Sara Forestier passe derrière la caméra pour son premier long métrage M, un film bancal, imparfait, naïf, fragile mais empli d'une irrépressible envie de faire du cinéma. La jeune comédienne a fait du chemin depuis L'Esquive et son prix de jeune espoir féminin en... 2004.



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FIRTH CREATURE





Depuis son émergence dans le milieu des années 80, Colin Firth a lentement creusé son sillon, avec labeur et obstination. Le comédien n’avait pas forcément le physique flatteur d’un Hugh Grant, le bagou humoristique d’un Rupert Everett, le génie créatif de Kenneth Branagh ou le style racé de Ralph Fiennes. Plus passe-partout, au point de le rouver parfois fade, souvent peu charismatique, dissoluble. Pourtant, le ton est toujours juste, le jeu sans emphase, le regard net.
Il souffre surtout d’une carrière aux débuts chaotiques. Pas de gros succès pour l’imposer, pas de grands personnages indetifiables.
Sa première apparition au cinéma date de 1984. Il a 24 ans. Il incarne un étudiant communiste dans l’Angleterre des années 30, qui se lie d’amitié avec un homosexuel ambitieux, dans Another Country. Le film est l’adaptation d’une pièce où Colin fit ses débuts un an plus tôt… dans le rôle de l’homosexuel. Premiers pas à Cannes puisque le film y est sélectionné.
Par la suite, il trouve de beaux emplois sur le petit écran, se retrouvant même face à l’immense Laurence Olivier dans la minisérie Lost Empires.
On le recroise au cinéma, et à Cannes (Un certain regard) dans A month in the Country, de Pat O’Connor, à la fois vétéran de la première guerre mondiale et artiste chargé de restaurer une église. La guerre il la retrouve dans le téléfilm Tumbledown, récit de la Guerre des Malouines en 1982, où Firth, officier de l’armée convaincant, obtient sa première citation aux BAFTA (Les Oscars britanniques).

Un Anglais très patient

Milos Forman va en faire son Valmont. Ce qui aurait du devenir son premier grand rôle. Cette imposante production internationale va pourtant souffrir de la sortie quelques mois avant des Liaisons dangereuses de Stephen Frears. L’oeuvre est ignorée par le public et les critiques, snobbé dans les Palmarès. Firth y est pourtant un Valmont très différent de celui de Malkovitch. Plus suave et plus dur, moins manipulateur, mais tout aussi romantique.
Le comédien hélas s’enferme dans un cinéma à costumes malgré des personnages beaucoup moins lisses qu’il n’y paraît. C’est aussi injuste car il participe à des projets dans d’autres genres. Appartement Zéro est doublement primé au festival du film policier de Cognac. Les ailes de la renommée, avec Peter O’Toole (et Marie Trintignant), est récompensé au festival du film fantastique d’Avoriaz et l’élu du public de Premiers plans d’Angers.
Mais ni ces films, ni les quelques uns qui suivent ne rencontrent le succès qu’il peut avoir à la télévision, souvent dans des œuvres au casting prestigieux.
C’est de nouveau Pat O’Connor, six ans après le Forman, qui va lui permettre de renaître au grand écran avec un second rôle dans Le cercle des amies. Firth a muri. Il ne subit plus la concurrence des bellâtres de vingt ans. Il peut se frotter à des rôles plus complexes, plus en adéquation avec son physique. Entre temps, Grant, Branagh, Fiennes et Everett se sont faits embauchés à Hollywood. La jeune garde (McGregor, Farrell, Law, Craig…) n’est pas encore tout à fait prête à prendre le pouvoir.
Au même moment il rencontre l’une des femmes de sa vie : Jane Austen.

D’Arcy forever

Il est passé à côté de toutes les adaptations pour le petit et le grand écran. Raisons et sentiments d’Ang Lee, sur un scénario d’Emma Thompson, se tourne sans lui. Et quand on lui propose de jouer le légendaire D’Arcy pour la minisérie Orgueil et Préjugés, il refuse. Avant de se rétracter et finalement d’accepter. Il gagne quelques prix et devient l’un des acteurs les plus populaires du pays. Pire, son nom se confond désormais avec D’Arcy.
De là tout s’enchaîne et devient un élément essentiel des castings les plus classes des productions à Oscars de Miramax. Il est choisi par Anthony Minghella pour être le mari terriblement vieil Angleterre, possessif et jaloux, de Kristin Scott-Thomas, irrésistement attiré par Ralph Fiennes dans Le Patient Anglais. Oscar du meilleur film. Il devient Lors Wessex dans Shakespeare in Love. Oscar du meilleur film. Deux énormes succès mondiaux. Entre temps il est un professeur fan de l’équipe d’Arsenal dans un délicieux scénario du grand Nick Hornby. Il fait afce à Michelle Pfeiffer, Jessica Lange et Jennifer Jason Leigh dans Secrets (A Thousand Acres), sorte de Roi lear dans les plaines du Midwest.
Puis de nouveau il replonge dans des films insignifiants qui le font vite oublier. C’est de nouveau D’Arcy qui va le sauver.

Le Journal d’une certaine Bridget Jones

Il s’appelle Mark. Il est beau, riche, gentleman, pragmatique, romantique « old fashion », et diablement attiré par une célibattante (pas tous les soirs) un peu maladroite et toujours gaffeuse. Bridget Jones. En rival d’Hugh Grant, il apparaît comme son exact opposé et le casting marche à merveille. Firth emportera le prix européen du meilleur acteur. Et les faveurs d’un public qui se déplacera en masse.
Dans L’importance d’être constant, de nouveau sélectionné à Cannes, il a Oscar Wilde en bouche, dans un rôle assez similaire face à Rupert Everett plus nonchalent et cynique. Il est l’Anglais conventionnel, raisonnable, mais pas coincé et toujours prêt à conquérir la femme qu’il désire, avec des mots ou avec des poings.
Pour les producteurs américains, il est l’archétype du britannique. Dans des comédies plus ou moins réussies, en premier ou second rôle, il empoche le cash avec des personnages qui se ressemblent.
Cependant, il se détache de la spirale d’échecs avec des choix plus propices, ou judicieux. Dans La jeune fille à la perle, il remplace ralph Fiennes et fait face à la grâce cinétique de Scarlett Johannson, incarnant le peintre Vermeer. Le film récolte des prix dans le monde entier, même si sa prestation est un peu ignorée. Il subit toujours cette critique d’être effacé derrière son rôle.
Il retrouve la chaleur du succès avec une comédie romantique « chorale » britannique, Love actually, où écrivain résident en France, il tombe amoureux de sa femme de ménage portugaise jusqu’à apprendre la langue de Pessoa. Le plus dur fut pour lui d’affronter les moustiques lors de la scène de la baignade dans le lac. Firth s’affirme de plus en plus dans un humour un peu décalé.
Invité pour la première fois du grand Saturday Night Live en 2004, il aura attendu la quarantaine pour être reconnu.

Un itinéraire singulier

Colin rejoue Mark Darcy dans la suite des aventures de Bridget Jones. L’âge de raison. On le voit dans Nanny McPhee, en brave père dépassé par ses sept progénitures. Il est moins convaincant dans l’action du péplum La dernière Légion. Atom Egoyan le confronte à Kevin Bacon dans La vérité nue, film noir mésestimé où l’amour fusionnel et l’amitié absolue conduit aux pires crimes. Nous écrivions à son propos lors de la projection du film au Festival de Cannes : « Firth mérite nos félicitations pour avoir brillamment incarné un homme a priori doux, philosophe, solitaire, et doté de forces obscures... » Malgré l’échec d’And When Did You Last See Your Father?, il manie davantage de subtilités avec ce personnage de fils (écrivain une fois de plus, métier qui correspond bien à son intériorité, sa discrétion) qui recolle les morceaux avec son père mourant. Les films, malgré les stars qu’il y côtoie, ne sont hélas pas toujours à la hauteur des scripts. Et à force d’interpréter les gendres idéaux, il ne parvient pas à capitaliser sur sa notoriété pour trouver un réalisateur qui saurait magnifier son talent et déchaîner son grain de folie. Car il n’est pas si sage, comme tous les Anglais, ce Colin Firth. Dans St-Trinan’s, comédie loufoque avec (encore) Rupert Everett, il y est son ancien amant et Ministre de l’Education capable de se travestir avec plaisir. Une suite est en route après son succès au Royaume Uni comme aux Etats-Unis.
Dans Mamma Mia !, triomphe international, il se prête au jeu de la comédie musicale, avec une certaine jubilation. De Winterbottom à Dorian Gray, il tente des incursions dans d’autres genres, plus auteurisant. Sans succès. Il revient à ses sources avec Un mariage de rêves, où en bon jouisseur, il pête enfin un peu les plombs et apporte la fantaisie et l’ironie qui rendent le film moins transparent.

C’est étrangement un premier film qui va le révéler comme grand acteur. A cinquante ans, il est Un homme au singulier, A Single Man. Tom Ford le rend séduisant, tourmenté, triste, désirable et désirant. Ce professeur qui veut mettre fin à ses jours, inconsolable veuf, va lui amener une ribambelle de prix et son premier BAFTA du meilleur acteur. Comme son personnage qui vit une journée où tout est clair et lucide, il trouve la quintessence de tout ce qu’il sait jouer, du drôle au drame, du soumis au déterminé, du maladroit au maîtrisé.
À l'instar de son personnage du Roi (bègue) George VI dans Le discours d'un roi, handicapé à l'oral, coincé par ses névroses, soutenu par sa femme, abattu par le poids de Histoire. Il excelle dans un rôle charismatique et grand public. Le film devient vite l'un des succès surprises de l'année et il récolte encore plus de prix et de citations que pour le Tom Ford. Deux années de suite, il devient l'acteur de référence dans le cinéma d'auteur populaire. Le "it-man" et le "hit man". Performance vocale, il trône tardivement sur le devant de la scène britannique. Les lauriers et couronnes n'ont rien de funéraire, au contraire : c'est comme le début d'une nouvelle carrière, où toute son expérience, sa subtilité s'harmonisent avec des projets originaux mais attrayants.
Colin Firth s’affirme alors comme un comédien qui a été mal employé pendant 25 ans. Capable de passer de la légèreté la plus lumineuse aux conflits introvertis les plus noirs. Loin de tout romantisme.

vincy


 
 
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