Amat Escalante cumule les prix de la mise en scène. Après celui à Cannes pour Heli, il a obtenu, de manière toute aussi méritée ce prix à Venise pour La région sauvage. L'ancien assistant de Reygadas a su imposer son style et ses récits originaux. Cette fois-ci, entre sexe et fantastique, psychodrame et allégorie, le cinéaste réussit une fois de plus à nous fasciner.



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L'AS DE COEUR





Le frère spirituel des Dardenne. On l'a découvert dans La promesse, retrouvé dans Rosetta, distingué avec Le fils (Prix d'interprétation masculine, Cannes 2002). On le dit acteur de seconds rôles, en égard à sa bonne bouille passe partout et ses choix artistiques, privilégiant toujours le rôle, le défi d'acteur, aux retombées médiatiques. Une image qui pourrait bien changer, si l'on en juge par ses récentes prestations. Déjà le compare-t-on à Gérard Jugnot dans Les choristes depuis la sortie des Fautes d'orthographes le 03 novembre dernier. A 41 ans, après 39 longs métrages cinéma, Olivier Gourmet est de tous les fronts, de tous les genres, du film d'auteur à la fresque grand public.
As de l'expression corporelle, les choix de Gourmet se portent davantage sur des rôles physiques. Personnages légers, sévères, graves, cérébraux, extravertis, saugrenus, touchants, interpellant : il est de ces acteurs polymorphes, faits pour évoluer et surprendre fort d'une adaptabilité sans limite. Aisance et justesse caractérisent ce Wallon, à la ville comme à la scène. Très plébiscité en France, Gourmet n'a pas pour autant quitté son pays natal. Hors périodes de tournages, depuis février 1999, il vit à Mirwart, un petit village des Ardennes belges près de Saint Hubert où il tient un hôtel en compagnie de sa femme Catherine. Une vie simple et ordinaire, loin du star system et des paillettes cannoises. Son engouement pour le théâtre, découvert à l'adolescence en classe de 5ème, aura eu raison des objections familiales. Un père agriculteur, une mère gérante d'hôtel, des origines modestes : enfant, ses parents, et particulièrement son père, ambitionnaient pour lui une toute autre carrière. Quelques aspirations à devenir journaliste, deux mois en fac de biologie, puis en histoire de l'art à Liège, pour suivre celle qui allait devenir sa femme… Oeuvrant par dépit professionnellement, sa passion du théâtre fut alors plus que jamais dévorante. Son père capitula.
A l'age de 19 ans, Olivier Gourmet entre ainsi au conservatoire de Liège et réalise l'exploit de remporter son premier prix à l'issue de deux années d'études (cinq années y sont habituellement nécessaires). Destination : Paris et son célèbre Cours Florent où Gourmet se prépare à intégrer l'école de Patrice Chéreau qui, hélas, fermera se portes quelques mois plus tard. De retour en Belgique, Olivier Gourmet multiplie les rôles sur les planches à Liège et Bruxelles. De 1986 à 1999, il est ainsi à l'affiche de 21 pièces (voir biographie) ; pas moins ! Parallèlement il travaille comme juré au Conservatoire de Liège ; institution où, en 1994, il rencontre Jean-Pierre Dardenne, membre du même jury qui, d'emblée, le pressent pour interpréter le personnage de Roger dans La promesse. Sa carrière s'envole définitivement à destination du grand écran, sauf quelques pièces et téléfilms auxquels il prend part ci et là.
Dès 1995, suite au succès de La promesse, Gourmet enchaîne les tournages, commençant par un petit rôle dans le très remarqué Huitième jour, de Jaco Van Dormael. Que d'implication et de touche personnelle dans son travail d'acteur : père violent (dans La Promesse), professeur de menuiserie/père de substitution (Le fils), patron de bar (Rosetta), ou encore handicapé en mal d'affection et de sexe (Nationale 7), commissaire de police philanthrope (Mercredi folle journée !), père en conflit avec sa fille (Un moment de bonheur), escroc maître chanteur aux méthodes radicales (Sur mes lèvres), avocat en milieu carcéral féminin (Une part du ciel), flic perspicace (Pour le plaisir), médecin dévoué (Folle embellie), père et directeur de pensionnat intransigeant (Les fautes d'orthographes), metteur en scène de théâtre loufoque (Le pont des arts), père de substitution écorché vif (La petite chartreuse), Gourmet s'auto-dirige et surprend invariablement, au-delà du personnage, du caractère à interpréter, au-delà de sa position au générique final. Un certain mélange de discrétion, charisme, sens de la mesure et créativité qui a laissé nombre de cinéastes béats.
Depuis le milieu des années 90, sa popularité va crescendo, étroitement liée à la pertinence et la diversité de ses choix cinématographiques. Autant d'univers, réalisateurs, films et rôles hétéroclites aux effets majoritairement bénéfiques pour le comédien. On note pourtant quelques écueils, y compris dernièrement avec Peau d'ange, Pour le plaisir ou encore Le pont des arts ; des productions peu savoureuses, des fresques naïves, laborieuses, assez franchouillardes et plutôt rébarbatives. Pourtant, Gourmet parvient toujours à tirer son épingle du jeu, s'enrichissant de chaque expérience, restant toujours fidèle à lui-même et jouant sur sa propre personnalité, à la fois étonnamment stable et bien trempée. "Regarder, écouter, réagir : tel est le métier. Chaque personnage est un abîme. C'est lui que je mets en avant et pas moi. En observant sans cesse mes semblables. En les volant", confiait-il dans TéléCinéObs en juillet dernier (n°2071, interview, par Alain Riou). On le retrouvera prochainement devant les cameras de Bruno Podalydès, Harry Cleven, Jean-Pierre Denis ou encore Costa-Gavras. Qu'il est loin le temps de "Maigret en vacances", cet épisode du feuilleton TV tourné en 1994 ! Ses rêves d'adolescent rapidement concrétisés (devenir comédien professionnel, travailler sous la direction de Patrice Chéreau…) et sa carrière d'acteur plus que jamais en main, Gourmet dispose aujourd'hui d'une véritable liberté dans ses choix artistiques, ne cherchant pas forcement à étrenner les tapis rouges. En cela même reposent ses principaux atouts, quels que soient les résultats au box office. Que demander de plus !

Sabrina - Novembre 2004


 
 
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