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Suzanne Clément
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L’HOMME MODERNE





Il lui a suffi d’un long métrage, le premier, pour s’attirer le respect de la profession et d’un public de cinéphiles en quête d’expériences sensorielles. Son style a pu en agacer certains mais s’il séduit c’est parce qu’il parvient à donner à ressentir ce que l’œil n’a pas la faculté de percevoir. Darren Aronofsky dit l’indicible, montre l’invisible, extériorise ce qui est intérieur. Les psychismes torturés de ses protagonistes imprègnent la pellicule et c’est là la principale force de ce réalisateur : il ne se contente pas de décrire des univers mentaux, il permet au spectateur de les pénétrer. Dès Pi, thriller psychologique à petit budget, financé au porte-à-porte à coups de billets de cent dollars récoltés par ci par là, il crée sa griffe. Un montage électrique, parfois proche du vidéo clip, et une utilisation virtuose de la bande son (fascinante musique de son compositeur fétiche, Clint Mansell, et bruitages sans relation avec ce qui apparaît à l’écran) qu’on retrouvera, en plus excessif, dans Requiem for a dream. Et surtout des récurrences. Car au fond, qu’il mette en scène un mathématicien génial, des junkies, un Don Quichotte lutant vainement contre la mort, d’un catcheur en bout de course ou d’une danseuse en quête de perfection, Aronofsky parle du cauchemar de la condition humaine dans son versant le plus intime et donc, universel. Ses découpages narratifs en trois actes – ou trois espaces/temps pour The Fountain – n’ont d’ailleurs rien d’anodin. Aronofsky ne filme pas des drames mais des tragédies. Celles d’individus qui courent après un rêve, semblent proches de l’atteindre et se heurtent à l’âpre béton d’une réalité aliénante régie par le consumérisme. D’abord nourris, puis dévorés par des ambitions idéalistes (trouver le vaccin contre la mort, comprendre et expliquer la nature par une séquence mathématique), artistiques ou plus prosaïques (accéder au bonheur artificiel ou matériel), ses personnages sont obsédés par des chimères d’autant plus cruelles qu’elles leur semblent palpables. Variations autour du même thème : l’apprentissage du renoncement.
Une notion spirituelle qui n’est probablement pas sans relation avec la religion juive dans laquelle le réalisateur a baigné enfant. Ironiquement, ses fans peuvent se réjouir du fait qu’Aronofsky ne possède lui-même aucune prédisposition au renoncement. Multi-primé et même “culte” grâce à Pi et à Requiem for a dream, le réalisateur doit pourtant continuellement se batte pour concrétiser ses projets. Il fait aussi face à plusieurs échecs cinglants dans sa carrière. Il aurait ainsi pu être le père du nouveau Batman, avec Bale, déjà, dans le rôle titre. Deux ans de travail en collaboration avec Frank Miller mais le projet n’aboutit pas. "Batman: Year One" sera remplacé par Batman Begins qui échouera à Nolan. The Fountain, son troisième film, aurait lui aussi pu ne jamais voir le jour. Initialement, il s’agit d’une production de 70 millions de dollars, avec Brad Pitt et Cate Blanchett. Mais Pitt, plus attiré par le cachet de Troie se retire du projet sept semaines avant le tournage, suivi peu après par sa partenaire, déclarant ainsi la mise à mort du projet. Aronofsky sombre alors dans la déprime et s’exile en Chine. Si le film renaît finalement de ses cendres, c’est grâce à un budget réduit de moitié et à un nouveau casting.
Eblouissante de beauté visuelle, l’histoire d’amour de Tommy (Hugh Jackman) et Izzi (Rachel Weisz, qui deviendra la compagne du réalisateur) constitue une œuvre ambitieuse et personnelle, aussi profonde qu’inspirée. Car au-delà de l’histoire romantique, Aronofsky a livré un bijou mystique et labyrinthique d’une étonnante complexité sur le sens de la vie et notre attitude face à la perte irrémédiable d’un être cher. Epuisé par cette expérience colossale et semée d’embûches que fut The Fountain, Aronofsky s’engage ensuite dans un projet plus académique : The Wrestler. Sobrement réalisé, ce vrai faux docu-portrait d’une ancienne gloire du catch ne se distingue pas par sa trame très classique mais impressionne par sa sensibilité et son réalisme. Il offre en outre à Mickey Rourke la chance de confirmer la renaissance qu’il avait entamée grâce à Sin City.
Avec Black Swan – thriller paranoïaque qui aura mis dix ans à éclore – le réalisateur passe du milieu du catch à celui non moins codifié de la danse classique. Et du portrait à la psyché. Un rôle en or pour Natalie Portman et des thématiques déjà abordées dans The Wrestler (prédominance du corps, supplice de la chair, passion destructrice, dépassement de soi, sens du sacrifice) mais la comparaison s’arrête là. Car Black Swan est un film éminemment mental, tout entier placé sous le signe de la dualité. Ici, le corps est un symptôme, un vecteur, un signifiant. Habilement digérés, les pseudo-rivalités, la séduction et tous les autres poncifs attachés au monde dans lequel le film prend pied servent moins d’instruments narratifs que de révélateurs psychologiques. Les registres symbolique (les jeux de miroirs), fantastique (thème du double), psychanalytique (mère surprotectrice, frustration et ambigüité sexuelle), métaphorique (le cygne) s’épousent pour composer la densité du chaos mental d’une danseuse obsessionnelle qui, contrainte pour son art de découvrir et d’assumer son ambivalence, n’hésite pas à s’abîmer dans la folie pour se transcender, jusqu’à la perfection tant désirée. Leitmotiv aronofskien par excellence.

Karine


 
 
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