Amat Escalante cumule les prix de la mise en scène. Après celui à Cannes pour Heli, il a obtenu, de manière toute aussi méritée ce prix à Venise pour La région sauvage. L'ancien assistant de Reygadas a su imposer son style et ses récits originaux. Cette fois-ci, entre sexe et fantastique, psychodrame et allégorie, le cinéaste réussit une fois de plus à nous fasciner.



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MORE THAN ZERO





Peut-être qu'il y a eu méprise. Non pas à cause de sa ressemblance avec Al Pacino, qui aurait pu agir comme un subterfuge. Mais plutôt à cause du film qui en fit un acteur hollywoodien potentiellement grand public. Chaplin. Nomination à l'Oscar en sus. A bien y regarder pourtant, ce rôle, comme la plupart dans sa filmographie, n'a rien de consensuel, ni même de politiquement correct. Chaplin était un autodidacte aux sympathies communistes...
Robert Downey Jr. n'a peut-être jamais voulu être une star, mais les médias en ont rêvé. Par conséquent, lorsque ses déboires se sont accumulés au point de faire de son casier judiciaire une page de plus que sa filmographie, ils se sont acharnés sur l'enfant chéri, trahis dans leur confiance placé en lui. Pourquoi lui plus qu'un autre? Parce que l'attente était plus grande? Parce que les risques n'étaient pas si importants? RDJ est devenu ainsi une bête de foire, de l'aliment pour presse people et trash.
Théories probables : comédien génial sous estimé, mal employé, insatisfait. Personne tarée (il se considère lui même comme "insane", Halle Berry ne voulait plus tourner une seule scène avec cet aliéné suite à un accident de tournage sur Gothika). New Yorkais un peu au dessus de la moyenne qui n'a eu d'autres solutions que de se noyer dans les excès narcotiques et alcooliques pour se divertir à Los Angeles. héritage du père difficile à porter (cinéaste underground) au point de s'essayer au comique (Saturday Night Live). A laissé tomber le Lycée à 17 ans. Parents divorcés à 11 ans. Tout se tiendrait. Vrais déséquilibres qui conduiraient à de beaux exercices d'équilibristes devant les caméras.
Mais à bien y regarder Downey Junior a toujours aimé les personnages marginaux et les films indépendants, les névrosés et les séries B. Il a commencé en glanant des personnages à droite et à gauche, dans des comédies lycéennes ou un film sur Mussolini, tous oubliés. En 1987, il rejoint le casting de la première adaptation ciné du romancier culte Bret Easton Ellis, Less than Zero. Chanson des Bangles, film sur la dope des nantis de Beverly Hills, 90210, noyée sous la neige hallucinogène. RDJ, qui incarne un cocaïnomane notoire, y prendra peut-être goût lui-même. Peu importe. Il est immédiatement remarqué par les professionnels, tandis que le film est un flop. Les films qui suivent ne sont pas plus brillants, inclus ceux de son père, avec lequel il continue de tourner. Même s'il croise les jeunes acteurs connus de sa génération, les grands cinéastes l'ignorent toujours. Et il faut attendre 1990 pour qu'il se fasse engager dans une production hollywoodienne d'importance, en bras droit de Mel Gibson dans une comédie d'aventure, Air America. Sans être un triomphe au Box Office, le marketing autour du film lui permet de se faire connaître du grand public.
Le palier suivant est franchi plus rapidement, dès 1992. L'oscarisé Richard Attenborough (Gandhi) trouve en lui la parfaite personnification de Charlie Chaplin. RDJ obtiendra pour sa prestation l'une des trois nominations aux Oscars du film. Heure de gloire. Film académique. Personnage moins conventionnel qu'il n'y paraît. Et Chaplin qui y dit : "If you want to understand me, watch my movies." (Si vous voulez me comprendre, regardez mes films).
Et si c'était la même chose pour Downey Jr? Car, dès lors, les portes s'ouvrent. Altman (Short Cuts), Stone (NBK), Jewison (Only You), Foster (Home for the Holidays), eux-même un peu en retrait par rapport au cinéma de masse, le choisissent pour des rôles d'importance. Violent ou dépressif, à côté de la plaque ou dans la nasse, l'acteur continue d'explorer ses facettes les plus sombres, de teinter de sa noirceur les films qui lui sont proposer. Beau mec, il laisse craquer chacune de ses failles dès que la pellicule imprime ses changements morphologiques...
De polars en films surnaturels, de films en costume décadents en comédies romantiques ratées, il y a quelque chose d'un loser magnifique dans la déchéance de RDJ. Jusqu'en 1998, tandisq ue sa carrière ne décolle pas, il souffre de ses premières cures de désintoxication, de ses premières incarcérations. 180 jours en 1998. Drogues, alcool et ... combats à mains nus dans les cellules. Il conduit bourré, a de l'héro dans la boîte à gant. Pas étonnant qu'il cite Peter O'Toole comme son acteur favori, le comédien britannique est le symbole même de l'acteur déchu depuis son triomphe dans Lawrence d'Arabie. RDJ a commencé à 8 ans, avec son premier joint, offert par son père... A 32 ans, il est contrôlé sur son lieu de travail, tous les jours, par la justice pour savoir s'il utilise des stupéfiants.
Sa carrière bat de l'aile, mais quand il sort de sa première période longue en prison, il enchaîne les projets payants. US Marshals (suite inutile du Fugitif), In Dreams (un mauvais Jordan), The Gingerbread Man lui facilitent sa réhabilitation, avec des seconds rôles qui rendent un peu humble. Films du dimanche soir, il replonge quand ça décolle de nouveau pour lui. Montagnes russes.
Bowfinger (Frank Oz), comédie parodique à succès, où Hollywood est croqué à pleine dents, Wonder Boy (Curtis Hanson), comédie dramatique à récompenses, accompagnent son triomphe télévisuel dans Ally McBeal. Pic de carrière entre 1999 et 2001, théâtre compris (Hamlet mis en scène par son copain Mel Gibson). Il devient "the man" dans la série culte de la trentenaire psychosée de service. Il y cartonne, booste l'audience, s'octroie des statuettes, y chante (avec talent). Mais la coke le rattrape ainsi que les emphés. Viré d'Ally McBeal comme un mal propre, en pleine saison. Scandale. Un an de réhabilitation exigé. Il retouche le fond. Fait le bonheur de la presse à sensation.
Ironiquement, son come back se fera à travers un court métrage appelé Lethargy. Malgré l'enthousiasme de la critique américaine The Singing Detective, polar musical et insolite, RDJ ne reviendra pas au premier plan immédiatement. Kassovitz lui offre un de ses plus gros succès avec Gothika. relativement sans saveur. Mais côtoyant les aliénés, il y est à sa place. Il est psychanalysé chez Soderbergh dans un des segments d'Eros. La folie, jamais bien loin. Pente remontée?
Kiss Kiss Bang Bang, polar déjanté, lui offre une résurrection en voleur imposteur qui joue au flic dans le milieu hollywoodien. Et le cynisme lui sied bien. Il est ainsi embauché par la fine fleur d'Hollywood, toujours ceux qui se sont mis un peu en retrait du système pour faire leurs films plus librement. Clooney par exemple avec son film sur le McCarthysme, Hanson (bis), Stallone pour son Edgar Poe... Pas mal de rôles seconds mais vitaux, où il vole la vedette. Après un changement d'épouse, une vie semble-t-il plus saine, son passage de la quarantaine l'aurait-il remis sur des rails? (Non pas de coke...) Vedette du film sur la photographe Diane Arbus (alias Nicole Kidman) ou du prochain David Fincher, l'horizon n'a jamais été aussi dégagé et prometteur pour ce grand acteur, souffrant de son passé et survivant à ses démons. Il refuse d'être politiquement correct et assume ses défaillances. C'est forcément cette fêlure qui décuple son talent, le rend passionnant, malgré, à l'évidence, une carrière moins sidérante qu'espérée... Enfin en paix?

vincy


 
 
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