un acteur sur le retour, Michael Keaton a une petite voix dans la tête. Et cette petite voix ne lui dit pas n'importe quoi. En décembre dernier, il déclarait : "Cette voix dans ma tête est surexcitée ces temps-ci. Elle me dit 'Si tu avais dit non à Spotlight [film sur les cas d'abus sexuels sur mineurs mettant en cause l'église catholique], tu aurais pu te reposer. Tout ce que tu avais à faire c'est dire non et là, tu pourrais être en train de glander.'" Mais entre nous, il vaudrait mieux qu'il ne s'arrête pas de tourner car après l'avoir vu en slip dans Times Square, on a réalisé qu'il nous avait bien manqué le Keaton.

D'un naturel très discret, il ironise dans le Telegraph : "Je ne réfléchis pas à deux fois quand il s'agit d'enlever mes vêtements et de courir sur Times Square. Mais je ne veux pas que les gens sachent quoi que ce soit de moi." Si l'on comprend cette volonté de rester éloigné des sirènes et des flashes crépitants de Hollywood, on doute que son statut d'acteur à nouveau bankable - et désormais oscarisable - ne le rende particulièrement heureux. La rançon de la gloire, diront certains. Ou peut-être est-ce une manière de rattraper le temps perdu, de retrouver un homme que l'on avait (presque) oublié et dont on ne veut plus se passer.

Wyzman


 
 
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