Amat Escalante cumule les prix de la mise en scène. Après celui à Cannes pour Heli, il a obtenu, de manière toute aussi méritée ce prix à Venise pour La région sauvage. L'ancien assistant de Reygadas a su imposer son style et ses récits originaux. Cette fois-ci, entre sexe et fantastique, psychodrame et allégorie, le cinéaste réussit une fois de plus à nous fasciner.



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JACK FUCKIN' TWIST





Tombé de dedans quand il était petit, Jake Gyllenhaal aurait pu n'être qu'un de ses multiples enfants gâtés, fils de, bénéficiant de quelques passe-droits, finissant dans une décadence assurée, à l'instar des héros de Brett Easton Ellis.
Mais voilà, ce grand gaillard est plutôt du style terre-à-terre, faussement désinvolte en apparence et tout à fait sérieux quant à ses ambitions. Son père a réalisé pas mal d'épisodes pour des séries cultes de la télévision (Twin Peaks, The Shield, Homicide, Felicity, et quelques films sans succès pour le cinéma). Sa mère a reçu le Golden Globe du meilleur scénario et une citation à l'Oscar du meilleur scénario pour un film de Sidney Lumet, Running on Empty. Elle vient d'écrire le prochain film avec Juliette Binoche et Richard Gere ainsi qu'un autre pour Sandra Bullock. Enfin, la soeur aînée, Maggie, a eu le temps de se faire connaître chez John Waters, George Clooney, Spike Jonze, Mike Newell, et surtout dans Secretary. La demoiselle a 3 ans de plus que le petit frère. 2002 était pour elle l'année de toutes les consécrations. Jake mettra, logiquement, le même temps, 25 ans depuis sa naissance, pour arriver au même stade, et même un cran au dessus... Avec des bonnes étoiles comme Paul Newman (son prof de conduite) et Jamie Lee Curtis (sa marraine), le petit Jake était sous bons auspices.
A 10 ans il fait ses premiers pas dans une comédie loufoque, où Billy Crystal et Jack Palance. City Slickers. On ne remarque pas assez les enfants dans les castings des gros hits. Car le film rapporte 125 millions de $ malgré tout... Gyllenhaal, en parallèle avec ses études, va continuer de tourner : premier film où il a un rôle significatif en 1993 (Josh and Sam, dans le genre comédie familiale avec dose de fantastique), deux passages devant la caméra de papa... Il faut attendre October Sky en 1999 pour que la carrière de Jake s'amorce. Au milieu d'un casting intéressant (Dern, Cooper, Owen), il tient là son premier grand rôle, au coeur d'une histoire qui tourne autour de lui. Elève doué chez les ploucs, destiné à suivre les pas de son père dans les Mines du coin, c'est non pas en sous-sol mais dans les étoiles que sa destinée semble s'inscrire... Cette histoire vraie a ému, Jake Gyllenhaal y était convaincant, et le film a su faire sa niche au Box Office. Ain s'achève sa deuxième décennie : sur une promesse, avec un personnage triomphant de l'adversité, doté de compétences certaines, qui, en regardant les cieux, a su trouver sa voie.
2001, l'odyssée commence. D'abord au creux de l'été avec Bubble Boy. Le film est un échec financier, malgré l'intérêt récent qu'on lui porte (sans doute lié à l'actuelle popularité de son acteur). Mais le jeune Jake se sort très bien de cette farce impossible où il est enfermé dans une bulle et doit en sortir pour déclarer sa flamme à la femme de sa vie. Dans un registre encore plus confidentiel (comprendre : un budget encore plus modeste, une sortie encore plus discrète), le film suivant, qui pourtant n'a pas été vu par grand monde, est devenu un véritable objet de culte. Donnie Darko est Jack Gyllenhaal. Et vice-versa. On pourrait palabrer des heures sur ce film tant ses mystères semblent fasciner ceux qui s'y sont laissés piéger. Le film avait eu les faveurs du public de Sundance, qui avait apprécié, sans doute, ce mélange de romance adolescente et de science fiction, de fantaisie et de mysticisme. Mais si Darko fascine sa génération de fans, il faut avant tout souligner la force "fusionnelle" d'un tel rôle avec son incarnation. Donnie Darko est un personnage de rêve (d'ailleurs courtisé par des acteurs plus connus) pour un comédien : schizophrénique, paumé, mal dans sa peau, prêt à tout pour combler les 28 jours restant avant l'Apocalypse. Grand délire pour un acteur. Gyllenhaal semble adorer les personnages troubles et dérangés. Les magazines féminins s'attachent à son image de charmeur, avec une dimension très masculine et très romantique, bronzé, musclé, les yeux bleus acier. Mais l'acteur a aussi la réputation d'être burlesque et absurde, de jouer sur le non sens et de passer pour un taré en interviews. Décontenançant ses interlocuteurs qui ne savent pas rentrer dans le jeu. Il pourrait être le nouveau Candide, le mec passe partout en Gap, dans son style californien (fringues confortables, amples, cools). Mais refusant les stéréotypes, il préfère dérouter. Change de coupe de cheveux à chacun de ses films. Cherche des films qui ne sont pas forcément des blockbusters. Continue à croire qu'il peut progresser.
Maggie jouait sa soeur dans Donnie. Elle va connaître une belle année en 2002. tandis que Jake va devoir patienter un peu. Les Gyllenhaalics, soit le nom que se donne les fans de l'acteur, agrandissent leur cercle durant ce temps-là, préparant l'invasion hollywoodienne aussi sûrement que des lapins seraient prêts à conquérir un territoire en proliférant. Il apparaît en second rôle dans The Good Girl, film indépendant construit autour de Jennifer Aniston (son meilleur film à date). Comédie noire où il donne les traits à un jeune romantique épris d'une femme mariée. Torride. Il est parfait en succédané deLauréat. Le film a un certain succès. Mais il reste en retrait des gros projets. Moulin Rouge vient de lui échapper. Il a terminé troisième (trop jeune, pas assez connu) derrière Ewan McGregor et ... Heath Ledger! Car le jeune homme chante, danse, ... et fait du théâtre. De Broadway à Londres, il reprend le rôle principal de This is Our Youth, de Kenneth Lonergan. Il interprète sur les planches ce gamin de riches, qui passe son week end à voler, trafiquer, se droguer, aux côtés de Hayden Christensen et Anna Paquin. Less than Zero revu et corrigé. Il est honoré d'un prix par la presse britannique.
Ses films demeurent discrets. Moonlight Mile est un drame romantique où il se permet de jouer face à Dustin Hoffman, Susan Sarandon et Holly Hunter, dans une Nouvelle Angleterre des années 80. Entre deuil et romance. Sur le plateau, l'acteur est surtout impressionné par ses collègues. A cette époque, il fait surtout sensation dans la presse people. Il est le petit ami de Kirtsen Dunst, ou ne l'est plus, selon les semaines. Quand Tobey Maguire semble incapable physiquement de reprendre son rôle de Spider-Man pour la suite, le studio envisagea clairement Gyllenhaal dans le costume de l'homme-araignée afin de profiter de l'histoire d'amour entre les deux tourtereaux.
C'est une autre super-production (125 millions de $) qui va le repêcher. Son premier rôle dans un film d'action, son premier rôle dans un blockbuster, son premier énorme succès mondial (540 millions de $ de recettes). The day after tomorrow n'est sans doute pas sa plus grandiose performance, mais elle a le mérite d'être efficace. Toujours fils à papa cherchant à s'affranchir, il va passer le rite de la glaciation globale pour devenir un homme, sous l'oeil attendri d'un Dennis Quaid plus savant que paternel. Il sauvera la belle, prendra son courage à deux mains. Bref, Gyllenhaal profite de son statut de jeune comédien réputé mais pas trop cher payé pour décoller avec un film catastrophe bien dans l'air du temps. Comme sa soeur, il choisit des personnages variés et originaux, des productions indépendantes ou pas, des cinéastes acclamés ou inconnus, pour construire un chemin qui leur est propre.
Sa belle gueule aide, évidemment. Mais le potentiel de Gyllenhaal va au-delà. Di Caprio aussi a commencé avec des rôles névrotiques. Pitt n'a jamais été aussi bon qu'en aliéné déjanté. Maguire excelle dans les dilemmes et les conflits de personnalités. En étant à l'affiche de trois films fort différents, réalisés par trois cinéastes qui n'ont rien à voir (si ce n'est qu'ils sont étrangers pour un Américain), dans un registre à chaque fois changeant, l'après Jour d'après s'avère radieux et phénoménal. Devenant à la fois un atout pour les studios en quête de nouvelles têtes et un de ses rares comédiens dont les choix peuvent être intéressants pour le cinéphile, rarement déçu. Mathématicien dans Proof ou Marines dans Jarhead, intello ou biscottos, amoureux de Paltrow ou la boule à zéro, peu importe. Crédible en toutes circonstances. Le film de Sam Mendes rapporte 65 millions de $ et lui offre surtout la possibilité, enfin, de porter un film sur ses larges épaules. Il insuffle sa sensibilité dans ce personnage de soldat qui s'emmerde, prêt à en découdre, traumatisé par ce qu'il voit.
Cette sensibilité, justement, est peut-être son apanage. Il l'exprime parfaitement et dans son étendue avec Brokeback Mountain, de loin son meilleur film et sa plus belle interprétation. On pourra toujours se gausser d'une romance homosexuelle entre deux mâles hétéros. Brokeback, en ces temps conservateurs, demeure un risque d'un point de vue professionnel, en 2005, à Hollywood. Si Philadelphia avait donné un Oscar à Tom Hanks en homo sidéen, c'est la première fois qu'une production de ce type montre explicitement une scène de sexe et des baisers entre mecs. Véritable terra incognita pour Hollywood et les prodiges du Marketing (qui ciblèrent les gays et les femmes en premier lieu, soit le public le plus fidèle et le plus ancien de Gyllenhaal). Il y a encore peu ce genre de séquences était le privilège de productions marginales et aurait été considérées comme un suicide professionnel. Alors que le débat sur le mariage gay a certainement été l'un des déclencheurs de la réélection de Bush Jr, un tel film pourrait passer pour provocateur. Mais, aidé par une critique plus qu'élogieuse, le "western" trouve son public, et même au-delà des grandes villes. Ang Lee, sans trop les diriger, est parvenu à chorégraphier subtilement ces scènes d'intimité et d'émotion, à la fois ludiques et crues. "J'étais évidemment inconfortable, mais justement je devais être celui qui ne l'était pas" explique Gyllenhaal. Il avoue avoir balancer sa petite part d'homophobie au panier, pour se concentrer sur la vulnérabilité de la situation. C'est pour ce genre de trip qu'il aime son métier : s'oublier, être quelqu'un d'autre le temps d'un instant. Si Ang Lee leur a fait refaire la scène 13 fois. Après tout ils avaient signé en connaissance de cause. Si aujourd'hui les deux partenaires en rigolent et banalisent l'acte, il ne faut pas sous-estimer certaines critiques qui font part de leur répulsion à aller voir un tel film. Pourtant Jake Gyllenhaal y a investit non seulement son corps mais surtout de son tempérament. On y perçoit une profonde tristesse touchante, presque féminine, une forme de mélancolie dans lequel nous nous noyons avec lui, sans doute accentué par sa séparation d'alors, avec la jolie Kirsten. "C'était difficile. J'étais en plein "divorce" et je devais vivre avec ça dans des montagnes, durant 3 mois. Je n'avais personne. Et je devais être l'un de ces deux hommes qui tombe amoureux au milieu de leur solitude..."
Avec un tel début de filmographie, on ose espérer que sa carrière sera immense. Car si l'acteur est passionnant, l'homme n'est pas dépourvu d'intérêt. Sur son site web officiel, les liens tirent vers des sites politiques, activistes, traitant d'environnement comme de droits civiques, incitant à aller voter. Même les photos sont choisies : bizarres ou utiles, propagandistes mais rarement des clichés sexy... Bien sûr il sait qu'il l'est. Sourire à la Nicholson, regard attendri à la Hoffman, allure charismatique à la Ford. Il a tout pour lui. Et même ses doutes : "Il me reste un gros problème à résoudre : qu'est-ce que je veux faire de ma vie, et essentiellement, qui je veux être?"
Et il répond : "Je veux grandir."

vincy


 
 
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