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SORCIERE & ARCHANGE





Grande. Rousse (et alors?). Singulière. Ecossaise. Tilda Swinton aura attendu le milieu de la quarantaine pour que son immense talent, déjà reconnu, soit mis en lumière : un énorme hit au box office (Narnia) et un Oscar (Michael Clayton). Tilda Swinton, caractère bien trempé, goûts artistiques assumés, aime se retrouver sur le fil du rasoir. Cette soudaine surexposition n'est pas une évidence pour celle qui fut comédienne face à Sir Laurence Olivier, performance artistique dans une galerie, créatrice préférant le bizarre et le marginal aux carcans plus formatés. Elle s'est même amusée à jouer des hommes, se transformant en Mozart ou incarnant un époux décédé. Sa plus belle prestation dans le genre reste celle d'Orlando, en 1992, où elle change constamment de sexe tout en vivant sur quatre siècles... Il faut dire, et elle l'avoue, de dos, beaucoup de gens la prennent pour un homme. Jamais maquillée en public. Rebelle ou défiante? Iconoclaste ou éclectique? Après 20 ans de carrière, qui peut définir la femme que joue Tilda Swinton?

Choisissant des projets exigeants, préférant des auteurs intransigeants, elle passe les frontières et les genres, de Jim Jarmusch à Bela Tarr, de Mike Jonze à Eric Zonka. Ils apprécient sa liberté, son inventivité. Cette absence de tabous - elle peut tourner à poil ou choisir un film au sujet très controversé - ne l'a pas empêchée de trouver grâce auprès des producteurs hollywoodiens, sensibles à son charisme. Avec sa peau d'albâtre et ses cheveux poil de carotte, elle est capable de mettre du relief à une scène. Intrigante ou inquiétante, froide ou libérée, soumise ou perverse, dangereuse ou en danger, Swinton peut jouer la méchante sorcière (Narnia), l'archange - androgyne - Gabriel (Constantine) ou la revenante des enfers (Julia). Comme si elle composait, film après film, toutes les figures de la mère, matrice généreuse ou mente religieuse. Comme dans The Dead End (Bleu profond) où elle est une maman prête à tout pour protéger son fils, impliqué dans un crime. Ou dans Stéphanie Daley, où son personnage d'avocate est enceinte tout en défendant une jeune fille accusée d'avortement illégal. Ou encore dans The War Zone, figure maternelle d'une famille déchirée par un secret. Il y a une sorte de foi dans chacun de ses personnages. Cette voracité prend sa source dans le travail de son mentor, Derek Jarman, avec qui elle tourna 7 films entre 1986 et 1993. Leur ultime film, Blue, documentaire sur le mort (sa voix est la seule action d'un écran tout bleu), annoncera la mort de Jarman, et laissera Swinton désoeuvrée. Cela ne l'empêchera pas de toujours choisir des rôles à part... Ce qui compte c'est de raconter une histoire. Son histoire. "Vous ne jouez que vous-même. C'est toujours autobiographique, quoique vous fassiez. C'est comme utiliser une sorte de prisme qui renvoie quelque chose de réel à vous-même. La dernière chose que vous souhaitez c'est de vous voir jouer."

Si le grand public la reconnaît dans des productions comme The Beach ou Vanilla Sky, elle semble préférer les histoires plus intimistes, les seconds rôles intenses ou encore des expériences assez extrêmes. Elle n'a jamais vu la célébrité comme un moyen de s'élever. Elle aide des cinéastes à monter leur premier film ou flirte avec d'autres médiums : vidéo clip de musique électronique, performance en art plastique et même la mode où elle devient l'égérie du duo anversois Viktor & Rolf, créateurs parmi les plus respectés de ces dix dernières années. Tilda est souvent citée parmi les actrices les mieux habillées par les magazines de référence. Elle n'aime pas le théâtre, ne se sent pas appartenir à cette communauté. Elle enchaîne les petits fims, se promène dans les festivals. Son aura surpasse largement son impact au box office. Elle en devient fascinante, et même culte, dans le sens où les cinéphiles l'adorent parce qu'elle ne se compromet pas dans de grandes productions. Et même quand elle s'y résigne, elle reste digne. Elle se complaît dans les rôles de "bad girl", de la chef autoritaire dans The Beach à l'avocate pourrie dans Michael Clayton. Ce film lui vaut un Oscar du meilleur second rôle féminin. Une reconnaissance qui n'était pas si évidente aux yeux d'une profession conservatrice mais qui salue son immense talent. Un gage de qualité. Même vilaine, elle apparaît vénéneuse, séductrice. Une sinistre lumineuse, dotée d'un humour sans faille, d'une dérision salutaire, d'une modestie sincère (elle a dédié son Oscar à son agent).

Tilda est le genre d'actrice qui, ne pouvant pas miser sur une beauté formatée, a pu avancer tranquillement, sans surexposition, sans pression. Malgré ses doutes permanents, bien qu'elle avoue ne rien construire, ne rien projeter, elle peut durer. Elle peut aussi s'aérer, avec sa famille, dans son air vivifiant d'Ecosse. On ne serait même pas étonné d'apprendre que le monstre du Loch Ness est son animal domestique. Il y a en elle quelque chose de fantastique. Cette fantasmagorie est d'ailleurs le sujet d'un de ses films, Les Visions de Lewis Carroll. Le réel ne peut la satisfaire. La morale n'a pas les mêmes contours. Le rêve est l'essence de toute oeuvre. Mais la comédienne se captive surtout pour l'identité des êtres, cette identité poreuse aux influences des autres identités... Elle croit en l'humanité de chacun, ne recherche que ça, quitte à s'y confronter, claquer son réalisateur, ou se donner complètement à un projet. Elle porte une vue très politique de la vie et de son métier. Celle qui fut dans l'humanitaire, très jeune, en Afrique, combat tous les absolutismes, et se veut résistante à l'esprit impérialiste américain. En bonne Ecossaise, elle refuse de s'agenouiller devant l'ordre dominant.

v.


 
 
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