Diane Kruger a tourné son premier film dans sa langue maternelle avec In The Fade. Résultat: un prix d'interprétation à Cannes, un Golden Globe du meilleur film étranger. Depuis l'actrice a été à l'affiche de Tout nous sépare, a tourné JT Leroy avec Kristen Stewart, et tourne actuellement The Women of Marwen de Robert Zemeckis. De grands écarts qui payent.



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L’HOMME INTERIEUR





Il aurait pu être James Bond. Il en a la nonchalance, l’intensité, l’animalité, le style, l’humour anglais. Ses films ont montré qu’il pouvait séduire, tuer froidement, et même voler la vedette aux méchants. Clive Owen a faillit être l’agent 007. Daniel Craig lui fut préféré.
En quelques années, Owen et Craig ont pris la tête d’une nouvelle génération d’acteurs britanniques capable de répondre aux besoins des producteurs hollywoodiens : films à costumes ou fantastiques, gros budgets d’actions comme œuvres dramatiques et oscarisables, second rôle en bad guy ou tête d’affiche en héros (ou anti-héros).
Très mauvais élève à l’école, formé précocement sur les planches en révélant son talent dans le rôle d'Artful Dodger dans Oliver ! il entre à la Royal Academy of Dramatic Art, avant de reprendre quelques classiques. Il croise à ses débuts quelques jeunes acteurs : Gary Oldman, Ralph Fiennes, Jane Horrocks. fut Roméo pour Juliette, en l'occurrence une comédienne du nom de Sarah Jane Fenton, qu'il ne quitta plus… A la fois beau et inquiétant, facilement largué dans le regard et soucieux par ses sourcils, le comédien jongle entre la scène, le petit écran et quelques apparitions sur le grand. Il se fait connaître par une série TV qu'il abandonne au bout de deux saisons, de peur de voir sa vie privée violée et d'être catalogué dans ce type de personnage, un escroc bon pour la taule. Il préfèrera sans doute jouer un frère incestueux dans Close my eyes, qui permettra surtout à son collègue Alan Rickman de recevoir des honneurs...

Un héros trop discret ? Dans les faits, Owen est timide, gentil, adorable et craint énormément de se compromettre dans des films qui le rendraient trop célèbre. Pourtant, ses choix révèlent une curiosité, une absence de carriérisme, une volonté d'interpréter librement toutes les facettes de la condition humaine. Bisexuel dans Design for Living, il vire carrément homo, avec étoile rose accrochée au pan de son pyjama rayé dans Bent. Le film, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs suit l'itinéraire tragique d'un homo décadent allemand dans un Berlin fantasque conduit dans les camps de concentration où il trouve l'amour, la mort. Il incarne subtilement cette descente aux enfers, maigrissant sous nos yeux, le regard noyé dans les cendres des morts qui le cernent pour finalement le happer, luttant pour qu'Eros l'emporte sur Thanatos même dans l'antichambre de l'enfer. La même année, les londonniens en font leur chouchou. Il est l'un des quatre as du carré adultérin et contemporain de "Closer", la pièce de Patrick Marber. Une création où il baptisa le rôle de Dan, incarné 7 ans plus tard par Jude Law. Lui reprendra alors le rôle de Larry, quelle ironie...

D'écrivain aspirant croupier en téléfilm prestigieux, de théâtre en publicités haut de gamme (BMW sur Internet avec des réalisateurs comme John Frankenheimer, Wong Kar-wai, Ang Lee, John Woo, Tony Scott, ou Alejandro Gonzalez Inarritu), il poursuit sa route, tranquillement. Il ne s’intéresse pas aux bons, mais aux personnages qui se mettent en danger, qui sont sur la brèche. Si le théâtre est sa passion, son sport, il est devenu “addict” au cinema. Le théâtre peut rendre dépressif si l’expérience s’avère ratée. Le cinéma est devenu son véritable moteur. Sa notoriété débute avec le film requiem de Robert Altman, Gosford Park. Mélangé dans un casting hyper class, Owen insuffle une élégance naturelle dans cette histoire où la règle du jeu est assez proche d’un polar britannique. Le maître d’hôtel est un second rôle bavard mais il est tout aussi convainquant dans l’action pure de La mémoire dans la peau où il affronte en duel Matt Damon. Hypnotisant.

Bizarrement, Owen, acteur reconnu pour son indéniable talent dramatique, va se faire connaître avec des films de genre, pour ne pas dire des œuvres aux frontières du fantastique, de l’irréel. En Roi Arthur, il récolte 200 millions de $ dans le monde. Le film fait dans l’esbroufe et le kitsch, le décalé et le violent. Il sera le personnage principal de Sin City (et sa suite), conduisant les morts dans cet univers cartoon, dirigé par Robert Rodriguez et Quentin Tarantino (dans sa séquence avec Benicio del Toro). Il est l’homme empli de probité, respectant chacun, moralement sauf, et mieux complètement abstinent. Une sorte de Philip Marlowe. Le film, pourtant, ne parvient pas à exploiter toute la dimension du comédien. Trop stylisé, il en fait une figure trop caricaturale.

Mais, entre ces deux hits ciblant les ados, il intègre le quatuor de Mike Nichols, dans l’adaptation de Closer, avec Portman, Roberts et Law. Cela lui vaut tous les honneurs, y compris une nomination à l’Oscar. Il séduit et inquiète. S’amuse sur Internet à s’imaginer en pépé à gros lolos. Primaire, requin, il révèle la vérité aux autres par sa brutalité et de l’esprit. Le film est l’un des plus marquants de l’année. De cette ascension rapide, Owen va défaillir légèrement. Un dérapage qui lui fera faire des films anecdotiques (Derailed, Shoot em’ Up) ou passer à côté de James Bond.

Mais grâce à des cinéastes indépendants comme Spike Lee et Alfonso Cuaron, Clive Owen va incarner deux personnages diamétralement opposés et pourtant assez proches dans des films de genre d’un nouveau style.
Dans Inside Man, le thriller sur fond de braquage, est revu et corrigé. Le méchant n’est pas celui qui perce le coffre et prend en otage. Owen relève le défi de jouer masqué durant quasiment tout le film, s’octroyant quelques scènes à visage découvert. Robin des bois des temps modernes, il décoche ses flèches avec son « simple » regard. Dans Le fils de l’homme, film d’anticipation réaliste et pessimiste, il est déphasé, suicidaire, déprimé, abattu. Sa carcasse se traîne. Il retrouvera sa dignité à travers des épreuves qui l’atteignent moralement et physiquement, où la mort n’est jamais très loin. Héros malgré lui, il nous fait ressentir toute sa détresse intérieure, sa force de survivant, et la foi qui l’anime. L'exigeant Owen n’est jamais aussi bon que lorsqu’il doit faire preuve d’autorité et de déterminisme.

Grâce à son charme et parfois son sens du sacrifice savamment joué, le comédien a ce génie de nous rendre palpable ce qui est en lui, tout au fond, entre le cœur et le ventre. Il regarde droit dans les yeux. « La partie la plus sexy du corps. » Ces yeux qui « nous connectent entre humains. » ce qui nous relie entre le faux et le vrai, l’écran et le spectateur.

v.


 
 
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