James Gray a écrit The Lost City of Z il y a neuf ans. le projet est en développement depuis 6 ans. Et cela valait le coup d'attendre: c'est sans aucun doute son œuvre la plus ambitieuse, l'une de ses plus belles et la plus fascinante. On l'attend désormais avec Ad Astra, son projet SF. Espérons qu'il ne mette pas autant de temps à le réaliser.



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POUPÉE ROUSSE





Elle n’est plus si jeune, ce qui est une gageure dans un Hollywood obsédée par la fraîcheur. Elle n’a pas choisi non plus la voie de la facilité : les comédies romantiques, les blockbusters (elle a annulé sa présence dans Iron Man 3 et Oblivion), ou même les biopics (elle a laissé tomber Diana). Jessica Chastain est un mystère, ne correspond à aucun canon de beauté formaté par les studios – ni grande, ni fine, ni blonde, ni bronzée - et pourtant… En 5 ans, elle est passée du statut de jeune comédienne à celui de valeur sûre oscarisable. Pas si étonnant pour cette rousse qui admire Julianne Moore, Isabelle Huppert et Tilda Swinton. Avant tout l’audace, la prise de risque, la diversité des genres, l’exigence de bons cinéastes. Le goût pour le drame et le mélo. Jessica Chastain l’avoue : c’est un puits à larmes infini, sur commande. De quoi émouvoir en un seul plan.

Déjà considérée, à juste titre, comme une « grande », l’actrice a séduit les vétérans pour en arriver là. Robin Williams qui l’a aidé à travers une bourse pour qu’elle se forme à la prestigieuse Juilliard School. Un rêve pour une enfant de prolos. Philip Seymour Hoffman qui l’enrôla dans son Othello, pour l’accompagner sur scène en tournée. Al Pacino enfin, qui l’engagea pour être sa partenaire dans la pièce Salomé et la recommanda à Terrence Malick, qui la choisira pour être l’épouse de Brad Pitt dans The Tree of Life.

Une femme complexe

Par petites touches, elle s’impose. L’ex-coloc de Michelle Williams a mis du temps. Si aujourd’hui, elle est incontournable dans le cinéma d’auteur américain, il reste surprenant qu’elle ait du attendre d’avoir la trentaine (sa date de naissance officielle n’est pas connue) pour accéder à ce statut. Cette lente maturité vient sans doute d’un manque de confiance en elle. Ses parents n’avaient aucun rapport avec les arts. C’est sa grand-mère qui l’a initiée en l’emmenant au théâtre, en lui payant des cours de danse, en la motivant à s’inscrire à Juilliard… Elle lisait Shakespeare plutôt que de jouer avec les ados. Chastain est une introvertie, une fille compliquée. La fille tranquille : celle qui préfère marcher au bord de la plage le matin, avec son chien, avant de prendre un thé dans un café et d’acheter quelques livres dans une librairie… Sa grâce et son émotivité, sa timidité et sa sagesse, feront le reste, construiront doucement la personnalité si étrange qui la distingue des stars puissantes qui l’entourent.

Elégante (égérie d’un parfum Yves Saint Laurent ironiquement nommé Manifesto), et même jugée parmi les stars les mieux habillées du moment (elle adore la mode), végétalienne, pratiquant le yoga, Chastain est tendance : le bio chic. Pour grossir, elle ne boit que du lait de soja là où un de Niro avalait des tonnes de pates. À travers ses interviews, on devine des opinions un peu conservatrices, sur un pilier solide d’humanisme. Une politesse non feinte également. Courtoise plus que courtisane. À part sa pratique du ukelélé, la femme paraîtrait presque ennuyeuse. En apparence. « Je ne paraît pas moderne. Je ne suis pas la fille qui arrive dans une pièce et sur qui les regards se tournent » explique-t-elle. Angoissée et véritablement sensible, avouant sans fards ses failles, on la devine aussi lucide et rebelle. Elle rejette tous plans de carrière. « Si je ne continue pas à me défier et à risquer des échecs, je n’ai rien à faire dans ce métier. Je ne cherche pas à être une célébrité, je veux être une actrice » confesse-t-elle. Elle tente ainsi de cacher sa vie privée dans une société qui exige une totale transparence concernant ses mythes.

Le jeu et le hasard

Seul son métier compte (même si son idéal est de fonder une famille). Jessica Chastain enchaîne les tournages : en dix ans, elle est à l’affiche de 9 téléfilms et 14 films ! Elle est en quête de personnages opposés à sa propre personnalité. Excitée à l’idée de transgresser ses peurs. Le travail est sa seule obsession. L’envie d’incarner des rôles féminins profonds, périlleux, ambitieux. Ses choix peuvent expliquer son succès actuel. Et donc son intuition.
Mais il y a deux autres aspects à prendre en compte : une certaine malchance au démarrage, un véritable talent à l’arrivée.

On l’a vu : avec son parcours théâtral, son physique et sa personnalité, elle dénote à Hollywood. Et lorsqu’elle obtient des rôles, ses films ne sortent pas. Wilde Salome d’Al Pacino a été sélectionné à Venise mais n’a jamais été distribué aux USA comme en France. The Tree of Life a mis trois ans avant d’être montré à Cannes. L’Affaire Rachel Singer a été mis de côté le temps que son studio, Miramax, soit vendu. Mais à chaque fois, ses films font le bonheur des grands festivals… « Je suis une fille de Festival à cause des cinéastes que je choisi , et c’est ce qui compte à mes yeux ». Et en effet, à chaque fois, on constate qu’il y a cette jeune femme, brillante, attirante, à l’écran. Pourtant, elle sait qu’elle subira un échec un jour, qu’elle décevra, qu’il y aura des bas, après avoir difficilement conquis le sommet.

Les racines du succès

Car Chastain est au top au début de l’année 2013. Depuis ses prouesses dans L’Affaire Rachel Singer (où elle mixait les doutes intimes à des scènes d’action façon commando), en jeune Helen Mirren, elle épate tous les cinéphiles. Elle brille dans l’apocalyptique Take Shelter, fabuleux film de Jeff Nichols. Présenté à Cannes la même année que le mystique The Tree of Life, elle devient la révélation de l’année. Dans le film épique de Terrence Malick, elle crève l’écran, à fleur de peau, magnifiée, créant une alchimie singulière avec Brad Pitt. Chastain renvoie la lumière aux plus charismatiques des comédiens : Pacino, Pitt, Shannon, Fiennes, Worthington, Hardy… Elle endosse différents costumes : épouse modèle et vulnérable, flic intraitable et obstinée, femme émancipée et protectrice…

Le deuxième déclic s’opérera quelques semaines après la Palme d’or pour The Tree of Life, avec un second rôle central (paradoxe) de La couleur des sentiments. Ce mélo populaire (gros succès au box office, raflant plusieurs nominations aux Oscars, dont une pour Chastain) la révèle dans un autre registre, qui finalement est assez symbolique des personnages qu’elle affectionne : une femme entre deux mondes (ici blanche mais antiraciste et amie d’une noire en pleine période de ségrégation), naviguant entre ses secrets, ses douleurs intimes et une apparente perfection, un devoir de ne rien dévoiler de ses souffrances. Elle touche, juste, et même parfois sublime.

Les sommets inattendus

Au début 2013, elle fait enfin sensation avec deux premiers rôles. Elle attise les regards et s’offre à la lumière des projecteurs. Mama, film surnaturel teinté d’horreur, cartonne au box office américain. Bankable en un week-end. D’autant qu’elle squatte les deux premières places du box office, grâce à un autre film, Zero Dark Thirty, leader la semaine précédente. Rarement une comédienne n’a monopolisé l’attention des spectateurs américains à ce point, au même moment.

Avec Zero Dark Thirty, elle impose sa force, son intensité, une certaine densité même. Nommée à l’Oscar pour le film de Kathryn Bigelow sur la traque de Oussama Ben laden, la comédienne est au cœur de l’actualité, entre polémique sur le film, succès en salles, prix pleuvant sur sa tête, et critiques dithyrambiques. La voici propulsée dans le star-système. Elle a la liberté de pouvoir dire non, l’expérience pour choisir à qui dire oui. Jessica n’est pas seulement la nouvelle « rousse », la jeune pousse en qui on place des espoirs. Elle est entrée dans la cour des grandes, à force d’obstination et de boulot. Ce ne sera peut-être pas une star, mais elle est sûre de conserver une place à part dans le cœur de cinéphiles qui vouent un culte à quelques uns des films qu’elle a déjà tourné. Comme Julianne Moore, plus glamour,, Tilda Swinton, plus excentrique, ou Isabelle Huppert, plus ambitieuse. Il lui reste à trouver le petit détail qui la rendra singulière au fil du temps. Elle a le temps puisqu’elle ne manque pas de talent.

vincy


 
 
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