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L'HISTOIRE DU MONSIEUR QUI AIMAIT AVOIR UN BALAIS DANS LE CUL





Pas de "n" à Steven. Un "r" et deux "l". Pas de haine, un air, deux ailes. Ca résumerait presque assez bien l’image, le talent et le parcours du comédien. Au sens américain de « comédian ». Un comique pouvant être tragique, un autodidacte de la réplique qui déchire et expert du rictus décalé. Tout tient dans son apparence : celui d’un cadre coincé, d’un mec écrasé par la routine rêvant de grande évasion, son côté catho sans doute. La mèche est parfaite, le costume cintré, le cul bien serré. Une éducation style Nouvelle Angleterre, avec l’ambition, authentique, de vouloir devenir avocat. La quarantaine désormais bien mûrie, ses allures de petit garçon de bonne famille lui permettent d’empocher des rôles entre deux âges : père de famille nombreuse, puceau attardé, ou même pédé dépressif. Le sexe a toujours été un problème chez les catholiques...

Il savoure sur le tard le succès. Entre impros sur les routes et sketches dans la pépinière du Saturday Night Live (SNL), il a galéré 10 ans pour se faire un nom et devenir, d’abord, une vedette du petit écran, avant de toucher des gros chèques au cinéma. Il ne débute qu’à trente ans. Se marie à 35 ans (fidèle depuis). Au-delà de l’improvisation, il collabore à l’écriture du culte Dana Carvey Show avant de devenir un correspondant du pastiche de JT type Groland, The Daily Show with Jon Stewart. Ses amis (et sa femme) sont issus du SNL. Mais, contrairement à beaucoup, il préfère l’écriture de gags au one-man show. Bref sa vie aurait pu être paisible si Hollywood n’avait pas décidé de faire une OPA sur tous les comiques de la télévision.

Il devra patienter jusqu’en 2003 pour se faire remarquer sur grand écran... Il est dans l’ombre de Jim Carrey Tout-Puissant, en second rôle de Bruce Almighty, incarnant un présentateur télé, vissé sur son siège et contrôlant chaque centimètre de sourire. Le personnage pince-sans-rire inspirera une suite encore plus insipide où Carell se débattra à rendre les scènes comiques, inventant une danse ridicule, et tentant de rendre son personnage d’élu (américain ET divin) aussi abattu que transparent.

La richesse de Carell c’est justement ce talent à incarner des monsieur-tout-le-monde et les conduire dans des situations hors normes. Un jour où il travaillait de nuit dans un « dépanneur », il observa les clients et puisera dans chacun d’eux sa galerie de portraits qui firent son succès dans la lucarne des foyers américains. Consensuel ? Pourtant il aime jouer les marginaux, les frustrés, les minorités invisibles. Puceau ou proustien, c’est l’extrême qui l’intéresse. Pour se faire épiler le torse très velu (origines italiennes oblige) dans 40 ans toujours puceau, il décide de le faire réellement, style Jackass, avec cinq caméras pour une seule prise.

« Je n’ai aucune idée de savoir d’où vient ma nature pathétique. D’ailleurs si j’y pense trop longuement, je serai capable de déprimer... » Le clown a un fond tragique ? Carell pense même que pour être drôle dans une comédie il faut jouer la scène comme si ça n’était pas une comédie. « La comédie d’est la tragédie avec le bon timing. » C’est sans aucun doute pour cela qu’il atteint un sommet de dérision dans Little Miss Sunshine, où son personnage de professeur homo, suicidaire, proustien, névrosé et introverti fait des ravages dans un road-movie catastrophe... Son tempo est parfait. Au final, il semblera bien plus normal que son beau-frère (Greg Kinnear), parfait WASP winner/loser.

Bruce, 40 ans et Little dénotent trois films différents, trois rôles sans aucun rapport, trois manière d’aborder le cinéma à Hollywood. Trois triomphes avec un second rôle dans un blockbuster, acteur principal et auteur d’une comédie à petit budget qui cartonne, une collaboration à un travail d’équipe dans un film indépendant. Il a conscience qu’il n’a rien d’un fantasme sexuel, mais désinhibé, sans honte, il aborde franco des « ratés » pour en faire des hommes respectés, et même touchants. « Aucun personnage ne me vient naturellement mais celui de Little Miss Sunshine était intriguant et amusant à jouer. » Il a du en connaître des bas pour aussi bien simuler les profondeurs de la dépression. Des sitcoms rejetées, des échecs et des déceptions ont ponctué tout son destin. Dans tous les cas, il croit à la notion de groupe, de famille. La solidarité qui permet de surmonter les périls. En revanche, il attribue le succès soudain à de la chance, « de la pure chance ». Car en plus de cumuler les cartons au box office (même le mauvais Evan Tout-Puissant rapporte 100 millions de $ aux USA), il s’ajoute le banco de sa série télévisée, The Office. Remake d’une consoeur britannique, la première saison obtient des résultats moyens, mais NBC la prolonge. Pour le meilleur et pour le rire. Au bout de trois saisons, il renégocie son contrat et double son cachet. La spirale vertueuse de la réussite. Même là son personnage colle à son image : un patron inepte, du genre qu’on croise dans Dilbert.

Se moquer de soi-même ou rendre leur dignité à ceux dont on se moque, telle semble être la mission du comédien. Il devient la vedette invitée des shows où il était accessoire. Populaire, il fait le grand écart entre son pote Will Ferrell et un film de Woody Allen, la voix d’un écureuil et un agent assez spécial, le mec qui drague Binoche et des apparitions dans des comédies pour ados. Bref Carell ne savait pas pourquoi il voulait être avocat mais il semble apprécier le fait d’être acteur.

v.


 
 
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