Guillaume Canet ne savait rien du scénario et a du improviser durant six jours pour interpréter le rôle d'un père devenu fou pour retrouver son Garçon. Après le succès correct de Rock n'Roll, le cinéaste retrouve ainsi le plaisir de jouer: on l'attend chez Gilles Lellouche, Cédric Anger et Olivier Assayas.



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IRE LAND





Un Irlandais à Hollywood. Il ne fallait pas s’attendre à du politiquement correct. Même sa biographie (forcément non autorisée) s’intitule «dangereusement». On le sait depuis L’Homme Tranquille (de John Ford, un des meilleurs John Wayne) : ces gens de Dublin, élevés à la Pelforth et au Whisky, ont le caractère bien trempé. Colin Farrell, l’air du sale gamin sorti des faubourgs tel un voyou hissé malgré lui dans la noblesse cinématographique, n’échappe pas aux clichés.
Sexe, drogue, tabac et scandales. Les vices de l’ami Farrell font mauvais ménage avec le puritanisme américain. Mais les évangélistes de tout poil n’aiment jamais tant ces idoles que l’on peut brûler à coup de unes sensationnalistes, de cures de désintoxication, de rumeurs farfelues et de pardons cathodiques. De ses mensurations péniennes (qu’on dit monstrueuses depuis qu’une scène de cul fut censurée au montage) à ses déboires toxicologiques (accoutumances hallucinogènes à des médicaments anti-douleurs), ce gros fumeur de Farrell accumule les tabous : et pourtant, pas fumiste, il tourne.

Débuts
Après dix ans de carrière, le jeune trentenaire put s’enorgueillir d’être l’un des comédiens les plus connus de sa génération. En peu de films, et pas mal de navets cependant, ce Colin n’a rien de surgelé. Il est même plutôt chaud si l’on mesure la notoriété aux nombre d’articles de magazines et autres classements futiles sur les célébrités.
Pas vraiment la tête à être premier de la classe, il laisse tomber l’école d’art dramatique (la Gaiety) de Dublin et auditionne, bille en tête, pour une série de l’impérialiste BBC. Il sera l’une des figures principales de "Ballykissangel", entre des rôles secondaires dans des téléfilms. Parfois ses scènes sont coupées. Il faut attendre 1999 pour que les professionnels le remarquent. L’acteur Tim Roth l’enrôle pour son premier film de réalisateur, The War Zone, qui passe par Berlin (Panorama), Cannes (Quinzaine), recevant de multiples prix. Farrell partage la vedette avec des comédiens britanniques aussi respectés que Winstone et Swinton. De quoi faire bonne impression. Bis repetitae dans la foulée avec Ordinary Decent Criminal, film dérivé de la même histoire que dans The General (Boorman), avec ici Spacey, Mullan, Fiorentino. Il avait été choisi par Kevin Spacey lui-même, impressionné par sa performance dans une pièce de théâtre (In a Little World of Our Own).
Cependant, étrange paradoxe, c’est le faiseur hollywoodien Joël Schumacher qui lui permet son envol, en 2000, avec Tigerland. Un Full Metal Jacket un zest homo-érotique et profondément humaniste. Farrell y explose en Texan (un comble !), « troublemaker » et rebelle pacifiste. Le film lui permet d’obtenir ses premiers lauriers. De Western en film de guerre (avec Bruce Willis), il s’attaque à tous les mythes cinéphiliques typiquement hollywoodiens. Pas un seul de ces films ne cartonnent. Mais lui se fait connaître, souvent parce qu’il est l’un des rares atouts de ces productions surévaluées.

Envol
2002. Farrell a la cote. Spielberg le mue en inspecteur fouineur, en proie aux doutes d’une Foi pas révolue, dans son thriller d’anticipation Minority Report. Constatons que le jeune Farrell fait de l’ombre à Cruise, voire lui vole la vedette. Le même été, l’Irlandais paye ses frasques en devenant la victime d’un justicier qui le cible dans une cabine téléphonique. Retrouvailles avec Schumacher mais scission auprès de la critique, un peu mitigée sur ce faux huis-clos ultra-moraliste. Le doublé le rend rapidement incontournable. Mais comment expliquer qu’en moins de deux ans l’acteur va devenir, sans Oscar, sans énorme triomphe au Box Office, l’une des stars phares de sa génération ? Les choix sont plutôt malheureux. On peut être indulgent sur The Recruit. Il accepte le projet pour pouvoir tourner avec son icône : Al Pacino. «Terrifiant comme l’enfer de jouer avec une légende». Sans parler de Daredevil. Il avait faillit avoir le personnage titre. Héros aveugle. Finalement avec Affleck, ils inversent leur partition… Pour Farrell, ce sera l’occasion de jouer, une première, avec son accent irlandais. Le film n’est pas le hit attendu mais n’est pas si loin des scores de Minority Report… Il enchaîne avec un succès dans les mêmes eaux : S.W.A.T. Flic d’élite et un peu tête brûlée de ce film d’action du samedi soir, il confirme un intérêt du public pour sa tronche. S.W.A.T. en soi ne vaut pas le coup d’œil pour autre chose tant l’œuvre est insipide.

Sommets
Farrell pourrait alors se diriger confortablement vers une carrière à la Willis. Ce qui ne serait déjà pas si mal. Mais le monsieur est Irlandais, préfère le foot et Nietzsche au basket et à Bush. Son sang celte ne fait qu’un tour : il apparaît dans le « biopic » sur la journaliste irlandaise Veronica Guerin (Schumacher again) et dans un film de losers locaux (avec Cillian Murphy, Colm Meaney). Plus notable, sa participation à une adaptation d’un livre de Michael Cunningham, A Home at the end of the world, qui fait le bonheur des festivals gays et assurent pour ce Farrell une réputation flatteuse dans une communauté parfois intégriste. Le film est à son image : des sujets transgressifs et un personnage excessif.
Après tant d’obstacles, de travaux herculéens, il est élu pour entrer dans l’Olympe et jouer les têtes d’affiche de grosses productions. Mais pas n’importe lesquelles. Spielberg ayant débroussaillé la voie, ce sont Oliver Stone, Terrence Mellick et Michael Mann qui lui offrent une rédemption. Terminés les séries B et Z, les films intimistes et auteurisants. Farrell a le charisme et la candeur suffisants pour incarner Alexandre le Grand. Défi relevé brillamment, malgré les défauts du film. Fils de Kilmer et Jolie, mari de Dawson, il est né de ce chaos génétique et cinéphage où un Irlandais on ne peut plus hétéro joue très bien un Grac légendaire à voile et à vapeur.
Ces contradictions sont parfaites dans Le Nouveau Monde, épopée fabuleuse où il conduit ses congénères à la rencontre d’autres cultures. Un visage contrastant avec son rôle suivant, de flic charmeur et un peu hors-des-clous du thriller flashy et noir, Miami Vice. Si aucun des trois ne remplissent les salles, et font même perdre de l’argent à leurs producteurs, l’acteur est indéniablement à sa place dans ses œuvres ambitieuses, où le point de vue est sans concession, où le personnage n’a rien d’édulcoré.
Qu’il soit flic ou voyou, chez un vétéran comme Robert Towne ou pressenti dans un Woody Allen, Farrell aime brouiller les pistes et faire selon son bon plaisir. Il ne faudrait pas le juger à ses airs de mauvais garçon. Bien sûr il admire McQueen, Eastwood, Newman, Caan et Brando. Pas forcément les plus sages. Mais tous font partie des plus exigeants. Du genre à mâcher les mots avec l’accent adéquat. Cet Irlandais jusqu’au moindre globule, revendique son amour de la bière et s’ennuie à faire de la gym pour ses contrats. Parler plutôt que de se regarder. Los Angeles est pour lui un réservoir à histoires. De celles que l’on raconte dans un pub. Odeur de souffre inclue.

Vincy


 
 
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