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SAKE FRAPPE





Il y a une sorte de schyzophrénie chez Kitano. Ou un profond malentendu, perpétuel. Certains y voient un funambule, comique, un fou furieux qui cumule ses émissions TV et ses tournages ciné. D'autres un cinéaste génial, croisement entre Scorsese et Kurosawa (son modèle), s'essayant à tous les genres, mélangeant l'onirisme, la violence et le style. Les deux étiquettes s'influencent certainement...

Destin en furie
Takeshi Kitano est né d'un père proche des yakusa (mafia japonaise), dilapidant son argent dans les jeux, et qui lui inspirera le personnage de Kikujiro. Sa mère, diplômée de l'école normale, lui permettra d'atteindre le niveau universitaire. Mais Kitano, clown triste dans l'âme, a suivi un itinéraire plus étrange, des manifs des années 60 aux cabarets de strip-tease, formant son talent et accentuant ses dons, il s'exerce dans l'art du mansaï dans les années 70. Un art où l'improvisation verbale le dispute à la rapidité d'élocution. Il forme alors un duo, es Two Beats, qui lui amènera son pseudo, BEAT TAKESHI, véritable synonyme de sa célébrité. C'est le début de son ascension au Japon. De cette période, il en fera un bref aperçu dans son film Kids Return.
En 80, il se transforme en animateur de télévision, souvent vedette de shows comiques et satyriques, de programmes scientifiques, ou encore des nocturnes (avec blagues de cul exigées). Insolent, impertinent, provocateur, et surtout star de la petite lucarne, il devient une figure essentielle de la culture japonaise. En 82, il passe au cinéma.

La violence au bout...
Nagisha Oshima (L'empire des sens) l'engage alors pour qu'il incarne le Sergent Hara, tragique bouffon, dans Furyo (avec David Bowie et Riuychi Sakamoto). Ils se retrouveront 18 ans plus tard dans un film explorant l'homosexualité, l'honneur et les samouraïs. Entre temps, Kitano continue de jouer des personnages en demi-teintes. Dans le Téléfilm Okubo Kiyohi no Hanzai, un vrai succès, il esquisse ce que seront ses flics et ses gangsters dans ses propres films.
En 89, on lui propose un rôle de flic violent dans un film de Kenji Fukusaku, pape du polar de série B . Mais le vétéran refuse de diriger un acteur dont le planning est morcellé par ses temps de télé. La production demande à Kitano de passer derrière la caméra. Proche des flics d'Eastwood dans leur côté réac et sanglant, Kitano n'oubliera pas son humour, ce qui conduira tout ce film, et les suivants, à un paradoxe absurde entre violence et comédie.
Autre paradoxe : sans être des hits et en ayant des difficultés à s'exporter, tous ces films deviendront cultes.
Kitano, sans formation de réalisateur, prend goût au métier. Cet "amateur" soigne avant tout ses images, diminue ses répliques (ne se trouvant pas bon acteur), et assume son statut d'auteur. Il enchaîne les réalisations, année après année. Jugatsu, allégorique et excessif, lui permet déjà d'installer un de ses thèmes de prédilection, soit l'initiation d'un jeune par un marginal. A Scene at the Sea, son premier film non violent, presque loufoque, le conduit sur les terres cinématographiques de l'émotion, des sentiments, et ce toujours à travers le regard d'un jeune, de son innocence, et de la marginalité. Exclus, Kitano? A part, certainement. Sans repères et sans étiquettes, instinctif et doué.

En Sonatine majeure...
Il essaye tout, baffouant parfois la grammaire académique du 7ème Art, la poussant à son paroxysme, inventant son propre langage, son style forcément singulier. Il écrit et monte lui même ses films, et depuis 93, Joe Hisaishi, le compositeur du maître Miyazaki lui fait toutes ses musiques.
Le plus expérimental de tous, le plus "cinglé" selon ses propres termes s'appelle Sonatine. Ce polar le révèle en Occident, lui ouvre les portes des cinémas d'art et d'essai des grandes capitales, et l'ancre dans ce genre qu'est le polar asiatique. Il incarne là un yakusa clownesque, dépressif, rebelle. Film stylisé et noir, il séduit Cannes, Tarantino, Scorsese... Et lui revendiquera chacun de ses films comme un peintre signe ses tableaux.
Sonatine ne lui apportera pourtant aucune reconnaissance dans son propre pays. Ras le bol, Kitano se lance dans une farce, par pur esprit de contradiction. Getting any? est son seul film en adéquation avec sa carrière télévisuelle. Comme s'il voulait résoudre l'impossible équation du malentendu entre l'auteur de cinéma et le comique de la télé. Une grosse loupe déformante sur le Japon, avec un mauvais goût certain. Et toujours cette tentation de l'auto-destruction (la plupart de ses rôles sont des suicidaires ou des dépressifs).
La farce tourne mal. A force de se moquer du rire, la vie lui fait une sale ironie : Kitano a un accident de moto quasi fatal. Des cicatrices, un tic, et un regard plus grave, Beat Takeshi se met à peindre. Et à voir la vie différemment, plus zen, moins léger.

Le retour du Kid...
Kids return, son premier film de producteur, s'attache à travers la jeunesse, le sport (après le baseball, le surf, c'est au tour de la boxe) et la mafia à décrire son adolescence. En Europe, c'est sa conscréation comme cinéaste. Au Japon, c'est aussi son premier hit.
Mais le triomphe viendra du poétique et lyrique Hana-bi. Peut-être parce que l'on découvre un Kitano loin du film noir et sang. Là encore il scénarise un personnage en rupture avec sa hiérarchie. Sombre, émouvant, morbide et plein de vie, Kitano découvre des territoires : la femme, le mélo, le voyage... et les tableaux du cinéaste. Il devient un auteur majeur de cette fin de siècle, au moment où Kurosawa va s'éteindre. Il déroute ses premiers fans avec des films finalement très différents, une oeuvre cohérente et complexe, un regard haggard sur le Japon, moderne, malade et recherchant son identité.
Pourtant Kitano s'amuse. Il se démultiplie en livres, sport, films, télé...
En réalisant L'Eté de Kikujiro, il devient touchant. Road-movie (genre qu'il adore particulièrement) où il mixe le visuel des séries TV pour enfant, une imagerie buccolique, un enfant et un grand enfant, un comique de cinéma muet et une quête maternelle chargée en sentiments. Sa maîtrise du cinéma est désormais accomplie et le réalisateur se fait courtisé par Hollywood.
Mais TK veut continuer à filmer ses délires, ses silences, ses nuances, et une certaine culture. En clair, il se veut une exception culturelle. Il accomplira un gradn écart entre le contemplatif et esthétique Dolls et le sanglant Zatôishi. Le public et la critique se diviseront. Les uns préféreront le premier, les autres le second. Lui veut juste s'amuser à créer de nouvelles formes d'images... un curieux qui attire les curieux...

vincy


 
 
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