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PLUS FORT QUE LE DIABLE





Philip Seymour Hoffman n'est pas du genre à se retrouver en couverture des magazines people (une vie de couple solide et banale avec une costumière n'intéresse personne) ou même de cinémas. Il n'a rien de la star en bon new yorkais qu'il est (il y est né, il y vit), loin des lumières artificielles des spotlights d'Hollywood. Il préfère se brûler les ailes sur Broadway ou se noyer dans les oeuvres collectives de cinéastes indépendants. Jusqu'à la sortie de Capote, 14 ans après ses débuts, "PSH" était reconnu (et primé) essentiellement dans des films chorales, avec l'ensemble de la troupe. Partage qui lui convenait certainement mais qui a freiné son envol. Depuis la fin des années 90, cinéphiles comme critiques considèrent qu'il est l'un des plus brillants talents de sa génération (comprendre les moins de 40 ans) malgré une diction déplorable (de son propre aveu).
Mais son physique n'a rien d'hollywoodien. Et ses choix de rôles ne sont pas forcément là pour plaire au spectateur lambda : pervers sexuel ou travesti tragique, ami malsain ou révérend hypocrite, il se complaît dans des personnages aux frontières de l'immoralité, jouissant de l'ambiguïté, défiant nos préjugés. Reconnu et très vite respecté, le comédien, entre planches et plateaux, construit un itinéraire singulier, qui parvient, malgré tout, à bénéficier de l'aura artistique des auteurs qu'il rencontre, et notamment Paul Thomas Anderson qui l'invite à faire son numéro sur chacun de ses films.
Lui qui admire les Christopher Walken, Paul Newman, Sean Penn, Al Pacino, Daniel Day-Lewis et autres Meryl Streep, nous pouvons facilement imaginer à quelle famille il appartient : de ces perfectionnistes du jeu, ces humanistes du 7ème art, ces transformistes passionnés. Enfant, il devait certainement s'ennuyer. Une blessure l'empêchait de devenir un bon américain sportif. Son père protestant et sa mère catholique décidèrent d'une neutralité religieuse dans la famille qui l'isola un peu plus de ses congénères croyants. Alors il regardait "L'homme qui valait trois milliards" parce que c'était "cool de le voir courir si vite, porter de lourds objets et voir très loin". Philip Seymour Hoffman se rêvait en Hulk...
Et nous en revenons au physique dont il semble souffrir. Au point de choisir des rôles qui font effet de catharsis, accentuant le malaise lié au regard des autres. Il se plaint : "on ne me décrit jamais avec des mots positifs, de manière attractive. J'attends encore quelqu'un qui dirait que je suis au moins mignon. Mais personne ne le fait." Le rejet est l'un des moteurs amers de sa vie : la peur de ne plus être embauché, le fait d'avoir été viré quand il était serveur de restaurant... Cette précarité l'obsède. C'est Parfum de femmes, le remake avec Pacino, qui le lance et pérennise sa situation. "C'est un effet dominos depuis." Il passe ainsi d'un job alimentaire (il était faiseur de sandwichs et salades dans une cafétéria) à acteur à plein temps. Il tourne beaucoup, des petites scènes, des petits films. On peut le croiser pas loin de Paul Newman (Nobody's fool) et Meg Ryan (When a Man loves a Woman) deux ans plus tard, et de de façon toujours aussi secondaire dans le blockbuster Twister en 1996. "Le succès n'est pas ce qui vous rend heureux. Vraiment pas. Le succès c'est de faire des choses qui vous rendent heureux, faire un bon travail et espérer que votre vie sera fructueuse." Bosseur patenté, il n'arrête pas, persuadé que l'effort paiera. Prières exaucées.
Paul Thomas Anderson l'enrôle pour son futur film culte Boogie Nights. Parcours altmanien au sein du porno angelinos. Il est de l'équipe technique : le voyeur qui fantasme, l'Américain moyen un brin obèse qui salive devant les pépés à poil qu'on lui exhibe. "parfois quand je travaille sur un film, on me demande si je m'amuse. Je suis tenté de dire la vérité : non. Vous savez quand je commence à m'amuser? C'est lorsque j'ai fait un putain de super bon job. Là je m'éclate." Encore. Toujours. Idée fixe. Maniaquerie. Reconnaissons qu'il fait super bien son putain de job. Charismatique et subtil, son jeu crève l'écran. Vous voulez voir une performance de comédien au cinéma : voyez Philip Seymour Hoffman. Même un passage de 5 minutes dans un film peut dépasser l'ensemble de l'oeuvre! Il y met tout son être. Tout son intime. Il s'y transcende aussi: plus ouvert, plus direct, plus expansif. Il est presque lui-même quand il est un autre. Et si sa filmographie fait un peu fouilli, naviguant de productions sirupeuses avec Robin Williams à des films décalés des frères Coen, lui ne parle que de son métier. "C'est épuisant. Si vous voulez le faire bien, si vous vous concentrez comme vous en avez besoin, si votre volonté, vos émotions, votre imagination sont toutes en phase, c'est comme porter des poids en montant un escalier; ça n'a rien de facile." Mais les muses parlent. Lui parlent. Il a beau psalmodier que jouer est difficile, qu'il lui faut être en état, qu'il est si exigeant qu'il est souvent malheureux, on ne peut pas le croire lorsqu'il qualifie son existence de misérable s'il échoue... Diva qu'il faudrait rassurer, cajoler? Besoin de justifier l'importance de sa vie de saltimbanque quand ses soeurs s'occupent de SIDA, de formation pour jeunes...
En 1999, "PSH" change de statut. Il devient le chouchou, l'acteur sous estimé, celui qu'il faut aimer : Magnolia, Le talentueux Monsieur Ripley, Flawless démontrent à quel point il peut tout jouer, s'adapter à tous les univers, être jeune comme vieux. Déjà avec Happiness (sans aucun doute son travail le plus précis et son personnage le plus emblématique avant Capote), il avait su nous bluffer en frustré sexuel. "Les acteurs sont responsables des gens qu'ils jouent. Je ne met pas d'étiquettes et je ne juge pas. Je les joue juste aussi honnêtement que je peux", espérant même que le spectateur reparte avec plus de doutes que de certitudes, plus d'empathie que de dégoûts. Fier d'avoir joué un touchant infirmier plein de compassion dans un des meilleurs films de l'histoire (selon ses propres dires), soit Magnolia. Content d'avoir été "bon" dans Ripley, rôle finalement facile (enfin!) où il sert de révélateur (pas dupe du charlatanisme du héros). Primé (enfin) pour lui-même grâce à son personnage de prof vocal en robe de chambre rose (volant la vedette à un De Niro en déclin). Le plus grand défi de sa "jeune" carrière.
Qu'il soit un banquier "addict" au jeu dans un film calibré pour les festivals (Owning Mahowny) ou le meilleur pote de Ben Stiller dans une comédie à dollars (avec des répliques scato de mauvais goûts mais bizarrement hilarantes), il a su progresser, confirmer sa "versatilité". Mais il lui manquait un rôle, un personnage, une rencontre pour atteindre un nirvana, soit le niveau de conscience que tout grand comédien doit connaître pour se sentir en paix. Le solitaire qui aime lire, jouer au tennis, voyager, faire ses recherches comme un étudiant pour mieux comprendre ce qu'il joue, ce cérébral extrême, est un insatisfait chronique qui s'évade de sa routine en créant ses tics et ses tocs cinématographiques. Les domaines hantés de sa vie sont peuplés de figures spectrales qu'il cherche à incarner.
Et si le grand public va (enfin) le découvrir grâce à Mission : Impossible III, c'est une personnalité qui lui permettra de rentrer dans la cour des grands : Truman Capote, auteur du célèbre Breakfast at Tiffany's, snob, mondain, bisexuel, adepte de drogues et un zest cruel. Les deux caméléons étaient faits pour se fusionner. Il va recevoir tous les honneurs ("c'est flatteur mais ça me liquéfie, ça me donne mal au ventre et me donne envie de manger des hot dogs toute la journée."). Les prix l'angoissent, mais un Oscar lui plairait pour une seule raison : "cela veut dire que les gens voient le film, au final, et c'est le principal."
Bien sûr il prend parfois son pied sur les tournages (il a des souvenirs gargantuesques de gastronomie italienne et de dolce vita sur Ripley), râle de ne pas plus souvent jouer des personnages romantiques. Il construit sa carapace pour mieux se protéger de ses propres démons : la célébrité et ses leurres... Capote écrivait : "L'art et la vérité peuvent partager le même lit sans que ça les empêche d'être incompatibles." Une phrase qui collerait presque à la peau de l'acteur. Artiste en quête de vrai.

vincy


 
 
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