Luis Bunuel ressurgit. Belle de Jour et six autres de ses films, dont Le journal d'une femme de Chambre avec Jeanne Moreau, ressortent en salles. De quoi redécouvrir le maître de la liberté et du désir...



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YOLANDE OF FREEDOM





Deux fois césarisée, et des cachets limités à 50 000 euros. Il y a une énigme autour de Yolande Moreau. Adorée, culte, drôle, triste, loin du glamour, authentique, la comédienne est un personnage, un de ces caractères trempés qui peuvent être une gueule à second rôle autant qu’une vedette de films d’auteur.

La cinquantaine bien mûre, elle a d’abord joué les prolos, boulangère ou patronne de PMU. La faute à Varda qui l’a amenée au cinéma, en jouant une bonne dans un court métrage puis dans Sans toi ni loi. Elle continue d’ailleurs à jouer de temps en temps cette classe moyenne voire asservie, comme concierge ou préposée à la Poste.

Mais elle s’est anoblit : sorcière, reine, comtesse, bourgeoise ou conservatrice de musée. Désormais il y a une deuxième grande Moreau dans le cinéma français. La Yolande.

Une femme belge qui vient du One Woman Show. Sale affaire, du sexe et du crime est créé en 1982. Spectacle improbable où à la fois mime et clown, actrice et humoriste, elle séduit au fil des tournées la France entière. Cela conduira à ce film expérimental improbable et jouissif : Quand la mer monte… Premier César. Le décalé, elle en a fait son affaire. Elle était cancre mais vénérait la poésie. Capable de faire rire en pleurant à l’écran. Apte à faire passer toutes les subtilités de l’humanité même en odieuse criminelle. Elle vit à la Campagne, elle vit simplement. Marié, maman, grand maman même, Yolande Moreau cultive son potager, comme tout ce qu’elle fait, délicatement.

Son corps de géante, rond et massif, entraîne tout le reste. Son visage aux multiples expressions peut glisser de la joie à la tristesse. Mais elle vise plutôt le bonheur. Elle accepte d’être en dehors des sentiers battus, mais refuse de connaître le caniveau.

A la fin des années 80, après des années de théâtre pour enfant, de participations et figurations, Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff la découvrent et l’invitent dans la troupe de Lapin chasseur. Tout se déclinera en format petit écran, et grosse audience, sur Canal +, dans la série Les Deschiens, portrait acide de la France profonde.

Dans la foulée, elle devient Mme Wallace dans Le fabuleux destin d’Amélie Poulain. Tout le monde la remarque. Sa part dramatique et romantique est mise en lumière. Des auteurs comme Dominique Cabrera, Brigitte Roüan, Catherine Breillat, Albert Dupontel, Costa-Gavras ou Joann Sfar sont conquis par cette apparence du délire qui masque l’humilité de la tragédienne qui est en elle.

Yolande Moreau est surtout libre, surtout à ce tarif, de choisir les films dont elle a envie – même si les budgets sont casse-gueule – ou d’écrire les projets qui lui tiennent à cœur. Dans Quand la mer monte… elle vadrouillait, bricolait, mais son exigence et son envie d’aller chercher le public illuminaient les zones d’ombres. Elle a gardé son sourire de gamine.

Pourtant, en elle, brûle une foi dans son métier. Qu’elle soit une Louise tueuse de capitalistes ou une Séraphine peintre enfermée dans sa folie, la comédienne n’est jamais caricaturale. Son jeu est plutôt impressionniste, par petites touches, par gestes.

Inconditionnelle de Bukowski, grande lectrice, elle n’en oublie pas les mots. Le plaisir gourmand d’un texte. « Je suis pas une littéraire » prévient-elle pourtant. « Je fonctionne à l’instinct. Ma rencontre avec Jérôme Deschamps, c’est après une photo dans Libé. Je préfère écrire en images. »
Et les images qu’elle aime sont celles d’un Kaurismaki, à la marge, coloré, triste, passionnel, déjanté, rock. Un reflet déformant de ce qu’elle symbolise désormais au cinéma. Elle est un emblème de notre époque où le cynisme est conspué et l’humanisme idéalisé.

L’humain, voilà le matériau qu’elle préfère. La monstruosité et la beauté qui s’en dégagent. Ni star inaccessible, ni simple comique de proximité, Yolande Moreau, en bonne héroïne loachienne, est une grande dame débonnaire et généreuse, préférant un coup de cœur à un salaire disproportionné. Une résistante au système, en quelques sortes. C’est dans l’air du temps.

vincy


 
 
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