Il a une gueule. Il est viril. Il est crédible en méchant comme en héros.Tom Hardy est devenu rare au cinéma, mais quelle filmographie, enchaînant Mad Max Fury Road, The Revenant, Dunkerque et maintenant Venom. On l'attend en Al Capone dans Fonzo, on peut le voir à la télé dans la série Taboo. Il est pressenti dans le prochain film d'Andrew Dominik. Et qui sait dans un Spider-Man à venir?



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Dans la famille Phoenix, on a l'embarras du choix. River, l'écorché vif de My own private Idaho, mort à vingt-trois ans des suites d'une overdose. Summer, la fille prodige qui crevait l'écran dans Esther Kahn. Rain, plus attirée par la musique que le cinéma, mais apparue dans Even Cowgirls Get the Blues ou encore Othello 2003. Et Joaquin, le bad guy au regard si vert que l'on pourrait bien s'y noyer définitivement…





S'il n'y avait eu que cela, sans doute aurait-il d'ailleurs été cantonné aux rôles de beaux gosses. Mais Joaquin Phoenix est avant tout un corps à la force brute et à la sensualité agressive qui évoque plus l'animal sauvage que le gendre idéal. Après des débuts précoces à la télévision (Arabesque) et quelques apparitions chez Gus van Sant (Prête à tout) et Oliver Stone (U-turn), les réalisateurs lui confient donc des rôles complexes et ambigus, du cruel Commodus dans Gladiator à l'ami manipulateur de Mark Walhberg dans The yards. Il y est à la fois détestable et très convaincant : le voilà alors abonné aux seconds rôles troubles, personne n'osant miser sur lui en tête d'affiche.

Le début des années 2000 s'avère même décevant. On le voit deux fois chez Night Shyamalan (Signes et Le village), en abbé-geôlier du Marquis de Sade dans Quills, la plume et le sang, puis en protecteur de Claire Danes dans l'improbable It's all about love de Thomas Vinterberg. Rien à redire de ses prestations, mais pas de quoi se gargariser non plus. Les années passent et il reste étrangement dans l'ombre, impuissant à trouver un scénario en adéquation avec son immense talent. Jusqu'à Walk the line, en 2006, qui le jette soudainement sur le devant de la scène. Il n'incarne pas Johnny Cash, il est Johnny Cash, allant jusqu'à interpréter lui-même toutes les chansons entendues dans le film. En plus d'être couvert d'éloges, il est nominé pour l'Oscar (finalement remporté par Forest Whitaker pour Le Dernier Roi d'Écosse de Kevin MacDonald) et reçoit le Golden Globes, pour ne citer que les plus prestigieux. Enfin, il crève et l'écran et son potentiel saute aux yeux des réalisateurs.

Mais lui garde la tête froide, exactement comme après sa nomination pour Gladiator. Il refuse de faire partie de ces acteurs qui, à trop analyser leur jeu, deviennent incapables de jouer correctement. "Je ne suis pas le genre d'acteur qui puise dans ses émotions ; je n'ai jamais trouvé cela bénéfique", explique-t-il. " Les acteurs qui mettent trop d'eux-mêmes dans leurs rôles sont pour moi de mauvais acteurs, puisqu'on ne voit plus le personnage, mais l'acteur. C'est beaucoup plus difficile, par contre, de s'effacer totalement pour réellement interpréter au plus juste un personnage qui a existé - c'est le cas dans Walk the Line - ou totalement fictif. C'est pour cela que je ne regarde jamais les rushes : pour ne pas trop me regarder et devenir un mauvais acteur !".

Aucun risque là-dessus puisqu'on le retrouve plus habité que jamais dans We own the night où James Gray lui confie un personnage sombre et torturé contraint de choisir son camp. Sa prestation confine au sublime tant il s'approprie les contradictions de cet homme qui a tout à perdre. Peut-être un peu empâté, mais à fleur de peau, il impose le film comme une tragédie crépusculaire incontournable. On s'était réjouit de le voir plus souvent sur les écrans, notamment dans le dernier film de James Gray (Two lovers) où il interprète avec énormément de pudeur et de sensibilité un homme déchiré entre deux femmes. Hélas, celui qui avoue éprouver des doutes avant chaque tournage a annoncé en novembre 2008 son désir d'arrêter le cinéma pour se consacrer à une carrière de chanteur...

MpM


 
 
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