Guillaume Canet ne savait rien du scénario et a du improviser durant six jours pour interpréter le rôle d'un père devenu fou pour retrouver son Garçon. Après le succès correct de Rock n'Roll, le cinéaste retrouve ainsi le plaisir de jouer: on l'attend chez Gilles Lellouche, Cédric Anger et Olivier Assayas.



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LA TÊTE DU TUEUR





Michael Shannon est tendance depuis quelques années. Sans doute parce que l’excellence de son jeu lui permet d’être, sur scène comme à l’écran, capable de jouer les maris dépressifs comme les assassins inquiétants. Il correspond surtout à un profil hollywoodien : le second rôle viril, celui dont la gueule marque les mémoires, qui, au fil des succès critique ou/et public, devient l’atout d’un casting et même le personnage central d’un grand film. Comme Dafoe à son époque, Brolin plus récemment, Shannon fait partie de ces acteurs qui n’ont jamais eut la tête du jeune premier mais ont toujours su avoir la tête de l’emploi.

Il a fait ses débuts il y a 20 ans ; il avait d’ailleurs à peine 20 ans. Difficile d’imaginer qu’il soit là depuis si longtemps, sans avoir été vraiment remarqué. Difficile aussi de voir en lui un « jeune homme » tant son allure et son visage sont celui d’un homme plus mûr. Et pourtant, Michael Shannon, après une dizaine d’années de personnages secondaires, voit sa carrière décoller en 2006.

Avec Bug, il reprend le rôle qu’il avait créé sur scène, devant la caméra de William Friedkin. Il partage l’affiche avec Ashley Judd, qu’il avait déjà eu comme partenaire dans Crimes et pouvoirs. Petit budget facilement rentabilisé qui fut l’une des sensations de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, où il remporta le prix de la Critique internationale. Shannon incarne un vagabond qui bascule dans la folie paranoïaque, imaginant des insectes s’infiltrant sous sa peau. Il porte l’angoisse à son paroxysme dans ce thriller claustrophobe. La même année, il est l’un des Marines qui va sauver le pompier Nicolas Cage piégé sous les décombres du World Trade Center dans le film éponyme d’Oliver Stone.

Avant cela personne ne se souvient de son premier passage au cinéma dans le culte Jour sans fin, où il croisait Bill Murray. Il a pourtant tourné avec Keanu Reeves (Chain Reaction), Maggie Gyllenhaal (The Photographer), Colin Farrell (Tigerland), Melanie Griffith (Cecil B. Demented de John Waters), Ben Affleck (Pearl Harbor, où il était l’un des innombrables lieutenants), Tom Cruise (Vanilla Sky), Will Smith (Bad Boys II) ou encore Kevin Bacon (The Woodsman).

De films de genre en drames et même quelques comédies (très vite oubliées), Shannon n’est pas clairement identifié hormis peut-être dans 8 Mile, le « biopic » sur Eminem, où il interprète le petit ami de Kim Basinger, violent et lunatique. Le cinéaste Curtis Hanson le reprendra pour un autre film, plus médiocre, Lucky You.

Puis il rencontre un certain Jeff Nichols. Le jeune cinéaste lui offre le premier rôle de son premier film, Shotgun stories. Histoire de frères après la perte du père. Shannon, né dans le Kentucky, se retrouve dans les paysages de l’Arkansas, pas très loin. Le film fait les beaux jours des festivals mais scelle surtout un duo réalisateur/acteur qui fera parler de lui quatre ans plus tard.

C’est pourtant à partir de ce moment là que le déclic se fait, que les choix s’affinent même pour des tournages qui ne lui prennent pas plus d’une semaine. Sidney Lumet (7h58 ce samedi là), Werner Herzog (Bad Lieutenant), Géla Babluani (dans le remake de 13), … Herzog le réemploiera d’ailleurs pour la variante de la tragédie grecque Electre avec le film Dans l’œil d’un tueur. Shannon y est impressionnant, maniant les subtilités dramatiques comme un Pacino ou un Hoffman. Hollywood l’a bien repéré désormais avec sa taille imposante (1m93), son talent pour l’ambivalence et la folie, sa voix chaude mais autoritaire, ses yeux bleus perçants, ce physique qui rappelle Requin dans James Bond. Il a déjà récolté pas mal d’honneurs avec Les noces rebelles de Sam Mendes, où, aux côtés de DiCaprio et Winslet, il interprétait le fils un peu dérangé de Kathy Bates. Il sera même cité aux Oscars pour ce personnage. La folie est sa marque de fabrique. Avec Les noces rebelles, il en devient même le spécialiste, se distinguant ainsi du binaire bon/méchant, flic/voyou et autres stéréotypes hollywoodiens. Il explore toutes les facettes de l’aliénation dès ce film.

A croire que les névroses et psychoses lui conviennent. Oublions Jonah Hex, énorme four, puisque Michael Shannon et Jeff Nichols vont frapper fort en 2011. Nichols, pour Shannon, c’est le nouveau Scorsese. Et il est son De Niro. Dans Take Shelter, l’acteur joue un col bleu, bon époux et bon père de l’Ohio. Mais l’homme fait des cauchemars étranges anticipant l’arrivée d’une tornade meurtrière. Il en devient schizophrène et paranoïaque. Tout son jeu consiste à intérioriser ses tourments, à accentuer le trouble avec peu d’effets, habitant corps et âmes les scènes apocalyptiques comme les plus intimes. C’est là tout le génie de ce comédien : il est capable de nous transporter avec une scène insignifiante ou de transformer un mauvais plan en une séquence intéressante.

Il ne se laisse pourtant pas aller à tourner dans des blockbusters, préférant des œuvres plus engagées ou plus personnelles comme Return (Quinzaine des réalisateurs), Machine Gu ou Mud, de Jeff Nichols de nouveau, en compétition à Cannes en 2012, même s’il n’y avait pas le rôle principal. Il s’amuse au sale flic pourri dans Premium Rush. Il se métamorphose, méconnaissable, dans The Iceman, pour incarner le tueur à gages de la mafia Richard Kuklinski : homme ordinaire le jour, assassin la nuit. Shannon n’est-il jamais aussi bon que lorsqu’il est dangereux et menaçant ?

Touche à tout, vedette récurrente de la série Boardwalk Empire (en flic bigot et ambivalent), produite par Scorsese, toujours présent sur les planches (il est l’un des actionnaires du théâtre A Red Orchid à Chicago), il célèbre ses 20 ans de carrière avec la superproduction hollywoodienne de l’année, Man of Steel de Zach Snyder (produit par Christopher Nolan). Shannon a l’honneur d’être le salaud de l’année avec le personnage du Général Zod, mégalo et malicieux.

Malgré les similitudes que l’on peut trouver dans ses différents rôles, Shannon se défend de jouer toujours le même genre de personnages. La folie des hommes qu’il incarne contraste avec sa sobriété apparente. Il fait confiance aux nuances qu’il peut apporter à chacun d’entre eux, aime lâcher prise quand il s’agit de ne pas se répéter. Ses plus grandes performances sont bonnes pour l’asile. Shannon est le psychopathe rêvé, comme Walken le fut. Il n’est pas dans l’extravagance à la Hopkins en Hannibal.

Il a conscience que sa gueule, cette mâchoire forte, peut le limiter dans ses choix tant les directeurs de casting fonctionnent par facilité. L’homme de théâtre a de toute façon une préférence pour les films indépendants, qui se tournent plus librement, avec davantage de créativité. La célébrité l’ennuie. Il n’envisage son métier que par rapport à des projets qui peuvent le stimuler. Sans ambition ? Peut-être pas. Mais humble certainement. Il avoue à longueur d’interviews qu’il aurait pu mieux faire, à chaque fois. Il se fiche que les incultes n’aient vu que 8 Mile ou Bad Boys 2. Le monde est fragile, une tornade peut l’envoyer en l’air : ce qui compte ce n’est pas tant l’abri luxueux qui peut éventuellement tout emporter mais ce qui va être emporté par le vent. Pour lui, il y a l’amour, la vie et son art. Shannon finalement est très loin des rôles qui l’ont rendu si attachant et même fascinant pour les cinéphiles.

vincy


 
 
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