Cinq ans après Nymphomaniac, Lars von Trier est de retour avec un film perturbant. Normal pour un cinéaste perturbé? L'artiste n'est-il pas le psychopathe du film? Toujours est-il que 7 ans après son bannissement de Cannes, le réalisateur danois est revenu sur la Croisette avec The House That Jack Built, hors compétition. A 62 ans, LVT a encore la vie devant lui mais aussi des scandales de harcèlement aux trousses.



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LA PRETENDANTE





Il serait facile de croire que Shailene Woodley est une nouvelle Jennifer Lawrence. Certes, leur parcours semble assez similaire : des films indépendants où elle a rapidement brillé tant son jeu épatait, une trilogie d’origine littéraire, à tonalité fantastique, où elle incarne une héroïne qui n’a pas froid aux yeux, une série de succès critiques et publics, et puis, bien sûr la jeunesse, la joliesse, la finesse. Tout cela en effet ferait de Shaileene Woodley, une Jennifer Lawrence bis. Pas moins bonne mais pas encore starifiée.

Car l’année 2014 aura été un cap que l’étoile montante d’Hollywood a su franchir sans peur. A peine 23 ans, et déjà au sommet du box office avec deux films radicalement différents : le mélo Nos étoiles contraires et le blockbuster Divergente. La californienne a mis douze années pour atteindre ce statut. Les parents, issus du milieu éducatif, n’ont rien fait pour la pousser à ce métier périlleux. Dès ses 13 ans, elle est remarquée dans un téléfilm, Des rêves de lendemain. Après plusieurs rôles pour la télévision (séries comme Preuve à l’appui, Les experts, Cold Case, Earl, et téléfilms), elle embarque dans La vie secrète d’une ado ordinaire : 121 épisodes où elle tient la vedette et gagne en popularité.

Au cinéma, il faut attendre 2011 pour réellement la découvrir . Elle incarne l’ado mal dans sa peau, fuguant de son pensionnat, buvant de l’alcool dans The Descendants d’Alexander Payne. Fille de George Clooney, dans la film, elle affronte la mort de sa mère, entre détachement et détermination. L’intensité dramatique de son jeu la révèle immédiatement. Elle obtient le Trophée Chopard au Festival de Cannes, récompensant les gloires montantes, un Independent Sport Awards et une nomination pour un Golden Globe du meilleur second rôle.

Woodley enchaîne alors avec The Spectacular Now, qui lui vaudra un prix d’interprétation au Festival de Sundance, partagé avec son alter-ego masculin Miles Teller, autre star en devenir. Ils se recroiseront dans Divergente. Dans The Spectacular Now, Woodley et Miller incarnent un jeune couple en construction, piégés par leurs névroses : l’alcool pour lui, la solitude et l’introversion pour elle. Ce rôle, entre tragédie et sentiments, est une aubaine pour une jeune comédienne. Elle affirme ici sa maturité, et prouve par la singularité de son choix, qu’elle a un flair pour les personnages forts.

La jeune fille (qui change de cheveux comme de rôles) s’est déjà imposée dans la tête des cinéphiles, toujours amateurs de nouveaux visages (gracieux) et de belles performances. Pas étonnant que les studios envisagèrent de faire d’elle Katniss Evergreen, l’héroïne de Hunger Games, rôle qui échouera finalement à Jennifer Lawrence. Sony avait également failli la choisir pour être la nouvelle Mary Jane Watson dans le reboot de Spider-Man. Hollywood distinguait déjà le potentiel qu’elle avait en elle.

Elle héritera de la franchise Divergente.

Pourtant, avant cela, elle avouait qu’elle était arrivée dans le métier par accident. Elle ne sentait pas l’âme d’une comédienne. Et c’est devenu une passion « malsaine », selon ses propres mots : « c’est mon hobby ». Ajoutant que le jour où ça deviendra un travail, elle quitterait les plateaux. Ecolo convaincue, s’alimentant uniquement de produits bio, admiratrice des actrices européennes (Kate Winslet, Marion Cotillard, Mélanie Laurent), ennuyée qu’on ne lui propose jamais de comédies, positiviste, Shailene est dans l’air du temps. Elle aime la mode, déteste ces personnages féminins stéréotypés fabriqués par les studios. Fabriqué : le mot revient souvent dans sa bouche dans les interviews. Elle trouve Hollywood artificiel. « Rien n’est réel ».

Pour le reste, elle fait confiance à son intuition. Elle doit tomber amoureuse de ses scénarios : « si j’ai des papillons dans les yeux, je me battrai pour avoir le film ». On se doute bien malgré tout qu’il y a des pressions d’agents, des calculs de carrière quand elle accepte le personnage de Beatrice « Tris » Prior dans Divergente, qui sera un succès international et lui promet au moins deux autres films à faire pour compléter la saga.

Mais cela ne l’empêche pas de choisir aussi le rôle de Hazel dans l’adaptation du roman culte Nos étoiles contraires, qui sera numéro 1 du box office nord américain le week-end de sa sortie, en pleine saison des grosses productions d’action. En jeune fille attendant la mort, cancéreuse sans espoir, elle sauve le mélo romantique et dramatique grâce à un jeu très juste et une humilité bienvenue. Cet esprit d’indépendance se retrouve aussi quand elle accepte de jouer pour Gregg Araki, dans White Bird in a Blizzard : l’histoire d’une jeune fille qui apprend à se connaître alors que sa mère vient de disparaître dans la nature. Elle a encore l’âge de ces personnages qui s’initient à la vie, à travers la sexualité ou les rêves. Dans quasiment tous ses films, Woodley s’aventure dans les songes, les fantasmes et la littérature, tout en étant terre à terre et en draguant les garçons. N’est-ce pas un auto-portrait qui se dessine ? Dans Divergente, elle n’est pas « l’élue », elle est la différente, celle qui n’appartient à aucun clan, qui dissimule leurs secrets, qui ne veulent pas des étiquettes. Là où Jennifer Lawrence est une battante malgré elle, Shailene Woodley assume le fait qu’elle est d’ailleurs et qu’elle peut, un jour, aller se réfugier dans une ferme ou au milieu des bois.

On ne la comparera pas plus à Lawrence. Ce serait une facilité, indigne du talent des deux actrices. Si Shailene a réussi, justement, à se faire une place en quelques années, malgré la concurrence de ses (jeunes) ainées, c’est bien parce que son jeu, à la fois instinctif et maîtrisé, dans des films relativement universels et ancrés dans leur époque, n’a laissé personne indifférent. Bien sûr, elle a tout pour charmer. Dans chacun de ses films, on décèle déjà la femme qui est en elle, la personnalité qu’elle dégage, qu’elle est parvenue à nous conquérir si vite. Espérons qu’elle ne croise pas une étoile contraire, ou qu’elle ne devienne pas une étoile filante.

vincy


 
 
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